jeudi 13 juin 2013

Moins de fruits et de feuilles, plus d’herbe pour les homininés dès - 4 Ma

Publiées le 3 juin dans PNAS, quatre études afro-américaines, basées sur l’analyse isotopique dentaire de plusieurs espèces fossiles, retracent la complexe évolution du régime alimentaire des homininés africains depuis 4 millions d'années.

Pas moins de 104 dents provenant de 91 individus de 8 espèces d'homininés africains ont été récemment analysées par plus de 20 chercheurs américains et africains. Ces derniers ont également utilisé les données issues d’analyses antérieures pour cette vaste étude, laquelle porte au total sur 173 dents issues de 11 espèces d'homininés. Le but : tenter de retracer, par l’analyse des isotopes de carbone contenus dans l’émail de ces dents, l’évolution du régime alimentaire des préhumains et humains depuis 4 millions d'années.

À partir d’échantillons dentaires fossilisés détenus par des musées locaux, une 1ère équipe, dirigée par William Kimbel, de l'Arizona State University, a travaillé sur des homininés du bassin de Hadar Awash, en Éthiopie. Une 2ème équipe, dirigée par Meave Leakey, du Turkana Basin Institute, Thure Cerling et Frank Brown, de l’Université de l’Utah, travaillait elle sur des homininés du bassin du Turkana, au Kenya. Des dents d’anciennes espèces de babouins ont également été analysées.

Globalement, les résultats montrent que vers -3,5 millions d'années environ, les homininés ont complété leur régime ‘simien’ de fruits et de feuilles par une consommation de plus en plus importante de graminées tropicales et de plantes du genre Carex (‘herbes’ et joncs à feuilles coupantes). La méthode isotopique ne permet pas, toutefois, de préciser le mode d’ingestion de ces plantes : directement ou par la consommation d’insectes ou autres animaux eux-mêmes herbivores (ceci est davantage du ressort de l’archéologie préhistorique).

De nouvelles possibilités de régime

"Au final, nous avons un regard sur 4 Ma de l'évolution alimentaire des humains et de leurs ancêtres", dit cependant le géochimiste Thure Cerling, un des auteurs principaux de l’étude. "Pendant longtemps, les primates s’en sont tenu aux anciens aliments - feuilles et fruits - et, vers 3,5 Ma, ils ont commencé à explorer de nouvelles possibilités de régime - graminées tropicales et carex (…). Nous constatons un recours croissant à cette nouvelle ressource par les ancêtres de l'Homme, ressource que la plupart des primates n'utilisent toujours pas aujourd'hui", conclut le chercheur.

Source : MaxiSciences du 08/06/2013