1 m de haut pour 25 kg, ce sont les toutes petites mensurations de l'Homo floresiensis. Selon de nouvelles études, il s'agirait d'un descendant d'Homo erectus qui se serait adapté aux faibles ressources de son environnement.
HOBBITS. C'est peut-être parce que leurs affaires n'étaient pas florissantes sur leur île indonésienne voici plus de 12.000 ans que les "petits hommes" de Florès sont devenus des nains, révisant leurs ambitions à la baisse pour mieux survivre dans un environnement aux ressources limitées, estime une étude publiée mercredi 17 avril.
D'une taille d'environ 1 m pour 25 kg, l'Homo floresiensis qui vivait sur l'île de Florès était de surcroît doté d'une tête anormalement petite par rapport à son corps, abritant un cerveau d'une taille similaire à celui d'un chimpanzé.
Parfois surnommés "Hobbits" comme les petits personnages du "Seigneur des anneaux" de Tolkien, leur origine et leur anatomie sont au coeur d'une vive controverse depuis la découverte des fossiles de certains d'entre eux en 2003.
Espèce à part ou descendant d'autres hominidés, et lesquels ?
Selon des chercheurs japonais, qui ont notamment passé au scanner 3D le crâne de l'un d'entre eux, l'homme de Florès serait un pur produit de l'évolution locale. Un descendant perdu d'Homo erectus ("homme debout") qui aurait progressivement rapetissé au fil des générations pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.
NANISME. Ce phénomène de "nanisme insulaire" est déjà bien connu chez les animaux. Des hippopotames pygmées qui vivaient jadis à Madagascar présentaient ainsi un cerveau 30% plus petit qu'attendu par rapport à leur taille.
Et grâce à des restes trouvés dans une caverne, on sait que l'homme de Florès chassait et consommait des éléphants pygmées qui étaient certainement passés par le même phénomène d'évolution.
"Il est possible qu'un Homo erectus de Java ait migré sur une île isolée et évolué en Homo floresiensis en raison d'un nanisme insulaire marqué", estime Yousuke Kaifu, du National Museum of Nature and Science de Tokyo, qui publie ses travaux dans la revue britannique Proceedings of the Royal Society B.
La taille réduite du cerveau des "petits hommes", 426 cm3 selon la modélisation des chercheurs japonais, contre 860 cm3 pour Homo Erectus et environ 1.300 cm3 pour l'homme moderne, serait donc uniquement liée à une adaptation acquise au fil des millénaires.
Des scientifiques ont proposé d'autres explications à ce nanisme exacerbé et à leur petite tête (microcéphalie).
MICROCÉPHALIE. La première est que ces "Hobbits" descendent d'un hominidé plus primitif que l'Homo erectus : Homo habilis, qui possédait un cerveau réduit. Mais rien n'est jamais venu prouver que ce primate africain ait jamais posé le pied en Asie.
La microcéphalie de l'homme de Florès pourrait aussi être le résultat d'une maladie neurologique, le crétinisme, pouvant avoir été causée par une carence liée à un régime alimentaire trop pauvre en iode.
Nains peut-être, mais pas crétins au point de ne pas savoir chasser, faire du feu et utiliser des outils de pierre pour dépecer leurs proies, rétorquent toutefois les adversaires de cette théorie.
Source : Sciences et Avenir du 17/04/2013
samedi 20 avril 2013
vendredi 19 avril 2013
Sediba : mi-homme, mi-australopithèque
L’étude poussée des ossements fossiles de l’hominidé sediba, découvert en 2008 en Afrique du Sud, confirme le caractère très mélangé, mi-homo mi-australopithèque, de cet ancêtre possible de la lignée humaine, daté de 1,98 million d’années. Explications.
Comme en 2011, lors de sa révélation au grand public, Australopithecus sediba, un étonnant hominidé fossile découvert sur le site de Malapa à proximité de Johannesburg, fait la une du magazine Science. Raison de cette gloire : les six articles, très étayés, qui précisent l’anatomie de ce nouveau venu dans le tableau de nos origines. Un hominidé situé chronologiquement au point charnière entre la domination des australopithèques sur le continent africain, il y a 4,2 à 2,5 millions d’années, et l’avènement des premiers représentants du genre Homo en Afrique de l’Est, il y a 2 millions d’années environ. Au point d’en faire, selon son principal découvreur Lee Berger, paléoanthropologue à l’université sud-africaine de Witwatersrand, le meilleur candidat au titre d’ancêtre de toute la lignée humaine… menant à notre espèce Homo sapiens.
Ces dernières études ont été menées sur les fossiles d’un jeune mâle sediba âgé d’environ neuf ans, baptisé « MH1 », et d’une femelle d’une vingtaine d’années, appelée « MH2 », tous deux extraordinairement bien conservés. Premier constat, la richesse fabuleuse du gisement de Malapa et la qualité de conservation des fossiles, déjà entrevues depuis la découverte, se trouvent confirmées. Grâce aux 220 ossements déjà sortis du terrain, et ceux en cours de collecte qui ont pu être déjà étudiés sur place, Australopithecus sediba constitue tout simplement l’espèce hominidée la plus complète connue à ce jour. Une richesse qui ne devrait qu’augmenter, puisque la grotte de Malapa renferme d’épais niveaux géologiques, et autant de fossiles potentiels…
Des études contradictoires
Les chercheurs ont tout d’abord analysé les dents de sediba, éléments du squelette qui se conservent le mieux. Ils ont ainsi repéré 22 traits anatomiques précis, comme l’épaisseur de l’émail, le nombre de racines par molaire, la finesse ou la taille des dents. Puis ils les ont comparés à ceux de huit autres espèces fossiles africaines (en particulier Australopithecus africanus, également présent en Afrique du sud, Australopithecus afarensis, localisé en Afrique de l’Est, Homo habilis et Homo erectus).
Conclusion : sediba s’apparente plus, du point de vue dentaire en tout cas, à ses cousins d’Afrique du Sud africanus, qu’aux australopithèques d’Afrique de l’Est afarensis, parmi lesquels la célèbre Lucy. Élément de compréhension supplémentaire, les dents de sediba le rapprochent plus des espèces Homo que des autres australopithèques. Un résultat quelque peu contradictoire avec une précédente étude, de juin 2012, portant sur cette même dentition, mais réalisée par d’autres équipes. Elle concluait que le régime alimentaire de sediba se composait essentiellement de fruits, de bois et d’écorce… Plus proche, donc, de celui des chimpanzés actuels que de tous les hominidés fossiles connus.
Primitif et moderne à la fois !
Pour tenter de préciser les choses, les paléoanthropologues se sont également penchés sur les membres supérieurs et inférieurs de sediba. Et là, même conclusion contrastée, qui fait ressembler l’anatomie de l’ancêtre de Malapa à une véritable mosaïque de caractères, dits « primitifs » ou « ancestraux », hérités des lointains australopithèques, et « dérivés », c’est-à-dire modernes (évolutivement parlant) et propres au genre Homo. « Prenez par exemple ses bras, décrit Steven Churchill, de la Duke University à Durham, aux États-Unis, la forme des articulations, la longueur, la forme et les proportions relatives entre les os qui les constituent, indiquent une capacité à la suspension aux branches et à la grimpe aux arbres proche de celle de nos cousins simiens. Mais les phalanges de ses doigts, plus longues, fines et moins courbées que celles des chimpanzés actuels, indiquent une évolution vers la main humaine. »
Même chose avec la partie inférieure du squelette, dont le bassin et les jambes, aux os longs et rectilignes, sont adaptés à la bipédie, mais dont les pieds sont nettement plus primitifs, avec un appui au sol très différent de celui des Homo à venir. Conclusion : sediba maîtrisait une bipédie quelque peu claudicante, avec un pied pivotant latéralement à chacun de ses pas, mais une bipédie tout de même, marque incontestable de son hominisation en marche...
Des surprises à venir ?
Alors, que conclure de ce tableau contrasté ? Tout en restant prudent, Lee Berger insiste tout de même sur la proximité importante de son « bébé » avec les premiers représentants du genre Homo, habilis et erectus en particulier. Sans répondre, pour l’instant, à la principale objection de ses détracteurs : comment un hominidé ayant vécu il y a près de 2 millions d’années à l’extrémité australe de l’immense continent africain pourrait-il être l’ancêtre de formes beaucoup plus modernes, Homo habilis par exemple, évoluant à la même époque en Afrique de l’Est… voire en Europe, très loin de l’Afrique, comme les Homo georgicus de Dmanissi en Géorgie ? La réponse se trouve peut-être cachée à quelques mètres de profondeur dans la grotte de Malapa : si les sediba « MH1 », « MH2 » et leurs frères ne sont que les derniers représentants d’une espèce bien plus ancienne dont les fossiles restent à découvrir, alors leur statut d’ancêtre de tous les hommes redeviendrait légitime… Affaire à suivre.
Source : Sciences Actualités du 12/04/2013
Comme en 2011, lors de sa révélation au grand public, Australopithecus sediba, un étonnant hominidé fossile découvert sur le site de Malapa à proximité de Johannesburg, fait la une du magazine Science. Raison de cette gloire : les six articles, très étayés, qui précisent l’anatomie de ce nouveau venu dans le tableau de nos origines. Un hominidé situé chronologiquement au point charnière entre la domination des australopithèques sur le continent africain, il y a 4,2 à 2,5 millions d’années, et l’avènement des premiers représentants du genre Homo en Afrique de l’Est, il y a 2 millions d’années environ. Au point d’en faire, selon son principal découvreur Lee Berger, paléoanthropologue à l’université sud-africaine de Witwatersrand, le meilleur candidat au titre d’ancêtre de toute la lignée humaine… menant à notre espèce Homo sapiens.
Ces dernières études ont été menées sur les fossiles d’un jeune mâle sediba âgé d’environ neuf ans, baptisé « MH1 », et d’une femelle d’une vingtaine d’années, appelée « MH2 », tous deux extraordinairement bien conservés. Premier constat, la richesse fabuleuse du gisement de Malapa et la qualité de conservation des fossiles, déjà entrevues depuis la découverte, se trouvent confirmées. Grâce aux 220 ossements déjà sortis du terrain, et ceux en cours de collecte qui ont pu être déjà étudiés sur place, Australopithecus sediba constitue tout simplement l’espèce hominidée la plus complète connue à ce jour. Une richesse qui ne devrait qu’augmenter, puisque la grotte de Malapa renferme d’épais niveaux géologiques, et autant de fossiles potentiels…
Des études contradictoires
Les chercheurs ont tout d’abord analysé les dents de sediba, éléments du squelette qui se conservent le mieux. Ils ont ainsi repéré 22 traits anatomiques précis, comme l’épaisseur de l’émail, le nombre de racines par molaire, la finesse ou la taille des dents. Puis ils les ont comparés à ceux de huit autres espèces fossiles africaines (en particulier Australopithecus africanus, également présent en Afrique du sud, Australopithecus afarensis, localisé en Afrique de l’Est, Homo habilis et Homo erectus).
Conclusion : sediba s’apparente plus, du point de vue dentaire en tout cas, à ses cousins d’Afrique du Sud africanus, qu’aux australopithèques d’Afrique de l’Est afarensis, parmi lesquels la célèbre Lucy. Élément de compréhension supplémentaire, les dents de sediba le rapprochent plus des espèces Homo que des autres australopithèques. Un résultat quelque peu contradictoire avec une précédente étude, de juin 2012, portant sur cette même dentition, mais réalisée par d’autres équipes. Elle concluait que le régime alimentaire de sediba se composait essentiellement de fruits, de bois et d’écorce… Plus proche, donc, de celui des chimpanzés actuels que de tous les hominidés fossiles connus.
Primitif et moderne à la fois !
Pour tenter de préciser les choses, les paléoanthropologues se sont également penchés sur les membres supérieurs et inférieurs de sediba. Et là, même conclusion contrastée, qui fait ressembler l’anatomie de l’ancêtre de Malapa à une véritable mosaïque de caractères, dits « primitifs » ou « ancestraux », hérités des lointains australopithèques, et « dérivés », c’est-à-dire modernes (évolutivement parlant) et propres au genre Homo. « Prenez par exemple ses bras, décrit Steven Churchill, de la Duke University à Durham, aux États-Unis, la forme des articulations, la longueur, la forme et les proportions relatives entre les os qui les constituent, indiquent une capacité à la suspension aux branches et à la grimpe aux arbres proche de celle de nos cousins simiens. Mais les phalanges de ses doigts, plus longues, fines et moins courbées que celles des chimpanzés actuels, indiquent une évolution vers la main humaine. »
Même chose avec la partie inférieure du squelette, dont le bassin et les jambes, aux os longs et rectilignes, sont adaptés à la bipédie, mais dont les pieds sont nettement plus primitifs, avec un appui au sol très différent de celui des Homo à venir. Conclusion : sediba maîtrisait une bipédie quelque peu claudicante, avec un pied pivotant latéralement à chacun de ses pas, mais une bipédie tout de même, marque incontestable de son hominisation en marche...
Des surprises à venir ?
Alors, que conclure de ce tableau contrasté ? Tout en restant prudent, Lee Berger insiste tout de même sur la proximité importante de son « bébé » avec les premiers représentants du genre Homo, habilis et erectus en particulier. Sans répondre, pour l’instant, à la principale objection de ses détracteurs : comment un hominidé ayant vécu il y a près de 2 millions d’années à l’extrémité australe de l’immense continent africain pourrait-il être l’ancêtre de formes beaucoup plus modernes, Homo habilis par exemple, évoluant à la même époque en Afrique de l’Est… voire en Europe, très loin de l’Afrique, comme les Homo georgicus de Dmanissi en Géorgie ? La réponse se trouve peut-être cachée à quelques mètres de profondeur dans la grotte de Malapa : si les sediba « MH1 », « MH2 » et leurs frères ne sont que les derniers représentants d’une espèce bien plus ancienne dont les fossiles restent à découvrir, alors leur statut d’ancêtre de tous les hommes redeviendrait légitime… Affaire à suivre.
Source : Sciences Actualités du 12/04/2013
jeudi 18 avril 2013
L’australopithèque de Malapa précise l’histoire évolutive de l’Homme
L’Homme de Malapa fait à nouveau parler de lui, puisque six études viennent de lui être consacrées. Australopithecus sediba était bien bipède, mais il ne pouvait pas marcher ou courir comme nous. Cet hominine qui était à l'aise dans les arbres est peut-être notre ancêtre. Au fait, Lucy n’est probablement pas le sien.
Le « berceau de l’humanité » est un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2000. Situé à proximité de Johannesburg, en Afrique du Sud, il fait depuis 2008 l’objet de nombreuses attentions. Repérée grâce à Google Earth, la grotte de Malapa abritait 220 restes fossiles appartenant à une nouvelle espèce d’australopithèques vieille de deux millions d’années : Australopithecus sediba.
L’auteur de cette découverte, Lee Berger de l’université du Witwatersrand (Afrique du Sud), a depuis coordonné un vaste programme de recherche international pour mieux connaître cet hominine. Six articles publiés dans la revue Science viennent de livrer les principaux résultats.
Le terme « mosaïque » résume bien les observations anatomiques réalisées sur MH1 et MH2, deux squelettes particulièrement bien conservés, ainsi que sur le fémur isolé de MH4. L’analyse des os et des dents de ces A. sediba a quelque peu chamboulé l’histoire évolutive de l’Homme et de ses ancêtres. Mais revenons d’abord sur la description de cette espèce, dont on sait déjà qu’elle se nourrissait d’écorces.
Ce crâne d'Australopithecus sediba, un hominine ayant vécu voici deux millions d'années, a été reconstruit à partir d'un reste fossile découvert dans la grotte de Malapa (Afrique du Sud). Des bras fixes durant la marche et la course ? La bonne conservation de l’holotype et du paratype a permis une reconstitution fidèle de leur cage thoracique. Elle mélange des caractères propres aux australopithèques, mais aussi aux premiers représentants du genre Homo. Sa partie supérieure présente une forme conique (elle est plus étroite à proximité du cou), comme chez les grands singes, ce qui autorise d’importants mouvements des omoplates. Or, ils sont justement requis pour grimper aux arbres, ce que faisait A. sediba selon la morphologie du radius, du cubitus, de l’omoplate, de la clavicule et d’un fragment de sternum de l’un des squelettes. En revanche, la forme de la cage thoracique ne permet pas le balancement des bras durant la marche ou la course bipède. L’Homme de Malapa ne se déplaçait donc pas comme nous, même si le bas de son thorax est comparable en forme à celui des premiers Hommes. Cependant, selon l’analyse détaillée des os des membres inférieurs, il marchait jambes tendues, mais avec les pieds fortement tournés vers l’intérieur (hyperpronation). Cette dernière caractéristique lui est propre, puisqu’aucun autre australopithèque ne la partage. Par ailleurs, il ne pouvait pas courir longtemps, car l’absence de mouvement de bras rend la course particulièrement énergivore. L’ancêtre le plus direct des premiers Hommes D’un point de vue évolutif, l'Homme de Malapa serait bien une nouvelle espèce d’après la taille et la forme de sa mandibule, et non un morphotype d’A. africanus. Selon plusieurs caractères dentaires, ces deux espèces sont cependant tellement proches qu’elles ont été rassemblées au sein d’un unique clade, celui des australopithèques d’Afrique du Sud. Ils se distinguent ainsi de leurs homologues d’Afrique de l’Est, ce qui signifierait qu'ils ne descendent probablement pas de Lucy (A. afarensis). Les dents montrent aussi des caractéristiques qualifiées de modernes, car elles sont présentes chez les premiers représentants du genre Homo, par exemple chez Homo erectus. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque l’Homme de Malapa possède cinq vertèbres lombaires et cinq éléments sacrés (qui forment le sacrum chez l’Homme moderne)… comme nous. De même, sa courbure lombaire est plus prononcée que celle d’A. africanus, au point de ressembler à la situation rencontrée chez H. erectus. Face à tant d'éléments, A. sediba pourrait correspondre à l’ancêtre le plus direct des premiers représentants du genre Homo... et donc de l'Homme moderne !
Reconstitution du squelette de l'un des Australopithecus sediba découverts dans la grotte de Malapa en 2008. Les 220 fragments d'os mis au jour appartiendraient à six individus différents.
Source : Futura Sciences du 16/04/2013
Le « berceau de l’humanité » est un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2000. Situé à proximité de Johannesburg, en Afrique du Sud, il fait depuis 2008 l’objet de nombreuses attentions. Repérée grâce à Google Earth, la grotte de Malapa abritait 220 restes fossiles appartenant à une nouvelle espèce d’australopithèques vieille de deux millions d’années : Australopithecus sediba.
L’auteur de cette découverte, Lee Berger de l’université du Witwatersrand (Afrique du Sud), a depuis coordonné un vaste programme de recherche international pour mieux connaître cet hominine. Six articles publiés dans la revue Science viennent de livrer les principaux résultats.
Le terme « mosaïque » résume bien les observations anatomiques réalisées sur MH1 et MH2, deux squelettes particulièrement bien conservés, ainsi que sur le fémur isolé de MH4. L’analyse des os et des dents de ces A. sediba a quelque peu chamboulé l’histoire évolutive de l’Homme et de ses ancêtres. Mais revenons d’abord sur la description de cette espèce, dont on sait déjà qu’elle se nourrissait d’écorces.
Ce crâne d'Australopithecus sediba, un hominine ayant vécu voici deux millions d'années, a été reconstruit à partir d'un reste fossile découvert dans la grotte de Malapa (Afrique du Sud). Des bras fixes durant la marche et la course ? La bonne conservation de l’holotype et du paratype a permis une reconstitution fidèle de leur cage thoracique. Elle mélange des caractères propres aux australopithèques, mais aussi aux premiers représentants du genre Homo. Sa partie supérieure présente une forme conique (elle est plus étroite à proximité du cou), comme chez les grands singes, ce qui autorise d’importants mouvements des omoplates. Or, ils sont justement requis pour grimper aux arbres, ce que faisait A. sediba selon la morphologie du radius, du cubitus, de l’omoplate, de la clavicule et d’un fragment de sternum de l’un des squelettes. En revanche, la forme de la cage thoracique ne permet pas le balancement des bras durant la marche ou la course bipède. L’Homme de Malapa ne se déplaçait donc pas comme nous, même si le bas de son thorax est comparable en forme à celui des premiers Hommes. Cependant, selon l’analyse détaillée des os des membres inférieurs, il marchait jambes tendues, mais avec les pieds fortement tournés vers l’intérieur (hyperpronation). Cette dernière caractéristique lui est propre, puisqu’aucun autre australopithèque ne la partage. Par ailleurs, il ne pouvait pas courir longtemps, car l’absence de mouvement de bras rend la course particulièrement énergivore. L’ancêtre le plus direct des premiers Hommes D’un point de vue évolutif, l'Homme de Malapa serait bien une nouvelle espèce d’après la taille et la forme de sa mandibule, et non un morphotype d’A. africanus. Selon plusieurs caractères dentaires, ces deux espèces sont cependant tellement proches qu’elles ont été rassemblées au sein d’un unique clade, celui des australopithèques d’Afrique du Sud. Ils se distinguent ainsi de leurs homologues d’Afrique de l’Est, ce qui signifierait qu'ils ne descendent probablement pas de Lucy (A. afarensis). Les dents montrent aussi des caractéristiques qualifiées de modernes, car elles sont présentes chez les premiers représentants du genre Homo, par exemple chez Homo erectus. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque l’Homme de Malapa possède cinq vertèbres lombaires et cinq éléments sacrés (qui forment le sacrum chez l’Homme moderne)… comme nous. De même, sa courbure lombaire est plus prononcée que celle d’A. africanus, au point de ressembler à la situation rencontrée chez H. erectus. Face à tant d'éléments, A. sediba pourrait correspondre à l’ancêtre le plus direct des premiers représentants du genre Homo... et donc de l'Homme moderne !
Reconstitution du squelette de l'un des Australopithecus sediba découverts dans la grotte de Malapa en 2008. Les 220 fragments d'os mis au jour appartiendraient à six individus différents.
Source : Futura Sciences du 16/04/2013
mercredi 17 avril 2013
L’évolution humaine a pris un tournant avec Australopithecus sediba
De nouvelles analyses de squelettes fossiles d’A. sediba, renforce l’idée que cette espèce constitue un pont évolutionnaire entre les australopithèques anciens et les premiers hommes.
ANCETRE. Depuis la découverte de fossiles en 2008 dans une caverne à Malapa en Afrique du Sud, Australopithecus sediba suscite l’intérêt des spécialistes de l’évolution qui qualifie cette espèce de mosaïque tant chez elle les caractères simiesques et humains sont mélangés. Vieux de deux millions d'années, sediba serait l'un de nos premiers ancêtres le plus proche, révèlent six nouvelles études publiées jeudi dans la revue Science.
Des squelettes bien conservés
Si A. sediba est si bien connu quelques années seulement après la découverte des premiers spécimens, c’est grâce à un coup de chance : les paléontologues sont tombés sur deux squelettes assez complet d'un jeune mâle et d'une femelle ainsi que le tibia isolé d'un adulte.
Cela a permis une analyse complète qui a constaté que le bassin, les mains et les dents des fossiles sont de type humain alors que les pieds, les longs bras, les épaules et le haut de la cage thoracique s'apparentent au singe.
Quand on regarde ces squelettes sous tous leurs aspects, de la mâchoire au pieds, on voit partout des marques de la transition entre l'Australopithèque (un hominidé éteint) et le genre homo" à qui appartient l'homme moderne, souligne Darryl de Ruiter, professeur d'anthropologie à l'Université du Texas, co-auteur d'une des six études.
Une histoire de dents
Une des études a porté sur les dents de Sediba qui ont été comparées à huit autres hominidés africains dont des humains modernes et des espèces éteintes du genre Homo et d'Australopithèques.
Les chercheurs ont aussi examiné des dents de 44 gorilles et ont conclu que les caractéristiques dentaires établissaient un lien étroit entre Sediba et les premiers humains.
A de nombreux égards cette étude sur les dents confirme les résultats de travaux antérieurs sur Sediba dont l'analyse de l'intérieur du crâne, de la main, du pelvis, du pied et de la cheville, souligne Debbie Guatelli-Steinberg, professeur d'anthropologie à l'Université de l'Etat d'Ohio, un des auteurs de ces travaux. "Toutes ces recherches montrent jusqu'à présent que Sediba avait une mosaïque de traits primitifs et modernes qui font penser que cette créature a été un lien entre les premiers Australopithèques comme la célèbre Lucy et les premiers humains", ajoute-t-elle.

Quelle place dans l’arbre de l’évolution ?
Les chercheurs ne sont pas encore sûrs de savoir où situer A. Sediba dans la lignée évolutive de l’homme mais ces six études montrent que les fossiles de Malapa sont un exemple frappant de cette évolution.
"Nous faisons peut-être la meilleure observation d'une ancienne espèce d'hominidé jamais conduite auparavant", juge le professeur Berger, de l’Université du Witwatersrand à Johannesburg, ajoutant que Sediba "devrait être considéré comme le meilleur candidat potentiel pour être l'un des tous premiers membres du genre homo".
Source : Sciences et Avenir du 11/04/2013
ANCETRE. Depuis la découverte de fossiles en 2008 dans une caverne à Malapa en Afrique du Sud, Australopithecus sediba suscite l’intérêt des spécialistes de l’évolution qui qualifie cette espèce de mosaïque tant chez elle les caractères simiesques et humains sont mélangés. Vieux de deux millions d'années, sediba serait l'un de nos premiers ancêtres le plus proche, révèlent six nouvelles études publiées jeudi dans la revue Science.
Des squelettes bien conservésSi A. sediba est si bien connu quelques années seulement après la découverte des premiers spécimens, c’est grâce à un coup de chance : les paléontologues sont tombés sur deux squelettes assez complet d'un jeune mâle et d'une femelle ainsi que le tibia isolé d'un adulte.
Crâne d'un A.sediba.
Cela a permis une analyse complète qui a constaté que le bassin, les mains et les dents des fossiles sont de type humain alors que les pieds, les longs bras, les épaules et le haut de la cage thoracique s'apparentent au singe.
Quand on regarde ces squelettes sous tous leurs aspects, de la mâchoire au pieds, on voit partout des marques de la transition entre l'Australopithèque (un hominidé éteint) et le genre homo" à qui appartient l'homme moderne, souligne Darryl de Ruiter, professeur d'anthropologie à l'Université du Texas, co-auteur d'une des six études.
Une histoire de dents
Une des études a porté sur les dents de Sediba qui ont été comparées à huit autres hominidés africains dont des humains modernes et des espèces éteintes du genre Homo et d'Australopithèques.
Mâchoire inférieure de sediba.
Les chercheurs ont aussi examiné des dents de 44 gorilles et ont conclu que les caractéristiques dentaires établissaient un lien étroit entre Sediba et les premiers humains.
A de nombreux égards cette étude sur les dents confirme les résultats de travaux antérieurs sur Sediba dont l'analyse de l'intérieur du crâne, de la main, du pelvis, du pied et de la cheville, souligne Debbie Guatelli-Steinberg, professeur d'anthropologie à l'Université de l'Etat d'Ohio, un des auteurs de ces travaux. "Toutes ces recherches montrent jusqu'à présent que Sediba avait une mosaïque de traits primitifs et modernes qui font penser que cette créature a été un lien entre les premiers Australopithèques comme la célèbre Lucy et les premiers humains", ajoute-t-elle.

Quelle place dans l’arbre de l’évolution ?
Les chercheurs ne sont pas encore sûrs de savoir où situer A. Sediba dans la lignée évolutive de l’homme mais ces six études montrent que les fossiles de Malapa sont un exemple frappant de cette évolution.
Squelette de sediba au centre avec un homme moderne à gauche et un chimpanzé à droite.
"Nous faisons peut-être la meilleure observation d'une ancienne espèce d'hominidé jamais conduite auparavant", juge le professeur Berger, de l’Université du Witwatersrand à Johannesburg, ajoutant que Sediba "devrait être considéré comme le meilleur candidat potentiel pour être l'un des tous premiers membres du genre homo".
Source : Sciences et Avenir du 11/04/2013
samedi 13 avril 2013
Australopithèque Sediba : l'ancêtre mi-homme mi-singe dévoile ses secrets
Une étude menée sur des fossiles de l’Australopithèque Sediba, un spécimen vieux de 2 millions d’années, indiquent qu’il pourrait s’agir d’un des premiers ancêtres à la base de la lignée humaine.
Vieux de 2 millions d’années, mi-homme mi-singe, Australopithecus sediba est l’un des premiers ancêtres le plus proche de la lignée humaine. Une récente étude menée sur des fossiles retrouvés en 2008 dans une grotte de Malapa, en Afrique du Sud, met en lumière ses habitudes, comportements et modes de vie, restés jusqu’à présent plutôt mystérieux.
Les restes analysés proviennent des squelettes assez complets d’un jeune mâle, communément appelé MH1 et d’une femelle, MH2. Les résultats de cette enquête la plus approfondie à ce jour ont fait l’objet de six publications dans la revue Science. Ils mettent en évidence une combinaison étrange de traits à la fois humains et simiens.
Parmi les ossements retrouvés, certains sont similaires à ceux humains comme le bassin, les mains et les dents tandis que d’autres sont plus proches du singe comme les pieds, les bras et les épaules.
Des marques de transition entre Australopithèque et Homo
Au. Sediba était une créature bipède. Toutefois contrairement à ses successeurs, celle-ci se déplaçait en adoptant une démarche étrange, les hanches tournées et les genoux vers l’intérieur. Ses longs bras et ses pieds légèrement courbés lui permettaient par ailleurs de grimper aux arbres avec une aisance remarquable.
"Quand on regarde ces squelettes sous tous leurs aspects, de la mâchoire aux pieds, on voit partout des marques de la transition entre l'Australopithèque (un hominidé éteint) et le genre homo" à qui appartient l'homme moderne indique dans un communiqué Darryl de Ruiter, professeur d'anthropologie à l'Université du Texas et co-auteur d'une étude. Il ajoute : "On peut y observer l'évolution à l'œuvre".
Les chercheurs se sont également intéressés aux dents retrouvées sur les squelettes et les ont comparées à celles de huit autres hominidés africains et de 44 gorilles. Leurs conclusions suggèrent, au regard des caractéristiques dentaires, qu’Au. Sediba était un proche parent des australopithèques d’Afrique de l’ouest connu sous le nom d’Australopithecus africanus. Ces deux espèces seraient plus étroitement liées à l’homme que ne le serait Australopithecus afarensis, australopithèque d’Afrique de l’Est, représenté par la célèbre Lucy.
Le meilleur candidat potentiel
Davantage de fossiles sont encore nécessaires pour pouvoir trouver les pièces manquantes de ce puzzle de l’évolution. Toutefois, pour le moment Au. Sediba est considéré par les chercheurs comme le meilleur candidat potentiel pour être l'un des tous premiers membres du genre homo. Les fouilles devraient reprendre cet été à Malapa afin de découvrir d’éventuelles autres traces de cette espèce.
Source : MaxiSciences du 12/04/2013
Vieux de 2 millions d’années, mi-homme mi-singe, Australopithecus sediba est l’un des premiers ancêtres le plus proche de la lignée humaine. Une récente étude menée sur des fossiles retrouvés en 2008 dans une grotte de Malapa, en Afrique du Sud, met en lumière ses habitudes, comportements et modes de vie, restés jusqu’à présent plutôt mystérieux.
Les restes analysés proviennent des squelettes assez complets d’un jeune mâle, communément appelé MH1 et d’une femelle, MH2. Les résultats de cette enquête la plus approfondie à ce jour ont fait l’objet de six publications dans la revue Science. Ils mettent en évidence une combinaison étrange de traits à la fois humains et simiens.
Parmi les ossements retrouvés, certains sont similaires à ceux humains comme le bassin, les mains et les dents tandis que d’autres sont plus proches du singe comme les pieds, les bras et les épaules.
Des marques de transition entre Australopithèque et Homo
Au. Sediba était une créature bipède. Toutefois contrairement à ses successeurs, celle-ci se déplaçait en adoptant une démarche étrange, les hanches tournées et les genoux vers l’intérieur. Ses longs bras et ses pieds légèrement courbés lui permettaient par ailleurs de grimper aux arbres avec une aisance remarquable.
"Quand on regarde ces squelettes sous tous leurs aspects, de la mâchoire aux pieds, on voit partout des marques de la transition entre l'Australopithèque (un hominidé éteint) et le genre homo" à qui appartient l'homme moderne indique dans un communiqué Darryl de Ruiter, professeur d'anthropologie à l'Université du Texas et co-auteur d'une étude. Il ajoute : "On peut y observer l'évolution à l'œuvre".
Les chercheurs se sont également intéressés aux dents retrouvées sur les squelettes et les ont comparées à celles de huit autres hominidés africains et de 44 gorilles. Leurs conclusions suggèrent, au regard des caractéristiques dentaires, qu’Au. Sediba était un proche parent des australopithèques d’Afrique de l’ouest connu sous le nom d’Australopithecus africanus. Ces deux espèces seraient plus étroitement liées à l’homme que ne le serait Australopithecus afarensis, australopithèque d’Afrique de l’Est, représenté par la célèbre Lucy.
Le meilleur candidat potentiel
Davantage de fossiles sont encore nécessaires pour pouvoir trouver les pièces manquantes de ce puzzle de l’évolution. Toutefois, pour le moment Au. Sediba est considéré par les chercheurs comme le meilleur candidat potentiel pour être l'un des tous premiers membres du genre homo. Les fouilles devraient reprendre cet été à Malapa afin de découvrir d’éventuelles autres traces de cette espèce.
Source : MaxiSciences du 12/04/2013
mercredi 10 avril 2013
Néandertal et Homo sapiens : une preuve d'hybridation
Voilà peut-être bien les premières preuves morphologiques que l’Homme moderne, Homo sapiens, s’est reproduit avec l’Homme de Néandertal. L’analyse des restes d’un Néandertalien a révélé que sa mâchoire présentait des caractéristiques de l’Homme moderne. Il serait le premier individu hybride jamais découvert.
Avons-nous du sang néandertalien ? Il pèse toujours un mystère sur la date d’arrivée en Europe de l’Homme moderne (Homo sapiens) et sur le rôle qu’il a joué dans la disparition de l’Homme de Néandertal. Ce dernier résidait sur le vieux continent depuis près de 200.000 ans, et a disparu voilà 30.000 ans. Des études antérieures ont montré que l’ADN d’Homo neanderthalensis présentait un niveau de métissage avec l’Homo sapiens de 4 %. Un taux si faible que ces ressemblances génétiques pourraient simplement provenir d’un ancêtre commun ayant vécu en Afrique.
Dans ce contexte riche d’incertitudes, une équipe de l’unité Anthropologie bioculturelle, droit, éthique et santé (Ades) du CNRS s’est intéressée aux restes d’un individu vivant dans le nord de l’Italie voilà 40.000 à 30.000 ans. Ses os étaient entreposés au Museum d’histoire naturelle de Vérone, depuis 1957 ! Ils pourraient pourtant être les restes du premier hybride jamais découvert d’une femme de Néandertal et d’un homme Homo sapiens.
L’équipe s’est focalisée sur l’étude de la mâchoire inférieure de l’individu, identifié comme Néandertalien. Sa forme indique que son visage était particulier, d’un aspect intermédiaire entre l’Homme de Néandertal et l’Homme moderne. La mandibule présente les caractéristiques de Néandertal, excepté le menton. Celui-ci a une protubérance qui le rapproche plutôt de l’Homme moderne. Les résultats de cette recherche sont publiés dans le journal Plos One et suggèrent que cette mâchoire serait une preuve d’hybridation entre les deux espèces.
Un papa sapiens et une maman neanderthalis
Chez cet individu qui aurait vécu en Italie il y a 35.000 ans, les chercheurs ont réussi à retrouver de l’ADN mitochondrial. La séquence de l’ADN indique clairement les caractéristiques de Néandertal. Comme cet ADN ne se transmet que par la mère, cela signifie que l’individu avait un ascendant masculin Homo sapiens.
Lorsque l’Homme moderne s’est installé dans le sud de l’Italie, Néandertal y vivait déjà depuis au moins 200.000 ans. De nombreux outils en silex, tels que des haches et des pointes de lance en attestent. Les chercheurs indiquent que si hybridation il y a eu, Néandertal a continué à défendre ses propres traditions culturelles. Constat intéressant, car cela montre que si les deux espèces ont pu s’accoupler, elles n’ont pas formé un seul et même groupe.
Ce changement de morphologie de la mandibule résulterait d’un métissage entre Homo neanderthalensis et Homo sapiens. Mais la possibilité que cela puisse provenir d’une sous-structure d’un ancêtre africain Homo sapiens archaïque, n’est pas n’exclue.
Source : Futura-Sciences du 03/04/2013
Avons-nous du sang néandertalien ? Il pèse toujours un mystère sur la date d’arrivée en Europe de l’Homme moderne (Homo sapiens) et sur le rôle qu’il a joué dans la disparition de l’Homme de Néandertal. Ce dernier résidait sur le vieux continent depuis près de 200.000 ans, et a disparu voilà 30.000 ans. Des études antérieures ont montré que l’ADN d’Homo neanderthalensis présentait un niveau de métissage avec l’Homo sapiens de 4 %. Un taux si faible que ces ressemblances génétiques pourraient simplement provenir d’un ancêtre commun ayant vécu en Afrique.
Dans ce contexte riche d’incertitudes, une équipe de l’unité Anthropologie bioculturelle, droit, éthique et santé (Ades) du CNRS s’est intéressée aux restes d’un individu vivant dans le nord de l’Italie voilà 40.000 à 30.000 ans. Ses os étaient entreposés au Museum d’histoire naturelle de Vérone, depuis 1957 ! Ils pourraient pourtant être les restes du premier hybride jamais découvert d’une femme de Néandertal et d’un homme Homo sapiens.
Restes de la mandibule de l'Homme de Néandertal découvert à Riparo Mezzena, un abri sous roche du Paléolithique moyen, dans le Lessini Monti en Italie. La protubérance du menton suggère une parenté avec Homo sapiens.
L’équipe s’est focalisée sur l’étude de la mâchoire inférieure de l’individu, identifié comme Néandertalien. Sa forme indique que son visage était particulier, d’un aspect intermédiaire entre l’Homme de Néandertal et l’Homme moderne. La mandibule présente les caractéristiques de Néandertal, excepté le menton. Celui-ci a une protubérance qui le rapproche plutôt de l’Homme moderne. Les résultats de cette recherche sont publiés dans le journal Plos One et suggèrent que cette mâchoire serait une preuve d’hybridation entre les deux espèces.
Un papa sapiens et une maman neanderthalis
Chez cet individu qui aurait vécu en Italie il y a 35.000 ans, les chercheurs ont réussi à retrouver de l’ADN mitochondrial. La séquence de l’ADN indique clairement les caractéristiques de Néandertal. Comme cet ADN ne se transmet que par la mère, cela signifie que l’individu avait un ascendant masculin Homo sapiens.
Lorsque l’Homme moderne s’est installé dans le sud de l’Italie, Néandertal y vivait déjà depuis au moins 200.000 ans. De nombreux outils en silex, tels que des haches et des pointes de lance en attestent. Les chercheurs indiquent que si hybridation il y a eu, Néandertal a continué à défendre ses propres traditions culturelles. Constat intéressant, car cela montre que si les deux espèces ont pu s’accoupler, elles n’ont pas formé un seul et même groupe.
Ce changement de morphologie de la mandibule résulterait d’un métissage entre Homo neanderthalensis et Homo sapiens. Mais la possibilité que cela puisse provenir d’une sous-structure d’un ancêtre africain Homo sapiens archaïque, n’est pas n’exclue.
Source : Futura-Sciences du 03/04/2013
mardi 9 avril 2013
Un Néandertalien métis
Le menton d'un Néandertalien tardif, mort il y a quelque 35 000 ans en Vénétie, et le contexte de sa découverte indiquent qu'il s'agirait d'un métis H. sapiens - H. neanderthalensis.
Mais qu'il est laid avec son menton prognathe ! Voilà, sans doute, ce qu'ont pensé les Néandertaliennes (Homo neanderthalensis) d'Europe quand elles ont aperçu leur premier bout de menton de chasseur Homo sapiens. Elles n'auraient pas imaginé qu'elles auraient une descendance avec ces hommes-là… Pourtant, une équipe franco-italienne menée par Silvana Condemi, de l’Université d’Aix-Marseille, vient de montrer que l’un des derniers Néandertaliens d’Italie était probablement un métis, car… il avait un menton.
Le menton de ce Néandertalien tardif – en l’occurrence, celui d’un individu représenté notamment par un fragment de mandibule retrouvé en 1957 dans l’abri de Riparo Mezzena en Vénétie – semble un détail. Pas pour les préhistoriens, tous pénétrés par l’évidence que tous les Néandertaliens anciens dont on a retrouvé des fossiles avaient un menton en retrait, c’est-à-dire, comme disent les H. sapiens d'aujourd'hui, « pas de menton » ou le « menton fuyant ». Ce trait physique, qui n’empêche pas chez Homo neanderthalensis la présence de puissants muscles masticateurs, était donc une caractéristique distinctive des premiers ancêtres des Européens actuels.
Comment les chercheurs sont-ils certains que l’individu de Mezzena est bien un Néandertalien ? Ils le sont en fait depuis sa découverte, puisque ce fragment humain vieux de quelque 35 000 ans a été retrouvé dans une couche pleine d’outils moustériens – des outils en pierre fabriqués uniquement par les Néandertaliens (entre 300 000 ans et 30 000 ans avant le présent). Toutefois, pour proscrire une éventuelle erreur d'association entre la mandibule et la couche moustérienne commise durant les fouilles, les chercheurs ont tenté une identification génétique. Chose rare, ils sont en effet parvenus à extraire du collagène de la mandibule et, dans cette substance que l'on rencontre entre les cellules de tous les animaux, ils ont retrouvé des traces d'ADN mitochondrial. Contenu dans les mitochondries, organites qui, dans les cellules, produisent l'énergie, cet ADN est transmis seulement par la mère. Or, une fois amplifié et séquencé, cet ADN mitochondrial s’est révélé contenir un motif caractéristique des Néandertaliens (retrouvé aussi dans 30 fossiles néandertaliens dont on a pu extraire de l’ADN). Dès lors, plus aucun doute n’était permis : la mère de l'individu de Mezzena était néandertalienne. Du reste, la morphologie de la mandibule, qui présente bien la forme générale, les épaisseurs et les reliefs des mandibules néandertaliennes connues, le confirme.
À un détail près : le menton ! Au lieu d'être convexe comme chez les Néandertaliens anciens, la symphyse mentonnière (la pente du menton) de la mandibule de Mezzena est verticale comme chez les hommes anatomiquement modernes. En outre, elle possède une protubérance mentonnière, ce qui est anormal chez les Néandertaliens, mais tout à fait courant chez les hommes anatomiquement modernes (voir les figures ci-contre). Ce menton de Mezzena aurait pu passer pour une anomalie sans signification particulière si une protubérance similaire n’avait été retrouvée sur des fossiles d'autres Néandertaliens tardifs d'Europe, tels ceux de Spy en Belgique (36 000 ans), de La Ferrassie en Dordogne (de l'ordre de 50 000 ans), de Las Palomas en Espagne (environ 42 000 ans) et de Vindija en Croatie (environ 33 000 ans), et s’il n’était aussi fortement caractéristique des hommes anatomiquement modernes. Pour être certains de la signification de leurs observations, les chercheurs se sont livrés ensuite à une analyse discriminante, c’est-à-dire à la comparaison statistique de la conformation en trois dimensions de la mandibule de Mezzena avec celle des mandibules de groupes représentatifs de Néandertaliens et d’hommes anatomiquement modernes. Il en ressort que, d’un point de vue statistique, la mandibule de Mezzena est anatomiquement moderne, c'est-à-dire de type H. sapiens, alors que son propriétaire porte un ADN mitochondrial néandertalien.
Qu’en conclure, étant donné que l’ADN mitochondrial n’est transmis que par la mère ? Deux interprétations sont possibles selon les chercheurs : soit l’individu de Mezzena est issu d’une lignée néandertalienne « à menton », soit le père ou un ascendant masculin de l'individu de Mezzena était un H. sapiens. La première interprétation paraît quelque peu spécieuse dans la mesure où aucune lignée néandertalienne à menton n'a jamais été repérée en Europe de l'Ouest : les plus proches vivaient au Proche-Orient, une zone où le métissage sapiens-neanderthalensis est plus que probable… C'est donc la seconde interprétation qui paraît la plus plausible, souligne S. Condemi, pour qui elle semble d'autant plus crédible que l’occupation néandertalienne de l’abri de Riparo Mezzena était contemporaine de celle de la grotte de Fumane (située à seulement 20 kilomètres !) par des hommes anatomiquement modernes. En 2010, l'étude des gènes humains a révélé qu'un métissage sapiens-neanderthalensis a doté le génome de tous les Eurasiens de quatre pour cent de gènes néandertaliens. L'individu de Mezzena serait la manifestation, sur le terrain, d'une telle lignée mixte.
Si, il y a quelque 80 000 ans, H. sapiens est entré en expansion, puis a conquis l'Europe et la planète, c'est parce que notre espèce avait une démographie sans doute nettement plus dynamique que celle des Néandertaliens largement dispersés en Asie (on parle de seulement 10 000 reproductrices pour toute l'Eurasie…). Après avoir cohabité avec les hommes anatomiquement modernes pendant au moins 10 000 ans, les derniers Néandertaliens se sont-ils fondus dans une population de H. sapiens toujours plus nombreuse ? Cela mérite d'y réfléchir en se tenant le menton.
Source ; Pour la Science du 27/03/2013
Mais qu'il est laid avec son menton prognathe ! Voilà, sans doute, ce qu'ont pensé les Néandertaliennes (Homo neanderthalensis) d'Europe quand elles ont aperçu leur premier bout de menton de chasseur Homo sapiens. Elles n'auraient pas imaginé qu'elles auraient une descendance avec ces hommes-là… Pourtant, une équipe franco-italienne menée par Silvana Condemi, de l’Université d’Aix-Marseille, vient de montrer que l’un des derniers Néandertaliens d’Italie était probablement un métis, car… il avait un menton.
Le menton de ce Néandertalien tardif – en l’occurrence, celui d’un individu représenté notamment par un fragment de mandibule retrouvé en 1957 dans l’abri de Riparo Mezzena en Vénétie – semble un détail. Pas pour les préhistoriens, tous pénétrés par l’évidence que tous les Néandertaliens anciens dont on a retrouvé des fossiles avaient un menton en retrait, c’est-à-dire, comme disent les H. sapiens d'aujourd'hui, « pas de menton » ou le « menton fuyant ». Ce trait physique, qui n’empêche pas chez Homo neanderthalensis la présence de puissants muscles masticateurs, était donc une caractéristique distinctive des premiers ancêtres des Européens actuels.
Comment les chercheurs sont-ils certains que l’individu de Mezzena est bien un Néandertalien ? Ils le sont en fait depuis sa découverte, puisque ce fragment humain vieux de quelque 35 000 ans a été retrouvé dans une couche pleine d’outils moustériens – des outils en pierre fabriqués uniquement par les Néandertaliens (entre 300 000 ans et 30 000 ans avant le présent). Toutefois, pour proscrire une éventuelle erreur d'association entre la mandibule et la couche moustérienne commise durant les fouilles, les chercheurs ont tenté une identification génétique. Chose rare, ils sont en effet parvenus à extraire du collagène de la mandibule et, dans cette substance que l'on rencontre entre les cellules de tous les animaux, ils ont retrouvé des traces d'ADN mitochondrial. Contenu dans les mitochondries, organites qui, dans les cellules, produisent l'énergie, cet ADN est transmis seulement par la mère. Or, une fois amplifié et séquencé, cet ADN mitochondrial s’est révélé contenir un motif caractéristique des Néandertaliens (retrouvé aussi dans 30 fossiles néandertaliens dont on a pu extraire de l’ADN). Dès lors, plus aucun doute n’était permis : la mère de l'individu de Mezzena était néandertalienne. Du reste, la morphologie de la mandibule, qui présente bien la forme générale, les épaisseurs et les reliefs des mandibules néandertaliennes connues, le confirme.
À un détail près : le menton ! Au lieu d'être convexe comme chez les Néandertaliens anciens, la symphyse mentonnière (la pente du menton) de la mandibule de Mezzena est verticale comme chez les hommes anatomiquement modernes. En outre, elle possède une protubérance mentonnière, ce qui est anormal chez les Néandertaliens, mais tout à fait courant chez les hommes anatomiquement modernes (voir les figures ci-contre). Ce menton de Mezzena aurait pu passer pour une anomalie sans signification particulière si une protubérance similaire n’avait été retrouvée sur des fossiles d'autres Néandertaliens tardifs d'Europe, tels ceux de Spy en Belgique (36 000 ans), de La Ferrassie en Dordogne (de l'ordre de 50 000 ans), de Las Palomas en Espagne (environ 42 000 ans) et de Vindija en Croatie (environ 33 000 ans), et s’il n’était aussi fortement caractéristique des hommes anatomiquement modernes. Pour être certains de la signification de leurs observations, les chercheurs se sont livrés ensuite à une analyse discriminante, c’est-à-dire à la comparaison statistique de la conformation en trois dimensions de la mandibule de Mezzena avec celle des mandibules de groupes représentatifs de Néandertaliens et d’hommes anatomiquement modernes. Il en ressort que, d’un point de vue statistique, la mandibule de Mezzena est anatomiquement moderne, c'est-à-dire de type H. sapiens, alors que son propriétaire porte un ADN mitochondrial néandertalien.
Qu’en conclure, étant donné que l’ADN mitochondrial n’est transmis que par la mère ? Deux interprétations sont possibles selon les chercheurs : soit l’individu de Mezzena est issu d’une lignée néandertalienne « à menton », soit le père ou un ascendant masculin de l'individu de Mezzena était un H. sapiens. La première interprétation paraît quelque peu spécieuse dans la mesure où aucune lignée néandertalienne à menton n'a jamais été repérée en Europe de l'Ouest : les plus proches vivaient au Proche-Orient, une zone où le métissage sapiens-neanderthalensis est plus que probable… C'est donc la seconde interprétation qui paraît la plus plausible, souligne S. Condemi, pour qui elle semble d'autant plus crédible que l’occupation néandertalienne de l’abri de Riparo Mezzena était contemporaine de celle de la grotte de Fumane (située à seulement 20 kilomètres !) par des hommes anatomiquement modernes. En 2010, l'étude des gènes humains a révélé qu'un métissage sapiens-neanderthalensis a doté le génome de tous les Eurasiens de quatre pour cent de gènes néandertaliens. L'individu de Mezzena serait la manifestation, sur le terrain, d'une telle lignée mixte.
Si, il y a quelque 80 000 ans, H. sapiens est entré en expansion, puis a conquis l'Europe et la planète, c'est parce que notre espèce avait une démographie sans doute nettement plus dynamique que celle des Néandertaliens largement dispersés en Asie (on parle de seulement 10 000 reproductrices pour toute l'Eurasie…). Après avoir cohabité avec les hommes anatomiquement modernes pendant au moins 10 000 ans, les derniers Néandertaliens se sont-ils fondus dans une population de H. sapiens toujours plus nombreuse ? Cela mérite d'y réfléchir en se tenant le menton.
Source ; Pour la Science du 27/03/2013
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