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jeudi 12 octobre 2023

Des empreintes de pas vieilles de 23 000 ans, nouvelles preuves du peuplement précoce de l'Amérique

Après des années de controverse, le mystère des traces de pieds humains du désert du Nouveau-Mexique pourrait bien être résolu. Bouleversant, au passage, ce que l’on croyait connaître du peuplement de l’Amérique du Nord !

En effet, pendant la majeure partie du 20e siècle, le monde archéologique estimait que les humains étaient arrivés sur le continent il y a environ 15 000 ans, en empruntant la Béringie, un pont terrestre qui reliait autrefois la Sibérie et le Canada.

Mais l’émergence, ces dernières décennies, de différents indices suggérant une présence plus ancienne a remis en question cette chronologie.

Ce fut le cas en 2021, lorsqu’une équipe scientifique américaine déclare avoir daté une série d’empreintes de pas humains retrouvées au Nouveau-Mexique. Plus précisément, ils ont daté au carbone 14 des graines écrasées par ces pas. Résultat : ceux-ci seraient vieux d’environ 21 000 ans.

Immédiatement, la controverse éclate : il s’agit de graines de Ruppia Cirrhosa, une plante aquatique. Elles ont pu absorber et conserver des molécules de carbone issues d’une eau plus ancienne, faussant le résultat. La communauté scientifique demande donc des preuves supplémentaires.

À ce propos, Kathleen Springer, co-autrice de l’étude initiale et géologue à l’Institut d’études géologiques des États-Unis, déclare : « Nous étions sûrs de nos datations initiales (…), mais nous savions qu’un contrôle chronologique indépendant était capital. »

C’est ce que fournit aujourd’hui son équipe, par l’analyse d’autres éléments tirés des traces de pas. Cette fois, c’est du pollen issu de conifères, non susceptible d’être « contaminé » par de l’eau, qui a été daté au carbone 14. Son âge : au moins 22 600 ans. Ils ont aussi employé une technique appelée luminescence optiquement stimulée pour l’appliquer à du quartz tiré des empreintes. Elle permet de savoir quand un minéral a été exposé pour la dernière fois à la lumière. En l’occurrence, il y a 21 500 ans.

« Nos nouvelles datations (…) soutiennent sans équivoque le fait que les humains étaient présents en Amérique du Nord durant le pic de la dernière ère glaciaire. » Conclut Kathleen Springer.

Source : Le Blob du 11/10/2023

mardi 10 octobre 2023

Une preuve inédite (et incontestable) que des humains étaient déjà présents en Amérique il y a 23.000 ans

L’être humain avait déjà mis le pied sur le continent américain il y a 23.000 ans, au cours du dernier maximum glaciaire. De nouvelles analyses rigoureuses tendent vers un même résultat et obligent les archéologues à revoir les modèles de peuplement historiques qui plaçaient l’arrivée d’Homo sapiens en Amérique après le dernier maximum glaciaire il y a environ 18.000 ans.

Au Nouveau-Mexique (États-Unis), des empreintes laissées par des humains sont fossilisées dans le lac Otero du parc national des White Sands. En 2021, des paléoanthropologues se sont lancés dans la datation des graines d’une plante aquatique sédimentées dans le creux de ces traces.

Les traces de pas fossilisées dans le lac Otero, du parc national des White Sands, au Nouveau-Mexique, Etats-Unis. Elles avaient déjà fait l'objet d'une étude scientifique publiée en 2021 dans la revue Science.

La nouvelle étude des traces du lac Otero devrait établir un consensus

Leurs résultats indiquaient que ces marques étaient âgées de 21.000 à 23.000 ans, ce qui correspond à une période interne au dernier maximum glaciaire, une époque glaciale s’étendant entre 19.000 et 26.500 ans avant notre ère.

Si ces conclusions ne faisaient pas consensus à l’époque, de récents résultats vont certainement forcer un accord dans la communauté scientifique.

Une nouvelle étude a utilisé des échantillons d’origines différentes et d’autres techniques d’analyses afin de vérifier l’âge de ces empreintes fossilisées. Finalement, les divers examens montrent que ces traces seraient bien âgées de 21.000 à 23.000 ans.

"Un très beau travail"

"C’est un très beau travail qui a attaqué le problème en faisant une analyse indépendante avec d’autres traceurs, ce qui rend l’étude très solide et difficilement contestable", estime dans un échange avec La Recherche Antonio Pérez-Balarezo, archéologue au laboratoire archéologie et sciences de l’antiquité, à Nanterre et spécialiste de la préhistoire ancienne de l'Amérique du Sud.

Cette nouvelle datation confirmée va conduire les archéologues à considérer un peuplement qui aurait démarré en plein dernier maximum glaciaire. "Je suis très ému d'être témoin de ce changement de paradigme", confie l’archéologue.

Source : Sciences et Avenir du 10/10/2023

dimanche 30 juillet 2023

De nouvelles preuves de populations humaines en Amérique du Sud il y a 27 000 ans

La découverte d'os sculptés datés d'environ 25 000 avant J.-C. relance le débat sur la présence de peuplades dans les Amériques durant la Préhistoire. La colonisation de l'Amérique par Homo sapiens de la fin du Pléistocène au début de l'Holocène, pendant la dernière ère glaciaire, continue de susciter l'interrogation des historiens.

À l'ouest du Brésil et de sa capitale Brasilia, un site archéologique est devenu le berceau de la recherche sur les premiers peuplements d'Amérique. À Santa Elina, cavité rupestre du centre de l'Amérique du Sud se situant dans la Serra das Araras, de nouvelles découvertes démontrent que des tribus auraient cohabité avec des mammifères massifs durant la Préhistoire. Les archéologues ont notamment trouvé des sortes de bijoux sculptés avec des os de paresseux. Selon les datations, ces artefacts pourraient être antérieurs à la fin du Pléistocène : ils auraient été fabriqués durant le dernier maximum glaciaire, il y a 25 000 ans.

À la recherche des premiers habitants de l’Amérique

C'est une quête qui dure depuis des décennies, pour tenter de comprendre comment Homo sapiens a pu s’implanter et se développer sur le continent américain. Dans l'abri rocheux de Santa Elina, les marques du passage de l'Homme durant le Pléistocène sont nombreuses. Outre des peintures rupestres, les artefacts sont aussi les marqueurs d'une vie locale. Les chercheurs ont exhumé des outils en pierre et des ossements, les dégageant des différentes strates composant le sol du site de fouilles. Parmi les nombreux ossements d'animaux déterrés, ceux d'un mammifère massif, le Glossotherium phoenesis. Cette sorte de paresseux préhistorique pouvait mesurer trois à quatre mètres de long et peser jusqu'à 1 500 kilos ! Cette espèce endémique en Amérique du Sud s'est éteinte entre la fin du Pléistocène et le début de l'Holocène (environ 10 000 avant J.-C.), comme de nombreux mammifères tels que les mammouths. Et à l'instar des mammouths, le Glossotherium était chassé par les groupes humains se développant dans le sud du continent.

Les historiens tentent de disséquer le schéma de vie des humains durant cette période de la Préhistoire. Les artefacts de Santa Elina ont été analysés en établissant des datations au radiocarbone, ou carbone 14. En se basant sur les données obtenues, les scientifiques ont mené un calcul statistique basé sur une inférence bayésienne. Avec une précision estimée à 95,4 %, certains objets pourraient dater de 26 000 à 24 000 ans avant J.-C. Les premières tribus humaines d'Amérique du Sud se seraient donc constituées avant le pic de froid, ou dernier maximum glaciaire, atteint durant le Pléistocène.

Une histoire des migrations

Si ces résultats sont détaillés dans un article publié le 12 juillet par la Royal Society Publishing, ils ne font cependant pas consensus au sein de la communauté scientifique. Les chercheurs continuent de se questionner concernant la colonisation de l'Amérique. Une étude publiée en 2017 sur le site des presses universitaires de Cambridge se penchait déjà sur le site de Santa Elina. Pour les spécialistes, la principale voie de migration des premiers Hommes ayant rallié le continent américain serait la route de Beringia. Cette région se situe dans l'aire géographique de l'actuel détroit de Béring, séparant la Sibérie de l'Alaska. Durant l'ère glaciaire du Pléistocène, le détroit était alors gelé, formant un passage temporaire entre les deux continents, avant que la fonte des glaces ne le fasse disparaître.

L'histoire des migrations vers l'Amérique reste un véritable casse-tête pour les universitaires. Nul doute que le site rupestre de Santa Elina continuera d'accueillir des missions archéologiques pour en apprendre plus sur les premiers peuplements du « Nouveau Monde ».

Source : Futura du 30/07/2023

samedi 16 octobre 2021

Une analyse de dents bouscule une théorie répandue sur l'origine des premiers Américains

Des scientifiques ont mené des analyses sur des dents d'Américains autochtones remontant jusqu'à 10.000 ans. Les résultats contredisent la théorie répandue selon laquelle les premiers habitants du continent américain provenaient du Japon et étaient apparentés au peuple Jōmon.

Les premiers humains sont arrivés bien plus tôt qu'on ne pensait sur le continent américain. C'est ce qu'a récemment démontré une étude menée sur des empreintes humaines identifiées au Nouveau-Mexique. Les analyses ont révélé que les traces de pas dataient de 23.000 ans, soit plus de 5.000 ans plus tôt que les scientifiques ne l'estimaient.

Aujourd'hui, c'est une nouvelle étude qui vient bousculer les théories sur l'histoire américaine. Ces recherches publiées ce mois-ci dans la revue PaleoAmerica se sont intéressées à l'origine des Américains autochtones (en anglais "Native Americans") . Et elles viennent contredire une hypothèse répandue sur les ancêtres des premiers habitants du continent.

Contrairement à ce que certains suggéraient, les premiers Américains ne proviendraient pas du Japon et ne serait pas apparentés au peuple Jōmon qui vivaient dans la région il y a 15.000 ans. A la même période où, selon le scénario jusqu'ici supposé, des humains auraient cheminé de l'Asie en Amérique en passant par le pont terrestre qui existait au niveau du détroit de Béring.

Des observations ont mis en évidence plusieurs similarités entre des outils en pierre, notamment des pointes de flèche, découverts sur des sites amérindiens et jōmon. Des chercheurs avaient ainsi émis l'hypothèse que les ancêtres des Américains autochtones pouvaient être des populations japonaises de chasseurs-cueilleurs, comme le peuple Jōmon, ayant gagné l'Amérique.

Etudier les dents pour explorer l'origine des populations

Cette théorie était toutefois loin de convaincre G. Richard Scott, anthropologue de la University of Nevada, et ses collègues. "Les parallèles culturels ne sont pas rares", a expliqué le scientifique à Live Science. "Les peuples peuvent s'emprunter des idées ou aboutir indépendamment à des solutions similaires face aux mêmes problèmes".

Restait à en trouver des preuves. Pour y parvenir, les scientifiques ont étudié des dents datant de jusqu'à 10.000 ans attribuées à des Américains autochtones, des individus Jōmon et d'autres peuples anciens originaires d'Asie de l'Est, du Sud-est ou du Pacifique. Ils se sont tout particulièrement intéressés à la morphologie des dents et de leurs racines.

L'équipe de Scott n'a pas choisi ses traits par hasard. La morphologie dentaire est en effet connue pour être influencée par une combinaison de gènes différents mais elle est aussi très peu affectée par les facteurs environnementaux. Ce qui en fait un élément précieux pour étudier l'origine des individus.

En comparant les centaines de dentitions, ils ont mis en évidence des différences importantes entre les premiers Américains et le peuple Jōmon. Trop importantes pour que les premiers descendent des seconds. "Les Jōmon sont très différents d'un point de vue dentaire de tous les Américains natifs", a résumé dans un communiqué G. Richard Scott.

Ces observations ont été complétées par des analyses génétiques qui n'ont montré aucune relation directe entre les deux groupes. "Nous utilisons des preuves biologiques pour dire qu'il est très improbable que [les premiers Américains] proviennent du Japon", a-t-il poursuivi. Les résultats ont en revanche révélé des affinités entre leurs dents et celles d'anciennes populations de Sibérie.

Installés en Béringie pendant des millénaires ?

"Notre travail s'aligne assez bien avec l'hypothèse Beringian Standstill", a précisé l'anthropologue. Cette théorie avance qu'un groupe d'humain originaire de Sibérie orientale serait arrivé dans la région du fameux pont terrestre de Béringie il y a environ 25.000 ans. Il y serait alors resté pendant quelques millénaires avant de faire la traversée et gagner l'Amérique.

"Les ancêtres des Américains natifs ont probablement été retenus en Béringie durant le Pléistocène supérieur jusqu'à ce que les conditions s'améliorent suffisamment pour permettre le voyage jusqu'à la côte ouest de l'Amérique du Nord", a-t-il décrypté pour Live Science. "Et durant cette période d'isolement, ils se sont différenciés des populations ancestrales d'Asie de l'Est".

La migration humaine vers l'Amérique s'est faite via la Béringie, le pont terrestre qui existait entre la Sibérie et l'Amérique du Nord (à gauche), avant la période de déglaciation et la montée du niveau des eaux (à droite).

Si les Américains autochtones ne descendraient pas du peuple Jōmon, ils partageraient ainsi un ancêtre commun qui pourrait remonter jusqu'à 30.000 ans. Tandis que l'ancêtre commun entre les premiers Américains et les populations d'Asie de l'Est serait plus récent, remontant à moins de 30.000 ans.

Le scénario de l'hypothèse Beringian Standstill reste toutefois là encore à confirmer avec certitude. Et de nouvelles recherches viennent régulièrement bousculer les parcours supposés des premières migrations humaines vers l'Amérique. Outre la découverte au Nouveau-Mexique, des dents exhumées en Sibérie ont récemment révélé une population humaine inconnue.

Leur étude laisse penser que la Sibérie était occupée depuis au moins 30.000 ans par une population qui serait le fruit de la rencontre entre des Sibériens du Nord et un autre groupe venu d'Asie de l'Est. Autant de conclusions qui poussent à réécrire une partie de l'histoire et confirment que le puzzle des origines des premiers Américains est loin d'être complet.

Source : Geo du 15/10/2021

samedi 25 septembre 2021

La découverte d’empreintes humaines vieilles de 23 000 ans réécrit l’histoire du peuplement de l’Amérique

Ces empreintes fossilisées découvertes dans les White Sands, au Nouveau-Mexique, suggèrent qu’« Homo sapiens » était déjà sur le continent avant la fin du dernier âge de glace.

Des traces de pas datant d’environ 23 000 ans ont été découvertes dans le sud-ouest des Etats-Unis, révèle une étude jeudi 23 septembre, suggérant que le peuplement de l’Amérique du Nord par l’espèce humaine était déjà entamé bien avant la fin du dernier âge de glace, censée avoir permis cette migration. Ces empreintes de pas ont été laissées à l’époque dans la boue des berges d’un lac aujourd’hui asséché qui a cédé la place à un désert de gypse blanc situé au Nouveau-Mexique, dans le parc national de White Sands.

Des empreintes de pieds humains fossilisées dans la roche, au parc national de White Sands, au Nouveau-Mexique.

Avec le temps, les sédiments ont comblé les empreintes et ont durci, les protégeant jusqu’à ce que l’érosion dévoile de nouveau ces témoignages du passé, pour le plus grand plaisir des scientifiques. « De nombreuses traces semblent être celles d’adolescents et d’enfants ; les grandes empreintes de pas d’adultes sont moins fréquentes », écrivent les auteurs de l’étude publiée dans la revue américaine Science. Des traces d’animaux, mammouths et loups préhistoriques ont également été identifiées. Certaines, comme celles de paresseux géants, sont même contemporaines et voisines d’empreintes humaines sur les bords du lac.

Au-delà de l’émotion et de l’anecdote, la découverte est déterminante pour le débat qui fait rage sur les origines de l’arrivée d’Homo sapiens en Amérique, le dernier continent peuplé par notre espèce. Car la datation de traces de White Sands « signifie que des humains étaient présents dans le paysage voici au moins 23 000 ans, avec des preuves d’occupation s’étendant approximativement sur deux millénaires », souligne l’étude.

La théorie du détroit de Béring remise en cause

Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d’un peuplement provenant de Sibérie orientale : nos ancêtres auraient franchi un pont terrestre – l’actuel détroit de Béring – pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud. Des preuves archéologiques, dont des pointes de lance servant à tuer les mammouths, ont longtemps suggéré un peuplement vieux de 13 500 ans associé à une culture dite « de Clovis » – du nom d’une ville du Nouveau-Mexique –, considérée comme la première culture américaine, d’où sont issus les ancêtres des Amérindiens.

Ce modèle de la « culture Clovis primitive » est remis en cause depuis vingt ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l’âge des premiers peuplements. Mais, généralement, cette date n’allait pas au-delà de 16 000 ans, après la fin du « dernier maximum glaciaire ». Cet épisode de glaciation est crucial, car il est communément admis que les calottes glaciaires couvrant à l’époque la plupart du nord du continent ont rendu impossible, ou en tout cas très difficile, toute migration humaine en provenance d’Asie, par le détroit de Béring ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte du Pacifique.

« De mon point de vue, de toutes les données publiées à ce jour sur le premier peuplement de l’Amérique, ce site est le plus convaincant pour les sites pré-20 000 ans, estime Yan Axel Gomez Coutouly, chargé de recherche à l’unite mixte de recherche et de formation Archéologie des Amériques (CNRS, Paris-I Panthéon-Sorbonne). Et ce même s’il n’y a pas de mobilier lithique ou d’outils associés, puisque les traces de pas confirment l’origine humaine. »

Pour la plupart des sites anciens – grotte de Chiquihuite au Mexique datée à 30 000 ans, abri sous roche de Pedra Furada au Brésil pouvant remonter jusqu’à 50 000 ans, Bluefish Caves dans le Yukon avec des datations jusqu’à 24 000 ans, site de Cerutti Mastodon en Californie avec des datations jusqu’à 120 000 ans –, rappelle l’archéologue, « une grande majorité de chercheurs considèrent que les preuves de la présence humaine présentées (traces de découpe, outils simples, foyers, etc.) sont en fait le produit de phénomènes naturels : plutôt que des artefacts (des produits humains), ce serait des géofacts (des produits naturels) ».

Dans le cas de ces traces de pas d’environ 22 000 ans, ajoute-t-il, « l’étude montre une découverte au caractère anthropique incontestable. Donc si ces datations se confirment et qu’elles ne sont pas remises en cause, alors il s’agira d’une des découvertes majeures de la préhistoire américaine de ces dernières décennies ».

Source : Le Monde du 24/09/2021

samedi 10 avril 2021

Culture Clovis

La culture Clovis, ou culture Llano, est une culture archéologique paléoindienne qui s'est développée sur le continent nord-américain tout à la fin du Pléistocène supérieur, vers 13 500 ans avant le présent, alors que la dernière période glaciaire approchait de son terme. Elle se caractérise par la fabrication des pointes de Clovis et d'autres outils spécifiques en os et en ivoire. Son nom provient de la ville de Clovis, au Nouveau-Mexique, où ont été trouvés en 1929 les premiers artéfacts de cette culture.

Premier peuplement

Les porteurs de la culture Clovis descendent de populations arrivées du nord-est de la Sibérie par le détroit de Béring. Ce dernier a offert un passage à pied sec entre Sibérie et Alaska pendant plusieurs dizaines de milliers d'années, durant la dernière période glaciaire, jusqu'au réchauffement climatique ayant débuté il y a environ 19 000 ans et qui coupa le pont terrestre quelques milliers d'années plus tard. Les eaux des océans, en partie figées sous forme de calottes glaciaires recouvrant les continents, étaient en effet à cette époque plus basses d'une centaine de mètres par rapport à leur niveau actuel, ce qui exondait de nombreuses régions aujourd'hui submergées, telles que la Béringie.

Description

La culture Clovis apparait vers 13 500 ans avant le présent. Elle est notamment caractérisée par la pointe Clovis, qui est une pointe de taille moyenne, étroite, cannelée et lancéolée, avec une base concave. Certaines pointes Clovis montrent un léger étranglement à la base des bords de lame, tandis que d'autres ont des bords de lame entièrement droits.

Présence humaine pré-Clovis

La culture Clovis fut longtemps considérée comme la plus ancienne du continent américain. Ce point de vue est remis en question par la découverte de plusieurs sites plus anciens. Des preuves de plus en plus probantes d'occupations antérieures ont été publiées : le site de Debra L. Friedkin a ainsi livré une industrie lithique datant d'il y a 15 500 ans.

Quelques-uns des sites découverts et explorés au cours des dernières décennies :

  • en Amérique du Nord : sites de Topper, de Cactus Hill et de Meadowcroft aux États-Unis ;
  • en Mésoamérique : sites de Cerro Toluquilla, de Hueyatlaco, de Cedral et de Baja California, tous situés au Mexique ;
  • en Amérique du Sud : sites de Pedra Furada (Parc national de la Serra da Capivara) au Brésil, de Monte Verde au Chili.

Hypothèse d'une origine européenne

Certaines similitudes morphologiques ont été relevées entre les outils foliacés bifaciaux de la culture Clovis, notamment sur les sites de Cactus Hill ou de Topper, et les outils solutréens européens (culture du Paléolithique supérieur trouvée en France et en Espagne). Une théorie présentée par les archéologues Dennis Stanford et Bruce Bradley suggère que les Solutréens auraient traversé l’océan Atlantique durant l'époque glaciaire en longeant la bordure sud de la banquise par cabotage, à l’aide de techniques de survie similaires à celles des Inuits actuels.

Cependant, la théorie d'une origine européenne a été invalidée par les analyses génétiques des fossiles humains de la période Clovis, notamment celle d'Anzick-1, qui montre une origine entièrement amérindienne.

Postérité de la culture Clovis

À la culture Clovis largement répandue succèdent plusieurs faciès régionaux à partir de la période plus froide du Dryas récent, notamment les faciès Folsom, Gainey, Suwannee-Simpson, Plainview-Goshen, Cumberland, et Redstone, qui paraissent en être directement issus, avec des évolutions parfois mineures comme la longueur de la cannelure sur les pointes de projectiles. Bien que cela soit généralement considéré comme le résultat d'une évolution culturelle normale, certains chercheurs ont invoqué le dernier épisode glaciaire du Dryas pour expliquer l'évolution constatée dans les sites archéologiques.

Les données génétiques disponibles font des populations de Clovis les ancêtres directs d'environ 80 % du peuplement autochtone d'Amérique du Nord et du Sud, la composante restante étant issue de vagues de migration ultérieures.

Source : Wikipedia

mercredi 31 mars 2021

Premier peuplement de l'Amérique

Le premier peuplement de l'Amérique fait l'objet de débats au sein de la communauté scientifique. Ces débats entre archéologues et anthropologues portent sur la date et les modalités de l'arrivée des ancêtres des Amérindiens sur le continent américain, et sur l'existence éventuelle des Paléoaméricains qui auraient pu les précéder. Les études génétiques modernes et les datations archéologiques de plus en plus minutieuses ont permis de faire avancer quelque peu la connaissance du sujet.

Depuis 1929 et la découverte du site Clovis au Nouveau-Mexique, il est admis que l'Amérique a été peuplée depuis la Sibérie par des groupes passés par la Béringie, nom donné aux territoires exondés qui reliaient jadis l'Alaska à la Sibérie, là où le détroit de Béring les sépare aujourd'hui (mais où les profondeurs sont faibles). La culture Clovis, qui émerge vers 13 500 ans avant le présent, dont les traces sont bien observées en Amérique du Nord, a longtemps été considérée comme la première culture archéologique américaine. Toutefois la chronologie du premier peuplement, ses modalités, par voie terrestre ou maritime, et l'origine des premiers arrivants, Paléoindiens ou Paléoaméricains, ont été rediscutées au fil du temps.

Des études de plus en plus nombreuses et probantes d'occupations antérieures à la culture Clovis ont été publiées. Certaines données archéologiques indiquent que le premier peuplement de l'Amérique aurait pu avoir lieu pendant le dernier maximum glaciaire, profitant de l'abaissement des niveaux marins. Le modèle de migration, son calendrier et le lieu ou les lieux d'origine en Eurasie des peuples qui ont migré vers les Amériques restent l'objet de débats parmi les chercheurs.

Carte présentant une hypothèse en plusieurs étapes du peuplement de l'Amérique effectuée à partir du couloir béringique, actif durant plusieurs dizaines de millénaires.

Historique : culture Clovis

Le site archéologique de Clovis est l'un des plus connus des États-Unis. Il est situé dans l'État du Nouveau-Mexique, dans le sud-ouest du pays. On y a trouvé à partir de 1929 des outils préhistoriques datés de 11 500 à 13 500 ans. Les premières fouilles ont mis au jour une pointe à enlèvement flûté. À l'époque, la découverte fit grand bruit, car ce type de pointe était inhabituel. Grâce au squelette d'un mammouth (estimé contemporain) qui se trouvait sur le site, on a pu dater l'objet de façon relativement précise.

Dans les années qui suivirent, les archéologues ont retrouvé en Amérique du Nord des milliers de pointes du même genre, caractérisées par des techniques de taille identiques, et cela jusqu'au Costa Rica, et dans toutes sortes de milieux naturels. Les scientifiques avaient également montré que tous les animaux géants d'Amérique (mammouths, tatous géants ou glyptodon, paresseux géants, tigres à dents de sabre, camélidés et équidés) avaient soudainement disparu, et on a envisagé qu'une population venue d'ailleurs avait apporté avec elle une arme redoutable : la pointe Clovis.

On a conclu que les porteurs de la culture Clovis étaient venus d'Asie par le détroit de Béring, qui était exondé pendant les périodes glaciaires, et que cette culture était la plus ancienne du continent américain. Cette expansion depuis la Sibérie, donnant naissance au premier peuplement américain, aurait eu lieu il y a moins de 14 000 ans, peu avant les premiers vestiges lithiques de la culture Clovis. Ensuite, le peuplement humain se serait rapidement étendu vers l'Amérique centrale, puis l'Amérique du Sud. Jusque dans les années 1980, la thèse d'un premier peuplement Clovis de l'Amérique était celle qui concordait le mieux avec les vestiges et datations connus.

Des traces de pas fossilisées furent découvertes en 2017 sur l'ile Calvert, en Colombie-Britannique (Canada), datées de 13 000 ans, qui sont les plus anciennes connues en Amérique du Nord.

Sites pré-Clovis

De nombreuses découvertes archéologiques remettent en cause par leurs datations la théorie longtemps admise d'une première occupation humaine de l'Amérique par les porteurs de la culture Clovis. Les sites ayant livré des artéfacts antérieurs à la culture Clovis sont souvent appelés « sites pré-Clovis ».

Selon l'océanographe Michel Fontugne, spécialiste des datations, les scientifiques américains « acceptent le seuil de 25 000 ans [comme première présence humaine], ce qui pour eux était inconcevable il y a trente ans. On a passé la barrière de Clovis. »

Une étude publiée en 2020 analyse les données chronométriques de 42 sites archéologiques nord-américains et béringiens en utilisant une approche de modélisation bayésienne de l'âge, et utilise le cadre chronologique résultant pour élucider les modèles spatio-temporels de dispersion humaine. Elle intègre ensuite ces modèles avec les preuves génétiques et climatiques disponibles. Les données obtenues montrent que « les humains étaient probablement présents avant, pendant et immédiatement après le dernier maximum glaciaire (il y a environ 26,5 à 19 ka) » mais qu'une occupation plus étendue n'aurait débuté qu'à l'occasion d'une période de réchauffement rapide, le Groenland Interstadial 1 (environ 14,7 à 12 ka avant l'an 2000). Elle identifie également le début quasi-synchrone des traditions culturelles béringiennes, clovis et du rameau occidental, et un chevauchement de chacune avec les dernières dates d'apparition de 18 genres de faune aujourd'hui disparus. L'analyse suggère que l'expansion généralisée des humains en Amérique du Nord a été un facteur clé dans l'extinction des grands mammifères terrestres. L'archéologue Gizmodo Ben Potter reste réservé quant à cette étude, affirmant que « les auteurs supposent que chaque date et site n’ont aucun problème contextuel ou autre », ce qui est « loin d’être le cas ».

Amérique du Nord

Les controverses débutèrent aux États-Unis à partir de la découverte en 1957 du site de Lewisville, au Texas. Là furent mis au jour les squelettes de nombreux animaux, dont certaines espèces aujourd'hui disparues (mammouths, glyptodons, camélidés, équidés, cerfs, ours, etc.) avec des pointes de lances du type Clovis. Or tous ces ossements et artéfacts furent datés par le carbone 14 de 38 000 ans. Cette estimation fut largement rejetée à l'époque par les scientifiques américains, d'autant que les pointes de lances étaient bien considérées comme de type Clovis. D'autres expertises de datation effectuées en 1963 confirmèrent la date avancée initialement. Enfin, en 1978 puis en 1980, Dennis Stanford de la Smithsonian Institution, aidé de deux ingénieurs de l'Armée américaine, annoncèrent parallèlement une date de 37 000 à 38 000 ans. Néanmoins, la présence de graines de micocoulier correspond à un cycle de chasse et une occupation humaine du site remontant à l'ère Clovis, il y a environ 12 800 à 13 000 ans. Le site de Debra L. Friedkin également au Texas a livré une industrie lithique datée de 15 500 ans.

Au Nord-Ouest des États-Unis, dans la grotte de Paisley Cave, des coprolithes humains plus anciens que l'époque Clovis ont été mis au jour en 2008. Ces excréments fossiles seraient vieux de 14 000 ans, selon la datation par le carbone 14 réalisée par des chercheurs de l'Université de l'Oregon, qui ont étudié les restes d'ADN qu'ils contenaient, en collaboration avec une équipe danoise de l'Université de Copenhague. Cet ADN serait en rapport avec celui des Amérindiens modernes, ce qui laisse penser que ces populations étaient déjà là avant la naissance présumée de la culture Clovis.

Les sites de Old Crow et des grottes de Bluefish, dans le Yukon (Canada), ont d'abord été estimés à plus de 26 000 ans. Un nouvel examen du site de Bluefish en 2017 a livré un âge de 24 000 ans, illustrant peut-être l'hypothèse du « statu quo béringien », hypothèse selon laquelle les ancêtres des Amérindiens seraient restés des milliers d'années en Alaska et dans le Nord canadien pendant le dernier maximum glaciaire, avant de peupler un peu plus tard le reste des Amériques.

En 2017 a été découvert sur Triquet Island (Colombie-Britannique) un site d'occupation humaine daté de 14 000 ans.

Dans l'Est des États-Unis :

  • Un campement situé près de Pittsburgh, le site de Meadowcroft, dans le sud-ouest de la Pennsylvanie, a été fouillé par James Adovasio : des lames et des nucléus ont été datés de 16 000 à 19 000 ans. Cette datation demeure controversée.
  • Le site de Cactus Hill, en Virginie, a livré des pointes comparables à celles des Solutréens, datées de 19 000 ans, mais la datation reste controversée.
  • Le site de Topper, en Caroline du Sud, daterait de plus de 20 000 ans, voire 50 000 ans, selon les analyses effectuées par l'archéologue Albert Goodyear en 2004. Cette datation, comme les deux précédentes, demeure contestée.

À la grotte du Pendejo, au Nouveau-Mexique, et à la grotte de Sandia, au Nouveau-Mexique, sont attribuées des datations respectivement de 35 000 à 55 000 ans, et de 25 000 à 30 000 ans. Celles-ci sont également contestées.

Amérique centrale

L'étude de plusieurs sites mexicains (Cerro Toluquilla, Hueyatlaco, El Cedral, Baja California) a livré des datations de vestiges archéologiques proches de 40 000 ans.

Selon une étude publiée en juillet 2020 dans Nature par l'archéologue Ciprian Ardelean de l'université autonome de Zacatecas, concernant la grotte de Chiquihuite, un site fouillé depuis 2012 dans l'État de Zacatecas au Mexique, l’humanité se serait installée en Amérique il y a environ 32 000 ans avant présent. L'étude se base sur les résultats d'une datation par le carbone 14 d'outils en pierre retrouvés dans la grotte. Les plus anciens auraient entre 31 000 et 33 000 ans. De plus, le site de Chiquihuite aurait été occupé pendant plus de 20 000 ans. Gizmodo Ben Potter, un archéologue affilié au Centre d’études arctiques de l’Université de Liaocheng en Chine, tout en considérant que la datation des couches semble exacte, « n'est pas convaincu pour le moment que cela représente une présence humaine précoce ». Il précise également qu'il est possible que ces pièces ne soient pas des outils en pierre, mais des géofacts – des formations de pierre naturelle qui sont difficiles à distinguer des artefacts fabriqués par l’homme.

Si ces résultats étaient confirmés, cela ferait remonter le peuplement de l'Amérique aux alentours de 32 000 ans, soit deux fois plus que l'hypothèse la plus communément admise jusque-là.

Amérique du Sud

Le site de la grotte de Pedra Furada, dans le parc national de la Serra da Capivara, située au sud-est de l'État du Piauí (centre du Brésil), connu pour ses peintures rupestres, a livré des charbons de bois fossiles datés de près de 60 000 ans, mais leur origine naturelle ou anthropique est difficile à départager.

Dans les années 1980, la préhistorienne brésilienne Niède Guidon découvrit au pied des falaises de la Serra de Capivara des galets taillés de main d’homme, qui dateraient de 32 000 ans. Cette découverte, et sa publication dans Nature, ont suscité une polémique dans le monde archéologique. Les analyses entreprises en 2014 sous la direction d'Éric Boëda ont semblé confirmer ces résultats.

Le site de Monte Verde II, au Chili a été daté en 2015 de 18 500 ans par le chercheur américain Tom Dillehay, qui envisage dans la même étude pour le site de Monte Verde I, fouillé plus récemment, une datation d'environ 33 000 ans.

Datations hypothétiques

En 2017 furent publiés les résultats de la datation d'os de mastodontes découverts sur le site Cerutti Mastodon, situé dans le comté de San Diego (Californie), des os qui auraient pu être brisés intentionnellement. L'étude estime leur âge à 130 700 ans, alors que la dernière sortie d'Afrique de l'Homme moderne est datée par les analyses génétiques d'environ 55 000 ans, et que les seul fossiles humains jamais trouvés en Amérique sont des restes d'Homme moderne.

Apports de la génétique

Les études de paléogénétique publiées depuis 2015 ont prouvé l'origine paléoindienne de tous les fossiles humains trouvés sur le continent américain et ayant livré de l'ADN exploitable, datés pour les plus anciens de près de 13 000 ans avant le présent. Mais ces études ne préjugent pas de l'origine de fossiles humains éventuellement plus anciens qui restent à découvrir.

Source : Wikipedia

jeudi 28 janvier 2021

Les premiers Hommes sont arrivés en Amérique avec leurs chiens

Une nouvelle étude révèle que les premiers humains, qui ont colonisé le continent américain par le nord, ont traversé le détroit de Béring en compagnie de leur chien.

Le chien est le meilleur ami de l'être humain depuis des milliers d'années et les scientifiques tentent de retracer les grandes étapes de leur histoire commune. Une nouvelle étude génétique et archéologique menée dans plusieurs universités européennes et américaines montre que, lorsque les premiers humains ont posé le pied en Amérique, ils étaient accompagnés de leurs chiens. Elle a été publiée dans PNAS le 25 janvier 2021.

Les premiers chiens domestiqués en Sibérie

Les scientifiques ont réalisé des analyses génétiques sur des restes humains et canins dans plusieurs régions : la Sibérie, la Béringie, la bande de terre ferme entre la Sibérie et l'Alaska qui a servi de porte d'entrée en Amérique pour les humains -- aujourd'hui, le détroit de Béring --, et l'Amérique du Nord. Il apparaît que les premiers loups, ancêtres des chiens, ont été domestiqués en Sibérie, il y a environ 23.000 ans durant le dernier maximum glaciaire. Une autre étude, parue en 2020, a placé le début de la domestication du loup un peu plus en arrière dans le temps, il y a au minimum 28.500 ans.

« Les preuves combinées provenant des restes d'humains et de chiens nous aident à affiner notre compréhension de la longue histoire des chiens, et elles pointent désormais la Sibérie et le nord-est de l'Asie comme la région où sa domestication a commencé », explique Greger Larson, un paléogénéticien de l'université d'Oxford.

Une présence opportuniste et des intérêts communs

À cette période, où les conditions climatiques étaient très rudes, les loups gris (Canis lupus) et les Hommes convoitaient les mêmes proies. Ils se seraient alors progressivement rapprochés, profitant des butins de chasse des uns et des autres. La place du loup a pris plus d'importance dans les sociétés humaines, jusqu'à devenir un allié précieux. En vivant ainsi près des humains, les loups ont été progressivement domestiqués jusqu'à devenir une nouvelle sous-espèce, Canis lupus familiaris, le chien.

Ainsi, ils ont suivi leurs maîtres dans leur voyage jusqu'au nord de l'Amérique. Il y a 15.000 ans, ils auraient franchi le détroit de Béring avec eux, et les auraient suivi dans leur colonisation rapide du continent américain. « Les chiens qui les ont accompagnés, alors qu'ils arrivaient dans un monde totalement nouveau, faisaient peut-être partie de leur culture autant que les outils en pierre qu'ils portaient », conclut David Meltzer, anthropologue à l'Université de Dallas.

Source : Futura Sciences du 26/01/2021

mardi 8 décembre 2020

“La Chapelle Sixtine des anciens” : des dessins préhistoriques découverts en Amazonie

C’est une découverte majeure qu’a faite un groupe d’archéologues britanno-colombiens en plein cœur de la forêt Amazonienne. Des milliers de dessins peints durant la préhistoire ont été mis au jour. Ils seront relevés au public prochainement dans un documentaire.

C’est dans le parc national de Chiribiquete, non loin de la capitale colombienne, qu’une équipe d’archéologue a découvert, l’année dernière, l’impensable. Sur les parois des falaises, huit kilomètres murs, couverts de peintures préhistoriques, les attendaient. Une œuvre magistrale qui a été renommée “la Chapelle Sixtine des anciens.”

Peintes avec des pigments rouge vif et orange, ses esquisses sont le témoignage artistique mais surtout historique des premiers hommes de la région. Situés parfois à des hauteurs extrêmes, on découvre des dessins de scènes de la vie quotidienne comme la chasse ou la cueillette, mais aussi des figures humaines et l’empreinte de leurs mains. Les animaux peints, comme le mastodonte, un parent préhistorique de l’éléphant disparu durant la période de l’ère glaciaire, permettent de dater les dessins d’au moins 12 000 ans.

Même si les archéologues ne peuvent pas encore formellement attribuer ces peintures rupestres à un groupe en particulier, ils pensent qu’elles ont été faites par l’une des deux principales tribus indigènes présentes en Amazonie depuis des milliers d’années : les Yanomami et les Kayapo. Ces tribus seraient des descendants de la première vague de migrants sibériens, qui auraient rejoint l’Amazonie par le pont terrestre de Béring, il y 17 000 ans.

L’équipe à l’origine de cette découverte est composée d’archéologues de l’Université Nationale de Colombie et de l’Université d’Exeter, en Angleterre. Elle a été financée par le Conseil Européen de la Recherche dans le cadre du projet Last Journey, qui a pour but de déterminer à quel moment les premiers Hommes se sont installés en Amazonie et quel a été leur impact sur la biodiversité de la région.

Une telle découverte récompense beaucoup d’années de travail et de courage. Le site étant vraiment en plein cœur de la Colombie, il a fallu que l’équipe de recherche conduise deux heures dans la forêt avant de continuer à pied pendant quatre heures pour l’atteindre. Au cours de leur escapade périlleuse, les archéologues se retrouvés nez-à-nez avec certains des prédateurs les plus dangereux de la région. Ils se souviennent par exemple de leur rencontre avec “le maître de la brousse”, la vipère la plus meurtrière d’Amérique. La seule option pour l’équipe était de passer devant le serpent en priant très fort pour ne pas être attaqués, parce qu’ils savaient que s’ils se faisaient mordre, il y avait très peu de chance d’arriver à temps à l’hôpital.

Mais les risques encourus valaient tous le coup, d’après le professeur Jose Iriarte, à la tête de l’expédition. Il a partagé son émotion au magazine The Observer : ” Quand vous êtes là, vos émotions coulent… Nous parlons de plusieurs dizaines de milliers de peintures. Il faudra des générations pour les enregistrer… À chaque tour que vous faites, c’est un nouveau mur de peintures. “ L’archéologue est d’ailleurs convaincu que la région n’a pas encore dévoilée tous ses secrets et il espère pouvoir reprendre les fouilles avec son équipe dès que la pandémie se sera un peu calmée.

Si cette trouvaille a été gardée secrète jusqu’à maintenant c’est parce qu’elle va faire l’objet d’une série documentaire inédite. Intitulée “Jungle Mystery : Lost Kingdom of Amazon”, la série sera disponible sur la chaine britannique Channel 4 à partir du mois de décembre.

“La Chapelle Sixtine des anciens” est une découverte fascinante, pleine de secrets, qui devrait occuper les archéologues sur place probablement pour quelques années encore.

Source : Beware du 02/12/2020

samedi 5 décembre 2020

Une « Chapelle Sixtine des anciens » découverte en Amazonie

Au cœur de la forêt amazonienne, loin de toute civilisation, des milliers de dessins peints durant la préhistoire sont parvenus jusqu'à nous. Découverte par une équipe d'archéologues britanno-colombienne, cette « Chapelle Sixtine des anciens » se dévoilera au monde dans un tout prochain documentaire.

C'est une véritable machine à remonter le temps qui se cachait dans la forêt amazonienne en Colombie. Sur les parois rocheuses de la Serranía de La Lindosa, des archéologues ont découvert plusieurs milliers de dessins, peints avec un pigment rouge vif, qui témoignent de la vie et de la vision du monde des premiers humains à s'établir dans la région. L'ensemble des parois rocheuses décorées a été surnommé « La Chapelle Sixtine des anciens ».

Des dessins vieux de 12.000 ans

Les archéologues de l'Universidad Nacional de Colombia et de l'Université d'Exeter, à l'origine de cette découverte, estiment que ces peintures datent d'entre 12.600 et 11.800 ans. Ils se sont basés sur les animaux peints : des créatures qui ressemblent aux paresseux géants, aux mastodontes ou encore à des camélidés. Ces animaux maintenant éteints composaient la mégafaune du dernier épisode glaciaire. Les peintures décrivent aussi des scènes de chasse, des hommes interagissant avec des plantes ou des animaux, des figures humaines et l'empreinte de leur main.

Certains dessins ont été faits en hauteur, ce qui suggère que leurs auteurs ont sûrement dû fabriquer des échelles avec du bois de la forêt

L'étude du sol a permis aux archéologues d'en savoir un peu plus sur les Hommes qui ont vécu dans ces abris rocheux. Ces communautés ancestrales étaient composées de chasseurs-cueilleurs qui pêchaient dans la rivière située à proximité des abris. Des restes de piranhas, d'alligators, de serpents ou encore de capybaras ont été extraits du sol de l'abri.

Cette découverte a été faite dans le cadre du projet Last Journey qui cherche à savoir quand les premiers Hommes se sont installés en Amazonie et leur impact sur la biodiversité de la région. Elle est détaillée dans une publication parue dans Quartenary International, le 29 avril 2020.

En a. un paresseux géant, en b. un mastodonte, en c. un camélidé, en d. et en e. des chevaux, en f. peut-être un macrauchéniides

Si elle n'est partagée que maintenant, c'est parce qu'elle est le sujet principal d'une série documentaire qui sera présentée sur Channel 4, une chaîne publique britannique, durant le mois de décembre, sous le nom de « Jungle Mystery : Lost Kingdom of Amazon ». Le premier épisode sera diffusé le 5 décembre et le second le 12 décembre.

Source : Futura Sciences du 01/12/2020

dimanche 26 juillet 2020

L'Homme aurait peuplé les Amériques 15 000 ans plus tôt que ce que l'on croyait

La présence humaine semblait impossible dans un lieu aussi aride et isolé que la grotte de Chiquihuite au Mexique. Cependant, des archéologues ont mis au jour des centaines d’outils en pierre qui risquent de changer toutes les estimations pré-établies.

Lorsque les chercheurs ont foulé pour la première fois le sol d’une grotte située dans les montagnes désertiques du Mexique, ils voulaient essayer de savoir à quoi ressemblait cet environnement il y a des milliers d’années. Ils y ont fait une découverte incroyable : une ancienne pointe de lance qui les a poussés à mener des travaux de fouille pendant une décennie. De quoi réécrire l’histoire des Amériques.

Selon une étude publiée dans la revue Nature, le peuplement de l’Amérique du Nord remonterait à 30 000 ans et serait donc deux fois plus ancien qu’estimé jusqu’ici.

Quand est-ce que les êtres humains ont commencé à peupler les Amériques ? Cette question fait l’objet de débats longs de plus d’un siècle. Selon la thèse la plus communément acceptée, la présence humaine remonterait à 13 500 ans. Cependant, les découvertes récentes des archéologues ne font que chambouler ces estimations. Certains disent même avoir détecté des signes d’occupation humaine vieux de 30 000 ans. Certes, les résultats des recherches suscitent beaucoup de controverse.

« À ce stade, vous devez absolument avoir les preuves nécessaires pour convaincre », affirme Loren Davis, archéologue à l’université d’État de l’Oregon. « Pour ma part, c’est inévitable. Nous allons continuer de reculer l’âge des premiers peuplements aussi loin que possible. »

En creusant le sol de la grotte à trois mètres de profondeur, le directeur des travaux et auteur principal de l’étude Ciprian Ardelean, archéologue à l’Universidad autonoma de Zacatecas, ainsi que ses collègues chercheurs, ont réussi à déterrer des milliers de pierres qui auraient servi de lames, de pointes de lances et d’éclats. Certains outils sont faits à partir d’un type de calcaire qui n’a pas été retrouvé dans la grotte et y aurait donc été apporté d’ailleurs.

Les archéologues ont également découvert des morceaux de charbon à l’intérieur des couches de sédiments. Bien qu’il soit impossible de déterminer si le matériau brûlé est le fruit de phénomènes naturels ou d’activités humaines, les spécimens ont été datés au carbone sur une fourchette comprise entre 12 000 et 32 000 ans.

Les chercheurs n’ont trouvé aucun reste humain et très peu d’ossements d’animaux. Cependant, ils ont réussi à détecter la présence d’ADN humain dans les couches de sédiments. Impossible cependant de savoir à quelle époque remonte le matériel génétique : anciens peuples ou contamination avec de l’ADN moderne ?

« La grotte de Chiquihuite apporte ne serait-ce que de tout petits indices sur une certaine présence », dit Ardelean qui dirige les travaux de fouille dans la grotte depuis 2011.

Toute personne qui visite la grotte de Chiquihuite aujourd’hui présumerait que les êtres humains n’auraient jamais pu habiter dans un environnement aussi inhospitalier. Ils auraient pourtant bien tort.

Après extraction de pollen et d’ADN des sédiments, les chercheurs ont découvert que les zones environnantes désertes étaient jadis plus fraîches, plus vertes et plus humides. Ils ont même mis en évidence la présence de Pseudotsuga menziesii, un arbre qui n’est désormais plus originaire du Mexique, ainsi qu’un morceau de pierre que les chercheurs pensent être une lame fabriquée par des mains humaines.

Lorsque le maximum glaciaire a été atteint il y a 24 000 ans environ, les alentours de la grotte auraient été couverts de genévriers, de pins, d’épinettes et de sapins parsemés de lacs et de sources thermales. « La région aurait ressemblé à l’Oregon ou à la Colombie-Britannique », certifie Ardelean. « Croyez-moi, vous ne la reconnaîtriez pas du tout. »

Rien n'est gravé dans le marbre

L’âge attribué à la grotte de Chiquihuite ne va pas de pair avec l’idée largement admise qu’une population venue d’Asie aurait traversé un pont terrestre par le détroit de Béring pour atteindre les Amériques durant la dernière grande glaciation (il y a 26 000 à 19 000 ans), alors que l’eau retenue dans les glaciers avait fini par faire baisser le niveau des mers. Pour cela, et pour bien d’autres raisons, les chercheurs qui ont examiné les données fournies dans la revue Nature font preuve de réserve.

Les pierres, qui seraient des outils façonnés par les êtres humains, ont été soigneusement analysées. Si les chercheurs ont démontré que les morceaux proviennent de l’extérieur de la grotte, certains experts remettent en question la nature des matériaux. Ils se demandent s’il s’agit vraiment d’artefacts humains ou s’ils sont le résultat de processus géologiques naturels.

Loren Davis, l’archéologue de l’université d’État de l’Oregon qui dirige les travaux de fouille à Cooper’s Ferry dans l’Idaho, signale que les alentours de la grotte sont propices à la formation de pierres naturellement fracturées qui peuvent accidentellement être confondues avec des artefacts.

« Il faut garder en tête que les êtres humains ne détiennent pas le monopole de la physique requise pour déformer les roches », précise Davis.

L’archéologue est également préoccupé par l’absence d’autres signes de présence humaine dans les dépôts de la grotte, comme les foyers et les ossements d’animaux portant des coupures.

« La liste des objets qu’on s’attend à retrouver dans un tel site est longue. Les chercheurs n’ont en leur possession que quelques morceaux de pierre », indique Davis. « Si on retire les pierres, il ne nous reste rien. » Selon lui, la recherche est certes « intrigante » mais il préfère se montrer prudent.

Le style de fabrication des outils, à savoir la forme particulière des pierres, est des plus surprenants.

« L’assemblage est très différent de tout ce qu’on a pu voir auparavant », explique Tom Dillehay, archéologue à l’université Vanderbilt. « Comment se fait-il qu’on n’ait jamais vu de pièces du genre ? Eh bien, c’est possible. »

Selon des preuves fournies par Dillehay en 1997, les premiers peuples auraient atteint l’Amérique du Sud il y a 14 500 ans, soit 1 000 ans plus tôt que les estimations communément admises. Ses résultats ont suscité beaucoup de controverse avant d’être finalement confirmés.

Dillehay affirme qu’il avait reçu des critiques similaires en lien avec les objets en pierre découverts à Monte Verde. Selon lui, les pointes de lances de Chiquihuite pourraient être les précurseurs d’autres, retrouvées au centre-nord du Mexique.

Cependant, il exprime également des doutes sur l’absence d’évolution des artefacts. Selon la datation au carbone du charbon retrouvé dans le sol, la grotte aurait été utilisée par les êtres humains il y a 20 000 ans environ. Dillehay note que les outils retrouvés à Monte Verde ont connu une évolution remarquable au fil des millénaires alors que, sur une période beaucoup plus longue, les pierres de Chiquihuite n’ont montré aucune évolution au niveau de la technique de fabrication des outils.

Dennis Jenkins, professeur à l’université d’Oregon qui dirige les travaux de fouille dans les grottes de Paisley, s’inquiète que nombre des prétendues lames ne semblent pas particulièrement tranchantes en se basant sur les photos publiées dans la revue Nature. « Certains objets ressemblent cependant à de potentiels artefacts », précise-t-il. Le fait que la pierre provienne de l’extérieur de la grotte renforce la théorie selon laquelle elle aurait été façonnée pour usage humain, dit Jenkins.

Plusieurs autres chercheurs externes contactés par National Geographic ont refusé de se prononcer sur les résultats, proposant plutôt d’entrer en contact avec Michael Waters, directeur du Centre d’études des premiers Américains à l’université A&M du Texas et expert en peuplement des Amériques. Waters a passé l’étude en revue mais a également refusé de donner son avis, demandant plutôt à National Geographic de consulter un article qu’il avait publié dans la revue Science en 2019 et selon lequel les données génétiques et archéologiques ne permettent pas de conclure que les Amériques étaient occupées il y a plus de 17 500 ans.

Prochaines démarches

L’équipe de Chiquihuite est actuellement en train d’élaborer une autre étude et Ardelean est convaincu que les nouvelles données permettront de confirmer leurs résultats. Cependant, Ardelean répète souvent à son équipe que la grotte de Chiquihuite n’est qu’un site parmi tant d’autres qui fournissent des informations plus exhaustives et plus complexes pour déterminer quand et pourquoi les peuples ont atteint les Amériques.

Cette étude montre que nous devons remettre en question ce que nous croyons savoir sur le peuplement des Amériques et, surtout, être ouverts à l’idée qu’il puisse remonter à très, très longtemps », dit Devlin Gandy, archéologue à l’université de Cambridge et membre de l’équipe de Chiquihuite.

Les dates fournies par l’équipe de recherche de Chiquihuite seront « fortement contestées », conclut Jenkins. « Il n’y a aucun doute là-dessus. »

Source : National Geographic du 24/07/2020

samedi 25 juillet 2020

L’histoire humaine du continent américain bien plus ancienne qu’estimée

C’est un chamboulement pour le monde de l’archéologie : remontant à 30 000 ans, le peuplement de l’Amérique du Nord, dernier continent à avoir été occupé par l’homme, serait deux fois plus ancien qu’estimé jusqu’ici, révèlent mercredi deux études.

En fouillant la grotte de Chiquihuite, dans le nord du Mexique, des archéologues ont mis au jour des centaines d’outils en pierre taillée révélant une industrie lithique encore méconnue, remontant jusqu’à 33 000 ans avant notre ère. Ils prouvent que ce site, perché en altitude, fut occupé pendant 20 000 ans, selon deux études publiées dans la revue Nature. « Nos recherches apportent de nouvelles preuves sur une présence ancienne des humains en Amérique », dernier continent à avoir été occupé par l’homme moderne, s’est félicité l’archéologue Ciprian Ardelean, auteur principal de l’une des deux études.

Les plus anciens spécimens ont été datés au radiocarbone (ou carbone 14) sur une fourchette comprise entre 33 000 et 31 000 ans avant notre ère. « Ils sont peu nombreux, mais ils sont bien là », a commenté ce chercheur de l’Universidad autonoma de Zacatecas au Mexique. Ils révèlent une méthode de taille de pierre unique en Amérique, utilisant le débitage en fines lamelles – une technologie avancée qui serait venue d’ailleurs, selon les auteurs. Si aucun os ni ADN humains n’ont été trouvés sur le site, « il est probable que des humains l’ont utilisé comme base assez fixe, sans doute lors d’épisodes saisonniers récurrents dans le cadre de mouvements migratoires plus larges », affirme l’étude.

Les origines de l’arrivée d’Homo sapiens en Amérique – dernier continent peuplé par notre espèce – sont âprement débattues chez les anthropologues et archéologues. Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d’un peuplement provenant de Sibérie orientale, qui aurait franchi un pont terrestre – l’actuel détroit de Béring – pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud.

« Culture Clovis »

Des preuves archéologiques, dont des pointes de lance servant à tuer les mammouths, ont longtemps suggéré un peuplement vieux de 13 500 associé à une culture dite de Clovis – du nom d’une ville de l’Etat du Nouveau Mexique aux Etats-Unis – considérée comme la première culture américaine d’où sont issus les ancêtres des Amérindiens. Ce modèle de la « culture Clovis primitive » est remis en cause depuis 20 ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l’âge des premiers peuplements. Mais seulement jusqu’à 16 000 ans.

Les résultats de ces recherches risquent donc d’être vivement contestés. « Cela arrive dès que quelqu’un trouve des sites plus vieux que 16 000 ans : la première réaction est soit le déni, soit une forte approbation », selon le chercheur qui a commencé à fouiller la grotte en 2012. « Il est clair que des peuplements se trouvaient dans les Amériques bien avant le développement de la culture Clovis », écrit Ruth Gruhn, professeur d’anthropologie à l’Université d’Alberta, dans un commentaire accompagnant les publications.

La seconde étude, des chercheurs ont réussi à dater des échantillons de 42 sites à travers l’Amérique du Nord, utilisant la datation par radiocarbone et par luminescence. Grâce à des modèles statistiques, ils ont démontré une répartition de la présence humaine « avant, pendant et immédiatement après la période du dernier maximum glaciaire », entre 27 000 et 19 000 ans. Cet épisode de glaciation est crucial, car il est communément admis que les calottes glaciaires couvrant à l’époque la plupart du nord du continent ont rendu impossible toute migration humaine venue d’Asie.

« Donc, si des humains se trouvaient là durant cette dernière période glaciaire, c’est forcément parce qu’ils étaient arrivés avant », relève le Pr Ardelean. La présence très ancienne de populations à travers le continent coïncide aussi avec la disparition de la mégafaune nord-américaine, dont les mammouths et autres espèces disparues de dromadaires et de chevaux. « Nos analyses suggèrent que l’expansion généralisée des hommes à travers l’Amérique du Nord a été un facteur clé de l’extinction des grands mammifères terrestres », conclut cette étude.

De nombreuses questions restent en suspens, notamment celle des routes empruntées par les premiers arrivants, soit par le détroit de Béring ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte pacifique, à pied ou par des petites embarcations.

Source : Le Blob du 23/07/2020

vendredi 24 juillet 2020

Le peuplement humain du continent américain serait deux fois plus ancien qu'estimé jusqu'à présent

Deux études majeures sur le peuplement de l'Amérique du Nord révèlent qu'il serait deux fois plus ancien qu'estimé jusqu'à présent.

C'est un chamboulement pour le monde de l'archéologie : remontant à 30.000 ans, le peuplement de l'Amérique du Nord, dernier continent à avoir été occupé par l'Homme, serait deux fois plus ancien qu'estimé jusqu'ici, révèlent mercredi 22 juillet 2020 deux études. En fouillant la grotte de Chiquihuite, dans le nord du Mexique, des archéologues ont mis au jour des centaines d'outils en pierre taillée révélant une industrie lithique encore méconnue, remontant jusqu'à 33.000 ans avant notre ère. Ils prouvent que ce site, perché en altitude, fut occupé pendant 20.000 ans, selon deux études publiées dans la revue Nature.

"Ils sont peu nombreux, mais ils sont bien là"

"Nos recherches apportent de nouvelles preuves sur une présence ancienne des humains en Amérique", dernier continent à avoir été occupé par l'Homme moderne, s'est félicité auprès de l'AFP l'archéologue Ciprian Ardelean, auteur principal de l'une des deux études. Les plus anciens spécimens ont été datés au radiocarbone (ou carbone 14) sur une fourchette comprise entre 33.000 et 31.000 ans avant notre ère. "Ils sont peu nombreux, mais ils sont bien là", a commenté ce chercheur de l'Universidad autonoma de Zacatecas au Mexique. Ils révèlent une méthode de taille de pierre unique en Amérique, utilisant le débitage en fines lamelles - une technologie avancée qui serait venue d'ailleurs, selon les auteurs.

Si aucun os ni ADN humains n'ont été trouvés sur le site, "il est probable que des humains l'aient utilisé comme base assez fixe, sans doute lors d'épisodes saisonniers récurrents dans le cadre de mouvements migratoires plus larges", affirme l'étude. Les origines de l'arrivée d'Homo sapiens en Amérique - dernier continent peuplé par notre espèce - sont âprement débattues chez les anthropologues et archéologues. Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d'un peuplement provenant de Sibérie orientale, qui aurait franchi un pont terrestre - l'actuel détroit de Bering - pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud.

La "Culture Clovis"

Des preuves archéologiques, dont des pointes de lance servant à tuer les mammouths, ont longtemps suggéré un peuplement vieux de 13.500 associé à une culture dite de Clovis - du nom d'une ville de l'Etat du Nouveau-Mexique aux Etats-Unis - considérée comme la première culture américaine d'où sont issus les ancêtres des Amérindiens. Ce modèle de la "culture Clovis primitive" est remis en cause depuis 20 ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l'âge des premiers peuplements. Mais seulement jusqu'à 16.000 ans.

Les résultats de ces recherches risquent donc d'être vivement contestés. "Cela arrive dès que quelqu'un trouve des sites plus vieux que 16.000 ans : la première réaction est soit le déni, soit une forte approbation", selon le chercheur qui a commencé à fouiller la grotte en 2012. "Il est clair que des peuplements se trouvaient dans les Amériques bien avant le développement de la culture Clovis", écrit Ruth Gruhn, professeur d'anthropologie à l'Université d'Alberta, dans un commentaire accompagnant les publications.

Un peuple déjà là durant la dernière période glaciaire

Dans la seconde étude, des chercheurs ont réussi à dater des échantillons de 42 sites à travers l'Amérique du Nord, utilisant la datation par radiocarbone et par luminescence. Grâce à des modèles statistiques, ils ont démontré une répartition de la présence humaine "avant, pendant et immédiatement après la période du dernier maximum glaciaire", entre 27.000 et 19.000 ans. Cet épisode de glaciation est crucial, car il est communément admis que les calottes glaciaires couvrant à l'époque la plupart du nord du continent ont rendu impossible toute migration humaine venue d'Asie.

"Donc, si des humains se trouvaient là durant cette dernière période glaciaire, c'est forcément parce qu'ils étaient arrivés avant", relève le Pr Ardelean. La présence très ancienne de populations à travers le continent coïncide aussi avec la disparition de la mégafaune nord-américaine, dont les mammouths et autres espèces disparues de dromadaires et de chevaux. "Nos analyses suggèrent que l'expansion généralisée des Hommes à travers l'Amérique du Nord a été un facteur clé de l'extinction des grands mammifères terrestres", conclut cette étude. De nombreuses questions restent en suspens, notamment celle des routes empruntées par les premiers arrivants, soit par le détroit de Bering ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte pacifique, à pied ou par des petites embarcations.

Source : Sciences et Avenir du 23/07/2020

Des découvertes archéologiques font reculer de 15 000 ans l'arrivée des premiers hommes sur le continent américain

Des archéologues ont mis au jour des centaines d'outils en pierre taillée dans une grotte située dans le nord du Mexique. Ils révèlent l'existence d'une industrie lithique remontant jusqu'à 33 000 ans avant notre ère.  

C'est un chamboulement pour le monde de l'archéologie. Remontant en réalité à 30 000 ans, le peuplement de l'Amérique du Nord, dernier continent à avoir été occupé par l'homme, serait deux fois plus ancien qu'estimé jusqu'ici, révèlent mercredi 22 juillet deux études. 

 

En fouillant la grotte de Chiquihuite, dans le nord du Mexique, des archéologues ont mis au jour des centaines d'outils en pierre taillée révélant une industrie lithique encore méconnue, remontant jusqu'à 33 000 ans avant notre ère. Ils prouvent en outre que ce site, perché en altitude, fut occupé pendant 20 000 ans, selon deux études publiées dans la revue Nature (articles en anglais). 

 

Les plus anciens spécimens ont été datés au radiocarbone (ou carbone 14) sur une fourchette comprise entre 33 000 et 31 000 ans avant notre ère. "Ils sont peu nombreux, mais ils sont bien là", a commenté Ciprian Ardelean, auteur principal de l'une des deux études. 

 

Polémiques à venir chez les chercheurs 

 

Les origines de l'arrivée d'homo sapiens en Amérique sont âprement débattues chez les anthropologues et archéologues. Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d'un peuplement provenant de Sibérie orientale, qui aurait franchi un pont terrestre (l'actuel détroit de Béring) pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud. 

 

Ce modèle est toutefois remis en cause depuis 20 ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l'âge des premiers peuplements. Mais seulement jusqu'à 16 000 ans pour l'heure. 

 

Les résultats de ces recherches risquent donc d'être vivement contestés. "Cela arrive dès que quelqu'un trouve des sites plus vieux que 16 000 ans : la première réaction est soit le déni, soit une forte approbation", selon Ciprian Ardelean, qui a commencé à fouiller la grotte en 2012. 

 

De nombreuses questions restent en suspens, notamment celle des routes empruntées par les premiers arrivants, soit par le détroit de Béring ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte pacifique, à pied ou par de petites embarcations.

 

Source : FranceInfo du 22/07/2020

mercredi 15 avril 2020

Improbable : des singes auraient traversé l'océan sur des radeaux il y a 34 millions d'années

Quatre petites dents cachées sur le site d'Ucayali, au Pérou. Elles appartiendraient à une nouvelle espèce de singe, éteinte il y a plusieurs millions d'années, dont l'histoire surprenante est racontée dans une étude publiée dans Science. Les chercheurs ont nommé ce singe Ucayalipithecus perdita. Un nom barbare mais plein d'humour. « Ucayali » fait référence à la région de l'Amazonie péruvienne dont proviennent les dents, « pithikos » signifie « singe » en grec, et « perdita »... « Perdu », en latin.

Perdu, c'est le moins que l'on puisse dire. De la taille d'un ouistiti moderne, cette espèce aurait parcouru près de 1.500 kilomètres sur des radeaux de végétation, probablement détachés des côtes par une tempête. Et, en dépit de leur volonté, ils auraient migré de l'Afrique à l'Amérique du Sud. Une véritable épopée.

Les chercheurs estiment que la migration se serait déroulée il y a 34 millions d'années, durant la transition entre l'Éocène et l'Oligocène. « Une période entre deux époques géologiques, lorsque la calotte glaciaire de l'Antarctique a commencé à se constituer et que le niveau de la mer a chuté » détaille Erik Seiffert, coauteur de l'étude, dans un communiqué. « Cela aurait pu jouer un rôle en facilitant un peu la traversée de l'océan Atlantique par ces primates. »

Et ce ne serait pas la première espèce découverte à s'être aventurée par-delà l'océan. Les singes du Nouveau Monde, ou singes platyrrhiniens, ainsi que les rongeurs dits caviomorphes auraient également effectué un périple transatlantique de l'Afrique à l'Amérique du Sud. Ce qui ferait, en tout, trois espèces de mammifères.

« La chose qui me frappe dans cette étude [...] est à quel point tout cela est improbable » s'émerveille Erik Steiffert. « Le fait qu'il s'agisse de ce site isolé au milieu de nulle part, que les chances de trouver ces pièces soient extrêmement faibles, au fait que nous révélions ce voyage très improbable qui a été fait par ces premiers singes, c'est tout à fait remarquable. »

Source : Futura Sciences du 14/04/2020

lundi 13 avril 2020

Il y a 32 millions d’années, des singes ont rejoint l’Amérique du Sud en radeau

Des dents fossilisées découvertes au Pérou fournissent de nouvelles preuves que des singes ont traversé l’océan Atlantique depuis l’Afrique pour finalement rejoindre l’Amérique du Sud.

Nous savons qu’il y a entre 35 et 40 millions d’années, les ancêtres des singes sud-américains modernes sont arrivés une première fois dans le Nouveau Monde, flottant à travers l’océan Atlantique sur des tapis de végétation. Mais, selon une nouvelle étude, ils n’ont pas été les seuls à faire le voyage. Quatre nouvelles dents fossilisées découvertes sur le même site, dans les profondeurs de l’Amazonie péruvienne, suggèrent en effet qu’une autre famille de primates a effectué la même traversée quelques millions d’années plus tard.

Ces dents, retrouvées sur les rives du Río Yurúa, près de la frontière du Pérou et du Brésil, appartenaient à un groupe de singes disparu appelé parapithécides. L’espèce, nouvelle pour la science, vient d’être baptisée Ucayalipithecus perdita. Physiquement, expliquent les chercheurs, ces primates ressemblaient probablement aux ouistitis modernes.

Un monde bien différent

Sur la base de l’âge du site et de la proximité d’Ucayalipithecus avec ses parents fossiles retrouvés en Égypte, les paléontologues estiment que la migration a dû se produire il y a environ 32 millions d’années.

Bien évidemment, rien de tout ça n’était intentionnel. Ces primates n’ont pas fabriqué eux-mêmes les radeaux. Les structures, formées naturellement au niveau des côtes, se sont probablement détachées lors d’une tempête alors que les primates évoluaient dessus.

Le monde était également très différent à l’époque. C’est en effet durant cette période que s’est produite la Grande Coupure Éocène-Oligocène, un événement climatique et paléontologique qui, entre autres conséquences, a favorisé la formation de la calotte glaciaire de l’Antarctique. De ce fait, le niveau marin a considérablement baissé, probablement de plus de 50 mètres. De quoi faciliter les communications entre les continents africain et sud-américain, et donc le mélange d’espèces.

Ainsi, les singes, expliquent les chercheurs, ont probablement parcouru moins de 1500 km en mer, se laissant flotter au gré des courants. C’est environ un quart de la distance actuelle séparant le probable point de départ de ce voyage et l’arrivée. On imagine que, malgré tout, la traversée a dû être pénible.

« Il s’agit d’une découverte tout à fait unique, a déclaré Erik Seiffert, de l’Université de Californie du Sud (États-Unis). Cela montre qu’en plus des premiers singes du Nouveau Monde et d’un groupe de rongeurs connus sous le nom de caviomorphes, il y a cette troisième lignée de mammifères qui a, en quelque sorte, fait ce voyage transatlantique très improbable pour aller de l’Afrique vers l’Amérique du Sud ».

Source : SciencPost du 11/04/2020

jeudi 6 février 2020

Les premiers Américains plus diversifiés qu'on ne le pensait

L'analyse de plusieurs crânes préhistoriques recueillis au fil des ans dans des grottes submergées au large du Mexique, suggère que les premiers humains qui peuplaient l'Amérique du Nord étaient beaucoup plus diversifiés qu'on ne l’imaginait jusque-là.

Depuis des années, anthropologues, généticiens et archéologues se divisent sur la question du peuplement du continent américain : quand les premiers humains sont-ils arrivés ? Par quelles voies ? Ou encore, de quelle façon ? Un cortège d'interrogations et de théories divergentes régulièrement remises en cause. Longtemps, la thèse dominante était que les premiers hommes - des Homo sapiens - à avoir foulé le sol du Nouveau monde étaient arrivés d'Asie il y a environ 14.500 ans. Un dogme périodiquement battu en brèche, puisque des datations plus anciennes sont régulièrement publiées, que ce soit en Amérique du sud, ou en Amérique du nord, où désormais une grande majorité de spécialistes s'accordent sur un passage au moins antérieur ou égal à 20.000 ans. Une autre série de questions concerne les populations. Que sait-on de ces premiers habitants, puisque très peu de squelettes anciens ont été exhumés à ce jour ?

Des lieux de sépulture

Publiée dans la revue Plos One, une nouvelle étude morphologique de crânes préhistoriques trouvés sur le littoral du Mexique suggère ainsi pour la première fois, que les premiers humains à s'être installés en Amérique du Nord auraient en fait été biologiquement plus diversifiés que les scientifiques ne le pensaient jusque-là, attestant ainsi une plus grande variété de populations migrantes. Ces résultats concernent quatre crânes datés de 13.000 à 9.000 ans, recueillis entre 2008 et 2015 à une quarantaine de mètres de profondeur, dans l'un des plus vastes systèmes de grottes sous-marines du monde, des cavernes submergées étalées sur une dizaine de kilomètres entre les villes de Tulum et Playa del Carmen, dans l'État de Quinatana Roo. Aujourd'hui sous les eaux, il y a près de 12.000 ans, à la fin du Pléistocène, le niveau de la mer étant beaucoup plus bas, ces cavités, alors sèches, ont servi de lieux de sépulture aux populations littorales. D'où ces découvertes archéologiques subaquatiques.

Une diversité "étonnamment élevée" parmi ces crânes

Les signataires de l'étude, Mark Hubbe, anthropologue à l'Ohio State University (Colombus, États-Unis), et Alejandro Terrazas Mata, de l’Université nationale autonome du Mexique, en procédant aux examens de ces vestiges osseux, ont ainsi mis en évidence une diversité "étonnamment élevée" parmi ces crânes. Pour ce faire, ils ont effectué des analyses tomodensitométriques (CT) afin d’en recréer les images numériques 3D, puis ont procédé à des mesures anatomiques, qu’ils ont ensuite comparées à d’autres populations de référence à travers le monde. "Si le crâne le plus ancien (Naharon) présentait de fortes similitudes morphologiques avec les populations de l’arctique nord-américain (Groenland et Alaska), le deuxième crâne le plus ancien (El Pit 1) a montré des affinités avec des populations modernes européennes, alors que le troisième (Las Palmas) était plus proche de groupes asiatiques et amérindiens; le dernier crâne (Muknal) est à rapprocher de populations de l'Arctique, en plus de posséder quelques caractéristiques modernes d'Amérique du Sud", a ainsi expliqué Mark Hubbe dans un communiqué.

"Ces résultats sont surprenants si l'on considère que des études antérieures n'ont pas montré ce niveau de diversité morphologique", a alors ajouté l’anthropologue, précisant : "Tous les crânes que nous avons analysés ne ressemblaient pas à ceux d'Amérique du Sud, décrits jusque-là comme assez homogènes". Ces nouvelles données suggèrent donc, toujours selon les signataires de l’article, que les populations initiales qui se sont aventurées d'Asie en Amérique du Nord avaient un niveau élevé de diversité biologique et que, pour une raison quelconque, cette diversité aurait diminué au fur et à mesure que les humains se sont dispersées en Amérique du Sud.

Source : Science et Avenir du 05/02/2020

dimanche 1 septembre 2019

Les Hommes sont arrivés en Amérique plus tôt que ce que l’on pensait

Des artéfacts découverts dans l’Idaho suggèrent que les premiers humains sont arrivés en Amérique il y a 16 000 ans. Et ils sont venus par la mer. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Science.

Il y a environ 16 000 ans, sur les rives d’une rivière de l’ouest de l’Idaho, des humains se sont installés. Ils ont fabriqué des outils, chassé et allumé des feux. Ces activités ont laissé des traces, aujourd’hui retrouvées par une équipe d’anthropologues de l’Oregon State University. Une découverte qui souligne deux choses. La première est que les Hommes sont arrivés en Amérique plus tôt qu’on ne le pensait (les preuves les plus anciennes étaient jusqu’alors datées à 14 000 ans). Et ils ne sont pas arrivés par le détroit de Béring. Mais par la côte Pacifique.

Une arrivée par le fleuve Columbia

Quatre outils en pierre, plus précisément, ont été retrouvés, ainsi qu’une quarantaine d’éclats de pierre résultant de la fabrication de ces outils. Des fragments d’os suggèrent également que des animaux ont été tués et dépecés sur place. Enfin, du charbon de bois et des roches fissurées suggèrent que des feux ont été allumés pour cuire des aliments. Le site est également important – Cooper’s Ferry -, se plaçant à la jonction entre Rock Creek et la Lower Salmon River, un affluent du plus grand bassin du fleuve Columbia. Autrement dit, ce fleuve aurait pu être le point d’entrée qui permit, à l’époque, aux premiers humains d’arriver.

« Au départ, les éléments les plus anciens sur lesquels nous tombions dataient principalement de l’âge de 13 000 ans. Les témoignages les plus anciens de présence humaine dans les Amériques, découverts sur d’autres sites, dataient jusqu’alors d’un peu plus de 14 000 ans, explique Loren Davis, principal auteur de l’étude. Quand j’ai vu pour la première fois que la couche archéologique inférieure contenait des âges au radiocarbone âgés de plus de 14 000 ans, j’étais abasourdi. Mais aussi sceptique. Je devais donc répéter encore et encore ces résultats pour être sûr qu’ils étaient corrects. Nous avons donc multiplié les analyses au radiocarbone. La couche inférieure était alors systématiquement datée à entre 14 000 et 16 000 ans ».

Des chasseurs-cueilleurs, habitués des lieux

L’hypothèse du détroit de Béring suggère que les premiers humains sont arrivés en Amérique il y a entre 13 000 et 14 000 ans, la fonte de certains glaciers à l’est de la Russie ayant permis un accès jusqu’en Alaska. Mais ces nouvelles découvertes réfutent cette idée. Les premiers migrants ont visiblement trouvé un autre chemin d’accès (voir ci-dessus). Ils sont arrivés non pas à pied, mais par bateau. Probablement depuis les îles situées autour de la partie nord de la Ceinture de feu, estiment les chercheurs. Les artefacts retrouvés ressemblent en effet étonnamment à ceux retrouvés à l’époque en Asie du Nord-Est.

On apprend également que ces premières populations, arrivées il y a entre 15 300 et 16 600 ans, sont revenues plusieurs fois jusqu’à il y a environ 13 300 ans. Et que ces groupes, composés probablement d’une vingtaine de personnes tout au plus, avaient adopté un mode de vie de chasseurs-cueilleurs.

Source : Sciencepost du 31/08/2019

jeudi 25 octobre 2018

La chapelle sixtine de l'Amazonie

Au cœur de la forêt colombienne, des dessins vieux de plus de 15 000 ans stupéfient les archéologues

Le San José del Guaviare, bourgade en pleine expansion, autrefois lieu d’échange des otages ou de ravitaillement des Farc, il faut plusieurs heures de piste pour arriver chez don José. Sa ferme est bâtie au pied d’un « tepuy », « montagne » en amérindien. Ces formations géologiques tabulaires aux parois abruptes, typiques du bassin amazonien, datent de 1 500 millions d’années. Certaines sont trois fois plus élevées que la tour Eiffel. Depuis ce point de départ, nous empruntons un minuscule sentier que don José ouvre à la machette. « La venue récente de chercheurs et de quelques touristes nous a alertés sur la valeur de ces peintures. Avant, on n’y prêtait pas attention. C’est parce que je chasse le singe les nuits sans lune que je sais où elles se trouvent », m’explique don José.

Mieux vaut rester vigilants dans cette végétation épaisse, haute d’une vingtaine de mètres, avec ses palmiers, ses « arbres-vaches » qui sécrètent le « lait » de caoutchouc. On lève la tête et on découvre un boa, des singes s’agitent, un couple de faucons nous surveille tandis que, dans la chaleur moite, des papillons d’un bleu presque fluorescent nous accompagnent. Une griffe, sur un tronc d’arbre, nous rappelle aussi que les lieux appartiennent aux jaguars. Et puis, en pleine ascension, alors que rien ne le laisse présager, un mural nous surprend par son immensité. Sur une paroi de grès d’une blancheur immaculée, des centaines de peintures de couleur ocre, aux contours précis, se déploient : un cacique au milieu d’hommes qui lui rendent hommage en levant les bras, des femmes enceintes, un couple d’amoureux, des caïmans, des sangliers, un serpent géant doté de mains et de pieds, des cerfs, des lézards, des tortues, des chauves-souris, des figures géométriques mystérieuses… Et ces mains d’enfants, d’adultes, comme autant de signatures d’artistes.

Quelle est la signification de ces scènes ? Une cosmogonie se devine, les interprétations foisonnent : « L’imagination des chercheurs se lâche là où les données scientifiques manquent », observe Stéphen Rostain, directeur de recherche au CNRS. Lui est certain que « les Amérindiens, en dessinant un animal, représentent l’esprit de cet animal ». Le caractère sacré de la zone pour les communautés indiennes, du Pérou jusqu’au Brésil, ne fait pas de doute. « Seuls les anciens, c’est-à-dire les chefs, et les meilleurs guerriers peuvent y venir en pèlerinage pour rendre hommage aux dieux. Les autres n’y vont même pas en pensée. Cela serait un sacrilège », explique Andrés Lopez, de l’Institut colombien d’anthropologie et d’histoire (Icanh).

Andrés Lopez, conseiller du directeur de l’Institut colombien d’anthropologie et d’histoire (Icanh), au pied d’une fresque de 30 mètres de hauteur dans la Lindosa

Pablo Escobar y avait installé son domaine, Tranquilandia, la terre de la tranquillité. Cette région reculée et inhospitalière était idéale pour accueillir son complexe de fabrication de cocaïne : 19 laboratoires, 8 pistes d’aviation planquées dans la jungle… Il ne s’est guère soucié des peintures rupestres millénaires qui se cachent aux alentours. Les Forces armées révolutionnaires de Colombie ne s’y sont pas intéressées davantage. En cinquante ans, la guérilla a pourtant fait 6,9 millions de déplacés, 260 000 morts et 45 000 disparus. Mais elle a épargné la chapelle Sixtine précolombienne.

Le site archéologique de la Lindosa (la Jolie) a été découvert en 1949 par un explorateur français, Alain Gheerbrant. A son retour d’expédition, il raconta : « Je vis à la limite de la civilisation, à l’orée de la grande forêt, une falaise d’un blanc miroitant, haute de 40 mètres, longue de plus de 100 mètres et couverte de centaines de peintures rouges et ocre représentant des animaux, des formes humaines, des motifs géométriques. Cette découverte doit faire l’objet d’une étude particulière. Disons seulement qu’il s’agit d’un site précolombien jusqu’alors inconnu et sans doute des plus riches qui soient en culture primitive de la plaine amazonique » (« L’expédition Orénoque-Amazone », 1952). Il fallait alors quatre mois par voie d’eau, depuis la capitale, pour y arriver. On avait toutes les raisons de préférer oublier cette merveille. Jusqu’à ce que, un jour de 1987, le directeur des parcs nationaux, Carlos Castaño Uribe, survole cette nature vierge. Alors que des vents violents déportent son hélicoptère, il aperçoit des parois peintes. Il organisera une douzaine de repérages par air avant de monter une expédition à une centaine de kilomètres du site de la Lindosa. Après de longues heures d’escalade et d’errements, il tombe sur deux grandes peintures de jaguar. Le soir même, au campement, il voit un jaguar s’approcher : ce manteau rocheux portera le nom de « Refuge du jaguar ».

Des trésors dont personne n'osait imaginer l'existence

Mais on y dénombre d’autres félins et des milliers d’espèces endémiques ou menacées, dont le puma, le tapir, la loutre géante, le hurleur roux ou le lagotriche… « Derrière chaque pierre on trouve une nouvelle espèce ou une nouvelle plante ! » s’exclame Ernesto Montenegro, directeur de l’Icanh, diplômé de l’université de la Sorbonne. Pour que les scientifiques s’y rendent sans risquer leur vie, il a fallu attendre la signature de l’accord de paix historique de 2016 avec les Farc. Alors seulement, ils ont pu mettre au jour des trésors pariétaux dont personne n’osait imaginer l’existence ; 75 000 peintures rupestres sur 50 muraux monumentaux inventoriés sur la Lindora et Chiribiquete ! Le 2 juillet dernier, l’Unesco a déclaré ce dernier patrimoine mondial de l’humanité pour sa valeur culturelle et naturelle. Une première pour l’Amazonie. Et un encouragement pour les biologistes et les archéologues qui mènent des prospections titanesques, compte tenu de l’étendue et des difficultés d’accès.

Détail d’un ensemble de la Lindosa. C’est dans des abris sous roche, au pied des parois, qu’on trouve les fresques préhistoriques

Le seul ensemble accessible à pied est celui de la Lindosa, composé de huit sites disséminés dans la jungle. Ces peintures seraient datées de 14 000 à 12 000 ans avant Jésus-Christ, tandis que celles de la région voisine du Chiribiquete remontraient à – 20 000 ans, c’est-à-dire à la fin du paléolithique. Lors de la dernière glaciation, à la fin du pléistocène (– 110 000 à – 10 000 ans), alors que l’Asie et l’Amérique sont reliées par la glace, des chasseurs-cueilleurs venus de Sibérie passent en Alaska. De là, ils vont coloniser tout un continent. « Ces datations constituent des hypothèses plausibles mais ne relèvent pas de données scientifiques », modère Stéphen Rostain. L’âge des peintures de la grotte de Lascaux est estimé à environ 18 000 ou 17 000 ans avant Jésus-Christ, cette datation ne fait pas non plus l’unanimité. Unique certitude : ce site sacré continue à vivre. Des fragments de roche sur le sol et des restes de feu récemment retrouvés l’attestent. « Des paysans qui avaient déserté les Farc et fuyaient dans la jungle ont aperçu des Indiens en train de peindre. Ils ont essayé de leur parler mais ils ne comprenaient pas leur langue », raconte Andrés Lopez, qui confirme que quatre communautés, non contactées ou en isolement volontaire, y effectuent des rituels. Un jour, des guérilleros ont croisé des Indiens en transhumance. Ils leur ont donné leurs tee-shirts… On les retrouvera morts. Tout contact avec la civilisation représente un risque mortel pour ces communautés. La loi interdit désormais de les approcher.

Les autochtones exfolient la roche pour repeindre dessus avec une terre chauffée, riche en oxyde de fer et en manganèse, qui adhère à la paroi à tel point que la pierre absorbe le pigment. La peinture est d’autant mieux préservée de l’érosion qu’elle est abritée par une végétation tropicale. Reste une énigme : comment ces chasseurs-cueilleurs peuvent-ils peindre à 7 mètres, voire à 30 mètres de hauteur, comme dans le Chiribiquete, alors qu’aucun échafaudage n’a été retrouvé ? L’Icanh, seul représentant de l’Etat sur place, souhaite établir un parc archéologique, un projet de développement socio-économique légal. Il faudra d’abord convaincre les dissidents de la guérilla, qui ont refusé de déposer les armes, de la nécessité de coopérer pour la sauvegarde et la préservation de ce patrimoine.

Une paroi peinte de la Lindosa. Cent kilomètres plus loin, dans le Chiribiquete, on retrouve le même genre de motifs

Pour descendre le Guaviare, affluent de l’Orénoque et principale voie de communication de la région, on emprunte une pirogue. C’est le seul moyen de rejoindre d’autres sites de la Lindosa. L’avocat don Nelson sert d’intermédiaire entre les dissidents des Farc et l’Icanh en charge des explorations scientifiques. C’est avec leur accord, et l’aide d’un ancien cultivateur de coca, don Barnas, que l’on peut s’engouffrer dans la jungle.

Vues aériennes du Chiribiquete avec ses tepuys, une zone effondrée surnommée « le stade » et une cascade dont les eaux rouges évoquent un chaudron diabolique

Du haut du tepuy, on découvre les ravages de la déforestation. Les paysans se sont approprié des terres abandonnées par les guérilleros pour y installer leurs troupeaux. Mais, en pratiquant le brûlis, ils déclenchent des feux. En février dernier, des archéologues n’ont pas réussi à contenir celui qui menaçait des muraux. In extremis, Bogota a envoyé ses Canadair. Cette fois, l’autorisation des rebelles n’a pas été nécessaire. Au sol, c’est plus délicat : « Un archéologue est venu travailler ici avec un détecteur de métal, nous raconte don Barnas. Mais un commandant des dissidents lui a réclamé sa machine pour chercher de l’or ! Il a menacé de le tuer pour qu’il la lui donne. L’archéologue lui a expliqué que c’était un instrument difficile à manier ; il a alors exigé que l’archéologue travaille pour lui… Heureusement, d’autres chercheurs ont trouvé un jeune pour faire marcher la machine. Il n’a pas découvert d’or et le commandant s’est lassé. » Découvrira-t-il un jour qu’il a, à sa portée, mieux que de l’or : des fresques millénaires ? Le patrimoine de l’humanité.

Source : Paris Match du 22/10/2018