jeudi 31 mai 2012

L'hominidé du Cerf Rouge : une nouvelle espèce ?

Mi-primitifs, mi-modernes, les crânes de la grotte du Cerf rouge, en Chine, font débat. Nouvelle espèce ou simples Homo sapiens, les archéologues avancent différentes hypothèses quant à l’origine de ces hominidés qui vivaient il y a seulement 14 000 ans.

Ils ont l’arcade sourcilière proéminente comme des hommes archaïques et une boîte crânienne ronde, comme nous. Les hominidés de la grotte chinoise du Cerf Rouge, datant de 11 500 à 14 500 ans, appartiendraient-ils à une espèce humaine encore inconnue, une espèce qui aurait cohabité avec l’homme moderne ?

C’est l’une des hypothèses de Darren Curnoe, archéologue à l’université de Nouvelle Galles du Sud à Sydney, dont l’analyse fait l’objet d’une publication dans la revue PLoS One (mars 2012). Si le chercheur et son équipe australo-chinoise parvenaient à démontrer cette théorie, nul doute qu’elle ferait grand bruit dans le monde de la paléontologie. Pour l’heure, elle fait débat.

Des ossements laissés à l’abandon

À l’origine de cette controverse, des ossements redécouverts en 2009 dans le sous-sol d’un institut de recherche chinois. Alors qu’il y travaille, le professeur Ji Xueping, de l’université de Yunnan, tombe sur un crâne aux formes inhabituelles. Celui-ci a été découvert dans une grotte de Longlin, en 1979, par des géologues en quête de pétrole. Brièvement décrits par des archéologues locaux, les fossiles ne retiennent pas l’attention des chercheurs, et ceux-ci sont finalement entreposés.

Lorsque 30 ans plus tard, Darren Curnoe observe pour la première fois ces fossiles, il est stupéfait. Chinois et Australiens s’associent alors pour mener de plus amples recherches. Les paléontologues découvrent ainsi de nouveaux ossements dans la grotte du Cerf Rouge, à Maludong.

Les ossements issus des deux sites de Longlin et Maludong, distants de 500 km, permettent de rassembler au total quatre individus. Des hommes modernes ayant vécu à la même époque et dans la même région, l’anatomie si particulière des hominidés du Cerf Rouge retient l'attention des chercheurs.

« Leur arcade sourcilière proéminente, l’épaisseur de leurs ossements, leur face plate, l’absence de menton, sont spécifiques aux hommes archaïques, explique Darren Curnoe. Mais ils présentent également des caractères modernes : une boîte crânienne ronde, un visage situé sous le cerveau et non en face. »

Une reconstitution en trois dimensions de la surface du cerveau montre quant à elle que l’arrière est archaïque alors que l’avant semble moderne. D’autres caractères sont uniques : le nez et les orbites sont très larges.

Darren le reconnaît : « Il est encore impossible de classifier ces hominidés, mais nous avons plusieurs hypothèses. Il peut s’agir de descendants d’hommes venus d’Afrique ayant gardé tardivement des caractères primitifs. Mais beaucoup d’indices nous poussent à croire qu’il s’agit d’une nouvelle espèce ».
Variabilité génétique

Pour Florent Détroit, paléontologue au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris, l’hypothèse paraît un peu hâtive. « Selon les photographies publiées, les caractères primitifs ne sont pas si marqués. L’arcade sourcilière, par exemple, n’est pas si proéminente, observe-t-il. L’étude de Darren Curnoe indique que les crânes présentent un “petit menton”. Or, même peu développé, le menton demeure une caractéristique moderne. »

Pour le chercheur, les Homo sapiens de l’époque présentaient une variabilité plus grande qu’aujourd’hui. Comme cela a déjà pu être observé en Indonésie, les hominidés de la grotte du Cerf Rouge sont peut-être simplement des Homo sapiens ayant conservé des caractéristiques primitives plus développées que d’autres.

Un descendant des Denisova ?

Isabelle de Groote, paléontologue au National History Museum à Londres propose une théorie intermédiaire. « Les hominidés de la grotte du Cerf Rouge pourraient provenir d’un croisement entre des hommes modernes et les hominidés archaïques de Denisova » avance-t-elle.

Les hominidés de Denisova ont été découverts dans le sud de la Sibérie. En 2010, l’analyse génétique de leurs ossements avait alors permis de montrer que cette nouvelle espèce avait des similarités avec la population actuelle du Sud-Est de l’Asie. Des croisements avec des Homo sapiens ont donc eu lieu. Mais quand ? Où ? Les hominidés de la grotte du Cerf Rouge sont-ils un maillon manquant entre les hominidés de Denisova et les hommes modernes ? « Nous avons peu d’informations en Asie à cause du manque de fouilles. Et notamment, nous ne savons pas jusqu’à quand ont vécu les hominidés de Denisova ».

Un élément pourrait mettre tous les archéologues d’accord, l’ADN. L’équipe de Darren Curnoe tente ainsi de trouver dans les fossiles de la grotte du Cerf Rouge du matériel génétique suffisamment préservé pour le comparer à celui d’hominidés modernes ou primitifs. « Mais nos chances sont assez maigres, reconnaît-il. Cette région tropicale n’est pas idéale pour la conservation de l’ADN ».

« Cette découverte n’en demeure pas moins intéressante, reconnait Florent Détroit, notamment parce que nos connaissances sur l’archéologie préhistorique en Asie sont encore très fragiles. »

Source : Sciences Actualités du 06/04/2012

mercredi 30 mai 2012

Les plus anciennes formes d’art d’Europe datées à - 43 000 ans

Des chercheurs britanniques et allemands ont daté des vestiges préhistoriques provenant d’une grotte du sud-ouest de l’Allemagne à plus de 40.000 ans, prouvant l’ancienneté de la culture dite aurignacienne, apportée par Homo sapiens lorsqu’il a colonisé l’Europe.

À l’aide des techniques les plus modernes, des chercheurs des universités d'Oxford (Royaume-Uni) et de Tübingen (Allemagne) ont procédé à une radiodatation au carbone d’ossements fossilisés. Appartenant à des animaux, ceux-ci ont été trouvés dans la grotte de Geissenklösterle, dans le Jura Souabe (sud-ouest de l’Allemagne), dans une couche sédimentaire recelant également des objets de la culture paléolithique dite aurignacienne.

D'après les résultats publiés dans le Journal of Human Evolution, les scientifiques ont découvert que les ossements dataient de jusqu’à près de -43.000 ans. Une date qui fait d'eux les plus anciennes traces jamais révélées pour cette culture. Mais ce n'est pas tout puisque celles-ci appuient également l’hypothèse d’une expansion de l’homme anatomiquement moderne en Europe dès cette époque, via le bassin du Danube, à la faveur d’un épisode climatique plus clément lors du dernier âge glaciaire.

Outre ces ossements, la grotte de Geissenklösterle a déjà fourni d’importants éléments de parures, d’art figuratif, d'imagerie mythique et même des instruments de musique fabriqués à partir d'os d'oiseaux et d'ivoire de mammouth. "Ces résultats sont cohérents avec l'hypothèse que nous avions faite il y a plusieurs années évoquant que le fleuve Danube a été un corridor crucial dans le mouvement des humains et des innovations technologiques au sein de l'Europe centrale il y a entre 40.000 et 45.000 ans", explique le professeur Nick Conard de l'Université de Tubingen en Allemagne.


Source : MaxiSciences du 25/05/2012

lundi 21 mai 2012

Les plus vieilles peintures d'Europe dans le Périgord

L'abri Castanet renfermait, sous des décombres de roches, les plus anciennes œuvres d'art connues à ce jour.


Ce n'est pas seulement sur les parois des grottes que l'on peut trouver des peintures rupestres, des gravures ou des bas-reliefs. Il y en a aussi dans ce qu'on appelle les abris sous roche. En Dordogne, il y a plus de 30.000 ans, ces renfoncements situés au pied des falaises ont été souvent occupés par les hommes de l'Aurignacien. Dans la plupart, les parois et les plafonds où les figures étaient tracées se sont effondrés au cours du temps. Pour les reconstituer, les archéologues doivent retourner les roches tombées au sol. Exercice délicat, car il faut soigneusement séparer le sol et les parois en évitant de les détériorer.

Un paysan passionné de préhistoire


Les premiers abris sous roche ont été fouillés au début du XXe siècle. En 1911-1913 et 1924-1925, l'abri Castanet, dans la vallée de la Vézère, a livré de nombreux outils en pierre, pointes de flèche en bois de renne, perles en ivoire de mammouth, peintures, gravures, etc. Il avait été fouillé par Marcel Castanet, un paysan passionné de préhistoire, sous la conduite successive de deux archéologues patentés: Louis Didon et Denis Peyroni. C'est l'un des sites portant les plus anciennes traces d'activités symboliques d'Homo sapiens en Eurasie.

En 2007, une équipe d'archéologues français conduits par Randall White, de la New York University, a entrepris de continuer les fouilles de l'abri Castanet. Ils ont découvert un bas-relief représentant une vulve féminine, un anneau cassé, creusé directement dans la roche, et un fragment de peinture représentant les pattes d'un animal qui pourrait être un bovidé. Les datations au carbone 14 indiquent que le site remonte à plus de 37.000 ans, ce qui fait de ces œuvres pariétales les plus anciennes au monde, antérieures à la grotte Chauvet de quelques centaines d'années .

L'étude est publiée cette semaine dans la revue de l'Académie des sciences américaines (PNAS). Une autre étude, qui devrait sortir prochainement, relate la découverte d'une trentaine de petits blocs rocheux ouvragés.

«L'abri Castanet n'a rien d'un sanctuaire comme une grotte ornée. Ici, on est dans le quotidien des hommes de l'Aurignacien», souligne Raphaëlle Bourrillon, de l'université de Toulouse-le-Mirail. Les pièces archéologiques sont inscrites dans leur contexte domestique. La fouille devrait encore apporter beaucoup d'informations sur les hommes de l'Aurignacien et leurs représentations graphiques. Les études palynologiques (pollens), par exemple, devraient donner des indications sur la végétation dans le sud-ouest de la France à cette époque.

«Beaucoup d'abris pas encore fouillés»

Il y a 37.000 ans, la voûte devait s'élever à deux mètres au-dessus du sol, les humains pouvaient la toucher. «Il est difficile d'imaginer sa configuration», reconnaît toutefois Raphaëlle Bourrillon. A l'aplomb de l'endroit où la voûte est tombée, les outils en pierre ont explosé en mille morceaux au milieu des traces de charbon de bois. Il n'en reste rien. Quelques mètres plus loin, là où la voûte est restée en place, des outils en pierre, des perles en ivoire et des ossements d'animaux ont été parfaitement conservés dans les couches sédimentaires.

«Il y a beaucoup d'abris sous roche dans le Périgord qui n'ont pas encore été fouillés. Nous allons faire des sondages», confie Randall White. Dans la région, les abris sous roche restés intacts sont rares. Les principaux sont l'abri du Poisson et l'abri Lartet, d'occupation plus récente, il y a près de 25.000 ans.

mardi 15 mai 2012

La grotte Cosquer menacée par les eaux

Une élévation brutale du niveau de la mer enregistrée en novembre dernier a déjà grignoté les oeuvres, dont le célèbre panneau dit "des chevaux", sur plus de 5 cm. Et rien ne dit que le phénomène ne va pas s'aggraver.

Véritable musée sous-marin de l'art préhistorique, la grotte découverte en 1985 par le plongeur cassidain Henri Cosquer est en sursis. Selon nos informations, un phénomène inédit s'est produit en novembre dernier dans cette cavité souterraine considérée par les spécialistes de l'art pariétal comme un des plus beaux exemples de grotte ornée au monde.

En quelques jours, pour des raisons qui restent à expliquer, le niveau de la mer au débouché du boyau d'accès est brutalement monté de 5 à 6 cm, noyant une partie significative du célèbre panneau dit "des chevaux", qui surplombe la petite plage rocheuse où les plongeurs prennent pied lorsqu'ils sortent de l'eau.

De source proche de la sous-direction de l'archéologie au ministère de la Culture, on confirme l'information mais on renvoie vers la direction régionale de la Culture, gestionnaire du site depuis sa déclaration, en 1991, pour toute précision supplémentaire. Selon Pierre Rochette, professeur de géophysique au Centre européen de recherche et d'enseignement en géosciences de l'environnement (Cerege), à Aix, visiblement très ennuyé qu'on lui pose la question, cette brutale élévation du niveau de la mer est "un fait incontestable", mais l'explication du phénomène met en jeu "des paramètres d'une grande complexité" et reste pour l'heure "tout à fait confidentielle". Même son de cloche du côté de Luc Vanrell, co-auteur avec Jean Clottes et Jean Courtin du beau livre Cosquer Redécouvert, paru en 2005. Lui non plus ne dément pas, mais invoque le "devoir de réserve" pour couper court.

Pourquoi tant de mystères ?

Sans doute parce que les solutions pour empêcher les destructions liées à la remontée des eaux restent à trouver. Et que les scientifiques redoutent un équilibrage progressif entre le niveau de la mer à l'air libre et dans la cavité.

Au début des années 1990, quelques mois après qu'Henri Cosquer avait rendu publique sa découverte, des instruments de mesure très sophistiqués avaient été placés à l'intérieur et à l'extérieur de la grotte, pour relever les variations de température, d'hygrométrie et de pression atmosphérique. En dépouillant les données accumulées au fil des mois, les experts s'étaient rendu compte qu'une surpression importante et quasi constante régnait à l'intérieur de la grotte, avec entre autres conséquences un niveau des eaux inférieur d'environ 70 cm en moyenne, soit peu ou prou la hauteur du panneau "des chevaux". Selon les conditions météo, la force et la direction du vent, la hauteur et le sens de la houle, la température ambiante et le taux d'humidité dans l'air, cette surpression a toujours fluctué mais finissait par se rétablir autour des mêmes valeurs.

Est-ce toujours le cas aujourd'hui ? Voilà un second mystère. Quelle que soit la réponse, l'élévation du niveau de la mer, qu'elle soit ponctuelle ou irréversible, une autre menace pèse sur les oeuvres des artistes de la préhistoire : la sismicité qui caractérise le littoral méditerranéen. Faible mais constante, cette sismicité bouscule chaque année un peu plus les énormes blocs de calcaire qui coiffent la grotte Cosquer. Et s'il est impossible de prévoir quand et comment, les géologues sont formels : tôt ou tard, cette voûte s'écroulera, détruisant ces peintures et ces gravures exécutées il y a 18 000 ans.

Numérisation des oeuvres

Conscient de ces menaces, le service régional de l'archéologie s'est lancé depuis 2010 dans un vaste programme de recherches et d'études de l'évolution du niveau de la mer sur le très long terme et de la géologie du massif des calanques, doublé d'une campagne d'enregistrement numérique des oeuvres, avec des technologies permettant la restitution du relief et des ornements jusqu'au dixième de millimètre.

L'objectif de ces travaux est de conserver une trace la plus fiable possible de ces oeuvres susceptibles d'être dégradées ou de disparaître du jour au lendemain, afin de permettre aux scientifiques qui ne plongent pas de continuer à travailler sur les centaines de peintures et de gravures que renferme la cavité. Et aux promoteurs d'un futur musée de la grotte Cosquer d'envisager la construction d'une reproduction plus vraie que nature, à l'image de Lascaux II.

Problème : ces deux programmes sont au point mort, faute de financements et de volonté politique claire de la part du ministère de la Culture. Il y a pourtant urgence.
Source : La Provence du 14/05/2012

lundi 14 mai 2012

Grotte Chauvet : les peintures sont bien les plus vieilles du monde

Les œuvres d’art peintes sur les parois de la grotte de Chauvet-Pont d’Arc ont été réalisées entre -32.000 et -21.000 ans. C’est ce que révèle une étude effectuée par plusieurs équipes du CNRS. Cette datation clôt la controverse : ces peintures sont bien les plus vieilles que nous connaissons. La demande d’enregistrement au patrimoine de l’humanité sera-t-elle confortée ?

Quand ont été réalisées les superbes peintures qui ornent les parois de la grotte découverte en 1994 par Jean-Marie Chauvet, Eliette Brunel et Christian Hillaire, trois spéléologues, près du village de Vallon-Pont d’Arc, dans les gorges de l’Ardèche ? Les mesures au carbone 14 indiquaient un âge d’environ 31.000 ans, ce qui faisait de leurs auteurs des Aurignaciens, c’est-à-dire des Homo sapiens (comme nous, donc), de la période dite de la culture aurignacienne, qui s’est déployée au début du Paléolithique supérieur. Pas d’accord, rétorquaient d’autres spécialistes qui, eux, se basent justement sur des datations relatives élaborées en comparant les différentes cultures. Car ces œuvres d’art découvertes dans cette grotte évoquent bien davantage la culture magdalénienne, située entre 17.000 et 12.000 ans avant le présent, et dont le plus bel exemple est la grotte ornée de Lascaux, datée de -17.000 ans.

En effet, les peintures de la grotte de Chauvet-Pont d’Arc – tel est aujourd’hui son nom officiel – étonnent et ravissent toujours ceux qui ont eu le privilège de les voir, rares puisque l’accès est interdit au public. Dans le film réalisé par Werner Herzog, les spécialistes qui s’expriment parlent spontanément de « joyau ». Les peintures évoquent la faune de l’époque (rhinocéros, félins, mammouths, ours…) dans des compositions sophistiquées, qui représentent souvent des scènes complexes et utilisent le relief (comme à Lascaux) pour accentuer les effets de perspective.


En 2014, « ce joyau », comme l'appellent ceux qui ont étudié la grotte de Chauvet-Pont d'Arc, sera visible par tous. Comme à Lascaux, une copie est en effet en cours de réalisation.

Deux méthodes indépendantes confirment la datation des fresques de la grotte Chauvet

Est-il possible que de telles fresques puissent dater de l’époque où H. sapiens côtoyait Néandertal ? Eh bien oui, affirment aujourd’hui des scientifiques du CNRS dans un article publié dans la revue Pnas. Deux résultats viennent confirmer la datation aurignacienne : la quantité de l’isotope 36 du chlore et l’étude des éboulis… Les géologues du laboratoire Edytem (Environnements et dynamiques des territoires de montagnes, université de Savoie), menés par Benjamin Sadier, ont étudié la structure actuelle de la falaise au niveau de l’entrée de la grotte.

Ce travail de géomorphologie est la spécialité de ce laboratoire savoyard installé au Bourget-du-Lac. Selon eux, la falaise s’est brisée à plusieurs reprises entre -29.000 et -21.000 ans, obturant complètement l’accès. Par ailleurs, les scientifiques qui ont étudié la grotte depuis sa découverte semblent formels : il n’a jamais existé qu’une seule entrée.


L'une des multiples scènes peintes sur les parois de la grotte de Chauvet-Pont d'Arc : des grands lions des cavernes à la chasse.

La falaise reconstruite virtuellement

La seconde mesure détermine la quantité de 36Cl, un isotope formé par l’exposition aux rayons cosmiques. La quantité restante dans les calcaires indique depuis combien de temps la roche a été enfouie sous terre. Les mesures, effectuées par le Cerege (Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement, Aix-en-Provence), ne sont pas simples car il faut retrancher la quantité de chlore 36 qui a pu s’infiltrer ultérieurement par percolation de l’eau dans les fissures de la roche.

Les chercheurs se sont appuyés sur une reconstitution en 3D de la falaise à l’aide de mesures au Lidar (Light Detection and Ranging). Le résultat final concorde remarquablement avec celui de l’analyse géomorphologique, indiquant une obturation survenue au plus tôt vers 21,5 +/- 1,0 milliers d’années avant le présent.

Les peintures pariétales de la grotte Chauvet-Pont d’Arc ne peuvent donc être plus récentes que cette date, ce qui en fait les fresques les plus anciennes que nous connaissons aujourd’hui. Depuis janvier 2012, ces fresques sont officiellement candidates pour figurer au patrimoine mondial de l’Unesco. Cette nouvelle datation vient donc à point nommé pour en souligner l’importance…

Source : Futura Sciences du 09/05/2012

vendredi 11 mai 2012

Le premier fossile d’australopithèque découvert parle encore aux scientifiques

Publiant leur étude le 7 mai dans PNAS, des chercheurs américains ont mis en évidence, sur le crâne du premier australopithèque à avoir été découvert (en 1924), des adaptations osseuses liées au développement du cerveau chez ces ancêtres de la lignée humaine.   

Découvert en 1924 en Afrique du Sud par l’anthropologue australien Raymond Dart, le crâne fossile d’un jeune Australopithecus Africanus surnommé ‘l’enfant de Taung’ a été le premier du genre à être étudié par les chercheurs. Aujourd’hui encore, il fait l’objet de recherches par l’équipe de Dean Falk, de l’Université de Floride, qui a montré son importance dans le domaine de l'évolution du cerveau des humains et de leurs ancêtres.

Examinant des moulages endocrâniens en 3D (réalisés par tomodensitométrie) de grands singes, d’humains et du fossile de Taung, Falk et ses collègues estiment que la suture métopique persistante – une discontinuité de l’os frontal, chez le bébé, qui perdure jusqu’à l’âge de 2 ans –  est une adaptation pour donner naissance à des bébés ayant un plus gros cerveau. Celle-ci serait liée à la transition vers une croissance rapide du cerveau après la naissance, et notamment, peut être, à l'expansion des lobes frontaux.

"La suture métopique persistante, un trait innovant, a probablement eu lieu en conjonction avec l’affinement de la capacité à marcher sur deux jambes. La capacité à marcher debout a causé un dilemme obstétrique. L’accouchement est devenu plus difficile parce que la forme de la structure pelvi-génitale s’est resserrée, alors que la taille du cerveau [du bébé] a augmenté. La suture métopique persistante contribue à une solution évolutive à ce dilemme", explique Dean Falk.

Cité par Science Daily, celui-ci conclut "Ces résultats sont importants car ils fournissent une indication très plausible pour expliquer pourquoi le cerveau des hominidés a pu se développer en plus grand et plus complexe".

Source : Maxi Sciences du 09/05/2012

jeudi 10 mai 2012

Le succès d'Homo sapiens pourrait être dû à ses habiletés spatiales

Si la disparition de l'homme de Néandertal demeure un mystère, les paléoanthropologues sont en revanche de mieux en mieux en mesure de comprendre ce qui a permis à son jeune cousin Homo sapiens de conquérir la planète. Selon Ariane Burke, professeure au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal, la dispersion rapide de l'homme anatomiquement moderne n'est pas due à une quelconque intelligence supérieure ni a de meilleures techniques de chasse ou de cueillette, mais à la création d'objets symboliques qui lui ont permis d'étendre ses relations sociales sur de très vastes territoires.

C'est la thèse qu'elle expose dans un article de la revue Quaternary International et qui n'a pas manqué de susciter l'intérêt de ses collègues.

Symbolique et échanges sociaux

Homo sapiens est arrivé en Europe il y a environ 45 000 ans, en provenance d'Afrique. En moins de 15 000 ans, il était parvenu à occuper l'ensemble de l'Europe et de l'Eurasie, ce qui est considéré comme une expansion rapide. Le Néandertalien était en revanche un enfant de l'Europe, apparu sur ce continent il y a plus de 250 000 ans, après que son ancêtre Homo ergaster s'y fut établi 600 000 ans auparavant.

"L'homme de Néandertal était parfaitement capable de chasser les animaux vivant en troupeau ainsi que le gros gibier, souligne la chercheuse. Il savait aussi se nourrir de mollusques, de plantes et de noix."

Il a par ailleurs occupé des territoires diversifiés, sous des climats variés, allant de la péninsule Ibérique jusqu'au Moyen-Orient et aux monts de l'Altaï. Mais on ne le retrouve pas dans les plaines du nord de l'Europe, où il aurait pourtant pu parfaitement vivre. Physiologiquement très bien adapté au climat froid des périodes glaciaires et postglaciaires, pourquoi n'a-t-il pas eu le même succès de colonisation que son rival fraichement débarqué ?

Partant de ces faits et considérant que les zones occupées par les Néandertaliens sont de petits territoires éloignés les uns des autres, Ariane Burke émet l'hypothèse que la supériorité d'Homo sapiens réside dans le développement de son organisation sociale, survenu au cours du Paléolithique moyen, il y a de 200 000 à 35 000 ans. Cette organisation sociale "moderne" se caractérise par le maintien de relations personnelles malgré l'absence physique des personnes, et ce, sur de longues distances. Comme les tribus nomades d'aujourd'hui, les réseaux des premiers Homo sapiens auraient été constitués de petits groupes demeurant en contact les uns avec les autres.

Ces relations étendues sont quant à elles rendues possibles par l'invention d'objets culturels et symboliques qui facilitent les échanges intergroupes.

"Les objets à valeur symbolique, comme les parures, les ornements personnels, les colliers de dents d'animaux ou de coquillages, les décorations sur les armes, les incisions esthétiques sur des pierres, foisonnent au moment de la dispersion rapide d'Homo sapiens en Eurasie, affirme la chercheuse. La présence de ces objets sur de vastes territoires montre qu'il y a eu des échanges; ces objets amènent ceux qui les possèdent à se remémorer le lien social qu'ils ont établi et créent en retour une obligation de réciprocité."

Ces contrats sociaux, consolidés par des mariages intergroupes, donnent accès à de nouveaux territoires, favorisent des échanges d'information utiles à la survie et permettent de compter sur des alliés en cas de replis imposés par des conditions environnementales adverses.

Les Néandertaliens ont eux aussi fabriqué des objets culturels symboliques, possiblement destinés aux échanges, mais beaucoup plus tardivement, soit au Paléolithique supérieur (-30 000 ans). "C'était sans doute trop peu, trop tard", estime l'anthropologue.

Habiletés spatiales

L'expansion de ces échanges sociaux pendant des millénaires a provoqué une pression de sélection sur les habiletés cognitives d'Homo sapiens. L'occupation d'un vaste territoire nécessite en effet des habiletés spatiales particulières. Toujours selon Ariane Burke, c'est au cours de cette période que l'être humain aurait développé son sens de l'orientation au moyen de la boussole interne, ou carte cognitive, qui permet une projection dans l'espace. Ce mode de locomotion est particulièrement adapté aux longs déplacements dans les plaines, où le nomade n'a que peu de repères visuels. La navigation par repères topographiques convient par ailleurs aux espaces restreints qu'occupaient les Néandertaliens.

Pour la professeure, c'est toutefois la plasticité cérébrale qui a bénéficié de l'effet de sélection. Les deux modes de navigation ne reposent pas selon elle sur des habiletés distinctes; les différences intersexes observées de nos jours dans ce domaine, qui donnent à penser que les hommes sont plus performants dans la projection spatiale et les femmes dans la mémorisation des repères, seraient à son avis des artéfacts de comportements sociaux individuels et sexuellement différenciés.

Si tous ces éléments peuvent expliquer la rapide dispersion d'Homo sapiens, ils ne permettent pas pour autant d'élucider la disparition de l'homme de Néandertal. Ariane Burke en impute la cause à de trop nombreux stress qu'a dû affronter notre cousin: stress environnemental, stress climatique et stress démographique engendré par la concurrence d'un rival pouvant mieux surmonter les difficultés grâce à ses réseaux plus étendus.

Source : Techno-Sciences Net du 09/05/2012

lundi 7 mai 2012

Des duplications géniques ont-elles boosté le cerveau de nos ancêtres ?

Deux études complémentaires et publiées en même temps montrent que la duplication d’un gène aurait pu aider nos ancêtres vivant il y a 2,5 millions d’années à acquérir un cerveau plus performant, et à le transmettre aux générations suivantes. Mais si tel est le cas, un seul gène ne peut à lui tout seul expliquer l'hominisation.

On n’est jamais à l’abri d’une erreur. Lorsque les enzymes impliquées dans la réplication de l’ADN recopient les quelques milliards de nucléotides contenus dans chaque cellule, il arrive, exceptionnellement, qu’un gène soit dupliqué et qu’une seconde version s’intercale au milieu de la longue séquence. Depuis les 6 millions d’années qui nous séparent de notre dernier ancêtre commun avec le chimpanzé, ce processus s’est produit une trentaine de fois.

C’est arrivé notamment au gène Srgap2, qui contribue au développement du néocortex, une structure du cerveau notamment impliquée dans le langage et la conscience. Il n’existe pas sous deux, mais sous quatre versions dans les cellules humaines. Tous ces variants sont portés par le chromosome 1. Le gène originel Srgap2a s’est dupliqué une première fois il y a environ 3,4 millions d’années, en Srgap2b. Ce dernier s’est lui-même dédoublé à deux reprises : une fois il y a 2,4 millions d’années (Srgap2c), et une fois il y a 1 million d’années (Srgap2d).

Srgap2, un gène clé

Dans une étude publiée dans la revue Cell, Evan Eichler et son équipe de l’université du Washington (Seattle) ont étudié les différentes versions de plus près, qui correspondent à chaque fois à des versions tronquées de leur ancêtre. Cependant, cela n’empêche pas le gène Srgap2c de coder pour une protéine fonctionnelle. Ce même gène a été retrouvé dans chacun des 2.000 génomes qu’ils ont étudiés, soulignant son importance, voire son caractère indispensable.

Plus intéressant encore : la date de son apparition. Comme évoqué plus haut, les chercheurs estiment qu’il s’est intégré au génome humain il y a environ 2,4 millions d’années chez nos ancêtres. C’est justement à cette époque que les premiers hommes (Homo habilis) ont fait leur apparition, mettant au point les premiers outils de pierre. Faut-il y voir un lien ?

Homo habilis, l'Homme habile, est considéré comme le plus ancien membre du genre humain. Il a vécu entre 2,4 et 1,4 millions d'années, en Afrique. Aurait-il été aidé par le gène Srgap2c pour créer l'outil ?


Pourquoi pas, suggère une seconde étude publiée dans la même édition de la revue, cette fois par l’équipe de Franck Polleux, du Scripps Research Institute de La Jolla (Californie). Ces scientifiques ont remarqué que la protéine SRGAP2C inhibe l’action de son ancêtre SRGAP2A.

Des cerveaux mieux connectés, et donc plus performants ?

Ce gène humain a donc été intégré dans le génome de souris en développement. De manière surprenante, la croissance du cerveau est devenue plus lente, mais cela s’explique par une augmentation de 50 à 60 % du nombre d’épines dendritiques, des liens connectifs entre les neurones. « Si on accroît le nombre total de connexions, on accroît probablement les capacités du réseau à traiter l’information, explique Franck Polleux. C’est comme augmenter le nombre de processeurs dans un ordinateur. » Globalement cependant, le volume cérébral n’évolue pas.

D’autre part, le gène Srgap2c pourrait accroître la vitesse de migration des neurones dans l’encéphale. Ainsi, les auteurs pensent que cette faculté aurait pu aider les neurones à se déplacer sur de longues distances dans les cerveaux plus larges des premiers Hommes et de leurs successeurs, si l’on se replace dans le contexte préhistorique de leur apparition. Franck Polleux et son équipe voudraient maintenant tester l’effet de ce gène chez le ouistiti pour travailler sur un modèle primate.

Cependant, ce modèle monogénique pour expliquer de meilleures performances intellectuelles, et donc une partie de l'hominisation, est sûrement un peu simpliste. Les deux équipes de chercheurs le reconnaissent. Néanmoins, Srgap2c est peut-être l’une des nombreuses modifications génétiques qui a contribué à l’évolution des hominidés en êtres humains.

Source : Futura-Sciences du 06/05/2012