lundi 21 octobre 2013

L’homme moderne serait issu d’une seule et même lignée

En Géorgie, la découverte de cinq crânes vieux de 1,8 million d’années indiquerait que les lointains ancêtres d’Homo sapiens appartenaient à une seule lignée, et non à une lignée multiple avec des branches qui se seraient éteintes.

Connu depuis les années 1990, le site de Dmanisi, situé en Géorgie à 90 km au sud-ouest de la capitale Tbilissi et non loin de la frontière arménienne, fait encore parler de lui. De façon iconoclaste d’ailleurs, puisque les paléoanthropologues internationaux qui y travaillent sous la direction de David Lordkipanidze, directeur du musée national de Géorgie à Tbilissi, proposent dans la revue Science une nouvelle hypothèse, quasi révolutionnaire, quant au fameux « arbre », « arbuste », « buisson », ou autre « branche généalogique » dont descendrait l’homme moderne, alias Homme de Cro-Magnon ou Homo sapiens.

Un crâne très bien conservé

Le crâne (uniquement la boîte crânienne) récemment mis au jour à Dmanisi comprend une petite cavité crânienne, une longue face, des arcades sourcilières épaisses et, sur la forte mâchoire supérieure, de grandes dents. Le cerveau est particulièrement petit, puisqu’il n’équivaut qu’à environ un tiers de la taille de celui d’un homme moderne.

« Une observation qui ne va pas dans le sens d’une évolution linéaire de la taille du cerveau à cette époque, mais qui plaide pour une stagnation de sa taille pendant un million d’années », constate José Braga, anthropologue à Toulouse (CNRS-université).

Une mâchoire inférieure (ou mandibule), mise au jour il y a cinq ans, s’emboîte parfaitement à la partie supérieure, selon les chercheurs. Le tout en fait le crâne le plus massif jamais découvert sur la portion fouillée de Dmanisi, un site de sédiments volcaniques exceptionnellement riche. Ce chef fossile, qui serait celui d’un mâle, s’ajoute à quatre autres crânes d’hominidés ainsi que divers animaux (10 000 restes de faune), plantes fossilisées, et quelques outils de pierre.

Fait sans précédent, ces vestiges se trouvaient tous au même endroit et datent de la même période (– 1,8 million d’années), ce qui permet d’en comparer les traits physiques. « Leur état de préservation est exceptionnel, ce qui fait que de nombreux aspects inconnus du squelette d’hominidés peuvent être étudiés pour la première fois chez plus d’un individu », explique David Lordkipanidze.

Une légère variabilité

Une fine étude comparative de la morphologie de ces cinq crânes a révélé l’existence de simples variantes d’un individu à l’autre. Idem avec les crânes des Homo habilis (– 2,4 millions d’années, Afrique subsaharienne), Homo rudolfensis (Afrique de l’Est), Homo ergaster (– 1,8 million d’années, Afrique de l’Est) ou Homo erectus (1,2 million d’années, Afrique, Asie et Europe).

« Les variations morphologiques entre les spécimens de Dmanisi n’excèdent pas celles trouvées parmi les populations modernes de notre propre espèce ou parmi les chimpanzés », souligne Christoph Zollikofer, de l’Institut d’anthropologie de Zurich, coauteur de l’étude. En clair, les différences étant infimes, les paléontologues concluent que ces sous-genres ne sont que des variations individuelles d’une seule et même lignée, celle d’Homo erectus qui aurait abouti à Homo sapiens. C’est-à-dire à nous-mêmes.

Une hypothèse qui ne fait pas l’unanimité

Ces conclusions vont à l’encontre d’autres recherches récentes. Notamment celle menée en comparant la face et des mâchoires inférieures découvertes entre 2007 et 2009 au Kenya et selon laquelle les espèces Homo habilis et Homo rudolfensis ont coexisté en Afrique il y a près de 2 millions d’années. Le paléoanthropologue Bernard Wood, professeur à l’Université George Washington, s’est déclaré « très sceptique » des conclusions de l’analyse des crânes de Dmanisi. Selon lui ce crâne « pourrait bien être en fait celui d’une nouvelle espèce d’hominidé ».

Source : La Croix du 18/10/2013