vendredi 18 octobre 2013

Les mains peintes dans les grottes préhistoriques seraient l’œuvre de femmes

Un anthropologue de l’université de Pennsylvanie estime que les négatifs de mains peintes dans huit grottes préhistoriques européennes ont été majoritairement réalisés par des femmes.

Cette estimation repose sur l’étude morphométrique de 32 représentations de mains, un échantillon insuffisant pour en tirer des conclusions définitives selon d’autres archéologues.

Découvertes pour la première fois dès les années 1900, étudiées dans les années 1950, les empreintes de mains, notamment les mains négatives, font encore parler d’elles aujourd’hui. En effet, à qui appartiennent-elles ? À des femmes et des hommes adultes, des adolescents ou bien des enfants ?

Le mystère des mains négatives

On les appelle des mains négatives. Au sein des grottes, l’artiste les représente selon la technique du pochoir, en apposant sa propre main sur la paroi rocheuse puis en crachotant dessus avec sa bouche un mélange coloré à base d’argile rouge. Une fois enlevée, apparaît le détour de la main, à l’instar d’un négatif photographique. Une technique que les préhistoriens ont observée dans des grottes ou des abris situés sur tous les continents habités : Europe, Afrique, Asie (Indonésie), Australie) et Amérique du sud (Argentine).

Une étude morphométrique

Dans la dernière livraison du journal trimestriel American Antiquity, Dean Snow, archéologue à l’université d’Etat de Pennsylvanie, présente l’étude de 32 de ces représentations de mains relevées dans huit grottes de l’époque gravettienne (– 25 000 ans), dont 16 dans la grotte d’El Castillo en Cantabrie (sur la côte nord de l’Espagne), six dans la grotte de Gargas (Hautes-Pyrénées) et cinq dans la célèbre grotte du Pech Merle (Lot).

En se basant sur un algorithme et quatre mesures morphométriques dont l’indice de Manning, un ratio qui établit que l’homme a un annulaire plus long que l’index, tandis que ces deux doigts sont à peu près aussi longs chez la femme, Dean Snow estime que 75 % des mains pariétales sont celles de femmes.

Un échantillonnage trop restreint

« Il faut rester prudent car l’étude se base sur 32 représentations de mains, parmi des centaines disponibles », indique Jean-Michel Geneste, directeur du Centre national de préhistoire des Eyzies (Dordogne) et directeur des recherches de la grotte Chauvet (Ardèche), elle aussi caractérisée par la présence de très belles mains négatives.

En outre il est difficile d’estimer parfaitement la longueur des doigts du fait de déformations ou d’erreurs d’optique lors de la mesure. « Dans la grotte Chauvet, nous poursuivons actuellement une étude analogue et, à ce jour, on a plutôt affaire à des grandes mains, ce qui fait davantage penser à des mains d’homme », ajoute Jean-Michel Geneste.

Un logiciel pour déterminer le sexe à partir des mesures des mains

En 2006, Jean-Michel Chazine (CNRS EHESS université de Provence) et Arnaud Noury (informaticien) ont mis au point un logiciel permettant de déterminer le sexe de l’artiste en se basant, eux aussi, sur l’indice de Manning. Appliquant leur logiciel aux mains négatives de la grotte de Gua Masri II (Bornéo, Indonésie), ils en ont conclu que le panneau de mains avait été réalisé par des hommes et des femmes, les deux sexes ayant toutefois travaillé chacun dans une zone définie de la paroi.

Dans la grotte Cosquer, où certaines mains ont la particularité d’être incomplètes (formées seulement de deux ou trois doigts), le logiciel est inapplicable. En revanche, pour les mains complètes, le logiciel a montré que les mains féminines étaient plus nombreuses que les mains masculines. Les chercheurs sont en train de mettre au point un logiciel amélioré.

Pour Jean-Michel Chazine, « cette étude montre que les femmes ont pu être des artistes préhistoriques, et que ce n’était pas l’apanage des hommes. Une donnée qu’il reste à confirmer mais qui collerait bien avec le symbolisme chamanique et les usages de thérapie magique des tradipraticiens à base d’imposition des mains, de masticage de substances et de souffle projeté. Des pratiques qui, dans bien des sociétés primitives étaient remplies par une chamane femme », conclut l’ethno-archéologue.

Source : La Croix du 17/10/2013