samedi 4 mars 2017

Des crânes de Denisoviens ?

Ce qui est important, c’est le point d’interrogation… car pour le moment les Denisoviens ne sont toujours pas identifiés, à part par leur ADN !

Dans un article de la revue Science, une équipe de chercheurs reprend l’étude de crânes qui avaient été découverts en Chine il y a 10 ans par l'archéologue Zhan-Yang Li. Si le matériel a été plusieurs fois monté, étudié, démonté, analysé, remonté, son appartenance à une espèce particulière n’a toujours pas été prouvée...


Des fossiles avec des caractéristiques « mixtes »…

Parmi ces fossiles et l’outillage lithique retrouvé à Lingjing (près de la ville de Xuchang) ce sont surtout une cinquantaine de morceaux de crânes qui ont été l’objet d’une attention particulière de la part des chercheurs depuis 2007. Après de nombreux essais, ce sont deux crânes partiels qui ont pu être reconstruits. La face et la mâchoire sont totalement absentes de cette reconstitution. C’est donc principalement la calotte crânienne qui peut donner des indications sur son propriétaire.
La première évidence c’est que le volume cérébral est dans la tranche haute de ce que l’on trouve habituellement chez les hominidés. Avec 1800 cm3 l’un des crânes fossiles de Lingjing est très proche de celui des Néandertaliens dont le volume cérébral dépasse celui d’un Homo sapiens en moyenne. Avec la présence d’un bourrelet sus-orbitaire proéminant, et de la fosse sus-iniaque à l’arrière du crâne, ces fossiles se rapprochent également de l’Homme de Néandertal.

A l’inverse, les crânes présentent des différences au niveau de l’épaisseur globale et de celle du bourrelet sus-orbitaire, ce qui correspond aux premiers humains modernes et à d’autres fossiles d’Asie.
Pour le paléoanthropologue Erik Trinkaus «Ce ne sont pas des Néandertaliens au sens plein».
D’une structure plus gracile, et avec un développement cérébral aussi important, les fossiles de Lingjing ne sont pas non plus des représentants tardifs d'anciens hominidés tels que Homo erectus ou Homo heidelbergensis, deux espèces qui sont certainement à l’origine des Néandertaliens et des Homo sapiens.

…qui ressemblent à d’autres…


Les crânes de Lingjing partagent des caractéristiques communes avec d'autres fossiles d’Asie de l'Est (dont la datation est comprise entre - 600 000 et - 100 000 ans). Mais dans tous les cas ces anciens fossiles ne se retrouvent pas non plus dans la classification actuelle.
Pour compliquer les choses, le crâne de Lingjing ressemble également à un autre crâne humain ancien datant de 100 000 ans qui avait été découvert à Xujiayao dans le bassin Nihewan de Chine, à 850 kilomètres au nord.

Une nouvelle hypothèse à plusieurs inconnues

Le paléoanthropologue Xiu-Jie Wu (IVPP) pense que ces anciens fossiles et les nouveaux crânes « ont appartenu à une nouvelle espèce archaïque qui a survécu en Asie de l'Est il y à 100 000 ans.» Basé sur des similitudes avec d'autres fossiles asiatiques, elle et ses collègues pensent que ces crânes sont les représentants d'une population asiatique de l'Est qui a évolué en transmettant des traits locaux de génération en génération dans ce que les chercheurs appellent la continuité régionale. Par ailleurs, les ressemblances avec les Néandertaliens d’une part, et avec les hommes modernes d’autre part, suggèrent que ces Asiatiques archaïques ont également eu des échanges génétiques avec d'autres ancienne populations.

Plan de la situation du gisement de Lingjing par rapport à celle de DenisovaPour d’autres experts, il apparaît que les Denisoviens correspondent assez bien à ce portrait-robot : ils sont datés d'environ 50 000 à 100 000 ans, et leur ADN montre qu'après des centaines de milliers d'années d'isolement, ils ont gardé un mixage de Néandertaliens et de premiers hommes modernes. «C'est exactement ce que l'ADN nous dit quand on essaie de donner un sens aux découvertes de Denisova», dit le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin (Institut Max Planck pour l'anthropologie évolutive, à Leipzig). "Ces fossiles chinois sont au bon endroit au bon moment, avec les bonnes caractéristiques."

Mais les professeurs Wu et Trinkaus affirment qu'ils ne peuvent pas mettre des fossiles dans un groupe défini en se basant uniquement sur l'ADN. «Je n'ai aucune idée de ce qu'est un Denisovien», dit Trinkaus.

La seule façon d'identifier véritablement un Denisovien est d’étudier son ADN. La paléogénéticienne Qiaomei Fu indique qu'elle a essayé d'extraire de l'ADN de trois morceaux des fossiles de Xuchang, mais sans y parvenir.

Source : Hominidés.com du 03/03/2017