lundi 8 août 2011

Les hommes modernes 10 fois plus nombreux que les néandertaliens

La population d'homme modernes aurait été multiplié au moins par dix entre - 40 000 et - 30 000 ans, dans le Sud-Ouest de la France. Une explosion démographique qui apporte un éclairage nouveau sur la transition entre Néandertaliens et hommes modernes.

Bientôt sept milliards d'hommes sur la planète. Après avoir conduit les autres espèces humaines à l'extinction, Homo sapiens continue à se multiplier, et le fera, semble-t-il, jusqu'aux limites de notre biotope. Les travaux de Paul Mellars et Jennifer French, de l'Université de Cambridge, suggèrent que cette tendance démographique existait déjà lorsque les hommes modernes ont remplacé les Néandertaliens d'Eurasie, entre - 40 000 et - 30 000 ans : durant cette période, la population d'hommes modernes d'une région du sud-ouest de la France a été multipliée par au moins 10. La transition entre Néandertaliens et hommes modernes a aussi été une transition démographique!

En Europe occidentale, trois traditions culturelles ont coexisté et se sont succédées pendant la transition Néandertal-Homo sapiens : celles du Moustérien de tradition acheuléenne (- 300 000 à - 30 000 ans) et du Châtelperronien (- 38 000 à - 32 000 ans) attribuées aux Néandertaliens ; et celle de l'Aurignacien (- 37 000 à - 28 000 ans) attribuée à l'homme moderne.

Les chercheurs ont étudié l'évolution d'une région de 75 000 kilomètres carrés centré sur la Dordogne, haut lieu préhistorique, a évolué au cours de la transition. Pour ce faire, ils dénombré les abris sous roches et les sites (ou stations) de plein air, ainsi que l'intensité de l'occupation de ces sites durant la transition. Il en ressort que si on peut attribuer l'usage de 26 abris sous roche aux Moustériens, et celui de 30 abris et de sept stations de plein air aux Châtelperroniens, les Aurignaciens ont pour leur part occupé au moins 108 abris sous roches et 39 stations de plein air durant la période.

Sur ces sites, les surfaces minimales occupées varient considérablement : alors que les sites moustériens et châtelperroniens occupent entre 100 à 250 mètres carrés, les sites aurignaciens occupent entre 500 et 600 mètres carrés. La quantité de viande consommée, déduite du nombres d'os par mètre carré et par millier d'années de states, passent par ailleurs de 84,6 kilogrammes au Châtelpéronnien à 152,2 kilogrammes à l'Aurignacien (les données sont manquantes pour le Moustérien), soit une multiplication par 1,8. De même, le nombre moyen d'outils lithiques retrouvés par mètre carré et par millénaire passe de 50 pour le Moustérien, à 80 au Châtelpéronnien et 150 chez les Aurignaciens. Une augmentation d'un même facteur 1,8, ce qui corrobore le résultat précédent.

Qu'en conclure ? L'augmentation de la surface occupée sur les sites suggère une augmentation de la population de chaque site par 2 à 3 au cours de la transition Néandertalien-Sapiens. Dans le même temps, le nombre de site est pour sa part multiplié par environ 2,5, tandis que leur densité d'occupation – indiquée par la viande consommée et le nombre d'outils – croît d'un facteur 1,8. Une simple multiplication de ces facteurs entre eux suggère au final que la population aurignacienne était quelque dix fois plus nombreuse que les populations néandertaliennes qui l'ont précédée.

La modernité culturelle qui caractérisait Homo sapiens signifiait-elle une meilleure exploitation du territoire, donc la possibilité d'une plus grande population ? Ou à l'inverse, la population plus nombreuse d'hommes modernes a-elle entrainé plus d'innovations, donc plus d'efficacité ? Difficile à dire.

Source : Pour la Science du 04/08/2011