samedi 31 mars 2012

Un pied inconnu bouscule l'évolution humaine

Des chercheurs ont découvert un surprenant fossile qui suggère que Lucy a partagé son territoire avec un autre ancêtre.

C'est une nouvelle pièce du puzzle de l'évolution de l'homme que viennent de débusquer des chercheurs du Muséum d'histoire naturelle de Cleveland aux États-Unis. Un fossile partiel de pied découvert en février 2009 près de la localité de Burtele en Éthiopie semble appartenir à un hominidé encore inconnu. Un de plus, direz-vous... Mais ce n'est pas tout ! En datant ces ossements, les scientifiques ont constaté que l'individu étrange auquel appartenait le pied, nom de code BRT-VP-2/73, avait vécu il y a environ 3,4 millions d'années, dans cette région des Afars, en même temps que la célèbre représentante des Australopithecus afarensis, Lucy.

Si ces cousins-là se sont croisés, il y a fort à parier qu'ils se sont observés avec un certain étonnement... Alors qu'Australopithecus afarensis était déjà campée sur ses deux pieds munis de cinq orteils, BRT-VP-2/73, lui, possédait encore des pouces en guise de gros orteils, lui permettant de saisir les branches des arbres pour mieux y grimper, comme les grands singes d'aujourd'hui. Or, jusqu'ici, le dernier hominidé arboricole découvert, Ardipithecus ramidus, datait de 4,4 millions d'années. Cette découverte suggère donc que nos ancêtres ont continué de vivre dans les arbres bien plus longtemps que ce que l'on pensait.

Plus habile dans les branches que sur le sol

Pour autant, les chercheurs, qui ont rendu compte de leurs travaux dans la revue Nature, pensent que le nouveau venu était également capable de se déplacer en se tenant debout sur ses jambes. C'est du moins ce que suggèrent la morphologie de son pied et, surtout, la forme singulière de ses articulations. Cela dit, cet hominidé devait être plus habile dans les branches que sur le sol, et sa démarche bien moins gracieuse que celle de Lucy.

Pour l'heure, difficile d'en dire plus, car, sans crâne ni dent, l'identité de ce nouvel ancêtre - ni Australopithecus afarensis, ni Ardipithecus ramidus - ne pourra pas être clairement établie. Il nous en dit toutefois un peu plus sur la manière dont la bipédie s'est finalement imposée. Sans doute plus progressivement que ce que l'on avait imaginé...

Source : Le Point du 30/03/2012

jeudi 29 mars 2012

Un nouveau pied dans l'évolution humaine

Le fossile partiel d'un pied découvert en Afrique pourrait bien appartenir à une nouvelle espèce d'hominien qui a vécu sur la Terre il y a environ 3,4 millions d'années dans la région des Afars, en Éthiopie.

L'équipe de Yohannes Haile-Selassie, du Cleveland Museum of Natural History, estime que cette espèce aurait été contemporaine à l'Australopithecus afarensis (Lucy), mais qu'elle avait des orteils préhensiles, qui lui permettaient de grimper aux arbres comme les singes.

Ainsi, à la différence de Lucy, la nouvelle espèce possédait des pouces à la place des gros orteils, ce qui lui permettait de saisir les branches tout en grimpant. Elle aurait été plus agile que Lucy dans les arbres, mais moins sur la terre ferme.

Les grands singes modernes sont pourvus d'un gros orteil similaire, mais les plus vieux hominidés connus à ce jour qui en possédaient étaient les Ardipithecus ramidus, qui vivaient il y a 4,4 millions d'années.

Cette découverte laisse donc penser que certains ancêtres des humains auraient vécu dans les arbres au moins un million d'années de plus que ce qui était admis à ce jour.

Les auteurs de ces travaux publiés dans le magazine Nature pensent que ce mystérieux fossile pourrait bien appartenir à une branche éteinte de la grande famille humaine. Il indiquerait également que plusieurs chemins évolutifs ont pu conduire à l'apparition de pieds adaptés à la marche debout.

mardi 27 mars 2012

Les premiers excès de la chasse, il y a 45 000 ans

Chez Homo sapiens, l'excès de prédation est peut-être un travers qui remonte loin. Et, précisément, à la toute première colonisation d'un vaste territoire précédemment vierge de toute humanité. Selon des travaux publiés vendredi 23 mars dans la revue Science, l'arrivée de l'homme moderne en Australie, il y a quelque 45 000 à 50 000 ans, s'est en effet soldée par l'éradication complète - en quelques millénaires tout de même - de la méga-faune qui peuplait l'île-continent au pléistocène.

Ce sujet soulève des discussions animées : d'autres hypothèses sont bien souvent mises en avant, qui exonèrent l'homme dans la survenue brutale de ces extinctions en cascade. Un changement climatique local, par exemple, aurait pu rendre les conditions de sécheresse favorables à de grands incendies, ayant eux-mêmes entraîné des changements à grande échelle sur la végétation. Et, en retour, sur l'ensemble des écosystèmes... S'ils sont confirmés, les travaux menés par Susan Rule (The Australian National University, à Canberra) et ses coauteurs scelleront ainsi un débat vieux de plus de quarante ans, montrant qu'avec un peu de temps devant eux des petits groupes d'hommes armés de pierres taillées peuvent imprimer à un vaste territoire de radicales transformations.

Les chercheurs australiens ont analysé deux grandes carottes sédimentaires prélevées dans le cratère de Lynch, dans le Nord-Est australien. Ils ont pu y détecter un certain nombre de changements intervenus au cours des derniers 130 000 ans : quantité et type de pollens, évolution de la quantité de charbons issus des feux de forêt et de broussailles... Surtout, ils ont pu suivre les variations au cours du temps de l'abondance de petits champignons coprophiles du genre Sporormiella.


mercredi 21 mars 2012

De mystérieux fossiles d’Hommes préhistoriques découverts en Chine

Des fossiles d’hominidés datant de l'âge de pierre ont été trouvés en Chine. Ces Hommes préhistoriques, présentant des caractères anatomiques à la fois archaïques, modernes et inconnus, sont bien difficiles à classer. Quoi qu’il en soit, ils ouvrent une nouvelle fenêtre sur l’histoire de l’Homme et de ses migrations dans la région la plus peuplée du monde.

L’histoire évolutive de l’Homme moderne est un sujet passionnant. Mais qu'en savons-nous au juste ? Selon une étude publiée dans la revue Nature, nos ancêtres originaires de l’Afrique subsaharienne seraient partis à la conquête de l’Europe et de l’Asie il y a environ 100.000 ans. Ils se seraient alors progressivement transformés pour donner naissance à l’Homme de Cro-Magnon, Homo sapiens sapiens, il y a quelque 40.000 ans.

L’installation de l’Homme en Europe est relativement bien documentée. En revanche, les informations retraçant son évolution sur le continent est-asiatique sont peu nombreuses. Cette région abrite pourtant plus de la moitié de la population mondiale actuelle. Cette méconnaissance est principalement due à un facteur : le manque de fossiles. Pourtant deux découvertes majeures ont été faites en 2007 : des fragments de crânes d’hominidés trouvés à Xuchang, dans la province de Henan, âgés de 80.000 à 100.000 ans, et à Zhoukoudian, près de Pékin, datés entre 38.500 et 42.000 ans.

Quatre nouveaux squelettes découverts dans le sud-ouest de la Chine viennent aujourd’hui compléter les données disponibles. Âgés de 11.500 à 14.500 ans, ils présentent à la fois des caractères archaïques et modernes. Ils appartenaient à un peuple de l’âge de pierre qui a dû cohabiter avec l’Homme moderne. Ces découvertes, publiées dans la revue Plos One, ont été faites par une équipe de chercheurs dirigée par Darren Curnoe, University of New South Wales, et Ji Xueping, Yunnan Institute of Cultural Relics and Archeology.

Des Hommes préhistoriques bien difficiles à classer

Les trois premiers individus ont été trouvés dans une grotte à Maludong (province de Yunnan) en 1989. Leur étude a seulement débuté en 2008. Le quatrième squelette provient quant à lui d’une cavité trouvée à proximité du village de Longlin (province de Guangxi). Il a été découvert en 1979, mais n'a été libéré de la roche qu'en 2009. Tous les individus mis au jour ont des crânes et des dents semblables présentant des caractères anatomiques connus et… inconnus.

Sur base des détails observés, l’équipe émet deux hypothèses :
  • il pourrait s’agir d’une espèce inconnue ayant survécu jusqu’à la fin de la période glaciaire il y a 11.000 ans ;
  • il représente peut-être les descendants d’humains ayant effectué une migration plus tôt que prévu, et inconnue à ce jour, hors de l’Afrique. Dans ce cas, ce peuple n’a pas contribué génétiquement au développement des Hommes vivant actuellement sur place.

Face à cette alternative, les spécimens trouvés n’ont pas été classés et n’ont donc pas de nom scientifique, pour le moment. Ils sont simplement appelés « Hommes de la grotte du cerf rouge » (Red Deer Cave ; en hommage à cet animal disparu dont des restes ont été trouvés à Maludong).

Quoi qu’il en soit, l’une des hypothèses affirmant que l’Homme moderne n’a pas dû rencontrer de cousins en arrivant en Asie est mise à mal.

Ces fossiles, qui seraient les plus jeunes jamais trouvés sur le continent est-asiatique, fournissent un nouvel aperçu sur une des étapes de l’évolution de l’Homme.

Source : Futura Sciences du 15/03/2012

mardi 20 mars 2012

Chine : des fossiles révèlent l'existence d'une espèce humaine inconnue

Les résultats d’analyses menées par une équipe de chercheurs chinois et australiens sur une série de fossiles découverts en Chine semble indiquer la découverte d’une nouvelle espèce humaine jusqu’à présent inconnue.

Comprendre l’évolution de l’Homme est une quête complexe et pleine de rebondissements. Cette semaine, des paléoanthropologues de l'Université australienne de Nouvelles-Galles du Sud et de l'Institut d'archéologie du Yunnan en Chine ont ainsi annoncé avoir identifié des fossiles d’au moins trois individus aux caractéristiques à la fois archaïques et modernes. Or, l’espèce en question, baptisée "peuple du cerf rouge" ne semble s’affilier à aucun des représentants de la grande famille des hominidés, laissant à penser qu’il s’agirait d’un nouvel embranchement.

Les datations effectuées sur les restes fossilisés datent l’existence du "peuple du cerf rouge" à une période allant de 14.500 à 11.500 ans avant J.C. Il s’agit donc de l’espèce la plus récente en dehors d’Homo sapiens découverte sur le continent asiatique. En effet, les restes retrouvés jusqu’à présent dans cette région remonteraient à plus de 100.000 ans. Au vue de son importance, la découverte a d’ores et déjà fait l’objet d'une publication au sein de la revue PloS One.

Selon les experts, la nouvelle espèce aurait en fait évolué à peu près à la même époque que les hommes modernes au tout début de l’agriculture en Chine. "Ces nouveaux fossiles pourraient bien être ceux d'espèces inconnues ayant survécu jusqu'à la fin de l'ère glaciaire il y a environ 11.000 ans" souligne à l’AFP Darren Curnoe, directeur de l’équipe en charge des travaux de recherche. Il ajoute : "Ils pourraient aussi représenter des descendants de peuplades d'humains modernes inconnues qui auraient émigré d'Afrique plus tôt et n'auraient pas contribué génétiquement aux populations actuelles".

Mieux comprendre l’histoire évolutive de l’Homme en Asie

Les fossiles, notamment crânes et dents ont été découverts en 1989 dans la grotte de Maludong (qui signifie cerf rouge), située dans la province du Yunnan au sud de la Chine. Mais il aura fallu attendre jusqu’à 2008 pour que ces restes soient enfin analysés. "En 2009, lorsque je travaillais en Chine avec le co-auteur le Professeur Ji Xueping, il m'a montré le bloc de roche qui contenait le crâne. Après avoir ramassé ma propre mâchoire au sol, nous avons décidé de faire de ces restes une priorité dans nos recherches", se souvient pour LiveScience Darren Curnoe.

"Il est sûrement possible que le peuple du cerf rouge soit né d'un phénomène de métissage entre les humains modernes et d'autres populations telles que les Denisoviens", ajoute encore le scientifique. Aujourd'hui, la nouvelle découverte représente donc une véritable avancée dans la compréhension sur la manière dont les hommes modernes ont évolué en Eurasie. Mais les chercheurs ne comptent pas interrompre leurs travaux en si bon chemin.

Désormais, ceux-ci veulent extraire l'ADN des fossiles et le tester afin de voir à quel point le peuple du cerf rouge est proche des humains modernes ou même des Denisoviens. "Nous avons déjà fait un essai, mais sans succès", regrette Darren Curnoe. Malgré tout, "la découverte de ces nouveaux humains, peuple du cerf rouge, ouvre le prochain chapitre dans l'histoire de notre évolution, celui de l'Asie, et cette histoire n'en est qu'à ses débuts", conclut le co-auteur de l'étude.

Source : MaxiSciences du 15/03/2012

lundi 19 mars 2012

Une nouvelle espèce d'hommes (peut-être) découverte

De mystérieux fossiles retrouvés dans le sud de la Chine pourraient appartenir à une branche à part de la famille des hominidés.

Ils auront patienté plus de vingt ans avant que des scientifiques ne se penchent sur leur cas. Ils, ce sont quatre fossiles humains découverts dans le sud de la Chine, trois en 1989 dans une grotte du Yunnan baptisée Maludong (la grotte du Cerf rouge), près de la ville de Mengzi, et un quatrième repéré, dès 1979, à proximité du village de Longlin, dans la région voisine du Guangxi. En les étudiant de près, une équipe de paléoanthropologues de l'université australienne de Nouvelle-Galles du Sud et de l'Institut chinois d'archéologie du Yunnan vient de faire une étonnante découverte. Ils pourraient appartenir à une espèce humaine tardive encore jamais décrite !

D'abord, les scientifiques ont cherché à dater les ossements et se sont aperçus qu'ils étaient relativement récents. Selon les résultats de leur étude publiée dans la revue spécialisée PLos ONE, ils remonteraient à l'âge de pierre et auraient à tout casser de 11 500 à 14 500 ans. Ce qui signifie qu'ils étaient présents dans cette partie de l'Asie à la toute fin de la période glaciaire et aux prémices de l'agriculture, en même temps que l'homme moderne. Sauf que leur constitution physique ne correspond pas à celle de l'homo sapiens...
Un curieux mélange

En analysant les crânes et les dents de ceux qu'ils ont déjà baptisés "peuple du cerf rouge", les chercheurs ont constaté qu'ils présentaient un surprenant mélange de caractéristiques archaïques et modernes, ainsi que des traits spécifiques encore jamais observés. Ils possèdent notamment un front haut et large, proche de celui de l'homo sapiens, mais des arcades sourcilières proéminentes et quasiment pas de menton, ce qui est associé à des homo beaucoup plus anciens. Leur boîte crânienne est de taille relativement modérée, et leurs molaires sont particulièrement larges. Ainsi, même si les paléoanthropologues tiennent à rester prudents, ces individus pourraient bien appartenir à une branche à part dans la famille des hominidés.

L'équipe scientifique de Darren Curnoe et Ji Xueping émet à leur sujet deux hypothèses. Soit il s'agit d'"une espèce inconnue ayant survécu là jusqu'à la fin de la période glaciaire", soit ils sont "les descendants de peuplades d'humains modernes inconnues qui auraient émigré plus tôt d'Afrique et n'auraient pas contribué génétiquement aux populations actuelles". Pour en savoir plus, les chercheurs espèrent bien maintenant parvenir à extraire l'ADN de ces mystérieux fossiles, afin de savoir quels sont les plus proches parents connus des hommes de la grotte du Cerf rouge. Des éléments pour une meilleure compréhension du peuplement de l'Asie, qui reste aujourd'hui encore très mal connu.

Source : Le Point du 15/03/2012

samedi 17 mars 2012

Un homme mystère découvert en Chine

Ce n'est pas un Homo sapiens et pourtant il vivait il y a un peu plus de 10.000 ans seulement en Asie. Qui est cet homme primitif dont les fossiles ont été retrouvés en Chine ?

Des os fossiles ayant appartenu à d’anciens humains vivant il y a 11.000 à 14.000 ans ont été découverts dans le sud-ouest de la Chine, dans les provinces voisines du Yunnan et du Guangxi. Avec ses os solides, sa face plate et ses arcades sourcilières proéminentes, cet individu ne ressemble pas à un Homo sapiens. Qui était-il ? Pour l’instant, les chercheurs australiens et chinois qui présentent ces fossiles dans la revue PLoS ONE se gardent bien de le classer sous un nom d’espèce.

Vue d'artiste de l'Homme de la grotte aux cerfs d'après les fossiles.

Un premier squelette partiel a été découvert en 1979 par un géologue chinois près du village de Longlin : il était resté encastré dans son bloc rocheux jusqu’à ce que l’équipe sino-australienne de Darren Curnoe (University of New South Wales, Australie) et Ji Xueping (Yunnan University, Chine) s’en empare, le dégage de sa gangue et le reconstitue. D’autres fossiles ont été trouvés à Maludong en 1989 par des archéologues chinois et exploités par la même équipe à partir de 2008.

Crâne d'un individu de la grotte aux cerfs.

Les crânes et les dents découvertes à Maludong et à Longlin sont similaires: ils associent des traits archaïques et modernes et portent des caractéristiques encore jamais rencontrées, rapportent les chercheurs. Ils les surnomment les «Hommes de la grotte aux cerfs» car des restes d’une espèce disparue de cervidés a été retrouvés dans la grotte de Maludong. Cervidés qu’ils chassaient pour se nourrir.

Ces hommes primitifs ont probablement partagé leur territoire avec des hommes modernes, des Homo sapiens qui, il y a plus de 10.000 ans, se lançaient dans les prémices de l’agriculture, analysent les chercheurs. Les mangeurs de cervidés pourraient appartenir à une lignée très ancienne et encore inconnue, et ayant conservé ses caractères archaïques très tardivement, un peu comme Neandertal en Europe.

Beaucoup de questions restent en suspens : sont-ils issus de l’une des multiples sorties d’Afrique, selon le schéma défendu notamment par le paléoanthropologue français Yves Coppens ? Sont-ils issus d’une autre lignée ayant évolué en Asie ? Ont-ils des liens avec les Dénisoviens de la Sibérie, qui se distinguent des Néandertaliens et des hommes modernes ? Certaines réponses seront peut-être apportées par de futures analyses ADN si les chercheurs parviennent à extraire la précieuse molécule des os fossilisés de ces mystérieux individus.

L’histoire du peuplement de l’Asie est encore méconnu. Le catalogue des fossiles est beaucoup moins important pour cette région du monde -aujourd’hui très peuplée- que pour l’Afrique ou l’Europe. C’est un autre berceau de l’histoire de l’homme qui reste à explorer.

Source : Sciences et Avenir du 15/03/2012

vendredi 16 mars 2012

Les gènes méditerranéens d'Ötzi

Le génome d'Ötzi, le célèbre « homme des glaces », vient d'être entièrement séquencé. Les analyses suggèrent qu'Ötzi appartenait à la première vague de paysans néolithiques méditerranéens, dont les traces génétiques semblent s'être partiellement maintenues en Corse et en Sardaigne.

Ötzi, un lointain cousin des Sardes et des Corses ? La première analyse du génome de cet homme de la fin du néolithique, retrouvé dans un glacier à la frontière italo-autrichienne en 1991, montre qu'il portait des gènes qui se retrouvent aujourd'hui le plus fréquemment au Nord de la Sardaigne et au Sud de la Corse.

Autour d'Albert Zink, de l'Institut pour les momies et l'homme des glaces de Bolzano, en Italie, une équipe internationale, comprenant Jacques Chiaroni, Julie Dicristofaro et Stéphane Mazières de l'Université de Méditerranée, vient d'achever le séquençage du génome d'Ötzi, et a entamé son analyse. Les chercheurs ont d'abord recherché une affinité entre les gènes autosomes d'Ötzi (les gènes issus des chromosomes non sexuels) et ceux de diverses populations contemporaines de la péninsule Arabique, de l'Afrique du Nord et de l'Europe. L'affinité est plus grande avec les gènes autosomes de la population du Sud de l'Europe, notamment avec l'échantillon de gènes italiens ; et parmi ces derniers, elle est maximale avec l'échantillon de gènes sardes. Or les gènes d'une population insulaire sont moins susceptibles d'avoir été brassés au cours des millénaires que ceux d'une population continentale.

Pour vérifier cette interprétation, les chercheurs ont exploité le fait qu'Ötzi est porteur de l'haplogroupe G2a. Cet ensemble de gènes du chromosome Y constitue un marqueur génétique qui serait issu d'une mutation survenue il y a plus de 10 000 ans au Proche-Orient. Il serait ensuite parvenu en Europe avec les premiers paysans néolithiques, qui ont pénétré en Europe par deux voix, l'une danubienne et l'autre méditerranéenne. De fait, la fréquence de l'haplogroupe G2a est maximale dans le Caucase, où les montagnes pourraient avoir favorisé le maintien de populations anciennes, non loin du début de l'axe danubien. Elle est aussi importante en Italie (11 pour cent de la population), pays au centre de la voie méditerranéenne de « néolithisation ».

Les chercheurs ont situé Ötzi dans l'arbre phylogénétique des sous-groupes de l'haplogroupe G et constaté qu'il est porteur du sous-haplogroupe G2a4-L91. Or il s'agit là d'un marqueur génétique rare puisque, d'après les données disponibles, sa fréquence n'excède guère un pour cent en Europe (y compris en Italie et en Sicile). Excepté en Sardaigne du Nord, où elle est de 9 pour cent, et en Corse du Sud, où elle atteint 25 pour cent !

Qu'en conclure ? Les archéologues ont établi que la Corse et la Sardaigne ont été colonisées pour la première fois il y a quelque 8 000 ans par des paysans venus d'Italie. C'est à peu près à cette époque que d'autres paysans créent le plus ancien village néolithique connu en France, à deux pas de l'actuel emplacement de la Gare Saint-Charles à Marseille. En France, ce courant méditerranéen va fusionner avec le courant danubien pour donner il y a 7 200 ans la culture chasséenne. Présente en Suisse, en Italie, dans les îles tyrrhéniennes (Corse et Sardaigne) et dans le Nord de l'Espagne, cette culture est caractérisée par une structuration forte du territoire entre des tribus. Cela n'empêche pas, toutefois, d'intenses échanges économiques au long cours. Les mines d'obsidienne de Sardaigne, par exemple, donnent lieu à une véritable industrie et à un commerce jusque notamment dans tout le Sud de la France.

Vers 3 500 avant notre ère, cependant, le complexe chasséen est remplacé par un pavage d'entités culturelles plus petites, interconnectées par les réseaux de diffusion des premières métallurgies (or et cuivre). De fait, Ötzi a été retrouvé en possession d'une hache de cuivre, typique de la culture du lac de Mondsee, au Nord des Alpes et en Haute Autriche. Pour autant, il est plausible que malgré d'éventuelles migrations, le patrimoine génétique des paysans du lac de Mondsee était encore proche de celui de la première vague de paysans méditerranéens, devenue chasséenne. Sa proximité génétique avec les habitants actuels des îles tyrrhéniennes, où s'est étendue la culture chasséenne, suggère que l'homme des glaces portait un génome typique des premiers paysans méditerranéens d'Europe. Toutefois, le patrimoine génétique de ces premiers paysans méditerranéens a ensuite été brassés avec ceux des populations mésolithiques, des paysans danubiens, puis de tous les peuples venus s'amalgamer en Europe pendant cinq millénaires…

Le même phénomène s'est produit dans une moindre mesure en Corse et en Sardaigne, mais l'isolement relatif de ces îles y aurait conduit à une plus grande conservation des chromosomes Y chasséens. Cela explique peut-être que certains des gènes des chromosomes sexuels d'Ötzi ne sont nulle part aussi fréquents en Europe qu'en Corse ou qu'en Sardaigne.


Source : Pour la Science du 15/03/2012

mercredi 14 mars 2012

L'homme de Néandertal était-il déjà un artiste ?

Des analyses effectuées sur des restes organiques situés à proximité des peintures rupestres de la grotte de Nerja (Malaga), en Espagne, découvertes en 1970 conduisent à dater ces prélèvements à environ 43.000 ans. Si les peintures situées à proximité devaient avoir le même âge (ce qui reste à établir), elles seraient les oeuvres d'art les plus anciennes de l'humanité, détrônant ainsi celles de la grotte de Chauvet en France dont l'ancienneté est estimée à 32.000 ans.

Une telle découverte, si elle était confirmée, ébranlerait en outre les fondements de la paléontologie puisque toutes les "oeuvres" connues de ce type sont attribuées à l'homo sapiens sapiens apparu il y a environ 35.000 ans. Celles de Nerja seraient donc plus anciennes et devraient être attribuées à l'homme de Néandertal (homo sapiens).

Faudra-t-il revoir la chronologie de l'humanité, accepter que l'homme de Néandertal était déjà capable de représentations symboliques, et réinterroger la distinction entre l'homme de Néandertal et son successeur ? La polémique fait rage en Espagne: "révolution scientifique" ou "paroles en l'air" sur ce qui n'est encore qu'une hypothèse de travail, les fragments des peintures elles-mêmes n'ayant pas encore fait l'objet d'un travail de datation.

Source : Techno-science-net du 06/03/12

lundi 12 mars 2012

Néandertal a-t-il décoré la grotte espagnole de Nerja ?

Coup de tonnerre dans le monde de la préhistoire : de récentes datations au carbone 14, encore confidentielles, feraient remonter les peintures de la grotte ornée de Nerja, en Andalousie, à plus de 43 000 ans… Soit 7000 de plus que celles de la grotte Chauvet. Plus étonnant encore : cet art rupestre élaboré serait l’œuvre de l’homme de Néandertal, qui n’avait jusqu’à présent laissé aucune trace artistique.

« Ce que j’ai pensé en découvrant les résultats ? 43 000 ans, mais c’est une bombe ! » Le préhistorien espagnol Antonio Garrido Luque, conservateur de la grotte andalouse de Nerja, n’est pas prêt d’oublier ce jour de mai 2011 où il a reçu, par la poste, les datations au C14 de cinq échantillons de charbon de bois, commandés quelques mois plus tôt au laboratoire spécialisé américain Beta Analytics. Des résultats qui indiquent, ni plus ni moins, que cette vaste cavité ornée, située à proximité de la ville de Malaga, renfermerait les plus anciennes peintures connues à ce jour…

Ocre rouge et charbon de bois

À l’origine, ces datations devaient simplement permettre aux préhistoriens de préciser la chronologie de l’occupation de ce site préhistorique, surtout visité par le public pour ses beautés minéralogiques, et connu depuis les années 1960 pour ses peintures rupestres rouges et noires. Des figures, 589 au total, de facture assez classique pour la période paléolithique, puisqu’essentiellement constituées de signes et de motifs géométriques, ainsi que d’animaux, en moindre proportion : cerfs, capridés, et surtout phoques. Ces derniers, peints à l’ocre rouge, font la spécificité de Nerja, d’autant que des vestiges d’ossements de ce mammifère marin ont aussi été retrouvés dans la cavité. De là à penser que les hommes dessinaient sur les parois les animaux qu’ils venaient de chasser et dépecer, il n’y a qu’un pas, que franchissent les archéologues espagnols…

Par ailleurs, Nerja était déjà considérée comme une grotte ancienne, sur la base de datations et d’études antérieures : « L’homme y est présent depuis 25 000 ans jusqu’aux périodes protohistoriques récentes, autour de 1 500 av. J.-C.. Les principales périodes culturelles du paléolithique y sont représentées, comme le Solutréen et le Magdalénien. En conséquence, l’art de Nerja était attribué à des chasseurs-cueilleurs anatomiquement modernes, des sapiens, comme ceux d’Altamira en Espagne, ou de Lascaux et Chauvet en France », explique le chercheur.

Art néandertalien ?

Les derniers résultats ont tout bouleversé. Les six échantillons analysés, tous issus de petits amas de charbon calciné retrouvés au sol, ont en effet livré des âges très variés, qui s’échelonnent sur plus de 30 000 ans : depuis 12 800 ans BP (avant le présent) pour le plus récent, à 18 000 et 24 000 ans BP, les deux plus anciens culminant à 42 570 ans BP et 43 500 BP! Or, à des périodes aussi reculées, la présence de l’homme anatomiquement moderne, Homo sapiens, n’est pas connue dans cette région du sud de la péninsule ibérique… Conclusion avancée par les scientifiques espagnols : les charbons de bois ont du être manipulés par les seuls hommes présents à l’époque dans la région : les Néandertaliens.

Si la découverte se confirmait, elle bouleverserait bien des certitudes sur les origines de l’art et les capacités symboliques de l’homme de Neandertal, présent en Europe depuis 200 000 ans avant de disparaître il y a 25 000 ans environ. Jamais, en effet, un site néandertalien n’avait livré de dessins ou de peintures, même si on le savait déjà capable de pratiques symboliques et religieuses élaborées : usage de parures, emploi de l’ocre peut-être à des fins de décoration corporelle, inhumation des défunts… Mais la pratique de l’art est considérée comme l’apanage exclusif de l’homme anatomiquement moderne, arrivé en Europe il y a 40 000 ans.

Ce sont ainsi des Homo sapiens, les Aurignaciens, qui ont orné il y a 36 000 ans les parois de la grotte Chauvet en Ardèche, récemment proposée par la France pour rejoindre la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. D’où l’émoi provoqué dans la communauté des préhistoriens par ces résultats, qui n’ont même pas encore été publiés dans une revue scientifique… Pourquoi ? : « Le programme de recherche de Nerja étant financé par la province d’Andalousie, nous réservons nos premières conclusions à l’administration, avant qu’elles ne soient communiquées dans un journal spécialisé. Mais l’importance de la découverte fait qu’elle s’est répandue chez nos collègues, et au-delà », répond Antonio Garrido Luque.

La datation en question

Alors, que penser de cette annonce, encore incomplète, et de ses implications sur les origines de l’art ? De l’avis même des auteurs, la prudence est encore de mise. Ainsi, ce ne sont pas les pigments des peintures qui ont été datés directement, mais des échantillons de charbon prélevés à leurs pieds. Pourquoi ce choix ?
Relevés de température et d’hygrométrie

« La plupart des peintures sont peintes à l’ocre, qui ne peut être daté car il ne contient pas de matière organique. Quant aux dessins noirs, réalisés au charbon, ils sont recouverts d’une fine couche de calcite blanche qui rend impossible tout prélèvement sans risquer d’altérer les dessins, détaille le conservateur, avant d’argumenter. Pour autant, certains charbons que nous avons datés étaient déposés à dix centimètres à peine des peintures, ce qui rend très probable une association entre le foyer au sol, servant à éclairer la salle, avec les oeuvres pariétales ».

Autre point qui devra être approfondi : la fiabilité des datations. Certes, le laboratoire américain qui les a réalisées, Beta Analytics, situé à Miami, bénéficie d’une bonne réputation. Il a ainsi réalisé près de 300 000 analyses depuis les années 1980, pour plus de 9 000 équipes de recherches et universités à travers le monde. Mais au regard de l’enjeu scientifique, de nouvelles datations devront être réalisées pour constituer une certitude, comme en convient l’équipe espagnole elle-même : « Nous réfléchissons actuellement aux laboratoires spécialisés auxquels nous allons confier cette vérification », précise Antonio Garrido Luque.

Scepticisme

En attendant, certains préhistoriens se montrent encore sceptiques, d’abord sur l’ancienneté de l’art. « Autour de 40 000 ans, on se situe aux limites de la datation par le carbone, ce qui doit nous rendre très prudents sur ces résultats, tempère ainsi Jean Clottes, spécialiste français de l’art pariétal paléolithique. De plus, il subsistera toujours un doute sur le fait que ceux qui ont allumé les foyers au pied des parois étaient aussi les auteurs des peintures. Est-on sûr de dater l’art, et non le passage d’autres hommes dans la cavité ? »

Quant à l’attribution à Neandertal de l’art de Nerja, elle fait également débat : « Même si la grande ancienneté de cet art se confirmait, on pourrait aussi penser que les hommes anatomiquement modernes sont arrivés dans le sud de l’Espagne plus tôt que prévu, et sont les auteurs de ces peintures ». Tout en admettant que des analyses plus poussées doivent encore être réalisées, le préhistorien José Luis Sanchidrian, de l’Université de Cordoba, qui a dirigé les travaux scientifiques à Nerja, pense, malgré tout, « qu’à la lumière des résultats, l’hypothèse la plus probable est bien que Neandertal soit l’auteur de ces peintures ».

Seule certitude : les recherches à venir dans la cavité andalouse, qui recèle des sols potentiellement riches en vestiges et dont la richesse archéologique « n’a été exploitée qu’à 20% », seront surveillées de très près par la communauté internationale des préhistoriens. Avec, comme enjeu, l’attribution à l’homme de Neandertal les mêmes capacités artistiques que son homologue Sapiens…

Source : Sciences Actualités du 23/02/2012

vendredi 9 mars 2012

L'ADN du gorille nous rapproche de ce lointain cousin

Le génome du gorille est maintenant séquencé: il est plus proche des hommes qu’on ne le pensait. Son étude va permettre de mieux comprendre l’évolution des hominidés.

Le dernier grand singe décrypté

Avec les chimpanzés, les bonobos et dans une moindre mesure les orangs outans, les gorilles constituent les plus proches parents de l’homme. Ce statut leur confère une importance particulière pour étudier et comprendre les mécanismes de l’évolution humaine. Dans la revue Nature, une équipe internationale présente le compte-rendu du séquençage du génome d’une gorille des plaines de l’Ouest Gorilla gorilla gorilla, prénommée Kamilah.

Les généticiens ont aussi analysé des séquences génétiques moins étendues d’autres gorilles des plaines de l’Ouest et de l’Est et également effectué une analyse comparative du génome des gorilles avec celui des autres grands singes, dont les humains et les chimpanzés. « Le génome des gorilles est important car il nous éclaire sur l'époque où nos ancêtres ont divergé. Il nous permet aussi de découvrir les similitudes et les différences entre nos gènes et ceux du gorille, le plus grand des primates », explique Aylwyn Scally, un des auteurs de l’étude.

Une évolution accélérée de l’audition

Les résultats indiquent que nous partageons plus de traits génétiques communs qu’attendu avec ces représentants géants de la famille des hominoïdes (qui regroupe les primates et les hominidés). Sur les quelques 11.000 gènes analysés, 15 % sont plus proches de ceux des gorilles que des chimpanzés. Et 15 % du génome du chimpanzé est aussi plus proche de celui du gorille que de celui de l'homme.

Dans les trois espèces, les gènes liés à la perception sensorielle et notamment auditive ont montré une évolution accélérée, plus particulièrement chez les humains et les gorilles. « Nos résultats les plus significatifs révèlent des différences non seulement entre les espèces reflétant des millions d'années de divergence évolutive, mais aussi des similitudes indiquant des changements parallèles au fil du temps » explique Chris Tyler-Smith, auteur principal de l'article. « Les scientifiques avaient suggéré que l'évolution rapide des gènes de l’audition chez l'homme était liée à l’apparition du langage. Nos résultats remettent en doute ce point, ils ont évolué chez les gorilles à un taux semblable à celui des humains. »

Divergence entre espèces

Cette recherche éclaire également le calendrier des scissions entre les espèces. La divergence entre les ancêtres des gorilles et ceux des chimpanzés et des humains a eu lieu il y a environ 10 millions d’années. Humains et chimpanzés ont adopté une voie évolutive différente il y a six millions d’années.

La scission entre gorille de l'Est et de l'Ouest est beaucoup plus récente et a été graduelle. Elle est comparable, à certains égards, à la scission entre les chimpanzés et les bonobos ou les humains modernes et les Néandertaliens. Les gorilles ont survécu jusqu'à aujourd'hui à travers quelques populations isolées et menacées dans les forêts équatoriales d’Afrique centrale. Ils sont gravement menacés et leur nombre diminue. Cette recherche, non seulement nous informe sur l'évolution humaine, mais souligne l'importance de protéger et de conserver toute la diversité de ces espèces remarquables.

Source : Sciences et Avenir du 08/03/2012

mercredi 7 mars 2012

Ötzi était-il cardiaque ?

L’homme des glaces, vieux de 5000 ans, était prédisposé aux maladies cardiovasculaires et souffrait peut-être déjà d’artériosclérose.

Ötzi, la momie de cet homme d'environ 45 ans, vieille de 5000 ans retrouvée en 1991 dans les montagnes entre l’Italie et l’Autriche, était génétiquement prédisposé aux maladies cardiovasculaires révèle une étude de l'université de Tübingen. Pourtant, il n’a pas été exposé aux facteurs de risques communément associés aux troubles cardiaques : surpoids, sédentarité ou déséquilibre alimentaire.

« La preuve que cette prédisposition génétique existait déjà dans la vie Ötzi est d'un intérêt énorme pour nous. Cela indique que les maladies cardiovasculaires ne sont pas principalement associées aux modes de vie modernes. Nous sommes maintenant impatients d'utiliser ces données pour nous aider à comprendre comment ces maladies se sont développées », explique l'anthropologue Albert Zink dans la revue Nature Communications.

En dehors de cette prédisposition génétique, les scientifiques ont pu identifier des traces de bactéries du genre Borrelia, responsables de la maladie de Lyme et transmises par les tiques. C’est la plus ancienne trace d’infection par cette bactérie.

Ils ont également confirmé qu’il appartenait à une lignée qui s’est éteinte ou qui est trop rare pour avoir été repérée dans la population européenne continentale. On en trouve encore des traces dans des zones géographiquement isolées et des îles comme la Sardaigne et la Corse. Il avait les yeux et les cheveux bruns, était du groupe sanguin 0 et souffrait d’intolérance au lactose, une incapacité à digérer le sucre du lait à l’âge adulte.

Source : Sciences et Avenir du 29/02/2012

lundi 5 mars 2012

Ötzi : l'ADN de la momie préhistorique a parlé

La momie préhistorique Ötzi, découverte en 1991, dévoile de nouveaux secrets grâce au séquençage de son génome. Cet homme devait avoir les yeux bruns et ne digérait pas le lait. Il avait également des prédispositions génétiques favorisant le développement de maladies cardiovasculaires. Quant à ses origines, elles sont toujours imprécises mais son ADN présente de nombreuses similitudes avec celui des Sardes. Des réponses tombent, mais de nouvelles énigmes voient le jour.

Le cadavre d’un homme préhistorique momifié depuis 5.300 ans a été découvert dans les Alpes (à 3.200 mètres d’altitude) en 1991. Ötzi, c’est son nom, ne cesse de faire parler de lui depuis. Il faut dire que les scientifiques l’auscultent sous tous les angles et ne cessent de lui faire tester les dernières techniques d’imagerie médicale afin de tout connaître de sa vie, de sa santé et de ses origines.

Que savons-nous de lui ? La momie congelée est un homme d’environ 45 ans mesurant 1,49 mètre. De son vivant, il devait peser une quarantaine de kilogrammes. Lors de son décès, certaines de ses artères étaient durcies par des dépôts calciques, il avait des caries et s’était nourri de bouquetin, de cerf et de céréales. Malgré quelques controverses sur les circonstances de sa mort, on pense qu'Ötzi aurait succombé après avoir reçu une flèche dans le dos.

Des analyses génétiques ont pu être menées sur cet homme, dont l’ADN mitochondrial a été totalement séquencé en 2008. Il a montré qu’Ötzi portait des mutations qui ont disparu de la population depuis son époque. Certains en avaient conclu qu'il n’appartenait pas à notre espèce. Pour lever le voile, une équipe internationale vient de publier les résultats du séquençage complet de son ADN nucléaire dans la revue Nature Communication.
Cette pointe de flèche en silex a été retirée du corps d'Ötzi. Malgré plusieurs polémiques, la mort de l'Homme de glace aurait bien été causée par un projectile. La pénétration de la flèche dans le dos aurait sectionné une artère.
Cette pointe de flèche en silex a été retirée du corps d'Ötzi. Malgré plusieurs polémiques, la mort de l'homme de glace aurait bien été causée par un projectile. La pénétration de la flèche dans le dos aurait sectionné une artère. © Université de Zurich

La momie Ötzi livre de nouveaux secrets

Les analyses ont été effectuées sur de l’ADN prélevé dans un fragment de l’os pelvien. Elles révèlent plusieurs informations importantes. Ötzi devait avoir les yeux bruns, être du groupe sanguin O et devait présenter une intolérance au lactose (i.e. au lait). Un gène favorisant l’apparition de l’athérosclérose a également été découvert. Cette prédisposition génétique expliquerait pourquoi, malgré le fait qu’il soit mince et actif, des traces de dépôts calciques ont été retrouvées dans ses vaisseaux.

Les analyses ont révélé un autre problème médical : les échantillons présentaient des brins d’ADN appartenant à la bactérie Borrelia burgdorferi. Cet organisme provoque le développement de la maladie de Lyme. Non soignée, cette pathologie peut causer des problèmes d’arthrite, notamment au niveau du genou. Les tatouages observés sur le corps de la momie se trouvent tous sur des articulations. Selon les auteurs, il pourrait s'agir de tatouages symboliques destinés à atténuer les douleurs.

Les origines d’Ötzi s’éclaircissent. Une mutation trouvée sur son chromosome Y s’observe encore à l’heure actuelle chez des hommes originaires de Corse et de Sardaigne. En élargissant la comparaison à l’ensemble du génome, ce sont les Sardes qui présentent le plus de similitudes avec la momie. Les chercheurs vont maintenant tenter de comprendre comment les ancêtres d’Ötzi ont pu acquérir des origines sardes. Les hommes vivants sur cette île à l’heure actuelle avaient-ils une répartition beaucoup plus importante il y a 5.300 ans ? Comme souvent, certaines réponses apportent de nouvelles questions.

Source : Futura Sciences du 01/03/2012

samedi 3 mars 2012

Ötzi avait des possibles origines corses

Une équipe internationale a réussi à décrypter le génome d'Ötzi, l'homme conservé dans les glaces du Tyrol italien pendant 5300 ans.

L'homme des glaces Ötzi avait les yeux marrons, du sang du groupe O, ne pouvait digérer le lactose, avait une prédisposition aux maladies cardiovasculaires et est génétiquement proche des populations actuelles de Corse et de Sardaigne. Ces informations très précises sur le célèbre homme de glace, dont le corps a été incroyablement bien conservé dans les glaces pendant 5300 ans, ont été révélé par la première analyse complète de son génome, publiée dans la revue Nature Communications.

Cette analyse, très difficile à cause de l'âge de la momie retrouvée dans les Alpes en 1991, a été rendue possible «par des nouvelles technologies de séquençage génétique ultra-sensibles qui ont réussi à travailler avec de très petites quantités d'ADN», explique au Figaro Frank Maixner, chercheur à l'Académie européenne de Bolzano en Italie, près du musée archéologique du Tyrol du Sud où est soigneusement conservé la dépouille momifiée.

Les précédentes études génétiques de l'homme des glaces, elles aussi réalisées à partir d'un petit échantillon d'os de la hanche, n'avaient pû être réalisées que sur de l'ADN dit mitochondrial, très utile pour la génétique des populations, mais qui ne donne aucune information sur les caractéristiques physiques d'une personne. En 2008, les scientifiques avaient simplement trouvé que l'homme des glace ne semblait pas avoir de descendance aujourd'hui. La nouvelle étude a pour sa part réussi à décoder l'ADN du noyau, et donne donc des informations uniques sur la constitution d'Ötzi, comme la couleur de ses yeux et son groupe sanguin.

D'après Albert Zink, le directeur de l'Institut des momies et de l'homme des glaces à Bolzano qui a mené l'étude, l'intolérance au lactose d'Ötzi est peut être dû au fait que l'élevage de bétail n'était pas encore très répandu en Europe, et que la capacité de digérer le lait n'était pas encore un avantage génétique pour l'espèce humaine.

En comparant l'ADN d'Ötzi avec 1300 Européens actuels, les chercheurs ont trouvé que les populations qui lui sont le plus proches génétiquement vivent en Corse et en Sardaigne. Une vraie surprise pour un habitant du chalcolithique qui est mort dans les Alpes, près de la frontière actuelle entre l'Autriche et l'Italie.

«Il y a en fait deux hypothèses, explique le Dr Jacques Chiaroni, l'un des auteurs de l'étude, chercheur à l'unité mixte Anthropologie Bioculturelle à l'Université de la Méditerranée à Marseille (UMR 7268). Soit l'homme des glaces est une sorte de touriste qui serait arrivé de Corse ou de Sardaigne, ou alors la mutation génétique que l'on observe dans son chromosome Y était plus fréquente au néolithique qu'aujourd'hui et a été diluée dans l'ensemble de l'Europe par d'autres populations, et on ne la retrouve plus que dans ce deux îles un peu préservées, la Corse et la Sardaigne.»

«A côté de l'ADN humain nous avons aussi retrouvé de l'ADN de bactéries qui semblent être des pathogènes qui circulaient dans le sang d'Ötzi», raconte Frank Maixner. «Certaines sont du genre Borrellia et sont des traces possibles de la maladie de Lyme.»

Ces recherches génétiques, qui vont se poursuivre, viennent se rajouter à une masse considérables d'informations recueillies au cours de plus de 20 années d'études scientifiques sur cette momie exceptionnelle. On sait notamment que cet homme était frèle, 1,59 m pour une cinquantaine de kilos, et est mort à 45 ans d'une hémorragie provoquée par une flèche reçue dans l'épaule gauche. La raison de sa présence, aussi haut dans les Alpes, à 3200 m d'altitude reste en revanche un mystère.

Source : Le Figaro du 29/02/2012

vendredi 2 mars 2012

Néandertal a connu un déclin précoce

Une nouvelle étude génétique indique que la plupart des hommes de Neandertal sont morts il y a environ 50.000 ans, soit au moins 10 000 ans avant la date supposée de leur disparition.

Un petit groupe a repeuplé l'Europe

Cette nouvelle perspective sur le sort des Néandertaliens provient d'une étude génétique, publiée dans la revueMolecular Biology and Evolution. Les résultats indiquent que la plupart des hommes de Neandertal ont disparu en Europe il y a 50.000 ans. Après cela, un petit groupe de Néandertaliens a recolonisé l’Europe centrale et occidentale, où ils ont survécu pendant encore 10.000 ans avant que les humains modernes n’entrent en scène. A moins que les Sapiens ne soient arrivés plus tôt en Europe, une hypothèse qui a pris du corps depuis la publication de deux études l'année dernière dans Nature.

Les chercheurs ont noté que la variation génétique entre les Néandertaliens européens a été très limitée au cours des dix mille dernières années avant leur disparition. Les vieux fossiles néandertaliens d’Europe, ainsi que des fossiles en provenance d'Asie, présentent beaucoup plus de variation génétique. Cela prouve, selon les auteurs de l’étude, que les populations Néandertaliennes étaient particulièrement réduites dans les derniers 10 000 ans.
Une disparition qui suscite toujours des débats

Ces résultats présentés dans le cadre d'un projet international dirigé par des chercheurs suédois et espagnol sont entièrement fondés sur de l'ADN fortement dégradé, ils ont donc été vérifiés plusieurs fois. « Ce type d'étude interdisciplinaire est extrêmement précieux dans la promotion de la recherche au sujet de notre histoire évolutive. L'ADN de populations préhistoriques a conduit à un certain nombre de conclusions inattendues ces dernières années » explique Juan Luis Arsuaga, professeur de paléontologie humaine à l'Université de Madrid.

Les causes de la disparition des hommes de l'Homme de Néandertal demeurent cependant toujours discutées. Plusieurs questions font régulièrement l’objet de débats par publications scientifiques interposées : les changements climatiques de la dernière période glaciaire ont-ils eu raison des hommes de Neandertal? Les Homo sapiens ont-il provoqué la fin des Néandertaliens ? Rien n'est tranché.

Source : Sciences et Avenir du 28/02/2012

jeudi 1 mars 2012

Néandertal déjà au bord de l’extinction avant l’arrivée de sapiens en Europe

Publiée le 25 février dans Molecular Biology and Evolution, une étude internationale a mis en évidence un grand appauvrissement de la diversité génétique des Néandertaliens d’Europe entre -50.000 et -40.000 ans. Une date à laquelle l’Homme anatomiquement moderne a pénétré ce continent, précipitant le déclin amorcé d’une population déjà affaiblie.

Dirigée par des chercheurs de l’Université d’Uppsala (Suède), une équipe internationale a mené, à partir d’ADN fossile, une enquête à grande échelle sur l’évolution de la diversité génétique des Néandertaliens. Elle a ainsi découvert un important appauvrissement de ce patrimoine génétique en Europe à partir de -50.000 ans environ, date probable d’une extinction massive de ces populations, selon les scientifiques.

Devenus peu nombreux et vivant en petits groupes isolés, comme de précédentes recherches l’avaient déjà montré, les Néandertaliens étaient de plus génétiquement peu armés, à ce stade, pour s’adapter aux divers changements environnementaux, comme l’indique cette nouvelle étude. Ils étaient donc déjà en déclin lorsqu’arriva leur concurrent Homo sapiens sur le Vieux continent, vers -40.000 ans.

“Le fait que les Néandertaliens d’Europe ont été presque éteints, puis se sont un peu rétablis, et que tout cela ait eu lieu bien longtemps avant qu’ils ne soient en contact avec l’Homme moderne, a été une surprise totale pour nous. Ceci indique que les Néandertaliens ont dû être plus sensibles que ce que l’on pensait aux spectaculaires changements climatiques survenus lors du dernier âge glaciaire”, a expliqué Love Dalén, du Muséum d’histoire naturelle de Stockholm cité par Science Daily.

Source : MaxiSciences du 27/02/2011