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vendredi 8 avril 2022

Il y a 8.000 ans, des chasseurs-cueilleurs de la péninsule ibérique ont enterré leurs morts après les avoir momifiés

La momification a certainement été au cours de la Préhistoire un rituel funéraire plus répandu que ce que l'on pensait. On vient d'en identifier les traces les plus anciennes au Portugal.

Pour les anthropologues et les ethnologues, le mode d’inhumation des morts est un marqueur culturel primordial, signalant, entre autres, le degré d’acceptation de la décomposition de l’enveloppe charnelle et la nature de la persistance d’un lien entre les vivants et les défunts. Dans une sépulture, tout est signifiant, son emplacement, la position du corps, les objets qui peuvent l’accompagner, et même les soins qui lui sont apportés avant d’y être déposé. Le plus connu des traitements post mortem témoignant de la volonté de conserver un corps en lui épargnant plus ou moins les outrages du temps est la momification, qui n'a pas été uniquement pratiquée dans l’Égypte antique, car, en réalité, ce rituel funéraire existait bien avant, en Amérique, en Asie et même en Europe.

Les plus anciennes preuves de momification ont été retrouvées au Portugal

Jusqu’à présent, les momies les plus anciennes avaient été découvertes chez les chasseurs-cueilleurs Chinchorro, au nord du Chili ; elles datent d’environ 7.000 ans. Mais une étude publiée dans le European Journal of Archeology par une équipe d’archéologues des universités d’Uppsala et de Linnaeus (Suède) en coopération avec l’université de Lisbonne (Portugal) vient aujourd’hui prouver que le processus était très certainement plus répandu qu’on ne le pensait au cours de la Préhistoire, puisqu’on en trouve trace sur des sites funéraires mésolithiques au Portugal. Comme au Chili, les corps mis au jour dès les années 1960 dans la vallée du Sado, dans le sud-ouest de la péninsule ibérique, ont été inhumés dans des amas de coquillages, mais ils sont plus âgés. Datant de 8.000 ans, ils recèlent les preuves à ce jour les plus anciennes de momification dans le monde.

Des photographies inédites permettent de nouvelles interprétations

Lovée dans le sud-ouest du Portugal, au sud d’Alcácer do Sal, la vallée du Sado est parsemée de sites archéologiques datant de la période mésolithique (9700-5000 avant notre ère). Plusieurs campagnes de fouilles y ont été réalisées dans les années 1960, 1980 et 2010, occasionnant la mise au jour de plus d’une centaine de squelettes âgés de 8.150 à 7.000 ans, retrouvés dans des amas coquilliers. Si la plupart des sépultures exhumées ont déjà été étudiées, la récente découverte, dans les archives personnelles de l’archéologue portugais Manuel Farinha dos Santos (1923-2001), de pellicules photographiques contenant des clichés pris sur place dans les années 1960 vient remettre en cause la manière de comprendre deux de ces sites : Arapouco et Poças de São Bento. En complétant les analyses précédentes par ces documents primordiaux, l’équipe d’archéologues dirigée par Rita Peyroteo-Stjerna de l’université d’Uppsala démontre qu’en l’absence d’une grande partie de la documentation – des plans, des dessins et des photographies réalisés sur le terrain –, les chercheurs étaient loin de disposer de tous les éléments d’interprétation pour expliquer les pratiques mortuaires des groupes de chasseurs-cueilleurs présents dans la région il y a plus de 8.000 ans.

Reconstituer l’état et la position du corps au moment de l’enterrement

Pour arriver à leur conclusion novatrice, les chercheurs ont principalement mis en application les méthodes propres à l’archéothanatologie, qui vise à reconstituer la manière dont le corps a été manipulé post mortem puis enterré, en les corrélant aux résultats d’expériences sur la décomposition des cadavres et la momification menées au Centre de recherche en anthropologie médico-légale (FARF) de l’université du Texas. Grâce aux photographies prises sur les sites d’Arapouco et de Poças de São Bento, ils ont pu analyser la disposition des ossements sur le terrain, en observant en détail "la position, l’orientation et l’inclinaison précises de chacun". Cet examen, combiné aux principes de la décomposition du corps humain après la mort, cherche à reconstituer la position de la dépouille et l’état dans lequel elle se trouvait au moment de l’inhumation.

Source : Sciences et Avenir du 06/04/2022

jeudi 17 mars 2022

La plus vieille momie du monde retrouvée au Portugal

Un examen des photos de plusieurs squelettes enterrés il y a 8 000 ans au Portugal prises il y a environ soixante ans suggère que les plus anciennes momies humaines ne viennent pas d'Égypte. En réalité, elles viennent d'Europe. Les détails de l'étude sont publiés dans l'European Journal of Archaeology.

Il y a quelques années, trois rouleaux de film provenant de la fouille de deux sites funéraires mésolithiques dans la vallée du Sado, au sud-ouest du Portugal, ont refait surface. Les deux sites, Arapouco et Poças de S. Bento, avaient été fouillés dans les années 1960 par l'archéologue portugais Manuel Farinha dos Santos. La redécouverte de ces clichés a donc été une occasion unique d'enrichir notre connaissance des pratiques mortuaires de cette époque, il y a environ 8 000 ans.

Dans le cadre de nouveaux travaux, une équipe dirigée par l'archéologue Rita Peyroteo-Stjerna, de l'Université d'Uppsala (Suède), a développé ces images et découvert de nouveaux indices sur treize de ces sépultures. Bien que certains documents et cartes dessinées à la main du site aient été conservés au Musée national d'archéologie de Lisbonne, ces photographies étaient auparavant inconnues.

La plus vieille momie du monde

Après avoir utilisé ces photographies pour reconstituer les sépultures sur les deux sites, les chercheurs ont observé que les os de l'un des squelettes étaient "hyperflexibles". Autrement dit, ses bras et ses jambes avaient été déplacés au-delà de leurs limites naturelles. Pour les auteurs, cela laisse entendre que le corps avait été attaché avec des liens maintenant désintégrés qui ont été resserrés après la mort de l'individu.

Les chercheurs ont également souligné que les os du squelette étaient toujours articulés (maintenus ensemble) après l'enterrement, en particulier les très petits os des pieds. Or, nous savons que ces ossements se désagrègent généralement complètement lorsqu'un corps se décompose.

Enfin, les chercheurs n'ont décelé aucun signe que le sol de l'ancienne tombe s'était déplacé au fur et à mesure que les tissus mous du corps se décomposaient. Ce processus, qui rétrécit le volume du corps, entraîne en effet normalement le remplissage des sédiments environnant. Ici, ce n'était pas le cas, suggérant qu'il n'y avait pas eu de telles décompositions.

Sur la base de tous ces indices, les chercheurs pensent que ce corps a donc bien été momifié. Jusqu'à présent, nous pensions que les procédures élaborées de momification les plus anciennes étaient utilisées dans l'Égypte ancienne, il y a un plus de 4 500 ans.

Faciliter le transport du corps

Concernant la procédure, l'équipe s'est basée sur les résultats d'expériences de décomposition humaine menées au Forensic Anthropology Research Facility, de la Texas State University sur des cadavres récents.

D'après ces analyses, il semblerait que la personne décédée ait été ligotée et probablement placée sur une structure surélevée. Selon les auteurs, cela aurait permis aux fluides de décomposition de s'écouler loin du corps. Il semblerait également que la procédure de momification comprenne l'utilisation du feu pour assécher le cadavre et que les liens se soient resserrés progressivement au fil du temps, conservant son intégrité anatomique tout en augmentant la flexion des membres.

Pour les auteurs, ce processus de momification aurait permis de faciliter le transport du corps avant son enterrement. Plusieurs signes laissent à penser que d'autres corps enterrés sur le site pourraient également avoir été momifiés (même si tous ne montrent pas la même combinaison de preuves), ce qui suggère que la pratique aurait pu être répandue dans cette région à cette époque.

Source : SciencePost du 16/03/2022

mercredi 9 mars 2022

En Europe, la momification serait plus ancienne qu'on ne le pensait

La découverte de corps momifiés datant d’environ 8.000 ans signifie que la momification des morts était probablement plus courante dans la préhistoire qu'on ne le pensait auparavant.

La plupart des momies préservées connues à ce jour datent de quelques centaines d’années à 4.000 ans. Les cas les plus anciens de momification remonteraient à 7.000 ans. Mais ce pourrait être plus. Une nouvelle étude, dirigée par des archéologues de l’université d’Uppsala, de Linnaeus en Suède et de l’université de Lisbonne au Portugal, présente des preuves de traitement pré-inhumation, tel que la dessiccation par momification, datant de 8.000 ans. Selon un article du site scientifique phys.org, le 3 mars, cette découverte a été faite sur les sites funéraires des chasseurs-cueilleurs de la vallée du Sado, au Portugal.

Autrement dit, la momification des morts était probablement plus courante à la préhistoire que ce que l’on pensait. Il faut dire que c’est assez compliqué pour les chercheurs de le prouver, car il est difficile de détecter si un corps a été préservé par momification lorsque les tissus mous ne sont plus visibles. Ceux-ci se conservent d’ailleurs beaucoup moins bien dans les régions aux climats tempérés et plus humides, comme dans la majeure partie de l’Europe. D’autre part, il y a peu d’écrits qui relatent les pratiques funéraires sur cette période.

En savoir plus sur les pratiques mortuaires d’il y a 8.000 ans

C’est grâce à des photographies récemment découvertes de restes squelettiques de treize individus trouvés dans les années 1960 dans la vallée du Sado que les chercheurs ont pu reconstituer les positions dans les lesquelles les corps ont été enterrés. L'analyse a montré une hyperflexion des membres et une absence de désarticulation de la plupart des os. Certains corps étaient enterrés dans des positions extrêmement fléchies avec les jambes pliées au niveau des genoux et placées devant la poitrine. Pour les chercheurs, cela signifie que les corps étaient desséchés avant d’être enterrés.

La dessiccation maintient certaines articulations et permet donc une forte flexion du corps, puisque l’amplitude des mouvements augmente lorsque le volume des tissus mous est plus petit, explique l'article scientifique. Il était ensuite lié avec une corde ou des bandages pour le comprimer dans la position souhaitée. Autrement dit, le processus de momification était organisé et s’effectuait sur une longue période. Cette découverte permet d’en savoir plus sur les pratiques mortuaires des communautés mésolithiques : le maintien de l’intégrité du corps était une préoccupation centrale. Par ailleurs, le fait que les treize corps aient été trouvés au même endroit souligne l’importance des lieux de sépulture à cette époque.

Source : Geo du 07/03/2022