vendredi 12 mai 2017

Homo naledi : sa surprenante jeunesse est confirmée

Homo naledi est peut-être la plus ancienne espèce du genre Homo capable d'enterrer ses morts. Aujourd'hui, c'est officiel : il était bien présent en Afrique du Sud il y a entre 236.000 et 335.000 ans. Ses représentants pourraient donc avoir côtoyé l'Homme moderne, qui serait apparu il y a 200.000 ans.

Homo naledi est une nouvelle espèce d’hominine présentant des caractéristiques primitives et modernes. Celle-ci a été découverte il y a quelques années en Afrique du Sud.
Doué d’un petit cerveau, Homo naledi n’en était pas moins capable d’enterrer ses morts dans une grotte pour les protéger des charognards, ce qui est très étonnant.
L’âge des fossiles retrouvés vient d'être précisé : entre 236.000 et 335.000 ans, et pas quelques millions d’années comme on pouvait le penser.


Il y a presque deux semaines, Futura relayait la nouvelle : le paléontologue Lee Berger avait annoncé dans une interview accordée à National Geographic que les restes fossilisés de Homo naledi avaient finalement pu être datés. L'âge obtenu était compris entre 200.000 et 300.000 ans, ce qui, bien que moins révolutionnaire que s'il avait été compris entre un et deux millions d'années, n'en restait pas moins étonnant pour ce représentant du genre Homo.

Ses caractéristiques anatomiques sont en effet un étrange mélange :
  • Un cerveau minuscule, de la taille d'une orange.
  • Haut d'environ 1,5 mètre, il pesait environ 45 kilogrammes.
  • Les dents et le crâne de Homo naledi sont semblables à ceux des premiers membres connus du genre Homo, à savoir Homo rudolfensis et Homo habilis, qui sont apparus il y a environ deux millions d'années.
  • Les épaules sont cependant plus semblables à celles des singes et les doigts, extrêmement courbés, suggèrent une capacité d'escalade.
  • Les pieds sont pourtant semblables à ceux des humains modernes ; les jambes, relativement longues, suggèrent qu'il était bien adapté à la marche sur de longues distances.



Les caractéristiques anatomiques de Homo naledi sont donc archaïques par bien des aspects, ce qui aurait tendance à le placer proche de Homo habilis sur l'arbre phylogénétique des hominines. Toutefois, ses caractéristiques sont bien plus évoluées par d'autres aspects. Ainsi, malgré son petit cerveau, Homo naledi semblait bien avoir délibérément enterré ses morts, un comportement sophistiqué que l'on ne connaissait jusqu'ici qu'avec l'Homme de Néandertal et l'Homme de Cro-Magnon. Lee Berger, chef des équipes ayant découvert et étudié les fossiles de Homo naledi, envisageait donc que celui-ci pouvait bien être à l'origine de certains outils en pierre taillée assez avancés, retrouvés dans la région d'Afrique du Sud où avait vécu Homo naledi.

Cependant, ces hypothèses dataient de 2015 et on ne savait toujours pas par quels moyens les chercheurs étaient finalement parvenus à dater les fossiles ni quel âge exact ils avaient obtenu. On n'en savait pas plus non plus sur la découverte annoncée d'une deuxième grotte.

Six méthodes de datation convergentes pour Homo naledi

Ce n'est plus le cas désormais, comme le montre une publication dans le journal eLife et plusieurs communiqués (voir ci-dessous) en provenance des universités à la pointe des recherches sur Homo naledi ainsi que la mise en ligne d'une vidéo dans laquelle Lee Berger fait un point rapide sur les dernières découvertes.

Young Homo naledi surprises ;
JCU team says hominid lived alongside modern humans.

Les fossiles retrouvés dans les grottes de Rising Star, en Afrique du Sud, ont un âge compris entre 236.000 et 335.000 ans, donc pendant le Pléistocène moyen, ce qui confirme que Homo naledi a très probablement côtoyé Homo sapiens. La détermination de cet âge n'a pas été une mince affaire. En effet, 10 laboratoires et 19 chercheurs ont été mis a contribution et 6 méthodes différentes ont été utilisées sous l'égide du professeur Paul Dirks de la James Cook University, en Australie.

Futura avait interrogé deux des collègues de Paul Dirks au sujet de la découverte de Homo naledi, à savoir Eric Roberts et Cassian Pirard. Ceux-ci avaient répondu à nos questions (voir l'interview ci-dessous) avec l'aval de Paul Dirks. Voici celle qui nous intéresse le plus aujourd'hui.

Futura : Quelles méthodes de datation ont été tentées ? Y a-t-il de l'espoir dans un avenir proche d'obtenir une datation et si oui comment ?

Eric Roberts : Nous avons essayé plusieurs techniques, dont la datation par l'uranium-plomb. Nous avons eu des problèmes pour obtenir un âge jusqu'à présent. Mais nous progressons et nous emploierons tout ce qui est possible pour obtenir un âge précis et fiable pour les fossiles. Nous pensons réussir, mais ça va prendre du temps.

Cassian Pirard : Les datations U-Th-He sur les encroûtements carbonatés n'ont rien donné jusqu'à présent, faute d'une technique adéquate. Mais Jan Kramers, un célèbre géochronologiste présent parmi les auteurs de l'article de eLife, est en train de développer une méthode appropriée pour dater de manière plus adéquate les spéleothemes, appelés plus couramment concrétions, de Rising Star. Des échantillons de sédiments carbonatés sont d'ailleurs en cours d'analyse dans notre université et devraient donner des résultats plausibles d'ici quelques mois, en utilisant les séries de désintégration de l'uranium. Cela nous donnera un âge minimum pour les fossiles.

Une datation des sédiments par OSL (Optically Stimulated Luminescence) va être tentée également ainsi qu'une datation directe des dents de Homo naledi par ESR (Résonance de spin électronique). Elle pourrait finalement nous donner un âge, même si c'est avec des barres d'erreurs assez importantes.

Avec le recul, on ne peut que saluer la clairvoyance des chercheurs de la James Cook University. Les datations directes ont bien été effectuées sur des dents de Homo naledi en utilisant la méthode ESR ainsi que celle des déséquilibres des familles de l'uranium dans le cadre des tests en double aveugle. Les datations indirectes, quant à elles, ont bien été effectuées avec la méthode OSL pour les sédiments, jointe à la méthode par l'uranium-thorium, complétée par l'étude du magnétisme rémanent dans les spéléothèmes.

Comme l'explique Lee Berger dans la vidéo ci-dessus, les recherches continuent et d'autres fossiles de Homo naledi ont été découverts dans une nouvelle grotte appelée Lesedi.

Source : Futura Sciences du 10/05/2017