jeudi 30 juillet 2015

L’agriculture serait-elle apparue il y a 23.000 ans ?

Des plantes céréalières pourraient avoir été cultivées dès moins 23.000 ans, en Israël, reportant de 11.000 ans les prémices de l’agriculture.

MILLÉNAIRES. C’est sur les rives du lac de Tibériade, en Galilée, dans le nord d’Israël, que les hommes auraient, pour la première fois, tenté de cultiver des céréales sauvages il y a 23.000 ans… soit 11.000 ans plus tôt que ne le pensaient jusqu’à lors les archéologues ! Un bon impressionnant dans le temps qui fait reculer de façon spectaculaire l’apparition de l’agriculture… et qui vaudra sans doute la révision de tous les manuels de préhistoire si cette découverte était confirmée.

Le Croissant Fertile au Moyen Orient, a toujours été considéré comme le "berceau de la civilisation". C’est là en effet, au Levant, quelque part entre l’actuelle Turquie, la Syrie, l’Irak et Israël que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs se sont sédentarisés et où sont apparues les premières grandes communautés agricoles, qui ont conduit à ce que les chercheurs appellent la "révolution néolithique" il y a environ 12.000 ans. Mais en fouillant un ancien campement préhistorique de chasseurs-cueilleurs-pécheurs (Ohalo II), un groupe d’archéologues et de botanistes des universités de Bar-Ilan, Haïfa, Tel-Aviv, Ben Gourion (Israël) et de Harvard (Etats-Unis) ont découvert des vestiges d’orge et de blé cultivés il y a 23 000 ans, comme le rapporte la revue PLOS One.

De quoi remettre toute la chronologie en question… Plusieurs campagnes de fouilles archéologiques menées dans cette région par Dani Nadel, de l’Université d’Haïfa (Israël) y ont en effet mis au jour six abris, une tombe, une importante collection de restes d’animaux, des parures de coquillages, des outils de pierre taillés - dont des lames de faucilles parmi les plus anciennes trouvées à ce jour - et surtout des vestiges de nombreuses plantes comestibles. Ce site, découvert en 1989 à 9 km au sud de l’actuelle ville de Tibériade, avait été mis au jour lors d’une baisse significative du niveau des eaux du lac au cours d’un grave épisode de sécheresse.

Selon le Professeur Ehud Weiss, de l’université Bar Ilan, un des auteurs de la publication, ces restes organiques ont été conservés dans un état exceptionnel, car ils ont été brûlés et scellés par les sédiments lacustres. C’est ainsi que plus de 140 espèces de plantes ont pu être identifiées parmi les milliers de vestiges végétaux recueillis. Une aubaine pour les scientifiques, qui ont pu alors étudier la façon dont ces céréales avaient été semées, récoltées et utilisées. Parmi celles-ci figuraient de nombreuses graines d’amidonnier sauvage (un ancêtre du blé, Triticum), de l’avoine et de l’orge. La présence sur le site d’une meule rudimentaire montre que certains grains ont été broyés pour faire de la farine.

MAUVAISES HERBES. Parmi les céréales étudiées se trouvaient également 13 "proto-mauvaises herbes", ces plantes adventices ancêtres des mauvaises herbes actuelles. Particularité : Elles prospèrent uniquement dans des champs où des plantes sont cultivées, ce qui est pour les botanistes un indice supplémentaire de culture céréalière ayant entraîné une perturbation humaine de l’écosystème naturel environnant Ohalo II.

Une découverte "unique"

Cela signifie-t-il pour autant que l’agriculture a débuté il y a 23.000 ans ?Pour les chercheurs, il convient de rester prudent. "Ce qui a été découvert à Ohalo II est pour l’instant unique, précise Georges Willcox, archéobotaniste, directeur de recherche au CNRS, (Laboratoire Archéorient), spécialiste des restes végétaux du début du Néolithique (entre 11 500 et 10 000 ans avant notre ère). Il s’agit de premières tentatives de cultures de plantes par de petites communautés". L’agriculture à grande échelle se serait bien développée beaucoup plus tard, vers 11 000 ans. Cette invention (avec l’élevage) a modifié tous les comportements humains et a été un des événements les plus décisifs de l’histoire de l’humanité, l’homme commençant alors pour la première fois à vouloir dominer la nature.

Source : Sciences et Avenir du 28/07/2015