dimanche 7 septembre 2014

Première trace d'un art abstrait néandertalien

La première gravure pariétale attribuable à des Néandertaliens vient d’être découverte dans une grotte à Gibraltar. C’est ce que révèle une équipe internationale de chercheurs anglais, espagnols ainsi que de préhistoriens français. On peut donc penser que l’art rupestre ne serait pas l’apanage de l’Homme de Cro-Magnon, pas plus qu’il n’aurait été introduit en Europe par les Hommes modernes.

Les Néandertaliens étaient capables de fabriquer des parures et ils pratiquaient des rites funéraires. Nous savons aujourd’hui que nous partageons certains gènes, ce qui tend à montrer qu’il y aurait eu parfois des hybridations entre eux et l’Homme moderne. Depuis quelque temps, l’idée selon laquelle il n’y a pas, contrairement à ce qu'on pensait encore il y a plusieurs décennies, de séparation aussi radicale entre Homo sapiens et Homo neanderthalensis fait donc son chemin.

Initialement, Homo sapiens apparaissait en effet comme la manifestation d’une brusque accession du genre Homo à des comportements complexes comme ceux impliqués dans l’utilisation d’un langage articulé, de la pensée abstraite et symbolique, s’accompagnant de préoccupations esthétiques et religieuses. L’Homme de Néandertal n’en semblait pas vraiment capable et on pensait même qu’il était très probablement dépourvu de la capacité de parler. Certes, il maîtrisait le feu et était l’auteur d’un outillage complexe et élaboré comme le prouvent les industries lithiques du Moustérien. Mais jusqu’à tout récemment encore, on ne pouvait pas vraiment croire que les techniques de débitage de lames, l’utilisation de parures et la fabrication d’outils en os dont témoignait le Châtelperronien, la culture dont on trouve des traces dans les grottes du Renne et d’Arcy-sur-Cure, étaient une manifestation des capacités intellectuelles et culturelles évoluées des Néandertaliens.

De l’art rupestre néandertalien il y a 40.000 ans ?


Et pourtant… Les travaux d’une équipe internationale de préhistoriens qui viennent d’être publiés dans les fameux Comptes rendus de l’académie américaine des sciences (Pnas) apportent une nouvelle pièce au débat, qui réduit à nouveau le fossé entre les deux espèces humaines. Selon Clive Finlayson, qui a coordonné les recherches effectuées dans la grotte Gorham, située dans une falaise faisant face à la Méditerranée sur l’île Gibraltar, il n’y a pas de doute. Le motif gravé sur la paroi de la grotte, et qui est formé de lignes horizontales et verticales se croisant, n’est à l'évidence pas d’origine naturelle, et, de plus, ne peut être attribué qu’à l’Homme de Néandertal, lequel occupait cette île voici environ 40.000 ans.

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont soigneusement examiné les sillons profonds taillés dans la roche. Ils en ont conclu que ces traces ne pouvaient résulter que d’actes délibérés utilisant la pointe d’un outil très dur, comme le silex, et nécessitant environ 200 à 300 opérations répétées. Il ne peut s’agir d’un accident, par exemple un artefact de la découpe de viandes ou de la peau d’animaux ramenés de la chasse. Enfin, la gravure elle-même était enfouie sous une couche de sédiments dont la datation au carbone 14 a montré qu’elle avait commencé à se déposer voici plus de 39.000 ans. La couche contenait des outils que l’on attribue à la culture du Moustérien et donc, selon toute probabilité, à des Néandertaliens dont on sait qu’ils ont occupé la grotte Gorham il y a entre 67.000 et 40.000 ans. Or, il y a quelque 40.000 ans, tous les sites néandertaliens connus sur Gibraltar et en Europe contenaient les types d’outils retrouvés dans la grotte Gorham, mais aucun des sites associé à Homo sapiens.

Ces gravures semblent donc bel et bien représenter les premières traces de pensée abstraite et symbolique qui ne soient pas uniquement associées à l’Homme moderne. Ce qui suggère que les Néandertaliens avaient, en fait, des capacités mentales équivalentes aux nôtres.

Source : Futura Sciences du 03/09/2014