mercredi 18 septembre 2013

L'étrange visage de l'homme de Florès

Des scientifiques ont dressé le portrait du petit hominidé après avoir reconstitué son crâne.

L'homme de Florès a un nouveau visage. Une équipe australienne a reconstruit la face de cet hominidé d'un mètre de haut qui vivait il y a plusieurs dizaines de milliers d'années sur l'île indonésienne (Journal of Archaeological Science, décembre 2013). Parmi les neuf portraits d'Homo floresiensis, découvert en 2003 dans la grotte de Liang Bua, c'est le plus scientifique. Sans doute le plus étrange aussi.

En effet, les chercheurs ont appliqué les connaissances, développées depuis quelques années à partir d'hommes anatomiquement modernes, sur les relations entre os du crâne et tissus mous. Autrement dit, ils ont habillé de chair les os du crâne de l'homme de Florès, en prenant comme modèle l'homme d'aujourd'hui, d'où son caractère étrangement contemporain. C'est un peu comme si Homo erectus portait un jean et une chemise. L'image scientifique s'avère ainsi aussi éloignée de la réalité que les différents dessins d'artiste réalisés jusqu'alors.

Tous les deux sont confrontés à la même difficulté: les traits de nos plus lointains ancêtres sont perdus à jamais, puisqu'il n'en reste plus que quelques fragments d'os.

Reconstruire le crâne à partir de fragments

En archéologie, reconstituer un visage consiste avant tout à reconstruire le crâne à partir des fragments d'os découverts. Cette étape est délicate. Cela a été le cas avec le premier spécimen d'Homo floresiensis découvert par les archéologues, baptisé LB1 (Liang Bua 1), en réalité, une femme âgée de 30 ans. «Elle reposait au fond d'un puits étroit sous six mètres de sédiments. Ses os étaient mous comme du beurre», souligne Susan Hayes, de l'université de Wollongong, en Australie. Les autres reconstitutions n'ont peut-être pas assez pris en compte les dommages que le crâne a subis.»

Le portrait de l'homme de Florès s'adresse donc plutôt à des spécialistes. «Nous n'avons pas cherché à lui donner une expression quelconque car il n'est pas destiné à être présenté dans un musée», précise Susan Hayes, qui a été surprise de l'intérêt suscité par son travail. «La Hobbit (c'est son surnom en raison de sa petite taille, en référence aux personnages de Tolkien) est très populaire. Une vraie star internationale.»

Susan Hayes apprécie la peinture de l'homme de Florès réalisée par l'artiste française Élisabeth Daynès. Elle voudrait bien connaître la façon dont les équipes ont travaillé pour reconstituer le visage d'Homo floresiensis. «L'ostéoarchéologie est un domaine de recherche fascinant, mais il faudrait beaucoup plus de transparence et de collaboration entre les différentes équipes», plaide Susan Hayes.

Cette étude est l'une des dernières à laquelle a participé Mike Moore, l'archéologue australien qui a découvert les fossiles d'Homo floresiensis. Il est mort d'un cancer en juillet dernier à l'âge de 63 ans.

Source : Le Figaro du 25/08/2013