Europe : En étudiant l'ADN mitochondrial de cinq fossiles de Neandertal, une équipe européenne a montré que la diversité génétique des Neandertaliens vivant il y a entre 38 000 et 70 000 ans ne représentait qu'un tiers de la diversité génétique observée chez les hommes modernes. Ceci indiquerait qu'à l'époque, la population des hommes de Neandertal était réduite (3 500 femelles), voire qu'elle était plus petite que celle des grands singes.
Source : A.W. Briggs et al., Science, 17 juillet 2009
Source : Science et Actualités du 20-07-2009
lundi 20 juillet 2009
jeudi 9 juillet 2009
Ganléa, l'ancêtre des singes, était asiatique
Les primates anthropoïdes, dont nous faisons partie, ne sont pas nés en Afrique, comme on l'a longtemps pensé, mais en Asie. C'est ce qu'affirme une équipe de paléontologues après l'examen d'une mâchoire fossile. Ce petit animal savait casser les noix à la manière des singes, ce qu'ignorent les lémuriens.
C'est au Myanmar (ex Birmanie) que des paléontologues d'une collaboration internationale, dont Laurent Marivaux (ISEM, CNRS) et Jean-Jacques Jaeger (IPHEP), ont exhumé plusieurs fossiles de primates vieux de 37 à 38 millions d'années, soit l'Eocène supérieur, appartenant à une espèce inconnue et même à un genre nouveau. A l'époque, la région, tropicale et très humide, expliquent les auteurs, ressemblait à l'actuel bassin amazonien.
Une mâchoire a révélé une canine d'une taille démesurée, ce qui a valu à l'espèce d'être baptisée Ganlea megacanina (le nom de genre, Ganlea, vient du nom du village de Ganle, à côté duquel les fossiles ont été trouvés). Les profondes traces d'usure que portent ces dents suggèrent aux paléontologues que l'animal se nourrissait de graines de noix dont il brisait la coque avec ses canines. Le détail n'est pas anecdotique pour un spécialiste de l'histoire des primates.
Ce groupe, en effet, est considéré comme constitué de deux lignées, celle des prosimiens, essentiellement représentés aujourd'hui par les lémuriens, et celle des primates anthropoïdes, regroupant les singes et les humains. Or, aucun lémurien ni aucun prosimien ne croque des noix alors que c'est ainsi que se nourrissent les sakis, des singes d'Amérique du sud. Dans la revue Proceedings of the Royal Society B, les chercheurs en concluent que Ganléa était un primate anthropoïde et que l'origine de cette lignée se trouve donc en Asie, bousculant l'histoire connue de cette branche à laquelle sont accrochés les humains.
Une confirmation parmi d'autres
Pour les auteurs, cette conclusion n'est pas une grande surprise. Ganléa appartient à une famille connue d'anthropoïdes, les amphipithecidés. Quatre fossiles de ce groupe éteint ont déjà été trouvés en Asie. La découverte de Ganléa démontre que ces primates dérivent d'un ancêtre commun installé en Asie. En 1994, Eosimias était exhumé du sol chinois et arborait déjà des caractéristiques d'anthropoïde. En 2005, Laurent Marivaux racontait à Futura-Sciences la découverte au Pakistan, par une équipe dont il faisait partie, de deux nouveaux genres d'amphipithecidés datant de 30 millions d'années.
Selon ce chercheur, Ganléa diffère « radicalement » du fossile découvert en Allemagne et récemment décrit sous le nom de Darwinius masillae. Surnommé Ida et classé dans les adapiformes, ce petit animal avait défrayé la chronique grâce à une présentation habile de ses découvreurs, qui en parlaient comme d'un « chaînon manquant ». Avec ses 47 millions d'années, Ida serait le plus ancien ancêtre commun aux deux lignées de primates. Laurent Marivaux estime que Ida est plus proche des lémuriens actuels.
Mangeur de fruits, amateur des graines si nutritives cachées dans leurs noyaux, très probablement arboricole, Ganléa inscrit un nouveau paragraphe dans l'histoire compliquée des primates. Il y a 60 millions d'années, leurs ancêtres peuplaient de nombreuses régions de l'hémisphère nord. Vingt millions d'années plus tard, on les trouve surtout dans les régions tropicales, notamment en Asie. C'est vers cette époque qu'apparaissent les premiers singes, dont certains ont démarré une autre histoire, celle des hominidés...
Source : Futura-Sciences du 09/07/2009
Une représentation possible de Ganlea megacanina, dans son milieu naturel le plus probable, les arbres, avec une longue queue, indispensable à son équilibre.
C'est au Myanmar (ex Birmanie) que des paléontologues d'une collaboration internationale, dont Laurent Marivaux (ISEM, CNRS) et Jean-Jacques Jaeger (IPHEP), ont exhumé plusieurs fossiles de primates vieux de 37 à 38 millions d'années, soit l'Eocène supérieur, appartenant à une espèce inconnue et même à un genre nouveau. A l'époque, la région, tropicale et très humide, expliquent les auteurs, ressemblait à l'actuel bassin amazonien.
Une mâchoire a révélé une canine d'une taille démesurée, ce qui a valu à l'espèce d'être baptisée Ganlea megacanina (le nom de genre, Ganlea, vient du nom du village de Ganle, à côté duquel les fossiles ont été trouvés). Les profondes traces d'usure que portent ces dents suggèrent aux paléontologues que l'animal se nourrissait de graines de noix dont il brisait la coque avec ses canines. Le détail n'est pas anecdotique pour un spécialiste de l'histoire des primates.
Ce groupe, en effet, est considéré comme constitué de deux lignées, celle des prosimiens, essentiellement représentés aujourd'hui par les lémuriens, et celle des primates anthropoïdes, regroupant les singes et les humains. Or, aucun lémurien ni aucun prosimien ne croque des noix alors que c'est ainsi que se nourrissent les sakis, des singes d'Amérique du sud. Dans la revue Proceedings of the Royal Society B, les chercheurs en concluent que Ganléa était un primate anthropoïde et que l'origine de cette lignée se trouve donc en Asie, bousculant l'histoire connue de cette branche à laquelle sont accrochés les humains. La mâchoire inférieure droite de Ganlea megacanina. On remarque la magnifique canine, à droite, à laquelle peu de noyaux de fruits devaient résister.
Une confirmation parmi d'autres
Pour les auteurs, cette conclusion n'est pas une grande surprise. Ganléa appartient à une famille connue d'anthropoïdes, les amphipithecidés. Quatre fossiles de ce groupe éteint ont déjà été trouvés en Asie. La découverte de Ganléa démontre que ces primates dérivent d'un ancêtre commun installé en Asie. En 1994, Eosimias était exhumé du sol chinois et arborait déjà des caractéristiques d'anthropoïde. En 2005, Laurent Marivaux racontait à Futura-Sciences la découverte au Pakistan, par une équipe dont il faisait partie, de deux nouveaux genres d'amphipithecidés datant de 30 millions d'années.
Selon ce chercheur, Ganléa diffère « radicalement » du fossile découvert en Allemagne et récemment décrit sous le nom de Darwinius masillae. Surnommé Ida et classé dans les adapiformes, ce petit animal avait défrayé la chronique grâce à une présentation habile de ses découvreurs, qui en parlaient comme d'un « chaînon manquant ». Avec ses 47 millions d'années, Ida serait le plus ancien ancêtre commun aux deux lignées de primates. Laurent Marivaux estime que Ida est plus proche des lémuriens actuels. Mangeur de fruits, amateur des graines si nutritives cachées dans leurs noyaux, très probablement arboricole, Ganléa inscrit un nouveau paragraphe dans l'histoire compliquée des primates. Il y a 60 millions d'années, leurs ancêtres peuplaient de nombreuses régions de l'hémisphère nord. Vingt millions d'années plus tard, on les trouve surtout dans les régions tropicales, notamment en Asie. C'est vers cette époque qu'apparaissent les premiers singes, dont certains ont démarré une autre histoire, celle des hominidés...
Source : Futura-Sciences du 09/07/2009
Une représentation possible de Ganlea megacanina, dans son milieu naturel le plus probable, les arbres, avec une longue queue, indispensable à son équilibre.
Origines de l'homme : un nouveau scénario avec Lluc
L'annonce récente en Espagne de la découverte d'un primate fossile de 11,9 millions d'années, aux caractéristiques anatomiques très modernes, relance la question d'une origine uniquement africaine de la lignée des hominidés.
À l'origine était l'Afrique
C'est Charles Darwin lui-même qui l'affirmait, dès 1871, dans son ouvrage consacré aux origines de l'homme, The Descent of Man : notre lignée est très vraisemblablement apparue en Afrique. Pour parvenir à cette conclusion hardie à une époque où les fossiles sont rarissimes et où l'on ne conçoit pas d'ancêtre possible ailleurs qu'en Europe, le naturaliste anglais se basait sur les ressemblances entre hommes, chimpanzés et gorilles, et sur le fait que ces deux dernières espèces sont exclusivement africaines. Une hypothèse en grande partie confirmée au début du XXIe siècle par la découverte en Afrique des plus anciens représentants de la lignée humaine : Sahelanthropus tchadensis (7 millions d'années) et Orrorin tugenensis (6 millions d'années). Pour autant, notre histoire évolutive a-t-elle été exclusivement africaine? Pas si sûr…
Un trublion venu d’Europe
Plusieurs fossiles plaident en effet pour un scénario plus complexe. Dernier en date de ces trublions : Anoiapithecus brevirostris, surnommé en catalan « Lluc » (Lux, « lumière » en latin) par ses découvreurs. Ce fossile, âgé de 11,9 millions d'années (période du Miocène moyen), a été exhumé en 2004 à proximité de Barcelone. La trouvaille vient à peine d'être annoncée car les restes, essentiellement des os de la face et une mandibule, étaient enserrés dans une gangue minérale extrêmement résistante. Un long travail de préparation et de nettoyage a donc été nécessaire, mais le jeu en valait la chandelle. Comme l'explique Salvador Moyà-Solà, directeur de l'Institut catalan de paléontologie, « sa face, plate et courte, est d'apparence très moderne, avec un prognatisme réduit, ce qui nous a conduit à l'appeler "brevirostris". Elle ne se retrouve chez aucun grand singe fossile, européen ou africain, et n'est présente, à l'intérieur de la famille des hominidés, que dans le genre Homo. »
Un creuset méditerranéen de nos origines
Même si Anoiapithecus brevirostris présente également des caractères plus primitifs, comme un émail dentaire épais et une mandibule robuste, la finesse de son visage pose la question suivante : ce singe catalan pourrait-il constituer un ancêtre direct de la lignée qui conduit aux hommes et aux chimpanzés? « Pas nécessairement, répond prudemment le chercheur espagnol, car il pourrait aussi s'agir d'un cas de convergence évolutive. » Entendez par là, l'apparition chez une espèce ancestrale d'un caractère (ici, la longueur de la face) qui naîtra bien plus tard chez les premiers Homo et ce, afin de s'adapter à une pression évolutive similaire, naturelle ou sexuelle. Pourtant, « Lluc » plaide bel et bien, selon ses découvreurs, pour une origine eurasiatique de nos ancêtres. Salvador Moyá-Solá détaille ce scénario : « À partir de formes très anciennes elles-mêmes en provenance d'Afrique, comme les Kenyapithecus qui évoluaient il y a 15 millions d'années, les singes se sont diversifiés en Europe et en Asie lors du Miocène. Jusqu'à ce que certains d'entre eux effectuent un retour en Afrique, pour s'y disperser et donner naissance aux premiers hominidés. »
Ajoutez à cela le fait que ce nouveau fossile arrive cinq ans à peine après la découverte sur le même site d’un autre primate, Pierolapithecus catalaunicus, encore plus ancien (13 millions d’années). « La Méditerranée constitue le creuset géographique de nos lointaines origines, là où sont apparus des singes qui fonderont ensuite la lignée des hominidés sur le continent africain », conclut le chercheur catalan. Méditerranée ou pas, ce scénario en forme de « Back to Africa » est soutenu par plusieurs arguments.
Une longue liste de primates eurasiatiques
Tout d'abord, la balance fossile penche largement en faveur de l'Eurasie pour la période qui précède l'avènement des premiers hominidés, entre 8 et 15 millions d'années, au détriment de l'Afrique. Une quarantaine d'espèces ont en effet été décrites au cours du XXe siècle, de l'Espagne à la Turquie, en passant par la France, la Hongrie et la Géorgie… À comparer aux six localités africaines ayant livré des grands singes entre 5,5 et 10,5 millions d'années. Et ce, alors que le terrain africain est habituellement très riche en fossiles. Un hasard ? « On peut l'interpréter en disant qu'on ne les a pas encore trouvés, mais en l'état actuel de nos connaissances, l'hypothèse la plus solide est que les ancêtres des hominidés sont apparus en Eurasie », analyse David Begun, de l'université de Toronto, partisan déclaré de ce scénario.
Mais pour une majorité de spécialistes, l'Afrique fait toujours figure de favorite. « Nous avons découvert récemment un nouveau grand singe au Niger, ce qui constitue une première dans ce pays », argumente ainsi Martin Pickford, paléoanthropologue au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, qui reste convaincu que la bipédie, attestée chez Orrorin tugenensis, a vu le jour en Afrique… « Même si je n'exclus pas entièrement le rôle de l'Europe du Sud dans son apparition, et donc dans le processus d'hominisation ». Un chercheur d'ailleurs « impressionné » par la face du singe catalan, mais qui en tire une conclusion opposée à celle des découvreurs. S'il y a bien face courte, « cela nous oblige surtout à réviser un dogme de la discipline, selon lequel celle-ci serait synonyme d'hominisation. Ce n'est désormais plus le cas ».
Un scénario paléoclimatique cohérent
Autre point en faveur de l'hypothèse « Back to Africa » : elle est en accord avec le scénario paléoclimatique couramment admis. L'est de l'Afrique et l'Eurasie auraient été reliées il y a 16,5 millions d'années, ce qui aurait permis à des singes primitifs africains de migrer vers l'Eurasie. Là, ils auraient évolué vers de multiples formes, isolés de l'Afrique par une remontée du niveau des mers entre 13,5 et 9 millions d'années. Mais entre 9 et 6 millions d'années, à la fin du Miocène, l'apparition de climats tempérés en Europe aurait poussé certains de ces singes, adaptés au climat chaud et humide, à trouver de nouveau refuge en Afrique, toujours soumise à un climat tropical. Une migration permise par l'apparition de nouveaux ponts continentaux, à la faveur d'une baisse du niveau des océans…
Des primates en provenance d'Europe ont-ils joué un rôle dans notre histoire évolutive, à contre-courant des idées de Darwin et d'une majorité de paléoanthropologues ? Impossible pour l'instant de trancher. Mais à la lumière de découvertes comme celle de « Lluc », la question mérite certainement d'être réexaminée.
Source : Science Actualités du 09/07/2009
À l'origine était l'Afrique
C'est Charles Darwin lui-même qui l'affirmait, dès 1871, dans son ouvrage consacré aux origines de l'homme, The Descent of Man : notre lignée est très vraisemblablement apparue en Afrique. Pour parvenir à cette conclusion hardie à une époque où les fossiles sont rarissimes et où l'on ne conçoit pas d'ancêtre possible ailleurs qu'en Europe, le naturaliste anglais se basait sur les ressemblances entre hommes, chimpanzés et gorilles, et sur le fait que ces deux dernières espèces sont exclusivement africaines. Une hypothèse en grande partie confirmée au début du XXIe siècle par la découverte en Afrique des plus anciens représentants de la lignée humaine : Sahelanthropus tchadensis (7 millions d'années) et Orrorin tugenensis (6 millions d'années). Pour autant, notre histoire évolutive a-t-elle été exclusivement africaine? Pas si sûr…
Un trublion venu d’Europe
Os de la face
Plusieurs fossiles plaident en effet pour un scénario plus complexe. Dernier en date de ces trublions : Anoiapithecus brevirostris, surnommé en catalan « Lluc » (Lux, « lumière » en latin) par ses découvreurs. Ce fossile, âgé de 11,9 millions d'années (période du Miocène moyen), a été exhumé en 2004 à proximité de Barcelone. La trouvaille vient à peine d'être annoncée car les restes, essentiellement des os de la face et une mandibule, étaient enserrés dans une gangue minérale extrêmement résistante. Un long travail de préparation et de nettoyage a donc été nécessaire, mais le jeu en valait la chandelle. Comme l'explique Salvador Moyà-Solà, directeur de l'Institut catalan de paléontologie, « sa face, plate et courte, est d'apparence très moderne, avec un prognatisme réduit, ce qui nous a conduit à l'appeler "brevirostris". Elle ne se retrouve chez aucun grand singe fossile, européen ou africain, et n'est présente, à l'intérieur de la famille des hominidés, que dans le genre Homo. »
Un creuset méditerranéen de nos origines
« Lluc »
Même si Anoiapithecus brevirostris présente également des caractères plus primitifs, comme un émail dentaire épais et une mandibule robuste, la finesse de son visage pose la question suivante : ce singe catalan pourrait-il constituer un ancêtre direct de la lignée qui conduit aux hommes et aux chimpanzés? « Pas nécessairement, répond prudemment le chercheur espagnol, car il pourrait aussi s'agir d'un cas de convergence évolutive. » Entendez par là, l'apparition chez une espèce ancestrale d'un caractère (ici, la longueur de la face) qui naîtra bien plus tard chez les premiers Homo et ce, afin de s'adapter à une pression évolutive similaire, naturelle ou sexuelle. Pourtant, « Lluc » plaide bel et bien, selon ses découvreurs, pour une origine eurasiatique de nos ancêtres. Salvador Moyá-Solá détaille ce scénario : « À partir de formes très anciennes elles-mêmes en provenance d'Afrique, comme les Kenyapithecus qui évoluaient il y a 15 millions d'années, les singes se sont diversifiés en Europe et en Asie lors du Miocène. Jusqu'à ce que certains d'entre eux effectuent un retour en Afrique, pour s'y disperser et donner naissance aux premiers hominidés. »
Ajoutez à cela le fait que ce nouveau fossile arrive cinq ans à peine après la découverte sur le même site d’un autre primate, Pierolapithecus catalaunicus, encore plus ancien (13 millions d’années). « La Méditerranée constitue le creuset géographique de nos lointaines origines, là où sont apparus des singes qui fonderont ensuite la lignée des hominidés sur le continent africain », conclut le chercheur catalan. Méditerranée ou pas, ce scénario en forme de « Back to Africa » est soutenu par plusieurs arguments.
Une longue liste de primates eurasiatiques
Tout d'abord, la balance fossile penche largement en faveur de l'Eurasie pour la période qui précède l'avènement des premiers hominidés, entre 8 et 15 millions d'années, au détriment de l'Afrique. Une quarantaine d'espèces ont en effet été décrites au cours du XXe siècle, de l'Espagne à la Turquie, en passant par la France, la Hongrie et la Géorgie… À comparer aux six localités africaines ayant livré des grands singes entre 5,5 et 10,5 millions d'années. Et ce, alors que le terrain africain est habituellement très riche en fossiles. Un hasard ? « On peut l'interpréter en disant qu'on ne les a pas encore trouvés, mais en l'état actuel de nos connaissances, l'hypothèse la plus solide est que les ancêtres des hominidés sont apparus en Eurasie », analyse David Begun, de l'université de Toronto, partisan déclaré de ce scénario.
Mais pour une majorité de spécialistes, l'Afrique fait toujours figure de favorite. « Nous avons découvert récemment un nouveau grand singe au Niger, ce qui constitue une première dans ce pays », argumente ainsi Martin Pickford, paléoanthropologue au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, qui reste convaincu que la bipédie, attestée chez Orrorin tugenensis, a vu le jour en Afrique… « Même si je n'exclus pas entièrement le rôle de l'Europe du Sud dans son apparition, et donc dans le processus d'hominisation ». Un chercheur d'ailleurs « impressionné » par la face du singe catalan, mais qui en tire une conclusion opposée à celle des découvreurs. S'il y a bien face courte, « cela nous oblige surtout à réviser un dogme de la discipline, selon lequel celle-ci serait synonyme d'hominisation. Ce n'est désormais plus le cas ».
Un scénario paléoclimatique cohérent
Autre point en faveur de l'hypothèse « Back to Africa » : elle est en accord avec le scénario paléoclimatique couramment admis. L'est de l'Afrique et l'Eurasie auraient été reliées il y a 16,5 millions d'années, ce qui aurait permis à des singes primitifs africains de migrer vers l'Eurasie. Là, ils auraient évolué vers de multiples formes, isolés de l'Afrique par une remontée du niveau des mers entre 13,5 et 9 millions d'années. Mais entre 9 et 6 millions d'années, à la fin du Miocène, l'apparition de climats tempérés en Europe aurait poussé certains de ces singes, adaptés au climat chaud et humide, à trouver de nouveau refuge en Afrique, toujours soumise à un climat tropical. Une migration permise par l'apparition de nouveaux ponts continentaux, à la faveur d'une baisse du niveau des océans…
Des primates en provenance d'Europe ont-ils joué un rôle dans notre histoire évolutive, à contre-courant des idées de Darwin et d'une majorité de paléoanthropologues ? Impossible pour l'instant de trancher. Mais à la lumière de découvertes comme celle de « Lluc », la question mérite certainement d'être réexaminée.
Source : Science Actualités du 09/07/2009
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