Affichage des articles dont le libellé est Mammouth. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mammouth. Afficher tous les articles

jeudi 18 février 2021

L'ADN de mammouths vieux d'un million d'années a livré quelques secrets sur leur évolution

C'est la première fois que des chercheurs arrivent à analyser des génomes aussi vieux, ce qui devrait entraîner de futures découvertes.

SCIENCE - C’est dans des molaires plus grandes qu’une main que se cache un nouvel exploit scientifique. Une équipe de chercheurs du centre de paléogénétique de Stockholm a réussi à analyser l’ADN de mammouths vieux de plus d’un million d’années.

En séquençant l'ADN de mammouths vieux de plus d'un million d'années, les chercheurs ouvrent la voie à de nouvelles découvertes

Une découverte qui permet de mieux éclairer l’évolution des diverses espèces de ces éléphants bien particuliers qui ont peuplé la Terre ces 4 derniers millions d’années avant de s’éteindre au début de notre ère, l’Holocène, il y a 12.000 ans.

L’ADN, qui contient l’ensemble de nos gènes, est un morceau de choix pour mieux comprendre l’évolution d’une espèce. Mais il se conserve plutôt mal dans le temps. Le précédent record, établi en 2013 avec le génome d’un cheval vieux de 780.000 ans, semblait déjà énorme. Mais avec “Adycha” et “Krestovka”, les deux spécimens de mammouths analysés, les auteurs de cette étude, parue dans Nature ce mercredi 17 février, explosent ce record.

L’ADN récolté dans les molaires de ces mammouths était clairement en mauvais état. “Les fragments d’ADN étaient dispatchés en de nombreux morceaux. Mais lesquels appartenaient au mammouth et lesquels à des microorganismes qui l’ont colonisé?” C’était l’un des plus gros problèmes à résoudre, a raconté Tom van der Valk, du centre de paléontologie de Stockholm, dans une conférence de presse.

Les chercheurs ont utilisé des outils élaborés ainsi qu’un algorithme bien particulier qui a comparé les fragments d’ADN récoltés à ceux d’éléphants classiques ou de mammouths plus récents. Cela a permis, petit à petit, de reconstituer le puzzle du génome d’Adycha et Krestovka en triant les pièces qui en font vraiment partie.

C'est dans ces molaires de mammouths que l'ADN vieux de plus d'un million d'années a été découvert.

Après analyse, les chercheurs se sont donc rendus compte qu’Adycha, vieux d’environ 1,3 million d’années, est un ancêtre des mammouths laineux, l’espèce la plus connue (et l’une des plus récentes) qui était présente dans toute la Sibérie ainsi qu’en Alaska.

Krestovka, vieux de 1,6 million d’années, est plus étonnant. Il n’est pas lié aux mammouths laineux, c’est une espèce à part. Les auteurs de l’étude se demandent s’il n’aurait pas pu être l’ancêtre du mammouth de Colomb, un cousin des laineux qui a migré en Amérique du Nord il y a quelque 1,5 million d’années avant de s’éteindre il y a 10.000 ans.

Mais cette plongée dans le passé des mammouths est encore partielle et ces hypothèses doivent être vérifiées. Et justement, cette nouvelle technique pourrait permettre d’analyser l’ADN d’autres espèces anciennes. A condition qu’elles aient été conservées dans un environnement gelé, tel le permafrost.

Source : Huffington Post du 17/02/2021

mercredi 17 février 2021

L’ADN de mammouths de plus d’un million d’années a été décodé

Des scientifiques ont pu séquencer le génome de mammouths découverts dans le permafrost sibérien, et cela a amené son lot de révélations.

On les a baptisés Chukochya, Adycha et Krestovka. Découverts dans les sols gelés de Sibérie, les restes de ces trois mammouths font aujourd’hui avancer nos connaissances sur cette espèce éteinte depuis des millénaires, mais ils représentent également un record pour la paléogénétique, cette science qui étudie les gènes du passé.

Ces trois mammouths sont en effet âgés de plus d’un million d’années et cependant les scientifiques ont réussi à séquencer leur génome. Le précédent record avait permis de décoder les gènes de chevaux dont l’ancienneté se situait dans une fourchette assez incertaine de 780 000 à 560 000 ans d’âge.

L’équipe internationale emmenée par Tom van der Valk, du centre de paléogénétique de Stockholm (Suède), qui publie ce mercredi les résultats de ses travaux dans la revue « Nature », a réussi à extraire suffisamment de matériel génétique des molaires des trois mammouths pour reconstituer leur ADN. De quoi fournir des informations à la fois sur leur âge, mais aussi sur l’évolution de la lignée de ces pachydermes que chassaient nos ancêtres.

Si l’on en croit les dépôts géologiques dans lesquels on les a trouvés, deux des trois mammouths, Krestovka et Adycha, ont plus d’un million d’années. Les gènes, eux, permettent aussi une datation et ils estiment Krestovka à 1,65 million d’années, Adycha à 1,34 million et le plus jeune, Chukochya, aurait « seulement » autour de 700 000 ans, ce qui en ferait tout de même l’un des plus anciens mammouths laineux connus.

« Cet ADN est incroyablement vieux, » assure Love Dalén, professeur de génétique évolutionnaire au centre de paléogénétique de Stockholm et co-auteur de l’étude. « Ces échantillons sont mille fois plus vieux que les restes des Vikings, et prédatent l’existence des humains et des Néandertaliens. »

Deux lignées de mammouths différentes

De ces données génétiques, les chercheurs ont déduit des enseignements précieux sur l’histoire de l’espèce. Si Adycha et Chukochya appartiennent à la lignée qui a donné naissance au mammouth laineux, dont le territoire s’étendait sur une grande partie de l’hémisphère nord, Krestovka appartient à une sous-espèce différente, inconnue jusqu’ici. « Cela a été une surprise totale pour nous, » reconnaît Tom van der Valk. « Toutes les études précédentes indiquaient qu’il n’y avait qu’une seule espèce de mammouths en Sibérie à cette époque, le mammouth des steppes. Mais nos analyses ADN montrent qu’il y avait deux lignées génétiques différentes. »

Les gènes ont révélé que cette nouvelle espèce avait divergé des autres mammouths entre 2,66 et 1,78 millions d’années dans le passé, et que cette lignée était l’ancêtre des mammouths qui ont franchi les glaces du détroit de Béring (entre Sibérie et Alaska actuels) pour aller coloniser l’Amérique. Selon les auteurs, le mammouth de Colomb, dont on a retrouvé des spécimens en Amérique du Nord, serait « le produit d’un croisement entre le mammouth laineux et une ancienne lignée de mammouths précédemment inconnue, représentée par le spécimen Krestovka. »

« C’est une découverte importante, » précise Patrícia Pečnerová, co-autrice de l’étude. « Il semble que le mammouth de Colomb, l’une des figures les plus emblématiques de l’âge glaciaire en Amérique du Nord, a évolué par une hybridation qui s’est déroulée voici approximativement 420 000 ans. »

Ces scientifiques ont aussi découvert que les gènes qui ont permis aux mammouths de s’adapter aux froids des glaciations étaient déjà présents voici un million d’années.

Un tel record est bien sûr un grand pas en avant pour la génétique. « L’une des grandes questions désormais est de savoir jusqu’où nous pouvons aller dans le passé, » commente Anders Götherström, professeur d’archéologie moléculaire et co-auteur de l’étude. « Nous n’avons pas encore atteint la limite. Une supposition éclairée serait que nous pourrions récupérer de l’ADN de deux millions d’années, et peut-être même aller aussi loin que 2,6 millions. Avant cela, il n’y avait pas de permafrost où l’ancien ADN pourrait avoir été préservé. » Cela veut tout de même dire que le record établi aujourd’hui pourrait un jour être battu…

Source : Le Nouvel Obs du 17/02/2021

De l'ADN de mammouth vieux de plus d'un million d'années, un record

Cette molécule qui porte le code génétique a été récupérée sur trois spécimens de mammouths de Sibérie.

Il y a un million d'années, les mammouths laineux (Mammuthus primigenius) n'existaient pas encore mais leurs prédécesseurs, les mammouths des steppes (Mammuthus trogontherii) occupaient eux la plus grande partie de l'Eurasie, y compris les plaines glacées de Sibérie. Quels liens existent-ils entre les deux ? Comment la spéciation, l'apparition d'une nouvelle espèce, se déroule-telle ? Pour comprendre l'évolution des espèces, l'ADN, la molécule qui porte le code génétique, s'avère être d'une précieuse aide. Malheureusement, elle se conserve très mal et passé quelques centaines de milliers d'années, il n'est plus possible d'en retrouver la trace dans les fossiles, ce qui au passage invalide totalement la possibilité d'un jour visiter un Jurassic Park avec des dinosaures ressuscités par une quelconque technique de génie génétique. Mais dans la quête du plus vieil ADN exploitable, une équipe du Centre de paléogénitique de Stockholm, en association avec des chercheurs de neuf autres institutions, vient de faire faire un bond de près de 500.000 ans à la science !

L'ADN, une molécule fragile

En 2012, dans une étude publiée dans la revue Proceeding of the Royal Society B, une équipe américano-australienne avait essayé d'évaluer le temps de survie d'un brin d'ADN. Leur conclusion était sans appel : une molécule d'ADN se désagrège à moitié en 521 ans. La moitié de ce qui reste disparait à son tour en 521 ans... Bref en à peu près 1,5 million d'années, il n'en reste quasiment aucune trace. Voilà pour la théorie. En pratique, les conditions de préservation ou de fossilisation raccourcissent encore cette limite. Ainsi jusqu'à cette nouvelle découverte du plus vieil ADN connu provenant d'un cheval de Przewalski dont l'âge a été estimé à environ 700.000 ans. Extraites du permafrost du nord-est sibérien, des molaires provenant de trois spécimens de mammouths ont livré de l'ADN mitochondrial datant de 700.000 à 1,2 million d'années ! C'est une infime quantité de matériau très dégradé que les scientifiques ont pu récupérer mais l'exploit est de taille : "les échantillons sont mille fois plus vieux que les restes des Vikings et sont même antérieurs à l'existence des humains et des Néandertaliens", souligne dans un communiqué Love Dalén, professeur de génétique de l'évolution au Centre de paléogénétique de Stockholm.

L'âge des trois mammouths a été déterminé grâce aux données géologiques des sites desquels ils ont été extraits ainsi qu'avec l'aide d'analyses moléculaires.

Les différentes méthodes convergent vers les mêmes résultats : deux des animaux ont plus d'un million d'années tandis que le troisième à environ 700.000 ans. C'est l'un des premiers représentants des mammouths laineux. Le plus ancien, surnommé Krestovka, a un âge estimé à 1,2 million d'années (et jusqu'à 1,65 million d'années selon la technique de datation) et il appartient à une lignée génétique de mammouths jusque-là inconnue désormais appelée "mammouths de Krestovka". Elle aurait divergé des autres mammouths sibériens il y a plus de 2 millions d'années et sa découverte est une surprise car les paléontologues pensaient jusqu'ici qu'une seule espèce de mammouths occupait à cette époque la Sibérie. Toutefois, il est pour le moment impossible d'affirmer que Krestovka constitue bien une espèce différente, car seule une fraction de son génome a pu être reconstitué. Les données génétiques indiquent aussi que ce sont les mammouths qui appartenaient à la lignée Krestovka qui ont colonisé l'Amérique du Nord, il y a environ 1,5 million d'années. De plus, les analyses montrent que le mammouth de Colomb (Mammuthus columbi) qui s'épanouissait en Amérique du Nord pendant la dernière période glaciaire était un hybride. Environ la moitié de son génome proviendrait de la lignée Krestovka et l'autre moitié du mammouth laineux. L'hybridation se serait produite il y a environ 420.000 ans.

L'adaptation au froid du mammouth laineux

Le deuxième spécimen le plus ancien, appelé Adycha, est âgé de 1,2 à 1,0 million d'années (et jusqu'à 1,34 million d'années selon la technique). Pour celui-ci il n'y a pas de doute : presque 25% de son ADN a pu être reconstitué, ce qui permet d'affirmer qu'il s'agit bien d'un mammouth des steppes et que c'est un ancêtre direct du mammouth laineux représenté par le troisième spécimen, Tchoukochya, âgé de 700.000 ans environ. C'est le plus ancien mammouth laineux découvert et les chercheurs ont pu comparer son génome, dont presque 80% a pu être reconstitué, ont expliqué les auteurs lors d'une visioconférence organisée par la revue Nature qui publie leur étude, avec celui d'Adycha et de mammouths laineux plus récents.

"Notre étude confirme que le mammouth laineux est un descendant direct du mammouth des steppes et nous pouvons maintenant comprendre comment les mammouths se sont adaptés à une vie dans des environnements froids et dans quelle mesure ces adaptations ont évolué au cours du processus de spéciation", explique à Sciences et Avenir Love Dalén. Les analyses ont montré que des variants génétiques associés à la vie dans l'Arctique, tels que la croissance des poils, la thermorégulation, les amas graisseux, la tolérance au froid et des adaptations des rythmes circadiens, étaient déjà présents chez le mammouth vieux d'un million d'années, bien avant l'essor du mammouth laineux. Ces résultats indiquent que la plupart des adaptations des mammouths se sont produites lentement et progressivement au fil du temps. "Retracer les changements génétiques à travers un événement de spéciation est unique. Nous ne trouvons aucune preuve que la sélection naturelle était plus rapide pendant le processus de spéciation", explique David Díez-del-Molino un des co-auteurs.

Ces résultats, qui ont nécessité un travail très pointu sur les morceaux d'ADN retrouvés pour rétablir les séquences protéiques pour lesquels ils codaient et les comparer aux génomes d'animaux actuels et proches des mammouths comme les éléphants des savanes et ceux d'Asie, peuvent-ils être appliqués à l'étude d'autres espèces disparues ? Oui, selon les chercheurs qui estiment même pouvoir pousser plus en arrière la recherche d'ADN et obtenir du code génétique vieux de 2 à 2,6 millions d'années à partir de fossiles extraits du permafrost et avec beaucoup de chance !

Source : Sciences et Avenir du 17/02/2021

mardi 21 juillet 2020

Découverte d’un hachereau de 1,4 million d’années en os d’hippopotame

Une équipe de chercheurs annonce la découverte d’un outil vieux d’1,4 millions d’années taillé dans un os d’hippopotame. Son auteur, H. Erectus, était visiblement encore plus polyvalent que nous ne le pensions.

Des hachereaux ont déjà été retrouvés sur plusieurs sites datant de 2 à 1 million d’années. Seulement, ils sont généralement en pierre. D’où l’intérêt de cette nouvelle trouvaille faite par une équipe d’archéologues de l’Université de Tohoku (Japon) travaillant dans la formation de Konso, dans le sud de l’Éthiopie.

Un outil en os d’hippopotame

Les chercheurs sont en effet tombés sur l’un de ces outils, déterré d’une couche de sédiments vieux de 1,4 million d’années, mais cette fois taillé à partir d’un os. De rapides analyses ont finalement permis de constater que cet ancien hachereau faisait autrefois partie d’un fémur d’hippopotame (os de la cuisse).

L’auteur de cette oeuvre, selon les archéologues, serait un Homo Erectus. Évoluant il y a entre 2 millions d’années et 100 000 ans, cette espèce propagée à travers l’Afrique, l’Europe et l’Asie est à l’origine de l’invention du biface. Elle fut également la première à maîtriser le feu et la première à véritablement marcher debout.

Côté mensurations, l’outil mesure environ 13 cm dont un bord tranchant de 5 cm, et selon les chercheurs, il témoigne d’un excellent travail artisanal. Son propriétaire a visiblement écaillé, petit à petit, un gros morceau d’os plat prélevé à l’extrémité du fémur de l’animal, de manière à façonner le produit fini.

La technique est relativement standard, se rapportant au style de fabrication de certains outils en pierre. En revanche, les chercheurs soulignent une matière (os) encore plus difficile à travailler.

De plus, le fait de tomber sur un ossement assez gros pour permettre les ébauches de la bonne taille ne devait pas arriver tous les jours. Ce n’est pas pour rien que le seul autre outil de ce type (en os) jamais découvert avant celui-ci a été façonné à partir d’un os d’éléphant. Découvert dans les gorges d’Olduvai, en Tanzanie, de dernier aurait été façonné il y a entre 1,3 million et 1,6 million d’années.

Quelle intention ?

La question est maintenant de savoir pourquoi cet individu a fait le choix de tailler son outil à partir d’un os, alors que des pierres devaient être largement disponibles dans son environnement.

La présence d’une carcasse l’a-t-il amené à vouloir tester une autre approche ? Il y a 1,4 million d’années, la région était une zone particulièrement humide, tapissée de prairies entourant un grand lac. Il est donc possible que les hippopotames aient parfois été les cibles de chasseurs courageux.

Ou peut-être a-t-il fait face à une pénurie temporaire de pierres ? Il est en effet arrivé en Afrique de l’Est que l’activité volcanique empêche l’accès de nos ancêtres à plusieurs dépôts, et ce parfois pendant des siècles durant.

Impossible à savoir pour le moment. En revanche, les chercheurs sont au moins sûrs d’une chose. « Cet hachereau en os montre qu’à Konso, […] les H. Erectus étaient suffisamment qualifiés pour fabriquer et utiliser un tranchant durable, écrivent-ils. Nos premiers cousins étaient déjà très ingénieux, très compétents et très intelligents ».

Source : Sciencepost du 19/07/2020

mercredi 25 mars 2020

Russie : découverte d'une étrange structure en os de mammouths

Après plusieurs années de travail, la structure composée d'os de plusieurs dizaines de mammouths s'impose toujours comme un mystère, raconte CNN.


Impossible, pour l'heure, de comprendre pourquoi. Pourquoi, il y a 25 000 ans, des chasseurs-cueilleurs ont rassemblé les os d'une soixantaine de mammouths pour former une structure circulaire qui se dresse aujourd'hui devant les archéologues. Découverte en 2014 en Russie, la structure a pu être dégagée après plusieurs années de travail afin d'être étudiée de près.

Comme le rapporte CNN, ce n'est pas la première fois qu'une « maison de mammouth » est découverte en Russie, mais il s'agit là de la plus importante. Elle est longue d'une douzaine de mètres et est également la plus ancienne. Sur la base de précédentes recherches, les archéologues pensent que ces structures pourraient avoir été construites pour servir de maisons, d'abri pendant les hivers très rudes.

Il serait pourtant surprenant qu'un groupe de chasseurs-cueilleurs, qui ne passaient jamais très longtemps au même endroit, aient investi le temps nécessaire à la construction d'une structure faite avec les os de plusieurs dizaines de mammouths. Les crânes de 64 spécimens différents ont été identifiées par les chercheurs et aucune potentielle entrée ne se détache particulièrement au sein du cercle.

Une forme de rituel

Les recherches récentes, publiées dans la revue Antiquity, évoquent également des preuves que du bois a été brûlé à l'intérieur, mais rien ne laisse penser à une habitation de longue durée. Les archéologues ont finalement estimé que la structure n'a pas servi d'abri pendant l'hiver, ce qui laisse toujours planer le doute sur la fonction de ce type de construction si massive. « Cela avait clairement un sens et de l'importance pour ceux qui l'ont construite, estime un chercheur. Il y avait probablement une part de rituel même si la structure avait au bout du compte une utilisation pratique ».

Les traces découvertes sur place n'ont d'ailleurs pas seulement prouvé la présence d'un feu. Elles ont prouvé que du bois était bien présent dans la zone et que les os de mammouth sont un matériau délibérément utilisé par les constructeurs de l'époque. Selon une récente hypothèse, il pourrait donc s'agir d'un endroit destiné à stocker de la nourriture pendant l'hiver, mais le mystère reste intense.

Source : Le Point du 18/03/2020

jeudi 19 mars 2020

Découverte d’une incroyable structure construite avec les os de 60 mammouths

En Russie, des paléontologues ont identifié une structure circulaire de douze mètres de large construite avec les os d’au moins soixante mammouths laineux. Une découverte exceptionnelle qui soulève de nombreuses questions.

Il y a environ 25 000 ans, près de l’actuel village de Kostenki, dans le sud-ouest de la Russie, des chasseurs-cueilleurs ont rassemblé les os, parfois encore frais, d’une soixantaine de mammouths laineux. Ils les ont ensuite soigneusement disposé de manière à bâtir une structure circulaire d’une douzaine de mètres de large. Pour quoi faire ? Les chercheurs l’ignorent encore, mais ils proposent quelques pistes.

Un abri permanent ? Probablement pas

De toute évidence, beaucoup de temps et d’efforts ont été consacrés à la construction de cette structure. Elle était donc évidemment importante aux yeux de ses bâtisseurs, mais était également censée durer.

Les chercheurs ne pensent pas que les chasseurs-cueilleurs à l’origine de cette construction vivaient à l’intérieur de manière permanente. Des structures de ce type, composées d’os de mammouth, ont en effet été trouvées à travers l’Europe de l’Est. Cependant, toutes étaient plus petites et présentaient à l’intérieur des ossements d’autres animaux comme des rennes ou des chevaux, dont nos ancêtres consommaient la viande. Or, la structure est ici bien plus grande et donc beaucoup plus difficile à couvrir.

Par ailleurs, si les chercheurs ont effectivement retrouvé des traces de foyers à l’intérieur, ils n’ont identifié que quelques restes de légumes, dont les tissus semblent similaires à ceux trouvés dans les racines et les tubercules modernes. Autrement dit, ils n’ont pas retrouvé d’ossements d’autres animaux, à part ceux des mammouths.

Un abri pour transformer la viande ?

Mais alors, si ces gens ne vivaient pas dans cette structure, pourquoi ont-ils fait du feu à l’intérieur ? S’agissait-il d’un lieu de cérémonie ? Était-ce un abri dans lequel s’installer lorsque les conditions environnementales l’exigeaient ? C’est possible, mais les chercheurs pensent à autre chose.

En effet, plusieurs fosses contenant des os de mammouth supplémentaires ont été identifiées non loin de cette construction circulaire. Il est donc possible que ces anciens chasseurs-cueilleurs y enterraient de la nourriture. “De toute évidence, vous obtenez beaucoup de viande d’un mammouth“, explique en effet Alexander Pryor, archéologue à l’Université d’Exeter (Royaume-Uni). “Donc l’idée qu’il y ait eu des activités de stockage des aliments sur le site est quelque chose que nous voulons approfondir“.

Ce que soupçonnent donc les chercheurs, c’est que ces feux ont été allumés à l’intérieur de la structure pour faire sécher la viande de mammouth qui était ensuite stockée autour du site.

D’autres interrogations

Le fait d’avoir identifié tant d’ossements soulève également d’autres questions : d’où venaient ces mammouths ? Ont-ils été chassés ? Difficile d’imaginer des chasseurs-cueilleurs, aussi doués soient-ils, venir à bout de soixante pachydermes en même temps. Ces animaux sont-ils alors tous morts naturellement ? Et dans ce cas-là, pour quelle raison ?

Il faut également souligner que certains os ont été amenés sur le site alors que les tissus mous (peau, muscle et tendons) étaient encore attachés. Autrement dit, ils ont été transportés avant que les carnivores n’aient eu la chance de les nettoyer. Cela implique que les chasseurs-cueilleurs ont eu un accès rapide aux restes de mammouths.

Pour le moment, les paléontologues n’ont donc aucune certitude. C’est pourquoi les recherches se poursuivent. Ce que nous savons en revanche, c’est qu’il y a 25 000 ans, les conditions étaient très rudes dans la région. Visiblement, nos ancêtres ont fait preuve d’imagination pour s’adapter.

Source : Sciencepost du 17/03/2020

mardi 12 mai 2009

Pourquoi les mammouths ont-ils disparu ?

Un spécialiste de l’Université d’Etat de Tomsk (Russie), Sergei Leschinsky, a analysé plus de vingt mille os et dents de mammouths de l’Eurasie du Nord âgée de 25 000 à 10 000 ans. Les chercheurs ont découvert des changements radicaux dans presque tous les restes de tissus osseux qui indiquent un manque aigüe d’éléments minéraux pourtant indispensables. Tous les mammifères herbivores de ce temps ont souffert de cela, et en particulier les plus grands d’entre eux : les mammouths.

Diagnostic : ostéoporose et ostéofibromatose

Comme les enquêtes l’ont prouvé, à la fin du pléistocène (de - 1,8 million d’années à - 10 000 ans), les mammouths ont souffert de diverses maladies de l’os et du cartilage, le plus fréquemment d’ostéoporose (maladie caractérisée par une diminution de la masse osseuse et une fragilité du squelette) ou d’ostéofibromatose (des tumeurs dans les os). L’ostéoporose est une maladie spécifique due à l’âge, cependant toutes les tranches d’âge en incluant les nouveau-nés sont concernées, la famine des femelles ayant affecté les bébés au cours de la grossesse. Le scientifique a trouvé une confirmation de ses conclusions dans les publications d’autres chercheurs consacrés aux "cimetières" de mammouths en Europe : pratiquement tous les animaux qui sont morts avaient eux aussi souffert d’un manque de calcium, de magnésium et de sodium.

Explication : des bouleversements géologiques

Il y a environ 25-23 mille ans, une période d’activité tectonique a eu lieu sur le territoire de l’Europe du Nord et de l’Asie Nord-est. Par exemple, à cette époque, les Carpates polonaises se sont elevées rapidement de 100 à 300 mètres à raison de 2 millimètres par an. La montée des territoires et la diminution brusque du niveau océanique mondial au début de la dernière période glaciaire a causé un lourd dessalement du paysage et un manque aigu d’alcalino-terreux et d’alcalins. On note que ce manque d’éléments est toujours visible dans la majeure partie de l’Eurasie du Nord.

L’homme disculpé ?

Les mammouths ont eu des temps difficiles. En raison du stress géochimique, les capacités corporelles des mammouths sibériens se sont réduites de moitié. Selon Leschinsky, c’est le changement radical des paysages qui a mené à la famine minérale, aux maladies massives des tissus squelettiques et, à long terme, à leur extinction. Comme l’indiquent les chercheurs, une part très importante des tissus squelettiques permet d’affirmer que la vaste disparition d’animaux était indépendante de l’impact de l’homme. Il est douteux qu’une population aussi peu nombreuse ait pu à ce moment-là exterminer les mammouths sur leur immense territoire.

Source : Science.gouv.fr du 12 mai 2009