vendredi 21 septembre 2012

Lascaux 4 : "C'est une question de préservation du patrimoine"

L'Etat se désengage du projet Lascaux 4, la nouvelle réplique complète de la grotte de Lascaux. La décision a choqué les acteurs du projet, à commencer par Bernard Cazeau, président du Conseil général de Dordogne, qui répond aux questions de Sciences et Avenir.

L’État renonce à participer au financement de Lascaux 4, autrement dit à la construction d’un fac-similé complet de la grotte de Lascaux, au sein du Centre international d’art pariétal de Montignac, en Dordogne, dont l’ouverture est prévue pour 2015.

"Un projet voulu par l'Etat"

Cette décision est motivée par les nécessaires restrictions budgétaires, a expliqué Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, dans une interview publiée par Le Monde (11 septembre 2012). Ces restrictions touchent en premier lieu les projets «annoncés avec légèreté et, pour l’essentiel, non budgétés par l’équipe Sarkozy» ajoute la ministre. Le projet de Lascaux 4 est considéré comme non-prioritaire. La part de l’État est d’environ 15 millions d’euros sur un budget total de 50 millions d’euros.

«C’est un dossier rayé d’un coup de crayon par l’Etat, sans véritable explication» s’insurge Bernard Cazeau, sénateur et président socialiste du Conseil général de la Dordogne - le maître d’œuvre du projet. «S’il y a un projet qui a été voulu, et même initié par l’Etat, c’est bien celui-là, poursuit l’élu. On nous a demandé de sanctuariser la colline de Lascaux, afin de protéger la grotte : c’est une question de préservation du patrimoine».

En effet l’entrée de Lascaux 2, la réplique ouverte au public en 1983, n’est qu’à 350 mètres de la grotte d’origine, sur la même colline, et le va-et-vient des véhicules, la fréquentation intense du site, qui accueille plus de 250.000 personnes par an, est une menace pour la structure fragile de la grotte. «L’objectif est d’éviter ce qui s’est passé à Altamira, en Espagne, explique encore Bernard Cazeau, où une fissure sur le plafond de la grotte a provoqué des infiltrations qui ont lessivé une partie des parois».

Chercher d'autres fonds

Pour «sanctuariser» Lascaux, la solution est de construire une autre réplique en bas de la colline. «On a acheté les terrains, un accord sur le dossier a été conclu en 2008, lorsque Christine Albanel était au ministère de la culture, tout le monde a beaucoup travaillé sur ce dossier» relate le président du Conseil général. Un concours international d’architecte a été lancé, mobilisant les plus grands cabinets comme celui de Jean Nouvel. Les quatre équipes sélectionnées en mai dernier doivent remettre leur projet le 14 septembre et le jury doit se prononcer fin septembre.

«Le projet se fera, avec ou sans l’Etat, martèle Bernard Cazeau. De grandes entreprises sont intéressées, nous trouverons d’autres fonds». Aux côtés d’Alain Rousset, président de la région Aquitaine, Bernard Cazeau a cependant demandé une audience au président de la République François Hollande sur ce dossier.

Nouvelles technologies

Aux enjeux de protection du patrimoine s’ajoute l’importance du projet Lascaux 4 en terme de tourisme pour la région. La grotte de Lascaux, découverte en septembre 1940, reçoit déjà 100.000 visiteurs en 1960. Cette concentration humaine, en plus des travaux d’aménagement, de l’installation d’une climatisation, bouleverse l’équilibre naturel de la grotte. Des algues vertes se développent sur les parois calcaires, puis un voile blanc de calcite, puis des moisissures et des taches noires. Malgré la fermeture de la grotte en 1963, Lascaux est un chef d’œuvre en péril (lire Lascaux, sauvée de justesse, Sciences et Avenir n°750, août 2009). La réplique ouverte en 1983, utilisant des pigments naturels, souffrent des mêmes problèmes de conservation.

Le projet Lascaux 4 prévoit lui une reconstitution avec des techniques toutes différentes. L’Atelier des fac-similés du Périgord a ainsi créé pour l’exposition itinérante Lascaux 3 (1) plusieurs panneaux en mortier acrylique, recouvert d’un voile de calcite, reproduisant l’exact relief de la grotte, grâce à des relevés lasers. La palette des couleurs a été reconstituée à partir des analyses des pigments. Les artistes peintres ont ensuite reproduit les fresques à l’identique, calant leurs traits dans les mêmes creux et bosses que les Magdaléniens, grâce à une projection du dessin sur le relief. Cette technique doit être utilisée pour reproduire l'intégralité de la grotte ornée de Lascaux, près de 20.000 ans après l'oeuvre originale des hommes de Cro-Magnon.

Source : Science et Avenir du 11/09/2012

jeudi 13 septembre 2012

La récupération de l'ADN d’un enfant de Neandertal au sud de la Sibérie

Il s’agit d’une précieuse découverte que viennent de faire des archéologues Russes. Ces derniers avaient découvert en 2008 dans une grotte de Denisova, située dans les montagnes de l'Altaï, les fossiles de deux molaires et une phalange de doigt. Après plusieurs années de recherches et d’analyses, ils ont pu déterminer, grâce à l’ADN relevé, le sexe, les descriptions et l’appartenance de ces fossiles...

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Les restes fossilisés et bien conservés, grâce aux conditions idéales qu’offrait l’intérieur de la grotte, concernent une fillette d'environ 7 ans qui est estimée avoir vécu il y a plus de 50.000 ans de cela. Après analyse de l’ADN, il a été enregistré que la jeune fille avait une peau foncée et des cheveux et yeux bruns. Ces résultats sont les principaux traits dégagés par les analyses génétiques effectuées sur les fossiles.

En 2010, il avait été annoncé que cette dénisovienne appartenait à une branche nouvelle d'hominidés, entre l’Homo sapiens (homme moderne) et l'homme de Neandertal. Elle avait tout d’abord était baptisée « homme de l'Altaï » avant d’opter pour la nomination de « homme de Denisova » en référence à la grotte de la trouvaille.

La nouvelle méthode de séquençage, adoptée par Svante Pääbo et son équipe de l'institut Max Planck, a permis la récupération de 30 fois la quantité d'ADN du noyau cellulaire des restes fossilisés et 99 % de la séquence génétique a été décryptée. La comparaison avec le génome du néandertalien et de l'homme moderne a servi à la de terminaison de l’origine.

Source : Belge Info du 03/09/2012

lundi 10 septembre 2012

Mme Néandertal et M. Homo sapiens n'ont jamais fait caverne commune

La question agite depuis plusieurs années le monde de la paléontologie et celui de la génétique : Homo sapiens a-t-il fait caverne commune avec sa cousine de Néandertal ? Non, viennent de répondre catégoriquement des chercheurs de l'université de Cambridge, en Grande-Bretagne, contredisant ainsi les précédents résultats de la génétique appliquée à la paléontologie.
Selon les travaux de l'équipe d'Andrea Manica, les deux espèces ont effectivement quelques séquences génétiques identiques, mais cette mixité provient de leurs ancêtres africains communs et n'est pas le fruit d'un beau roman d'amour s'étant déroulé au paléolithique.
En analysant les ADN des humains modernes, les chercheurs britanniques arrivent à la conclusion que les similitudes chromosomiques entre les deux (entre 1 et 4 % du génome) sont compatibles avec cette hypothèse. Alors que l'homme de Néandertal (photo) descend d'une première sortie d'Afrique il y a 300.000 ans, Homo sapiens est issu pour sa part d'une migration intervenue il y a 60.000 ans. Ces travaux ont été publiés dans les PNAS.

Source : Les Echos du 03/09/2012

vendredi 7 septembre 2012

Le génome de l'Homme de Denisova livre ses secrets

Des chercheurs ont réussi à décoder le génome de l'Homme de Denisova, un homme primitif qui vivait il y a entre 1 million et 400.000 ans. Ceci leur a permis de comparer son génome à ceux de Néandertaliens et d'Homo Sapiens.

L'Homme de Denisova livre une nouvelle partie de ses mystères. Dans la revue Science parue jeudi, des chercheurs annoncent en effet être parvenus à fournir un élément de plus au sujet de cet hominidé primitif et pas des moindres : son génome entièrement décodé. C'est à partir d'un échantillon d'ADN microscopique prélevé sur un os vieux d'environ 80.000 ans que les scientifiques ont mené leurs travaux dont ils avaient en vérité déjà annoncé la fin en février dernier. Mais la tâche n'était pas simple dans la mesure où les restes fossiles de l'Homme de Denisova sont extrêmement rares.

Aujourd'hui, ils se réduisent à des fragments d'une phalange d'auriculaire appartenant à une fillette d'environ sept ans, découverts en 2010 à proximité d'une dent dans une grotte du sud de la Sibérie. Aussi, pour décoder son génome, Svante Pääbo, de l'Institut Max Planck de Leipzig et son équipe ont inventé une technique leur permettant de démêler la double hélice de l'ADN pour en analyser séparément chacun des brins. Un séquençage tellement précis qu'il a pu être comparé avec celui de onze hommes modernes (Homo sapiens) de différentes parties du monde et celui du Néandertal. "Ce décryptage d'un génome éteint atteint une précision sans précédent", assure ainsi Matthias Meyer, auteur principal de l'étude cité par l'AFP.

Mieux encore, "pour la majorité du génome, nous avons même pu déterminer les différences entre les deux jeux de chromosomes que la fillette denisovienne a hérité de son père d'une part et de sa mère d'autre part", souligne-t-il. Grâce à cela, les scientifiques ont pu constater que la diversité génétique existant chez les Denisoviens était beaucoup plus faible que celle qui existe actuellement chez les humains. Ce phénomène est probablement dû au fait que leur population initiale était restreinte et qu'elle a rapidement augmenté au fur et à mesure qu'elle s'étendait sur une vaste zone géographique, de la Sibérie au Pacifique sud, explique les chercheurs.

Du génome denisovien chez certaines populations d'Asie du sud-est

D'après les observations décrites, les Denisoviens étaient notamment porteurs de matériel génétique aujourd'hui associé avec une peau sombre, des cheveux bruns et des yeux marrons. "Si les recherches à venir sur le génome du Néandertal montrent que leur population a évolué de manière similaire, il est fort possible qu'une seule et même population ayant quitté l'Afrique ait donné naissance à la fois aux Denisoviens et aux Néandertals", estime Svante Pääbo, pionnier suédois de l'exploration de l'ADN ancien. Grâce à ce nouveau matériel, les chercheurs ont été en mesure de dater la divergence entre les populations de Denisoviens et d'hommes modernes entre 170.000 et 700.000 ans. En outre, ils ont daté la phalange retrouvée en Sibérie à de 74.000 à 82.000 ans.

Mais ce n'est pas tout puisque le décodage du génome a également confirmé que les Denisoviens ont contribué au génome des populations des Mélanésiens, aborigènes australiens et autres habitants actuels des îles d'Asie du sud-est, en particulier chez les Papous de Nouvelle-Guinée. Selon les calculs et les comparaisons faites, 6% du génome des Papous provient de ces hominidés, vraisemblablement par le biais de croisements entre des Denisoviens et des Homo sapiens. On en retrouve aussi des traces chez tous les Eurasiens, mais aucune chez les Africains.

Enfin, l'analyse a également permis aux scientifiques d'identifier quelque 100.000 changements survenus dans le génome humain après la séparation d'avec les Denisoviens. Des observations d'autant plus importantes que certaines de ces modifications affectent les gènes associés aux fonctions cérébrales et au développement du système nerveux. "Ces recherches aideront à comprendre comment les populations humaines modernes ont pu augmenter considérablement leur taille et leur complexité culturelle tandis que les humains archaïques ont fini par décliner puis s'éteindre", relève ainsi M. Pääbo.

 Source : MaxiSciences du 31/08/2012

mercredi 5 septembre 2012

Le génome d'un cousin de Neandertal décrypté

Les conditions exceptionnelles de conservation à l'intérieur de la grotte ont permis de récupérer de l'ADN.

Les archéologues russes qui ont découvert, en 2008, dans la grotte de Denisova, dans les montagnes de l'Altaï, au sud de la Sibérie, deux molaires et une phalange de doigt fossilisées, ne se doutaient sans doute pas de l'importance de leur trouvaille. L'occupation humaine sur le site a apparemment démarré il y a 280.000 ans, mais les fossiles en question dateraient, eux, d'entre 80.000 et 50.000 ans.

Après examen, la phalange s'est révélée être celle d'une enfant d'environ 7 ans. Les conditions exceptionnelles de conservation à l'intérieur de la grotte ont permis de récupérer de l'ADN. Et en 2010, son analyse génétique montrait qu'elle appartenait à une branche d'hominidés nouvelle, distincte de l'homme moderne (Homo sapiens) et aussi de l'homme de Neandertal. D'abord appelé homme de l'Altaï, il devint homme de Denisova, représentant des dénisoviens. Aujourd'hui, la même équipe de l'institut Max Planck, dirigée par Svante Pääbo, vient de procéder à l'analyse précise des gènes de ces dénisoviens (publiée dans la revue Science). Avec des résultats étonnants.

Cheveux et yeux bruns

Mais d'abord la performance technique. Car, grâce à une nouvelle méthode de séquençage beaucoup plus efficace que les précédentes, les chercheurs ont pu obtenir 30 fois la quantité d'ADN du noyau cellulaire et ainsi décrypter 99 % de la séquence du génome dénisovien. Ce qui a permis de le comparer avec ceux du néandertalien et de l'homme moderne. «Il est vrai que la performance technique est exceptionnelle, confirme Jean-Jacques Hublin, professeur de paléoanthropologie à l'institut Max Planck de Leipzig (Allemagne). Aussi bien par la qualité du séquençage que par la quantité infime de matériel prélevé sur le fossile. Ils n'ont utilisé que 40 milligrammes prélevés sur le fossile! Quand on a commencé à travailler sur de l'ADN très ancien, beaucoup ont eu peur que cela détruise les fossiles. Les technologies actuelles éloignent ce risque de plus en plus.»

Le portrait des dénisoviens se précise. La fillette dont le génome a été examiné portait des gènes en rapport avec une peau foncée, des cheveux et des yeux bruns tels qu'on les retrouve dans les populations actuelles. Ces recherches confirment également que les dénisoviens sont un groupe frère des néandertaliens.

Après l'apparition de leur ancêtre commun en Eurasie, les deux groupes ont été séparés pendant au moins 250.000 ans. Plus tard, il y a quelque 50.000 ans, à l'arrivée en Asie des populations africaines ancêtres de l'homme moderne, les dénisoviens ont contribué à hauteur d'environ 6 % au génome des peuplements de l'Australie et de la Mélanésie. Du matériel génétique néandertalien se retrouve lui aussi en plus faible quantité dans les populations d'Asie, d'Amérique du Sud et d'Europe. Cependant, l'historique et l'ampleur de ces phénomènes d'hybridation entre hommes modernes, néandertaliens et dénisoviens restent encore en débat.

Nouvelles pièces au puzzle

«L'autre information nouvelle apportée par cette étude concerne la démographie de ces groupes estimée par la diversité génétique», explique Jean-Jacques Hublin. Ainsi, il semble que l'effectif des populations dénisoviennes ait été faible. Mais la consanguinité étant exclue, il est possible que leur population se soit accrue sans que la diversité génétique ait eu le temps de se développer. Des recherches en cours du côté des néandertaliens pourraient apporter des nouvelles pièces au puzzle.

Avec ces nouvelles données génétiques, les paléontologues sont en mesure de quitter la simple construction d'arbres généalogiques pour mieux comprendre l'évolution des caractères. «On peut voir grâce à ces travaux que les gènes les plus affectés par l'évolution de la lignée humaine moderne sont directement liés au développement du cerveau et à la mise en place de connexions cérébrales de plus en plus élaborées, estime Jean-Jacques Hublin. Des parties du génome qui régulent l'expression de ces gènes montrent elles aussi des particularités uniques.»

Pour Svante Pääbo, «ce qui est bien, c'est que la liste des gènes identifiés n'est tout de même pas astronomique et que notre groupe de recherche et d'autres pourront probablement analyser la majorité d'entre eux d'ici une décade ou deux.» La suite de l'histoire de ces recherches se fera dans les laboratoires des anthropologues, des généticiens mais aussi avec des chercheurs de fossiles. Sur le terrain ou dans les collections amassées dans les muséums. Car il y a peut-être, dans les vastes tiroirs et caisses de ces institutions, des fossiles dénisoviens qui attendent d'être identifiés… grâce à quelques brins d'ADN fossile.

Source : Le Figaro du 31/08/2012

mardi 4 septembre 2012

Le plus ancien homme moderne asiatique découvert

Une  équipe de recherche internationale a découvert le crâne du plus ancien Homme moderne asiatique connu sur le site de Tam Pa Ling au nord-est du Laos. Cette trouvaille confirme la présence de l'Homme moderne au-delà des 60.000 ans dans la région.

Une équipe internationale de chercheurs, dirigée par Fabrice Demeter du Museum d'Histoire naturelle, vient de mettre à jour un crâne sur le site de Tam Pa Ling, dans  le nord-est du Laos. Loin d'être anecdotique, cette découverte est même cruciale : l'implantation de l'homme moderne en Asie du Sud-est n'avait pu être avérée, jusqu'à maintenant, par l'absence de fossiles l'attestant.
C'est désormais chose faite avec le crâne de Tam Pa Ling, un vestige disposant d'une datation minimum de 46.000 à 51.000 ans BP, alors que la  datation directe par Uranium/Thorium des os indique un âge minimum de 63.000 ans.
Alors qu'il se différencie également des humains archaïques de l’ouest de l’Asie dans ses  caractéristiques temporales, occipitales et dans sa morphologie dentaire, le crâne de Tam Pa Ling affiche une morphologie moderne, notamment au niveau de ses caractères frontaux, occipitaux et maxillaires.
Si la présence d'un tel fossile dans cette partie du Monde est déjà une grande découverte en soi, sa présence conduit également l'évolution de l'implantation de l'Homme moderne sur de nouvelles voies.

Des voies difficiles ont été empruntées

La présence de cet homme moderne à Tam Pa Ling atteste que d'autres voies ont été empruntées par l'homme moderne sur le globe, et non plus que celle qui l'aurait conduit d'Afrique à l'Asie du sud-est, en longeant les côtes : il aurait également enjambé des sentiers beaucoup plus difficiles d'accès, comme la Chaine Annamitique. La datation, elle, confirmant sa sortie de son continent originel vers 70.000 ans BP.
Enfin, l'équipe de Fabrice Demeter estime que, du fait de ce nouveau trajet, et de la présence de ce vestige à cet emplacement, il pourrait être en face de l'un des ancêtres des premiers australiens.

Source : MaxiSciences du 24/08/2012

lundi 3 septembre 2012

Nouvelles réponses sur l'origine du genre Homo

D'où venons-nous? De nouveaux fossiles découverts au Kenya apportent la preuve de la diversité des premiers représentants du genre Homo, auquel appartient l'Homme moderne, selon une étude publiée dans la revue scientifique britannique Nature.

Les nouvelles pièces du puzzle - une face, une mâchoire inférieure complète et une partie d'une seconde mâchoire inférieure - ont été découvertes entre 2007 et 2009 à l'est du lac Turkana par le projet de recherche Koobi Fora (KFRP), dirigé par Meave Leakey et sa fille Louise Leakey.

Ces nouveaux fossiles confirment, disent les auteurs de l'étude, qu'ont co-existé sur le continent africain, il y a près de deux millions d'années, deux espèces distinctes d'Homo erectus, Homo habilis et Homo rudolfensis.

«Il est maintenant clair que deux espèces d'Homo ont vécu en même temps qu'H. erectus», a déclaré Fred Spoor (Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste, Leipzig, Allemagne) qui a dirigé les analyses scientifiques.

«L'évolution humaine n'est manifestement pas la ligne droite» qui a pu être tracée par le passé, a-t-il commenté au cours d'une téléconférence.

Le débat sur le nombre des espèces d'Homo présentes au début du Pléistocène a été ouvert en 1972, avec la découverte par le KFRP d'un crâne connu sous l'appellation «KNM-ER 1470», sur le site de Koobi Fora au Kenya. Ce crâne fut originellement daté à 2,8 millions d'années, avant d'être réévalué à 1,9 million d'années.

Sa taxonomie (classification) est restée controversée ces quatre dernières décennies. Il a d'abord été classé parmi les H. habilis, espèce dont Louis Leakey, beau-père de Meave Leakey, est le co-découvreur, puis attribué au genre Australopithecus et fut enfin à l'origine de la création d'une nouvelle espèce, H. rudolfensis (de lac Rodolphe, ancien nom du lac Turkana).

«Enfin des réponses»

La morphologie de KNM-ER 1470 est inhabituelle, mais les comparaisons étaient rendues difficiles du fait qu'il lui manquait la mâchoire inférieure et les dents. De plus, la découverte restait isolée.

Les trois fossiles mis au jour dans un rayon d'une dizaine de kilomètres autour de la localisation de KNM-ER 1470, qui remontent à entre 1,78 million et 1,95 million d'années, permettent d'en compléter le portrait.

«Ces 40 dernières années, nous avons activement recherché dans la vaste étendue de sédiments autour du lac Turkana des fossiles qui confirment les caractéristiques uniques du visage de KNM-ER 1470 et nous montrent à quoi ses dents et sa mâchoire inférieure auraient ressemblé», a expliqué Meave Leakey. «Nous avons enfin des réponses», a-t-elle ajouté.

«Les nouveaux fossiles vont grandement contribuer à éclairer la manière dont notre branche de l'évolution humaine est apparue et a prospéré il y a près de deux millions d'années», a souligné Fred Spoor.

Des experts estiment que ces résultats montrent bien la complexité de l'évolution humaine, mais restent prudents sur la manière dont ils doivent être interprétés.

Dans un commentaire publié par Nature, Bernard Wood (Université George Washington, Washington, États-Unis) invite à poursuivre les analyses.

«Peut-être ces deux taxons appartenaient-ils à une lignée différente de celle dont H. sapiens est issu ?», s'interroge le paléoanthropologue.

«Ma prédiction est que d'ici à 2064, un siècle après la description par Leakey d'H. habilis, les chercheurs considéreront nos hypothèses actuelles sur cette période de l'évolution humaine comme remarquablement simplistes», conclut-il.

Toutes les espèces du genre Homo sont aujourd'hui éteintes sauf H. sapiens.

Source : La Presse du 09/08/2012

Langues : le français, l’allemand ou le tchèque sont originaires… de Turquie


Les chercheurs ont utilisé les mots apparentés dans les langues indo-européennes - ici le mot mère- pour remonter aux origines géographiques de cette famille de langues.

D'où viennent les langues indo-européennes, parlées du Sri Lanka à l'Islande, à travers toute l'Europe? Une étude empruntant les méthodes des biologistes situe le berceau de ces langues en Anatolie.

De l’Europe de l’Ouest au continent indien, du nord au sud de l’Amérique, des millions de personnes parlent des langues en apparence très différentes appartenant à une même famille, celle des langues indo-européennes. Si les racines unissant le français au bengali, le danois au roumain, le balte à l’islandais, l’espagnol au gallois sont admises par tous les linguistes, la question des origines demeure très débattue. Quel est le berceau de cette famille de langues ? Une nouvelle étude le place en Anatolie, dans l’actuelle Turquie.

Depuis plusieurs décennies, deux hypothèses se font face, mêlant preuves archéologiques et travaux linguistiques.
D’un côté l’hypothèse anatolienne : les premiers indo-européens seraient originaires d'Anatolie, région du Croissant fertile, là où est née l’agriculture. De précédents travaux, tant archéologiques que génétiques, ont montré que la diffusion de l’agriculture s’est faite avec les déplacements des premiers cultivateurs, partis il y a 8.000 à 9.000 ans du Croissant fertile à travers le continent européen (lire L’ADN raconte la diffusion de l’agriculture en Europe).

De l’autre côté, l’hypothèse de la steppe : le foyer indo-européen se trouverait au nord de la mer Noire, du côté de l’actuelle Ukraine, d’où les cavaliers des Kourganes ont déferlé sur l’Europe vers 3.000 avant notre ère.
Étudier les langues comme des virus

Cavaliers ou fermiers ? Même s’ils ne mettent pas fin au débat, les travaux publiés par Quentin Atkinson (University of Auckland, Australie) et ses collègues dans la revue Science du 24 août, fournissent une nouvelle approche méthodologique. Ces chercheurs ont utilisé la même technique que les biologistes qui remontent la piste d’un virus de la grippe, par exemple, à partir des mutations de son matériel génétique.

Ici, l’ADN était remplacé par les mots apparentés, ceux qui sont une origine commune dans plusieurs langues, comme nuit, night, nacht, notte, noche, etc (voir la carte des mots 'trois' et 'eau'). Le rythme d’apparition et de disparition de ces mots apparentés a été analysé comme les taux de mutations dans un code génétique en biologie.

Cette analyse conclut en faveur d’une origine anatolienne des langues indo-européennes. L’expansion de ces langues irait donc de paire avec celle des techniques agricoles plutôt qu’avec une conquête guerrière.






Une grande famille

Les langues indo-européennes forment une très grande famille, regroupant aujourd’hui plus de 400 langages parlés par 3 milliards de personnes. Voici les principaux sous-groupes :
- les langues latines: français, espagnol, roumain, italien, catalan..
- les langues germaniques : anglais, allemand, danois, norvégien, suédois, flamand..
- les langues slaves : russe, serbo-croate, slovaque, tchèque…
- le grec
- les langues indo-iraniennes : hindi-ourdou, bengali, singhalais, panjabi, sanscrit (ancienne langue), persan..
- les langues celtiques : breton, gallois, irlandais…
- les langues baltes

Plusieurs langues parlées en Europe sont des exceptions notables et n’appartiennent pas à cette famille : le basque, le hongrois, le finnois, le lapon et l’estonien.

Source : Sciences et Avenir du 24/08/2012