vendredi 2 juin 2017

Le berceau de l'humanité est-il en Europe plutôt qu'en Afrique ?

Le dernier ancêtre aux humains et aux autres primates serait européen et pas africain. C'est ce que suggère une équipe de paléontologues qui font de Graecopithecus freybergi, connu par quelques fossiles trouvés en Grèce et en Bulgarie, un hominine, alors qu'il est daté de 7,2 millions d'années. Mais ce résultat est loin de faire l'unanimité.

Une datation et une analyse de deux restes fossiles appartenant à un primate de 7,2 millions d'années du nord de la Méditerranée indiqueraient qu'il s'agit d'un membre de la lignée humaine.
La séparation d'avec la lignée des grands singes actuels se serait donc opérée en Europe et pas en Afrique.
Ces résultats, basés sur un petit nombre d'indices, ne seront pas acceptés facilement par la communauté des paléoanthropologues.


D'après deux articles publiés dans la revue Plos One, le Graecopithèque était plus près de l'Homme que de tout autre primate. La conclusion est donc qu'il devrait être intégré dans la famille humaine des Hominines. Elle est à peu près révolutionnaire à cause de la datation et de la région où il vivait : entre -7,15 et -7,24 millions d'années en Europe.

Or, les paléontologues, très majoritairement, estiment que la lignée humaine est apparue en Afrique et que son plus ancien représentant connu est Toumaï, alias Sahelanthropus tchadensis, qui vivait il y a 7 millions d'années dans ce qui est aujourd'hui le Tchad.

Pour parvenir à cette conclusion, l'équipe internationale, dirigée par Madelaine Böhme (université de Tübingen) et Nikolai Spassov (Muséum national d'histoire naturelle, Sofia), a étudié les restes connus de Graecopithèque : une dent trouvée en 2012 en Bulgarie et une mandibule, découverte à Pyrgos Vassilissis (aujourd'hui un quartier d'Athènes) en 1944, « dans des circonstances mal documentées », comme l'explique le site Hominidés.com. La prémolaire avait été datée de 7 millions d'années grâce aux autres fossiles associés, et rapprochée de la mâchoire grecque, laquelle avait donné lieu à la description d'une nouvelle espèce de primate, Graecopithecus freybergi, dont, de plus, l'âge estimé était similaire.

Le primate des Balkans vivait dans une steppe

Les chercheurs ont passé la prémolaire et la mandibule au scanner CT et ont repéré deux analogies avec l'anatomie humaine. Selon eux, les canines sont petites et les racines des dents sont partiellement fusionnées, ce qui est spécifique des humains.

Le second article traite de la datation de la mandibule (-7,175 millions d'années) et de la dent bulgare (-7,24 millions d'années), mais aussi de l'environnement qui régnait à cette époque autour de la Méditerranée. La région devait alors être une savane, estiment les auteurs. Durant le Messinien, poursuivent-ils, le climat s'y est brutalement refroidi et c'est à ce moment et à cet endroit que la lignée humaine se serait séparée de celle des singes.

Ces résultats bousculent suffisamment les connaissances actuelles pour qu'ils méritent une vérification. Ils obligeraient à réécrire l'histoire des hominidés et se heurtent aux nombreux indices de la piste africaine. Interrogés par le Washington Post, plusieurs paléontologues expriment leurs doutes.

« J'apprécie beaucoup cette analyse détaillée de la mandibule de Graecopithecus, commente Richard Potts, paléaoanthropologue à la Smithsonian Institution. Mais la conclusion principale de l'article va bien au-delà des résultats. » Quoi qu'il en soit, le primate des Balkans risque de refaire parler de lui, tant l'histoire des Hominidés est mal connue, comme en témoignent les interrogations sur l'espèce humaine elle-même (voir l'article ci-dessous) et sur ses longues pérégrinations, sept millions d'années plus tard.

Source : Futura Science du 26/05/2017