samedi 8 juin 2013

Le plus ancien squelette de primate connu

Un squelette fossile de primate de 55 millions d’années a été découvert en Chine. Plus ancien que tous ceux connus, il nous renseigne peut-être sur les premiers primates.

Qu’y a-t-il de commun entre le tarsier, un minuscule primate asiatique d’une quinzaine de centimètres (sans la queue), et l’homme ? Un ancêtre ! Une collaboration internationale menée par Xijun Ni, de l’Académie des sciences chinoises, a découvert un fossile vieux de 55 millions d’années, qui ressemblerait à cet ancêtre commun, voire aux premiers primates.

Le fossile se trouvait en Chine centrale, près du fleuve Yangtzé. Il s’agit d’un squelette de primate quasi complet, le plus ancien connu : auparavant, seules quelques dents fossiles isolées datant de cette époque avaient été découvertes et les plus anciens squelettes étaient plus récents de sept millions d’années. Le nouveau fossile a été nommé Archicebus achilles, d’après le grec arche (signifiant le premier) et le latin cebus (signifiant singe). Le nom d’espèce, achilles, souligne la forme particulière de son talon, qui ressemble à ceux des anthropoïdes – la branche évolutive comprenant notamment les grands singes et les humains.

Le fossile a d’abord été scanné aux rayons X au synchrotron européen (ESRF, pour European Synchrotron Radiation Facility), à Grenoble. Selon Paul Tafforeau, un membre de la collaboration qui travaille sur cet instrument, il s’agit de la meilleure machine au monde pour l’imagerie de tels fossiles. Les paléoanthropologues ont ainsi extrait virtuellement le squelette de sa gangue rocheuse, c’est-à-dire qu’ils en ont reconstitué une image en trois dimensions. Ils ont alors pu l’analyser en détail et déterminer le mode de vie de l’animal, ainsi que sa place dans l’arbre évolutif.

Archicebus achilles vivait au début de l’Éocène, une époque chaude où une grande partie des terres était couverte de forêts tropicales. L'animal était minuscule, avec un corps d’environ sept centimètres et une queue de treize centimètres. Il ne pesait qu’une vingtaine de grammes, un peu moins que le plus petit primate actuel, le microcèbe pygmée de Madagascar (un lémurien).

Certains éléments anatomiques, tels la souplesse de son coude, ses longues jambes et son gros orteil opposable, suggèrent qu’il se déplaçait en bondissant de branches en branches. La forme et la taille de ses dents indiquent un régime constitué d’insectes. Il vivait le jour, comme le montre la taille de ses orbites – assez grandes, traduisant une bonne vision, favorable à la chasse, mais pas hypertrophiées comme celles des animaux nocturnes.

Pour déterminer sa place sur l’arbre évolutif des primates, les paléoanthropologues ont répertorié et comparé plus de 1000 caractères anatomiques, collectés sur 157 animaux. Archicebus achilles présente un mélange unique de caractères d’anthropoïdes et de tarsiers. Il appartiendrait à la même famille que ces derniers et serait né peu après la divergence avec les anthropoïdes.

X. Ni et son équipe pensent d’ailleurs qu’il ressemble à l’ancêtre commun des anthropoïdes et des tarsiers. Cet ancêtre serait donc de petite taille, et non pas grand comme les singes actuels, comme le croyaient certains paléoanthropologues. Archicebus achilles pourrait même être assez proche des premiers primates, qui auraient donc été petits, arboricoles et insectivores.

Source : Pour la Science du 06/06/2013