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samedi 25 septembre 2021

La découverte d’empreintes humaines vieilles de 23 000 ans réécrit l’histoire du peuplement de l’Amérique

Ces empreintes fossilisées découvertes dans les White Sands, au Nouveau-Mexique, suggèrent qu’« Homo sapiens » était déjà sur le continent avant la fin du dernier âge de glace.

Des traces de pas datant d’environ 23 000 ans ont été découvertes dans le sud-ouest des Etats-Unis, révèle une étude jeudi 23 septembre, suggérant que le peuplement de l’Amérique du Nord par l’espèce humaine était déjà entamé bien avant la fin du dernier âge de glace, censée avoir permis cette migration. Ces empreintes de pas ont été laissées à l’époque dans la boue des berges d’un lac aujourd’hui asséché qui a cédé la place à un désert de gypse blanc situé au Nouveau-Mexique, dans le parc national de White Sands.

Des empreintes de pieds humains fossilisées dans la roche, au parc national de White Sands, au Nouveau-Mexique.

Avec le temps, les sédiments ont comblé les empreintes et ont durci, les protégeant jusqu’à ce que l’érosion dévoile de nouveau ces témoignages du passé, pour le plus grand plaisir des scientifiques. « De nombreuses traces semblent être celles d’adolescents et d’enfants ; les grandes empreintes de pas d’adultes sont moins fréquentes », écrivent les auteurs de l’étude publiée dans la revue américaine Science. Des traces d’animaux, mammouths et loups préhistoriques ont également été identifiées. Certaines, comme celles de paresseux géants, sont même contemporaines et voisines d’empreintes humaines sur les bords du lac.

Au-delà de l’émotion et de l’anecdote, la découverte est déterminante pour le débat qui fait rage sur les origines de l’arrivée d’Homo sapiens en Amérique, le dernier continent peuplé par notre espèce. Car la datation de traces de White Sands « signifie que des humains étaient présents dans le paysage voici au moins 23 000 ans, avec des preuves d’occupation s’étendant approximativement sur deux millénaires », souligne l’étude.

La théorie du détroit de Béring remise en cause

Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d’un peuplement provenant de Sibérie orientale : nos ancêtres auraient franchi un pont terrestre – l’actuel détroit de Béring – pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud. Des preuves archéologiques, dont des pointes de lance servant à tuer les mammouths, ont longtemps suggéré un peuplement vieux de 13 500 ans associé à une culture dite « de Clovis » – du nom d’une ville du Nouveau-Mexique –, considérée comme la première culture américaine, d’où sont issus les ancêtres des Amérindiens.

Ce modèle de la « culture Clovis primitive » est remis en cause depuis vingt ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l’âge des premiers peuplements. Mais, généralement, cette date n’allait pas au-delà de 16 000 ans, après la fin du « dernier maximum glaciaire ». Cet épisode de glaciation est crucial, car il est communément admis que les calottes glaciaires couvrant à l’époque la plupart du nord du continent ont rendu impossible, ou en tout cas très difficile, toute migration humaine en provenance d’Asie, par le détroit de Béring ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte du Pacifique.

« De mon point de vue, de toutes les données publiées à ce jour sur le premier peuplement de l’Amérique, ce site est le plus convaincant pour les sites pré-20 000 ans, estime Yan Axel Gomez Coutouly, chargé de recherche à l’unite mixte de recherche et de formation Archéologie des Amériques (CNRS, Paris-I Panthéon-Sorbonne). Et ce même s’il n’y a pas de mobilier lithique ou d’outils associés, puisque les traces de pas confirment l’origine humaine. »

Pour la plupart des sites anciens – grotte de Chiquihuite au Mexique datée à 30 000 ans, abri sous roche de Pedra Furada au Brésil pouvant remonter jusqu’à 50 000 ans, Bluefish Caves dans le Yukon avec des datations jusqu’à 24 000 ans, site de Cerutti Mastodon en Californie avec des datations jusqu’à 120 000 ans –, rappelle l’archéologue, « une grande majorité de chercheurs considèrent que les preuves de la présence humaine présentées (traces de découpe, outils simples, foyers, etc.) sont en fait le produit de phénomènes naturels : plutôt que des artefacts (des produits humains), ce serait des géofacts (des produits naturels) ».

Dans le cas de ces traces de pas d’environ 22 000 ans, ajoute-t-il, « l’étude montre une découverte au caractère anthropique incontestable. Donc si ces datations se confirment et qu’elles ne sont pas remises en cause, alors il s’agira d’une des découvertes majeures de la préhistoire américaine de ces dernières décennies ».

Source : Le Monde du 24/09/2021

lundi 17 juillet 2017

Nos mains sont plus primitives que celles des chimpanzés

Une nouvelle étude ayant analysé dans le détail la morphologie des mains d'un grand nombre de singes, de fossiles et d'hommes confirme que ce ne sont pas les nôtres qui sont les plus évoluées, mais celles de nos proches cousins.

La question fait débat depuis longtemps parmi les scientifiques : à quoi ressemblait notre dernier ancêtre commun avec les chimpanzés ? Cet être mystérieux a vécu avant la séparation, il y a 7 million d'années, entre ancêtres des chimpanzés et des hommes. Si on pouvait le rencontrer, aurait-il les apparences simiesques d'un chimpanzé — notre plus proche cousin, avec qui nous partageons 99 % de notre génome — ou, au contraire, lui trouverait-on déjà une forte ressemblance avec les Hominidés dont nous sommes ?

Marcherait-il sur ses poings comme Pan troglodytes (le chimpanzé) ou se dresserait-il sur ses pieds, comme Homo sapiens ? Et ses mains, seraient-elles plus adaptées à la manipulation d'objets, comme les nôtres, ou à saisir des branches pour se déplacer dans les arbres, comme celles des chimpanzés ?

Les fossiles d'hominidés apportaient déjà des preuves de la primitivité de notre main

Depuis l'an 2000 environ, de nouvelles preuves fossiles se sont accumulées indiquant que le fameux ancêtre commun arborait déjà des traits forts semblables à ceux des hommes : il était bipède (stature debout) et possédait des mains polyvalentes comme les nôtres.

Avec un pouce relativement long et des doigts plutôt courts, ce genre de main permet une manipulation très fine des objets, puisque la pointe du pouce peut toucher la pointe de tous les autres doigts. A l'inverse, la main des chimpanzés, avec son pouce court et ses autres doigts très allongés, permet une meilleure saisie des branches pour de déplacer dans les arbres.

C'est la main du chimpanzé la plus primitive, pensaient les paléoanthropologues il y a trente ans

Or, depuis les analyses génétiques réalisées dans les années 80 et 90, qui avaient montré la parenté entre hommes et chimpanzés, bon nombre de paléoanthropologues estimaient que la forme la plus primitive était celle de notre cousin. Autrement dit, notre ancêtre commun, estimaient-ils, devait plus ressembler à un grand singe qu'à un homme.

Rien de tout cela n'a été confirmé par les fossiles d'hominidés très anciens découverts ensuite. Au contraire, ils allaient peu à peu dessiner un portrait de l'ancêtre commun doté de mains humaines. A commencer par Toumaï, vieux de 7 millions d'années (découvert au Tchad en 2001), Orrorin (6 millions d'années, découvert en 2000 au Kenya) et Kenyanthropus platyops (3,5 million d'années, découvert au Kenya en 1999).

Ces fossiles sont venus enrichir un tableau de famille qui ne comportait auparavant que des australopithèques comme la célèbre Lucy (découverte en 1974 en Ethiopie), âgés de 4 à 2 millions d'années, des Paranthropus (2 à 1 million d'années) et des Homo (2 millions d'années).

Enfin, la preuve la plus significative est venue de l'analyse, en 2009, d'un fossile exceptionnellement conservé, surnommé "Ardi". Il s'agit d'un Ardipithecus ramidus (5 million d'années environ), découvert en Ethiopie en 1990. Complet à 40 %, le squelette a fourni des preuves particulièrement solides à l'équipe de Tim White (université de Californie à Berkeley) : "Ardi", était bel et bien doté de mains de type humain.

Une nouvelle étude portant sur les singes vivants aujourd'hui fournit de nouvelles preuves

Si certains n'étaient toujours pas convaincus du caractère primitif de nos mains à doigts courts et pouce long, une nouvelle étude réalisée par des paléoanthropologues espagnols et américains, et publiée dans Nature Communications, vient apporter des éléments nouveaux, qui laissent peu de place au doute.

Sergio Almécija et ses collègues ont examiné par des statistiques très fines la morphologie des mains de 270 espèces : tous les grands singes (homme, chimpanzé, bonobo, gorille, orang-outan, gibbon), de nombreux singes du vieux et du nouveau continent, et tous les fossiles d'hominidés disponibles, de Lucy à Ardi.

Résultats : premièrement, la main de l'homme fait partie des formes les plus primitives et peu spécialisées que l'on retrouve chez les hominidés. Deuxièmement, il existe parmi les espèces étudiées et leurs ancêtres une grande diversité de formes, qui correspondent à divers chemins de spécialisation.

Par exemple, les chimpanzés, ainsi que les orangs-outans, ont développé au cours de l'évolution des mains semblables car répondant au même besoin : celui de la vie arboricole et frugivore, qui demande de s'accrocher aux banches pour aller chercher des fruits dans les arbres.

A l'inverse, les gorilles comme les hominidés ont gardé une main plus primitive, adaptée à leur vie au sol. Ils exploitent leur grande dextérité pour se nourrir d'une vaste gamme d'aliments.

L'invention des outils, elle, n'aurait pas joué un rôle moteur dans l'évolution des mains : celles-ci avaient déjà la forme actuelle chez nos ancêtres les plus anciens, tels qu'Orrorin (5 millions d'années), à une époque où aucun outil n'est connu ! Plutôt que la main, les spécialistes pensent que l'évolution a davantage influencé le cerveau : progressivement, il aurait acquis une meilleure maîtrise des mouvements, qui nous a permis de développer des outils.

Source : Science et Vie du 17/07/2015

samedi 12 septembre 2015

« Homo naledi », une découverte qui laisse perplexe

Lee Berger jubile. Ce paléontologue américain, rattaché à l’université de Witwatersrand, à Johannesburg, mal-aimé de nombre de ses collègues, leur vole la vedette. Il a mis la main, dans une grotte d’Afrique du Sud, sur des restes fossiles qu’il attribue à une nouvelle espèce du genre humain, Homo naledi. Mais la façon dont il met en scène sa trouvaille – avec l’appui du National Geographic, un documentaire télévisé déjà bouclé, une sculpture de ce cousin putatif prête à entrer au musée, etc. – risque d’aggraver sa réputation de chercheur médiatique.

Le choix de la revue où est décrit Homo naledi est aussi un sujet de perplexité chez les spécialistes : eLife, diffusée en libre accès, n’a pas le statut de grands journaux comme Science ou Nature, où une telle découverte aurait pu naturellement trouver sa place. Mais c’est surtout l’absence de datation pour les restes présentés qui complique l’appréciation de ces fossiles. « Cela peut devenir une découverte très importante, mais c’est l’âge géologique qu’on pourra attribuer à ces spécimens qui le dira », commente Michel Brunet, découvreur de Toumaï (7 millions d’années), au Tchad. En attendant, estime-t-il, on se trouve face à une situation, « ultraclassique » en paléontologie humaine, d’évolution dite « en mosaïque » : des individus qui présentent un mélange de caractères modernes et archaïques, avec différentes parties du squelette semblant appartenir à des âges évolutifs distincts.

Un corps évoquant l’humain moderne, un crâne d’australopithèque

En l’occurrence, H. naledi possède des pieds modernes, des mains qui le sont aussi, hormis des phalanges courbes adaptées pour grimper aux arbres, tout comme le sont ses épaules. Ses dents, primitives, sont petites, ce qui suggère qu’il avait une alimentation énergétique – et pas seulement constituée de végétaux supposant d’être équipé de larges dents broyeuses de fibres. Ne dépassant pas 1,5 mètre de haut, il était doté d’un crâne d’un volume réduit. En résumé, un corps évoquant des humains modernes de petite taille et un crâne plus proche de celui des australopithèques. Codécouvreur de l’australopithèque Lucy en Ethiopie, en 1974, Yves Coppens estime que « l’Homo en question n’est, bien sûr, pas un Homo, avec la petite tête qu’il a, mais un australopithèque de plus, de même qu’il y a eu de nombreuses espèces différentes de cochons, d’éléphants, d’antilopes, en fonction des variations du climat et des niches écologiques. » Tim White (université de Californie, Berkeley), codécouvreur de Lucy, y voit plutôt « une forme primitive d’Homo erectus, un fossile décrit dans les années 1800 », rapporte le Guardian.

S’il est trop tôt pour statuer sur le statut exact d’Homo naledi et sur sa place dans l’arbre de famille très buissonnant des hominidés, il n’en est pas moins inédit en Afrique par le nombre de restes fossiles disponibles : plus de 1 500 ossements attribués à une quinzaine d’individus de tous âges et des deux sexes. Bien d’autres pourraient suivre. Les conditions de découverte et de collecte elles-mêmes, détaillées dans National Geographic, qui a financé les fouilles, sont assez uniques : en octobre 2013, deux jeunes spéléologues s’aventurent dans la grotte dite « Etoile montante », explorée depuis les années 1960, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Johannesburg. Grâce à leur petit gabarit, Steven Tucker et Rick Hunter se faufilent d’abord par un conduit si étroit qu’il faut y progresser « comme Superman » – un bras collé le long du corps, l’autre tendu vers l’avant. Ils escaladent ensuite une paroi et tombent par hasard sur une fissure qui les mène dans une chambre sur le sol de laquelle sont éparpillés des ossements, dont une mâchoire.

Ils décident de montrer leurs photos à Lee Berger, dont ils savent qu’il est l’un des « chasseurs d’os » de cette zone d’Afrique du Sud, qui a déjà livré nombre de fossiles, au point d’avoir été baptisée « berceau de l’humanité » par l’Unesco. Lee Berger, qui, en 2008, avait mis au jour Australopithecus sediba, perçoit immédiatement la portée de la découverte, mais sa stature imposante lui interdit d’accéder au site. Qu’importe, il passe une annonce sur Facebook pour recruter des paléontologues filiformes et non claustrophobes. Six femmes seront finalement retenues, qui dégageront les fossiles pendant que Berger dirige les opérations d’un village de tentes installé en surface par le biais d’un réseau vidéo.

Pour l’étude des fossiles, l’Américain, qui souhaite publier rapidement ses résultats, décide de doper ses capacités d’analyse grâce à une procédure inédite : il invite une trentaine de jeunes chercheurs à Johannesburg pour une session marathon de six semaines, encadrée par une vingtaine de chercheurs seniors.

Leurs efforts laissent cependant de nombreuses questions encore irrésolues. L’âge, tout d’abord, inconnu, qui permet toutes les spéculations – Lee Berger, qui a par le passé fait quelques bourdes dans ce domaine, a raison d’être prudent. Mais aussi les conditions dans lesquelles tous ces hominidés ont pu se retrouver au plus profond d’une grotte aujourd’hui quasi inaccessible. Parmi les ossements, on n’a exhumé que quelques restes d’oiseaux ou de rongeurs. Ce n’est pas un carnivore qui aurait rapporté ses proies dans son antre – du reste, les fossiles ne portent pas de marques de dents. Dans d’autres grottes, les ossements ont été transportés et regroupés par les eaux de ruissellement. Cela ne semble pas être le cas ici.

Lee Berger et ses collègues font donc l’hypothèse que les corps ont été transportés là par leurs contemporains, qui auraient pu, à la lueur de torches, pratiquer une forme d’inhumation – un soin apporté aux défunts et un intérêt pour l’au-delà documentés uniquement à ce jour pour Homo sapiens et, dans des cas plus discutés, pour Homo neanderthalensis. Mais de l’hypothèse à la preuve, le chemin risque d’être encore long. A moins qu’il ne s’agisse d’une impasse. Là encore, Yves Coppens penche pour une explication moins spectaculaire : « Ils ont été pris dans un piège naturel. »

Source : Le Monde du 10/09/2015

vendredi 23 janvier 2015

Aux origines de l'homme, du nouveau

De nos lointains ancêtres à Sapiens, fouilles, découvertes et techniques récentes ont conduit les paléontologues à revisiter la grande galerie de notre évolution. Elle se révèle beaucoup plus foisonnante qu'ils ne l'imaginaient. En commençant par ces hominidés qui ont donné naissance au genre Homoet dont les derniers fossiles exhumés viennent enrichir notre arbre généalogique.

Durant les vacances scolaires, les parents ont toutes les peines du monde à faire garder leur progéniture. Certains, comme Lee Berger, les emmènent alors sur leur lieu de travail. Le bureau du paléoanthropologue américain se trouve dans une grotte à ciel ouvert située non loin de Johannesburg (Afrique du Sud). Ce matin-là, son fils Matthew, 9 ans, gambade avec son chien, Tau, lorsqu'il trébuche sur un rondin. "Mon enfant a crié : "Papa, j'ai trouvé un fossile !"" se souvient le chercheur.


Après une étude minutieuse, le petit bout d'os se révèle être l'élément d'une clavicule d'hominidé vieux de 1,977 million d'années ! Cinq ans après cette découverte, l'équipe de fouilleurs de l'Institut de l'évolution humaine de l'université du Witwatersand a exhumé 219 autres ossements -dans un excellent état de conservation- appartenant à deux individus : une femelle et son petit. Problème : alors qu'il a fait l'objet de 35 publications scientifiques et a été examiné par 125 des plus éminents spécialistes internationaux, cet ensemble, baptisé Sediba, ne ressemble à rien de connu.

L'ancêtre du genre Homo ?

"Il possède des caractères primitifs et d'autres plus évolués, explique Lee Berger. Je ne dis pas qu'il s'agit de l'ancêtre du genre Homo, mais il reste un bon candidat." L'ancêtre du genre Homo? L'expression est lâchée. Depuis que l'homme est homme, il n'a cessé de partir à la recherche de ses origines. Une quête sans fin qui a toujours tourné à l'obsession.

Au XVIIIe siècle, le Suédois Carl von Linné invente la systématique, qui range les êtres vivants en classes, ordres, genres et espèces. Sur cette jolie étagère, l'homme -baptisé Homo sapiens- se situe dans l'ordre des primates, "à côté" des grands singes. Un peu plus tard, en 1859, Charles Darwin ne se contente plus de poser les deux espèces "à côté", mais évoque leur lien de parenté. Scandale ! Et pourtant, aujourd'hui, sa théorie fait l'unanimité dans la communauté scientifique. "L'évolution n'est plus à débattre, c'est un fait, tranche Yves Coppens. Ce qui se discute, ce sont ses modalités."

Le professeur au Collège de France n'en oublie pas pour autant de pointer la principale erreur de Darwin : nous ne descendons pas du singe, mais sommes ses cousins. En effet, durant une bonne partie du miocène (entre 23 et 5 millions d'années), les grands singes et nos ancêtres cheminèrent au sein de la même famille, celle des hominidés. Les scientifiques estiment que nos lignées se sont séparées voici 8 à 10 millions d'années. La première a évolué vers les chimpanzés, les gorilles et les bonobos, lorsque la seconde, elle, a fini par déboucher sur le genre Homo. A cette époque, nous partagions donc, juste avant que les deux branches divergent, un "dernier ancêtre commun" (DAC), qui demeure le Graal de la paléoanthropologie.

Michel Brunet, professeur à l'université de Poitiers, a longtemps cru qu'il avait mis la main dessus en 2001. Au coeur du désert tchadien, balayé par d'incroyables tempêtes de sable et soumis à de fortes amplitudes thermiques quotidiennes, il a exhumé le crâne (et le fémur) de Toumaï, toujours considéré comme le préhumain le plus ancien. Son âge, estimé entre 6,9 et 7,2 millions d'années, a repoussé la fameuse dichotomie entre les lignées, puisqu'il est né après la divergence d'avec les chimpanzés.

La petite bête mesurait près de 1 mètre de hauteur et pesait autour de 30 kilos. Un avorton, en somme, mais il possédait une bipédie partielle qui le rendait un peu humain. "Toumaï appartient à notre famille, mais il ne représente qu'une branche parmi d'autres, ce qui n'en fait pas l'ancêtre de l'humanité, explique Michel Brunet. Aujourd'hui, nous manquons cruellement de fossiles pour tirer des conclusions définitives."

Dans le monde entier, une incroyable course à l'os

Sur l'échelle de l'évolution, une autre branche, remontant à 6 millions d'années, a été décrite par Brigitte Senut (avec le Britannique Martin Pickford), du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) de Paris, en la personne -si l'on peut dire, lorsqu'il s'agit des dents, des phalanges et d'un fémur- du Kényan Orrorin. Un peu plus imposant que Toumaï (140 centimètres pour une cinquantaine de kilos), lui aussi possède les caractéristiques d'une bipédie partielle, comme l'a corroboré ultérieurement un article publié dans la revue Science par l'anthropologue américain Richard Richmond. Pour autant, précise l'étude, Orrorin ne possède pas de liens directs avec le genre Homo. "Ces découvertes montrent que notre vision linéaire de l'arbre de l'évolution est définitivement caduque.

Avant l'apparition du genre Homo, on doit déjà parler d'un buissonnement d'espèces", précise Brigitte Senut. Un raisonnement étayé par la mise au jour, en Ethiopie, à 230 kilomètres au nord d'Addis-Abeba, d'une femelle âgée de 4,4 millions d'années. Là encore, cette découverte vient bouleverser les connaissances et montre que plus la science avance, plus l'arbre généalogique se complexifie.

Elle témoigne, par ailleurs, de l'incroyable "course à l'os" que se livrent les paléontologues du monde entier. Cette région du Middle Awash, dans la vallée du Rift, dans l'est de l'Afrique, est l'un de leurs terrains de jeux privilégiés depuis le milieu des années 1980. Une terre aride arpentée notamment par l'Américain Tim White, de l'université de Californie, considéré à juste titre comme l'un des papes de la discipline. En trente ans de fouilles, il a notamment trouvé le squelette relativement complet d'un individu. "Il était dans un très mauvais état, mais nous avons vite compris que nous avions affaire à une nouvelle espèce", raconte l'intéressé.

Baptisé Ardipithecus ramidus, ou Ardi ("sur le sol" en afar) pour les intimes, le petit bonhomme mesurait 1,20 mètre pour 45 à 50 kilos. Il intrigue, avec sa boîte crânienne minuscule (300 centimètres cubes) inférieure à la taille de celle d'un chimpanzé, mais se différencie de ce dernier à tous points de vue. A la fois par la forme de son crâne, par ses petites canines révélant un régime alimentaire différent, par sa face prognathe mais non projetée vers l'avant (comme celle des grands singes), par son bassin allongé sous-entendant de puissantes cuisses pour grimper aux arbres et par ses hanches larges, annonciatrices d'un début de bipédie. A la fois arboricole et coureur, en somme. "Ardi est emblématique de cette période où grands singes et hominidés ont divergé", conclut Tim White.

"Nous sommes nés en Afrique, sous des cieux tropicaux"

Le Middle Awash renferme mille autres trésors. Certains passés à la postérité, à l'instar de la célèbre Lucy, exhumée en 1974 par Yves Coppens. Au total, 25300 ossements y ont été récoltés (dont 370 d'hominidés) en un demi-siècle ! Nulle part ailleurs on a trouvé autant de restes d'australopithèques. Australopithecus afarensis -comme Lucy et son "fils" Selam (2000)-, Australopithecus anamensis (2006), ou encore Australopithecus garhi (1997)... tous vivaient là, grosso modo entre 4 et 3 millions d'années.

Tous partagent aussi des caractéristiques semblables : petit cerveau, bipédie, larges molaires, petite taille, bras longs et doigts courbés. Tous sont également considérés aujourd'hui comme les premiers représentants directs de la lignée humaine. Voilà qui explique, rétrospectivement, le succès planétaire de Lucy, même si cette dernière a longtemps véhiculé la théorie d'Yves Coppens selon laquelle l'est de l'Afrique aurait été le berceau de l'humanité ; les préhumains bipèdes seraient donc nés là, dans un paysage de savane, tandis qu'à l'ouest se seraient ébroués les grands singes dans des forêts plus denses.

A un détail près : depuis, d'autres australopithèques ont été trouvés ailleurs, au Kenya, en Tanzanie, au Tchad, mais aussi en Afrique du Sud, où le squelette de Little Foot, le plus complet et le mieux conservé, pourrait atteindre l'âge canonique de 3,4 millions d'années. "L'East Side Story aura tenu vingt ans, c'est pas mal, philosophe le professeur Coppens. Aujourd'hui, on peut juste affirmer que nous sommes nés en Afrique et sous des cieux tropicaux."

Résumons les principales informations de notre passeport, délivré par les manuels scolaires. Age : 6 millions d'années. Nationalité : éthiopienne. Parents : australopithèques. Des informations qu'il convient d'actualiser, à la lumière des découvertes récentes. Toumaï, par exemple, nous donne un sacré coup de vieux, puisqu'il a plus de 7 millions d'années. En ce qui concerne la "nationalité", nous sommes bien africains, mais peut-être issus du sol de la patrie de Nelson Mandela ou d'Idriss Déby (Tchad).

Enfin, à propos de notre filiation directe, les découvertes de Sediba et d'autres montrent que notre parenté avec les australopithèques n'est pas si simple. Entre 2 et 3 millions d'an nées, Lucy et ses petits frères ont eu comme descendance les premiers représentants du genre Homo. Mais là encore, les scientifiques ne sont pas d'accord. S'agit-il d'Habilis ou d'Ergaster ? Le premier tient la corde parce qu'il fabrique des outils, dispose d'une boîte crânienne relativement grosse laissant supposer les prémices d'un langage articulé, mais aussi parce qu'il possède des jambes puissantes le rendant plus mobile.

Son concurrent Ergaster, arrivé un peu plus tard (vers 2 millions d'années contre 2,4 pour Habilis), ne manque pas non plus d'atouts. Avec une taille proche de la nôtre (1,70 mètre), un cerveau de 850 centimètres cubes, un régime alimentaire très énergique (il mange de la viande) et une cage thoracique qui se développe, il peut courir plus longtemps, donc échapper à ses poursuivants, et s'affranchit ainsi définitivement du monde des arbres.

Seul l'aventurier Homo sapiens aurait quitté l'Afrique ?

Une chose est sûre, en revanche -et là tout le monde est d'accord-, Ergaster donne ensuite naissance à Erectus, le premier à posséder sous le "capot" 1000 centimètres cubes. De quoi le rendre toujours plus humain. D'ailleurs, il maîtrise le feu et s'impose déjà comme un excellent chef cuisinier, car il cuit ses aliments. Le stade ultime de l'évolution ? Pas vraiment puisque, ensuite, autour de 200 000 ans, arrive Homo sapiens, dont le premier squelette a été déterré en Ethiopie (Omo 1). Plus intelligent que tous les autres réunis, lui seul aurait eu l'esprit suffisamment aventurier pour quitter l'Afrique.

"A trop inventer de lignées peut-être nous compliquons-nous la tâche", suggère David Lordkipanidze, directeur du Musée national géorgien. Voilà quelques mois, cet anthropologue a publié dans la revue Science un article qui a fait l'effet d'une bombe au sein de la communauté scientifique. Il concerne une série de crânes (cinq au total) découverts dans le petit village médiéval de Dmanisi, situé à 80 kilomètres de Tbilissi (Géorgie). "Ces ossements sont vieux de 1,8 million d'années et peuvent être considérés comme appartenant aux premiers représentants du genre Homo en Europe", explique le spécialiste. Avant d'inviter ses pairs à revisiter et à simplifier l'arbre de l'évolution : "Qu'ils se nomment Ergaster, Habilis, Rudolfensis ou Gerogicus, tous devraient être aujourd'hui classés sous l'appellation Homo erectus."

Une théorie iconoclaste qui revient à suggérer qu'une seule et même espèce a évolué du pléistocène à l'homme moderne. D'autre part, elle postule que le genre Homo apparaît en Europe, et ailleurs dans le monde, dès 2 millions d'années, donc bien avant la migration de Sapiens, voilà 200 000 ans ! Une hypothèse confortée par des recherches récentes, puisque, au-delà de la Géorgie, des ancêtres de l'homme ont été trouvés en Chine (-1,8 million d'années), en Turquie (-1,2 million d'années) et, plus près de nous, en Espagne (-1,2 million d'années), à Atapuerca, non loin de Burgos.

Si Homo sapiens est bien sorti d'Afrique, donc, d'autres ont, avant lui, tenté de partir à la conquête du monde. Décidément, de nombreux chapitres du livre de nos origines restent à écrire. Ce que résume Yves Coppens, vieux sage du Collège de France : "Plus les paléontologues fouillent, plus ils font des découvertes, plus ils accumulent de connaissances et plus ils doivent faire preuve de prudence."

Source : L'Express du 17/01/2015

lundi 2 avril 2012

Un hominidé inconnu côtoyait Lucy il y a 3,4 millions d’années

Des chercheurs américains ont analysé des os de pied fossilisés vieux de 3,4 millions d’années découvert en 2009 dans l’Arar éthiopien. L'étude, publiée le 29 mars dans Nature, indique qu’un hominidé plutôt arboricole – dont l’espèce reste encore à déterminer – fréquentait cette région en même temps que Lucy, le célèbre Australopithèque.

C’est à Burtele, dans la région de l’Afar, en Éthiopie, que des chercheurs ont découvert, en février 2009, les fossiles fragmentaires d’un pied d’hominidé, dont l’étude vient d’être publiée. La radio-datation du spécimen par la méthode Argon-Argon lui donne un âge de 3,46 millions d'années. Ses caractéristiques le désignent d’une espèce différente – encore non déterminée – de celle de la célèbre Lucy (Australopithecus afarensis), qui fréquentait également le site à cette époque.

"Le pied partiel de Burtele montre clairement qu'il y a 3,4 millions d'années , l’espèce de Lucy, qui marchait sur ses deux jambes, n’était pas la seule espèce d'hominidé vivant dans cette région de l'Éthiopie. Son espèce a coexisté avec des parents proches qui étaient plus aptes à grimper aux arbres", a déclaré le Dr Yohannes Haile-Selassie, anthropologue au Cleveland Museum of Natural History, directeur de l’étude.

"Cette découverte a été un choc. Ces éléments fossiles représentent des os que nous n’avons jamais vus auparavant. Alors que le gros orteil, préhensile, pouvait se déplacer de gauche à droite, il n'y a pas d'expansion, au-dessus de l'articulation, qui permettrait l’amplitude de mouvement nécessaire pour pousser sur le sol lors d’une marche bipède. Cette créature devait probablement avoir une démarche un peu gauche quand elle se déplaçait sur le sol", a précisé le Dr Bruce Latimer, de la Case Western Reserve University (Cleveland, Ohio), co-auteur de l’étude.

lundi 3 octobre 2011

Paléontologie : un nouvel éclairage sur l’humain

Des squelettes découverts dans une grotte enfouie en Afrique du Sud modifient les connaissances que l’on avait des origines de l’être humain. Explications d’un anthropologue zurichois.

Peter Schmid, professeur à l’Institut d’anthropologie de l’Université de Zurich, a dirigé les premières fouilles sur le site de Malapa, au nord de Johannesburg. Son équipe a découvert un lot de fossiles très bien conservés, provenant d’une espèce mi-humaine, mi-simiesque baptisée Australopithèque sebida.

Les mains sont très proches de celles de l’être humain, les chevilles sont sophistiquées et aident le mouvement et le cerveau est, de façon surprenante, petit mais bien développé.

Publiés récemment dans la revue Science, les résultats des analyses se basent sur l’examen minutieux de deux des cinq individus découverts en 2008. Il s’agit d’un garçon de 10 à 13 ans et d’une femme d’une vingtaine d’années.

Si ces squelettes, qui ont été datés comme ayant appartenus à des êtres vivant il y a 1,98 million d’années, sont bel et bien nos ancêtres directs, nous en sommes séparés par quelques 80'000 générations.

swissinfo.ch: Vous avez étudié les ossements pendant trois ans. Qu’avez-vous découvert?

Peter Schmid: Ce que nous avons trouvé est assez étonnant, car nous avons affaire à un mélange de traits caractéristiques. Les bras sont très longs et la ceinture des épaules est très semblable à celle d’un singe, ce qui nous fait penser que ces individus étaient toujours capables de grimper aux arbres.

Mais si nous regardons la main, nous constatons qu’il s’agit d’une main très humaine avec un pouce long et solide. Le pouce a toujours été considéré comme le signe de l’adaptation à la manipulation et à la fabrication d’outils en pierre. Ce qui nous manque encore,  c’est une structure semblable au singe et ayant de longs doigts et un pouce court.

Ensuite, si nous regardons le bassin et qu’on le compare avec des formes plus anciennes telles que Lucy, nous constatons que le bassin d’Australopithèque sebida est plus humain. Les os du bassin sont tournés en direction de l’estomac. C’est une adaptation qui a été vue dans le genre «homo», dont les membres peuvent courir sur de longues distances.

La capacité à courir et la démarche parfaitement bipède sont liées au changement dans la forme du bassin, car c’est sur cet aplat du bassin que se trouvent les muscles descendant sur le fémur et stabilisant le bassin lorsque nous marchons. C’est pourquoi les êtres humains sont les seuls mammifères capables de jouer au football: nous pouvons nous tenir sur une jambe et balancer l’autre jambe. Un chimpanzé en est incapable. Lucy n’a pas encore cette forme spéciale de bassin.

swissinfo.ch: Nous pourrions donc avoir affaire au premier footballeur du monde?

P.S.: Et bien, il est étrange que le bassin soit très humain, que la jointure principale du pied le soit aussi, mais que le calcanéum attaché au tendon d’Achille soit plutôt propre au singe. Nous avons un mélange d’éléments que nous ne connaissions pas avant.

Quant au crâne, il contenait un cerveau très, très petit mais avec des dents très humaines. C’est pourquoi nous postulons qu’il s’agit vraiment d’une étape de développement menant des australopithèques primitifs à l’«homo».

swissinfo.ch: Peut-on dire qu’Australopithèque sediba est notre ancêtre commun à tous ou s’agit-il d’un lointain cousin?

P. S. : Ce mélange tend à faire penser qu’il s’agit d’un précurseur de l’être humain. L’autre possibilité, selon laquelle il s’agirait d’un lointain cousin, s’oppose au fait que ce cousin a des caractéristiques très modernes.

swissinfo.ch: Quelle est l’importance de cette découverte?

P.S.: Elle est très importante, car elle présente la relation entre le crâne et le «postcranium» [tout le reste, ndlr] dans un seul individu. Ces squelettes sont plus complets que tout ce qu’on a trouvé jusqu’ici sur cette période.

Avec Lucy, nous n’avions pas le crâne complet. Ici, nous en avons un et nous pouvons dire quelque chose à propos des proportions. Nous avons un bras complet qui n’avait jamais été trouvé avant. Et cette combinaison n’avait jamais été découverteavant l’Homo erectus.

swissinfo.ch: Y a-t-il un Saint Graal dans ce domaine ou s’agit-il de trouver les pièces d’un puzzle géant?

P.S.: Tim White [l’anthropologiste américain qui a analysé Lucy] a déclaré en 2000 que toutes les pièces essentielles de l’évolution humaine avaient été trouvées et qu’il n’y aurait plus de découvertes majeures. Mais sediba montre qu’il y en a encore! Quoi qu’on en fasse, c’est quelque chose de nouveau. Si l’on regarde l’Afrique, lieu de toutes ces découvertes, il y a quelques points isolés où ces fossiles se trouvent. Je pense que d’autres découvertes seront faites. On ne peut pas dire qu’on sait tout!

swissinfo.ch: Qu’est-il arrivé aux personnes dont ces squelettes sont les traces?

P.S.: Les ossements sud-africains se trouvent toujours dans des grottes et les fragments que nous trouvons sont presque toujours des restes de repas de carnivores. Donc il est très rare que nous trouvions des côtes, des vertèbres ou autres car elles étaient mangées.

Mais ici nous avons des squelettes complets. Apparemment, les personnes sont tombées dans un trou et n’ont pas pu ressortir. Ou bien elles été tuées par la chute, ce qui a permis leur préservation. Par ailleurs, nous avons le squelette complet d’un chat aux dents de sabre qui semble aussi être tombé. Peut-être y avait-il une sorte de piège.

swissinfo.ch: Le public peut-il voir ces squelettes?

P.S.: Zurich est le seul endroit du monde où on peut voir les moules. Nous avons une exposition basée sur le matériel que nous avons publié l’année passée. Les originaux sont en sécurité dans un coffre-fort en Afrique du Sud.

Source : Swissinfo du 02/10/11

mercredi 25 août 2010

Lucy était-elle vraiment végétarienne ?

Des traces d’outils en pierre, identifiées sur des os de mammifères, laissent entendre que Lucy aurait aussi mangé de la viande. Mais cette interprétation fait débat.

Deux bouts d’os fossilisés ont fait la Une de Nature le 12 août. Et pour cause. Selon une étude publiée par la revue britannique, les entailles qu’ils portent révèleraient l’utilisation d’outils en pierre et la consommation de viande par des hominidés il y a 3,4 millions d’années. Soit 800 000 ans avant les plus vieilles pierres taillées connues et datées avec certitude.

D’une dizaine de centimètres chacun, ces fragments ont été trouvés sur le site de Dikika en Éthiopie par une équipe internationale menée par le paléoanthropologue Zeresenay Alemseged de l’Académie des sciences californienne de San Fransisco. L’un provient d’une côte d’un ongulé de la taille d’une vache et l’autre d’un fémur de jeune bovidé. Reste à déterminer d’où viennent les marques présentes sur ces fossiles. Pour les auteurs, cela ne fait pas de doute : des outils en pierre ont été utilisés pour détacher la chair -d’où les traces de coupures et de raclage- et probablement pour extraire la moelle osseuse -ce qui expliquerait les signes de percussion.

jeudi 3 juin 2010

Ardi : un ancêtre incertain

Ceux qui, l’automne dernier, ont bien aimé Ardi, ce fossile de 4,4 millions d’années censé être notre ancêtre, vont être déçus : une étude parue dans Science prétend qu’il vivait dans la forêt plutôt que la savane, ce qui le placerait plus près du chimpanzé.

Ardi, ou Ardipithecus ramidus, c’est du sérieux. Il a fallu 17 longues années à ses découvreurs, dirigés par Tim White de l’Université de Californie, pour le reconstituer et leurs conclusions, également parues dans Science en octobre, faisaient de cette femelle de 1 m 20 un pré-humain plus près de l’australopithèque (comme la célèbre Lucy, vieille de 3 millions d’années). Mais selon une équipe de géochimistes et d’anthropologues, les échantillons de sol à cet endroit révèlent plutôt la présence d’une forêt plus dense qu’on ne le pensait, ce qui serait incompatible, selon eux, avec la marche debout attribuée à Ardi. L’équipe de Tim White n’en démord pas et réplique dans Science. Le débat est lancé...

Source : Agence Science Presse du 01/06/2010

mardi 1 juin 2010

"Ardi" est-il vraiment un ancêtre de l'homme ?

Mais qui était exactement "Ardi"? L'an dernier, ce fossile originaire d'Ethiopie a été présenté comme une découverte cruciale pour l'histoire de l'évolution humaine, mais aujourd'hui les scientifiques s'interrogent : était-il vraiment un ancêtre de l'homme et dans quel environnement a-t-il vécu ?

Des chercheurs contestent aujourd'hui son appartenance à la branche humaine de l'évolution des espèces. Leurs travaux sont publiés dans la revue "Science".

Selon l'étude initiale, publiée par la même revue en octobre, Ardi, diminutif d'Ardipithecus ramidus, vivait il y a 4,4 millions d'années, et était une créature de sexe féminin mesurant 1,20m et pesant 50kg. Ses ossements ont été découverts entre 1992 et 1994 dans la région de l'Afar en Ethiopie.

Ardi a vécu un million d'années avant Lucy -l'un des plus célèbres fossiles du monde, découvert en 1974 et longtemps considéré comme le plus vieil hominidé connu. Sa découverte a été présentée en octobre dernier comme un éclairage nouveau sur l'évolution du genre humain. Les chercheurs avaient conclu qu'Ardi marchait debout et vivait dans un habitat arboré (bois, forêts).

Dans la nouvelle étude, Esteban Sarmiento, de la Fondation sur l'évolution humaine d'East Brunswick (New Jersey), se dit sceptique sur l'appartenance d'Ardi à la branche de l'évolution qui a conduit à l'homme moderne. Selon lui, les caractéristiques anatomiques citées par l'étude initiale n'apportent pas de preuves convaincantes sur ce point. Certaines de ces caractéristiques, affirme-t-il, indiquent au contraire qu'Ardi est apparu avant que les humains ne se séparent de la lignée des grands singes africains.

Deux autres experts interrogés par l'Associated Press estiment toutefois qu'il est trop tôt pour dire quelle place occupe Ardi dans l'histoire de l'évolution. Will Harcourt-Smith, du Muséum américain d'histoire naturelle, dit ne pas être ne mesure de se prononcer sur l'opinion de M. Sarmiento. "Nous n'en sommes qu'au début" de l'analyse d'Ardi, souligne-t-il.

Pour M. Harcourt-Smith, "tant que nous n'aurons pas une description plus complète du squelette, il faut être prudent sur l'interprétation des analyses initiales dans un sens comme dans l'autre." Mais il n'est pas d'accord avec l'argument de M. Sarmiento selon lequel Ardi est probablement trop vieux pour appartenir à la branche humaine de l'évolution.

Rick Potts, du Muséum d'histoire naturelle de la Smithsonian Institution, note qu'Ardi a vécu dans une période mal connue de l'évolution, au cours de laquelle "beaucoup d'expérimentations" ont pu survenir. "Je pense qu'il est trop tôt" pour se prononcer sur son lien de parenté avec l'homme.

L'autre critique porte sur l'environnement d'Ardi. L'hypothèse d'un habitat arboré avancée l'an dernier va à l'encontre de l'idée selon laquelle les premiers ancêtres de l'homme auraient commencé à marcher debout parce qu'ils vivaient dans des plaines herbeuses et des savanes.

Dans la nouvelle étude, le géochimiste Thure Cerling, de l'université d'Utah, et d'autres chercheurs estiment qu'Ardi a vécu dans un environnement de savane ne comprenant pas plus de 25% de forêt. Leur théorie se fonde sur l'analyse de sédiments anciens, de dents d'animaux retrouvés sur le site des fouilles et de minuscules grains de silices découverts dans des plantes.

Le débat autour d'Ardi ne surprend pas Tim White, de l'université de Californie, l'un des auteurs de l'étude publiée l'an dernier. "C'était totalement prévisible", dit-il. "Chaque fois que vous avez quelque chose d'aussi différent qu'Ardi, vous allez probablement en avoir un."

Dans "Science" et dans un entretien à l'AP, M. White défend l'étude présentée l'an dernier. "Les preuves sont très claires que chez l'Ardipithecus, il y a des caractéristiques partagées seulement par les hominidés apparus plus tard (...) et les humains." S'il reconnaît la présence de savane dans l'environnement d'Ardi, il assure que tout indique qu'Ardi préférait vivre dans les zones boisées. Reste que le débat est loin d'être clos...

Source : Yahoo Actualités du 28/05/2010

jeudi 22 avril 2010

Le chaînon manquant... manqué

La maladie du chaînon manquant a encore frappé. Deux nouveaux squelettes vieux de 2 millions d’années ont été spontanément étiquetés « chaînon manquant » par leurs découvreurs, alors que tout laisse croire qu’ils pourraient simplement appartenir au « chaînon » précédent.

Il s’agit de deux squelettes remarquablement conservés, une femme et un adolescent, trouvés dans une caverne d’Afrique du Sud, et détaillés dans la revue Science (le sujet fait la couverture, ci-contre) sous le nom de Australopithecus sediba. Ce nom signifie que ses découvreurs sud-africains le classent d’emblée comme « une nouvelle espèce » d’australopithèque, et une espèce qui, ajoutent-ils dès le titre de leur article, pourrait être le pont entre la branche australopithèque et la branche Homo —nous. C’est ce « détail » qui, déjà, est fortement contesté.

jeudi 11 février 2010

Timothy White

Timothy White, plus couramment appelé Tim White, est un archéologue et paléontologiste américain né le 24 août 1950 à Los Angeles (Californie). Il a participé à l'étude et à la définition de plusieurs espèces d'hominidés fossiles dont Australopithecus afarensis en 1978 et Ardipithecus ramidus en 1994.

Source : Wikipedia

lundi 1 février 2010

La nouvelle histoire de l'Homme

Reconstitué, consolidé, méticuleusement analysé, Ardipithecus ramidus, vieux de 4,4 millions d'années, nous amène aujourd'hui à réécrire en partie l'histoire de l'évolution de l'Homme et du chimpanzé, notre plus proche parent vivant.

Depuis une quinzaine d'années, régulièrement, nous interrogions Tim White, de l'université de Californie : présenterait-il bientôt les fossiles exceptionnels d'hominidés qu'il avait découverts, avec son équipe, en Ethiopie ? Accepterait-il d'en parler ? Ces paléoanthropologues avaient en effet créé en 1995 l'espèce Ardipithecus ramidus, à partir de fragments osseux et de dents datés de 4,4 millions d'années. C'était à l'époque le plus ancien hominidé connu. Et, dans les années suivantes, l'information avait diffusé dans le cercle des spécialistes : la même équipe avait également retrouvé un squelette très complet de la même espèce. Mais, imperturbablement, Tim White répondait à chaque fois que les restes étaient très fragmentés, très fragiles, que son équipe devait encore travailler, et qu'il était trop tôt pour en dire quoi que ce soit.

Notre patience a été récompensée : dans le numéro de février de La Recherche, Tim White et ses collègues présentent Ardi, le squelette d'hominidé ancien le plus complet connu. Le crâne et sa denture, les avant-bras, les mains, le bassin, une jambe et les pieds : il est plus complet que la célèbre Lucy, trouvée en 1974 à Hadar, 75 kilomètres plus au Nord. Trois mois après la publication scientifique pour les spécialistes, dans un épais dossier de la revue scientifique américaine Science, il nous a en effet semblé nécessaire de refaire le point sur ce que nous savons (et sur ce que nous ne savons pas) de l'histoire de l'homme et de ses ancêtres.

Car les informations apportées par l'analyse du squelette d'Ardi, des restes de 36 de ses congénères retrouvés dans le même secteur et de tous les éléments de faune et de végétation fossiles qui les accompagnaient obligent les paléontologues à reconsidérer les premières étapes de l'histoire des hominidés. Ardi, en particulier, apporte un éclairage nouveau sur l'émergence de la bipédie. Celle-ci aurait été favorisée par le comportement social, les mâles transportant de la nourriture afin de la partager avec les femelles, plus que par l'environnement, comme beaucoup le pensaient.

Source : La Recherche du 25/01/2010

mercredi 13 janvier 2010

Australopithecus garhi

Australopithecus garhi est une espèce fossile d’hominidé appartenant au groupe des australopithèques graciles. Son âge est d’environ 2,6 millions d’années.

Découverte
Le fossile type, répertorié sous le code BOU-VP-12/130, a été découvert en 1997 par Yohannes Haile-Selassie, l’un des membres de l’équipe de chercheurs dirigée par le paléontologue éthiopien Berhane Asfaw. Ce dernier a publié la définition et la description de l’espèce en 1999, en collaboration notamment avec le paléontologue américain Tim White.

La découverte initiale a eu lieu près du village de Bouri, dans la moyenne vallée de l’Awash, dans la dépression de l'Afar en Éthiopie. Le nom de l’espèce, « gahri », signifie « surprise » en langue afar.

Source : Wikipedia

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Age : entre 3 et 2,5 millions d'années
Taille : Mâle: 1,20 m
Poids : Mâle: xx kg
Localisation : Ethiopie
Habitat : Savane
Feux : Non
Outils : ?

Sa fiche sur Hominidés.com

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2,5 MA.
Des fragments crâniens (BOU-VP-12/130).
Bouri, Middle Awash, Éthiopie, Afrique de l’Est.
garhi (qui signifie « surprise » en langue afar) a été retrouvé à côté d’os de gazelle avec des stries de découpe, indiquant la plus ancienne utilisation d’outils connue.

Ardipithecus kadabba

Ardipithecus kadabba est une espèce éteinte d'hominidés ayant vécu à la fin du Miocène supérieur, il y a environ entre 5,8 et 5,3 Ma (millions d'années).

Le nom de genre provient des racines ardi (qui veut dire sur le sol en langue afar) et pithecos signifiant singe en grec.

Découvertes
Les premiers ossements ont été découverts en 1999 par Yohannes Hailé-Sélassié, en Éthiopie. Pendant un temps, à cause du faible nombre de restes retrouvés, Ardipithecus kadabba est resté considéré comme une sous-espèce de Ardipithecus ramidus : Ardipithecus ramidus kadabba. L'étude des fossiles, notamment des dents, conduit Yohannes Hailé-Selassié, Gen Suwa et Timothy White à les attribuer en 2004 à une nouvelle espèce à part entière, nommée Ardipithecus kadabba.

Source : Wikipedia

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Age : 5,8 millions d'années
Taille :
Poids :
Localisation : Ethiopie
Habitat :
Feux :
Outils :

Sa fiche sur Hominidés.com

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6,3-5,2 MA
Région du Middle Awash, Éthiopie et peut-être Kenya, Afrique de l’Est. Fragment de mandibule (ALA-VP-2/10) et des dents (ARA-VP-6/1).
L’ardipithèque est candidat au rôle d’ancêtre des australopithèques puisqu’il en est proche dans le temps et par sa morphologie.

jeudi 31 décembre 2009

Découverte scientifique de l'année


Le magazine Science a décerné le titre de «découverte scientifique de l’année 2009» à Ardi, cette femelle hominidé haute comme trois pommes (1,20 m) qui vivait il y a 4,4 millions d’années dans ce qui est aujourd’hui le rift de l’Afar, en Éthiopie. Une distinction qui récompense l’exceptionnel travail de reconstitution effectué par une équipe de 47 chercheurs anglais, américains, canadiens, éthiopiens, français et japonais depuis la mise au jour de son squelette quasi complet en 1995, le plus ancien connu à ce jour. Celui de Lucy, la célèbre australopithèque, découvert vingt ans plus tôt dans le même secteur, date en effet de 3,2 millions d’années.

Pas moins de quinze années auront été nécessaires pour extraire et étudier à la loupe les 125 ossements particulièrement friables et fragiles de la belle Ardi, de son vrai nom Ardipithecus ramidus. Cette nouvelle espèce d’hominidé, dont la première trace fossile - une simple dent - a été exhumée en décembre 1992, toujours dans l’Afar, par un membre de l’équipe du paléontologue américain Tim White, bouscule ce que l’on croyait connaître sur les ancêtres des grands singes (chimpanzé, gorille…) et de la lignée humaine. Ardi n’est en effet ni une australopithèque, comme Lucy, ni une représentante du genre Homo. Elle offre un mélange inédit de traits primitifs hérités de ses ancêtres et de traits modernes que l’on retrouve chez des hominidés plus récents. Résultat : il faudra remonter au moins deux millions d’années en arrière pour espérer retrouver l’ancêtre commun aux hommes et aux grands singes.

Source : Le Figaro du 31.12.2009

lundi 28 décembre 2009

Ardipithecus : une paléo-star est née

En élevant le fossile éthiopien Ardipithecus ramidus au rang de plus grande avancée scientifique de l'année 2009, la revue Science consacre cet hominidé éthiopien vieux de 4,4 millions d'années. Au-delà du coup médiatique, le titre est mérité tant « Ardi » apporte d'informations sur nos lointaines origines.

« Ardi » ou Ardipithecus ramidus fait la couverture de Science, le 18 décembre 2009.

Une nouvelle vedette à la une

Le vendredi 18 décembre 2009, un visage doux et énigmatique occupe, seul, la couverture de la prestigieuse revue Science. « Ardi », ou Ardipithecus ramidus pour son nom scientifique, reçoit « la » récompense suprême de l'année, devant neuf autres progrès marquants.

Voilà ce fossile, découvert il y a déjà quinze ans, propulsé au rang de star de la discipline, aux côtés des Lucy, Toumaï et autres Orrorin… Consécration qui s'accompagne d'un plan de communication rodé, avec informations distillées sous embargo et volumineux dossier en ligne. Et qui ponctue une série de onze articles, signés de 47 chercheurs de dix nationalités, publiés dans la revue américaine le 2 octobre dernier… N'en jetez plus ! « Cette somme de plus de cent pages nous a donné de la lecture pour plusieurs mois, sans compter les annexes aux articles, au moins aussi longues, sourit le paléontologue François Marchal, constatant qu'une telle place accordée à un hominidé est inhabituelle. Les revues se contentent généralement d'un article de présentation du fossile, suivi d'une discussion avec d'éventuels détracteurs ».

Un jeu subtil entre revues et chercheurs

Certes, la médiatisation d'Ardi résulte du jeu subtil entre chercheurs et revues scientifiques. Ces dernières privilégient les découvertes spectaculaires, qui attirent de nouveaux abonnés et génèrent des rentrées publicitaires. Les chercheurs sachant bien, pour leur part, qu'un article dans une revue prestigieuse représente un coup d'accélérateur à leur carrière... Mais dans le cas d'Ardipithecus, les paléoanthropologues s'accordent sur l'importance de la découverte.

Alors, qui est cette Ardi – puisqu'il s'agit d'une femelle – émergée des sables de la vallée de l'Awash, sur le site d'Aramis, à 230 km au nord-est de la capitale éthiopienne Addis-Abeba ? Tout d'abord une véritable rescapée, qui ne serait jamais parvenue jusqu'à nous sans plusieurs coups de chance ! Lors de sa mort tout d'abord, au bord d'un lac il y a 4,4 millions d'années, où elle a été rapidement ensevelie dans des sédiments peu acides… Puis, lorsque la couche géologique qui l'enserrait, faite de roches volcaniques qui ont permis de la dater, a peu à peu affleuré. Et, enfin, quand le chercheur éthiopien Yohannes Haile-Selassie, membre du Middle Awash Paleoanthropological Research Project a repéré dans la terre les os de sa main, le 11 novembre 1994.

Un lent travail de préparation et d’analyse des fossiles

Depuis cette date, l'équipe américano-éthiopienne a réalisé douze campagnes, la dernière datant de 2008. Fouillant chaque année le sol avec précaution, en raison de la fragilité des os, du fait d'un processus de fossilisation inachevé. Puis les solidifiant avec une résine, pour enfin les transporter dans les laboratoires du Muséum national d'Addis-Abeba.

Là, les vestiges ont été patiemment nettoyés, débarrassés de leur gangue minérale grain après grain. Avant que les découvertes puissent enfin être étudiées, grâce aux techniques de pointe : micro-scanner pour visualiser l'intérieur des os, spectrométrie datant précisément les sédiments, ou microscopie électronique à balayage révélant les microstries à la surface des dents. Un véritable travail de fourmi, qui explique le délai de près de quinze ans écoulé entre la première découverte, en 1994, et la récente publication… Même si des articles plus courts avaient déjà levé, depuis 1997, un coin du voile sur Ardipithecus ramidus. Mais on ne connaissait jusqu'à présent que son âge, ses principales mensurations ainsi que sa pratique de la bipédie, le rattachant au rameau humain.

Cette fois, les résultats portent sur un total de 36 individus différents retrouvés autour des premiers fossiles. Et le squelette le plus complet, baptisé donc Ardi » ou ARA-VP-6/500 pour son nom de code, comprend 125 os différents : fragments de crâne, dents, os des bras, de la main et du poignet, du bassin, des jambes et des pieds. Avec autant de restes, Ardipithecus ramidus est l'hominidé le mieux documenté pour les périodes les plus reculées, c'est-à-dire avant l'avènement des Australopithèques il y a 4 millions d'années. À titre de comparaison, l'autre espèce d'Ardipithèque, appelé kadabba (5,6 millions d'années), ou encore Orrorin tugenensis (6 millions) et Sahelanthropus tchadensis (7 millions), ne sont connus qu'au travers de quelques dizaines d'ossements.

Un portrait-robot particulièrement précis

Alias ARA-VP-6/500, « Ardi » est constituée de 125 fragments osseux.

Sur la base de leur patiente étude, les paléoanthropologues ont dressé un portrait fidèle de ce lointain ancêtre. « Ardi pesait environ 50 kg et mesurait 1,20 m, détaille ainsi Tim White, de l'université de Berkeley et co-directeur du projet Middle Awash, ce qui est beaucoup pour un hominidé aussi ancien. L'Australopithèque afarensis Lucy, par exemple, découverte à 75 km à peine d'Aramis et qui vivait plus d'un million d'années après, ne pesait que 25 kg. » Grâce à l'étude d'environ 150 000 ossements animaux ou restes végétaux (bois, graines et pollens) exhumés des collines d'Aramis, les chercheurs ont aussi reconstitué le milieu dans lequel évoluait Ardi. Eléphants, rhinocéros, girafes et antilopes primitifs s'y côtoyaient.
Quant au paysage, il était constitué d'une forêt tropicale claire, parsemée de clairières, où les palmiers étaient abondants. Autant d'informations obtenues grâce, entre autres, à l'étude de minuscules particules d'opales (de 2 à 250 microns), appelés phytolites, qui s'accumulent à l'intérieur et autour des cellules végétales. « Contrairement aux pollens, les phytolites sont résistantes à l'oxydation dans les sols, ce qui en fait de bons marqueurs de la végétation à l'époque des premiers hominidés », expliquent Raymonde Bonnefille et Doris Barboni, du Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement (Cerege), situé à Aix-en-Provence.

Un nouveau scénario évolutif

Les paléoanthropologues font également revivre les comportements d'Ardipithecus, comme son mode de locomotion, à la fois bipède et arboricole. « Au sol, Ardi marchait sur ses deux pattes arrière, comme en atteste la forme de son bassin, détaille Tim White. Mais son gros orteil, entièrement opposable aux autres doigts de pied, et sa voûte plantaire, très plate, lui interdisaient de longues marches et la course. Dans les arbres, Ardi était certainement moins agile et rapide que les chimpanzés, sa main ne présentant pas les adaptations propres aux singes, comme une paume très allongée et certains ligaments permettant la suspension aux branches. »

Autre élément riche d'enseignements : les dents, en particulier les canines. Bien plus petites et fines que chez les singes, elles ne pouvaient donc pas servir d'arme aux Ardipithèques mâles pour en attaquer d'autres, comme c'est le cas chez les primates. Conséquence : « Les mâles étaient probablement appariés à une seule femelle, ne se disputant pas comme chez les singes l'accès à plusieurs partenaires, détaille Owen Lovejoy, de la Kent State University. Peut-être même les mâles apportaient-ils des aliments aux femelles. »

Un trait social altruiste, aux conséquences importantes en terme d'évolution. Impossible en effet de transporter des fruits jusqu'aux femelles sans membres supérieurs libérés de la locomotion quadrupède. Ce changement comportemental aurait donc été associé aux origines de la bipédie, concluent les chercheurs. Mieux : cet approvisionnement par les mâles aurait dégagé du temps aux femelles pour s'occuper de leurs petits et pour coopérer avec d'autres femelles.

Priorité aux fossiles

Aidées par leurs mâles, Ardi et ses sœurs sont-elles à l'origine des structures sociales complexes qui ont marqué les premiers pas de l'hominisation ? Le débat est ouvert, qui promet de diviser les paléoanthropologues. Mais déjà, Ardipithecus bouscule bien des certitudes. « Sur la base de la proximité génétique entre chimpanzés et hommes actuels, on pensait que les hominidés les plus anciens devaient ressembler aux chimpanzés, explique Owen Lovejoy. Ardipithecus contredit cette théorie et nous apprend que certains traits propres aux chimpanzés, comme leur comportement social agressif, sont apparus après la séparation de nos deux lignées. » Au passage, Ardipithecus nous rappelle que les fossiles détiennent seuls la clé pour comprendre notre passé africain, plus que l'étude des singes modernes ou la paléogénétique… Autant de mises au point qui méritaient bien la couverture d'une revue prestigieuse.

Source : Science Actualités du 28/12/2009

dimanche 1 novembre 2009

Ardi n'était ni chimpanzé ni humain

Dix-sept ans après sa découverte en Ethiopie, «Ardipithecus ramidus», le fossile d'hominidé âgé de 4 à 5 millions d'années, est enfin décrit au complet. Portrait.

Elle crapahutait en Afrique de l'Est, près d'un million d'années avant Lucy l'australopithèque... Bienvenue à «Ardi» l'ardipithèque, une femelle hominidé datée de -4,4 millions d'années, riche d'informations médites, grâce à son squelette, le plus ancien connu pour un hominidé. De Tournai'(-7 millions d'années) on ne connaît en effet que le crâne, d'Orrorin (-6 Ma), trois fémurs, un humérus et quelques dents. Ardipithecus ramidus (son nom savant), autrement plus complet, «ne ressemble à rien de ce à quoi nous nous attendions», selon son découvreur éthiopien Gen Suwa. Avec sa mise au jour en 1992, les chercheurs ont pensé tenir l'ancêtre des Homo, ou celui des grands singes, voire le «graal» de la paléontologie humaine : l'ancêtre commun aux deux lignées... Patatras ! après dix-sept ans d'analyses et l'exhumation de 36 individus au total, Ardi a été classée dans un genre nouveau, éloigné, situé sur une lignée voisine de celle des australopithèques : «Ni chimpanzé ni humain, elle nous rapproche comme jamais auparavant de l'ancêtre commun aux singes et à l'homme et nous permet vraiment d'imaginer ses traits», assure le paléoanthropologue américain Tim White (université de Californie, Berkeley).

Portrait.1,20 m pour 50 kilos
- Une petite tête : le volume de sa boîte crânienne, 300 à 350 cm3, est comparable à celui d'un bonobo, plus petit que celui d'un australopithèque (400 à 550 cm3, contre 1500 cm3pour Y Homo sapiens actuel).
- Un régime varié : ses dents à l'émail peu épais suggèrent un régime frugivore et omnivore, à l'exclusion des aliments coriaces et abrasifs (comme les noix).
- Une locomotion bipède et arboricole : son bassin et ses pieds rigides étaient ceux d'un bipède, mais elle était incapable de courir, ses voûtes plantaires n'étant pas arquées. Elle progressait aussi sous le couvert forestier grâce à ses paumes et à ses pieds aux pouces opposables. Au vu de ses bras et poignets, elle ne pouvait ni se suspendre dans les arbres, comme les orangs-outangs, ni marcher sur les phalanges de la main, comme les chimpanzés. De tels traits, loin d'être primitifs, seraient donc des adaptations apparues plus tardivement chez les grands singes.
- Enfin, des moeurs paisibles : il n'y a pas de différence marquée entre les femelles et les mâles ardipithèques, ces derniers étant même dépourvus de canines surdéveloppées, comme les chimpanzés. Le dimor- phisme sexuel, aiguisé par la compétition et la sélection sexuelle, serait donc apparu plus tard.

Source : Sciences et Avenir de novembre 2009

vendredi 23 octobre 2009

Le plus vieil hominidé livre une partie de ses secrets

Des ossements fossiles datant de 4,4 millions d'années éclairent d'un jour nouveau l'histoire de nos ancêtres.
Ils ont mis le paquet et ont pris leur temps : 47 chercheurs, américains, éthiopiens, japonais, français, anglais et canadiens, publient aujourd'hui, dans la prestigieuse revue Science, les résultats de quinze années de recherche. Avec pas moins de onze articles consacrés à Ardipithecus ramidus, un hominidé qui vivait il y a 4,4 millions d'années dans ce qui est aujourd'hui le rift de l'Afar, en Éthiopie. Même s'il existe quelques rares fossiles d'hominidés plus anciens, le squelette presque complet que l'équipe a reconstitué est le plus vieux jamais découvert et étudié à ce jour. Et il bouscule quelque peu ce que l'on croyait connaître des ancêtres des primates et de la lignée humaine.

Le squelette de la main de «Ardi».

L'histoire commence le 17 décembre 1992. Gen Suwa, étudiant dans l'équipe du paléoanthropologue Tim White, de l'université de Californie, découvre dans le désert, près du village d'Aramis, en Éthiopie, une dent fossilisée. Qui est très rapidement identifiée comme une molaire d'hominidé. L'équipe passe le site au peigne fin, le nez dans la poussière. Et trouve d'autres restes d'hominidés.

1,20 m pour un poids de 50 kg

Mais il faudra attendre 1995 pour qu'un étudiant éthiopien de l'équipe de Tim White, Yohannes Hailé Selassié, découvre deux os appartenant à une main. Qui seront suivis d'os du pelvis, de la jambe, de la cheville, du pied… Finalement, un squelette presque complet est déterré. Qui sera surnommé Ardi, son nom provenant des mots afars signifiant «racine» et «terre».

En tout, moins d'une demi-douzaine de squelettes de plus d'un million d'années ont été retrouvés à ce jour. Le plus ancien (40 % du squelette complet) était jusqu'à présent celui de Lucy (3,2 millions d'années), l'australopithèque découverte en 1974 par Donald Johanson, Maurice Taïeb et Yves Coppens, à 75 kilomètres du lieu où Ardi l'a été vingt ans plus tard. L'histoire se répète puisque Ardi est également de sexe féminin. La belle mesurait 1,20 m pour un poids de 50 kg. Les reconstitutions effectuées, avec beaucoup de difficultés car les os fossiles étaient très fragiles et friables, montrent qu'elle avait un cerveau assez petit, plus encore qu'une australopithèque, de l'ordre de celui d'un singe bonobo. Qu'elle avait un museau prononcé, faisant effectivement penser aux singes, mais qu'elle avait des traits différents d'eux. Ardi était, selon les chercheurs, capable de se balancer de branche en branche avec ses quatre membres, mais également de marcher debout sur ses «jambes».

«Pour la première fois, on voit qu'il y a un nouveau type d'hominidé, qui n'est ni Australopithecus, ni Homo», assure Michel Brunet, du Collège de France. Ardi présente un mélange des traits «primitifs» de ses ancêtres et de traits «dérivés» que l'on retrouve chez les hominidés ultérieurs. On pensait, jusqu'à Ardi, que le chimpanzé et les autres grands singes modernes étaient plus proches que nous de nos ancêtres communs. Il semble qu'il n'en soit rien. Les hominidés et les singes africains ont suivi des chemins évolutifs distincts. Et il faudra remonter encore d'au moins deux millions d'années en arrière pour trouver l'ancêtre commun aux hommes et aux autres primates.

Ardi n'est pas le seul «succès» de ces fouilles. En plus de ce squelette et de 110 os fossiles provenant d'au moins 36 autres individus Ardipithecus, 150 000 spécimens provenant d'animaux et de plantes datant de cette époque ont été exhumés. Dont 29 espèces d'oiseaux, étudiées par des chercheurs français, qui ont trouvé des espèces encore inconnues. Tout comme de petits mammifères, avec une vingtaine de nouvelles espèces de chauves-souris, de rongeurs et d'autres petits carnivores.

Source : Le Figaro du 23/10/2009

vendredi 16 octobre 2009

Ardi, nouvel ancêtre de l'homme

La description de l'ardipithèque vient d'être achevée : elle confirme que ce primate arboricole qui marchait debout, comme un humain, est un ancêtre des australopithèques.

Cette reconstitution d'une femelle d'Ardipithecus ramidus montre un hominien arboricole aux bras puissants et longs (pour grimper), doté de quatre «mains» (pour s'accrocher aux branches), et qui avait aussi développé la station debout. Mais ce lointain ancêtre primate devait, pour marcher, rouler sur ses «mains» postérieures, pas encore des pieds.

Les grands singes actuels comportent les orangs-outangs, les gorilles, les chimpanzés, et les humains. Ces derniers ont un ancêtre commun avec les chimpanzés, à partir duquel divergent les hominidés, dont Toumaï (7 millions d'années), et les australopithèques (dont Lucy, 3,2 millions d'années), parmi lesquels une lignée gracile aurait donné le genre Homo, auquel appartient notre espèce. Or une équipe internationale d'une cinquantaine de chercheurs (dont cinq Français), coordonnée par Tim White, de l'Université de Berkeley, vient de publier une série d'études sur les caractéristiques et le mode de vie d'un nouvel hominidé, intermédiaire entre Toumaï et les australopithèques.

Des premiers fragments d'un squelette d'Ardipithecus ramidus avait été découverts par le Japonais Gen Suwa en 1992 près du village éthiopien d'Aramis. Puis l'Éthiopien Yohannes Hailé-Sélassié y a mis au jour une main – celle du squelette quasi complet d'«Ardi», une femelle, patiemment dégagé ensuite entre 1994 et 1997. La couche de silt qui contenait ces fossiles s'est déposée il y a 4,4 millions d'années, ce qui a été établi par l'analyse de radio-isotopes contenus dans les couches de tufs et de cendres volcaniques qui l'entourent. Cette découverte clef a été suivie de nombre d'autres ; aujourd'hui, l'équipe internationale qui étudie Ardipithecus ramidus dispose de 110 spécimens issus de 36 individus.

Les chercheurs ont tenté de reconstituer le mieux possible la biologie, l'environnement et le mode de vie d'Ardi. Le portait d'un hominidé parfaitement bipède, mais toujours arboricole, s'est dessiné. Si la partie inférieure du pelvis d'Ardi accueille les insertions des muscles puissants nécessaires pour grimper, sa partie supérieure montre qu'elle pouvait marcher droite sur ses deux jambes. Mais pour marcher, elle devait en quelque sorte faire rouler sur le sol la paume de ses pieds en forme de mains, c'est-à-dire des pieds dotés de pouces opposables. Quant aux mains, elles étaient conformées pour la flexion, ce qui traduit une adaptation à l'escalade et au déplacement dans les arbres ; leur structure suggère cependant qu'Ardi ne pouvait se suspendre à une branche durant plusieurs minutes par un seul bras, ce que font couramment les chimpanzés.

Cette description anatomique fait d'Ardi un animal intermédiaire dans la chaîne alimentaire de son milieu, à savoir des forêts claires. Ce milieu comporte de gros animaux – rhinocéros, bovidés, hyènes, etc. – et des petits – oiseaux, rongeurs, insectes, etc. Manifestement, Ardi et ses congénères pouvaient être chassés par des superprédateurs ou leur servir de charognes : certains des os retrouvés par les chercheurs portaient les traces de dents de tels prédateurs.

La dentition de l'ardipithèque suggère un régime omnivore. Comme tous les arboricoles, Ardi et ses congénères consommaient des fruits, mais ne pas négligeaient probablement pas les insectes, les graines, voire certaines feuilles... Et sans doute tentaient-ils à l'occasion de capturer un paon : Antoine Louchart, de l'École normale supérieure de Lyon, a déterminé que les paons représentaient 15 pour cent des oiseaux présents dans l'environnement d'Ardi, tandis que les perroquets en représentaient plus de 30 pour cent.

On peut aussi imaginer qu'Ardi et ses congénères mangeaient des charognes, mettant en œuvre des stratégies collectives pour repousser les hyènes, voire des prédateurs plus gros, comme le font les babouins aujourd'hui. Du reste, l'absence de canines hyper-développées chez les ardipithèques mâles montre que, contrairement aux gorilles ou aux chimpanzés, ils n'en avaient pas besoin pour affronter leurs concurrents. Cette constatation suggère fortement que l'organisation sociale des groupes d'Ardipithecus ramidus était davantage coopérative que fondée sur la hiérarchie entre mâles dominants.

Source : Pour la Science du 16-10-2009

vendredi 2 octobre 2009

Portrait-robot d'un nouvel hominidé

Après Toumaï et avant Lucy, vivait en Afrique Ardipithecus ramidus. Sa description, qui vient d’être publiée, fournit un nombre considérable de données sur les hominidés, en particulier sur leur marche.


« C’est une découverte du même ordre que celle de Lucy en 1974, explique José Braga, de l’université Paul Sabatier à Toulouse, sauf que le squelette est plus complet et qu’il est plus ancien de 1,2 millions d’années. » Et c’est une découverte qui s’est faite attendre : pour décrire les 110 ossements d’Ardipithecus ramidus, un hominidé de 4,4 millions d’années, quinze ans d’un long travail de tri des ossements, de reconstruction minutieuse par ordinateur ont été nécessaires à l’équipe menée par Tim White, de l’université de Berkeley en Californie. Les onze articles publiés aujourd’hui dans la revue Science sont à la mesure de l’ampleur de la tâche.

Pour la première fois, on peut décrire très précisément comment un hominidé ancien se déplaçait, car toutes les parties du corps sont représentées : crâne, bassin, os des jambes et du bras, mains et pieds quasi complets. Première constatation : Ardipithecus ramidus grimpait probablement aux arbres, car son gros orteil est mobile par rapport au reste des doigts de pieds, comme chez les singes. En revanche, il ne se balançait pas de branche en branche comme ces derniers, car, comme nous, sa paume et ses doigts sont trop courts, ses mains et ses poignets trop souples pour cela. Il s’y déplaçait probablement à quatre pattes. L’analyse des os de ses mains montre qu’alors il s’appuyait sur ses paumes comme beaucoup de singes, et non sur les poings comme le chimpanzé ou le gorille.

Était-il bipède ? Le trou où s’encastre la colonne vertébrale d’Ardipithecus ramidus est plutôt orienté vers le bas, ce qui semble indiquer qu’il se tenait debout. À partir des os du bassin, les anthropologues ont aussi montré qu’Ardipithecus avait, comme les hommes, des muscles qui l’empêchaient de se déhancher dangereusement en marchant. Conclusion : il pouvait marcher dans cette position.

La bipédie d’Ardipithecus n’est pas à proprement parler une surprise. Deux des trois fossiles plus anciens que cette espèce, Orrorin tugenensis (6 millions d’années) et Sahelanthropus tchadensis (7 millions d’années), en montraient déjà des signes. Quant à la bipédie des australopithèques, plus récents, elle est assez bien connue. En revanche, les fossiles d’Ardipithecus ramidus semblent sonner le glas d’une hypothèse très en vogue chez les paléoanthropologues : l’existence de grandes différences entre mâles et femelles. Chez les australopithèques, par exemple, certains squelettes nettement plus petits que les autres sont interprétés comme des femelles. On se fonde pour cela sur la situation qui prévaut aujourd’hui chez le gorille par exemple. Les mâles sont en forte compétition pour l’accès aux femelles, et une haute taille leur procure un avantage évolutif.

Or, outre ce squelette d’Ardipithecus très complet, les paléontologues ont retrouvé les restes de 35 individus qui vivaient à peu près la même époque, séparés au plus par 10 000 ans. Autrement dit, fait sans précédent, les chercheurs possèdent un instantané de la diversité au sein d’une même espèce. Et concernant la taille, il n’y a pas de différences significatives, alors qu’il est à peu près sûr que les deux sexes sont représentés. Difficile de croire que des différences importantes n’aient été présentes que chez les australopithèques, alors qu’elles n’existent ni avant ni après. « En d’autres termes, explique José Braga, des australopithèques considérés comme mâle et femelle appartiennent peut-être en fait à des espèces différentes. Il va falloir réanalyser un certain nombre de fossiles.»

Source : La Recherche du 02/10/2009