mercredi 19 juin 2013

L'Homme moderne aurait migré vers l'Asie voilà seulement 55.000 ans

Quand l’Homme moderne a-t-il migré vers l’Asie ? La question anime nombre de débats depuis des décennies. Des scientifiques remettent de l’huile sur le feu. D’après l’équipe du chercheur Paul Mellars, Homo sapiens aurait foulé le sol asiatique voilà 55.000 ans.

Le moment où l'Homme moderne a initié sa migration vers l’Asie est une question qui suscite un vif débat au sein de la communauté des archéologues. Il existe actuellement deux grandes théories, centrées autour d’un événement, la grande catastrophe de Toba. Voilà environ 73.000 ans, sur l’île de Sumatra, le supervolcan Toba est entré en éruption, envoyant ses cendres sur toute l'Asie du sud. L’explosion, gigantesque, aurait été 3.000 fois plus forte que celle du mont Saint Helens, au nord-ouest des États-Unis en 1980, et elle aurait fait chuter la température moyenne de 3 °C ou davantage durant plusieurs années. Ce refroidissement climatique aurait profondément affecté les populations humaines, réduisant drastiquement leurs effectifs et enrayant leurs migrations.

Une théorie suggère que l’Homme moderne est arrivé en Asie entre 50.000 et 60.000 ans, soit bien après l’éruption volcanique de Toba. Il serait venu par la mer Rouge et se serait rapidement répandu le long des côtes de l’Asie, pour atteindre l’Australie voilà 45.000 à 50.000 ans. L'autre hypothèse, plus récente, stipule au contraire qu’Homo sapiens aurait migré depuis l’Afrique vers l’Asie bien avant l’éruption, il y a 130.000 ans, c’est la théorie dite pré-Toba. Elle s’appuie essentiellement sur la découverte d’outils de pierre sous la nappe de cendres en Inde. Ils auraient été façonnés par l’Homme et seraient donc nécessairement antérieurs à l’éruption.

Une étude, dont les résultats viennent de paraître dans la revue Pnas, pourrait bien trancher la question. L’équipe d’archéologues, menée par Paul Mellars, chercheur à l’université de Cambridge (Royaume-Uni), montre que tant du point de vue génétique qu’archéologique, l’Homme moderne n’a pu fouler le sol asiatique qu’entre 55.000 et 60.000 ans.

L’ADN mitochondriale penche en faveur de Paul Mellars

L’analyse génétique se base sur trois systèmes génétiques précis : l’ADN mitochondrial (ADNmt) qui se transmet de la mère à l’enfant, la région mâle spécifique (MSY) du chromosome Y chez l’homme, et la partie bilatérale du chromosome X. Tout groupe humain descendant de l’Homme moderne d’Afrique porte des lignées d’ADNmt qui ne viennent que d’un seul haplogroupe (une série d’allèles située à un endroit précis du chromosome), nommé L3. Les chercheurs ont étudié l’ADN mitochondrial de centaines d’Indiens et suggèrent que l’évolution du L3 originel vers des haplogroupes spécifiques aux peuples d'Asie de l'est daterait d’environ 55.000 ans.

Par ailleurs, l’équipe a analysé les outils de pierre mis au jour à Jwalapuram, dans le sud-est de l’Inde sous les cendres. En les comparant avec les outils de la même époque, mais trouvés en Afrique et façonnés par Homo sapiens, ils en sont venus à la conclusion qu’ils n’avaient rien en commun. Les objets découverts sous les cendres appartenaient plutôt à des Hommes archaïques, ou probablement des néandertaliens.

Si l’on en croit l’étude menée par l’équipe de Paul Mellars, il n’existe aucune preuve que l’Homme moderne n’ait pu atteindre le continent asiatique avant l’éruption volcanique. Toutefois, Michael Petraglia, père fondateur de la théorie pré-Toba, réfute l’étude. Selon lui, « la plupart des généticiens admettent que la datation génétique de la migration de l'Afrique vers l’Asie est ténue. La datation varie dans les publications entre 45.000 et 130.000 ans. » En bref, pas sûr que le débat soit clos d’aussitôt.

Source : Futura Sciences du 18/06/2013