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mardi 6 juin 2023

Les enfants des paranthropes, les plus proches parents des humains, grandissaient à une vitesse surprenante

Morts il y a près de deux millions d'années, les restes de quatre enfants paranthropes, des homininés qui ont côtoyé les premiers humains, révèlent une croissance bien plus rapide que celle des espèces du genre Homo.

Les paranthropes, cette presque humanité qui s'est éteinte il y a 1,5 à 1,2 million d'années, avaient des enfants qui grandissaient bien plus rapidement que ceux des humains, avec notamment un cerveau qui atteignait sa taille adulte dès l'âge de trois ans. "Une surprise", souligne José Braga, professeur de paléoanthropologie à l’université Toulouse III – Paul Sabatier et au Centre d’anthropobiologie et de génomique de Toulouse. "En effet, s'ils étaient toujours en vie, les paranthropes seraient les plus proches parents des humains et on s'attendrait donc à une vitesse de croissance proche", explique-t-il. Mais l'examen de quatre fossiles partiels de crânes d'enfants paranthropes, âgés de moins de trois ans, démontre le contraire.

Les paranthropes sont bien plus proches des humains que les australopithèques

Le paléontologue a découvert les fossiles, vieux de deux millions d'années, dans deux grottes en Afrique du Sud, situées dans les localités de Kromdraai et Drimolen, dans les environs de Johannesburg et de Pretoria. Aucun des quatre crânes n'est entier, mais des fragments de mandibules, de maxillaires, de boîte crânienne et des dents, ont permis de reconstituer et d'analyser pour la première fois le crâne d'un enfant paranthrope. "Une avancée considérable qui permet d'étudier la croissance d'une espèce proche des humains. Avec des caractéristiques bien plus humaines que celles des australopithèques qui vivaient durant la même période", précise-t-il. Les paléontologues savaient déjà que la morphologie crânienne des adultes des deux genres (Paranthropus et Homo) était globalement similaire avec néanmoins quelques différences bien visibles comme de très grosses dents jugales (molaires et pré-molaires) et des mâchoires massives pour le paranthrope.

La question était de savoir si ces similarités relevaient d'une évolution convergente ou de raisons évolutives bien plus profondes. "Grâce à cette étude, on peut enfin trancher : dès l'âge de deux ans, il est fascinant de constater à quel point les enfants paranthropes partagent des similarités avec les humains et sont à des années-lumière, en termes de modernité, des jeunes australopithèques représentés par un fossile emblématique, celui de l'enfant de Tang", insiste José Braga.

En particulier, l'arrière du crâne (la partie occipitale), qui conditionne l'anatomie du lobe postérieur et du cervelet, et la face ont un développement analogue à celui des humains et très éloignée des australopithèques. L'analyse complète du crâne composite, qui a été réalisée avec des techniques innovantes d’imagerie et notamment la morphométrie 3D, est publiée dans la revue Sciences Advances.

Une durée de vie plus courte

Ce qui a également frappé les chercheurs, et qui pour le coup diffère vraiment de l'ontogénie humaine, c'est la rapide croissance des jeunes paranthropes. "Certaines caractéristiques de la face et du crâne ont une forme, voire une taille adulte dès trois ans. C'est le cas du cerveau dont le volume, autour de 400 centimètres-cube, est celui d'un adulte alors que chez l'humain, le cerveau n'atteint sa taille adulte qu'à l'âge de six ans " précise José Braga. Cela signifie que l'enfance des paranthropes était très brève et qu'ils devaient probablement être très rapidement aptes à la mastication.

Crâne composite d'un enfant paranthrope reconstitué

La maturation précoce des jeunes paranthropes suggère également que la vie de ce genre était sans doute plus courte que celle des humains et que celle qu'on pouvait projeter en se basant sur sa taille corporelle, autour de 35 à 40 kilos maximum. Sans doute, les premiers atteignaient une vingtaine d'années contre une trentaine pour les humains.

Pour mieux comprendre la croissance dans les premiers jours et semaines des paranthropes et avoir des informations plus complètes sur la taille et la forme du cerveau à la naissance ou le degré de dépendance aux parents, il manque encore l'étude d'un fossile clé : celui d'un nouveau-né paranthrope. Une analyse qui ne devrait pas tarder puisque José Braga a déniché un tel fossile au cours de ses dernières fouilles.

Source : Sciences & Avenir du 05/06/2023

mercredi 7 novembre 2018

Un genre, plusieurs espèces mais une seule origine : la famille humaine en Afrique avant 2 millions d'années

Colloque international : "Être humain ? Archéologie des origines" par José Braga, université de Toulouse (Paul Sabatier) et université du Witwatersrand, Afrique du Sud

Depuis 2014, les découvertes de nombreux vestiges inédits d’homininés à Kromdraai (Afrique du Sud) nous permettent de mieux comprendre le scénario de notre évolution au sud de l’Afrique entre 3 et 2 millions d'années, lors du remplacement du genre Australopithecus par ses deux successeurs, probablement cousins ; Homo et Paranthropus. Accompagnés de milliers d’ossements d’animaux, les vestiges d’homininés récemment découverts à Kromdraai sont en cours d’analyse. Ils documentent deux périodes jusqu’ici inconnues sur ce site mais aussi, vraisemblablement, ailleurs en Afrique du Sud. Ils permettent une nouvelle ébauche de notre évolution biologique, au plus près de la transition vers les premiers humains.

https://www.inrap.fr/un-genre-plusieurs-especes-mais-une-seule-origine-la-famille-humaine-en-afrique-13878

mardi 3 juillet 2018

Sous la dent : les labyrinthes de l'humanité. Origine du genre Homo en Afrique du Sud

José Braga

Paléontologie humaine (2008-2011) / Nouvelles perspectives pour l'histoire de l'humanité

03 juillet 2018 15:00 15:30 Colloque Amphithéâtre Marguerite de Navarre - Marcelin Berthelot

Session 2 – Origine du genre Homo et les premières pierres taillées ; (modérateur Yves Coppens)

https://www.college-de-france.fr/site/michel-brunet/symposium-2018-07-03-15h00.htm

mercredi 18 juin 2014

Little Foot, nouvel "ancêtre de l'humanité" ?

Son squelette est mieux conservé et plus complet que celui de l’australopithèque Lucy. Plus beau et plus âgé ? Ce Sud-Africain d’au moins 3 millions d’années pourrait ravir à sa célèbre cousine le titre d’« ancêtre de l’humanité ». Histoire d’une rocambolesque découverte.

Un boyau sans fin dans une pénombre inquiétante qui tord l’estomac… Voilà trente-six heures que Stephen Motsumi et Nkwane Molefe scrutent les moindres recoins de la grotte de Sterkfontein, située au nord de Johannesburg (Afrique du Sud). Ignorent-ils que, jadis, un ouvrier s’est perdu dans cette mine-labyrinthe de 12 kilomètres de galeries et qu’il n’en est jamais ressorti ? Faisant fi du danger, les deux hommes progressent lentement par une chaleur étouffante et à la faible lumière de leur lampe. Même Hergé, le père de Tintin, n’aurait pu imaginer scénario aussi haletant. « Eurêka ! » s’exclame l’un des paléontologues, à l’instar du héros de la célèbre bande dessinée, lorsque, tout à coup, à 25 mètres de profondeur, alors qu’il se trouve en haut d’une marche poussiéreuse, il tombe nez à nez avec le trésor tant convoité : un bout d’os de 3 centimètres de long, encastré dans la roche !

Les pièces s’emboîtent comme un puzzle de 3 millions d’années

De sa poche, il sort le moulage d’un demi-tibia que lui a religieusement confié son supérieur, le Pr Ronald Clarke, de l’Institut de l’évolution humaine à l’université du Witwatersrand. « Et c’est là qu’a opéré la magie du destin, s’enthousiasme Yves Coppens, paléoanthropologue au Collège de France, qui aime raconter l’histoire de ce fossile qu’il connaît bien. Les deux extrémités se sont parfaitement assemblées comme les pièces d’un puzzle. » Sans le savoir, en ce début du mois de juillet 1997, Motsumi et Molefe viennent de mettre la main sur le squelette d’australopithèque le plus complet exhumé à ce jour, un genre d’hominidé que l’on pouvait croiser sur notre terre il y a plus de trois millions d’années, et que nombre de spécialistes estiment être à l’origine de la lignée humaine. Celui-là, baptisé « Little Foot », concourt donc au titre très convoité d’« ancêtre de l’humanité ».

Cette découverte marque l’épilogue d’une très, très longue histoire. Au début des années 1900, Johannesburg se développe grâce au filon aurifère : pour extraire l’or, les mineurs ont besoin de chaux, qu’ils vont chercher à 45 kilomètres, dans la vallée de la Blaauwbankspruit, où se trouve la grotte de Sterkfontein. La roche y est si dure que le travail s’effectue à la dynamite. Mais rapidement, et malgré les dégâts irréversibles causés par l’explosif, de nombreux os attirent l’attention des scientifiques dépêchés sur place. Ils les récupèrent, souvent dans la précipitation, et se contentent de les stocker. « D’abord au British Museum, à Londres, ensuite au musée du Transvaal, à Pretoria, puis à l’université du Witwatersrand », explique Francis Thackeray, professeur en anthropologie, qui dirige aujourd’hui l’Institut de l’évolution humaine. Peu à peu se constitue ainsi l’une des plus formidables collections anthropologiques de la planète, à partir des fossiles de Sterkfontein et de ceux trouvés dans le reste de la vallée de la Blaauwbankspruit. En 1925, l’anthropologue Raymond Dart se plonge dans ce trésor, y découvre le crâne d’un enfant provenant de la grotte de Taung ; un jeune garçon qui devait marcher debout en raison de la position de son occipital. Pour Dart, cette caractéristique fait de cet « enfant de Taung » le premier représentant de l’espèce humaine, que l’anthropologue nomme Australopithecus africanus. Très critiquée, l’hypothèse de Dart est confirmée en 1947 après le déterrement d’un autre fossile que l’on prend, à tort, pour celui d’une femme, appelé « Mrs Ples ». Son crâne quasi complet au volume imposant (485 centimètres cubes) est différent de celui des grands singes et confirme l’existence d’une forme ancienne d’hominidés. « A partir de là, l’idée que l’Afrique du Sud puisse être le berceau de l’humanité commence à s’imposer au sein de la communauté scientifique », raconte José Braga, anthropobiologiste à l’université Paul-Sabatier, à Toulouse.

Avec l’apartheid, les recherches migrent vers l’Afrique de l’Est

L’après-Seconde Guerre mondiale marque l’arrêt de l’exploitation minière dans une bonne partie du pays. Grâce à ses nombreux sites – Sterkfontein, Swartkrans, Kromdraai, Malapa, Taung et Makapansgat –, la région devient pour les paléontologues la « vallée aux fossiles », comme il existe, pour les égyptologues, une « Vallée des Rois ». Sauf que, dès 1948, le Parti national instaure l’apartheid. « Cette période de repli s’est traduite pour les chercheurs par une difficulté d’obtenir des permis de fouilles », se souvient Brigitte Senut, du Muséum d’histoire naturelle de Paris, qui a longtemps travaillé en Afrique du Sud. Les recherches se déplacent ailleurs sur le continent africain, surtout dans l’Est avec, en 1974, la découverte, par Yves Coppens, de la célèbre Lucy. Un événement planétaire puisque la petite boule de poils (1,20 mètre pour 25 kilos) a acquis une surprenante popularité auprès du public. Au point de faire de l’Afrique de l’Est le lieu d’origine de l’espèce humaine. « Vouloir imposer un endroit précis alors que les préhumains ont connu une évolution dans le temps et dans l’espace n’a pas de sens », estime Brigitte Senut.

En Afrique du Sud, les fouilles suivent les évolutions politiques. A peine les dernières lois ségrégationnistes sont-elles abolies que les recherches s’accélèrent, notamment dans les dépôts les plus anciens de Sterkfontein, d’où différents os, difficilement identifiables – bovidés, rongeurs, félins, singes –, se trouvent à nouveau exhumés, en 1992, et conservés à l’université du Witwatersrand. Les boîtes s’entassent jusqu’à ce qu’un soir de septembre 1994 Ron Clarke décide d’en ouvrir une au hasard, dont il vide le contenu sur son bureau. Au milieu du fatras, il distingue quatre petits os provenant du pied gauche d’un hominidé. Ce remarquable anatomiste continue à fouiner frénétiquement dans les cartons et découvre d’autres morceaux. Sur la base de ces quelques osselets naît Little Foot, décrit en 1995 comme un australopithèque dans la revue Science. « A l’époque, son étude, fondée sur si peu de preuves, avait provoqué quelques grincements de dents, raconte José Braga. C’était compter sans son éclair de génie. » Clarke s’interroge benoîtement : et si la grotte de Sterkfontein, dont l’exploitation a cessé en 1939 et où, depuis, rien n’a bougé, recelait toute l’ossature de Little Foot ? Ron Clarke confie donc un moulage de tibia à deux de ses élèves, Stephen Motsumi et Nkwane Molefe, qu’il envoie sur place. On connaît la suite…

Mais si la mise au jour du squelette d’australopithèque le plus complet du monde tient au hasard et à l’intuition d’un homme, il est aussi un gros coup de chance. Au moment où les mineurs stoppent l’exploitation du site, ils s’arrêtent, on peut le dire, au pied de Little Foot. « Un tiers de dynamite en plus, et il se trouvait totalement désintégré, un tiers en moins, et on ne mettait jamais la main dessus », analyse Laurent Bruxelles. Ce chercheur de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) est appelé à la rescousse par Ron Clarke en 2007. Il est karstologue, autrement dit spécialiste des grottes, une discipline à la frontière de l’archéologie et de la spéléologie, que les Sud-Africains, excellents géologues, goûtent peu. Or, depuis la découverte de Little Foot, l’âge de l’australopithèque pose un problème aux scientifiques. Clarke lui attribue 3,3 millions d’années (Ma), ce qui rend son protégé un peu plus vieux que la célèbre Lucy (3,2 Ma). Mais l’on ne détrône pas si facilement une idole, et les autres estimations effectuées depuis n’ont cessé d’ajouter du doute à la confusion… Une première datation, réalisée selon la méthode dite « cosmonucléide » – les chercheurs analysent les éléments de quartz tombés dans la grotte et évaluent la dernière fois qu’ils ont vu le jour –, a repoussé cet âge à 4 millions d’années. Une deuxième, plus classique, dite « radiométrique », reposant sur l’examen des couches de calcite situées sous le fossile, a fourni celui de… 2,2 millions d’années.

Pourquoi un tel écart chronologique ? Le paysage géologique de l’Est du continent africain n’a rien à voir avec celui du Sud. Le premier demeure facilement lisible avec des strates sédimentaires sagement déposées. « En Afrique du Sud, les dépôts ne sont pas horizontaux mais très chaotiques », précise Francis Thackeray. D’où l’appel adressé à Laurent Bruxelles, le chercheur de l’Inrap, qui s’est lancé dans une étude plus large du site afin de préciser les conditions de formation des grottes et leur développement. Son équipe a même réalisé une reconstitution en 3D de Sterkfontein en vue de mieux évaluer les différents niveaux stratigraphiques et de garder une mémoire du site après l’excavation des ossements. « Je me suis arrêté sur la couche de calcite qui se situe juste au-dessus du squelette et qui l’a emprisonné, à l’abri de l’eau, le figeant, comme l’ambre pour certains insectes », précise Laurent Bruxelles. En la datant, le Français vient de conclure définitivement que Little Foot est âgé d’au moins 3 millions d’années, ce qui en fait un contemporain de Lucy. Mieux, d’ici à quelques semaines, il espère prouver qu’il en est l’aîné, grâce à des examens plus poussés effectués par le laboratoire du Cerege (Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement), situé à Aix-en-Provence.

Le squelette de Little Foot est devenu un enjeu national

L’Afrique du Sud a pris la mesure des trésors que renferme son sol. Au total, un tiers des fossiles anciens exhumés sur le continent proviennent de ce pays. Notamment de cette fameuse vallée de la Blaauwbankspruit, dont les 25 000 hectares ont été classés par l’Unesco « berceau de l’humanité ». Les autorités politiques ont encouragé la création d’un nouveau centre de recherche au sein de l’université du Witwatersrand. « Et moi, je rêve de voir notre gouvernement offrir à toutes les écoles du pays des moulages de nos fossiles, tant pour encourager les vocations que pour que nos enfants prennent conscience de ce patrimoine unique », s’enflamme Francis Thackeray. En ce sens, le squelette de Little Foot est devenu un enjeu national. Et un trésor inestimable. Parce qu’il apparaît comme le mieux conservé au monde et parce qu’il est le plus complet. « Jusqu’ici, les chercheurs ont exhumé des ossements épars à l’exemple de la carcasse de Lucy, dont on possède 40 %. Là, on a le haut et le bas », résume d’un ton amusé Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France. Un miracle qui, cette fois-ci, tient non à la nature, mais aux circonstances de la mort de Little Foot. Bruxelles passe aux aveux : « C’est un accident. Il a fait une chute vertigineuse de 20 mètres dans la grotte sans que l’on en connaisse la raison. » Il faut imaginer le terrain de jeu d’il y a 3 millions d’années : une savane arborée avec des bosquets, des arbres assez élevés (on a retrouvé des fossiles de lianes), un marécage (restes d’hippopotames et de crocodiles). Little Foot se comportait en chasseur et en charognard, mais était aussi la proie des félins. Les fouilleurs ont d’ailleurs exhumé un crâne avec un morceau de tigre à dents de sabre fiché dedans ! C’est ballot, mais l’australopithèque a chuté, au mieux en cherchant à échapper à un adversaire, au pire parce qu’il avait du mal à mettre un pied devant l’autre… Après le choc, son corps a sans doute roulé, au vu de la position un peu vrillée du fossile. « Sa main se trouve recroquevillée avec son pouce à l’intérieur, note Yves Coppens. Un dernier geste, emprisonné dans la pierre, émouvant et terrible, qui peut laisser croire à une lente agonie. »

Aujourd’hui, au terme de treize années d’une minutieuse excavation, effectuée à la fraise de dentiste, le squelette extrait de sa gangue va pouvoir parler. Sa découverte a prouvé qu’il existait voici de 2,5 millions à 3,5 millions d’années deux lignées d’australopithèques en Afrique du Sud : Australopithecus africanus (l’enfant de Taung et Mrs. Ples) et Australopithecus prometheus (Little Foot). « La devise de tous les préhumains, c’est : “Jamais loin de mon arbre”, résume Pascal Picq. Il se tient debout, marche en permanence et grimpe encore dans les branches. » Or, avec ce squelette complet, les paléontologues devraient avoir des détails sur la bipédie. Sa dentition permettra aussi d’en savoir plus sur son régime alimentaire et sur son âge. Enfin, son crâne, parfaitement conservé, offrira des indications sur la répartition des lobes, sa capacité cérébrale, et donc sur son évolution comportementale. « Celle-ci diffère considérablement selon l’aire géographique et dans le temps », estime Yves Coppens. Alors, 3,5 ou 3,2 millions d’années ? Ancêtre ou cousin de Lucy ? Sur l’échelle de l’évolution, la différence peut sembler minime. A notre aune d’Homo sapiens sapiens, ce n’est pas rien. Après tout, nous n’avons même pas 200 000 ans.

Source : Le vif.be du 16/06/2014

vendredi 9 mai 2014

Préhistoire : dans les pas de Little Foot, nouveau doyen de l'humanité ?

Son squelette est mieux conservé et plus complet que celui de l'australopithèque Lucy. Plus beau et plus âgé ? Ce Sud-Africain d'au moins 3 millions d'années pourrait ravir à sa célèbre cousine le titre d'"ancêtre de l'humanité". Histoire d'une rocambolesque découverte.

Un boyau sans fin dans une pénombre inquiétante qui tord l'estomac... Voilà trente-six heures que Stephen Motsumi et Nkwane Molefe scrutent les moindres recoins de la grotte de Sterkfontein, située au nord de Johannesburg (Afrique du Sud). Ignorent-ils que, jadis, un ouvrier s'est perdu dans cette mine-labyrinthe de 12 kilomètres de galeries et qu'il n'en est jamais ressorti? Faisant fi du danger, les deux hommes progressent lentement par une chaleur étouffante et à la faible lumière de leur lampe.

Les os du pied ont permis d'identifier Little Foot en tant qu'australopithèque.

Même Hergé, le père de Tintin, n'aurait pu imaginer scénario aussi haletant. "Eurêka!" s'exclame l'un des paléontologues, à l'instar du héros de la célèbre bande dessinée, lorsque, tout à coup, à 25 mètres de profondeur, alors qu'il se trouve en haut d'une marche poussiéreuse, il tombe nez à nez avec le trésor tant convoité : un bout d'os de 3 centimètres de long, encastré dans la roche!

Les pièces s'emboîtent comme un puzzle de 3 millions d'années

De sa poche, il sort le moulage d'un demi-tibia que lui a religieusement confié son supérieur, le Pr Ronald Clarke, de l'Institut de l'évolution humaine à l'université du Witwatersrand. "Et c'est là qu'a opéré la magie du destin, s'enthousiasme Yves Coppens, paléo-anthropologue au Collège de France, qui aime raconter l'histoire de ce fossile qu'il connaît bien. Les deux extrémités se sont parfaitement assemblées comme les pièces d'un puzzle."

Sans le savoir, en ce début du mois de juillet 1997, Motsumi et Molefe viennent de mettre la main sur le squelette d'australopithèque le plus complet exhumé à ce jour, un genre d'hominidé que l'on pouvait croiser sur notre terre il y a plus de trois millions d'années, et que nombre de spécialistes estiment être à l'origine de la lignée humaine. Celui-là, baptisé "Little Foot", concourt donc au titre très convoité d'"ancêtre de l'humanité".

Cette découverte marque l'épilogue d'une très, très longue histoire. Au début des années 1900, Johannesburg se développe grâce au filon aurifère : pour extraire l'or, les mineurs ont besoin de chaux, qu'ils vont chercher à 45 kilomètres, dans la vallée de la Blauawbankspruit, où se trouve la grotte de Sterkfontein. La roche y est si dure que le travail s'effectue à la dynamite.

L'Afrique du Sud, berceau de l'humanité ?

Mais rapidement, et malgré les dégâts irréversibles causés par l'explosif, de nombreux os attirent l'attention des scientifiques dépêchés sur place. Ils les récupèrent, souvent dans la précipitation, et se contentent de les stocker. "D'abord au British Museum, à Londres [Grande-Bretagne], ensuite au musée du Transvaal, à Pretoria, puis à l'université du Witwatersrand", explique Francis Thackeray, professeur en anthropologie, qui dirige aujourd'hui l'Institut de l'évolution humaine.

Peu à peu se constitue ainsi l'une des plus formidables collections anthropologiques de la planète, à partir des fossiles de Sterkfontein et de ceux trouvés dans le reste de la vallée de la Blauawbankspruit. En 1925, l'anthropologue Raymond Dart se plonge dans ce trésor, y découvre le crâne d'un enfant provenant de la grotte de Taung; un jeune garçon qui devait marcher debout en raison de la position de son occipital.

Pour Dart, cette caractéristique fait de cet "enfant de Taung" le premier représentant de l'espèce humaine, que l'anthropologue nomme Australo-pithecus africanus. Très critiquée, l'hypothèse de Dart est confirmée en 1947 après le déterrement d'un autre fossile que l'on prend, à tort, pour celui d'une femme, appelé "Mrs Ples". Son crâne quasi complet au volume imposant (485 centimètres cubes) est différent de celui des grands singes et confirme l'existence d'une forme ancienne d'hominidés. "A partir de là, l'idée que l'Afrique du Sud puisse être le berceau de l'humanité commence à s'imposer au sein de la communauté scientifique", raconte José Braga, anthropobiologiste à l'université Paul-Sabatier, à Toulouse.

Avec l'apartheid, les recherches migrent vers l'Afrique de l'Est


L'après-Seconde Guerre mondiale marque l'arrêt de l'exploitation minière dans une bonne partie du pays. Grâce à ses nombreux sites - Sterkfontein, Swartkrans, Kromdraai, Malapa, Taung et Makapansgat -, la région devient pour les paléontologues la "vallée aux fossiles", comme il existe, pour les égyptologues, une "Vallée des Rois". Sauf que, dès 1948, le Parti national instaure l'apartheid.

"Cette période de repli s'est traduite pour les chercheurs par une difficulté d'obtenir des permis de fouilles", se souvient Brigitte Senut, du Muséum d'histoire naturelle de Paris, qui a longtemps travaillé en Afrique du Sud. Les recherches se déplacent ailleurs sur le continent africain, surtout dans l'Est avec, en 1974, la découverte, par Yves Coppens, de la célèbre Lucy.

Un événement planétaire puisque la petite boule de poils (1,20 mètre pour 25 kilos) a acquis une surprenante popularité auprès du public. Au point de faire de l'Afrique de l'Est le lieu d'origine de l'espèce humaine. "Vouloir imposer un endroit précis alors que les préhumains ont connu une évolution dans le temps et dans l'espace n'a pas de sens", estime Brigitte Senut.

En Afrique du Sud, les fouilles suivent les évolutions politiques. A peine les dernières lois ségrégationnistes sontelles abolies que les recherches s'accélèrent, notamment dans les dépôts les plus anciens de Sterkfontein, d'où différents os, difficilement identifiables - bovidés, rongeurs, félins, singes -, se trouvent à nouveau exhumés, en 1992, et conservés à l'université du Witwatersrand.

Une découverte qui tient au hasard et à l'intuition d'un homme

Les boîtes s'entassent jusqu'à ce qu'un soir de septembre 1994 Ron Clarke décide d'en ouvrir une au hasard, dont il vide le contenu sur son bureau. Au milieu du fatras, il distingue quatre petits os provenant du pied gauche d'un hominidé. Ce remarquable anatomiste continue à fouiner frénétiquement dans les cartons et découvre d'autres morceaux. Sur la base de ces quelques osselets naît Little Foot, décrit en 1995 comme un australopithèque dans la revue Science.

"A l'époque, son étude, fondée sur si peu de preuves, avait provoqué quelques grincements de dents, raconte José Braga. C'était compter sans son éclair de génie." Clarke s'interroge benoîtement : et si la grotte de Sterkfontein, dont l'exploitation a cessé en 1939 et où, depuis, rien n'a bougé, recelait toute l'ossature de Little Foot? Ron Clarke confie donc un moulage de tibia à deux de ses élèves, Stephen Motsumi et Nkwane Molefe, qu'il envoie sur place. On connaît la suite...

Mais si la mise au jour du squelette d'australopithèque le plus complet du monde tient au hasard et à l'intuition d'un homme, il est aussi un gros coup de chance. Au moment où les mineurs stoppent l'exploitation du site, ils s'arrêtent, on peut le dire, au pied de Little Foot. "Un tiers de dynamite en plus, et il se trouvait totalement désintégré, un tiers en moins, et on ne mettait jamais la main dessus", analyse Laurent Bruxelles.

Ce chercheur de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) est appelé à la rescousse par Ron Clarke en 2007. Il est karstologue, autrement dit spécialiste des grottes, une discipline à la frontière de l'archéologie et de la spéléologie, que les Sud-Africains, excellents géologues, goûtent peu. Or, depuis la découverte de Little Foot, l'âge de l'australopithèque pose un problème aux scientifiques. Clarke lui attribue 3,3 millions d'années (Ma), ce qui rend son protégé un peu plus vieux que la célèbre Lucy (3,2 Ma).

Little Foot est âgé d'au moins 3 millions d'années


Mais l'on ne détrône pas si facilement une idole, et les autres estimations effectuées depuis n'ont cessé d'ajouter du doute à la confusion... Une première datation, réalisée selon la méthode dite "cosmonucléide" - les chercheurs analysent les éléments de quartz tombés dans la grotte et évaluent la dernière fois qu'ils ont vu le jour -, a repoussé cet âge à 4 millions d'années. Une deuxième, plus classique, dite "radiométrique", reposant sur l'examen des couches de calcite situées sous le fossile, a fourni celui de... 2,2millions d'années.

Pourquoi un tel écart chronologique? Le paysage géologique de l'Est du continent africain n'a rien à voir avec celui du Sud. Le premier demeure facilement lisible avec des strates sédimentaires sagement déposées. "En Afrique du Sud, les dépôts ne sont pas horizontaux mais très chaotiques", précise Francis Thackeray. D'où l'appel adressé à Laurent Bruxelles, le chercheur de l'Inrap, qui s'est lancé dans une étude plus large du site afin de préciser les conditions de formation des grottes et leur développement.

Son équipe a même réalisé une reconstitution en 3D de Sterkfontein en vue de mieux évaluer les différents niveaux stratigraphiques et de garder une mémoire du site après l'excavation des ossements. "Je me suis arrêté sur la couche de calcite qui se situe juste au-dessus du squelette et qui l'a emprisonné, à l'abri de l'eau, le figeant, comme l'ambre pour certains insectes", précise Laurent Bruxelles.

En la datant, le Français vient de conclure définitivement que Little Foot est âgé d'au moins 3 millions d'années, ce qui en fait un contemporain de Lucy. Mieux, d'ici à quelques semaines, il espère prouver qu'il en est l'aîné, grâce à des examens plus poussés effectués par le laboratoire du Cerege (Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement), situé à Aix-en-Provence.

Le squelette de Little Foot est devenu un enjeu national


L'Afrique du Sud a pris la mesure des trésors que renferme son sol. Au total, un tiers des fossiles anciens exhumés sur le continent proviennent de ce pays. Notamment de cette fameuse vallée de la Blauawbankspruit, dont les 25 000 hectares ont été classés par l'Unesco "berceau de l'humanité". Les autorités politiques ont encouragé la création d'un nouveau centre de recherche au sein de l'université du Witwatersrand.

"Et moi, je rêve de voir notre gouvernement offrir à toutes les écoles du pays des moulages de nos fossiles, tant pour encourager les vocations que pour que nos enfants prennent conscience de ce patrimoine unique", s'enflamme Francis Thackeray. En ce sens, le squelette de Little Foot est devenu un enjeu national. Et un trésor inestimable. Parce qu'il apparaît comme le mieux conservé au monde et parce qu'il est le plus complet.

Little Foot, à la fois chasseur et charognard


"Jusqu'ici, les chercheurs ont exhumé des ossements épars à l'exemple de la carcasse de Lucy, dont on possède 40 %. Là, on a le haut et le bas", résume d'un ton amusé Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France. Un miracle qui, cette fois-ci, tient non à la nature, mais aux circonstances de la mort de Little Foot. Bruxelles passe aux aveux : "C'est un accident. Il a fait une chute vertigineuse de 20 mètres dans la grotte sans que l'on en connaisse la raison."

Il faut imaginer le terrain de jeu d'il y a 3 millions d'années : une savane arborée avec des bosquets, des arbres assez élevés (on a retrouvé des fossiles de lianes), un marécage (restes d'hippopotames et de crocodiles). Little Foot se comportait en chasseur et en charognard, mais était aussi la proie des félins. Les fouilleurs ont d'ailleurs exhumé un crâne avec un morceau de tigre à dents de sabre fiché dedans !

C'est ballot, mais l'australopithèque a chuté, au mieux en cherchant à échapper à un adversaire, au pire parce qu'il avait du mal à mettre un pied devant l'autre... Après le choc, son corps a sans doute roulé, au vu de la position un peu vrillée du fossile. "Sa main se trouve recroquevillée avec son pouce à l'intérieur, note Yves Coppens. Un dernier geste, emprisonné dans la pierre, émouvant et terrible, qui peut laisser croire à une lente agonie."

Les préhumains "jamais loin de leur arbre"


Aujourd'hui, au terme de treize années d'une minutieuse excavation, effectuée à la fraise de dentiste, le squelette extrait de sa gangue va pouvoir parler. Sa découverte a prouvé qu'il existait voici de 2,5 millions à 3,5 millions d'années deux lignées d'australopithèques en Afrique du Sud : Australopithecus africanus (l'enfant de Taung et Mrs. Ples) et Australopithecus prometheus (Little Foot).

"La devise de tous les préhumains, c'est : "Jamais loin de mon arbre", résume Pascal Picq. Il se tient debout, marche en permanence et grimpe encore dans les branches." Or, avec ce squelette complet, les paléontologues devraient avoir des détails sur la bipédie. Sa dentition permettra aussi d'en savoir plus sur son régime alimentaire et sur son âge.

Enfin, son crâne, parfaitement conservé, offrira des indications sur la répartition des lobes, sa capacité cérébrale, et donc sur son évolution comportementale. "Celle-ci diffère considérablement selon l'aire géographique et dans le temps", estime Yves Coppens. Alors, 3,5 ou 3,2 millions d'années? Ancêtre ou cousin de Lucy? Sur l'échelle de l'évolution, la différence peut sembler minime. A notre aune d'Homo sapiens sapiens, ce n'est pas rien. Après tout, nous n'avons même pas 200000 ans.

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/prehistoire-dans-les-pas-de-little-foot-nouveau-doyen-de-l-humanite_1536109.html#qF0JD3JcYiCyjBbw.99

Source : L'Express du 08/05/2014

mercredi 30 octobre 2013

Première sortie pour Lucienne, l'australopithèque

Depuis hier soir, la nouvelle star du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, c’est Lucienne. Lucienne, c’est un petit nom un peu rétro, mais cette brave dame a près de deux millions d’années, ce qui est un âge respectable !

Lucienne, c’est une australopithèque, découverte en Afrique du Sud, en 2008, et qui représente sans doute un des maillons avant l’évolution vers l’homme moderne.

Comme l’explique le paléobiologiste José Braga, professeur à l’Université de Toulouse, qui se rend régulièrement en Afrique du Sud pour y poursuivre ses recherches : «Lucienne a encore beaucoup à nous apprendre». Lucienne est donc la pièce maîtresse d’une exposition «Afrique du Sud, l’autre pays de la préhistoire», qui a été inaugurée hier en présence du ministre des sciences et de la technologie d’Afrique du Sud, Derek Hanekom. Cette exposition a reçu le label des Saisons Afrique du Sud France 2 012 & 2013,et figure à la programmation officielle de la Saison sud-africaine en Franc. Elle constitue le deuxième volet de la collaboration Muséum de Toulouse - Centre des Origines de Johannesburg qui avait accueilli l’exposition composée au Muséum de Toulouse «Préhistoire

[s] , l’enquête» de novembre 2012 à mars 2013. C’est la première fois en Europe que le squelette reconstitué de Lucienne est présenté. Cette exposition nous permet de voyager dans le temps et de redécouvrir les premiers pas africains de nos ancêtres.

Source : La Dépêche du 29/10/2013

lundi 28 octobre 2013

L'australopithèque Sediba, nouvelle star du Muséum

Mardi s’ouvrira au Muséum de Toulouse une exposition consacrée à l’Afrique du Sud. Avec, pour sa première apparition en Europe, la reconstitution de l’australopithèque Sediba.

L'australopithèque Lucy au milieu de deux spécimens de Sedida
L’Afrique du Sud est aussi un pays de gruyère… Mais il s’agit des trous, des galeries, des tunnels que les hommes ont creusés dans ce pays qui fut longtemps le premier producteur d’or et de diamants. Mais ce sous-sol africain contient un autre trésor : les origines de l’Humanité !

En 2008, le paléontologue Lee Berger était en train d’examiner des roches provenant justement d’une de ces mines. Mais c’est son fils, Matthew, âgé de 9 ans, qui lui a apporté un drôle de caillou. Lee Berger a immédiatement reconnu dans la roche la forme d’une clavicule. Celle d’un hominidé. Ainsi se réveillait l’Australopithèque Sediba, après un sommeil de deux millions d’années.

«On a trouvé un crâne, des vertèbres, des os, appartenant à des adultes et des adolescents, explique Francis Duranthon, le directeur du Muséum de Toulouse. Et à partir de là, on a pu reconstituer en trois dimensions un squelette qui sera présenté pour la première fois en Europe.»
L'art avant Cro-Magnon

Pendant l’année de la France en Afrique du Sud, le Muséum avait présenté son exposition sur la préhistoire (avec la fameuse tombe de Téviec) au Cap. Là, c’est donc en sens inverse, l’Afrique du Sud qui prête au muséum de Toulouse une précieuse exposition. Du reste, les chercheurs toulousains comme le Pr François Bon, le Pr José Braga, ou Camille Bourdier, maître de conférences, connaissent parfaitement l’Afrique du sud et ses merveilles.

Autre élément étonnant qui sera présenté dans cette exposition : les vestiges découverts dans la grotte de Blombos. Des éléments qui nous laissent à penser que ces hommes, bien avant Cro-Magnon, ont laissé les premières traces artistiques ou symboliques de notre espèce…

Au-delà de cette exposition, les équipes toulousaines en collaboration avec les équipes africaines poursuivent des recherches sur cette période passionnante où les grands primates se cherchent.

«Toutes ces découvertes, précise Francis Duranthon, nous laissent penser que l’évolution n’a pas été aussi linéaire qu’on l’imaginait auparavant. C’est beaucoup plus compliqué, beaucoup plus buissonnant.»

Francis Duranthon a aussi un petit sourire : «Quelqu’un a dit que l’Homme africain n’était pas entré dans l’Histoire… Mais la vérité, c’est que l’Homme africain a été le premier de toute notre histoire !»

*Muséum de Toulouse, ouvert du mardi au dimanche, 10h-18h. Tel.05.67.73.84.84.
Une première en Europe

C’est la première fois que le squelette de Sediba est présenté en Europe et c’est au Muséum de Toulouse. Voilà pourquoi, lors de l’inauguration officielle, prévue demain, le ministre Sud-Africain des sciences et des technologies, Derek Hanekom sera présent de même que Francis Thackeray, professeur d’anthropologie à Johannesburg et Nicolas Teyssandier, Chargé de recherches au CNRS à Johannesburg.

Source : La Dépêche du 27/10/2013

mercredi 23 octobre 2013

Tous les Homo sont erectus

Un choc de simplification. Ayrault et Hollande en ont rêvé. Une équipe de préhistoriens l’a fait. C’est annoncé ce matin par la revue Science, dans un article retentissant dont le premier auteur est David Lordkipanidze, du Muséum de Tbilissi en Géorgie. Soyons «parcimonieux», proclament les huit signataires.

Vidons dans la poubelle de la science tous les Homo habilis, Homo ergaster et autres Homo rudolfensis qui ont peuplé l’Afrique et Eurasie il y a 1 à 2 millions d’années selon les manuels en cours. Et ne conservons pour désigner tous ces êtres qu’un seul nom, celui d’Homo erectus, (ou homme érigé qu'est-ce que vous allez imaginer), car ils ne formaient qu’une seule espèce.

Zut de zut ! Et comment inscrire son nom dans l’histoire des sciences vont se demander certains ? Si, désormais, on ne peut plus attacher son patronyme à la création d’une espèce nouvelle, décrite à l’aide de caractères censés la distinguer de ses voisines.

Cette simplification radicale est proposée les chercheurs, sur la base d’une analyse impitoyable de la variété de ces espèces… au regard de la seule variabilité observée dans un seul groupe, de cinq individus, tous dénichés dans une seule grotte, à Dmanisi, en Géorgie. Située à 90 km au sud-ouest de Tbilissi, elle a fait parler d’elle lorsqu’à partir de 1991 et surtout de 1999, on y a découvert des os fossiles d’Homo, datés d’il y a 1,8 million d’années. Des êtres dont les outils de pierre, trouvés par milliers, sont de simples galets percutés pour obtenir un tranchant, typiques de la culture oldowaïenne apparue en Afrique de l’Est.
Genre Homo, mais espèce de quoi ?

Homo, pour le genre, mais Homo quoi pour l’espèce? Leur découvreur, David Lordkipanidze a longtemps hésité entre les noms que la littérature scientifique et ses collègues lui proposaient. Pas franchement convaincu par l’un plutôt que par l’autre. La raison de son hésitation ? Les différences entre les individus qu’il dénichait, aucun ne se rattachant de manière claire et univoque aux canons proposés.

Puis, son équipe découvre en 2005 un crâne entier, superbement conservé, correspondant à une mandibule inférieure déjà trouvée en 2000. Son équipe s’attaque alors à l’étude détaillée de la variabilité morphologique des cinq individus.

Le pot aux roses émerge des statistiques et mesures des volumes des crânes, de la verticalisation des faces, et d’autres paramètres anatomiques. La variabilité interne au groupe se révèle très forte. Car le dernier crâne trouvé - le plus à droite sur l'image ci-contre, un individu aux énormes bourrelets sus-orbitaires et attaches des muscles masticatoires, avec un front très bas - «élargit substantiellement la plage de variation à l’intérieur du groupe de Dmanisi», expliquent les auteurs.

Les Homo de Dmanisi présentent une variabilité si large qu’elle devient similaire à celle qui sépare les autres espèces antérieurement nommées pour cette époque et qu’elle les englobe en grande partie. Du coup, les caractères censés être particuliers et exclusifs à ces espèces ne le sont plus. En outre, remarquent les auteurs, une telle plage de variation se compare à celle des chimpanzés. Voire à celle des humains actuels où le volume du crâne varie d’à peine plus de 800 cm3 chez les bushmen d’Afrique australe, jusqu’aux 2.000 cm3 des grosses têtes… qui n’ont rien de super-intelligents, tandis que l’écrivain Anatole France affichait à peine plus de 1.100 cm3.
Un problème non uniquement classificatoire

Pour José Braga, anthropologue, Université Paul Sabatier de Toulouse, «c’est un article fort intéressant et étonnant, notamment le petit volume de leur cerveau. Cela va à l’encontre d’une évolution linéaire du cerveau à cette époque, mais au contraire une stagnation durant un million d’années».

D’où la question logique, posée par les scientifiques : puisque les frontières tracées entre les espèces d’Homo d’il y a un à deux millions d’années s’effacent, ne s’agit-il pas plutôt d’une seule espèce ? Cela signifierait, alors, qu’il n’y avait pas de barrière génétique à la reproduction croisée entre ces populations. Or, si un(e) Homo rudolfensis peut faire des bébés avec un(e) ergaster, habilis ou georgicus, c’est tout simplement qu’ils sont tous… erectus concluent les chercheurs.

Le problème soulevé n’est pas uniquement classificatoire. Il rejaillit sur la vision de l’évolution de ces ancêtres des humains actuels. L’idée d’un «goulet» d’étranglement génétique, en raison d’une sortie d’Afrique d’un seul petit groupe, donc porteurs d’une partie réduite de la diversité d’origine, ne tient plus guère.

D’autre part, comme le géorgien le plus «archaïque» ressemble fort à l’homme de Java, Homo erectus pourrait bien avoir été un grand voyageur, baladant ses gènes et les échangeant dans toute l’Eurasie mais aussi avec ses congénères restés africains. «Un Homo erectus baladeur, capable de s’adapter à des environnements assez différents», résume Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France, qui vient de publier De Darwin à Levi-Strauss, l'homme et la diversité en danger, aux éditions Odile Jacob. Mais pourtant toujours «bas du plafond». Le saut décisif date d’il y a 200.000 ans environ, et produisit le gros cerveau de l’homme moderne. Un gros cerveau avec lequel il invente de premiers ornements il y a plus de 70.000 ans puis des outils de plus efficaces, au point de lui permettre d’aller sur la Lune, il y a peu.

Source : Science2 du 22/10/2013

lundi 21 octobre 2013

L’homme moderne serait issu d’une seule et même lignée

En Géorgie, la découverte de cinq crânes vieux de 1,8 million d’années indiquerait que les lointains ancêtres d’Homo sapiens appartenaient à une seule lignée, et non à une lignée multiple avec des branches qui se seraient éteintes.

Connu depuis les années 1990, le site de Dmanisi, situé en Géorgie à 90 km au sud-ouest de la capitale Tbilissi et non loin de la frontière arménienne, fait encore parler de lui. De façon iconoclaste d’ailleurs, puisque les paléoanthropologues internationaux qui y travaillent sous la direction de David Lordkipanidze, directeur du musée national de Géorgie à Tbilissi, proposent dans la revue Science une nouvelle hypothèse, quasi révolutionnaire, quant au fameux « arbre », « arbuste », « buisson », ou autre « branche généalogique » dont descendrait l’homme moderne, alias Homme de Cro-Magnon ou Homo sapiens.

Un crâne très bien conservé

Le crâne (uniquement la boîte crânienne) récemment mis au jour à Dmanisi comprend une petite cavité crânienne, une longue face, des arcades sourcilières épaisses et, sur la forte mâchoire supérieure, de grandes dents. Le cerveau est particulièrement petit, puisqu’il n’équivaut qu’à environ un tiers de la taille de celui d’un homme moderne.

« Une observation qui ne va pas dans le sens d’une évolution linéaire de la taille du cerveau à cette époque, mais qui plaide pour une stagnation de sa taille pendant un million d’années », constate José Braga, anthropologue à Toulouse (CNRS-université).

Une mâchoire inférieure (ou mandibule), mise au jour il y a cinq ans, s’emboîte parfaitement à la partie supérieure, selon les chercheurs. Le tout en fait le crâne le plus massif jamais découvert sur la portion fouillée de Dmanisi, un site de sédiments volcaniques exceptionnellement riche. Ce chef fossile, qui serait celui d’un mâle, s’ajoute à quatre autres crânes d’hominidés ainsi que divers animaux (10 000 restes de faune), plantes fossilisées, et quelques outils de pierre.

Fait sans précédent, ces vestiges se trouvaient tous au même endroit et datent de la même période (– 1,8 million d’années), ce qui permet d’en comparer les traits physiques. « Leur état de préservation est exceptionnel, ce qui fait que de nombreux aspects inconnus du squelette d’hominidés peuvent être étudiés pour la première fois chez plus d’un individu », explique David Lordkipanidze.

Une légère variabilité

Une fine étude comparative de la morphologie de ces cinq crânes a révélé l’existence de simples variantes d’un individu à l’autre. Idem avec les crânes des Homo habilis (– 2,4 millions d’années, Afrique subsaharienne), Homo rudolfensis (Afrique de l’Est), Homo ergaster (– 1,8 million d’années, Afrique de l’Est) ou Homo erectus (1,2 million d’années, Afrique, Asie et Europe).

« Les variations morphologiques entre les spécimens de Dmanisi n’excèdent pas celles trouvées parmi les populations modernes de notre propre espèce ou parmi les chimpanzés », souligne Christoph Zollikofer, de l’Institut d’anthropologie de Zurich, coauteur de l’étude. En clair, les différences étant infimes, les paléontologues concluent que ces sous-genres ne sont que des variations individuelles d’une seule et même lignée, celle d’Homo erectus qui aurait abouti à Homo sapiens. C’est-à-dire à nous-mêmes.

Une hypothèse qui ne fait pas l’unanimité

Ces conclusions vont à l’encontre d’autres recherches récentes. Notamment celle menée en comparant la face et des mâchoires inférieures découvertes entre 2007 et 2009 au Kenya et selon laquelle les espèces Homo habilis et Homo rudolfensis ont coexisté en Afrique il y a près de 2 millions d’années. Le paléoanthropologue Bernard Wood, professeur à l’Université George Washington, s’est déclaré « très sceptique » des conclusions de l’analyse des crânes de Dmanisi. Selon lui ce crâne « pourrait bien être en fait celui d’une nouvelle espèce d’hominidé ».

Source : La Croix du 18/10/2013

vendredi 17 août 2012

Au menu de nos ancêtres : carcasses, écorces et baies

Ecorces, carcasses d'animaux et baies régalaient nos ancêtres. C'est ce que révèle une équipe de chercheurs français publiée mercredi 8 août par la revue britannique Nature. Elle a reconstitué les tendances alimentaires de trois genres d'hominidés d'Afrique du Sud grâce à l'analyse chimique de dents fossiles.

L'équipe de Vincent Balter, du laboratoire de géologie de Lyon (CNRS/ENS), et José Braga, du laboratoire d'anthropologie moléculaire de Toulouse, s'est penchée sur des australopithèques, paranthropes et Homo.

Trois régimes différents

Les australopithèques, ancêtres communs des paranthropes et Homo, qui ont vécu entre 4 et 2 millions d'années avant notre ère, "étaient beaucoup plus opportunistes", relève Vincent Balter. Ils avaient une alimentation beaucoup plus variée que les deux autres genres d'hominidés. Ils se mettaient sous la dent "ce qu'ils trouvaient dans la nature" : baies, fruits et éventuellement des carcasses d'animaux morts. Une étude de chercheurs allemands et américains, publiée fin juin dans Nature, avait déjà montré qu'Australopithecus sediba (Afrique du Sud) se nourrissait aussi de bois et d'écorce.

Il y a environ 2 millions d'années, les australopithèques ont laissé la place aux paranthropes et aux Homo, chacun étant plus "spécialiste" que leur ancêtre commun. Les paranthropes (environ 2,5 à 1,2 million d'années) consommaient uniquement des végétaux. "On les imagine manger des racines, de l'écorce, des choses assez dures à broyer", commente Vincent Balter.

Les Homo, genre qui réunit l'Homme moderne et les espèces apparentées, apparu il y a environ 2,3 à 2,4 millions d'années, était lui "beaucoup plus 'viandard'". Probablement aidés par leurs outils, ils se nourrissaient principalement de la chasse. "Ils avaient besoin de cette viande pour subvenir aux demandes énergétiques d'un cerveau qui ne cessait de grossir", analyse Vincent Balter.

Des petits trous dans les dents

L'équipe française a mis en évidence ces différents régimes grâce à la mesure d'"éléments traces" prélevés sur des dents fossiles conservées au Muséum du Transvaal (Pretoria, Afrique du Sud) "cassées ou déjà coupées en deux". Elle s'est intéressée à deux éléments chimiques : le strontium et le baryum, tous deux contenus dans l'émail dentaire, mais aussi deux marqueurs de la position des mammifères dans la chaîne alimentaire.

Les chercheurs ont utilisé un laser pour y faire de minuscules trous avant d'analyser la composition chimique de l'émail dentaire. L'utilisation du faisceau-laser a permis de réaliser des "profils" suivant la croissance de l'émail et d'enregistrer, "pour chacune des dents, une tranche de vie et l'évolution du régime alimentaire pendant cette tranche de vie", a expliqué Vincent Balter.

Cette étude vient compléter d'autres travaux sur le régime alimentaire des hominidés, à partir de l'analyse du carbone des dents fossiles, ou encore de l'usure de l'émail dentaire. "On a un schéma qui commence à devenir cohérent avec ce que les anatomistes et les archéologues attendaient", a-t-il ajouté.

Source : Francetvinfo du 08/08/12

lundi 13 août 2012

Comment nos ancêtres se nourrissaient-ils ?

La revue Nature vient de publier une étude de chercheurs français montrant les tendances alimentaires de nos ancêtres. Les analyses de traces d'éléments contenus dans des dents fossiles auraient en effet permis de déterminer que les australopithèques mangeaient de manière variée, tandis que les palanthropes et Homo avaient des goûts plus spécialisés.

Une étude de chercheurs français vient de déterminer le régime alimentaire de trois genres d'hominidés sud-africains : l'australopithèque, le paranthrope et l'Homo. Pour cela, les équipes de Vincent Balter (Laboratoire de Géologie de Lyon (CNRS/ENS)) et José Braga (Laboratoire d'Anthropologie moléculaire de Toulouse) ont quantifié les traces d'éléments présents dans les dents fossiles de nos lointains ancêtres. L'étude est parue ce mercredi 8 août dans la revue Nature.

Les australopithèques ont vécu entre 4 millions et 2 millions d'années avant notre ère. Ce sont des ancêtres communs des paranthropes et des Homo. Mais, ils "étaient beaucoup plus opportunistes qu'eux", d'après les scientifiques. Cela signifie que leur alimentation aurait été largement plus variée que celle de leurs deux successeurs. Ils auraient en effet mangé "ce qu'ils trouvaient dans la nature", que ce soit des fruits, notamment des baies, ou des carcasses d'animaux morts. Une précédente étude de chercheurs allemands et américains, parue fin juin dans Nature, avait déjà montré que l'Australopithecus sediba se nourrissait également de bois et d'écorce.

Des Homo très "viandards"

Les paranthropes, quant-à-eux, ont existé entre 2,5 et 1,2 millions d'années avant notre ère et auraient consommé uniquement des végétaux. "On les imagine manger des racines, de l'écorce, des choses assez dures à broyer", déclare Vincent Balter. Les Homo quant à eux, sont nos ancêtres directs et sont apparus il y a environ 2,4 à 2,3 millions d'années. Mais ils auraient été "beaucoup plus "viandards"" que les paranthropes, d'après les chercheurs. Ils se seraient en effet probablement servis d'outils pour tirer de la chasse leurs principales ressources alimentaires. "Ils avaient besoin de cette viande pour subvenir aux demandes énergétiques d'un cerveau qui ne cessait de grossir", commente Vincent Balter.

Les recherches ont été réalisées sur des dents fossiles conservées au Muséum du Transvaal à Pretoria, "cassées ou déjà coupées en deux". Un laser à été utilisé, permettant de percer de minuscules trous avant d'analyser la composition chimique de l'émail dentaire. Le faisceau-laser avait pour but de tracer des profils suivant la croissance de l'émail et d'enregistrer, "pour chacune des dents, une tranche de vie et l'évolution du régime alimentaire pendant cette tranche de vie", comme l'a expliqué Vincent Balter. C'est la comparaison de ces tranches de vie qui a montré qu'elles étaient "beaucoup plus variables pour les australopithèques".

Le strontium et le baryum contenus dans l'émail dentaire sont deux marqueurs de la position des mammifères dans la chaîne alimentaire. C'est pourquoi les chercheurs ont porté une attention particulière à ces deux éléments. Des analyses isotopiques du carbone présent dans des dents fossiles avaient déjà été effectuées dans une précédente étude, ainsi que l'analyse de l'usure de l'émail dentaire des fossiles. "On a un schéma qui commence à devenir cohérent avec ce que les anatomistes et les archéologues attendaient", a souligné Vincent Balter auprès de l'AFP.

Source : MaxiSciences du 09/08/2012

vendredi 11 novembre 2011

Les petits-enfants de Lucy s'invitent au Muséum

Cinq doigts, fins, longs, élégants, graciles… C'est une petite main qui vient serrer la nôtre, avec deux millions d'années de distance…

Aujourd'hui, à 18 h 30, au Muséum de Toulouse, on pourra repartir sur les traces de nos ancêtres, avec le professeur Lee Berger, un chercheur Sud Africain, qui dans ces terres où l'on a déniché nos plus lointains aïeux, il vient de découvrir deux squelettes très complets d'hominidés. Chose exceptionnelle, les étonnants moulages de ces squelettes seront présentés au Muséum : un bout de fémur, un morceau de bassin, un crâne, et cette menotte qui nous fait coucou depuis le fond des âges.

C'est dans une carrière de calcite, en Afrique du Sud que Lee Berger a fait cette rencontre en cheminant le long d'une faille géologique. Car comme nous, les pré-humains de cette époque avaient tendance à s'installer (et donc à mourir !), près des points d'eau.

« C'est un peu comme si on avait découvert deux « Lucy », mais beaucoup plus proches des humains, explique le professeur José Braga, de l'Université de Toulouse. Ces êtres ont vécu près d'un million d'années après l'australopithèque découverte par Yves Coppens. Ce qui est très émouvant, c'est que ces squelettes présentent des caractères d'australopithèques, comme Lucy, mais aussi des caractères très modernes ! »

Le professeur Lee Berger, paléoanthropologue à Johannesburg.



Le professeur Lee Berger, qui a travaillé avec José Braga en Afrique du Sud, à la poursuite de fossiles pré-humains, va lui confier ces squelettes pour qu'il les étudie. L'anthropobiologiste toulousain est spécialiste de l'analyse des fossiles en trois dimensions par ordinateur : grâce à ces techniques, on peut quasiment visiter l'intérieur des os, notamment du crâne. Et cela donne de précieuses indications qui permettent des comparaisons avec des fossiles plus anciens ou plus modernes.

« Nous allons disposer d'un portrait-robot complet, poursuit José Braga. Le bassin, les pieds, les proportions se rapprochent de ceux de l'homme, avec probablement une façon de marcher qui ressemble davantage à la nôtre. Et cette main est vraiment très humaine, à ceci près qu'avec des doigts aussi longs, notre australopithèque aurait pu enfiler beaucoup plus de bagues ! »

Est-ce que cet Australopithecus sediba est l'ancêtre du genre Homo ? En tout cas, il est particulièrement bien placé. Et une fois de plus, il vient semer la pagaille dans le grand arbre généalogique de notre espèce.

vendredi 17 décembre 2010

Cro Magnon n'a jamais fait la révolution

Le débat sur l'évolution de l'homme rebondit avec des découvertes troublantes... et des scientifiques à l'esprit critique. Parmi les découvertes, un crâne d'allure très ancienne découvert en Mongolie. Sa datation récente, au plus 30 000 ans, montre qu'il traverse les frontières mises depuis longtemps entre l'homme moderne - Cro Magnon ou vous même - et nos ancêtres.

Autres découvertes : ces traces d'activités culturelles, ou de technologies très anciennes - des dizaines de milliers d'années, et pourtant d'allure "moderne" qui relativisent la réputation de "révolutionnaire" de Cro-Magnon.

vendredi 2 octobre 2009

Portrait-robot d'un nouvel hominidé

Après Toumaï et avant Lucy, vivait en Afrique Ardipithecus ramidus. Sa description, qui vient d’être publiée, fournit un nombre considérable de données sur les hominidés, en particulier sur leur marche.


« C’est une découverte du même ordre que celle de Lucy en 1974, explique José Braga, de l’université Paul Sabatier à Toulouse, sauf que le squelette est plus complet et qu’il est plus ancien de 1,2 millions d’années. » Et c’est une découverte qui s’est faite attendre : pour décrire les 110 ossements d’Ardipithecus ramidus, un hominidé de 4,4 millions d’années, quinze ans d’un long travail de tri des ossements, de reconstruction minutieuse par ordinateur ont été nécessaires à l’équipe menée par Tim White, de l’université de Berkeley en Californie. Les onze articles publiés aujourd’hui dans la revue Science sont à la mesure de l’ampleur de la tâche.

Pour la première fois, on peut décrire très précisément comment un hominidé ancien se déplaçait, car toutes les parties du corps sont représentées : crâne, bassin, os des jambes et du bras, mains et pieds quasi complets. Première constatation : Ardipithecus ramidus grimpait probablement aux arbres, car son gros orteil est mobile par rapport au reste des doigts de pieds, comme chez les singes. En revanche, il ne se balançait pas de branche en branche comme ces derniers, car, comme nous, sa paume et ses doigts sont trop courts, ses mains et ses poignets trop souples pour cela. Il s’y déplaçait probablement à quatre pattes. L’analyse des os de ses mains montre qu’alors il s’appuyait sur ses paumes comme beaucoup de singes, et non sur les poings comme le chimpanzé ou le gorille.

Était-il bipède ? Le trou où s’encastre la colonne vertébrale d’Ardipithecus ramidus est plutôt orienté vers le bas, ce qui semble indiquer qu’il se tenait debout. À partir des os du bassin, les anthropologues ont aussi montré qu’Ardipithecus avait, comme les hommes, des muscles qui l’empêchaient de se déhancher dangereusement en marchant. Conclusion : il pouvait marcher dans cette position.

La bipédie d’Ardipithecus n’est pas à proprement parler une surprise. Deux des trois fossiles plus anciens que cette espèce, Orrorin tugenensis (6 millions d’années) et Sahelanthropus tchadensis (7 millions d’années), en montraient déjà des signes. Quant à la bipédie des australopithèques, plus récents, elle est assez bien connue. En revanche, les fossiles d’Ardipithecus ramidus semblent sonner le glas d’une hypothèse très en vogue chez les paléoanthropologues : l’existence de grandes différences entre mâles et femelles. Chez les australopithèques, par exemple, certains squelettes nettement plus petits que les autres sont interprétés comme des femelles. On se fonde pour cela sur la situation qui prévaut aujourd’hui chez le gorille par exemple. Les mâles sont en forte compétition pour l’accès aux femelles, et une haute taille leur procure un avantage évolutif.

Or, outre ce squelette d’Ardipithecus très complet, les paléontologues ont retrouvé les restes de 35 individus qui vivaient à peu près la même époque, séparés au plus par 10 000 ans. Autrement dit, fait sans précédent, les chercheurs possèdent un instantané de la diversité au sein d’une même espèce. Et concernant la taille, il n’y a pas de différences significatives, alors qu’il est à peu près sûr que les deux sexes sont représentés. Difficile de croire que des différences importantes n’aient été présentes que chez les australopithèques, alors qu’elles n’existent ni avant ni après. « En d’autres termes, explique José Braga, des australopithèques considérés comme mâle et femelle appartiennent peut-être en fait à des espèces différentes. Il va falloir réanalyser un certain nombre de fossiles.»

Source : La Recherche du 02/10/2009

lundi 1 septembre 2003

Sahelanthropus tchadensis (Toumaï)

Toumaï (nom signifiant « espoir de vie » en langue gorane) est le surnom d'un crâne fossile de primate découvert en 2001 au Tchad dans le désert du Djourab. Il a conduit à la définition d'une nouvelle espèce, Sahelanthropus tchadensis, que certains paléoanthropologues considèrent comme l'une des premières espèces de la lignée humaine, probablement très proche de la divergence entre les Panines (comprenant les chimpanzés) et le genre Homo (comprenant l'Homme). Le fossile a été daté d'environ 7 millions d'années avant le présent, ce qui signifie que près de 350 000 générations le séparent des humains des années 2000.

Caractéristiques

Toumaï mesurait environ un mètre et pesait près de 35 kg. Pour les chercheurs de la MPFTO, Toumaï serait un mâle comme l'indique son très fort bourrelet sus-orbitaire. Il vivait dans les forêts qui jouxtaient le voisinage d'un lac ou à proximité d'une rivière. La découverte de Toumaï, 2 500 km à l'ouest du rift est-africain, a obligé le paléoanthropologue Yves Coppens à remettre lui-même en cause sa théorie de l'East Side Story formulée en 1982.

En 2003, le crâne de Toumaï est scanné à l'European Synchrotron Radiation Facility afin de déterminer la structure des mâchoires

Position phylogénétique

Conclusions provisoires

La bipédie de Sahelanthropus tchadensis est très probable pour ses découvreurs. En effet, le trou occipital correspond à celui d'une colonne vertébrale redressée, ce qui permet d'en déduire une locomotion bipède. Cependant l'absence actuelle de restes autres que le crâne, des mandibules fragmentaires et des dents isolées, ne permet pas d'être catégorique sur ce point ; la bipédie n'est pas confirmable tant que l'analyse d'un os du membre inférieur ou du bassin n'est pas effectuée.

La majeure partie de la communauté scientifique s'accorde à reconnaitre le statut d'hominine à Sahelanthropus tchadensis ainsi que son aptitude à la bipédie. Cependant, l'hypothèse selon laquelle Sahelanthropus serait un singe, situé avant ou après la divergence panines-hominines, a très tôt été émise. La position phylogénétique de Sahelanthropus reste débattue par les spécialistes. Cette controverse a plusieurs causes, outre les divergences d'interprétation fonctionnelle des caractères :

  • il existe un manque de données sur les caractéristiques du dernier ancêtre commun aux chimpanzés et aux hominines, et il existe par conséquent un biais méthodologique lié à la validité des caractères considérés comme propres à la lignée humaine ;
  • les spécialistes se disputent l'honneur de détenir le plus vieux représentant de la lignée conduisant à l'homme moderne, privilège qui revenait avant la découverte de Toumaï, mais de manière tout aussi controversée, à Orrorin tugenensis, surnommé « Millenium ancestor » ;
  • la MPFT ne permet pas la consultation des fossiles originaux par des équipes extérieures ;
  • la MPFT n’a pas reconnu avant 2009 être en possession d’un fémur pourtant mis au jour le 19 juillet 2001 à proximité immédiate du crâne de Sahelanthropus tchadensis.

Il s'agit en fait d'un vaste débat naissant sur les plus anciens hominines, voire sur l'ancêtre commun avec les chimpanzés et pré-chimpanzés, qui concerne d'autres fossiles à la charnière Miocène-Pliocène (Orrorin tugenensis, Ardipithecus kadabba). Ces espèces qui présentent « toutes des caractéristiques primitives et quelques-unes évoluées […] posent la question de savoir comment les hominines sont apparus, et corrélativement quels caractères peuvent être considérés comme diagnostics de cette lignée à son origine ».

En guise de conclusion provisoire, le professeur de paléoanthropologie José Braga, à l'université Paul Sabatier de Toulouse, écrit à propos des restes du Miocène supérieur et du Pliocène inférieur, que sont Sahelanthropus tchadensis, Orrorin tugenensis et Ardipithecus ramidus, « Le statut d'hominine des fossiles, encore peu nombreux, découverts dans ces périodes chronologiques, reste discuté, à des degrés différents, notamment, selon leur état de préservation ». En suivant l'avis général émanant de la communauté scientifique, nous pouvons donc dire de Sahelanthropus tchadensis qu'« il s'agit actuellement de l'un des trois candidats au titre d'ancêtre de la lignée humaine ».

Source : Wikipedia

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Quand ?
Espèce représentée par un seul fossile trouvé au Tchad et datant de 7 millions d'années. C'est-à-dire juste après la divergence entre la branche humaine (les homininés) et celle des chimpanzés. Pour autant, il n'est pas forcément un de nos ancêtres.

Taille ?
Petit (1 mètre), il pratiquait une bipédie très partielle. Son cerveau affiche modestement 370 cm3.

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Age : 7 millions d'années
Taille : 1,15 à 1,25 m
Poids : 23-35 kg
Localisation : Tchad (erg dunaire du Djourab)
Habitat : Zone boisée à proximité du bord de l'eau
Feux : ?
Outils : ?

Sa fiche sur Hominidés.com

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7 MA.
Toros-Menalla, Tchad, Afrique centrale.
Un crâne déformé (TM266-01-060-1, Toumaï) ; deux fragments de mandibules, trois dents.

Toumaï serait le plus ancien homininé connu car la forme de la base de son crâne indique qu’il était bipède. Puisque très ancien et originaire d’Afrique centrale, il a ouvert des perspectives inattendues pour la recherche des premiers homininés.

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nom :
âge :
découverte : Michel Brunet
date : 2002
espèce : Sahelanthropus