mardi 24 juin 2014

Le voile se lève un peu plus sur l'origine de Neandertal

Des analyses menées sur des ossements vieux de 430 000 ans découverts dans la célèbre grotte préhistorique de la Sima de los Huesos (Espagne) suggèrent qu’ils appartiendraient à une forme précoce de l’homme de Neandertal.

En analysant les nombreux ossements qui ont été mis au jour depuis le début des années 1980 dans la célèbre grotte espagnole de la Sima de los Huesos (en français, la « grotte aux os »), des paléoanthropologues sont parvenus à la conclusion qu’ils appartiendraient à des individus que l'on pourrait qualifier de "néandertaliens primitifs".

Ce résultat a été publié le 20 juin 2014 dans la revue Science, sous le titre « Neandertal roots: Cranial and chronological evidence from Sima de los Huesos ».

Si cette conclusion venait à être considérée comme valide par l’ensemble de la communauté des préhistoriens (ce qui est loin d’être évident, tant ce domaine de recherche cumule les hypothèses et les théories divergentes), il s’agirait alors d’un résultat notable. En effet, il permettrait de lever partiellement le voile sur la période qui a vu l'émergence de l'Homme de Neandertal, une séquence de la préhistoire qui demeure encore largement mystérieuse.

Selon les travaux réalisés par le paléoanthropologue Juan-Luis Arsuaga (Université Complutense à Madrid, Espagne) et ses collègues, auteurs de cette nouvelle étude, les plus vieux ossements découverts dans cette grotte, et qui pourraient donc être ceux de "néandertaliens primitifs", seraient âgés de quelques 430 000 ans. Une datation qui permet de remonter considérablement dans l’histoire de l’homme de Neandertal, car jusqu'ici les ossements qui étaient attribués de façon certaine à Neandertal étaient plus jeunes de 100 000 à 150 000 ans.

Toutefois, il faut noter que ce nouveau résultat n'est pas complètement... nouveau. En effet, la plupart des ossements analysés par Juan-Luis Arsuaga et ses collègues sont en réalité connus depuis longtemps : les premiers d’entre eux ont été découverts dans la grotte de la Sima de los Huesos dès le début des années 1980. Mais jusqu’ici, ils avaient été attribués à une espèce distincte, appelée Homo Heidelbergensis (cette attribution prévaut d’ailleurs encore aujourd'hui pour de nombreux paléoanthropologues).

Or, depuis quelques années, un nombre croissant de paléoanthropologues considèrent que Homo Heidelbergensis est en réalité une forme précoce de l’homme de Neandertal.

Ces nouveaux travaux menés par Juan-Luis Arsuaga viennent donc conforter l’hypothèse que Homo Heidelbergensis est en fait une forme primitive de l’homme de Neandertal. Une hypothèse qui prend d’autant plus de consistance que les ossements analysés par Juan-Luis Arsuaga ne comprennent pas seulement des ossements de la Sima de los Huesos déjà connus des préhistoriens, mais aussi de nouveaux ossements non encore étudiés à ce jour, appartenant à moins 7 individus supplémentaires.

Rappelons que Juan-Luis Arsuaga est le co-auteur d’une précédente étude publiée en décembre 2013 dans la revue Nature, relatant le séquençage de l’ADN issu précisément de certains de ces ossements qui font l’objet de cette nouvelle étude (lire « De l’ADN ancien jette le trouble sur les origines de l’Homme »).

Source : Le Journal de la Science du 20/06/2014