lundi 18 juillet 2016

Homo erectus marchait comme nous il y a 1,5 million d'années

Les empreintes de pas des ancêtres de l'Homme moderne sont rares. Elles sont pourtant précieuses pour tenter de mieux comprendre leur anatomie et, peut-être, leurs comportements sociaux. De telles traces, attribuées à Homo erectus, ont été découvertes au Kenya. Elles sont parfois indiscernables de celles d'Homo sapiens et laissent penser que les individus coopéraient déjà en groupe.

L’origine de la bipédie chez l’Homme est une question assez complexe. On ne sait pas vraiment quand ni pourquoi elle est apparue chez les hominines, même si l’on peut donner de bons arguments issus de l’anatomie pour estimer à quel point telle espèce était capable d’avoir ce mode de locomotion. Il y a toutefois des débats entre spécialistes, notamment pour déterminer si l’on est en présence d’une bipédie occasionnelle ou pas et, dans cette dernière hypothèse, si elle était vraiment proche ou non de celle de l’Homme moderne.

Pour essayer d’y voir plus clair, on peut espérer tirer des informations relevant de la biomécanique de la marche à partir de traces de pas enregistrées par des sols qui se sont transformés en roche, parfois depuis plus d’un million d’années.

Parmi les traces de pas les plus célèbres, il y a bien sûr celles de Laetoli, découvertes en Tanzanie en 1978 et qui sont datées d’environ 3,5 millions d’années. Leurs caractéristiques, bien que montrant une locomotion de bipède, ne sont pas celles d’un membre du genre Homo et on pense qu’elles ont été laissées par un australopithèque. Elles ne permettent pas de savoir si cette locomotion était exceptionnelle ni si elle se faisait sur une courte distance ou non.

Des empreintes d'individus bipèdes

En 2009, d’autres traces de pas fossilisées ont été découvertes, au Kenya cette fois-ci, visiblement attribuables à des hominines faisant partie du genre Homo. Elles sont âgées de 1,5 million d’années, d’après la datation des couches sédimentaires où elles ont été trouvées, sur le site de Rutgers' Koobi Fora Field, près d'Ileret.

Pour les paléontologues, ce fut de nouveau une découverte heureuse car les restes fossilisés des pieds humains sont assez rares : les os du pied sont petits et donc facilement avalés par les prédateurs. Comme il n’est pas facile non plus de déduire les caractéristiques des parties molles entourant ces os, ces empreintes permettent d’y voir plus clair quant aux êtres qui les ont laissées.

Ainsi, alors que les traces de pas retrouvées à Laetoli montraient un gros orteil écarté des autres, ce qui est le propre des primates essentiellement arboricoles, celles du Kenya montraient des empreintes de pieds où les orteils sont parallèles. Cela indique, sans doutes possibles, qu’elles ont été laissées par des hominines pratiquant une locomotion fondamentalement bipède et que l’on pense être des Homo erectus.

97 empreintes laissées par au moins 20 Homo erectus

Les recherches ont continué autour d'Ileret et une équipe internationale de paléontologues vient de publier à ce sujet un article dans Nature où elle annonce la découverte de 97 empreintes laissées par au moins 20 individus appartenant probablement tous à l’espèce Homo erectus, sur cinq sites différents. Les analyses ont montré qu’au moins un de ces individus a laissé des traces indiscernables de celles qu’aurait laissé un Homo sapiens pieds nus. On peut raisonnablement en déduire qu’Homo erectus disposait de pieds dont l’anatomie et le fonctionnement étaient très similaires à ceux de l’Homme moderne.

Les chercheurs semblent également parvenus à tirer des informations concernant l’éthologie des Homo erectus. Les caractéristiques des traces retrouvées permettent de penser que l’on était parfois en présence d’adultes de sexe masculin se déplaçant en groupe. Cela suggère qu’ils étaient capables de coopérer, ce qui est un comportement à la base de ceux séparant Homo sapiens des autres primates.

C’est la première fois que l’on trouve des indices en ce sens chez des Homo erectus dans un temps aussi reculé que 1,5 million d’années.

Source : Futura Sciences du 15/07/2016