mardi 15 juillet 2014

Un nouveau regard sur l'évolution humaine

Une étude publiée dans Science, associant données climatiques, morphologiques et culturelles, propose une nouvelle vision sur l'évolution humaine.

Les caractéristiques de l'homme moderne sont le fruit d'une longue période d'instabilité climatique, qui s'est étalée de -2,5 à -1,5 millions d'années. En engendrant l'apparition d'environnements changeants et diversifiés, cette période d'instabilité climatique a été en quelque sorte une sorte de "laboratoire naturel", permettant le déroulement d'un grand nombre d'"expérimentations biologiques", conduisant à l'émergence d'une grande diversité d'espèces du genre Homo, adaptées à ces environnements changeants.

Cette nouvelle vision de l'évolution humaine est défendue dans un article publié le 4 juillet 2014 dans la revue Science.

Le graphique ci-contre représente les lignées Paranthropus (jaune), Australopithèque (vert) et Homo (rouge). Voici la signification des acronymes pour le genre Homo : H sp. pour premiers humains (jusqu'à 2,1 millions d'années), 1470 group et 1813 group pour Homo habilis et Homo rudolfensis, et He pour Homo erectus.

Il faut reconnaître qu'un certain courant chez les paléoanthropologues a longtemps considéré que plusieurs événements comme l'apparition d'un cerveau de grande taille, l'allongement des jambes ou encore de la faculté à fabriquer des outils, le tout conjugué avec certains changements climatiques (notamment, une baisse des températures et de l'humidité), s'étaient produits à peu près au même moment, au début de la lignée Homo.

Cette nouvelle vision incite donc à voir l'évolution humaine de façon différente : il ne s'agirait plus d'un "arbre" doté d'un tronc commun donnant naissance à des branches mutiples, mais d'une sorte de "buissonnement" de plusieurs scénarios évolutifs relativement distincts les uns des autres.

Évidemment, cette vision "buissonnante" de l'évolution humaine n'est pas totalement nouvelle, mais l'intérêt de cette étude est qu'elle apporte des éléments supplémentaires, notamment liés aux climats du passé (données dites "paléoclimatiques"), qui permettent de renforcer cette vision.

Pour parvenir à ces conclusions, la paléoanthropologue américaine Susan Antón (Université de New York, États-Unis) et ses collègues ont analysé un grand nombre de données d'origines diverses : des fossiles bien entendu, mais aussi les données astronomiques qui ont prévalu au cours de ces derniers millions d'années, permettant ainsi aux auteurs de l'étude de préciser les connaissances relatives aux climats qui ont prévalu durant cette période.

L'une des idées-clés de l'étude est ainsi que la période qui a vu la diversification des espèces du genre Homo a été marquée par une forte instabilité climatique, notamment caractérisée par une augmentation de l'intensité des période saisonnière de sécheresse et d'humidité.

Ces travaux ont été publiés le 4 juillet 2014 dans la revue Science, sous le titre "Evolution of early Homo: An integrated biological perspective" .

Source : Le journal de la science du 7 juillet 2014