mercredi 13 février 2013

Hommes préhistoriques: des chercheurs inventent un programme pour recréer leurs langues

PRÉHISTOIRE - Et si vous parliez la langue des hommes préhistoriques? Les linguistes et les archéologues du monde entier en rêvent depuis tant d'années. Des chercheurs y sont presque parvenus en créant un nouvel outil pour reconstruire des langues mortes et oubliées depuis bien longtemps, celles que les spécialistes appellent les proto-langues.

Ces langues ont donné naissance aux langues que nous parlons aujourd'hui. Prenons par exemple l'indo-européen, une langue préhistorique dont le latin (le français, l'italien, l'espagnol...), le grec ancien, le persan, le sanskrit, le proto-germanique (l'allemand, l'anglais...) et le protoslave (le polonais, le russe...) sont issus. Malheureusement, il ne reste aucune trace écrite de cette langue. C'est là que commence le travail d'orfèvre des linguistes.

"Le travail de centaines de vies humaines"

Comme l'explique un article de la BBC, les proto-langues ou langues reconstruites s'appuient sur des méthodes de linguistiques comparatives. Les linguistes comparent le même mot dans plusieurs langues de la même famille pour retrouver le mot appartenant à la proto-langue. Pour tester ce programme, l'équipe de recherche a pris 637 langues toujours parlées en Asie et dans le Pacifique et ont pu recréer la proto-langue de laquelle ils étaient issus, le proto-austronésien

Leur travail sera publié prochainement dans le Proceedings of the National Academy of Science. Les recherches linguistiques sur les proto-langues sont particulièrement lentes et difficiles. Dan Klein, un professeur associé de l'Université de Berkeley qui a participé à la recherche a expliqué à la BBC : "C'est vraiment épuisant pour les humains d'étudier toutes ces données. Il y a des milliers de langues parlées dans le monde, avec des milliers de mots."

"Mettre en parallèle toutes ces langues, noter tous les différents stades par lesquelles sont passées ces langues cela prendrait des centaines de vies humaines. Mais c'est là que les ordinateurs font leur entrée."

Remonter le temps

Les langues évoluent dans le temps. Sur plusieurs milliers d'années, de petites variations apparaissent dans la façon dont nous prononçons les mots. Tous le travail des chercheurs consiste à remonter chacune de ces étapes pour retrouver le "proto-mot".

"Les changements phonétiques sont pour la plupart réguliers, commente le Dr Klein, les mots similaires changent tous de la même façon, un homme ou un ordinateur peuvent facilement comprendre les structures linguistiques. Toute la difficulté est de repérer ces modèles linguistiques et de les appliquer à l'envers pour revenir à la forme originelle du mot."

Pour tester leur programme informatique, les scientifiques se sont donc appuyés sur 142.000 mots issus de plusieurs langues du groupe de langues austronésiennes qui sont couramment parlées dans l'Asie du sud est, en Asie continentale et dans le Pacifique.

Recréer une langue parlée il y a plus de 7.000 ans


Les scientifiques ont pu recréer une langue parlée il y a plus de 7.000 ans. Ils ont ensuite comparé les trouvailles de l'ordinateur avec celles de vrais linguistes. 85% des mots de la proto-langue trouvés par le logiciel ressemblaient à une lettre ou un son près à ceux que les linguistes avaient identifiés manuellement.

Mais attention, mettent en garde les scientifiques, si cette méthode est bien plus rapide, elle ne remplacera jamais l'expertise d'un linguiste. Malgré toutes ses imperfections, ce logiciel offre de vraies perspectives. Si les chercheurs sont désormais capables de recréer des langues parlées il y a des milliers d'années, la question de savoir s'il sera un jour possible d'aller encore plus loin et de reconstituer la toute première proto-langue, celle qui donna naissance à toutes les autres. Un rêve de linguiste.

Source : 20 minutes du 12/02/2013

vendredi 8 février 2013

Les néandertaliens espagnols prennent un coup de vieux

Une nouvelle datation fait reculer de 10.000 ans l'âge des derniers hommes de Neandertal relégués au sud de la péninsule ibérique.

On sait depuis le début des années 1990 que les derniers hommes de Neandertal ont trouvé refuge dans le sud de l'Espagne et du Portugal. Après avoir régné sans partage sur l'Europe de l'Ouest pendant près de 120.000 ans, cette espèce cousine de la nôtre n'a pas résisté à l'arrivée des premiers Homo sapiens, venus d'Afrique et du Proche-Orient il y a environ 35.000 ans. Selon l'hypothèse privilégiée aujourd'hui, elle s'est trouvée reléguée aux marges de son ancien empire: l'extrême sud de la péninsule ibérique d'un côté et la Crimée de l'autre.

Affrontements meurtriers, fuite devant l'avancée des hommes modernes, modification du climat, déficit démographique, épidémies? Les raisons, vraisemblablement multiples, de la disparition des néanderthaliens ne sont toujours pas élucidées. À ce jour, les traces de leurs derniers survivants ont été retrouvées à Zafarraya, au nord-est de Malaga (- 33.000 ans), et à Gibraltar, dans la grotte de Gorham (- 28.000 à - 24.000 ans).

Transition entre néandertaliens et hommes modernes plus complexe

Problème: cette chronologie ne fait pas l'unanimité chez les préhistoriens, en raison, notamment, du manque de fiabilité des méthodes de datation au carbone 14 utilisées jusqu'à présent. Du coup, «il y a un débat intense autour de la date de l'extinction des “derniers” néandertaliens de la péninsule ibérique et par conséquent de la longueur de la période pendant laquelle ils pu ont cohabiter avec des hommes modernes», expliquent les auteurs d'une étude parue mardi dans les Annales de l'Académie américaine des sciences (Pnas).

Cette équipe dirigée par Rachael Wood, de l'université de Canberra (Australie), a procédé à une nouvelle datation de plusieurs os fossiles provenant de différents sites espagnols en retirant, par ultrafiltration, du carbone issu de contaminations récentes. Résultat: l'âge de tous les échantillons recule de 10.000 ans en moyenne! De quoi remettre en cause les scénarios d'occupation privilégiés jusqu'à présent. Pour Bruno Maureille, préhistorien à l'université de Bordeaux, «cela n'a rien d'étonnant. La transition entre néandertaliens et hommes modernes est tellement plus complexe que ce que l'on peut restituer avec nos outils actuels qu'il faut se garder d'avancer des hypothèses trop simplificatrices.»

Source : Le Figaro du 07/02/2013

jeudi 7 février 2013

En image : la grotte Chauvet candidate au patrimoine mondial de l’Unesco

Le gouvernement français présente la candidature de la grotte Chauvet, trésor de l’Ardèche, au patrimoine mondial de l’Unesco. Jean Clottes, préhistorien et spécialiste de la grotte, détaille pour Futura-Sciences le caractère exceptionnel de Chauvet. Voyage au cœur de la préhistoire en image.

La grotte Chauvet a été découverte en 1994, non loin du pont d’Arc, dans le sud de l’Ardèche. Et quelle découverte ! Longue de 400 m, d’une superficie de 8.500 m2, elle recèle un millier de dessins pariétaux. « C’est une grotte qui sort de l’ordinaire », confie le préhistorien Jean Clottes, qui dirigeait l’équipe scientifique d’étude de la grotte à sa découverte. Son caractère exceptionnel est dû à sa grande superficie et à l’étonnante qualité de conservation des dessins, mais également au nombre et la qualité artistique des représentations.

Le panneau des chevaux est l’un des plus spectaculaires de la grotte Chauvet-Pont-d’Arc.

Sur les murs des différentes salles, creusées naturellement par l’érosion, on peut trouver 430 représentations d’animaux. Contrairement aux grottes plus récentes, du type de la grotte de Lascaux, les animaux que les Hommes dessinaient n’étaient pas ceux qu’ils chassaient. On retrouve des lions des cavernes ou des rhinocéros. C’est l’une des originalités de cette grotte.

En effet, la grotte Chauvet était un lieu de cérémonie, où les Hommes pratiquaient la magie. Ils choisissaient donc les animaux qu’ils dessinaient. « Ils représentaient les animaux qui étaient importants dans le cadre de leur mythe, de leur vie sacrée », explique Jean Clottes. Sur les murs, il y a 75 lions des cavernes, car ils étaient sacrés pour ces Homo sapiens du paléolithique supérieur. Ces dessins traduisent donc le mode de pensée des chasseurs-cueilleurs aurignaciens. Les plus anciens sont datés de 36.000 ans, ce qui fait de la grotte Chauvet l’une des plus vieilles manifestations artistiques d’Europe.

Salle du fond, paroi gauche. Des lions chassent des bisons.

La candidature de Chauvet au patrimoine de l’Unesco bien méritée

La datation au carbone 14 a révélé qu’il y avait eu deux périodes de fréquentation. L’une autour de 35.000 à 36.000 ans, et l’autre autour de 30.000 ans. D’après Jean Clottes, la plupart des dessins seraient de la première période. En effet, il n’y a pas de superposition dans les représentations, c'est-à-dire que les Hommes de la seconde période n’ont pas dessiné sur les premiers dessins. Néanmoins, il est impossible de le prouver. Sur les 430 animaux, seule une dizaine a été datée. La méthode au carbone 14 est trop destructive pour être utilisée sur toutes les représentations.

Salle du crâne. On y voit un crâne d’ours des cavernes posé sur une pierre plate. Des crânes d’ours jonchent le sol.

Jeudi 24 janvier, c’est devenu officiel : le gouvernement français présente la candidature de la grotte Chauvet pour son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Une étape majeure, mais la route est longue. Il faudra encore attendre un an et demi avant de célébrer l’inscription officielle.

Inscrire la grotte Chauvet au patrimoine de l’Unesco favoriserait la préservation du lieu. « C’est la grotte la plus ancienne, la plus garnie et d’une qualité artistique étonnante. La grotte Chauvet est tout à fait exceptionnelle », déclare Jean Clottes. En outre, le site verra naître un centre de découverte, afin de permettre au grand public de comprendre la grotte, tout en préservant la grotte originale.

Source : Futura Sciences du 31/01/2013