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samedi 26 juin 2021

Une grotte « préhistorique » découverte en Normandie ?

Des retraités pensent avoir identifié une cavité ayant été habitée il y a 14 000 ans. Les archéologues restent dubitatifs. Explications.

Une nouvelle grotte recelant de nombreuses gravures datant de l'Azilien [une période s'étendant entre 12 000 et 10 000 ans avant notre ère, NDLR] vient d'être découverte en Normandie orientale. » L'information, publiée en mai dernier dans le numéro 22 du bulletin du Centre de recherches archéologiques de Haute-Normandie, a mis en émoi bien des préhistoriens.

Rendue publique par un article cosigné par un spéléologue, Jean-Claude Staigre, et par l'ancien conservateur du musée du Havre Jean-Pierre Watté, la découverte a, il est vrai, de quoi séduire. Les signataires de l'article n'écrivent-ils pas avoir identifié des dessins en chevron, des représentations animales (cervidé, cheval, mammouth, lion et saumon) mais aussi, et surtout, de multiples figures anthropomorphiques (visages, silhouettes, femmes sans tête correspondant au type Lalinde-Gönnersdorf) ?

Une expertise en cours

Contactés, les auteurs de cet article n'ont pas donné suite à notre demande d'entretien. Mais Le Point a reconstitué le film de cette « découverte ». C'est Jean-Claude Staigre, qui cartographie depuis plusieurs décennies les sous-sols de la Normandie, qui a repéré les motifs mentionnés, dans une cavité dont la localisation précise n'a pas été communiquée afin d'éviter toute dégradation avant que le Service régional de l'archéologie ait pu prendre les mesures conservatoires indispensables.

Contactés, les services préfectoraux se refusent aujourd'hui à confirmer la nouvelle. Ils semblent même embarrassés à l'idée qu'elle soit relayée dans la presse. Craignent-ils que des archéologues amateurs ne perturbent le travail scientifique en se mettant en quête du lieu ? Ou, comme cela se murmure dans la communauté des préhistoriens, redoutent-ils un scénario semblable à celui de Chauvet, où un long contentieux avec les découvreurs de cette grotte, aux parois couvertes de peintures rupestres, avait donné lieu à une succession de procès ? Les deux sites n'ont pourtant pas grand chose à voir.

La direction régionale des affaires culturelles (Drac) de Normandie, sollicitée, se refuse à répondre à nos questions. Une expertise est en cours dans la grotte et les services de l'État semblent attendre ses conclusions pour se prononcer. Selon nos informations, c'est Jean-Michel Geneste, ancien conservateur général du patrimoine et ex-directeur du Centre national de la préhistoire, qui serait responsable de cette enquête scientifique. En attendant qu'il rende son avis, les spécialistes de la période ne dissimulent cependant pas une forme de scepticisme face à cette « découverte ».

Empreintes humaines ou griffures animales ?

« Les clichés des gravures rupestres que j'ai vus ne me permettent pas d'affirmer qu'ils sont bien d'une main humaine », énonce ainsi le préhistorien Boris Valentin, professeur à la Sorbonne, qui croit plutôt y voir des griffures de blaireaux. « Il y a quelque chose de louche dans la manière dont les découvreurs ont orchestré leur communication », énonce un autre archéologue, sous le couvert de l'anonymat.

Si la plupart des grottes ornées identifiées à ce jour ont surtout été découvertes plus au sud (en Dordogne ou en Ardèche), la Normandie a pourtant bien été habitée à l'époque préhistorique. Depuis la découverte de la grotte de Gouy, en 1881, où une belle tête de cheval a été retrouvée, à une dizaine de kilomètres de Rouen, plusieurs sites paléolithiques ont ainsi été identifiés dans la région.

En 2012, des fouilles intervenues au Rozel, dans le département de la Manche, ont ainsi révélé plus de 250 empreintes de pieds vieilles de 80 000 ans. Dominique Cliquet, conservateur du patrimoine au service régional de l'archéologie de Normandie, a publié en septembre 2019 les premiers résultats de son étude sur le site. Pour les paléoanthropologues et les archéologues, ces empreintes de pas fossilisées ouvrent « une fenêtre inespérée sur de brefs moments de vie d'espèces disparues ». D'autant que les empreintes de pieds attribuées aux néandertaliens sont extrêmement rares. Dominique Cliquet, qui est également associé à l'expertise sur les gravures retrouvées par M. Staigre, n'a pas donné suite à nos sollicitations.

Source : Le Point du 25/06/2021

dimanche 11 avril 2021

Grotte de Pair-non-Pair

La grotte de Pair-non-Pair est située sur la commune de Prignac-et-Marcamps en Gironde (France). Cette grotte découverte en 1881 renferme des représentations artistiques datées de plus de 32 000 ans avant le présent (culture aurignacienne).

Elle a permis d'établir l'ancienneté des gravures pariétales et la reconnaissance officielle de l'art préhistorique.

Elle est la seule grotte ornée connue en Gironde et fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 20 décembre 1900. Après la grotte d'Altamira, en Espagne, et la grotte Chabot en Ardèche, elle fut la troisième grotte ornée découverte.

Situation

Elle se trouve au nord-ouest de Prignac-et-Marcamps à quelque 200 m de la route D669, sur la vallée du Moron, environ 2,75 km avant la confluence de ce petit cours d'eau avec la Dordogne, en rive droite (côté nord). Bordeaux est à 23 km au sud à vol d'oiseau.

Elle est creusée dans un petit massif de calcaire à astéries du Tertiaire (Rupélien), recouvert d'un bois.

Découverte de la grotte

La grotte a été découverte fortuitement le 6 mars 1881 grâce à une vache qui paissait dans un pré situé sur la terre de Laborde ; l'animal s'est coincée une patte dans une ornière, ce qui a permis de découvrir la grotte.

Description

De nos jours, la grotte est un couloir à peu près rectiligne d'environ 15 m de long, orienté sud-est / nord-ouest et creusé dans l'alignement d'une diaclase, avec des élargissements latéraux dus à des diaclases transverses à la première. Le premier de ces élargissements est sur la gauche et s'agrandit jusqu'à former une galerie latérale. Sur la droite en face de cet élargissement, la galerie principale s'agrandit pour former un cul-de-four, ce qui engendre une sorte de carrefour surmonté d'une cheminée. C'est là que se trouvent la majorité des peintures pariétales.

Les parois de la grotte sont rugueuses, tant par les nombreux fossiles que par les excavations ; il n'y a pas de concrétions.

François Daleau y pénètre en passant par la cheminée déjà mentionnée (une autre cheminée relie la galerie latérale à l'air libre). Il y trouve une galerie principale presque entièrement remplie de sédiments sur plus de 10 m de long, car le plafond s'était effondré vers la fin du Moustérien, masquant ainsi l'entrée initiale de la grotte. Mais depuis la première visite de Daleau, cette cheminée s'est bouchée. Le plan général de la grotte à son époque est un long boyau orienté sud-ouest / nord-est qui débouche sur un corridor principal (« Grand corridor ») avec une « Salle sud », une « Salle nord » (ou « Grande salle »), et une troisième salle qu'il appelle « Corridor » donnant accès à la salle qui s'avère plus tard être la salle des gravures.

Après l'effondrement du plafond moustérien, au fur et à mesure de l'occupation humaine préhistorique la grotte s'est comblée jusqu'à 60 cm de la voûte.

Historique des recherches

Dès le 8 mars 1881, François Daleau entreprend des fouilles avec l'aide du domestique du propriétaire de la terre de Laborde. Le 21 juin 1883, il commence la deuxième étape de ses fouilles qui concerne le remplissage de la salle des gravures. Il atteint le fond de la grotte le 30 août 1887.

Selon Delluc & Delluc (1997), Daleau découvre les premières gravures le 29 décembre 1883, mais ceci est probablement un raccourci ; car selon David & Malvesin-Fabre (1950), en décembre 1883 Daleau découvre « plusieurs lignes entrecroisées formant presque des dessins » (les mots de Daleau) mais le remplissage de la galerie obstrue la lumière et distingue pour la première fois les contours d'un animal le 31 août 1896. C'est l'équidé no 18.

En juillet 1892, la terre de Laborde est rachetée par M. Baptiste Milpied qui exige une location pour l'exploitation de la grotte. Daleau refuse et cesse ses fouilles pendant trois ans. Le 21 mai 1896, les deux hommes se mettent d'accord sur le montant de la location, établie à 80 francs par an.

Henri Breuil visite Pair-non-Pair en 1897 - c'est son premier voyage dans le sud-ouest de la France -, et encore en 1898, 1909 et 1919.

Vers 1963, E. Harle y étudie les vestiges de faune remis au muséum d'histoire naturelle de Bordeaux, avec F. Pratt s'attachant particulièrement aux équidés et du mégacéros et E.T. Newton aux oiseaux. Le mammouth, seul exemplaire de la collection Daleau, est étudié par L. Moisan (publié en 1994).

Occupation préhistorique

La première occupation de la grotte date du Moustérien, il y a plus de 80 000 ans. C'est vers 40 000 ans avant le présent que la voute du corridor extérieur s'effondre. L'accès se fait alors par des entrées latérales qui débouchent à gauche de la salle des gravures. L'étude des niveaux archéologiques qui recouvraient le décor pariétal confirme que c'est à l'Aurignacien que les gravures initialement mises en couleur (entre 37 000 et 32 000 ans avant le présent) doivent être attribuées. La grotte est abandonnée à la fin du Gravettien (vers 22 000 ans avant le présent) car le remplissage accumulé ne laisse plus d'espace pour une occupation humaine.

Gravures

La grotte présente de nombreuses gravures pariétales : bouquetins, mammouths, bisons, chevaux et cervidés. Les représentations les plus remarquables sont :

  • un cerf géant, le Mégalocéros, dont il n'existe qu'une dizaine de représentations connues ;
  • une grande gravure de cheval de 2,50 m de long, une des plus grandes gravures connues ;
  • deux chevaux avec la tête tournée vers l'arrière, dont le célèbre Agnus dei ; ces gravures expriment une remarquable idée de mouvement.

Le grand débat de l'art préhistorique

A l'époque de la découverte de la grotte, les milieux intellectuels sont secoués depuis quelques dizaines d'années par le grand débat sur la réalité de l'art préhistorique, c'est-à-dire sur la capacité des humains préhistoriques à avoir intégré l'art dans leurs cultures. Les gravures de Pair-non-Pair permettent de clore le débat : enfouies comme elles l'étaient sous les dépôts préhistoriques, leur ancienneté ne fait pas de doute : elles sont antérieures au Solutréen. Cette découverte permet d'affirmer la réalité de l'art préhistorique, qui jusque là n'était pas généralement admis dans les milieux scientifiques malgré quelques découvertes récentes par ailleurs.

Mobilier

Dalleau met au jour de nombreux outils et traces d'occupations humaines s'échelonnant du Moustérien au Gravettien. Il répertorie plus de 15 000 outils en silex, en os et en ivoire.

Parmi les pièces de mobilier trouvées dans la grotte, deux se démarquent particulièrement :

  • une pendeloque en ivoire sculptée représentant une cyprée ; et
  • une flûte taillée dans un os de gypaète barbu, un des rares instruments de musique préhistorique connu.

Les produits de ses fouilles qui n'ont pas été rejetés sont conservés au musée d'Aquitaine et au muséum d'histoire naturelle de Bordeaux.

Faune

Les vestiges de faune, quelque 6 000 ossements animaux trouvés par Daleau comprennent entre autres des équidés, un mégacéros et un mammouth.

Source : Wikipedia

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nom :
âge : 32 ka
découverte : François Daleau
date : 1881
espèce :

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Le Centre des monuments nationaux s'occupe des visites de la grotte de Pair-non-pair. C'est l'une des plus anciennes grottes ornées du monde. Elle a été découverte en 1881. Elle aurait été occupée pendant presque 60 000 ans selon les archéologues. De nombreux outils ainsi que des ossements appartenant à au moins 60 espèces animales ont aussi été retrouvés sur le site.
En 1900, la grotte de Pair-non-Pair, en Gironde, devient la première grotte classée au titre des monuments historiques.

lundi 22 mars 2021

Grotte de Magoura

La grotte de Magoura est une grotte ornée de Bulgarie, dont les peintures pariétales sont datées du Mésolithique et du Néolithique.

Elle est située dans le nord-ouest du pays, à proximité du village de Rabicha et à 18 km de la ville de Bélogradtchik, dans la province (oblast) de Vidin.

Le site a été inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'Unesco en 1984.

Description

La grotte mesure 2,5 km de long et est aménagée pour les visites.

La grotte comporte une succession de salles volumineuses très riches en concrétions diverses.

Paléontologie

Des ossements provenant de différentes espèces préhistoriques comme l'ours des cavernes ou la hyène des cavernes ont été découverts dans la grotte.

Archéologie

Sur les parois, des peintures pariétales datant du Mésolithique (de 8000 à 6000 av. J.-C.), du Néolithique et de l'Âge du bronze ancien sont visibles. Les dessins représentent des cérémonies religieuses, des divinités et des scènes de chasse. Ils sont uniques dans la péninsule des Balkans.

Source : Wikipedia

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nom :
âge : 8-6 ka
découverte :
date :
espèce :

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La plus grande grotte naturelle de Bulgarie, qui mesure pas moins de 2.5 kilomètres de long, se trouve au Nord du pays.
À l'intérieur c'est une toute autre histoire !Cette grotte possède, dans une partie de ses cavités, une salle remplie de peintures rupestres. Elles sont datées de 10 000 ans avant notre ère. Ces dessins représentent notamment des cérémonies religieuses mais aussi des scènes de chasses. Des os d'ours et de hyènes des cavernes auraient aussi été retrouvés.

mercredi 17 mars 2021

Grottes de Leang-Leang

Les grottes de Leang-Leang ("nombreuses grottes" en langue makassar) se trouvent dans le sud de l'île indonésienne de Sulawesi, dans le kabupaten de Maros, dans la province de Sulawesi du Sud. Elles sont situées à environ une heure de route au nord de Makassar, la capitale de la province. Le village de Leang-Leang est en effet au cœur d'une région calcaire truffée de grottes.

Des fouilles ont révélé dans plusieurs de ces grottes des traces de présence humaine qui remonteraient à 5 000 ans (3000 av. J.-C.), donc avant les premières migrations d'Austronésiens de Taïwan vers les Philippines puis vers l'archipel indonésien, qui commencent vers 2000 av. J.-C.

Parmi ces traces, on trouve des peintures, dont des empreintes de mains en négatif rouge et ocre. Dans la grotte de Maros, certaines de ces peintures rupestres ont été datées d'environ 40 000 ans. On retrouve cette technique dans de nombreux sites d'Europe (par exemple la grotte du Pech Merle dans le Lot, qui date de 25 000 ans).

Les principales grottes sont :

  • Leang Bulu Sipong 4, où a été découverte la plus ancienne représentation figurative, une peinture pariétale datée de 43 900 ans.
  • Gua Pettakere, qui à côté d'empreintes de mains, montrent des représentations de ce qui semble être des babiroussas,
  • Gua Pette,
  • Leang Jane,
  • Leang Saripa,
  • Leang Karrasa.

Le gouvernement indonésien a fait du site un parc archéologique.

Source : Wikipedia

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nom :
âge : 43,9-5 ka
découverte :
date :
espèce :

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Situées sur l'île indonésienne Sulawesi, les grottes Leang Leang recèlent, elles aussi, de découvertes préhistoriques. Il y a de nombreuses grottes, au moins une soixantaine, mais les plus importantes et les principales sont : Gua Pettakere, Gua Pette, Leang Jane, Leang Karrasa et Leang Saripa.
Dans certaines, les peintures seraient âgées de 5 000 ans, dans d'autres ce serait 40 000 ans ! C'est l'un des sites ayant des peintures les plus vieilles au monde.

dimanche 21 février 2021

De Chauvet à Lascaux : sur les parois des grottes, bien plus que des scènes de chasse

Bison, ours, lion, cheval… De Chauvet à Lascaux, l'animal est une figure omniprésente des grottes ornées.

Isolés, groupés, en troupeaux... Sur les 900 animaux qui caracolent sur les parois de la grotte de Lascaux (Corrèze), plus de 350 sont des chevaux.

De Chauvet à Lascaux, l'animal est une figure omniprésente des grottes ornées. Bison, ours, lion, cheval… aucun n'a échappé aux "pinceaux" d'Homo sapiens. Ils ont été fixés sur les parois avec un tel souci du détail qu'il est possible de déterminer leur espèce. Mais ces animaux ne sont-ils qu'une représentation de la faune au sein de laquelle vivaient les Hommes, une sorte de guide de chasse ?

Une pratique réglée et ancrée dans des valeurs symboliques, voire spirituelles

Dépeints dans un éventail précis de poses, ils ne représentent pas le gibier le plus traqué. Par ailleurs, la présence d'hybrides (cheval-aurochs) et la prédominance, dans les peintures, de certaines espèces en fonction des régions (cheval en France, biche en Espagne cantabrique) tendent à montrer que cette pratique était réglée et ancrée dans des valeurs symboliques, voire spirituelles.

Chaque animal convoyait une notion particulière, comme un esprit ou une force de la nature

Pour Marc Groenen, professeur de préhistoire à l'Université libre de Bruxelles, chaque animal convoyait une notion particulière, comme un esprit ou une force de la nature. À cela s'ajoute un rôle... pratique : la répartition codifiée des animaux au sein des systèmes de cavernes laisse supposer qu'ils véhiculaient des indications permettant de s'orienter dans les grottes, dont chaque chambre pouvait remplir une fonction précise, pratique ou rituelle.

Source : Sciences et Avenir du 21/02/2021

mardi 19 janvier 2021

Un sanglier d’Indonésie, le plus ancien dessin réalisé par Homo sapiens

Depuis quelques années, les découvertes en matière d’art pariétal préhistorique s’accumulent en Indonésie, particulièrement dans l’île de Sulawesi (nom indonésien des Célèbes). C’est donc sans surprise qu’une équipe associant des chercheurs d’universités australienne et indonésienne révèle l’existence de nouvelles représentations de cochons sauvages, une espèce ancienne et endémique, dans deux grottes d’une vallée du sud de l’île. Dans un état plus altéré que la scène de chasse découverte il y a plus d’un an à proximité, dans la grotte de Leang Bulu' Sipong 4, ces peintures repoussent cependant pour l’une d’entre elles, la datation à 45 500 ans, -1500 ans plus tôt que la précédente –, devenant ainsi la représentation animale la plus ancienne connue à ce jour, probablement réalisée par Homo sapiens.

Sulawesi est la plus grande île (174 000 km2) de Wallacea (ou Wallacées), une zone bio-géographiquement distincte d’îles océaniques, située entre l’Asie continentale et l’Australie. Elle a une longue histoire d’occupation humaine : les preuves archéologiques les plus anciennes, des artefacts en pierre associés à des fossiles de méga-faune datés de 194 000 à 118 000 ans pourraient refléter une colonisation par un hominine archaïque non encore identifié. En outre, certains modèles de peuplement humain primitif de Sahul – plateau continental dont les parties émergées sont aujourd’hui l’Australie, la Tasmanie et la Nouvelle-Guinée – reposent sur l’hypothèse que l’île aurait constitué le premier « arrêt » d’une série de traversées océaniques à travers le nord de Wallacea jusqu’à la pointe ouest de la Nouvelle-Guinée.

Mais c’est surtout le grand nombre de fresques préhistoriques retrouvées dans des grottes qui mobilise l’attention des archéologues. Depuis 70 ans, au fil du temps, quelque 300 grottes et abris avec des représentations pariétales ont été répertoriées à Maros-Pangkep, une plaine karstique (calcaire) d’environ 450 km2 dans la péninsule sud-ouest de l’île. Deux sites d’art rupestre sont également connus, à environ 35 km à l’est dans le département de Bone. « Et chaque année on en découvre de nouvelles » témoigne Maxime Aubert, archéologue à l’université Griffith en Australie, fin connaisseur de la région et co-auteur de l’étude.

jeudi 14 janvier 2021

Découverte du plus vieux dessin d'animal au monde, un cochon daté d’au moins 45.500 ans

Bien plus vieille que les peintures rupestres trouvées à Chauvet ou à Lascaux, cette représentation d'un sanglier des Célèbes semble être la plus ancienne illustration d'un animal — et le plus ancien dessin figuratif — jamais identifié.e.

Après les incroyables peintures vieilles de 12.500 ans découvertes en Colombie en décembre 2020, c’est au tour d’une représentation datant d'au moins 45.500 ans d'être révélée dans la grotte Leang Tedongnge, à Sulawesi, une île indonésienne. Plus encore, il s’agit du plus ancien dessin d’un animal connu à ce jour. Un cochon, dessiné à l’ocre minérale rouge, avec les contours de deux mains humaines peintes au-dessus de sa croupe, comme décrit dans Science Advances ce 13 janvier 2021.

Un sanglier qui existe toujours

En décembre 2017, le professeur d'archéologie au Research Center of Human Evolution de l'Université Griffith (Australie) Adam Brumm ainsi que ses collègues australiens et indonésiens descendent dans une vallée, à proximité de la grande ville de Makassar. Dans une grotte, ils découvrent finalement plusieurs dessins, restés secrets sur les murs depuis des milliers d’années. Et pour cause, pour y parvenir, une randonnée ardue était inévitable et nul chercheur n’y avait ainsi mis les pieds auparavant.

Ces œuvres rupestres représentent probablement des sangliers des Célèbes (Sus celebensis), animaux sauvages proches des porcs et originaires de l'île de Sulawesi. Des bêtes toujours présentes sur son sol 45.500 ans après, bien que la population s’amenuise de jour en jour. "Ainsi, il semble clair que les premiers humains ont interagit étroitement avec [eux] à différents niveaux, pendant une très longue période de temps", les chassant et même les domestiquant, explique à LiveScience Adam Brumm.

Un endroit riche en art rupestre

Ce n’est ainsi pas si étonnant que de (très) nombreuses représentations de ces sangliers aient été identifiées. Auparavant, la plus ancienne ébauche d’un animal dépeignait aussi l’un de ces cochons, trouvé dans une autre grotte de l'île Sulawesi par la même équipe et daté d'au moins 43.900 ans. Les mêmes archéologues qui, en 2019, avaient identifié la plus vieille scène de chasse sur des murs âgée de 44.000, représentant des créatures mi-humaines mi-animales poursuivant des bêtes sauvages.

Les premières traditions de l'art rupestre ne sont probablement pas apparues dans l'Europe de l'ère glaciaire, comme on l'a longtemps supposé, suggère Adam Brumm.

La plus vieille estampe jamais révélée de l’art rupestre, quant à elle, est pour le moment des lignes entrecroisées rouges, dessinées par un Homo sapiens sur une roche de l'actuelle Afrique du Sud il y a 73.000 ans.

Source : MaxiScience du 14/01/2021

Cette peinture rupestre figurative est la plus ancienne jamais mise au jour

Représentant des sangliers, cette fresque vieille de 45 500 ans vient s'ajouter à la liste grandissante de peintures rupestres découvertes en Indonésie.

Il y a 45 500 ans, nos ancêtres se sont aventurés dans une grotte de l’île indonésienne de Sulawesi (ou Célèbes). Ils ont ensuite peint la forme replète d’un sanglier appartenant à une espèce endémique, au dos et à la tête recouverts respectivement de poils raides et de verrues. Selon les archéologues, cette peinture rupestre d’une créature porcine serait la plus ancienne jamais découverte à ce jour.

Une photographie du dessin a été publiée dans une étude parue dans la revue Science Advances. On y voit l’animal, qui semble observer deux autres sangliers en train de se chamailler. Les contours de deux mains humaines sont visibles à proximité de l’arrière-train de la créature porcine, tandis qu’un quatrième spécimen se trouverait au centre de la scène, comme le suggère un carré à l’apparence hirsute.

Réalisée à l’ocre rouge sur les parois intérieures de la grotte, la peinture a été découverte en décembre 2017 par l’archéologue local Basran Burhan, doctorant à l’université Griffith en Australie. C’est sur le site de Leang Tedongnge qu’il a aperçu cette œuvre rupestre d’un sanglier, alors qu’il était parti explorer avec sa petite équipe les grottes du sud de Sulawesi, à la recherche d’anciennes traces d’activités humaines.

Selon Adam Brumm, auteur principal de la nouvelle étude et archéologue à l’université Griffith, cette peinture représenterait des trophées de chasse.

« Ce sont des sangliers de très petite taille, et pourtant les artistes de l’époque les ont dépeints sous des traits très corpulents. J’imagine que cela avait un lien avec l’intérêt de nos ancêtres à tuer les porcins les plus grands et les plus gros qu’ils pouvaient trouver, car ils fournissaient davantage de viande et de protéines », explique-t-il.

Cette fresque n’est pas la plus vieille au monde, mais il s’agit de la plus ancienne peinture rupestre figurative. « Tout dépend de la définition que vous avez de l’art », confie Maxime Aubert, co-auteur de l’étude et archéologue à l’université Griffith. D’anciennes manifestations remarquables de créativité ont été récemment identifiées. Ce fut notamment le cas d’un gribouillage vieux de 73 000 ans semblable à un hashtag découvert en Afrique du Sud, qui est considéré par certains comme le plus ancien dessin au monde.

Une chose est sûre, les peintures récemment découvertes s’ajoutent à une liste de plus en plus longue de peintures rupestres découvertes à travers l’Indonésie. Rien qu’à Sulawesi, les scientifiques ont identifié des œuvres dans quelque 300 grottes en 70 ans. Parmi elles figure la seconde peinture rupestre figurative la plus ancienne au monde, une vignette d’au moins 44 000 ans qui représente l’excitation suscitée par la chasse. On y voit deux humanoïdes mesurant 5 et 10 cm de haut pourchassant des sangliers et des parents de petite taille du buffle d’eau.

Les nombreuses découvertes faites en Indonésie ont conduit les scientifiques à s’interroger sur la période, le lieu et la manière dont les premières lueurs de créativité humaine se sont manifestées. Ils se sont ainsi détournés de la « perspective eurocentrique du monde » qu’ils avaient, selon laquelle de telles peintures raffinées n’ont été réalisées qu’à l’arrivée des humains en Europe, explique Maxime Aubert.

Premières manifestations artistiques

Afin d’en savoir plus sur la période de réalisation de ce gros sanglier, une équipe internationale de chercheurs a eu recours à la méthode de datation par l'uranium-thorium (qui se forme naturellement dans la roche calcaire). Lorsque l’eau s’infiltre dans la grotte, elle dissout des morceaux de calcaire et l’uranium que la roche contient. Les éléments chimiques vont ensuite former des dépôts très fins le long des parois de la grotte. Comme le taux de décomposition de l’uranium en thorium est connu des scientifiques, ces derniers peuvent estimer l’âge minimum de l’œuvre en analysant les quantités relatives de ces deux éléments.

À l’aide d’un petit burin, les chercheurs ont prélevé un amas bosselé de minéraux qui s’était déposé sur la patte arrière du sanglier le plus complet. Les résultats de la datation à l’uranium et au thorium ont indiqué que la peinture avait au moins 45 500 ans. Il se peut également qu’elle soit plus ancienne, car cette méthode de datation n’analyse que les dépôts de minéraux qui se sont formés sur l’œuvre, et non la peinture en elle-même.

Tant que la datation des autres éléments de la scène n’a pas été réalisée, les auteurs de l’étude ne peuvent confirmer si la fresque a été effectuée en une seule fois. L’un des sangliers incomplets présente deux pigments de couleur différents, ce qui pourrait indiquer plusieurs périodes de peinture selon les auteurs de l’étude.

Adhi Agus Oktaviana, co-auteur de l’étude et chercheur au Pusat Penelitian Arkeologi Nasional de Jakarta en Indonésie, confie avoir éprouvé un respect renouvelé pour les artistes anciens au moment de décalquer numériquement les photographies des silhouettes pour l’étude.

« Je trouve que c’est incroyable. Ils savaient parfaitement se servir d’outils pour dessiner, gérer la composition des pans de mur », souligne Adhi Agus Oktaviana, également doctorant à l’université Griffith.

L’archéologue April Nowell est spécialiste du Paléolithique à l’université de Victoria en Colombie-Britannique. Bien qu’elle n’ait pas pris part à l’étude, elle estime que ces premières manifestations artistiques reflètent un changement vital dans la manière dont nos ancêtres communiquaient avec leur environnement et le paysage alentour. « Ils imprègnent leur lieu de vie, de sens, d’importance et peut-être même d’une dimension symbolique », déclare-t-elle.

La nouvelle étude parue dans Science Advances révèle également l’âge d’une autre peinture de sanglier réalisée dans une grotte située non loin, celle de Leang Balangajia 1. Cette œuvre rupestre a été découverte par l’équipe lors d’une expédition en 2018 et a au moins 32 000 ans. La datation des activités humaines sur l’île de Sulawesi avait précédemment été confirmée par la présence d’outils utilisés pour la transformation de l’ocre sur le site voisin de Leang Bulu Bettue. Ces derniers avaient été mis au jour dans des couches de sédiments vieilles d’au moins 40 000 ans.

« Ils utilisaient peut-être ce pigment pour l’art rupestre, mais nous ne sommes pas parvenus à trouver un lien direct entre les [outils] et les peintures elles-mêmes », souligne Adam Brumm. Selon lui, l’existence d’un tel lien est cependant probable au vu du nombre de peintures rupestres à la datation similaire dans la région.

Un développement artistique indépendant

Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était au cœur de la plupart des discussions portant sur les peintures rupestres raffinées. Les ménageries qui courent sur les parois de la grotte de Chauvet-Pont-d’Arc dans le sud de la France datent d’il y a environ 36 000 ans. Le troupeau de bisons dansant au-dessus de nos têtes dans la grotte d’Altamira dans le nord de l’Espagne a été peint à la même période. Quant aux nombreuses mains tendues et aux disques rouges de la grotte espagnole d’El Castillo, ils auraient plus de 40 800 ans.

Mais tout a changé en 2014, lorsqu’une équipe dont faisaient partie Maxime Aubert et Adam Brumm a annoncé la découverte de peintures rupestres vieilles d’au moins 39 900 ans sur l’île de Sulawesi. Jusqu’alors, les scientifiques pensaient que les œuvres rupestres n’avaient pas plus de 12 000 ans.

« Cela a vraiment mis à mal l’idée selon laquelle l’évolution humaine s’était achevée en Europe », remarque April Nowell. Bien que cette peinture de sangliers soit un tantinet plus ancienne que la précédente détentrice du record, sa découverte donne encore plus d’importance à l’art rupestre de la région.

« Certaines personnes peuvent dire qu’il ne s’agit que d’un autre sanglier, mais là n’est pas la question. Cette fresque exprime un changement comportemental plus conséquent et durable », poursuit la scientifique.

Le nombre grandissant de ce type de découvertes en Indonésie laisse penser qu’un sens artistique complexe s'est développé de manière indépendante en Europe et en Asie, estime Maxime Aubert. Les Hommes étaient peut-être déjà capables de réaliser de telles œuvres d’art lorsqu’ils ont quitté le continent africain et « nous commençons désormais à en retrouver des traces partout où ils sont allés », précise l’archéologue.

La datation de cette peinture rupestre récemment mise au jour contribue également à combler un vide de 20 000 ans dans les données archéologiques, période au cours de laquelle nos ancêtres auraient sauté d’île en île pour se rendre en Australie. Des fouilles récentes menées dans le nord de l’Australie y ont révélé la présence des Hommes modernes il y a au moins 65 000 ans, alors que les preuves d’activité humaine en Indonésie semblent dater de 20 000 ans plus tard.

Un vide chronologique subsiste toujours malgré cette trouvaille. Maxime Aubert considère qu’il n’y a aucune raison de penser que les habitants de Sulawesi ont soudainement commencé à peindre il y a 45 500 ans. Il y a donc fort à parier que d’autres peintures rupestres seront mises au jour.

Adam Brumm est sûr d’une chose : d’autres surprises nous attendent. « Cela montre simplement que de nombreuses peintures rupestres attendent d’être découvertes sur cette île. Elles sont cachées à la vue de tous », conclut-il.

Source : National Geographic du 14/01/2021

La plus ancienne peinture rupestre préhistorique trouvée en Indonésie

Vieille de plus de 45 000 ans selon les chercheurs, une représentation de cochon sauvage a été découverte dans une grotte de Sulawesi, en Indonésie. Peut-être le plus vieil art rupestre du monde.

C’est le plus vieux cochon sauvage connu. Des archéologues de l’Université de Griffith (Australie) ont fait savoir qu’ils avaient découvert une peinture rupestre représentant cet animal vieille de 45.500 ans, lors de recherches menées dans le sud de l’île de Sulawesi, la plus grande et la plus ancienne île de la Wallacea, une zone biogéographique qui sépare l’Asie continentale de l’Australie et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Cette figure peinte à l’ocre rouge est celle d’un cochon verruqueux de Sulawesi (Sus celebensis), un suidé endémique de la région. Son antiquité en ferait la représentation rupestre la plus ancienne datée à ce jour. Par comparaison, les réalisations pariétales de la grotte Chauvet (Ardèche), en France, remonte à 36.000 ans.

Une peinture haute de 54 cm pour 1,36 mètre de long

Dans l’étude publiée dans la revue Science Advances, les chercheurs révèlent que la découverte a été faite en 2017 dans la grotte de Leang Tedongnge, une cavité située dans les massifs karstiques d’une vallée isolée du sud de l’île. Haute de 54 cm pour 1,36 mètre de long, la figure de ce suidé à courtes pattes est représentée avec des excroissances faciales typiques de celles que portent les adultes mâles de l’espèce. En 2019, cette même équipe d’archéologues avait déjà publié des résultats pour une scène d’art rupestre d’au moins 43.900 ans, localisée dans la grotte de Bulu Sipong 4, au cœur de cette même région. On y voyait des personnages hybrides en train de chasser une bande de cochons sauvages.

Des preuves archéologiques de l’ancienneté de la présence humaine dans ces îles océaniques

L’ocre des peintures rupestres ne pouvant être daté directement, les scientifiques ont prélevé des échantillons de calcite (spéléothèmes) qui recouvrent les figures, des dépôts de carbonate de calcium qui se forment naturellement sur la surface des parois rocheuses. Ils en ont ensuite fait l’analyse par la méthode de l’uranium-thorium. C’est ainsi que Maxime Aubert de l’Université de Griffith (Australie), l’auteur des datations et cosignataire de l’article, a pu établir que la peinture figurant en dessous était au moins aussi ancienne que les 45.500 ans d’âge du dépôt de calcite. Parallèlement, des fouilles archéologiques menées dans deux sites d’art rupestre locaux, à Leang Bulu et Leang Burung2, ont révélé, dans des niveaux de sédiments anciens, la présence de pigments et fragments d’ocre de plus de 40.000 ans.

Ces datations très importantes pour l’histoire des premières créations artistiques humaines le sont aussi comme preuves archéologiques de l’ancienneté de la présence humaine dans cette vaste zone d’îles océaniques, porte d’entrée du continent australien, où les Hommes anatomiquement modernes sont arrivés il y a 65.000 ans. Elles comblent des lacunes dans l’histoire des migrations humaines anciennes autant que dans celle de l’art rupestre préhistorique.

Source : Science et Avenir du 14/01/2021

Découverte de la plus ancienne fresque figurative connue au monde

Une équipe d’archéologues annonce la découverte de la plus ancienne fresque figurative connue au monde. Réalisée il y a au moins 45 500 ans en Indonésie, elle dépeint un porc sauvage, fournissant au passage les plus anciennes preuves d’un établissement humain dans la région.

La plus ancienne œuvre d’art figurative jamais créée par les humains représente un porc verruqueux de Célèbes (Sus celebensis), également appelé porc de Sulawesi, une espèce originaire d’Indonésie. Elle a été identifiée en 2017 par l’archéologue Maxime Aubert et son doctorant Basran Burhan, de l’Université australienne de Griffith. Vous la retrouverez dans la grotte de Leang Tedongnge, nichée dans une vallée isolée entourée de falaises et accessible uniquement pendant la saison sèche.

Les agriculteurs locaux connaissaient l’existence de cette grotte depuis longtemps. Toutefois, ils n’avaient encore jamais remarqué la présence du dessin à l’intérieur. « Quand j’ai vu l’oeuvre pour la première fois, j’ai été époustouflé », a déclaré à IFLScience Adam Brumm. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Science Advances.

Une scène narrative

Mesurant 136 par 54 centimètres, cette œuvre a été peinte avec un pigment ocre rouge foncé. On distingue également au moins deux paires de verrues faciales (caractéristiques des mâles adultes de l’espèce), ainsi qu’une bande sombre mi-dorsale qui s’étend de la crête vers la queue.

Vous remarquerez également deux empreintes de mains situées au-dessus de l’arrière-train du porc. On ne les distingue pas réellement de notre point de vue, mais les chercheurs soulignent aussi la présence de deux autres cochons qui ne sont que partiellement conservés. Ils évoquent alors une possible scène narrative. « Le cochon semble observer un combat ou une interaction sociale entre deux autres porcs verruqueux », imagine Adam Brumm.

Au moins 45 500 ans

Grâce à une méthode de datation par l’uranium, les chercheurs ont pu dater un gisement de calcite formé juste au-dessus de la peinture à environ 45 500 ans. Aussi, ils suggèrent que cette œuvre est tout aussi ancienne, voire probablement un peu plus. Avant elle, la fresque figurative la plus ancienne, découverte par la même équipe à Sulawesi, était datée à environ 43 900 ans. Elle représentait un groupe de figures mi-humaines, mi-animales chassant des mammifères.

La capacité de créer de telles œuvres témoigne d’une capacité de pensée complexe et abstraite. Jusqu’à présent, les recherches sur la façon dont ces traits comportementaux et cognitifs ont émergé avaient tendance à se concentrer sur le continent européen, où les archives montrent une explosion de l’art rupestre à partir d’environ 40 000 ans. Toutefois, cette nouvelle découverte remet cette idée en question, suggérant que des traditions artistiques tout aussi remarquables se sont probablement développées quelques milliers d’années plus tôt en Asie, ou plus probablement en Afrique.

Quant à ses auteurs, l’équipe suggère que l’œuvre d’art a été réalisée par Homo sapiens, et non pas d’anciens cousins éteints comme les Denisovans. Nous savons en effet que nos ancêtres sont arrivés en Australie il y a environ 65 000 ans, et qu’ils ont probablement dû traverser les îles indonésiennes pour y parvenir. En revanche, les chercheurs ne peuvent le dire avec certitude.

Source : SciencePost du 14/01/2021

Une peinture de sanglier trouvée dans une grotte d'Indonésie est la plus ancienne connue au monde

Grâce à une datation du dépôt de calcite qui s'est formé dessus, on sait qu'une peinture rupestre de sanglier trouvée en Indonésie a été réalisée il y a plus de 45 500 ans et que c'est donc la plus ancienne connue dans le monde.

Une peinture rupestre découverte par des archéologues en 2017 sur l'île de Sulawesi en Indonésie est la plus ancienne connue dans le monde : cette image à taille réelle d'un sanglier a été réalisée il y a au moins 45 500 ans, selon les datations effectuées. La découverte, décrite dans l'édition de mercredi 13 janvier de la revue Science Advances, fournit également la preuve la plus ancienne d'une présence humaine dans la région.

Un co-auteur de l'article, Maxime Aubert, de l'université Griffith en Australie, a raconté à l'AFP que la peinture avait été découverte sur l'île de Sulawesi en 2017 par Basran Burhan, un étudiant doctorant, dans le cadre de fouilles archéologiques que l'équipe effectuait avec les autorités indonésiennes.

La grotte Leang Tedongnge est située dans une vallée isolée, cernée de falaises calcaires abruptes, et à environ une heure de marche de la route la plus proche. Elle n'est accessible que durant la saison sèche, en raison de crues pendant la saison des pluies. Des membres de la communauté isolée des Bugis ont affirmé à l'équipe que c'était la première fois que des Occidentaux y accédaient.

Un sanglier des Célèbes rouge foncé

Mesurant 54 cm de haut et 1,36 m de large, cette peinture d'un sanglier des Célèbes a été réalisée grâce à un pigment d'ocre rouge foncé. Le sanglier est représenté avec une courte crinière de poils dressés, ainsi qu'une paire d'excroissances faciales ressemblant à des défenses, typiques des adultes mâles de l'espèce.

Deux contours de mains sont visibles au-dessus de la partie arrière du porcin et semblent faire face à deux autres sangliers qui n'ont été préservés que partiellement. Le tout ressemble à une scène narrative. "Le porcin semble observer un combat ou une interaction sociale entre deux autres sangliers", a déclaré un autre co-auteur, Adam Brumm.

Les hominidés ont chassé les sangliers des Célèbes sur l'île de Sulawesi pendant des dizaines de milliers d'années, et ces derniers sont souvent représentés dans l'art préhistorique de la région, particulièrement celui de l'ère glaciaire.

Une découverte qui éclaire l'histoire des migrations

Maxime Aubert, spécialiste de la datation, a identifié un dépôt de calcite qui s'est formé au-dessus de la fresque, puis a utilisé une méthode de datation par uranium pour affirmer que le dépôt était vieux de 45 500 ans. La fresque est donc au moins aussi ancienne "mais elle pourrait être bien plus vieille car la datation que nous utilisons ne date que le calcite" et non la peinture elle-même, a expliqué le chercheur.

"Les gens qui l'ont réalisée étaient complètement modernes, ils étaient comme nous, ils possédaient toutes les capacités et les outils pour réaliser n'importe quelle peinture qu'ils souhaitaient", a-t-il ajouté.

Avant celle-ci, la peinture rupestre la plus ancienne connue avait été découverte par la même équipe, également sur l'île de Sulawesi. Elle représentait un groupe de personnages mi-humains mi-animaux chassant des mammifères, et s'était avérée ancienne d'au moins 43 900 ans. A titre de comparaison, en France les peintures de Lascaux sont datées à près de 20 000 ans et celles de la grotte Chauvet à environ 35 000.

Les fresques de grottes comme celles-ci permettent de combler les trous dans notre connaissance des anciennes migrations humaines. On sait que des populations ont atteint l'Australie il y a près de 65 000 ans, et elles ont probablement dû, auparavant, traverser l'archipel indonésien oriental de Wallacea, dont Sulawesi fait partie.

Les peintures pourraient avoir été réalisées par des Homo sapiens

Le site archéologique représente désormais la preuve la plus ancienne de présence humaine à Wallacea, mais les chercheurs espèrent que des fouilles plus approfondies permettront de démontrer que des peuplades étaient présentes dans la région bien avant, et de résoudre ainsi le mystère du peuplement de l'Australie.

L'équipe pense que la peinture a été réalisée par des Homo sapiens, et non par des espèces humaines aujourd'hui éteintes comme les Dénisoviens, mais elle ne peut l'affirmer avec certitude.

Pour réaliser les contours de main, les artistes préhistoriques ont dû placer leurs mains sur la surface rocheuse avant de cracher des pigments par-dessus. L'équipe espère ainsi pouvoir extraire des échantillons d'ADN d'un reliquat de salive.

Source : FranceInfo du 14/01/2021

La plus ancienne peinture rupestre connue au monde trouvée en Indonésie

Les archéologues ont découvert la plus ancienne peinture rupestre connue au monde – une image grandeur nature d’un cochon sauvage qui a été réalisée il y a au moins 45 500 ans en Indonésie.

La découverte, décrite dans la revue Science Advances mercredi, fournit les premières preuves de l’établissement humain dans la région.

Le co-auteur Maxime Aubert, de l’Université Griffith d’Australie, a déclaré à l’AFP qu’il avait été retrouvé sur l’île de Sulawesi en 2017 par le doctorant Basran Burhan, dans le cadre d’enquêtes menées par l’équipe auprès des autorités indonésiennes.

La grotte Leang Tedongnge est située dans une vallée isolée entourée de falaises calcaires abruptes, à une heure de marche de la route la plus proche.

Il n’est accessible que pendant la saison sèche en raison des inondations pendant la saison des pluies, et des membres de la communauté isolée de Bugis ont déclaré à l’équipe que les Occidentaux ne l’avaient jamais vu auparavant.

Mesurant 136 cm sur 54 cm, le porc verruqueux de Sulawesi a été peint avec un pigment ocre rouge foncé et a une courte crête de poils dressés, ainsi qu’une paire de verrues faciales en forme de corne caractéristiques des mâles. adultes de l’espèce.

Il y a deux empreintes de mains sur l’arrière-train du cochon, et il semble être devant deux autres cochons qui ne sont que partiellement conservés, dans le cadre d’une scène narrative.

“Le cochon semble observer un combat ou une interaction sociale entre deux autres porcs verruqueux”, a déclaré le co-auteur Adam Brumm.

Les humains ont chassé les cochons verruqueux de Sulawesi pendant des dizaines de milliers d’années, et ils sont une caractéristique clé des œuvres d’art préhistoriques de la région, en particulier pendant la période glaciaire.

Aubert, un spécialiste des datations, a identifié un gisement de calcite qui s’était formé sur le dessus du tableau, puis a utilisé un isotope datant de la série uranifère pour dire avec certitude que le gisement avait 45 500 ans.

Cela rend la peinture au moins aussi ancienne, “mais elle pourrait être beaucoup plus ancienne car la datation que nous utilisons ne date que de la calcite sur le dessus”, a-t-il expliqué.

“Les gens qui l’ont fait étaient complètement modernes, ils étaient comme nous, ils avaient toutes les compétences et tous les outils pour faire ce qu’ils voulaient”, at-il ajouté.

La peinture d’art rupestre datée précédemment a été trouvée par la même équipe à Sulawesi. Il représentait un groupe de figures en partie humaine et en partie animale chassant des mammifères, et il a été constaté qu’il avait au moins 43 900 ans.

Les peintures rupestres comme celles-ci aident également à combler les lacunes dans notre compréhension des premières migrations humaines.

On sait que les gens sont venus en Australie il y a 65 000 ans, mais ils auraient probablement dû traverser les îles d’Indonésie, connues sous le nom de “Wallacea”.

Ce site représente maintenant la plus ancienne preuve d’humains à Wallacea, mais des recherches supplémentaires devraient aider à montrer que les gens se trouvaient dans la région beaucoup plus tôt, ce qui résoudrait le puzzle des colonies australiennes.

L’équipe pense que l’œuvre d’art a été réalisée par homo sapiens, contrairement aux espèces humaines aujourd’hui éteintes comme les Denisoviens, mais je ne peux pas le dire avec certitude.

Pour faire des empreintes de mains, les artistes devraient placer leurs mains sur une surface, puis cracher du pigment dessus, et l’équipe espère essayer d’extraire des échantillons d’ADN de la salive résiduelle.

Source : Cosmosonic du 14/01/2021

Cette fresque a été peinte il y a plus de 45.000 ans !

En Indonésie, sur l'île de Sulawesi, des archéologues australiens ont découvert le plus ancien dessin fait de la main d'Homo sapiens connu à ce jour. Il s'agit d'un sanglier des Célèbes qui date d'au moins 45.500 ans.

En Indonésie, dans une vallée isolée de l'île de Sulawesi, située à une heure de marche de la première route et seulement accessible durant la saison sèche, se cache la grotte de Leang Tedongnge. Lors d'une expédition menée en 2017, deux archéologues australiens de l'université de Griffith dans le Queensland et leurs homologues indonésiens ont découvert des animaux peints sur les murs de Leang Tedongnge, notamment des sangliers des Célèbes (Sus celebensis), une espèce encore vivante aujourd'hui.

À la suite de la datation par l'uranium-thorium des pigments minéraux ayant servi au traçage du dessin, il apparaît qu'un de ces cochons à défense est la peinture préhistorique la plus ancienne connue de l'île de Sulawesi, et la plus ancienne au monde ! Elle a été peinte par Homo sapiens il y a au moins 45.500 ans. Les détails de cette incroyable découverte sont parus dans Science Advances.

Le sanglier des Célèbes, le plus ancien sujet dessiné par Homo sapiens

Les scientifiques ne savent pas précisément quand l'Homme moderne est arrivé en Asie du Sud-Est, il est couramment admis qu'il a fait ses premiers pas dans cette région entre -73.000 et -63.000 ans. Son arrivée sur l'île de Sulawesi est un peu plus récente, estimée entre -69.000 et -59.000 ans. La découverte du dessin du sanglier des Célèbes atteste de la présence d'Homo sapiens il y a au moins 45.500 ans. Surnommé cochon 1, il mesure 136 centimètres de long sur 54 centimètres de haut et est accompagné de deux autres cochons aux dimensions similaires. Les archéologues ont identifié un quatrième dessin, plus abîmé, qui semble aussi représenter un sanglier des Célèbes.

Ces animaux semblent avoir été peints en train d'interagir entre eux : « Le cochon semble combattre ou avoir une interaction sociale avec les deux autres », indique Adam Brunn, l'un des auteurs de l'étude. Lors d'une seconde expédition menée en 2018, les archéologues ont exploré la grotte de Leang Balangajia, située dans la même vallée. Sur le plafond de celle-ci, il y a également un dessin de cochon de 187 centimètres sur 110 centimètres, identifié comme étant un sanglier des Célèbes. Ce dernier est plus récent que celui de Leang Tedongnge, il date d'au moins 32.000 ans.

Des Hommes et des cochons

Que sait-on des Hommes qui ont représenté ces animaux ? Martin Aubert, qui s'est chargé des datations, explique : « Les personnes qui les ont faits étaient complètement modernes, ils étaient juste comme nous, ils avaient toutes les capacités et tous les outils pour peindre ce qu'ils voulaient. » Apparement, ils aimaient beaucoup les cochons puisque c'est l'animal le plus représenté dans les grottes de Sulawesi, ce qui témoigne de leur importance dans leur vie, probablement comme source de nourriture.

L'équipe qui a mené ce travail n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'il s'agit de la même qui avait découvert la plus ancienne scène de chasse. Elle espère maintenant découvrir des peintures encore plus âgées, d'environ 65.000 ans, pour apporter des preuves concrètes de la présence d'Homo sapiens dans la région à cette époque. Des artéfacts faits en pierre ont été découverts sur l'île de Sulawesi, mais ces derniers datent d'entre -194.000 et -118.000 ans et ne sont donc pas l'œuvre d'Homo sapiens, mais celle d'une espèce plus archaïque aujourd'hui disparue.

Source : Futura Sciences du 14/01/2021

Préhistoire : la grotte Cosquer, un patrimoine en péril

Les scientifiques se sont lancés dans une course contre la montre pour étudier cette grotte sous-marine ornée et sauver ce qui peut l’être.

« Cosquer est la cavité la plus menacée de métropole et nul ne sait combien de temps il nous reste avant sa disparition complète. » Stéphanie Touron ne cache pas son inquiétude. Responsable du pôle grottes ornées du laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH), cette ingénieure est le témoin impuissant des multiples menaces (engloutissement, pollution, risque sismique, etc.) qui pèsent sur cette grotte sous-marine découverte en 1985 par le plongeur Henri Cosquer et déclarée officiellement six ans plus tard.

À l’époque, la nouvelle avait fait grand bruit. Il faut dire que le site est exceptionnel à bien des égards. Fréquentée par nos ancêtres entre – 27 000 et – 17 000 ans, Cosquer constitue l’unique grotte sous-marine ornée au monde. Son entrée se trouve à 37 mètres au fond de la calanque de la Triperie, au cap Morgiou, entre Marseille et Cassis. Lors de l’occupation de la grotte pendant la période glaciaire, la mer se situait près de 120 m en contrebas. Quand le niveau est remonté, à la fin de la dernière glaciation, l’eau a englouti peu à peu les deux tiers du réseau souterrain, épargnant une partie des deux grandes salles.

Encore des découvertes à faire

« Les grottes ornées sont rares dans le bassin méditerranéen », souligne Geneviève Pinçon, directrice du Centre national de préhistoire, qui voit en Cosquer un « important jalon pour la connaissance ». Autre particularité du site, sa richesse ornementale : des dizaines de mains négatives noires et rouges, une intrigante gravure dite « de l’homme tué » (une silhouette anthropomorphe transpercée d’un trait), alors que les représentations humaines sont habituellement très rares ; sans oublier des animaux à foison (chevaux, bisons, aurochs, antilopes…). On y admire même des phoques, des pingouins et d’autres animaux marins, déjà observés sur du mobilier paléolithique mais uniques dans l’art pariétal.

« Plus de 500 entités graphiques, dont de nombreuses gravures, ont déjà été identifiées, sachant que l’inventaire n’est pas terminé », explique le préhistorien Cyril Montoya, qui a pris la tête d’une nouvelle équipe de recherche d’une dizaine de spécialistes. Carrefour entre différentes aires culturelles, la grotte Cosquer a encore beaucoup à nous apprendre, car elle n’a pas fait l’objet d’études systématiques depuis les campagnes menées par Jean Clottes et Jean Courtin au début des années 2000.

Même sa chronologie doit être affinée, Cyril Montoya estimant qu’on ne peut réduire l’occupation du site aux deux phases déterminées précédemment (aux alentours de – 27 000 ans puis de – 18 500).

Accès difficile pour les chercheurs

Pourquoi tant de lacunes, trente ans après sa révélation ? « Cosquer est malheureusement sortie des radars après la découverte de Chauvet, qui a canalisé l’attention des scientifiques », déplore le préhistorien. La difficulté d’accès au site a aussi freiné certains élans. « Faire de la plongée spéléologique n’est pas donné à tout le monde. » De surcroît, le temps de travail dans la cavité est limité et conditionné aux fenêtres de basses eaux, dont le cycle fait actuellement l’objet de recherches par un laboratoire de géosciences de l’université d’Aix-Marseille.

Cyril Montoya espère pouvoir se rendre sur place dès l’été 2021 afin de commencer à traiter les urgences : étudier en priorité les zones régulièrement noyées par les variations du niveau de l’eau et faire des prélèvements, avant de débuter des fouilles. Car en plus de lessiver les parois, l’eau sape la couche de calcite qui protège encore certains sols, menaçant des vestiges archéologiques immergés de plus en plus longtemps, en raison du dérèglement climatique.

« Nous sommes également à la merci de la pollution marine, des petits morceaux de plastique jusqu’aux eaux usées, abondantes en période estivale », ajoute Stéphanie Touron au LRMH. Pour la conservation, plusieurs possibilités ont été envisagées : mettre des coques sur les parois, injecter de l’air pour renforcer la surpression naturelle de la cavité… « Aucune solution n’est réellement pérenne. Le dernier recours pour sauver les œuvres serait la dépose, une opération complexe à mener », se résout-elle à contre-coeur.

Un engloutissement inévitable

À terme, l’engloutissement de la grotte est inévitable et le relevé numérique 3D, en cours de réalisation, deviendra un véritable patrimoine, de même que la réplique, dont l’ouverture est prévue en juin 2022 à Marseille. Après l’échec de plusieurs tentatives, ce projet touristique et scientifique a pu aboutir grâce aux efforts conjugués de l’État (qui fournit les données de numérisation), de la région (qui finance 9 des 23 millions d’euros d’investissement) et de la société privée Kléber Rossillon, gestionnaire d’une dizaine de sites patrimoniaux en France, dont la grotte Chauvet 2.

Pour Geneviève Rossillon, qui dirige l’entreprise familiale, c’est un défi technique : « Le calendrier est serré et nous devons nous adapter à un bâtiment existant, mais la Villa Méditerranée dispose d’un bon emplacement, à côté du Mucem, et elle a été dessinée par un architecte avec une signature forte, Stefano Boeri. »

Près de 800 000 visiteurs sont attendus la première année, 500 000 les suivantes. Plongés dans une atmosphère sous-marine par un jeu de lumière et de rideaux d’eau, ils embarqueront à bord de wagonnets autonomes capables de tourner à 360 degrés. Ils passeront devant le bateau d’Henri Cosquer, le Cro-Magnon, entreront dans son club de plongée avant de pénétrer dans une cage simulant la descente sous-marine puis de débuter la visite de la grotte elle-même.

Ce voyage d’une quarantaine de minutes conduira ensuite à un centre d’interprétation consacré à la fois au paléolithique supérieur et aux questions environnementales (montée des mers, climat). Un espace qui rendra compte des découvertes archéologiques et sera l’occasion, pour le grand public, de suivre l’évolution de la recherche.

Source : La Croix du 04/01/2021

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Timides recherches

1991. Déclaration de la grotte par Henri Cosquer et explorations par l’archéologue Jean Courtin.
1994. Expérimentations de scannage de la grotte.
1995-2000. Aménagements par le département de recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM).
2000-2005. Prospections inventaires menées par Luc Vanrell, Jean Clottes et Jean Courtin.
2016. Début du relevé 3D.
2018. Convention entre l’État et la région Paca pour un projet de restitution.
2020. Lancement d’une nouvelle opération scientifique pilotée par Cyril Montoya.

lundi 14 septembre 2020

Lascaux : « Décorer une grotte n’était pas anodin pour les hommes du paléolithique »

Ce samedi 12 septembre marque les 80 ans de la découverte de la grotte de Lascaux, en Dordogne. La France est riche de plus de 170 grottes ornées du Paléolithique. Décryptage de Patrick Paillet, spécialiste de l’art pariétal au Muséum national d’histoire naturelle.

La Croix : Avec plus de 170 grottes ornées, la France concourt avec l’Espagne en matière d’art pariétal. Pourquoi a-t-on autant de grottes ornées dans l’Hexagone ?

Patrick Paillet : Déjà pour des raisons géologiques. Cela semble évident, mais pour avoir des grottes ornées, il faut qu’il y ait eu des cavités durant la préhistoire ! Le sud-ouest de la France, les Pyrénées et le piémont cantabrique notamment, au nord de l’Espagne, sont riches en grottes qui devaient être plus visibles dans les paysages ouverts de l’époque.

L’autre raison tient à la recherche archéologique. C’est en France et en Espagne que se développe au XIXe siècle l’intérêt scientifique pour le monde souterrain, dont on pensait à l’époque qu’il servait de lieu d’habitation aux hommes préhistoriques. On sait aujourd’hui qu’en réalité Cro-Magnon n’a jamais vécu dans des grottes de façon pérenne, mais cela a favorisé les recherches et donc la découverte des grottes ornées.

Depuis une dizaine d’années, on effectue de nouveaux travaux en Europe centrale et orientale où l’on en découvre également. Au fur et à mesure des recherches, la carte de l’art pariétal s’élargit et se complète. Hors de l’Europe, il en existe également à Bornéo et en Australie, par exemple.

Dans d’autres régions, en Amérique et en Asie, les grottes ornées, quand elles existent, sont plus récentes : elles datent en général de la période Holocène, c’est-à-dire d’environ 10 000 ans à nos jours. Les grottes ornées françaises et espagnoles remontent pour la plupart au Pléistocène, la fin des temps paléolithiques.

Existe-il des différences notables entre les différentes grottes, ou bien sont-elles le fruit d’un même peuple à la même culture ?

P. P. : Toutes ces grottes, en France, en Espagne ou en Europe centrale, ont été ornées (peintes ou gravées) par des Homo sapiens, c’est-à-dire des hommes anatomiquement modernes et identiques du point de vue biologique. Mais les paysages, la faune et la flore n’étaient pas semblables en Cantabrie, en Dordogne ou dans l’Oural par exemple. L’art pariétal reflète ces particularités et les figures représentées ne sont pas les mêmes partout.

L’environnement a pu également influencer les techniques et les styles : tous n’avaient pas les mêmes outils ni les mêmes pigments à disposition. Enfin, on note des évolutions en fonction des époques et des lieux, avec une période de plus ou moins 20 000 ans et des territoires aussi immenses que l’Eurasie.

Aller décorer une grotte n’était pas un geste anodin pour les hommes du paléolithique. D’ailleurs, pour donner un exemple, sur les milliers de cavités recensées en Dordogne, seule une soixantaine est ornée ; elles ont été choisies sciemment. La dimension culturelle et symbolique de ces peintures et de ces gravures pariétales est prégnante.

La France est-elle en pointe sur la conservation de ces grottes ?

P. P. : Nous pourrions faire mieux ! Depuis les problèmes qu’a connus Lascaux à partir des années 1960, une prise de conscience a permis de revoir la conservation de ces lieux exceptionnels. Pour faire des relevés des dessins par exemple, il n’est plus question de coller directement les calques aux parois.

Dans l’ensemble, nous ne sommes ni meilleurs ni plus mauvais que les Espagnols. Mais chez eux, la très grande majorité des grottes sont gérées par les communautés autonomes ou par l’État. En France, de nombreuses grottes appartiennent à des privés et il peut parfois arriver que la conservation échappe à tout contrôle scientifique.

Source : La Croix du 12/09/2020

mardi 23 juin 2020

Cussac, le Lascaux de la gravure, révèle ses sépultures uniques

Une grotte remarquable, située en Dordogne, lève le voile sur des pratiques rituelles et des traditions funéraires vieilles de 30.000 ans.

Le cas est absolument exceptionnel ! La grotte ornée de Cussac, en Dordogne, l’un des sanctuaires gravés les plus spectaculaires de tout l’art paléolithique européen, recèle un autre trésor. Un ensemble de sépultures conservées dans les profondeurs de la cavité comme il n’en a jamais été découvert dans aucun autre site décoré. Les résultats de l’analyse de six « dépôts humains » – des ossements non ensevelis - vieux de 25.000 ans à 35.000 ans-, viennent en effet d’être publiés dans un article de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Leur découverte remonte à l’année 2000 lorsque a été mis au jour ce gisement sur la commune du Buisson-de-Cadoin, dans la vallée de la Vézère. Ils reposaient dans trois bauges à ours situées au coeur de l’imposante cavité. Et si leur étude a pris si longtemps, c’est en raison de la difficulté rencontrée par les chercheurs pour travailler dans cette grotte ornée de près de 800 chefs d’œuvres d’art pariétal (chevaux, bisons, mammouths, rhinocéros, bouquetins, oiseaux – mais aussi d’exceptionnelles Vénus stylisées-), le tout disséminé sur 1,6 km de long.

« Toucher uniquement avec les yeux »

Trop chargé en dioxyde de carbone, l’air y est en effet irrespirable. Les équipes autorisées à s’y déployer depuis une dizaine d’années, ne peuvent le faire que quelques jours par an, uniquement en hiver, chaque visite ne devant pas excéder deux heures. Y intervenir signifie aussi « toucher uniquement avec les yeux ». En effet, comme pour la grotte Chauvet (Ardèche) et tant d’autres sites préhistoriques aujourd’hui, tout est fait pour conserver ces environnements tels qu’ils ont été laissés par les chasseurs de la préhistoire. Ainsi, il est impossible aux chercheurs de circuler autrement qu’en suivant des trajets balisés destinés à préserver les sols limoneux recouverts de calcite. Encore moins, d’effleurer les parois où figurent les réalisations des groupes de la culture Gravettienne (nommée d’après le site de la Gravette, en Dordogne) auxquelles toutes ces œuvres sont reliées. Combinaisons de protection et bottes stérilisées sont obligatoires, aucun micro-organisme ne devant pénétrer dans ce haut-lieu de la préhistoire.

De fait, seules les nouvelles technologies et l’imagerie 3D sont sollicitées pour étudier les œuvres mais aussi les ossements. Des données photogrammétriques d’une précision inframillimétrique. C’est ainsi, -à distance sociale-, dirait-on aujourd’hui, qu’ont été analysés les restes organiques conservés dans les anciennes bauges à ours, utilisées par les occupants de la grotte longtemps après que ces derniers plantigrades aient disparu. D’infimes échantillons ont tout de même été prélevés sur les vestiges osseux à des fins de datations et d’analyses paléogénétiques. « Nous avons pu déterminer que ces restes humains appartenaient à six individus – un adolescent et cinq adultes masculins. Tous arrangés de manière particulière. Dans certains cas, les os de plusieurs personnes étaient mêlés », explique le préhistorien Jacques Jaubert, du Laboratoire Pacea* de l’Université de Bordeaux-1, qui dirige ces travaux.

Tous étaient recouverts de pigments d’ocre, traduisant des comportements symboliques complexes. « Ces éléments de squelettes ont été intentionnellement déposés dans deux secteurs proches situés très profondément à l’intérieur de la grotte. La plupart sont sans crâne, même si quelques dents ont été retrouvées. Seul un individu est complet », précise le spécialiste, joint par Sciences et Avenir. Autant d’informations qui révèlent des manipulations de cadavres, des traitements post-mortem des os, reflets des croyances et pratiques funéraires des populations du Gravettien, la deuxième grande culture du Paléolithique supérieur européen. Aucun nourrisson ni enfant n’y figuraient. «Ces résultats ouvrent une fenêtre sur la diversité sociale et les interactions complexes entre les vivants et les morts au sein de ces populations de chasseurs-cueilleurs », estime Jacques Jaubert. A ce jour, les sépultures gravettiennes précédemment rencontrées – à l’instar de l’Abri Pataud, ou du site de Cro-Magnon- l’ont été dans des sites de plein air, des abris sous roche ou à l’entrée de grottes. Jamais dans les profondeurs d’une caverne. Qui plus est, un site où sont associés des morts et des animaux gravés.

Source : Sciences et Avenir du 20/06/2020

mardi 16 juin 2020

Le plus vieux dessin du monde découvert en Afrique du Sud

Il s’agit du plus ancien exemplaire connu de dessin abstrait réalisé au crayon d’ocre. Découvert sur un fragment de roche dans la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, il renouvelle notre connaissance de l’usage symbolique des signes par les premiers Homo sapiens.

De prime abord, l’objet ne paie pas de mine : un fragment de roche portant sur un côté neuf traits de couleur formant un croisillon. Découvert sur le site de la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, il a été prélevé dans une couche archéologique datée de 73 000 ans avant notre ère, en même temps que différents outils lithiques et d’autres témoignages de la vie des anciens occupants du lieu. Il fallait toute l’expérience d’un archéologue pour déceler dans ce morceau de roche sans prétention la promesse d’une découverte exceptionnelle…

Fragment de silcrète portant sur l’une de ses faces un dessin composé de neuf lignes tracées au crayon d’ocre

De fait, ce motif, tracé au crayon d’ocre, constitue dorénavant le plus ancien exemplaire connu de dessin abstrait. La découverte, qui nous ramène aux sources de l’art et de la représentation, vient d’être confirmée par une étude du laboratoire Pacea (CNRS/Université de Bordeaux/Ministère de la Culture) et du laboratoire Traces (CNRS/Université Toulouse – Jean Jaurès/Ministère de la Culture), parue il y a seulement quelques heures.

Dessin ou gribouillage ?

Les analyses chimiques et microscopiques des pigments ont tout d’abord démontré que ces lignes étaient bien de main d’homme et qu’elles avaient été tracées volontairement, sur une surface préalablement polie de la roche. Il y a donc bien une intention à l’œuvre dans cette représentation symbolique dont on ignore cependant la signification. Le site de la grotte de Blombos, fouillé depuis le début des années 1990 par des équipes norvégiennes et sud-africaines, a livré en 2011, dans la même couche archéologique, un morceau d’ocre gravé d’un motif de croisillon similaire. La reproduction d’une même forme sur différents supports témoigne de la capacité des premiers Homo sapiens à la symbolisation, c’est-à-dire à la représentation d’une réalité, abstraite ou concrète, à l’aide de symboles, qu’il s’agisse aussi bien d’images mentales que de signes graphiques.

Morceau d’ocre gravé d’un motif abstrait découvert dans la grotte de Blombos, dans la même couche archéologique qui a livré le fragment de silcrète portant le dessin

Du spirituel dans l’art… préhistorique

Pendant longtemps, les chercheurs ont considéré que les premiers symboles étaient apparus vers – 40 000, au moment où les premiers hominidés ont colonisé les territoires européens. Puis des exemples de motifs abstraits datés du Paléolithique ont été découverts dans plusieurs sites d’Afrique, d’Asie ou d’Europe. La plus ancienne gravure connue à ce jour, un zigzag incisé sur une moule d’eau douce, a notamment été découverte à Trinil, sur l’île de Java, dans des couches archéologiques datant de 540 000 ans.

Différents sites de fouilles africains ont également révélé l’existence d’objets de parure incisés, datés entre 120 000 et 70 000 ans avant notre ère. Mais il s’agit cependant uniquement de témoignages gravés. Pour ce qui concerne le dessin, les plus anciens exemplaires avaient été découverts dans des sites à datation bien plus récente, comme la grotte Chauvet (France), la grotte d’El Castillo (Espagne), la grotte Apollo 11 (Namibie) ou encore celle Maros caves (Indonésie).

Le fragment découvert à Blombos témoigne donc d’une utilisation bien plus ancienne de la technique du dessin pour traduire des représentations abstraites. En 2011, l’équipe de fouilles avait déjà mis au jour une véritable trousse d’artiste abritant notamment des coquilles d’escargots contenant des résidus de peinture riches en ocre. La grotte de Blombos peut dorénavant être considérée comme le lieu de naissance du dessin, une forme d’art nouvelle apparue il y 73 000 ans.

Source : Connaissance des Arts du 14/06/2020

jeudi 20 février 2020

En Espagne, découverte de gravures datées de 15 000 ans

La grotte de la Font Major en Catalogne est connue depuis le 19e siècle. Son réseau de galeries est très étendu (plus de 3 kilomètres) et c’est en l’explorant, le 22 octobre dernier, que des chercheurs de l’Institut de Paléoécologie Humaine et d’Évolution Sociale (IPHES) ont découvert plus d’une centaine de gravures datant du paléolithique.

Ces gravures ont été incisées dans une fine couche de limon. Une quarantaine représentent des animaux, cervidés, bovidés et équidés. D’autres sont abstraites. Des expertises préliminaires donnent une date de 15 000 ans en arrière, ce qui correspond assez bien au style de ces gravures.

D’après les chercheurs, un grand nombre de gravures a été effacé ou dégradé par les visiteurs passés, ignorants de ce qu’il y avait sur les parois. En effet, jusqu’à cette découverte fortuite, près de 60000 visiteurs visitaient la grotte chaque année.

Depuis, les gravures ont été inventoriées et numérisées en 3D pour être étudiées dans le calme des laboratoires et l’accès à la grotte est désormais interdit. Un projet de visite en réalité virtuelle est envisagé.

Source : Le Blob du 19/02/2020

mardi 11 février 2020

Découverte d'une centaine d'œuvres pariétales dans une grotte en Espagne

Un "sanctuaire" paléolithique comprenant plus d'une centaine d'œuvres pariétales datées d'environ 15.000 ans a été découvert dans une grotte de L'Espluga de Francoli, dans la province de Tarragone, en Catalogne.

Cheval gravé dans la grotte de Font Major, à L'Espluga de Francoli (Catalogne).

Comme un ultime hommage... Quelques jours à peine après la disparition de Simon Cuencas, le dernier découvreur de la grotte de Lascaux (Dordogne) en 1940, surnommée la "Chapelle Sixtine de la Préhistoire", le hasard a voulu que soit annoncée la découverte d'une cavité ornée insoupçonnée à L'Espluga de Francoli, dans la province de Tarragone, en Catalogne (Espagne). Une "Altamira catalane", comme l'a surnommée le quotidien de Barcelone La Vanguardia.

Une centaine de figures de chevaux, de cervidés, de bovidés ainsi que des symboles abstraits

Sur les parois de la grotte de Font Major – dont le réseau de galeries est connu depuis 1853 et considéré parmi les plus longs du monde – une centaine de figures de chevaux, de cervidés, de bovidés ainsi que des symboles abstraits ont été retrouvées, délicatement incisées dans une fragile couche de limon.

Parmi la centaine d'œuvres pariétales des grottes de L'Espluga de Francoli, des gravures géométriques.

Restées dans l'obscurité pendant 15.000 ans, elles sont réapparues à la lueur des lampes torches d'une équipe de préhistoriens le 30 octobre 2019, la découverte n'ayant été officiellement annoncée que le 7 février 2020 : "A L'Espluga de Francoli, une équipe de l'Institut catalan de paléoécologie humaine et d'évolution sociale (IPHES) qui menait une campagne de fouilles archéologiques sous la direction de Josep Maria Vergès, du centre de recherche de l'Université Rovira i Virigili, l'URV à Barcelone, a décidé d'explorer des zones inconnues de la cavité. C'est à cette occasion qu'a été révélé ce sanctuaire", a ainsi expliqué Mariangela Vilallonga-Vives, ministre de la Culture de Catalogne, au cours d'une conférence publique.

Un art pariétal exercé au cœur d'un monde souterrain

En gardant la découverte secrète pendant plusieurs semaines, les spécialistes se sont donnés le temps de travailler en toute sérénité pour effectuer des relevés 3D des incisions et gravures préhistoriques. Ceci afin de mieux étudier ces œuvres graphiques réalisées au début du magdalénien, quand le climat du sud-ouest de l'Europe était bien plus aride et plus froid qu'aujourd'hui. Une époque de grand foisonnement culturel. Les grottes ont été pour les populations de chasseurs qui vivaient alors dans ces régions des emplacements privilégiés pour réaliser ces œuvres graphiques dont le sens profond nous échappe toujours. Les spécialistes s'accordent toutefois à considérer qu'elles devaient avoir des fonctions essentielles dans l'expression symbolique. Un art pariétal exercé au cœur d'un monde souterrain et secret.

Source : Sciences et Avenir du 10/02/2020

mardi 17 décembre 2019

Des peintures rupestres indonésiennes seraient la plus ancienne œuvre d’art figurative

Datées de 43 900 ans, elles représenteraient une scène de chasse impliquant des humains dotés d’attributs animaux. Mais cette interprétation suscite des réserves.

Dans la salle 67 du musée du Prado, à Madrid, le tableau Saturne dévorant un de ses fils, de Francisco de Goya, fascine les visiteurs par son abomination. Il représente le mythe grec de Kronos (assimilé à Saturne par les Romains) mangeant ses enfants par crainte d’être renversé par l’un d’eux. Les critiques ont interprété cette représentation d’un dieu cannibale en train de dévorer son fils, les yeux pleins d’horreur, de honte et de folie, comme une allégorie des ravages de la guerre, du déclin de la société espagnole, ou encore de la démence progressive de l’artiste. Peu de gens parviennent au niveau de maîtrise de Goya, mais même dans ses formes plus frustes, l’art pictural est le propre de notre espèce, Homo sapiens, dont la tendance à inventer des fictions et à les transmettre par des images est bien connue.

Les préhistoriens cherchent activement les origines de ce comportement artistique. Pendant longtemps, les plus anciens exemples d’art figuratif (par opposition aux représentations abstraites, plus anciennes) et de dessins de créatures imaginaires connus étaient européens et dataient de moins de 40 000 ans. Toutefois, depuis quelques années, les chercheurs ont découvert des exemples plus anciens d’art figuratif en Asie du Sud-Est. Sur l’île de Sulawesi, en Indonésie, Maxime Aubert, Adhi Agus Oktaviana et Adam Brumm, de l’université Griffith, en Australie, et leurs collègues viennent d’identifier ce qu’ils pensent être la plus ancienne œuvre figurative connue à ce jour. Dans un article publié dans le journal Nature, ils expliquent que cette oeuvre – une peinture rupestre – montre plusieurs figures humanoïdes mythologiques en train de chasser un animal. Si leur interprétation est la bonne, cette découverte est le plus ancien témoignage de l’art de raconter une histoire en images et de pensée surnaturelle.

L’équipe a découvert cette peinture en 2017 dans la grotte de Sipong 4, dans la région karstique de Maros-Pangkep, un paysage spectaculaire de tours et de falaises calcaires du sud de l’île de Sulawesi. Sur le mur escarpé de la grotte, six minuscules chasseurs affrontent, cordes et lances à la main, un énorme bovidé. Sur le même panneau, d’autres chasseurs traquent d’autres bovidés ainsi que des cochons sauvages. Les chasseurs semblent humains, mais présentent plusieurs curieux traits animaux : l’un possède une queue, un autre un bec. De tels êtres mi-humains, mi-animaux sont appelés thérianthropes (du grec thêríon, animal, et ánthrôpos, humain) et sont considérés comme des marqueurs de spiritualité. Les chercheurs suggèrent que les différents personnages – tous rendus dans des pigments couleur rouille – font partie d’une même scène de chasse : il pourrait s’agir de la représentation d’une chasse collective, pendant laquelle des grosses proies étaient rabattues vers les chasseurs.

Les chercheurs ont daté par la méthode uranium-thorium des dépôts de calcite recouvrant partiellement l’œuvre. Ils ont prélevé des échantillons en plusieurs endroits et obtenu des âges minimaux de 43 900 à 35 100 ans. Si comme Maxime Aubert et ses collègues l’affirment, le panneau de la grotte Sipong 4 a au moins 43 000 ans, ce serait la plus ancienne œuvre figurative de l’humanité. Elle serait en particulier plus ancienne qu’une peinture rupestre datant d’environ 40 000 ans représentant un animal en forme de vache découverte dans une grotte de Bornéo, ou que « l’homme-lion » de la grotte de Hohlenstein-Stadel, en Allemagne, une figurine vieille de 39 000 à 40 000 ans, longtemps restée le plus ancien thérianthrope connu, suivi par celui de la célèbre « scène du puits » de la grotte de Lascaux, qui remonte à 17 000 ans.

L’emplacement du panneau peint de la grotte Sipong 4, à près de 7 mètres au-dessus du sol dans un endroit difficile d’accès sans échelle ou autre matériel d’escalade, est intiguant. Certes en Europe, les peintures rupestres se trouvent elles aussi souvent au fond des grottes, dans des passages reculés et difficiles d’accès, ce qui suggère qu’il s’agissait d’endroits ayant une signification particulière pour les artistes. Mais, souligne Adam Brumm, sur l’île de Sulawesi, les peintures rupestres se trouvent en général près de l’entrée des grottes et des abris rocheux, exposées à la lumière. Or dans la région de la grotte de Sipong 4, elles se trouvent dans des cavités difficiles d’accès situées en hauteur dans les piliers et les falaises calcaires. « Hors la présence d’œuvres artistiques, ces sites ne montrent aucun signe d’habitation humaine, si bien que nous supposons que les hommes préhistoriques ne s’y rendaient que pour créer des images », explique Adam Brumm. « Pourquoi ? Nous l’ignorons, mais peut-être que la réalisation de peintures rupestres dans des endroits aussi inaccessibles et marginaux, loin du sol, a pu avoir une signification culturelle et symbolique profonde. » Pour atteindre ces niches, les artistes sont probablement montés le long de lianes ou de grandes tiges de bambou, ou dans certains cas ont pu se frayer un chemin à travers les passages souterrains traversant les tours calcaires. Même si les anciens artistes de Sulawesi et d’Europe ont peint en des lieux empreints de sens et utilisé des conventions stylistiques comparables pour représenter leurs sujets, « un lien historique ou culturel direct entre les arts animaliers préhistoriques européens d’Indonésie et d’Europe est peu probable », avertit Adam Brumm.

Les figures qui font face à un bovidé repésentent-elles des humains ?

En effet, bien que l’œuvre tout juste découverte semble repousser l’âge de l’art figuratif, thérianthropique et narratif, elle révèle peu de choses sur les motivations à l’origine de ce type d’expression créative. Depuis des décennies, les chercheurs s’interrogent sur le long décalage entre l’émergence des hommes anatomiquement modernes et les comportements modernes, telle la création artistique. L’anatomie de l’homme moderne a évolué il y a des centaines de milliers d’années, mais les comportements modernes n’apparaissent dans le registre archéologique que nettement plus tard. Certains y voient l’effet d’une révolution cognitive tardive qui aurait démultiplié l’ingéniosité de nos ancêtres. D’autres pensent plutôt que des facteurs culturels, sociaux ou environnementaux – ou une combinaison de ces facteurs – seraient à l’origine de leur soudaine créativité. « L’art rupestre que nous avons daté ne donne aucune indication directe sur cette intéressante question… », commente Adam Brumm. Mais selon lui, les indices disponibles suggèrent que la capacité de raconter des histoires serait apparue bien avant le panneau peint de la grotte de Sipong 4, « peut-être même avant que notre espèce n’ait quitté l’Afrique », conjecture-t-il.

Qui a peint ces scènes dans la grotte de Sipong 4 ? Aucun squelette humain n’a été retrouvé dans la grotte ou un autre site de Sulawesi datant de cette période. Hormis Homo sapiens, nous savons que d’autres espèces humaines étaient capables de réalisations artistiques, par exemple les Néandertaliens, qui, pour autant que l’on sache, semblent n’avoir pratiqué qu’un art abstrait. Nous savons aussi que d’autres espèces humaines ont habité l’Asie du Sud-Est dans un passé pas si lointain : l’homme de Florès, par exemple, vivait sur l’île indonésienne de Flores il y a encore 60 000 ans ; Homo luzonensis vivait aux Philippines il y a à peine 50 000 ans ; et la paléogénétique suggère que des Dénisoviens tardifs se seraient croisé avec Homo sapiens quelque part en Asie du Sud ou du Sud-Est il y a environ 15 000 ans. Des membres de ces espèces peuvent-ils être les auteurs de la scène de chasse de Sipong 4 ? « Notre hypothèse de travail est que ce sont des humains modernes – ayant essentiellement la même “structure” cognitive que nous, qui sont à l’origine de cet art rupestre. Il s’agirait de membres de la première vague de migration d’Homo sapiens en Indonésie, arrivée il y a 50 000 à 70 000 ans au moins. »

Toutefois, le caractère sophistiqué de la peinture rupestre de Sipong 4 est controversé. Paul Pettitt, de l’université de Durham, en Angleterre, souligne que même si un des animaux du groupe représenté est daté de 43 900 ans au moins, la plupart des autres figures ne sont pas datées. « Les scènes sont rarissimes dans l’art rupestre, rappelle-t-il. S’il s’agissait d’une peinture européenne, africaine ou américaine, elle ne daterait pas de plus de 10 000 ans. » Il souligne aussi que les thérianthropes ne sont pas à la même échelle que les animaux qu’ils sont censés chasser. « Pourraient-ils ne pas leur être liés ? Ou ont-ils été peints bien plus tard ? En Europe, les grottes ornées ont souvent été peintes en plusieurs phases, séparées par des milliers d’années. » L’analyse chimique des pigments utilisés pourrait permettre de déterminer si les diverses représentations de Sipong 4 sont bien contemporaines les unes des autres.

Paul Pettitt n’est pas convaincu non plus par l’idée que les figures anthropiques seraient des thérianthropes – ou même qu’elles seraient humanoïdes. « Certaines d’entre elles sont vagues, et même les plus nettes pourraient correspondre à des quadrupèdes », pointe-t-il, insistant sur le fait que toutes sont horizontales. Et les lances présumées ne sont que de « longues lignes passant près de certains “humains”. Il reste à prouver qu’il s’agit bien d’humains et bien d’une scène de chasse. »

Les recherches à venir pourraient apporter une réponse. Les prospections de l’équipe de Maxime Aubert, Adhi Agus Oktaviana et Adam Brumm ont révélé de nombreuses autres peintures rupestres, qui restent à dater. Peut-être fourniront-elles de nouveaux indices sur notre capacité à créer des images, à raconter des histoires, bref sur les origines de la vie spirituelle des hommes anatomiquement modernes.

Source : Pour la science du 16/12/2019