samedi 9 août 2014

Et si l'homme de Florès était un individu trisomique et non une nouvelle espèce ?

Une nouvelle étude des fragments d'ossements de l'homme de Florès suggère qu'il ne s'agirait pas d'une nouvelle espèce d'hominidés mais d'un individu peut-être atteint du syndrome de Down ou trisomie 21.

Le débat est relancé sur l'Homme de Florès découvert en 2003 dans une grotte de l'île indonésienne du même nom. Depuis plus de dix ans, les scientifiques s'interrogent en effet sur la nature de l'Homo floresiensis : s'agit-il d'une nouvelle espèce d'hominidés ou d'un individu atteint d'une pathologie ?

Dès leur découverte, les ossements ont intrigué les spécialistes car ils montraient une taille étonnamment petite malgré de nombreuses similarités avec ceux d'autres espèces d'hominidés. Certains en ont ainsi conclu qu'il s'agissait peut-être d'une nouvelle espèce dont les caractéristiques physiques seraient liés à l'isolement géographique. Néanmoins, cette hypothèse était loin de convaincre tous les scientifiques.

Depuis plusieurs années, les études se multiplient donc afin de trancher sur la question. C'est ainsi qu'en 2013, une équipe allemande a mené une analyse high-tech du crâne du "Hobbit" concluant qu'il s'agissait bien d'une espèce à part entière. Mais une nouvelle étude publiée cette semaine dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences remet en question cette affirmation.

Ces travaux soutiennent la théorie que l'Homme de Florès serait en réalité un Homo atteint d'une maladie, probablement le syndrome de Down ou trisomie 21.

Des mensurations mal estimées

Pour en arriver là, les chercheurs ont analysé une nouvelle fois les ossements du spécimen "LB1" qui aurait vécu il y a 18.000 ans. Ils en sont arrivés à la conclusion que les mensurations de l'Homme auraient été largement sous-estimées. Son volume crânien approcherait plutôt les 430 millimètres cubes au lieu des 380 mm3 estimés, soit près de 16% de plus. Or, ce chiffre serait assez proche de celui observé chez des personnes atteintes de trisomie 21.

"La différence est significative et les chiffres révisés se placent dans la tranche prédite pour des humains modernes atteints du syndrome de Down dans la même région géographique", a expliqué Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie qui a participé à l'étude. Ajouté à cela, les chercheurs estiment que la taille estimée de l'Homme de Florès serait également erronée. Celle-ci a été établie par extrapolation à partir de la taille des fémurs.

Or, les humains trisomiques présenteraient aussi des fémurs plus courts. Si l'on prend en compte ce facteur, Homo floresiensis aurait mesuré environ 1,26 mètre et non 1,06 comme précédemment estimé. Une taille qui correspondrait à celle observée chez certains habitants vivant actuellement dans cette région de l'Indonésie. Les scientifiques ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des personnes trisomiques.

Une explication plus naturelle

"Quand nous avons vu ces os pour la première fois, plusieurs d'entre nous ont immédiatement évoqué une perturbation du développement, mais nous ne pouvions pas poser un diagnostic parce que les os étaient tellement fragmentés. Au fil des ans, plusieurs séries de preuves ont convergé vers le syndrome de Down", a indiqué Eckhardt repris par Science Daily. Dans l'étude, l'équipe souligne que les caractéristiques de LB1 est le seul spécimen dont on a retrouvé le crâne et les fémurs.

Ses caractéristiques ne peuvent donc pas être retrouvées sur les autres restes découverts dans la grotte Liang Bua. Un véritable obstacle, selon eux, à la théorie qui veut que l'Homme de Florès soit une nouvelle espèce. "Ce travail n'est pas présenté comme une histoire fantaisiste mais pour tester une hypothèse : les squelettes de la grotte de Liang Bua sont-ils suffisamment inhabituels pour justifier l'invention d'une nouvelle espèce humaine ?", a poursuivi le chercheur.

"Notre nouvelle analyse montre que ce n'est pas le cas : l'explication la plus naturelle est qu'il s'agit d'un trouble du développement. Ici, les éléments désignent clairement le syndrome de Down, qui affecte plus d'une naissance humaine sur mille à travers le monde" a t-il conclu. Évidemment, cette théorie ne convainc pas encore tous les spécialistes qui s’intéressent à la controverse. De nouveaux travaux seront donc surement nécessaires avant de pouvoir définitivement trancher sur la question.

Source : MaxiSciences du 06/08/2014