dimanche 14 mai 2017

Le hobbit de Florès: un tout petit homo primitif venu d'Afrique, pas un "nain insulaire"

Une analyse phylogénétique de l'homme de Florès montre qu'il ne s'agit pas d'un Homo erectus rétréci par nanisme insulaire, mais d'un tout petit homme primitif venu d'Afrique.

HOBBIT. Minus il était, minus il est resté ! C'est ainsi que l'on pourrait résumer l'étude phylogénétique la plus complète jamais menée sur l'Homme de Florès, un homme fossile de tout petit gabarit avec son mètre de haut et ses 30 kilos tout mouillé, et surnommé le hobbit depuis sa découverte en 2003. Dans le Journal of Human Evolution, Debbie Argue de l'École d'Archéologie et d'Anthropologie de l'Australian National University et ses collègues australiens, malgaches et américains soutiennent que l'origine de cette espèce s'ancrerait il y a -1,75 million d'années au moins, certainement en Afrique. Ce petit hominidé serait ainsi anatomiquement très proche d'Homo habilis, le tout premier des Homo, dont la taille variait entre 1,10 m et 1,20 m pour 30,5 kilos.

Jusqu'à présent, on supposait qu'Homo floresiensis descendait d'un Homo erectus beaucoup plus grand (1,65m pour 67 kg environ), débarqué d'Afrique en Asie il y a 1,5 million d'années et dont on trouve la trace non loin, sur l'ile indonésienne de Java. On pensait qu'une fois sur l'ile de Florès, l'hominidé avait diminué en taille, par nanisme insulaire, un rétrécissement morphologique déjà observé chez d'autres espèces préhistoriques -comme le mammouth- isolées dans un environnement où les ressources sont moins abondantes et dont les prédateurs sont absents.

Une autre hypothèse, très controversée, voulait que l'Homme de Florès soit un H. sapiens déformé par une pathologie (trisomie 21, microcéphalie), mais elle a été disqualifiée en 2016 après examen de l'endocrâne du bonhomme par le français Antoine Balzeau, du Musée de l'Homme.

L’étude confirme que Florès n’était pas un H.sapiens malade

La nouvelle étude confirme que Florès n'était pas un homme moderne malade, mais bien un homme archaïque. "Nous sommes sûrs à presque 100 % qu'il n'est pas un Homo sapiens mal formé", assène Mike Lee, de l'Université Flinders (Australie du sud), qui s'est chargé de la modélisation statistique des données fossiles. Au-delà des précédents travaux, son équipe ne s'est pas seulement focalisée sur le crâne et la mâchoire, mais a aussi étudié les dents, les bras, les jambes et les épaules. Les bonshommes de Florès (on a retrouvé une dizaine d'individus) ont ainsi été comparés à des Australopithecus comme des Homo à partir de 133 points de mesure. Résultat ? "Nous sommes sûrs à 99 % qu' Homo floresiensis n'est pas lié à Homo erectus", poursuit Mike Lee. Sa gueule, ou plutôt la structure de sa mâchoire était même plus primitive. "Logiquement, il est difficile de comprendre comment vous pourriez avoir une régression, assène Debbie Argue. Pourquoi et comment la mâchoire d'Homo erectus aurait-elle pu évoluer vers un stade plus primitif comme celui d'Homo floresiensis ?" L'évolution des espèces ne revient pas en arrière, selon la théorie.

Ce travail comblerait de joie de l'un des découvreurs de l'Homme de Florès, l'Australien Mike Morwood, aujourd'hui décédé, qui expliquait dès 2005 à Sciences et Avenir que le hobbit avait des traits primitifs -dents, membres supérieurs, poignets notamment- qui évoquaient ceux des Homo habilis ou des australopithèques (lire Sciences et Avenir n°810). Il incitait dès lors à une comparaison poussée. C'est désormais chose faite. Comme il le pensait, les populations préhistoriques de l'île indonésienne, disparues il y a environ 50 000 ans, seraient des survivants d'une espèce très ancienne et lilliputienne, cousine d'Homo habilis et apparue il y a plus de 1,75 million d'années." H. floresiensis serait venu d'Afrique, suivant un courant migratoire jusque-là peu documenté", précise l'anthropologue australien Colin Grove, co-signataire de l'article.

Deux points obscurs subsistent : on n'a jamais retrouvé de représentant de l'espèce H. floresiensis (ou de son ancêtre commun avec Homo habilis) sur le continent noir. Et son cerveau de 380 cm3 est deux fois plus petit que celui d'Homo habilis. Sa seule boite crânienne a-t-elle pu diminuer en volume au cours de l'évolution? C'est la dernière énigme qu'il faudra résoudre.

Source : Sciences et Avenir du 11/05/2017