samedi 6 septembre 2014

La première gravure pariétale de l'homme de Néandertal

Des lignes géométriques datant de 39 000 ans ont été gravées à l'aide de pierres aiguisées.

Une découverte réalisée dans une grotte de Gibraltar relance le débat sur le niveau d'évolution de l'homme de Neandertal. Ce «cousin» de l'homme moderne, qui a disparu de notre planète il y a à peu près 40 .000 ans, a apparemment laissé des gravures en forme de croisillons dans la roche d'une grande grotte, preuve qu'il était capable de représentations abstraites et figuratives, deux attributs que l'on pensait réservés à l'homme moderne, Homo sapiens.



La découverte faite dans la grotte de Gorham, à Gibraltar, est décrite dans les comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS) du 1er septembre par une équipe internationale de chercheurs. «C'est la première fois qu'on retrouve de telles marques régulières sur un lieu d'habitation de Néandertaliens, précise l'un des auteurs, Francesco d'Errico, du laboratoire Pacea à Bordeaux (CNRS/université de Bordeaux/ministère de la Culture et de la Communication). On avait déjà vu de tels motifs de traits parallèles ou croisés sur quelques objets de pierre ou des os appartenant à l'homme de Neandertal, mais jamais sur les parois d'une grotte.»

D'habitude, la datation de ce genre d'incisions faites dans de la roche est presque impossible, faute de présence de matière organique qui pourrait contenir du carbone 14, mais les chercheurs ont cette fois-ci eu beaucoup de chance. L'inscription gravée dans la roche était en fait recouverte d'une couche de sol qui contenait des outils du Moustérien, la période de peuplement de l'homme de Neandertal, et qui a été datée entre - 30.000 et - 39.000 ans. Les incisions faites dans la roche sont donc plus vieilles que cette couche géologique bien identifiée.  

«Pensées abstraites»

«Les analyses et reconstitutions faites par Alain Queffelec et moi-même à Bordeaux montrent que ces incisions n'ont pas été faites au hasard, et ne sont pas la conséquence d'actes routiniers comme la découpe de viande ou de peaux, précise Francesco d'Errico. Cette roche, une dolomie, est très dure, et il a fallu entre 200 et 300 passages avec un outil de pierre aiguisé pour arriver à creuser des sillons aussi profonds et réguliers.»

Les auteurs de l'étude se gardent bien de fournir une interprétation des motifs en croisillons qu'ils décrivent, mais ils affirment tout de même que cette découverte «démontre la capacité des Néandertaliens d'avoir des pensées abstraites et de s'exprimer par l'intermédiaire de motifs géométriques». Une conclusion qui permettrait de «réhabiliter» les capacités intellectuelles de Neandertal, longtemps considéré comme moins évolué qu'Homo sapiens ?

«Ce ne sont pas quelques motifs géométriques retrouvés dans une grotte et sur une poignée d'objets parmi des centaines de milliers d'outils et d'os connus depuis des décennies qui changent radicalement ce que l'on sait de l'art néandertalien, estime pour sa part Jean-Jacques Hublin, spécialiste de l'évolution humaine à l'institut Max Planck de Leipzig. Ce sont des exceptions et non la règle. Il y a aussi une grande différence de complexité entre ces quelques lignes et les productions figuratives des hommes modernes de la même période, la distance qui sépare les dessins d'un enfant de 3 ans de la Joconde.»

Source : Le Figaro du 03/09/2014