dimanche 31 mai 2015

Le plus vieux meurtre du monde découvert en Espagne

En retrouvant un crâne humain fracturé vieux de 430.000 ans, des chercheurs espagnols ont conclu qu'il s'agissait d'un meurtre, le plus ancien connu à ce jour.

Voici un assassinat dont la justice ne se saisira pas. Mais des scientifiques espagnols ont étudié ce fossile de crâne découvert au fond d'une grotte, au nord de l'Espagne. Un morceau de squelette qui montre des signes révélateurs d'une attaque meurtrière: deux fractures ont été donné avec la même arme, d'après une étude publiée dans la revue scientifique Plos One. Le crâne, appartenant à un membre de la lignée primitive de Neandertal, a été retrouvé dans la Sima de los Huesos («Grotte des Os»), située sur le site préhistorique d'Atapuerca, en Espagne, qui contient les restes d'au moins 28 personnes. Ce site est donc très prisé des chercheurs pour tenter de démêler l'histoire de l'origine humaine. Ce lieu funéraire est étudié depuis plus de trois décennies mais en 2013, un ADN a été extrait d'un os conservé, ce qui conduit certains experts à suggérer que les habitants de cette grotte ont été les premiers représentants de la lignée de Neanderthal.

Un acte intentionnel

«Cranium 17» est composé de 52 fragments d'os, avec un squelette facial et une dentition complète qui appartiennent à un jeune adulte, d'après Juan Luis Arsuaga, professeur de paléontologie à l'Université Complutense de Madrid et principal auteur de ces travaux. Mais on ignore encore s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. «Nous avons examiné les os au microscope et utilisé la tomodensitométrie», déclare le paléontologue. Les chercheurs ont observés les blessures de près de deux centimètres de large en utilisant des méthodes médico-légales comme celles employées par la police.

Leur reconstitution virtuelle a montré que les deux fractures clairement visibles, au-dessus de l'œil gauche, sont presque identiques, ce qui suggère fortement qu'elles ont été causées par le même objet. «Basé sur les similitudes de formes et de taille des blessures, nous croyons que le résultat des coups répétés avec le même objet et infligés par une autre personne, était sûrement une rencontre en face-à-face», explique Nohemi Sala, chercheuse à l'Université Complutense de Madrid qui déclare aussi que l'arme était peut-être une lance en bois, une pointe de lance en pierre ou un pierre biface. «Le crâne indique qu'il n'y a pas eu de cicatrisation, ce qui prouve que la personne est décédée par la suite», indique Marylène Patou-Mathis, préhistorienne au Muséum national d'Histoire naturelle (MHNN) et directrice de recherche au CNRS. «Les deux blessures identiques de cet Homo erectus montrent que les coups étaient intentionnels», ajoute-t-elle.

Le crâne a été déposé volontairement


Cependant, le motif précis du décès et le meurtrier ont peu de chances d'être connus un jour. «Malheureusement, il est impossible d'interpréter la motivation de l'assassinat. Même Sherlock Holmes ne peut pas nous aider», déclare Nohemi Sala. «Il faut cependant faire attention avec le mot meurtre, c'est peut-être une querelle interpersonnelle qui a mal tourné», confie Marylène Patou-Mathis. Cette affaire, vieille de 430.000 ans, est sûrement le meurtre mystérieux le plus vieux du monde.

Les scientifiques disent que l'étude fournit la preuve macabre que la violence est une partie intrinsèque de la culture humaine. Homo sapiens ne peut donc clamer le monopole de la violence. «Ils sont comme nous finalement», déclare Marylène Patou-Mathis. Cependant, la préhistorienne assure que la violence était rare à cette époque prénéandertalienne, car pour se reproduire, il fallait une bonne entente et des échanges entre les hommes. «Ce qui est le plus intriguant, c'est que le crâne a été déposé volontairement sans le reste du corps, comme un rituel. Ce n'est pas anodin», poursuit-elle.

Source : Le Figaro du 29/05/2015