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vendredi 26 mars 2021

Ils ont vécu en même temps que Sapiens

Homo neanderthalensis

Âge : entre 430.000 et 30.000 ans
Résidence : Europe, Proche-Orient et Asie centrale
Famille : Ce cousin éloigné de Sapiens a de nombreux pères putatifs, comme Homo heidelbergensis ou Homo antecessor
Caractéristiques : Après Sapiens, c'est le plus connu des hominiens. Mais son physique trapu a longtemps nui à la reconnaissance de sa culture complexe, à la fois technique, artistique et symbolique.

Homo denisovensis

Âge : entre 195.000 et 53.000 ans
Résidence : Asie orientale (estimée de la Sibérie à l'Asie du Sud-Est)
Famille : Cousin de Néandertal, il s'est hybridé avec celui-ci et a également eu une descendance avec Sapiens
Caractéristiques : En génétique, il n'est représenté que par le génome d'un individu, une femme, dont le matériel génétique a pu être extrait d'une phalange.

Homo naledi

Âge : entre 335.000 et 236.000 ans
Résidence : Afrique du Sud
Famille : Il pourrait s'agir d'un cul-de-sac de l'évolution, une espèce n'ayant pas de descendance
Caractéristiques : Sa morphologie primitive suggérait une histoire plus ancienne, estimée à plus de 2 millions d'années. Plusieurs analyses poussées des fossiles lui ont donné un coup de jeune.

Homo luzonensis

Âge : plus de 30.000 ans
Résidence : Île de Luçon (Philippines)
Famille : Inconnue
Caractéristiques : Il n'a été découvert qu'en 2011 : c'est la dernière espèce en date à avoir été classée dans le genre Homo (en 2019).

Homo floresiensis

Âge : entre 190.000 et 50.000 ans
Résidence : Île de Flores (Indonésie)
Famille : Très discutées, les dernières études phylogénétiques suggèrent qu'il serait un cousin d'Homo habilis et donc issu d'une branche bien antérieure à celle qui a donné naissance à Homo Sapiens.
Caractéristiques : Il est surnommé le Hobbit à cause de sa très petite taille (de 1 mètre à 1,20 m), et sa boîte crânienne, de seulement 380 centimètres cubes quand la nôtre représente environ 1200 centimètres cubes, intrigue toujours.

Source : Science et Avenir janvier 2021

samedi 30 mai 2020

Un seul berceau... et tant d'origines

Leur destin fut différent : Homo floresiensis (à g.) s'est éteint, Neandertal (à dr. ) s'est fondu en nous. Et Homo naledi ? On n'en sait rien. Peut-être en subsiste-t-il des traces dans notre génome.

La quête des origines ne se résume pas à un berceau. Car dès que les humains modernes en sont sortis, ils se sont hybridés avec des populations aujourd'hui disparues, dont notre ADN conserve la trace. Nous descendons aussi de ces fantômes…

La croisée des chemins, le point de convergence inéluctable de tous les cours d'eau, le tronc qui unifie chaque racine, chaque rameau… Voilà ce que représente le Makgadikgadi pour l'humanité. Mais la richesse de notre histoire ne se résume pas à la découverte de ce berceau. Notre identité ne saurait s'éclairer à la lumière d'un unique zoom, aussi lumineux soit-il. Nous ne sommes pas seulement les héritiers de cette première population d'humains modernes, qui émergea il y a quelque 200 000 ans, puis qui envahit le monde. Même si vous, moi, et tous ceux qui peuplent aujourd'hui la Terre lui devons l'immense majorité de notre génome, l'histoire de notre origine est beaucoup plus complexe.

Car dans la longue marche imposée par l'évolution, les routes sont nombreuses, sinueuses et entrecroisées. Prenez Neandertal. Ce lointain cousin, qui a pris exil de notre lignée bien avant la naissance de l'humain moderne, n'est pas passé par notre berceau. Mais nous savons depuis une dizaine d'années - et la découverte en fut retentissante - qu'Européens et Asiatiques en sont les héritiers directs pour quelques pourcents de leur génome : il y a près de 40 000 ans, quelque part en Eurasie, sa lignée s'est fondue avec la nôtre, comme si elle ne nous avait jamais quittés.

"Les croisements entre les espèces humaines ont été bien plus nombreux que tout ce que nous pensions, témoigne Alan Rogers, généticien à l'université d'Utah, aux États-Unis.

Et les humains actuels en sont l'ultime résultat." Certes, nous avons un berceau, mais nous sommes aussi une chimère, une somme, la fusion de toutes les humanités qui nous ont précédés. Et les recherches actuelles ne font qu'accentuer ce fait poignant.

Sur notre alliance génétique avec Neandertal, pour commencer. Alors que nous pensions que celle-ci s'était nouée seulement en Eurasie, excluant de fait la présence d'ADN néandertalien au sein des populations africaines, voilà qu'une étude publiée à la fin du mois de février dernier prouve le contraire : tous les peuples africains étudiés porteraient jusqu'à 30 % des séquences génétiques néandertaliennes retrouvées dans les populations européennes actuelles !

UNE LIGNÉE HANTÉE

Cela implique plusieurs choses, commente Joshua Akey, généticien à l'université de Princeton, aux États-Unis, et auteur de l'étude : "Il semble qu'après la sortie d'Afrique des humains modernes, il y a 60 000 ans environ, et l'épisode d'hybridation avec Neandertal qui s'en est suivi, il y ait eu une migration retour vers l'Afrique de ces humains modernes portant en eux l'ADN néandertalien, qui s'est ensuite propagé. Tous les 2 054 individus que nous avons testés à travers le monde présentent des séquences néandertaliennes. Il faut encore des études pour le confirmer, mais on peut dire que Neandertal survit sûrement dans chaque humain vivant aujourd'hui." Nous sommes donc encore plus néandertaliens que nous ne le pensions…

Remontons encore dans le temps : cette même histoire, Neandertal l'aurait lui aussi vécue ! C'est ce qu'affirme Alan Rogers en pointant une portion d'ADN suspecte. Au temps où Neandertal et Denisova n'étaient encore qu'une seule et même lignée, il y a près de 600 000 ans, lors de leur propre sortie d'Afrique, eux aussi auraient bibliquement rencontré un prédécesseur. Qui ? Probablement le tout premier des explorateurs, celui qui, pour la première fois, aurait posé un pied conquérant, et non une patte, sur l'immense Eurasie, il y a de cela 2 millions d'années : Homo erectus lui-même. "Les dates concordent, confirme Alan Rogers, même s'il faudrait plutôt parler de rencontre avec les descendants d' Erectus. Toujours est-il que, puisque nous avons hérité de gènes néandertaliens et denisoviens, il est très possible que nous ayons aussi hérité de cet ADN lointain." Et voilà que nous devenons tous, peut-être, un peu Homoerectus .

Il est pourtant impossible de le savoir avec certitude : l'ADN d' Erectus n'a jamais pu être analysé, car celui contenu dans ses fossiles est trop vieux, trop détérioré. La portion d'ADN suspecte pourrait donc tout aussi bien être l'héritage d'une autre espèce humaine d'un même âge, et dont les fossiles n'ont jamais été retrouvés. Mais la dynamique actuelle de la recherche en paléoanthropologie est là : créer des méthodes statistiques permettant de comparer nos génomes avec ceux des néandertaliens et des denisoviens afin d'identifier justement les séquences qui échappent à leur parenté. Des séquences qui ne peuvent avoir été héritées de leur même ancêtre commun. Des séquences forcément venues d'ailleurs…

Les "fantômes". C'est ainsi qu'ont été baptisées ces populations inconnues, détentrices originelles de ces traces d'ADN découvertes au cœur de nos génomes. Des populations qui ont disparu de la surface de la Terre, mais qui continuent d'exister à travers nous. Les paléoanthropologues parlent même de "fantômes modernes", de "fantômes archaïques", voire de "fantômes super-archaïques", selon qu'ils apparaissent dans notre lignée comme des cousins plus ou moins éloignés. Et notre ADN s'avère plus hanté qu'un château écossais !

UNE HYBRIDATION OPPORTUNISTE

Plusieurs peuples d'Afrique de l'Ouest porteraient ainsi entre 2 et 19 % d'ADN d'un de ces fantômes… Celui-ci aurait quitté notre lignée avant même que Neandertal et Denisova ne le fassent, puis serait revenu s'hybrider il y a près de 50 000 ans avec certaines des premières populations d'humains modernes. Un autre signal similaire, mais qui n'a pu être daté cette fois, a aussi été découvert fin 2019 dans les populations d'Afrique sub-saharienne. "Et il y en aura sûrement beaucoup d'autres" , prévient Alan Rogers.

Qui étaient ces populations que l'humain moderne a totalement englouties dès l'aube de son histoire ? Les candidats ne manquent pas : l'Afrique, au même titre que l'Europe et l'Asie, fourmillait alors de lignées. Homo naledi, par exemple, cet humain fossile présentant une mosaïque de caractères modernes et ancestraux, dont un tout petit cerveau de la taille d'un pamplemousse, vivait encore il y a un peu plus de 200 000 ans en Afrique du Sud. Et un fossile attribué à Homo heidelbergensis, découvert en Zambie il y a un siècle, vient d'être redaté : âgé de 300 000 ans, il aurait pu sans conteste être absorbé par nous.

Bien sûr, certaines lignées humaines ont bel et bien disparu, sans rejoindre notre route. Comme Homo floresiensis , cette espèce naine qui habitait l'île de Florès, en Indonésie, qui s'est éteinte il y a près de 50 000 ans : nulle trace de fantôme n'a été retrouvée chez les populations actuelles de l'île, par rapport aux autres populations d'Asie. Mais contrairement à ce que l'on pensait, c'est l'exception qui confirme la règle. Car la norme, elle, était plutôt l'hybridation. "D'autant qu'on sait aujourd'hui que des espèces humaines séparées depuis plus d'un million d'années pouvaient encore s'hybrider, comme ce fut le cas entre les denisoviens et les possibles descendants d' Erectus " , renchérit Alan Rogers.

Ce qui n'étonne pas Nicolas Bierne, biologiste spécialiste du phénomène de spéciation à l'université de Montpellier : "Un million d'années, c'est extrêmement court dans l'évolution des espèces. Les populations séparées par ce laps de temps n'en sont finalement qu'au début de leur différentiation, dans ce qu'on appelle la 'zone grise de la spéciation'. Neandertal et les humains modernes étaient ainsi, d'un point de vue génétique, plus proches entre eux que certains animaux que l'on classerait pourtant comme étant de la même espèce. Longtemps on a cru que l'hybridation entre les humains modernes et les néandertaliens ne fonctionnait pas bien, car des portions entières du génome n'étaient jamais néandertaliennes, ou encore parce que nous n'en avons gardé que quelques pour-cents. Mais cela peut s'expliquer facilement : les humains modernes étaient simplement bien plus nombreux, et seuls les gènes particulièrement utiles ont été conservés. Avec la dérive génétique, au fil des générations, des portions entières du génome, moins efficaces, ont donc été effacées."

Et voilà une belle leçon de cette histoire : les portions d'ADN héritées de ces nombreux humains ancestraux ne sont certainement pas silencieuses. Nous n'avons pas seulement assimilé Neandertal et les autres, nous en avons surtout tiré le meilleur. "Les études montrent en effet que les séquences génétiques néandertaliennes jouent un rôle sur le système immunitaire ou la pigmentation de la peau, et ont donc une utilité, souligne Alan Rogers.

De la même manière, les Tibétains ont hérité un gène denisovien facilitant la vie en haute altitude, qui semble provenir originellement d'une population encore plus archaïque." Pour s'adapter à un nouveau milieu, un nouvel en vironnement, l'hybridation est plus efficace que la longue évolution. "Et c'est logique , renchérit Nicolas Bierne.

Les populations ancestrales étaient déjà sur place depuis des centaines de milliers d'années, ou plus : elles ont eu le temps de s'adapter. En un sens, elles nous ont préparé le terrain."

NOTRE MÉTISSAGE CONTINUE…

À côté de tout ce que nous devons à la population souche issue du berceau, les autres populations humaines, chacune à sa manière, nous ont aussi enrichis. Et quand bien même, en tant qu'individus, nous ne posséderions pas toutes ces ancestralités - en Europe, il nous manque celle de Denisova -, ce n'est sûrement que pour un temps. "Projetons-nous dans le futur lointain, imagine Nicolas Bierne. Les métissages vont continuer, au point qu'il n'y aura sûrement plus de populations dites 'pures', tels les Indiens d'Amériques, mais tout le monde, au contraire, en portera l'ADN. Est-ce que, parce que ce pourcentage sera faible, je ne voudrai pas me rattacher à leur histoire ? Bien sûr que si ! De la même manière, je veux me rappeler Denisova."

Alors, rendons hommage à Neandertal et Denisova, à Naledi et Heidelber-gensis , à Erectus et Habilis , à Floresiensis et Luzonensis, et à tous les fantômes qui continuent d'exister à travers nous. Car nous n'avons qu'un berceau, mais de multiples origines.

Source : Science et Vie du 28/05/2020

mardi 10 mars 2020

Qui sont nos aïeux ?

Toumaï, Lucy, Florès... vous connaissez leur nom, mais savez-vous exactement qui est qui ?
Découvrez-le dans cette galerie de portraits.

Toumaï

7 millions d'années (Ma). Découvert au Tchad en 2001, Sahelanthropus tchadensis, alias Toumaï, est notre plus vieil ancêtre connu à ce jour. Sa capacité crânienne (350 cm3) est encore proche du chimpanzé, mais il était déjà probablement en partie bipède.

Lucy

3,2 Ma. Retrouvée en Ethiopie en 1974, Lucy (A. afarensis) est une australopithèque, bipède, mais n'ayant pas tous les caractères du genre Homo. Les médias ont fait d'elle la grand-mère de l'humanité, mais notre généalogie montre que ce n'est pas le cas.

Habilis

2,5 à 1,8 Ma. Avec sa boîte crânienne qui atteint les 600 cm3 (contre 450 pour Lucy), Homo habilis est traditionnellement considéré comme le premier hominidé du genre Homo et le premier à avoir fabriqué des outils.

Ergaster

2,2 à 1 Ma. Avec leur grande taille (1,85 m) et leurs arcades sourcilières peu proéminentes, les fossiles d'Homo ergaster retrouvés en Afrique ressemblent plus à des hommes modernes qu'aucun de leurs contemporains. Sont-ils des H. erectus africains, des ancêtres d'H. erectus ou bien des cousins ? Cela reste à ce jour un mystère.

Erectus

De 1,9 Ma à 120 000 ans. Homo erectus serait le premier Homo à sortir d'Afrique. Avec un cerveau de 1 000 cm3, il colonise l'Europe, le Proche-Orient et enfin l'Asie. Il utilise le feu, c'est certain, mais savait-il l'allumer ?

Flores

De 95 000 à 50 000 ans. Avec leur petit mètre de hauteur, un cerveau de 380 cm3 (un tiers du nôtre) et leurs grands pieds, les fossiles retrouvés sur l'île de Flores (Indonésie) sont des contemporains d'Homo sapiens. Comme lui, ils fabriquent des outils, chassent... Leur taille serait due à une adaptation à la vie insulaire.

Neandertal

De 300 000 à 28 000 ans. Avec son front fuyant, ses pommettes proéminentes et son corps trapu, le néandertalien paraît un peu fruste. Pourtant, il fabrique des outils, crée des bijoux, inhume ses morts... Sa branche aurait divergé de celle d'Homo sapiens il y a 500 000 à 700 000 ans, mais les analyses ADN montrent que les deux espèces ont eu des contacts plus que rapprochés...

Sapiens

Depuis plus de 200 000 ans. Les fossiles, vieux de 35 000 ans, retrouvés dans la grotte de Cro-Magnon, en Dordogne, constituent le plus célèbre représentant européen d'Homo sapiens, autrement dit l'homme moderne. Né il y a 200 000 ans en Afrique, Homo sapiens la quitte il y a 100 000 ans pour coloniser la planète entière. Il est le seul du genre Homo à avoir survécu.

jeudi 11 avril 2019

Quand plusieurs humanités peuplaient la Terre

La découverte aux Philippines d’une nouvelle espèce du genre « Homo » agrandit encore notre album de famille. Portraits de cousins parfois très proches, aujourd’hui disparus.

L’île de Luçon, aux Philippines, était habitée, il y a plus de 50 000 ans, par une espèce dont quelques restes fossiles découverts dans la grotte de Callao sont décrits dans la revue Nature, publiée mercredi 10 avril. Homo luzonensis s’ajoute ainsi à la liste déjà fournie de représentants du genre Homo, défini par trois critères : la bipédie permanente, l’augmentation du volume cérébral et l’utilisation d’outils – même si des pierres taillées vieilles de 3,3 millions d’années récemment découvertes au Kenya laissent penser qu’Homo n’a pas été la première lignée de bipèdes « technologiques ». Plusieurs de ces espèces d’Homo ont été contemporaines de la nôtre, à des époques où l’humanité ne se réduisait pas au seul Homo sapiens et pouvait se conjuguer au pluriel. Album d’une famille en constante recomposition.

Homo erectus


Aiguillonné par la découverte de Néandertal (1856) et par l’évolution selon Darwin (1859), Charles Dubois, un anatomiste néerlandais, s’était mis en tête de découvrir le maillon intermédiaire entre l’homme et les grands singes. Ses fouilles à Java mirent au jour, à partir de 1890, le pithécanthrope. L’Homme de Pékin, découvert en 1921, conduisit au rapprochement des deux fossiles, sous la même appellation d’Homo erectus. Des fossiles proches retrouvés en Afrique ont depuis été réattribués à une autre espèce, Homo ergaster, généralement considérée comme l’ancêtre d’Homo antecessor en Europe, tandis qu’erectus est désormais cantonné à l’Asie. Chasseur et cueilleur, il maîtrisait le feu et fabriquait des outils de pierre taillée. Peut-être était-il aussi navigateur, s’il est bien l’ancêtre d’Homo floresiensis en Indonésie et d’H. luzonensis aux Philippines ?

Homo naledi


Lorsque la découverte d’Homo naledi dans une grotte proche de Johannesburg (Afrique du Sud) a été annoncée en 2015, Lee Berger (université de Witwatersrand), responsable des fouilles, en aurait volontiers fait l’« ancêtre de l’humanité ». Son petit crâne poussait certains, dont Yves Coppens, à préférer voir en lui un australopithèque, plus archaïque. Depuis, la datation des quinze individus entassés au fond d’un boyau quasi inaccessible s’est affinée : environ 300 000 ans. Ses doigts de main recourbés en auraient fait un bon grimpeur, capable de se servir d’outils, tandis que ses pieds et ses jambes sont parfaitement adaptés à la marche. Lee Berger estime que la présence des fossiles au fond de la grotte pourrait témoigner de pratiques funéraires, mais l’hypothèse d’une mort accidentelle ne peut être écartée. Pour l’heure, aucun outil associé à Homo naledi n’a été retrouvé.

Homo floresiensis


Découvert en 2003 dans une grotte de l’île indonésienne de Florès, le « Hobbit », ainsi surnommé en référence au héros de Tolkien, a longtemps eu un statut incertain. Sa taille minuscule et la datation initiale très récente (12 000 ans seulement) ont conduit certains à le considérer comme un Homo sapiens nain ou atteint de microcéphalie. Ces vifs débats sont terminés : en 2016, de nouvelles datations ont été proposées. La grotte où il a été retrouvé aurait été occupée entre – 100 000 et – 60 000 ans. En 2017, la description de fossiles assez similaires, trouvés dans un site proche et datés de 700 000 ans, a enfoncé le clou : Homo floresiensis était présent en Indonésie bien avant l’arrivée de notre espèce. Quant au petit crâne du Hobbit, il ne semble pas l’avoir empêché d’être astucieux : les sites archéologiques sont jonchés de ses outils, et il maîtrisait le feu…

Homo neanderthalensis


On ne le présente plus, avec son front fuyant et sa réputation de brute. Pourtant, il a fait preuve d’une ingéniosité certaine pour s’adapter à de rudes périodes de glaciation. Bien des questions demeurent sur ses pratiques culturelles et funéraires, sa maîtrise de la parole. Certains soulignent sa production propre et veulent le réhabiliter, quand d’autres voient plutôt en lui un imitateur d’Homo sapiens, moins doué que l’original. Ce qui est certain, c’est que les deux espèces probablement issues d’un ancêtre commun qui vivait il y a 700 000 ans étaient toujours interfécondes 600 000 ans plus tard, comme l’analyse du génome de Neandertal l’a prouvé : les populations non africaines actuelles comptent en moyenne 2 % d’ADN néandertalien. La paléogénomique tente désormais de démêler cet écheveau familial, et de mieux nous définir par rapport à cet héritage néandertalien.

Denisova


C’est une entité humaine en pointillé, définie d’abord par son ADN – une première ! –, plutôt que par les caractéristiques anatomiques d’un fossile : ses découvreurs ne lui ont pas encore donné de dénomination latine binomiale, car ce qui a permis de l’identifier était une minuscule phalange, vieille de plus de 50 000 ans, trouvée en 2008 dans la grotte de Denisova, dans l’Altaï, et attribuée à une jeune fille. Des vestiges plus anciens (200 000 ans) ont depuis été trouvés ainsi qu’un fragment osseux dont on a pu aussi tirer de l’ADN : nouvelle surprise, il s’agissait d’une métisse datant de 100 000 ans, dont la mère était une néandertalienne et le père, un dénisovien. Homo sapiens n’est pas non plus resté insensible au charme dénisovien: on a retrouvé de 3 à 5 % d’ADN dénisovien chez des Papous et des aborigènes d’Australie, lointains descendants de ces amours antédiluviennes.

Homo luzonensis


C’est le dernier venu dans la famille Homo, décrit dans la revue Nature le 10 avril, à partir de treize fossiles appartenant à au moins trois individus : des dents, des os de pieds et de main et un fémur partiel. Le mélange de caractères archaïques et dérivés (modernes) a conduit leurs découvreurs à proposer une nouvelle espèce, qui peuplait cette île des Philippines il y a plus de 50 000 ans. Comme pour Homo floresiensis, l’isolement aurait conduit à une évolution séparée à partir d’un ancêtre qui pourrait être le responsable de marques de boucherie trouvées sur des restes de rhinocéros vieux de 700 000 ans, trouvés eux aussi à Luçon, à quelques kilomètres à vol d’oiseau.

Homo sapiens


Notre espèce réserve encore des surprises aux paléontologues. On a longtemps cru qu’elle était née il y a 100 000 ans en Afrique de l’Est, et qu’elle avait entamé sa conquête de la planète il y a environ 60 000 ans. Deux études récentes ont chamboulé ces scénarios. La découverte au Maroc de fossiles de sapiens vieux de 315 000 ans, annoncée en juin 2017, vieillissait de 100 000 ans le registre fossile pour notre espèce. Et plaidait pour son origine « panafricaine », d’autant que les outils retrouvés sur place en évoquent d’autres trouvés ailleurs en Afrique, parfois plus anciens encore. Autre surprise : la découverte sur le mont Carmel, en Israël, d’une demi-mâchoire vieille de 180 000 ans, annoncée début 2018, montre que notre espèce était déjà dans les starting-blocks pour conquérir la planète bien plus tôt qu’on ne l’avait imaginé.


Source : Le Monde du 10/04/2019

dimanche 14 mai 2017

Le hobbit de Florès: un tout petit homo primitif venu d'Afrique, pas un "nain insulaire"

Une analyse phylogénétique de l'homme de Florès montre qu'il ne s'agit pas d'un Homo erectus rétréci par nanisme insulaire, mais d'un tout petit homme primitif venu d'Afrique.

HOBBIT. Minus il était, minus il est resté ! C'est ainsi que l'on pourrait résumer l'étude phylogénétique la plus complète jamais menée sur l'Homme de Florès, un homme fossile de tout petit gabarit avec son mètre de haut et ses 30 kilos tout mouillé, et surnommé le hobbit depuis sa découverte en 2003. Dans le Journal of Human Evolution, Debbie Argue de l'École d'Archéologie et d'Anthropologie de l'Australian National University et ses collègues australiens, malgaches et américains soutiennent que l'origine de cette espèce s'ancrerait il y a -1,75 million d'années au moins, certainement en Afrique. Ce petit hominidé serait ainsi anatomiquement très proche d'Homo habilis, le tout premier des Homo, dont la taille variait entre 1,10 m et 1,20 m pour 30,5 kilos.

Jusqu'à présent, on supposait qu'Homo floresiensis descendait d'un Homo erectus beaucoup plus grand (1,65m pour 67 kg environ), débarqué d'Afrique en Asie il y a 1,5 million d'années et dont on trouve la trace non loin, sur l'ile indonésienne de Java. On pensait qu'une fois sur l'ile de Florès, l'hominidé avait diminué en taille, par nanisme insulaire, un rétrécissement morphologique déjà observé chez d'autres espèces préhistoriques -comme le mammouth- isolées dans un environnement où les ressources sont moins abondantes et dont les prédateurs sont absents.

Une autre hypothèse, très controversée, voulait que l'Homme de Florès soit un H. sapiens déformé par une pathologie (trisomie 21, microcéphalie), mais elle a été disqualifiée en 2016 après examen de l'endocrâne du bonhomme par le français Antoine Balzeau, du Musée de l'Homme.

L’étude confirme que Florès n’était pas un H.sapiens malade

La nouvelle étude confirme que Florès n'était pas un homme moderne malade, mais bien un homme archaïque. "Nous sommes sûrs à presque 100 % qu'il n'est pas un Homo sapiens mal formé", assène Mike Lee, de l'Université Flinders (Australie du sud), qui s'est chargé de la modélisation statistique des données fossiles. Au-delà des précédents travaux, son équipe ne s'est pas seulement focalisée sur le crâne et la mâchoire, mais a aussi étudié les dents, les bras, les jambes et les épaules. Les bonshommes de Florès (on a retrouvé une dizaine d'individus) ont ainsi été comparés à des Australopithecus comme des Homo à partir de 133 points de mesure. Résultat ? "Nous sommes sûrs à 99 % qu' Homo floresiensis n'est pas lié à Homo erectus", poursuit Mike Lee. Sa gueule, ou plutôt la structure de sa mâchoire était même plus primitive. "Logiquement, il est difficile de comprendre comment vous pourriez avoir une régression, assène Debbie Argue. Pourquoi et comment la mâchoire d'Homo erectus aurait-elle pu évoluer vers un stade plus primitif comme celui d'Homo floresiensis ?" L'évolution des espèces ne revient pas en arrière, selon la théorie.

Ce travail comblerait de joie de l'un des découvreurs de l'Homme de Florès, l'Australien Mike Morwood, aujourd'hui décédé, qui expliquait dès 2005 à Sciences et Avenir que le hobbit avait des traits primitifs -dents, membres supérieurs, poignets notamment- qui évoquaient ceux des Homo habilis ou des australopithèques (lire Sciences et Avenir n°810). Il incitait dès lors à une comparaison poussée. C'est désormais chose faite. Comme il le pensait, les populations préhistoriques de l'île indonésienne, disparues il y a environ 50 000 ans, seraient des survivants d'une espèce très ancienne et lilliputienne, cousine d'Homo habilis et apparue il y a plus de 1,75 million d'années." H. floresiensis serait venu d'Afrique, suivant un courant migratoire jusque-là peu documenté", précise l'anthropologue australien Colin Grove, co-signataire de l'article.

Deux points obscurs subsistent : on n'a jamais retrouvé de représentant de l'espèce H. floresiensis (ou de son ancêtre commun avec Homo habilis) sur le continent noir. Et son cerveau de 380 cm3 est deux fois plus petit que celui d'Homo habilis. Sa seule boite crânienne a-t-elle pu diminuer en volume au cours de l'évolution? C'est la dernière énigme qu'il faudra résoudre.

Source : Sciences et Avenir du 11/05/2017

dimanche 30 avril 2017

Les origines d’Homo floresiensis se précisent

D’après une nouvelle étude des restes fossilisés du « hobbit », il apparaît que ses origines seraient à chercher vers un autre ancêtre africain qu’Homo erectus

L’hominidé découvert sur l’île de Flores, en Indonésie, est certes petit par sa taille (1,1 mètre), mais la multitude d’études qui lui sont consacrées depuis 2003 en font une des plus grandes révolutions dans la compréhension de l’évolution humaine.

Une étude plus complète

La nouvelle étude était diligentée par le Dr Debbie Argue (École d'Archéologie et d'Anthropologie, Australian National University) ; l’équipe était constituée de scientifiques australiens, malgaches et américains. Elle a été publiée dans le Journal of Human Evolution.
Jusqu’à présent, les études allaient dans le sens d’un Homo floresiensis descendant d’un Homo erectus beaucoup plus grand et qui vivait en Asie, à Java. Une autre piste expliquait la morphologie de l’Homme de Flores par une lignée malade d’Homo sapiens.
Alors que les précédentes recherches étaient concentrées principalement sur le crâne et la mâchoire inférieure, l’étude de Debbie Argue a utilisé 133 points de mesures comprenant aussi bien le crâne que la mâchoire et les dents, mais également les bras, les jambes et les épaules. Plusieurs espèces ont pu ainsi être comparées : A. afarensis, A. africanus, A. sediba, H. habilis, H. rudolfensis, H. ergaster, H. erectus (Sangiran and Trinil), H. georgicus, Homo naledi, H. floresiensis, et H. sapiens.

Une remise en cause de la filiation d’Homo floresiensis

En comparant la morphologie et le squelette de l’homme de Flores avec celui d’Homo erectus, l’équipe a complètement invalidé la filiation entre les deux espèces.
"Nous avons examiné si Homo floresiensis pouvait être un descendant d'Homo erectus" indique le professeur Argue.
"Nous avons constaté que si vous essayez de relier ces deux espèces sur l'arbre généalogique, vous obtenez des résultats incompatibles. Tous les tests indiquent que cela ne correspond pas, cette théorie n'est tout simplement pas viable".

Le Dr Argue indique que par de nombreuses caractéristiques, telles que la structure de la mâchoire, Homo floresiensis était plus primitif qu’Homo erectus.
"En toute logique, il est difficile de comprendre comment vous pourriez avoir une régression. Pourquoi et comment la mâchoire d'Homo erectus aurait-elle pu évoluer vers un stade plus primitif comme celui d’Homo floresiensis ?" C’est une constante dans l’évolution des espèces… on ne revient pas en arrière.

Homo habilis en ancêtre probable ?

D’après les chercheurs, il semble que les racines d’Homo floresiensis pourraient être beaucoup plus anciennes qu’initialement prévues. Avec cette nouvelle étude, la « date de naissance » de l’espèce pourrait être repoussée à 1,75 millions d'années en arrière.
"Si c’est le cas, Homo floresiensis aurait évolué avant le premier Homo habilis, ce qui rendrait cette espèce très archaïque", a déclaré le Dr Argue. Les deux espèces sœurs aurait donc un ancêtre en commun.
Le professeur Mike Lee (Université Flinders) et le Musée sud-australien d’Adélaïde ont utilisé la modélisation statistique pour analyser les données.
"Lorsque nous avons fait l'analyse, il y avait des éléments très clairs en faveur d’une relation avec Homo habilis. Homo floresiensis occupait une position très primitive sur l'arbre de l’évolution humaine", a déclaré le professeur Lee.

"Nous sommes sûrs à 99 % qu’Homo floresiensis n'est pas lié à Homo erectus et à presque 100 % qu’il n’est pas non plus un Homo sapiens mal formé", a déclaré le professeur Lee.

Source : Hominidés.com du 27/04/2017

vendredi 28 avril 2017

L'homme de Florès révèle sa véritable identité !

Le surnommé Hobbit ne serait ni un descendant d'erectus, ni un nain crétin, mais un très lointain cousin d'Homo habilis vieux de 1,75 million d'années.

C'est la fin d'une énigme qui tient en haleine les archéologues depuis 14 ans. On sait enfin qui est Homo floresiensis – dit Hobbit en raison de sa taille minuscule –, découvert en 2003 sur l'île indonésienne de Florès. Jusqu'à présent, pour certains, c'était un descendant d'Homo erectus, tout comme nous, mais qui aurait pris une voie parallèle. Pour d'autres encore, c'était un Pygmée microcéphale ou encore un nain crétin souffrant de déficit alimentaire. Ce qui faisait de l'homme de Florès, un Homo sapiens de petite taille.

Oublions toutes ces hypothèses abracadabrantesques comme dirait un autre « ancêtre ». Une étude publiée dans The Journal of Human Evolution affirme à 100 % que le Hobbit appartiendrait à un rameau s'étant séparé du « tronc humain » voilà 1,75 million d'années. Ce qui nous fait remonter à une lointaine époque où notre ancêtre Homo habilis batifolait dans la savane africaine. Bref, Homo floresiensis ne serait pas un descendant d'erectus (lequel succéda plus ou moins à habilis), mais au contraire il serait un « cousin » d'habilis.

Le crâne d'un chimpanzé, mais une mémoire d'éléphant

Les auteurs de l'étude de l'université nationale d'Australie assoient leur certitude sur 133 données anthropomorphiques relevées sur les crânes, les mâchoires, les dents, les bras, les jambes et les épaules de nombreux fossiles appartenant à toutes les espèces d'Homo. « Aucune de ces données ne va dans le sens d'un Homo floresiensis, descendant d'erectus », affirme le Dr Debbie Argue qui a dirigé l'équipe de chercheurs. Où s'est déroulée cette séparation ? En Afrique ? Après la sortie d'Afrique ? Pour l'instant, il n'y a pas de réponse.

C'est en 2003 que l'homme de Floresiensis a été pour la première fois découvert dans une caverne de l'île indonésienne de Florès par l'archéologue australien Mike Morwood et son collège indonésien Radien P. Soejono. Tous deux ont mis au jour les ossements fossiles de neuf individus. Dans un premier temps, ceux-ci ont été datés entre 100 000 et 18 000 ans. Ce qui aurait fait du Hobbit un contemporain de l'homme. Cependant, de nouvelles datations repoussent l'âge des fossiles les plus récents à - 50 000 ans. Donc, pas de cohabitation possible à l'époque. Le Hobbit mesurait environ un mètre pour un poids compris entre 16 et 28 kilos. Il se tenait debout et pouvait compter sur un cerveau de quelque 380 cm3. Le volume de celui d'un chimpanzé, mais doté des lobes nécessaires pour la résolution de problèmes et pour loger une bonne mémoire. Une intelligence suffisante pour qu'il manipule des outils en silex de sa confection. Selon certains archéologues, il aurait pu maîtriser le feu. En 2014, des dents et un morceau de mâchoire ont été trouvés dans une autre caverne de l'île, datés de 700 000 ans et donnés pour appartenir à un ancêtre de floresiensis.

Source : Le Point du 26/04/2017

mercredi 26 avril 2017

La saga du « Hobbit » continue : quelles sont les origines de l’Homme de Florès ?

De nouvelles recherches suggèrent que l’Homme de Florès (Homo floresiensis), aussi appelé le « Hobbit » en raison de sa petite taille, serait finalement étroitement lié à un ancêtre humain vivant en Afrique il y a quelques millions d’années, Homo habilis (et non Homo erectus comme on il était largement supposé).

En 2003, sur l’île de Florès, en Indonésie, de petits Hominidés furent trouvés et appelés « Hommes de Florès » ou « Hobbits » en raison de leur petite taille. Onze ans plus tard, d’autres restes humains plus anciens ont été découverts sur cette même île. Ils étaient alors considérés comme les ancêtres de ces « Hobbits ». Ces nouveaux fossiles évoquant Homo erectus, notre ancêtre, ces petits hominidés ont alors été considérés comme nos cousins et auraient subi le phénomène évolutif du nanisme insulaire. Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université nationale australienne (ANU) a en revanche révélé que l’Homme de Florès était probablement une espèce sœur d’Homo habilis, l’une des premières espèces d’êtres humains qui vivaient en Afrique il y a 1,75 million d’années.

Ainsi l’Homme de Florès n’aurait aucun lien avec Homo erectus ? Les chercheurs ont en effet examiné plus de cent caractéristiques osseuses de onze espèces d’hominidés, dont Australopithecus afarensis, Homo erectus, Homo habilis et Homo sapiens. En appliquant des outils statistiques, il ont alors conclu qu’il n’y avait aucune preuve étayant l’hypothèse dominante actuelle sur les origines de H. floriensis : « Les résultats permettront de clore un débat depuis la découverte de l’Homo floresiensis », a notamment admis Debbie Argue, de l’École d’archéologie et d’anthropologie de l’ANU. « Les analyses montrent que sur l’arbre généalogique, l’Homme de Florès était probablement une espèce sœur de l’Homo habilis. Cela signifie que les deux ont partagé un ancêtre commun ».

En analysant les restes de H. floriensis (133 points de données sur le crâne, les mâchoires, les dents, les bras, les jambes et les épaules), les chercheurs ont tablé que des structures telles que la forme de la mâchoire étaient trop primitives pour être liées à H. erectus. « Logiquement, il serait difficile de comprendre comment vous pourriez avoir cette régression — pourquoi la mâchoire d’Homo erectus évoluerait-elle vers la condition primitive observée chez Homo floresiensis ? », interroge Debbie Argue. En revanche, les caractéristiques primitives suggèrent une séparation assez précoce d’une espèce d’hominidés plus ancienne, il y a plus de 1,75 million d’années : Homo Habilis. Il est alors possible qu’une population diminuée d’hominidés plus proches de H. habilis que toute autre espèce humaine en provenance d’Afrique ait traversé l’Asie, avant de se retrouver dans les coins les plus éloignés du monde comme l’île de Flores.

Malheureusement, comme beaucoup d’autres espèces, le « hobbit » n’aura laissé derrière lui que quelques os dispersés sur une île et quelques pierres ébréchées, de quoi nous fournir quelques indices de son histoire. Les découvertes futures et les analyses des fossiles pourraient fournir plus de détails sur la nature exacte de cette ramification. Il s’agit là d’une simple branche dans un magnifique buisson d’hominidés, mais quelle branche exactement ? L’Homme de Florès est-il vraiment une espèce sœur d’H. habilis ? Appartient-il à un autre groupe ? La saga du Hobbit a encore de beaux jours devant elle.

Source : Sciencepost du 25/04/2017

vendredi 19 août 2016

L’ancêtre de l’Homme de Florès retrouvé

Des restes vieux de 700 000 ans retrouvés en Indonésie éclairent les origines de l’Homme de Florès, notre mystérieux « petit cousin » d’Asie.

On dit souvent que chaque famille recèle un aïeul excentrique. Parmi les espèces qui composent la grande famille humaine, ce parent est sans aucun doute Homo floresiensis. Surnommé le « hobbit » en référence aux petits personnages aux pieds velus de l’œuvre de Tolkien, cette créature mesurait à peine plus d’un mètre, avait de courtes jambe, de grands pieds et un cerveau de la taille d’un pamplemousse – autant de traits primitifs associés à nos ancêtres d'il y a plusieurs millions d’années. Pourtant, H. floresiensis vivait encore sur l’île de Florès, en Indonésie, il y a à peine 60 000 ans, alors que des espèces humaines avec une anatomie et un cerveau aux proportions modernes (Homo sapiens et Néandertal) étaient déjà établies partout dans le monde.

Comment les Hommes de Florès en sont-ils arrivés à ces caractéristiques anatomiques dépassées ? Les scientifiques se posent la question depuis que les étranges fossiles ont été trouvés en 2004 dans la grotte de Liang Bua, à l’ouest de l’île de Florès. Mais de nouvelles découvertes viennent d'être faites sur un autre site de l’île. Selon leurs auteurs, ces nouveaux fossiles, vieux de 700 000 ans, mettent en lumière les origines mystérieuses de l’Homme de Florès. Tous les chercheurs n’en sont cependant pas convaincus.

Jusqu’à aujourd’hui, les paléoanthropologues se sont principalement concentrés sur deux hypothèses concurrentes à propos de l’évolution de Homo floresiensis. D’après la première, il descendrait de Homo erectus, une espèce plus grande et au cerveau plus volumineux qui fut le premier membre de la famille humaine à quitter l’Afrique pour se répandre de par le monde. Dans ce scénario, le corps et le cerveau plus petits de H. floresiensis sont le résultat d’une adaptation aux ressources limitées disponibles sur l’île de Florès. Un tel rapetissement, qualifié de « nanisme insulaire » est bien connu chez d’autres espèces de mammifères ayant colonisé des îles, comme certains membres de la famille des éléphants, mais n’avait jamais été observé chez les humains.

Selon la seconde hypothèse, H. floresiensis descend d’un ancêtre plus primitif qui était lui même de petite taille et avait aussi un petit cerveau, peut-être Homo habilis ou un membre du genre Australopithecus. Dans ce scénario, H. floresiensis était déjà petit avant son arrivée sur l’île de Flores, ayant conservé ces caractéristiques primitives de ses ancêtres directs (ainsi que d’autres, visibles dans les os du bras, du poignet, de la main et du pied). Mais des formes humaines aussi primitives n’ont jamais été découverts en dehors d’Afrique.

Il existe un troisième scénario, défendu par une petite mais bruyante minorité. Selon celui-ci, les restes découverts ne seraient pas représentatifs d’une espèce distincte, mais appartiendraient à des individus H. sapiens ayant eu des problèmes de développement.

L’absence de tout fossile humain à Florès antérieur à ceux de Liang Bua empêchait de tester ces hypothèses, jusqu’à aujourd’hui. Dans deux publications de parues le 9 juin dans la revue Nature, Gerrit van den Bergh et Adam Brumm, de l’Université de Wollongong en Australie, et leurs collègues, ont annoncé avoir découvert une collection de fossiles humains vieux de 700 000 ans sur un site du centre de Florès, Mata Menge. Les chercheurs ont provisoirement associé ces fossiles (un morceau de petite mâchoire inférieure et six petites dents individuelles provenant d’au moins trois individus différents) à H. floresiensis et suggèrent qu’ils représentent les ancêtres directs des petits hommes de Liang Bua.

L'examen de la nouvelle mâchoire et des dents a montré qu’elles sont similaires à leurs homologues de Liang Bua en termes de taille et de forme, bien que moins spécialisées, ce qui est attendu pour des formes plus anciennes. Les auteurs notent qu’un autre indice appuie le lien étroit entre les deux groupes : les outils de pierre trouvés sur les deux sites de Mata Menge et Liang Bua présentent de grandes similitudes. L’équipe a également comparé la mâchoire et les dents du site de Mata Menge avec celles d’autres espèces humaines, y compris Australopithecus et H. habilis. Ils en ont conclu que leurs restes fossiles ont des caractéristiques plus proches de celles de H. erectus. Ainsi, selon eux, ces résultats appuient l’hypothèse selon laquelle H. floresiensis est un descendant rapetissé de H. erectus plutôt que d’un ancêtre humain plus primitif.

Les restes du site de Mata Menge laissent à penser que ce rapetissement s’est produit étonnamment vite. Les plus vieilles traces connues de présence humaine sur l’île de Flores – une série d’outils en pierre du site de Wolo Sege – datent d’environ un million d’années. Aucun reste humain associé à ces outils n’a été retrouvé, mais s’ils ont été fabriqués par les ancêtres, plus grands, des petits individus de Mata Menge ayant vécu il y a 700 000 ans, cela signifierait que leur taille a évolué en seulement 300 000 ans. Ce rapetissement éclair contraste fortement avec le rythme évolutif observé chez d’autres fossiles humains. « La taille du corps et du cerveau humain a augmenté pendant le Pléistocène (entre -2,6 million et -11 600 ans), mais l’île de Florès nous montre que ça n’a pas été à sens unique», a expliqué Van den Bergh lors d’une conférence de presse le 6 juin dernier.

Des fossiles d’animaux trouvés sur le site montrent que les Hommes de Mata Menge vivaient dans un habitat de type savane formé de prairies et de points d’eau. Des rongeurs, des crocodiles, des stégodons – cousins disparus de l’éléphant – des dragons de Komodo et un éventail d’oiseaux partageaient leur environnement. Les Hommes de Florès mangeaient-il certains de ces animaux ? Les chercheurs l’ignorent : leurs outils en pierre auraient pu servir à découper de la viande, mais aucune trace n’a été décelée sur les ossements animaux.

Des paléoanthropologues extérieurs à l'équipe jugent ces découvertes importantes. « Ils ont mis en évidence de solides preuves » d’un lien entre les fossiles de Mata Menge et ceux de Liang Bua, estime Fred Grine, spécialiste en fossiles de dents humaines à l’université Stony Brook à New York. Ce dernier soutient que la petite taille des nouveaux spécimens suffit à établir la relation ; leurs similitudes morphologiques renforçant d’autant plus cette hypothèse. Fred Grine partage l’avis de l’équipe selon lequel ces restes prouvent que H. floresiensis est un descendant rapetissé de H. erectus. Il ajoute que ces nouveaux fossiles rendent caduque l’hypothèse selon laquelle les « hobbits » seraient simplement des individus H. sapiens ayant souffert d’une pathologie. Pour lui, « il est difficile de soutenir cela, maintenant que nous connaissons un site plus ancien avec le même type de matériel ».

Toutefois, d’autres chercheurs sont plus réservés sur les déclarations de Gerrit van den Bergh et Adam Brumm. Selon Shara Bailey, de l’Université de New York, également spécialiste en fossiles de dents humaines, rien chez les spécimens de Mata Menge ne permet de les lier à H. floresiensis du site de Liang Bua à part, peut-être, la petite taille de la mâchoire inférieure. La forme des dents trouvées à Mata Menge ne démontre pas de lien mais n’en exclut pas non plus. Pour S. Bailey, la découverte d’une troisième prémolaire inférieure (P3 dans le langage des anatomistes) sur le site de Mata Menge aiderait à régler le problème. En effet, chez H. floresiensis de Liang Bua, cette dent avait une forme particulière. « Je ne serai convaincue que s’ils trouvent une P3 inférieure qui ressemble à la P3 de Liang Bua », explique-t-elle.

Adam van Arsdale, du Wellesley College dans le Massachussetts, spécialiste en fossiles de mâchoire humaine, exprime des doutes similaires sur l'attribution des restes de Mata Menge aux ancêtres directs des Hommes de Liang Bua. « Je ne suis pas convaincu que la morphologie des spécimens découverts soit suffisante pour exclure un lien entre les restes de Mata Menge et d’autres lignées humaines. » déclare-t-il. En d’autres termes, les récentes découvertes ne permettent pas d’écarter d’autres possibilités pour placer l' Homme de Florès dans l’arbre généalogique humain.

Des fossiles plus indiscutables seront peut-être bientôt mis au jour. Adam Brumm et ses collègues sont désormais en train de fouiller des sédiments vieux de 900 000 ans à Mata Menge ainsi que sur d’autres sites plus anciens de la région du bassin de Soa, sur l’île de Flores. En haut de sa liste de vœux : « des jambes et des bras, des poignets et des pieds, bref, les os où les étranges caractéristiques de floresiensis se manifestent le plus clairement ».

Source : Pour la Science du 18/06/2016

jeudi 16 juin 2016

L'Homme de Florès, dit « le Hobbit », est en fait notre cousin

En 2003, sur l'île de Florès, en Indonésie, de petits Hommes furent trouvés et appelés « Hommes de Florès », ou « Hobbits ». Onze ans plus tard, d'autres restes humains, ressemblant aux premiers mais plus anciens, ont été découverts sur cette même île. Ils seraient en fait les ancêtres des « Hobbits ». De plus, puisque ces nouveaux fossiles évoquent Homo erectus, notre ancêtre, ces petits Hommes sont… nos cousins ! Ils auraient subi le phénomène évolutif du nanisme insulaire.

C’est probablement la fin des controverses autour de « l’Homme de Florès », cet hominidé dont plusieurs individus ont été trouvés en 2003 dans une grotte de l’île de Florès, en Indonésie. Datés de 50.000 ans et ne mesurant qu’un petit mètre, pour 25 kg, avec une petite tête, ce qui leur a valu le surnom de « Hobbit » (d’après les personnages imaginés par l'écrivain anglais J. R. R. Tolkien), ces humains-là intriguaient au plus haut point. Certains y voyaient des Homo sapiens difformes, atteints d’une pathologie qui restait à trouver, évoquant une trisomie.

D’autres en faisaient une espèce à part, Homo floresiensis, que l’évolution aurait conduit vers une petite taille après l’arrivée sur cette île, par un processus de nanisme insulaire, connu chez d’autres espèces animales, quand les ressources se font plus rares. Sa position dans la famille humaine reste méconnue, avec deux hypothèses en lice : une filiation avec Homo erectus (un ancêtre d’Homo sapiens), avec Homo habilis ou encore avec des australopithèques, peut-être déjà de petites tailles.

Deux études, parues dans Nature, viennent éclairer l’histoire d’un jour nouveau. En 2014, des restes ont été trouvés dans une autre grotte de la même île, sur le site de Mata Menge : un morceau de mandibule et six dents. Une récolte modeste mais bouleversante. La mandibule s’apparente à celle de l’Homme de Florès mais avec une taille encore plus petite que celle des fossiles de la grotte de Liang Bua (celle de la découverte de 2003). D’après les auteurs, il s’agit bien d’un individu adulte. Elle s’apparenterait davantage, ajoutent-ils, à H. erectus qu’à H. habilis. De plus, les dents semblent intermédiaires entre celles de H. erectus et celles de l’Homme de Florès de la grotte de Liang Bua. Nous partagerions donc un même ancêtre (H. erectus) avec l’Homme de Florès, qui devient un cousin.

Les humains peuvent rapetisser autant que les éléphants...

Voilà pour la première étude. La seconde est une datation, par la méthode des isotopes de l’argon (évaluant le rapport 40Ar/39Ar). Le résultat est lui aussi étonnant : 700.000 ans. Exit, donc la parenté directe avec H. sapiens puisque notre espèce n’existait pas encore. L’hypothèse qui est ainsi consolidée est celle d’une filiation avec H. erectus et un phénomène de nanisme insulaire, qui a par exemple, soulignent les auteurs, abouti à des éléphants mesurant 1 m au garrot, sur des îles de Méditerranée, et à des mammouths nains, retrouvés en Crète.

Parvenu sur ces îles indonésiennes, ce descendant de H. erectus, confronté à des ressources alimentaires plus rares, se serait adapté au fil des générations par une taille plus faible. Les outils les plus anciens retrouvés sur l’île indiquent, selon Gerrit van den Bergh, coauteur des deux études, que H. erectus a dû arriver il y a environ un million d’années. La conclusion en rejoint deux autres. Celle de Matthew Tocheri, du Muséum d’histoire naturelle de Washington, qui, en 2007, sur la base de comparaisons anatomiques, situait à au moins 800.000 ans la séparation entre notre propre lignée et celle ayant conduit à l'Homme de Florès. Et celle de Karen Baab, en 2013, rapprochant le Hobbit avec H. erectus. En quelques centaines de milliers d’années, l’espèce a pu augmenter sa population en réduisant sa taille, comme les éléphants de Sicile ou de Malte…

Source : Futura Sciences du 10/06/2016

vendredi 10 juin 2016

L’ancêtre de l’homme de Florès, dit «le hobbit», a (peut-être) été découvert

ARCHEOLOGIE Des primates vieux de 700.000 ans seraient les ancêtres de ce mystérieux homme de petite taille...

Cela pourrait éclaircir le mystère entourant « le hobbit », le vrai. Deux études publiées ce mercredi dans la revue britannique Nature devraient mettre fin à certaines controverses vieilles de plus de dix ans autour des origines de l’homme de Flores, qui vivait sur l’île indonésienne du même nom et qui est surnommé le « hobbit » en raison de sa petite taille.

Plus de dix ans de recherches

Retour en trois temps sur cette découverte scientifique. Acte Un : L’homme de Florès, qui aurait vécu il y a 50.000 ans, a été mis au jour en septembre 2003 dans la grotte de Liang Bua sur l’île éponyme en Indonésie. D’une taille d’environ 1m pour 25 kg, ils étaient dotés d’une tête anormalement petite par rapport à leur corps, abritant un cerveau d’une taille similaire à celui d’un chimpanzé. Ce qui leur vaut le surnom de « hobbits » comme les petits personnages du Seigneur des anneaux de Tolkien.

Acte deux : depuis cette découverte, les scientifiques tentent d’expliquer d’où pourrait venir cet étrange petit être, pourquoi il est si petit et pourquoi on ne le retrouve que sur cette île. Pour certains, l’homme de Florès serait un descendant de petits Homo habilis ou de petits australopithèques venus d’Afrique. Pour d’autres, ce serait un Homo erectus qui aurait progressivement rapetissé pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.

Nouveau rebondissement ce mercredi pour un troisième acte : Yousuke Kaifu et son équipe annoncent, dans une étude publiée dans la revue britannique Nature, la découverte en 2014, de nouveaux fossiles sur l’île. Ce trésor, qui a été découvert sur le site de Mata Menge à 100 kilomètres à l’est de la grotte de Liang Bua, où les fameux « hobbits » ont été retrouvés, comprend un fragment de mâchoire et six dents, qui provient d’une mandibule plus petite que la plus petite mandibule de l’homme de Florès.

Fin des polémiques

Des ossements qu’Adam Brumm de l’université de Wollongong en Australie et ses collègues, datent d’environ 700.000 ans dans une seconde étude, publiée également ce mercredi dans Nature.

« Ce que nous avons trouvé est une énorme surprise et laisse penser que l’Homo floresiensis est une espèce extrêmement ancienne qui a acquis sa petite taille très tôt, peut-être peu de temps après son arrivée sur l’île il y a environ un million d’années », déclare le chercheur.

« Ces étranges hominidés étaient donc déjà présents sur l’île il y a 700.000 ans », explique Yousuke Kaifu du Musée national de la nature et des sciences d’Ibaraki au Japon. « J’étais stupéfait quand j’ai vu ces nouveaux fossiles », ajoute-t-il.

Cette découverte discrédite une des hypothèses jusqu’ici avancée par certains chercheurs puisque si le petit homme était présent il y a 700.000 ans, il ne peut pas être un Homo sapiens, apparu sur Terre bien plus tard. Fin d’une polémique : l’homme de Florès n’est donc pas un sapiens malade, atteint de microcéphalie ou de trisomie. L’homme de Florès pourrait donc bien être un pur produit de l’évolution locale, qui se serait adapté à l’environnement de l’île où les ressources alimentaires étaient rares.

Source : 20 minutes du 08/06/2016

samedi 2 avril 2016

L'homme de Florès a disparu plus tôt que prévu

De nouvelles datations suggèrent que le hobbit préhistorique de l’île indonésienne de Florès s’est éteint il y a 50 000 ans. Soit 38 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait.

EVANOUI. Tout comme l’homme de Neandertal, l’homme de Florès pourrait s’être évanoui de la surface de la terre beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait ! De nouvelles fouilles et datations menées dans la grotte de Liang Bua sur l'île de Flores en Indonésie, suggèrent que l'Homo floresiensis - surnommé le hobbit en raison de sa petite taille et petite tête - occupait cet abri entre -190 000 ans et -50 000 ans et non jusqu'à il y a -12.000 ans comme on le pensait précédemment. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature par des chercheurs de l’Université de Wollongong (Australie), du centre archéologique de Djarkarta (Indonésie) et de l’Université Lakehead (Canada). Les restes fossiles de H. floresiensis, une espèce d'hominidés primitifs distincte d’Homo sapiens, ont été découverts en 2003. L’âge des dépôts, qui comprenaient également des objets en pierre associés et des restes de divers animaux disparus, avait alors été estimé entre – 95 000 et – 12 000 ans. Ces âges étonnamment récents suggéraient alors que H. floresiensis avait survécu longtemps après que les humains modernes ont atteint l'Australie, il y a environ 50.000 ans.

Doutes sur la stratigraphie

Pourtant, dès 2007, l’Australien Mike Morwood, l’un des découvreurs aujourd’hui décédé de Homo floresiensis - confiait à Sciences et Avenir que "la stratigraphie du site était complexe , incertaine, et qu’il faudrait peut-être revoir les datations ". C’est donc chose faite. De 2009 à 2014, Thomas Sutikna, du centre archéologique de Djakarta et ses collègues ont travaillé d’arrache-pied pour caler plus précisément la chronologie et la stratigraphie de Liang Bua: "En mettant à nu des parties encore inconnues de la grotte , nous avons alors constaté que les couches de sédiments dans la grotte n’étaient pas déposées uniformément" explique le premier (voir la vidéo ci dessous). Les nouvelles datations, par les techniques isotopiques uranium/thorium ou argon/argon, situent désormais les restes du squelette de H. floresiensis et les dépôts qui les contiennent entre - 100.000 et - 60.000 ans, alors que des objets en pierre qui peuvent être raisonnablement attribués à cette espèce vont d'environ -190.000 ans à -50.000 ans.

Victime de l'homme moderne ?

Dès lors, Homo floresiensis a-t-il survécu assez longtemps pour rencontrer l'homme moderne ? La question reste ouverte. "La première preuve connue de l'homme moderne sur Flores date d’environ 11.000 ans, souligne Bert Roberts, de l’Université de Wollongong. En revanche, Homo sapiens était sur d'autres îles de la région et a atteint l'Australie il y a 50.000 ans." Sur ce continent, l’homme moderne a joué d'ailleurs un rôle décisif dans l'extinction des animaux endémiques géants (la «mégafaune») qui parcouraient autrefois le continent. "Homo floresiensis est–il une autre victime de la propagation de notre espèce ? C’est une possibilité que nous prenons au sérieux, mais des preuves solides sont nécessaires, précise t-il. Il est impossible de se limiter au site de Florès pour tirer ces chapitres de la préhistoire au clair". Récemment, des outils attribués à l’homme de Florès ou un mystérieux parent ont été trouvés sur l’île proche de Sulawesi. Mais il reste encore beaucoup de confettis rocheux à fouiller sur l’archipel indonésien pour trouver des traces de présence, voire de cohabitation, d’Homo floresiensis et d’Homo sapiens et en savoir plus sur leur destin commun. C’est la tâche à laquelle doit désormais s’atteler Thomas Sutkina.

Source : Sciences et Avenir du 01/04/2016

vendredi 1 avril 2016

L’« homme de Flores », alias le « Hobbit », aurait disparu bien plus tôt qu’on ne le pensait

Quand donc l’« homme de Flores » a-t-il disparu, et pourquoi ? On pensait jusqu’alors qu’Homo floresiensis, un fossile découvert en 2003 dans une grotte de l’île de Flores, en Indonésie, s’était éteint il y a environ 12 000 ans, à une époque où l’homme moderne était présent depuis longtemps dans la région.

Ce scénario est aujourd’hui remis en question par de nouvelles datations présentées dans la revue Nature. L’équipe responsable des fouilles initiales dans la grotte de Liang Bua a réétudié la stratigraphie du site, et considère désormais que le « Hobbit », ainsi surnommé en raison de sa petite taille (1,06 mètre), y a vécu entre − 100 000 et − 60 000 ans.

Cette révision modifie sensiblement l’histoire du peuplement humain dans la région, et va relancer les spéculations sur les causes de la disparition de ce petit représentant du genre Homo, dont on suppose qu’il aurait été un descendant d’Homo erectus, présent en Asie depuis un million d’années.

Sa petite stature s’expliquerait par son isolement géographique, un phénomène de « nanisme insulaire », observé chez d’autres espèces – et sa petite boîte crânienne (400 cm3, l’équivalent de celle de Lucy l’australopithèque, un tiers de la nôtre) n’aurait rien à voir avec une forme de microcéphalie pathologique.

Une espèce minuscule

Lors de l’annonce de sa découverte, dans Nature en 2004, le premier squelette d’H. floresiensis était daté à 18 000 ans, mais d’autres restes apparaissaient dans des couches géologiques formées entre 95 000 à 12 000 ans. Ces datations, étonnamment récentes, impliquaient qu’après l’arrivée depuis l’Afrique dans l’archipel indonésien des premiers Homo sapiens, qui ont atteint l’Australie il y a environ 50 000 ans, cette espèce minuscule avait survécu presque quarante millénaires. Le robuste homme de Néandertal, qui a disparu d’Europe peu de temps après sa colonisation par l’homme moderne, ne pouvait pas en dire autant.

Mais de nouvelles fouilles, conduites entre 2007 et 2014 par une équipe internationale, ont montré que la stratigraphie complexe de la grotte avait pu induire les chercheurs en erreur. « Nous n’avions pas réalisé, durant les premières fouilles, que les dépôts sédimentaires où les restes du Hobbit étaient présents, près de la paroi est de la grotte, étaient d’un âge similaire à ceux du centre de la grotte, que nous avions datés à 74 000 ans, indique Thomas Sutikna (université de Wollongong, Australie, centre archéologique de Jakarta). En avançant dans les fouilles, année après année, il est apparu de plus en plus clairement qu’une large part des dépôts anciens avait été érodée. »

Cette surface a ensuite été recouverte par de nouveaux sédiments au cours des derniers 20 000 ans, et malheureusement, ce sont ces strates qui avaient été retenues pour les datations initiales.

« Véritable travail interdisciplinaire »

L’équipe a donc repris le travail à zéro, pour constater que la présence la plus récente d’H. floresiensis dans la grotte remontait à 60 000 ans, tandis que des outils lithiques qui pouvaient « raisonnablement » lui être attribués étaient encore présents il y a 50 000 ans, et remontaient pour les plus anciens, à 190 000 ans.

Les datations, par les techniques isotopiques uranium/thorium ou argon/argon, semblent cette fois solides. Appliquées à un os d’H. sapiens, elles le datent à − 7 500 ans, ce qui correspond à des traces de charbon présentes dans les strates adjacentes. De nouvelles datations par luminescence infrarouge suggèrent que les grains de feldspath analysés en 2003 provenaient en fait de strates d’époques très distantes, et que la moyenne obtenue était erronée.

Le compte est-il bon, cette fois-ci ? Pour Laurent Bruxelles, de l’Institut national de recherches archéologiques préventives, spécialiste de la stratigraphie des grottes, « cette publication résulte d’un véritable travail interdisciplinaire, et c’est cette approche qui réunit le plus de chances que les résultats, notamment lorsqu’il s’agit de datation, soient le plus fiables possible. »

Même s’il n’a pas encore eu l’occasion de se rendre dans cette grotte, M. Bruxelles estime que « les résultats convergents obtenus sont un argument de poids, solide, pour penser que les niveaux stratigraphiques, tels qu’ils sont présentés, sont cohérents. »

Trois autres lignées humaines connues

L’équipe dirigée par Richard Roberts, de l’université de Wollongong, a aussi réanalysé les restes animaux présents dans la grotte, pour constater que plusieurs espèces disparaissaient subitement de la stratigraphie il y a environ 50 000 ans : des vautours, des marabouts géants, des stégodons pygmées (un proche parent de l’éléphant aujourd’hui disparu), ou encore le dragon de Komodo. Au moment même où H. floresiensis s’évanouissait.

« Beaucoup de gens auront des idées intéressantes sur ces disparitions simultanées, mais la vérité est que nous n’en comprenons par la raison précise – et nous ne la connaîtrons pas avant que beaucoup de travail soit accompli à Liang Bua et d’autres sites sur Flores », estime Matt Tocheri, de l’université Lakehead au Canada, l’un des signataires de l’étude de Nature.

Le fait est que ces disparitions coïncident avec l’arrivée d’H. sapiens dans la région, et que de nombreuses espèces animales succomberont aussi, peu après son irruption sur le sol australien. Notre espèce coexistait à l’époque sur la planète avec trois autres lignées humaines connues, qui lui ont cédé la place : l’homme de Neandertal (Europe) et les Dénisoviens (Sibérie, Asie), dont on sait, grâce à l’ADN ancien, qu’ils ont pu se métisser avec H. sapiens. Mais aussi le petit homme de Flores, qui vivait dans une région chaude, malheureusement peu propice à la conservation de l’ADN, et dont le croisement avec nos ancêtres restera hypothétique.

Notre espèce est-elle responsable de la disparition du Hobbit, il y a 50 000 ans ? « Savoir si H. floresiensis a survécu après cette époque, ou s’il a rencontré des hommes modernes, des Dénisoviens ou d’autres espèces d’hominidés à Flores ou ailleurs, sont autant de questions ouvertes, auxquelles seules de futures découvertes pourraient aider à répondre », concluent les chercheurs dans Nature.

Source : Le Monde du 30/03/2016

vendredi 19 février 2016

Homme de Flores : le Hobbit n’est pas un Sapiens souffreteux

De nouvelles études crâniennes indiquent que l'hommes de Flores n’était pas un humain moderne malade mais pourrait être apparenté aux Homo erectus. Un travail français et décisif.


INSULAIRE. L’homme de Flores a été décrit en 2004 à partir de l’analyse d’un squelette relativement bien conservé (le crâne est presque intact) et de quelques restes d’un autre individu, mis au jour en septembre 2003 dans la grotte de Liang Bua, sur l’île de Flores, en Indonésie. Avec peine un mètre de hauteur et un cerveau de la taille d’un chimpanzé, l’homme de Florès bat tous les records de petitesse. Depuis sa découverte, la controverse fait rage entre scientifiques, les uns y voyant une nouvelle espèce s’étant adaptée au mode de vie insulaire tandis que d’autres spécialistes ont tour à tour attribué sa petite taille à différentes pathologies, présentes chez les humains modernes, telles que la microcéphalie, le syndrome de Down ou le crétinisme (déficit en iode). Pour y voir plus clair, le préhistorien Antoine Balzeau (CNRS /Musée de l'Homme), connu pour avoir étudié le recroquevillement du cerveau de Cro-Magnon, mais aussi le paléopathologiste Philippe Charlier, alias @doctroptard, de l’université de Paris-Descartes, célèbre pour avoir avoir notamment reconstitué le face d'Henri IV, ont étudié plus en détail le crâne le mieux conservé parmi les fossiles retrouvés et livrent une première étude de sa structure. Ci-dessous, un moulage de son crâne.

Pas de signes d'une pathologie sapiens

Publié dans le Journal of Human Evolution, leur travail a porté sur des données micro-tomographiques à haute résolution, les seules à même d’observer et d’interpréter des caractères anatomiques de petites dimensions. Selon leurs résultats, le crâne de l’homme de Florès n’appartient pas à celui d’un Homo sapiens car il ne possède " aucun des caractères dérivés qui permettent de définir notre espèce " écrivent-ils dans un communiqué. Ils n’ont pas retrouvé non plus de signes pathologiques, du moins pour ce qui concerne les maladies de l’homme moderne. En clair, le petit homme de Flores n'était un H. sapiens souffreteux. En fait, la structure et la forme de son crâne suggèrent une parenté avec l’Homo erectus sans qu’il soit pour autant possible d’affirmer qu’il en est un descendant direct. "Il faudra regarder dans le détail la forme de son cerveau pour proposer des hypothèses concernant l’espèce fossile dont ce petit Homme a hérité ses caractéristiques" expliquent les scientifiques.

NANISME. Bref, la morphologie interne du plus célèbre des petits crânes préhistoriques a parlé. Et ce travail décisif penche en faveur de la théorie de l’insularité qui raconte l’histoire d’un Homo erectus, qui peuplait l’Asie il y a 1 à 1,5 millions d’années et aurait réussi à atteindre les îles indonésiennes rendues accessibles par l’abaissement du niveau de la mer. Le niveau des eaux remontant, H. erectus se serait retrouvé isolé et aurait évolué vers le nanisme. Un phénomène déjà observé chez d'autres mammifères. Pour autant, les partisans acharnés de "l’hypothèse sapiens" n’ont sans doute pas dit leur dernier mot, tandis que les paléontologues continuent de fouiller à la recherche de nouveaux crânes à faire parler.

Source : Sciences et Avenir du 16/02/2016

mercredi 27 août 2014

Le cerveau de l'enfant de Taung n'a rien d'humain

L'enfant de Taung, premier hominidé vieux de trois millions d'années découvert il y a 90 ans en Afrique du Sud, n'avait pas de caractéristiques crâniennes montrant un développement du cerveau similaire à celui des enfants humains, selon une recherche publiée lundi.

Ce fossile est important historiquement et scientifiquement car il est le premier et le meilleur exemple de l'évolution du cerveau d'un des premiers hominidés, australopithèques africanus, découvert en 1924 par le paléontologue australien Raymond Dart et objet de nombreuses controverses.

Les chercheurs de l'Université Wits en Afrique du Sud ont soumis le crâne partiel au scanner CT (tomodensitomètre) à haute définition. Et les résultats jettent un sérieux doute sur des théories avancées jusqu'alors selon lesquelles ce fossile montre des adaptations crâniennes clé dans la région préfrontale du cerveau, que l'on constate aussi chez les nouveau-nés et jeunes enfants humains modernes.

«Une récente étude fait la description de ce fossile vieux d'environ trois millions d'années, dont on pense qu'il a appartenu à un individu âgé de trois à quatre ans, comme présentant des indices d'une suture coronale et d'une fontanelle antérieure ouverte», précise Kristian Carlson, un chercheur de l'Université Wits, un des principaux auteurs de cette recherche publiée en ligne dans les Comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences.

Ces deux caractéristiques, qui donnent une souplesse au crâne, facilitent le développement post-natal du cerveau chez les enfants humains en persistant et disparaissant plus tardivement, explique-t-il.

En comparant le registre des fossiles existant des hominidés aux variations crâniennes chez les chimpanzés, très proches de l'homme, rien de conforte ce scénario d'évolution chez l'enfant de Taung, tranchent les chercheurs.

Soulignant des déficiences dans la manière dont le fossile de Taung a été récemment interprété, ces paléontologues suggèrent que les caractéristiques physiques ne présentent pas de lien avec celles du développement du lobe préfrontal du cerveau humain, siège d'un grand nombre de comportements de l'homme.

Source : La presse.ca du 25/08/2014

samedi 9 août 2014

Et si l'homme de Florès était un individu trisomique et non une nouvelle espèce ?

Une nouvelle étude des fragments d'ossements de l'homme de Florès suggère qu'il ne s'agirait pas d'une nouvelle espèce d'hominidés mais d'un individu peut-être atteint du syndrome de Down ou trisomie 21.

Le débat est relancé sur l'Homme de Florès découvert en 2003 dans une grotte de l'île indonésienne du même nom. Depuis plus de dix ans, les scientifiques s'interrogent en effet sur la nature de l'Homo floresiensis : s'agit-il d'une nouvelle espèce d'hominidés ou d'un individu atteint d'une pathologie ?

Dès leur découverte, les ossements ont intrigué les spécialistes car ils montraient une taille étonnamment petite malgré de nombreuses similarités avec ceux d'autres espèces d'hominidés. Certains en ont ainsi conclu qu'il s'agissait peut-être d'une nouvelle espèce dont les caractéristiques physiques seraient liés à l'isolement géographique. Néanmoins, cette hypothèse était loin de convaincre tous les scientifiques.

Depuis plusieurs années, les études se multiplient donc afin de trancher sur la question. C'est ainsi qu'en 2013, une équipe allemande a mené une analyse high-tech du crâne du "Hobbit" concluant qu'il s'agissait bien d'une espèce à part entière. Mais une nouvelle étude publiée cette semaine dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences remet en question cette affirmation.

Ces travaux soutiennent la théorie que l'Homme de Florès serait en réalité un Homo atteint d'une maladie, probablement le syndrome de Down ou trisomie 21.

Des mensurations mal estimées

Pour en arriver là, les chercheurs ont analysé une nouvelle fois les ossements du spécimen "LB1" qui aurait vécu il y a 18.000 ans. Ils en sont arrivés à la conclusion que les mensurations de l'Homme auraient été largement sous-estimées. Son volume crânien approcherait plutôt les 430 millimètres cubes au lieu des 380 mm3 estimés, soit près de 16% de plus. Or, ce chiffre serait assez proche de celui observé chez des personnes atteintes de trisomie 21.

"La différence est significative et les chiffres révisés se placent dans la tranche prédite pour des humains modernes atteints du syndrome de Down dans la même région géographique", a expliqué Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie qui a participé à l'étude. Ajouté à cela, les chercheurs estiment que la taille estimée de l'Homme de Florès serait également erronée. Celle-ci a été établie par extrapolation à partir de la taille des fémurs.

Or, les humains trisomiques présenteraient aussi des fémurs plus courts. Si l'on prend en compte ce facteur, Homo floresiensis aurait mesuré environ 1,26 mètre et non 1,06 comme précédemment estimé. Une taille qui correspondrait à celle observée chez certains habitants vivant actuellement dans cette région de l'Indonésie. Les scientifiques ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des personnes trisomiques.

Une explication plus naturelle

"Quand nous avons vu ces os pour la première fois, plusieurs d'entre nous ont immédiatement évoqué une perturbation du développement, mais nous ne pouvions pas poser un diagnostic parce que les os étaient tellement fragmentés. Au fil des ans, plusieurs séries de preuves ont convergé vers le syndrome de Down", a indiqué Eckhardt repris par Science Daily. Dans l'étude, l'équipe souligne que les caractéristiques de LB1 est le seul spécimen dont on a retrouvé le crâne et les fémurs.

Ses caractéristiques ne peuvent donc pas être retrouvées sur les autres restes découverts dans la grotte Liang Bua. Un véritable obstacle, selon eux, à la théorie qui veut que l'Homme de Florès soit une nouvelle espèce. "Ce travail n'est pas présenté comme une histoire fantaisiste mais pour tester une hypothèse : les squelettes de la grotte de Liang Bua sont-ils suffisamment inhabituels pour justifier l'invention d'une nouvelle espèce humaine ?", a poursuivi le chercheur.

"Notre nouvelle analyse montre que ce n'est pas le cas : l'explication la plus naturelle est qu'il s'agit d'un trouble du développement. Ici, les éléments désignent clairement le syndrome de Down, qui affecte plus d'une naissance humaine sur mille à travers le monde" a t-il conclu. Évidemment, cette théorie ne convainc pas encore tous les spécialistes qui s’intéressent à la controverse. De nouveaux travaux seront donc surement nécessaires avant de pouvoir définitivement trancher sur la question.

Source : MaxiSciences du 06/08/2014

vendredi 8 août 2014

L'homme de Florès serait trisomique, et non une nouvelle espèce

C'est la conclusion d'une nouvelle analyse de ce petit hominidé, surnommé "hobbit", au cœur d'une vive controverse depuis sa découverte en 2003.

Une nouvelle analyse des fragments d'ossements de l'homme de Florès (Homo floresiensis), découverts en 2003 dans une caverne de l'île indonésienne, révèle des indices de mongolisme, remettant en question la théorie selon laquelle il s'agissait d'une nouvelle espèce d'hominidés.

Bien que ce spécimen baptisé "LB1" ait vécu il y a moins de 15.000 ans, une comparaison de ses traits anatomiques avec ceux d'hominidés antérieurs, dont l'Homo erectus et l'Australopithèque, a conduit de nombreux paléontologues à conclure qu'ils étaient en présence d'une nouvelle espèce. Mais cette théorie suscite de nombreuses controverses.

Sa taille et le volume de sa boîte crânienne sous-estimés

CRÂNE. Au cours de la plus récente analyse des traits de l'Homo floresiensis, les chercheurs ont constaté une erreur dans l'estimation initiale du volume de la boîte crânienne de "LB1" et une sous-estimation de sa taille.

Selon les nouveaux calculs, le crâne de l'homme de Florès avait une contenance d'environ 430 millilitres, soit près de 16% de plus que calculé précédemment.

"Cette différence est importante car elle situe la taille du cerveau dans celle d'humains modernes qui sont trisomiques et vivent dans la même région", explique Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie, aux Etats-Unis, l'un des principaux auteurs de l'étude parue dans les Comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS).

TAILLE. L'estimation initiale "erronée" de la taille de l'homo floresiensis estimée à environ un mètre. Elle a également été revue à la hausse à 1,26 m.

Cette erreur s'explique par une extrapolation basée sur la taille plus courte du tibia du spécimen à partir d'une formule dérivée d'une population de pygmées en Afrique.

Cette taille correspond également aux tibias plus courts de personnes aujourd'hui diagnostiquées de trisomie 21, précisent les chercheurs. Ils ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des trisomiques.

Un descendant perdu d'Homo erectus ?

Tout en concédant que les traits anatomiques de l'homme de Florès sont inhabituels, M. Eckhardt relève "qu'ils ne sont pas pour autant uniques et aussi rares pour en conclure qu'il s'agit d'une nouvelle espèce d'hominidé".

Selon les descriptions faites jusqu'alors, l'Homo floresiensis est doté d'une tête anormalement petite par rapport à son corps, contenant un cerveau d'une taille similaire à celui d'un chimpanzé.

CONTROVERSE. Parfois surnommés "Hobbits" comme les personnages du "Seigneur des anneaux" de Tolkien, leur origine et leur anatomie reste ainsi au cœur d'une vive controverse depuis la découverte de ces fossiles.

Selon des chercheurs japonais, qui ont notamment passé au scanner 3D le crâne de ce spécimen, l'homme de Florès serait un descendant perdu d'Homo erectus ("homme debout") qui aurait progressivement rapetissé au fil des générations pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.

Source : Sciences et Avenir du 05/08/2014

jeudi 7 août 2014

L’Homme de Florès était-il trisomique ? La controverse continue

Une équipe de paléontologues réaffirme que le « petit Homme de Florès », un hominidé, femelle, de très petite taille découvert en 2003 en Indonésie, n’est pas le représentant d’une espèce jusque-là inconnue, Homo floresiensis et qui aurait cohabité avec l’Homme moderne. Les anomalies relevées sur les restes de squelette s’expliqueraient par une trisomie. La saga de la dame de Florès se poursuit...

Que de controverses depuis la découverte en 2003 dans la grotte de Liang Bua, sur l’île de Florès, en Indonésie, de restes manifestement humains. Le premier spécimen étudié, baptisé LB1, qui était une femme, vivait il y a moins de 18.000 ans, c’est-à-dire à une époque récente, où Homo sapiens s’était répandu un peu partout et, devenu le seul hominidé connu, avait déjà orné de magnifiques peintures la grotte de Lascaux.

Or cette dame de Florès semble très particulière : 1,06 m pour la taille, moins de 30 kg pour le poids et moins de 400 cm3 pour le cerveau, soit le volume de celui d’un chimpanzé. Les caractéristiques anatomiques du squelette le mieux conservé montrent une ressemblance avec des espèces humaines plus anciennes, Homo habilis ou H. erectus. Pourtant, des outils de pierre, contemporains, ont été trouvés sur le site.

L’hypothèse des découvreurs, Peter Brown, Richard Roberts et Thomas Sutikna, qui ont publié deux articles dans Nature en 2004 (voir les liens au-dessous de cet article, rubrique Liens externes), fut d’emblée qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce humaine, Homo floresiensis, restée isolée sur ces îles indonésiennes et ayant évolué vers le nanisme. Tout aussi rapidement, une autre hypothèse a été émise : ces petits Hommes, souvent appelés hobbits, en référence aux personnages des romans de Tolkien, étaient des Homo sapiens, comme nous, mais atteints d’une maladie déformant le squelette. Pour certains, ces hobbits seraient des crétins nains, au sens médical du terme (d'ailleurs le nanisme du ouistiti en serait une preuve), pour d’autres, ils auraient été victimes du syndrome de Laron. La difficulté (administrative) d’accès au site et la rétention des fossiles durant plusieurs années par le paléontologue Teuku Jacob n’ont pas facilité l’étude et ont contribué à la controverse. Depuis, presque chaque année, une nouvelle étude vient conforter l'une ou l'autre de ces hypothèses.

Des détails anatomiques compatibles avec une trisomie 21

Alors que le balancier penchait depuis quelque temps en faveur d’une espèce à part entière, avec une étude parue en juillet 2013 et concluant à une nouvelle espèce du genre Homo, une double publication dans les Pnas (voir les liens au-dessous de cet article) vient le repousser dans l’autre sens. Menée par Robert B. Eckhardt, lequel n’a jamais cru à cette idée (« qui n’a pas de sens »), une étude entend démontrer que LB1 montre les signes d’une trisomie 21. Selon eux, la taille et le volume du cerveau, calculés d’après des restes incomplets ont été sous-estimés. Le cerveau occuperait en fait 430 cm3, soit le volume « de personnes atteintes de trisomie 21 dans la même région », affirme Robert Eckhardt, dans un communiqué de l’université d’État de Pennsylvanie, à laquelle il appartient. Quant à la taille, elle ne serait pas de 1,06 m mais de 1,26 m. De quoi, argumentent-ils, faire entrer la dame de Florès dans l’espèce humaine.

L’équipe s’appuie sur un faisceau d’indices observés sur l’anatomie du crâne et sur le fait que les personnes atteintes de trisomie 21 ont des fémurs plus courts. Ces caractéristiques ne seraient pas apparues tout de suite car les restes étaient trop fragmentaires, expliquent les auteurs et « plusieurs indices ont convergé au fil des années ». Ces chercheurs concèdent que ces anomalies correspondant à la trisomie ne sont présentes que chez LB1 et non pas sur les restes, très incomplets, des sept autres individus retrouvés dans la grotte et attribués à H. floresiensis. Pour ces chercheurs, seule la dame de Florès était atteinte de ce syndrome et le hasard a fait que son squelette a été le mieux conservé. Voilà le balancier revenu du côté de l’individu anormal. Nul doute, cependant, que le mystère de la grotte de Liang Bua fera encore parler de lui…

Source : Futura Sciences du 05/08/2014

mercredi 6 août 2014

Le "petit homme" de Florès devait être trisomique, mais pas une nouvelle espèce

HISTOIRE – Il a été découvert en septembre 2003 dans une grotte de l'île indonésienne de Florès, dont il a pris le nom. L'homme de Florès, considéré comme le représentant d'une espèce disparue de l'ordre des primates, ne serait en fait pas celui que l'on croit. Une nouvelle analyse des fragments d'ossements découverts révèle des indices de mongolisme.

Bien que ce spécimen ait vécu il y a moins de 15.000 ans, une comparaison de ses traits anatomiques avec ceux d'hominidés antérieurs a conduit de nombreux paléontologues à conclure qu'ils étaient en présence d'une nouvelle espèce, le chaînon manquant entre l’Australopithèque et l’Homo Sapiens. Mais cette théorie suscite de nombreuses controverses.

Au cours de la plus récente analyse des traits de l'Homo floresiensis, les chercheurs ont constaté une erreur dans l'estimation initiale du volume de la boîte crânienne de "LB1" et une sous-estimation de sa taille. Selon les nouveaux calculs, le crâne avait une contenance d'environ 430 millilitres, soit près de 16% de plus que calculé précédemment.

"Cette différence est importante car elle situe la taille du cerveau dans celle d'humains modernes qui sont trisomiques et vivent dans la même région", explique Robert Eckhardt, professeur de génétique à l'Université de Pennsylvanie, l'un des principaux auteurs de l'étude parue dans les Comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS).

L'estimation initiale "erronée" de la taille de l'homo floresiensis (estimée à environ un mètre) a également été revue à la hausse à 1,26 m. Cette taille correspond également aux tibias plus courts de personnes aujourd'hui diagnostiquées de trisomie 21, précisent les chercheurs.

Ils ont aussi constaté une asymétrie cranio-faciale typique des trisomiques.

Tout en concédant que les traits anatomiques de l'homme de Florès sont inhabituels, Robert Eckhardt relève "qu'ils ne sont pas pour autant uniques et aussi rares pour en conclure qu'il s'agit d'une nouvelle espèce d'hominidé".

Selon les descriptions faites jusqu'alors, l'Homo floresiensis est doté d'une tête anormalement petite par rapport à son corps, contenant un cerveau d'une taille similaire à celui d'un chimpanzé.

Parfois surnommés "Hobbits" comme les personnages du "Seigneur des anneaux" de Tolkien, leur origine et leur anatomie reste ainsi au cœur d'une vive controverse depuis la découverte des fossiles.

Selon des chercheurs japonais, qui ont notamment passé au scanner 3D le crâne de ce spécimen, l'homme de Florès serait un descendant perdu d'Homo erectus ("homme debout"), qui aurait progressivement rapetissé au fil des générations pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.

Source : Huffington Post du 05/08/2014