mardi 23 juin 2015

Le premier métis néandertalien reconnu

Un fossile découvert en 2002 en Roumanie se révèle être l’arrière-arrière-arrière-petit-fils d’un homme de Néandertal.

CARPATES. L’ADN a levé le doute. Le jeune homme de Pestera cu Oase ("la caverne aux ossements") découvert dans une grotte des Carpates au sud-ouest de la Roumanie il y a 13 ans, et daté d'environ 40.000 ans, est bien un métis, fruit du croisement entre un Homo neanderthalensis et un Homo sapiens sapiens. Des chercheurs de l’université d’Harvard (États-Unis), de l'institut du Max-Planck (Allemagne) et de l’Académie des sciences chinoises estiment aujourd’hui "qu’il a hérité environ un dixième de son ADN et de gros morceaux de chromosomes d’un ancêtre néandertalien". Leur résultat, annoncé par la paléogénéticienne Qiamei Fu lors du dernier meeting sur la Biologie des génomes de mai 2015 à New York, et publié ce jeudi 25 juin dans Nature fait sensation. "Cette découverte est importante, car il s’agit de la première évidence directe d’un mélange récent survenu en Europe", souligne dans la revue Science le généticien Laurent Excoffier de l’université de Berne (Suisse). Elle appuie la thèse jusqu'à présent minoritaire – portée par l'anthropologue américain Erik Trinkaus de l’université de Washington (États-Unis) – selon laquelle les hommes modernes et les hommes de Neandertal se sont accouplés sur le tard en Europe, lors des quelques milliers d’années où les deux espèces ont cohabité, aux alentours de 40.000 ans.
LireNeandertal a disparu plus tôt que prévu

Jusqu’à présent, l’analyse d’ADN anciens et modernes menée par les généticiens de l’institut Max Planck à Leipzig suggérait plutôt qu’Homo neanderthalensis et Homo sapiens sapiens s’étaient "croisés" de façon marginale, il y a 150.000 à 80.000 ans au moins, au Moyen-Orient. Ces résultats bouleversent - et prolongent - donc l’histoire de la liaison entre nos deux espèces : le croisement remonterait à quatre à six générations, pas plus, avant la mort du jeune homme, il y a 40.000 ans environ selon les spécialistes.

Deux métis du paléolithique. En haut et en bas à droite, le crâne d'Oase 2, un adolescent de 15 ans. En bas à gauche, deux vues de la mandibule d'Oase 1, un jeune homme dont l'ADN a révélé les origines néandertaliennes. © Joao Zilhao/Université de Bristol.
13 ans après, l'ADN donne raison aux partisans des amours mixtes

Lors de sa découverte, en 2002, le fossile Oase 1 (voir photo), qui se résumait en tout et pour tout à une mâchoire, avait provoqué une passionnante controverse. La mandibule présentait en effet des caractères archaïques intrigants "notamment des dents de sagesse très fortes et un petit orifice sur la face interne présent chez la moitié des hommes de Néandertal", selon les paléontologues qui l’avaient analysé. Erik Trinkaus avançait alors qu’il avait peut-être découvert le premier hybride néandertalien, la preuve que les deux espèces s’étaient accouplées. A l’époque, sa démonstration n’avait guère convaincu ses confrères (lire S. et A. n° 659).

Treize ans après, l’ADN donne enfin raison à Trinkaus et aux partisans des amours mixtes entre les deux espèces. Mais ce n’est pas tout : la grotte d’Oase recelait sans doute un deuxième métis. Erik Trinkaus et son collègue Joao Zilhao, de l’université de Barcelone, y ont trouvé, puis assemblé, les morceaux d’un superbe crâne (voir photo), "portant également un mélange de traits néandertalien et moderne, impossible à expliquer autrement que par un croisement". Le tout appartenait à un adolescent de 15 ans, surnommé Oase 2 (voir photo). "Mais il est peu vraisemblable que nous lui fassions passer un test ADN à lui aussi, confie Erik Trinkaus à Sciences et Avenir. Les os ont été trop lessivés. Je ne veux pas broyer une partie du fossile pour un ADN qui a peu de chance d’être là".

Sourc : Sciences et Avenir du 22/06/2015