samedi 13 juillet 2013

L'homme de Florès n'était pas crétin : le dossier est clos

Depuis la découverte du premier squelette en 2003, les anthropologues débattent sur les origines de l'Homo floresiensis. Ces petits hommes qui vivaient sur l'île de Florès représentent-ils une espèce Homo distincte, peut-être une population d'Homo erectus présentant des traits de nanisme insulaire, ou étaient-ils des humains modernes dont la petite taille du cerveau serait de la microcéphalie ?

Des scientifiques américains et allemands ont mené une analyse morphologique géométrique 3D de différents crânes du genre Homo, de certains appartenant à une forme pathologique de l'Homo sapiens, et d'un crâne d'Homo floresiensis (LB1).

Ce dernier appartient au premier spécimen mis au jour. C'est celui d'une femme de 30 ans datant de 18 000 ans. C'est le squelette le plus complet que l'on ait retrouvé dans la grotte de Liang Bua.

La conclusion des chercheurs : l'Homo floresiensis est bel et bien une espèce humaine distincte. Ce crâne n'appartient pas, selon eux, à un individu souffrant de microcéphalie, du syndrome de Laron ou de crétinisme congénital.

Leurs travaux montrent plus d'affinités entre LB1 et le cerveau d'un humain fossile qu'avec celui d'un humain moderne présentant une forme pathologique.

« Nos recherches fournissent les preuves les plus claires à ce jour qui lient le crâne de l'Homo floresiensis à une espèce humaine fossile éteinte et non à un humain moderne présentant une condition pathologique. » — Auteurs

Le détail de ces travaux est publié dans la revue PLoS ONE.

L'origine et l'anatomie de ces hommes surnommés « Hobbits », comme les personnages du roman Le Seigneur des anneaux de Tolkien, sont donc sujettes à de vives discussions. Dès 2007, la thèse selon laquelle la petite taille des squelettes était celle d'individus frappés de nanisme insulaire a commencé à se démarquer. Il restait à la confirmer et à l'expliquer.

Contexte

. Un premier squelette est mis au jour en septembre 2003. Ses découvreurs australiens l'ont étudié sur une période de trois mois avant d'en faire l'annonce.
. La découverte des hommes de Florès est rendue publique dans deux articles publiés en 2004 dans la revue Nature.
. Depuis, les anthropologues ne s'entendent pas sur sa place dans l'arbre de l'évolution. Certains affirmaient que ses caractères anatomiques le font descendre directement d'Homo habilis, alors que d'autres, d'Homo erectus. Si Homo habilis possédait un cerveau réduit, rien ne prouve à ce jour que ce primate africain n'ait jamais posé le pied en Asie.
. Une troisième hypothèse voulait que la microcéphalie de l'homme de Florès soit le résultat d'une maladie neurologique, le crétinisme, causée par une carence liée à un régime alimentaire trop pauvre en iode. Petit cerveau peut-être, mais pas crétins au point de ne pas savoir chasser, faire du feu ou utiliser des outils de pierre pour dépecer leurs proies, rétorquent les adversaires de cette théorie.

En janvier dernier, des chercheurs japonais affirmaient que l'homme de Florès était un pur produit de l'évolution localisée. Le Dr Yousuke Kaifu et ses collègues du musée national de la nature et de la science de Tokyo affirment qu'il serait un descendant perdu d'Homo erectus qui aurait progressivement rapetissé au fil des générations pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.

Le nanisme insulaire est d'ailleurs déjà bien connu chez les animaux, particulièrement dans cette région du globe. Grâce à des restes trouvés dans une caverne, les chercheurs savent que l'homme de Florès chassait et consommait des éléphants pygmées qui étaient certainement passés par le même phénomène d'évolution.

La taille réduite du cerveau des petits hommes serait donc uniquement liée à une adaptation acquise au fil des millénaires.

Le détail de ces travaux avait été publié dans la revue Proceedings of the Royal Society B.

D'un cerveau à l'autre

Homme de Florès : 426 centimètres cubes
Homo erectus : 860 centimètres cubes
Homme moderne : 1300 centimètres cubes

Source : Radio Canada du 11/07/2013