jeudi 12 décembre 2013

Un ADN humain vieux de 400 000 ans livre de nouveau secrets sur l'origine de l'homme

Des chercheurs sont parvenus à reconstituer l'ADN d'un être humain vieux de 400.000 ans à partir d'un os. Cette première mondiale pourrait permettre de mieux retrouver les traces des ancêtres de l'homme. Pourtant, elle plonge un peu plus les scientifiques dans la perplexité...

Un grand pas pour l'humanité ? Enfin, c'est surtout un grand pas dans le passé ! Jusqu’à présent, le plus ancien génome humain séquencé était âgé de "seulement" 70.000 à 80.000 ans. Il appartenait à une fillette membre d'un groupe d'hominidés primitifs, les "Hommes de Denisova", proches cousins de Neandertal et de l'humain moderne.

Seulement voilà, l’ADN d’os retrouvés dans le Sima de los Huesos (le "Gouffre des os"), le plus grand gisement de fossiles humains du Pléistocène moyen vieux de 500.000 à 120.000 ans, en Espagne, a lui aussi pu être étudié. Pour cela, il aura fallu attendre que l’Allemand Matthias Meyer et son équipe d'anthropologie évolutionniste de l'Institut Max Planck, à Leipzig, mettent au point une nouvelle technique pour exploiter l’ADN d’ossements détériorés ou considérés comme trop vieux pour être analysés.

Après de nombreuses études menées sur l'ADN retrouvé sur ce site, les scientifiques se sont rendus compte que les échantillons dataient en vérité de 400.000 ans, éclipsant complétement l'ancien record.

Des os datant de Mathusalem ?

Au moins 28 squelettes d'hominidés ont été découverts par Juan-Luis Arsuaga et son équipe dans le "Gouffre des os". Ils appartiennent à des Homo heidelbergensis, bien qu'ils possèdent aussi des traits typiques des Néandertaliens. "Ce résultat inattendu indique que l'origine des Néandertaliens et des humains modernes a suivi une évolution complexe", explique Juan-Luis Arsuaga, auteur de l'étude et directeur du Centre pour la recherche sur l'évolution et le comportement humain de Madrid.

En travaillant conjointement avec le chercheur, les spécialistes allemands ont commencé, dès 2010, à tester des restes d'ours des cavernes. Ceux-ci se sont révélés être vieux de 300.000 ans. Ils se sont ensuite penchés sur le cas des ossements humains. Grâce à deux grammes de poudre d'os fémoral, ils ont pu reconstituer l'ADN mitochondrial, transmis par la mère, très utile pour retracer l'évolution d'une espèce au fil du temps. Ce sont ces résultats qui ont permis d'estimer que l'hominidé était vieux de 400.000 ans, rapporte la revue Nature.

"Nos résultats montrent que nous pouvons désormais étudier l'ADN de nos ancêtres humains vieux de centaines de milliers d'années. Cela ouvre la voie à l'analyse des gènes des ancêtres des Néandertaliens et des Denisoviens. C'est incroyablement enthousiasmant", commente Svante Pääbo, directeur de l'Institut Max Planck et expert mondialement reconnu dans ce domaine.

Un imbroglio génétique

De plus, en comparant cet échantillon unique avec celui des Néandertaliens, des Dénisoviens, des humains modernes et des autres primates, les scientifiques ont constaté que cet ADN de "l'homme de Sima", était plus que complexe. En effet, s'il partage bien des traits avec les Denisoviens, il s’en est également éloigné il y a maintenant 700.000 ans.

De quoi poser de nombreux questionnements aux scientifiques et d'ouvrir de nouvelles voies aux études génétiques de l'homme. "J'espère que de nouvelles recherches vont pouvoir clarifier les relations génétiques entre les hominidés de Sima de los Huesos d'un côté et les Néandertaliens et Denisoviens de l'autre", conclut ainsi Juan-Luis Arsuaga repris par l'AFP.

Source : Maxi Sciences du 05/12/2013