mardi 27 février 2018

Les Néandertaliens, artistes bien longtemps avant homo sapiens ?

Voilà une découverte qui devrait chambouler un peu plus la connaissance de la lignée humaine. Selon des travaux publiés jeudi par les revues Science et Sciences Advances, les Néandertaliens (homo neanderthalensis) ont été les premiers à s'exercer à l'art, et ce bien avant nous, homo sapiens. Comment les scientifiques britanno-allemands à l'origine de ces recherches en sont-ils arrivés à ces conclusions ? Et bien en (re)datant les peintures rupestres et coquillages décorés découverts dans les grottes espagnoles de la Pasiega, Ardales, Maltravieso et Aviones. Or, les mesures ont donné à ces peintures un âge estimé de 65 000 ans, soit 20 000 ans de plus que l'arrivée estimée de l'homme moderne en Europe.


«Pour moi, cela clôt le débat sur les Néandertaliens (longtemps jugé inférieur cognitivement à homo sapiens, ndlr), souligne à propos de ces découvertes Joao Zilhao, un scientifique de l'université Barcelone impliqué dans ces recherches. Ils font partie de notre familles, ce sont nos ancêtres, ils n'étaient pas différents de nous cognitivement ou moins dotés en termes d'intelligence. Il s'agit juste d'une variante de l'humanité qui a disparu.» D'autres paléoanthropologues, qui n'ont pas participé à ces études, émettent en revanche quelques doutes. «Il est tout à fait possible que les Néandertaliens aient produit une sorte d'art pariétal, mais je ne crois pas que cela soit correctement démontré dans ce cas», a réagi Adam Brumm, archéologue de l'université de Griffith à Brisbane. De quoi raviver le débat sur les origines et spécificités de notre propre espèce.

Source : Libération du 23/02/2018

samedi 17 février 2018

Les premiers Britanniques auraient eu la peau foncée

Pour la première fois, des chercheurs ont réussi à révéler l'apparence physique de « l'homme de Cheddar », un humain ayant vécu en Angleterre il y a 10 000 ans. Les résultats de l'analyse de son code génétique défient nos attentes en ce qui concerne les apparences des ancêtres des Européens.

L’homme de Cheddar (qui n’a de lien avec le fromage anglais que le nom) est l’un des plus vieux squelettes d’humains modernes à avoir été trouvés en Angleterre.

Un buste à son effigie, révélé par un groupe de chercheurs du Musée d’histoire naturelle de Londres (Nouvelle fenêtre), montre que ce dernier avait les cheveux bouclés, les yeux bleus et, à la surprise de plusieurs, la peau noire.

Bien que ce mélange de caractéristiques défie les attentes, il pourrait avoir été la norme dans cette région au cours du Mésolithique, cette période de l’histoire qui se situe il y a environ 12 000 ans, jusqu’à l’invention de l’agriculture.

L’homme de Cheddar a été découvert en 1903 dans la grotte de Gough, qui se trouve dans une formation calcaire que l'on a nommée les gorges de Cheddar, dans le sud-ouest du pays, près du village qui a donné son nom au fromage. Il y vivait à une époque où l’Angleterre était rattachée à l’Europe par un pont terrestre, à l’endroit où se trouve la Manche aujourd’hui.

Les premières observations ont révélé qu’il mesurait 1,67 mètre et qu’il est mort dans la vingtaine, probablement d’une cause violente, selon les fractures sur son crâne. Toutefois, le manque de détails d’époque sur le site de sa découverte n’avait pas permis d’en dire plus.

Percer le secret des premiers Européens

Pour mieux comprendre qui était l’homme de Cheddar, les chercheurs se sont tournés vers son ADN. L'analyse d'un code génétique vieux de 10 000 ans reste cependant difficile, l’ADN étant une molécule fragile qui se dégrade en quelques siècles.

Toutefois, s’il est isolé du monde extérieur et maintenu dans de bonnes conditions, comme ce fut le cas dans cette caverne, l’ADN peut survivre plus longtemps.

En creusant un trou de 2 millimètres à l’intérieur du crâne dans un os de la tempe, l’un des plus denses du corps humain, les chercheurs ont réussi à récupérer assez d’ADN pour reconstituer l’ensemble du génome de l’homme de Cheddar.

En combinant les données génétiques reliées à la couleur de la peau ou des yeux avec les mesures morphologiques du crâne, des artistes ont ensuite réussi à recréer une approximation tridimensionnelle de son apparence faciale.

Si la combinaison de ses yeux bleus et de sa peau noire peut sembler hors du commun, le génome de l’homme de Cheddar est aussi très près d’autres échantillons génétiques, moins complets cependant, de chasseurs-cueilleurs de la même période, trouvés en Espagne, au Luxembourg ou en Hongrie. Il serait donc possible que cette combinaison de caractéristiques ait été très courante en Europe mésolithique.

L’humanité en migration

Si les Européens modernes sont maintenant majoritairement blancs, ce serait en raison d’une migration importante de cultivateurs en provenance du Moyen-Orient, qui auraient traversé le continent il y a environ 6000 ans.

Ces personnes avaient la peau pâle et les yeux bruns et elles ont rapidement supplanté les populations de chasseurs-cueilleurs présents en Europe à l’époque, comme celle à laquelle appartenait l’homme de Cheddar.

Aujourd’hui, environ 10 % du génome des Britanniques proviendrait directement de ces chasseurs-cueilleurs.

Ironiquement, notons que, comme la majorité des Européens de l’époque, l’homme de Cheddar était… intolérant au lactose! Les gènes permettant aux êtres humains adultes de digérer du lait ne sont apparus qu’après le développement de l’agriculture, deux millénaires plus tard.

Source : Radio Canada du 16/02/2018

jeudi 15 février 2018

«Cheddar Man» : l'ancêtre des Britanniques avait-il la peau noire ?

Si ce n'est pas impossible, pour Céline Bon, paléogénéticienne au Musée de l'Homme, le nouveau buste de ce chasseur-cueilleur dévoilé la semaine dernière ressemble plus «à une opération de communication, qu'à un travail scientifique».

«Cheddar Man», c'est l'homme aux cheveux noirs, à la peau noire et aux yeux clairs dont toute l'Angleterre parle depuis une semaine. Cet homme dont le squelette a été découvert au début du siècle dernier (1903) dans des gorges proches du village de Cheddar (qui a donné son nom au célèbre fromage) est le plus vieil humain retrouvé en Grande-Bretagne. Âgé de 10.000 ans, il est en quelque sorte l'ancêtre des Britanniques : 10% de la population présente une ascendance génétique avec ce chasseur-cueilleur. Une reconstitution de son visage réalisée il y a quelques années seulement le montrait avec la peau claire et aux yeux marron. Mais mercredi dernier, le Musée d'histoire naturelle de Londres en a dévoilé une version «revisitée»... à la peau foncée et aux yeux clairs.

Avec son équipe, Chris Stringer, directeur des recherches au Muséum d'Histoire Naturelle de Londres, a utilisé de l'ADN prélevé au niveau du crâne du squelette pour reconstituer ce nouveau visage. «Il est très surprenant de voir qu'un Britannique, il y a 10.000 ans, pouvait avoir la peau très sombre et des yeux très bleus», commente-t-il. Tom Booth, un autre chercheur du muséum impliqué dans ces travaux, est plus explicite : «jusqu'à récemment, on pensait que la couleur de peau des hommes s'était rapidement éclaircie après leur arrivée en Europe il y a 45.000 ans. La peau claire permet de mieux absorber les rayonnements UV (qui permettent de synthétiser la vitamine D, NDLR), ce qui aide les hommes à lutter contre les carences dans les climats moins lumineux.»

Ces résultats ne surprennent pas forcément la communauté mais des chercheurs s'interrogent néanmoins sur la méthode utilisée. «Chris Stringer et son équipe sont des gens sérieux, mais objectivement, ça ressemble plus à une opération de communication qu'à autre chose.» Aucune publication scientifique n'est en effet associé à cette annonce fracassante. Le Musée d'Histoire Naturelle de Londres a dévoilé le nouveau buste et annoncé un documentaire diffusé sur Channel 4, mais aucune publication ne vient détailler les travaux effectués pour arriver à ces conclusions.

Autant la couleur des yeux est facilement identifiable, autant il est très difficile de définir avec certitude une couleur de peau à partir d'ADN ancien. «La couleur de peau est due à la concentration en mélanine (un pigment naturel produit dans les cellules épithéliales, NDLR)», explique Céline Bon. «De nombreuses mutations génétiques peuvent altérer sa production. On est exactement dans la même configuration qu'une usine dont la production est perturbée : de nombreuses pannes différentes peuvent avoir cette même conséquence.»

Il existe ainsi de nombreux marqueurs génétiques pouvant être associées à la peau claire. Mais il est plus difficile de démontrer que la production de mélanine se fait correctement. «En l'état des connaissances, il me paraît difficile de démontrer avec certitude qu'un individu avait la peau foncée.» On peut en revanche établir un niveau de probabilité en fonction de la finesse des analyses. Les travaux portant sur des restes de chasseurs-cueilleurs espagnols (La Brana), ou hongrois (Koros 1), datant approximativement de la même période, laissaient déjà penser qu'ils avaient probablement la peau sombre. Mais sans certitude absolue.

L'histoire de l'évolution de la pigmentation des populations humaines est éminemment complexe. «Nos ancêtres primates avaient la peau claire sous les poils», rappelle Céline Bon. «Avec la perte des poils, la peau s'est colorée pour mieux résister aux rayons UV. La modification de la couleur de peau est donc extrêmement ancienne. C'est impossible de dater précisément quand sont réapparues des populations aux couleurs de peau claire. La pigmentation des populations avant la sortie d'Afrique était déjà très diversifiée.»

Autre exemple, les Inuits ont la peau foncée alors qu'ils vivent dans un environnement pauvre en luminosité. Ils compensent le manque de vitamine D par une modification de leur régime alimentaire très riche en poisson. «C'est d'ailleurs pour la même raison que nos grands-mères mangeaient de l'huile de foie de morue en hiver», rappelle Céline Bon. Certaines théories proposent que l'agriculture a favorisé une alimentation pauvre en vitamine D, ce qui aurait entraîné l'éclaircissement de la peau. «La mutation responsable de la peau claire est néanmoins apparue bien avant», estime Céline Bon. «La relation de causalité entre ces deux événements n'est pas si évidente.»

Source : Le Figaro du 13/02/2018

lundi 5 février 2018

Des outils vieux de 385 000 ans suggèrent que des humains ont quitté l’Afrique plus tôt qu’on ne le pensait

La découverte en Inde d’outils sophistiqués vieux de 380 000 ans suggère que les premiers humains ont peut-être quitté l’Afrique beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait. L’Histoire de l’humanité devra-t-elle encore être repensée ?

Jusqu’à preuve du contraire, et en tant que membres de l’espèce Homo Sapiens Sapiens, nous sommes tous des enfants d’Afrique, produits de millions d’années d’histoire évolutionnaire partagée. Mais cette histoire contient encore de nombreux manques et de blancs à combler. L’une des plus grandes questions auxquelles est aujourd’hui confrontée la paléoanthropologie consiste notamment à déterminer comment et quand les premiers humains modernes ont quitté le continent.

Une découverte récente d’un fossile de mâchoire en Israël suggérait il y a peu qu’il pourrait y avoir eu une migration il y a environ 180 000 ans. Mais était-ce la première ? Une nouvelle étude, publiée dans la revue Nature, suggère que les premiers humains ont peut-être quitté l’Afrique beaucoup plus tôt que cela. La nouvelle recherche rapporte en effet la découverte d’outils datant du Paléolithique moyen (il y a 200 000 à 40 000 ans) dans l’État du Tamil Nadu, en Inde. Étonnamment, ces petits outils seraient vieux d’au moins 385 000 ans, époque où ces mêmes outils étaient développés par les humains archaïques (ou peut-être modernes) en Afrique.

La découverte remet ainsi en question la thèse soutenue par la plupart des chercheurs, selon laquelle les humains modernes ont introduit ces technologies en Inde il y a moins de 140 000 ans.


Des fouilles effectuées par une équipe de chercheurs indiens à Attirampakkam, sur les rives de la rivière Kortallaiyar au nord-est du Tamil Nadu, ont en effet révélé la présence de nombreux outils en pierre. Ces derniers étaient piégés dans les sédiments déposés par les cours d’eau qui traversaient la région pendant la préhistoire. Le site semble avoir été occupé sporadiquement par des singes et des hominidés précoces antérieurs à l’Homo sapiens, il y a 1,7 million d’années. En utilisant la technique de datation par luminescence stimulée optiquement – qui identifie la dernière fois que les grains de sédiments ont été exposés à la lumière – les auteurs ont en revanche déterminé que les limons et graviers qui contiennent les outils étaient datés à environ 385 000 années.

Ces derniers ont été fabriqués selon la méthode Levallois – une technique complexe qui permet la production de pointes et de lames de pierre. Ces outils repoussent ainsi les origines de la technologie du Paléolithique moyen en Inde. Des études antérieures dataient cette même origine à environ 140 000 ans. Ces nouveaux résultats pourraient signifier deux choses : soit des humains archaïques en Inde ont développé une telle technologie par leurs propres moyens, soit des humains modernes ont quitté l’Afrique beaucoup plus tôt que ne le suggèrent les preuves archéologiques et paléontologiques récentes.

D’autres travaux menés à Attirampakkam pourraient nous permettre de départager ces deux hypothèses. Le problème en Inde, c’est que les fossiles se font rares.

Source : SciencePost du 01/02/2018