mardi 28 septembre 2021

Ces empreintes laissées par des enfants ont plus de 200 000 ans

Il y a environ 200 000 ans, des enfants d’une espèce d’homininés encore indéterminée ont imprimé leurs empreintes de mains et de pieds dans la boue à plus de 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur le plateau tibétain. Ces impressions fournissent les plus anciennes premières preuves d’ancêtres humains habitant la région.

Une découverte exceptionnelle

David Zhang, de l’Université de Guangzhou en Chine, a repéré pour la première fois ces traces il y a quelques années lors d’une expédition vers une source thermale fossile à Quesang, sur le plateau tibétain. On dénombre aujourd’hui cinq empreintes de mains et autant d’empreintes de pas. D’après la méthode de datation par l’uranium-thorium, ces impressions auraient été imprimées il y a environ 169 000 à 226 000 ans dans du travertin. Lorsqu’elle est déposée pour la première fois, cette une roche sédimentaire calcaire forme une boue très fine. Une fois coupé de l’eau, le travertin durcit en pierre.

Et à en juger par leur taille, l’équipe du Dr. Zhang suggère qu’elles ont été faites par deux enfants, l’un de la taille d’un enfant moderne de sept ans, l’autre de la taille d’un enfant de douze ans. En revanche, on ne peut déterminer avec certitude à quelle espèce ils appartenaient. « Les Denisoviens sont une possibilité », mais « Homo Erectus habitait également la région », souligne Matthew Bennett, co-auteur de l’étude, à LiveScience.

Toujours est-il que ces empreintes fournissent les plus anciennes preuves de la présence d’hominidés à Quesang, souligne le rapport publié dans le Science Bulletin. Ceci étant dit, « il y a de plus en plus de preuves que des humains archaïques se trouvaient autour du plateau tibétain à la même époque », ajoute Matthew Bennett. Des chercheurs ont notamment récemment découvert une mandibule de Dénisovien d’au moins 160 000 ans dans la grotte de Baishiya, au nord-est du plateau tibétain. Ces nouveaux restes osseux pourraient ainsi remonter à la même période.

Une forme d’art pariétal ?

Dans le rapport, les auteurs soutiennent que ces traces pourraient également être considérées comme de l’art pariétal (décor d’un mur, d’une paroi), dans la mesure où elles semblent avoir été laissées délibérément. Si ces estampes sont effectivement qualifiées d’art pariétal, elles seraient alors le plus ancien exemple connu du genre jamais découvert, mais tout le monde n’est pas d’accord. Ce que nous pourrions définir comme de l’art n’était en effet peut-être pas vu du même œil par les personnes qui en sont à l’origine.

Pour Michael Meyer, de l’Université d’Innsbruck en Autriche, qui n’a pas participé à l’étude, « classer ces traces humaines comme de l’art est quelque chose qui n’a finalement qu’une importance secondaire ». D’après le chercheur, les implications les plus intéressantes sont que des ancêtres ou cousins humains ont occupé le haut plateau tibétain beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait auparavant. Cela soulève donc des questions sur l’espèce concernée, et sur la manière dont elle est arrivée pour la première fois sur le plateau.

Source : SciencePost du 27/09/2021

dimanche 26 septembre 2021

Au Maroc, découverte d’outils de couture en os vieux de 120 000 ans

Non loin de Rabat, des artefacts « intentionnellement façonnés pour des tâches spécifiques qui comprenaient le travail du cuir et de la fourrure » ont été trouvés.

Une équipe internationale de chercheurs a identifié les plus anciens outils en os jamais découverts pour la confection d’habits, vieux de 120 000 ans, dans une grotte près de Rabat, a-t-on appris auprès d’un archéologue marocain ayant pris part aux recherches.

« C’est une découverte majeure car, si des outils en os plus anciens ont déjà été découverts dans le monde, c’est la première fois qu’on identifie des outils en os ayant servi à confectionner des habits », a expliqué jeudi à l’AFP l’archéologue Abdeljalil El Hajraoui.

La soixantaine d’outils osseux retrouvés dans la grotte des Contrebandiers – située près de la capitale du Maroc – « ont été intentionnellement façonnés pour des tâches spécifiques qui comprenaient le travail du cuir et de la fourrure », selon une étude publiée la semaine dernière par la revue américaine iScience.

Cette découverte pourrait contribuer à répondre à la grande question sur l’origine du comportement moderne chez Homo sapiens, souligne l’archéologue marocain.

Des foyers creusés dans la terre ou à l’air libre

« La couture est un comportement qui a été perpétué depuis ces temps-là. D’ailleurs, les outils découverts dans la grotte couvrent une période de 30 000 ans, ce qui prouverait l’émergence de la mémoire collective », étaye le spécialiste de l’Institut marocain des sciences de l’archéologie et du patrimoine (Insap). « Compte tenu du niveau de spécialisation des outils de la grotte des Contrebandiers, il est probable que des exemples antérieurs y seront retrouvés », précise l’étude.

Des foyers, creusés dans la terre, construits ou à l’air libre, pour se protéger contre des phénomènes naturels ont également été découverts dans la grotte. Tout comme des éléments de parure (coquilles perforées). « Il s’agit d’une évolution culturelle notable, encore au stade de l’étude », relève le chercheur marocain.

Par ailleurs, à quelque 400 kilomètres de la grotte des Contrebandiers, des chercheurs marocains, américains et français ont exhumé une trentaine de coquilles façonnées d’escargots marins dans une couche datant de 142 000 à 150 000 ans dans la grotte de Bizmoune, près d’Essaouira (sud-ouest), a annoncé mercredi 22 septembre un communiqué du ministère marocain de la culture, citant une étude publiée dans la revue américaine Science Advances. Des coquilles qui sont « les plus anciens éléments de parure découverts à ce jour », d’après le communiqué.

Rappelons qu’en 2017, la découverte sur le site marocain de Djebel Irhoud de fossiles de plus de 300 000 ans avait fait reculer dans le temps de plus de 100 000 ans l’apparition de notre espèce.

Remontant plus encore dans le temps, fin juillet, des archéologues internationaux ont localisé le site préhistorique acheuléen le plus ancien d’Afrique du Nord, vieux de 1,3 million d’années, dans la périphérie de Casablanca (côte ouest).

Une découverte majeure, car jusqu’à présent les archéologues estimaient que la civilisation acheuléenne, dont l’une des caractéristiques est l’invention des outils bifaces, pendant le paléolithique inférieur, était apparue il y a 700 000 ans dans cette partie d’Afrique du Nord.

Source : Le Monde du 24/09/2021

samedi 25 septembre 2021

La découverte d’empreintes humaines vieilles de 23 000 ans réécrit l’histoire du peuplement de l’Amérique

Ces empreintes fossilisées découvertes dans les White Sands, au Nouveau-Mexique, suggèrent qu’« Homo sapiens » était déjà sur le continent avant la fin du dernier âge de glace.

Des traces de pas datant d’environ 23 000 ans ont été découvertes dans le sud-ouest des Etats-Unis, révèle une étude jeudi 23 septembre, suggérant que le peuplement de l’Amérique du Nord par l’espèce humaine était déjà entamé bien avant la fin du dernier âge de glace, censée avoir permis cette migration. Ces empreintes de pas ont été laissées à l’époque dans la boue des berges d’un lac aujourd’hui asséché qui a cédé la place à un désert de gypse blanc situé au Nouveau-Mexique, dans le parc national de White Sands.

Des empreintes de pieds humains fossilisées dans la roche, au parc national de White Sands, au Nouveau-Mexique.

Avec le temps, les sédiments ont comblé les empreintes et ont durci, les protégeant jusqu’à ce que l’érosion dévoile de nouveau ces témoignages du passé, pour le plus grand plaisir des scientifiques. « De nombreuses traces semblent être celles d’adolescents et d’enfants ; les grandes empreintes de pas d’adultes sont moins fréquentes », écrivent les auteurs de l’étude publiée dans la revue américaine Science. Des traces d’animaux, mammouths et loups préhistoriques ont également été identifiées. Certaines, comme celles de paresseux géants, sont même contemporaines et voisines d’empreintes humaines sur les bords du lac.

Au-delà de l’émotion et de l’anecdote, la découverte est déterminante pour le débat qui fait rage sur les origines de l’arrivée d’Homo sapiens en Amérique, le dernier continent peuplé par notre espèce. Car la datation de traces de White Sands « signifie que des humains étaient présents dans le paysage voici au moins 23 000 ans, avec des preuves d’occupation s’étendant approximativement sur deux millénaires », souligne l’étude.

La théorie du détroit de Béring remise en cause

Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d’un peuplement provenant de Sibérie orientale : nos ancêtres auraient franchi un pont terrestre – l’actuel détroit de Béring – pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud. Des preuves archéologiques, dont des pointes de lance servant à tuer les mammouths, ont longtemps suggéré un peuplement vieux de 13 500 ans associé à une culture dite « de Clovis » – du nom d’une ville du Nouveau-Mexique –, considérée comme la première culture américaine, d’où sont issus les ancêtres des Amérindiens.

Ce modèle de la « culture Clovis primitive » est remis en cause depuis vingt ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l’âge des premiers peuplements. Mais, généralement, cette date n’allait pas au-delà de 16 000 ans, après la fin du « dernier maximum glaciaire ». Cet épisode de glaciation est crucial, car il est communément admis que les calottes glaciaires couvrant à l’époque la plupart du nord du continent ont rendu impossible, ou en tout cas très difficile, toute migration humaine en provenance d’Asie, par le détroit de Béring ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte du Pacifique.

« De mon point de vue, de toutes les données publiées à ce jour sur le premier peuplement de l’Amérique, ce site est le plus convaincant pour les sites pré-20 000 ans, estime Yan Axel Gomez Coutouly, chargé de recherche à l’unite mixte de recherche et de formation Archéologie des Amériques (CNRS, Paris-I Panthéon-Sorbonne). Et ce même s’il n’y a pas de mobilier lithique ou d’outils associés, puisque les traces de pas confirment l’origine humaine. »

Pour la plupart des sites anciens – grotte de Chiquihuite au Mexique datée à 30 000 ans, abri sous roche de Pedra Furada au Brésil pouvant remonter jusqu’à 50 000 ans, Bluefish Caves dans le Yukon avec des datations jusqu’à 24 000 ans, site de Cerutti Mastodon en Californie avec des datations jusqu’à 120 000 ans –, rappelle l’archéologue, « une grande majorité de chercheurs considèrent que les preuves de la présence humaine présentées (traces de découpe, outils simples, foyers, etc.) sont en fait le produit de phénomènes naturels : plutôt que des artefacts (des produits humains), ce serait des géofacts (des produits naturels) ».

Dans le cas de ces traces de pas d’environ 22 000 ans, ajoute-t-il, « l’étude montre une découverte au caractère anthropique incontestable. Donc si ces datations se confirment et qu’elles ne sont pas remises en cause, alors il s’agira d’une des découvertes majeures de la préhistoire américaine de ces dernières décennies ».

Source : Le Monde du 24/09/2021

vendredi 17 septembre 2021

Des traces de feu vieilles de 560 000 ans à Tautavel, vers une découverte majeure ?

Des traces de feu vieilles de 560 000 ans ont été trouvées dans la Caune de l'Arago. Si ces dernières proviennent d'une utilisation humaine, il s'agirait d'une découverte majeure.

Une découverte historique vient-elle de se produire à Tautavel ? Cette semaine, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a officialisé qu’une équipe de recherche a récemment découvert des traces de feu veilles de 560 000 ans au sein de la célèbre grotte de la « Caune de l’Arago ».

Utilisation humaine ou incendie ?

Première certitude, « cette découverte recule de 160 000 ans l’âge des plus anciennes traces déjà connues dans cette grotte des Pyrénées-Orientales », confirme le CNRS. Les précédentes recherches avaient permis d’établir des traces de feu anciennes de 400 000 ans au sein de la « Caune de l’Arago ». Il s’agit donc d’une première avancée importante pour le site.

Mais cette dernière pourrait aussi s’avérer majeure à une autre échelle. Si les chercheurs prouvent que les traces de feu à Tautavel proviennent de l’Homme, une avancée considérable pourra être établie. « La communauté scientifique estime que les premières traces de la domestication du feu par l’Homme en Europe remontent à 400 000 ans », rappelle le CNRS.

Si la date de la maîtrise du feu par l’Homme, fixée à environ 400 000 ans donc, aura du mal à être remise en cause, il se pourrait que l’on découvre que ce dernier ait réussi à utiliser le feu 160 000 ans plus tôt, sans le maîtriser, en se servant sur un foyer déjà allumé. C’est ce qu’explique Christian Perrenoud, ingénieur d’études au muséum d’histoire naturel et rattaché à l’EPCC de Tautavel.

Tautavel pourrait être l'un des rares sites au monde où des traces de feu plus anciennes préservées peuvent être associées à de la présence humaine. Peut-être qu'avant de maîtriser le feu, de le fabriquer lui-même il y a 400 000 ans, l'Homme a pu profiter ponctuellement de feux naturels allumés par la foudre pour en ramener quelques éléments sur son site.
Christian Perrenoud, Ingénieur d'études au muséum d'histoire naturel

Des prochains mois décisifs

Ces nouvelles découvertes mettent en avant les récentes techniques utilisées. « Pour mettre au jour ces très anciennes traces de feu, les chercheurs ont appliqué des méthodes de susceptibilité magnétique », explique plus spécifiquement le CNRS dans son communiqué.

« Le fait que ce soit l’homme qui soit à l’origine de ces traces est la prochaine étape de notre travail. Il peut s’agir d’un reste d’incendie rapporté par le vent. Mais ce qui a intrigué, c’est que ces traces sont au niveau d’une occupation humaine. Nous devons caractériser si nous retrouvons d’autres traces de micro charbons de bois autour des premières, et si elles sont aussi associées à des occupations humaines », précise Christian Perrenoud.

Les recherches vont se poursuivre dans ce sens du côté de la « Caune de l’Arago » de Tautavel, où les prochains mois pourraient être décisifs dans cette possible découverte majeure.

Source : Actu Perpignan du 16/09/2021

jeudi 16 septembre 2021

Le plus ancien exemple d’art pariétal découvert au Tibet

Ces empreintes sont les exemples les plus anciens d'art pariétal au monde.

Une série de cinq empreintes de mains et cinq empreintes de pieds préservées dans du calcaire d'eau douce déposé autour d'une source chaude a été découverte près d'un affluent de la rivière Xiong Qu, près du village de Quesang, à environ 80 km au nord-ouest de Lhassa, au Tibet.

Ses découvreurs, des archéologues de l'Université de Guangzhou, en Chine, et de l'Université de Bournemouth, au Royaume-Uni, estiment que ces empreintes datant de 169 000 à 226 000 ans sont les plus anciennes traces d’art pariétal jamais découvertes.

Par comparaison, les plus anciennes peintures pariétales connues ont été découvertes sur l'île indonésienne de Sulawesi et datent de 39 900 et 43 900 ans.

Les premières analyses des empreintes tibétaines tendent à montrer qu’elles ont été soigneusement réalisées par des enfants âgés de sept à douze ans en raison de leur taille et de leur hauteur.

"On peut imaginer des enfants qui jouent dans la boue près d'une source d'eau chaude. On peut les voir placer leurs mains et leurs pieds avec précaution pour former des empreintes qui ont été préservées pendant des milliers d'années avant que nous ne les trouvions", explique dans un communiqué le Pr Matthew Bennett de l’Université Bournemouth au Royaume-Uni.

Le modèle 3D des empreintes de mains et de pieds de Quesang avec des couleurs montrant la profondeur des empreintes dans les roches.

Remonter le temps

Les chercheurs ont réussi à établir le moment de la création des empreintes à l'aide d'une méthode radiométrique basée sur la désintégration de l'uranium présent dans le calcaire.

En outre, ces empreintes constituent la preuve de la plus ancienne de l’occupation du plateau tibétain par les hominidés.

"Il s'agit d'une découverte incroyable, surtout si l'on considère l'altitude du site sur le plateau, où il devait faire très froid et où l'oxygène devait être rare."

La question est maintenant de déterminer à quelle espèce du genre Homo appartiennent ces empreintes.

Une piste de réponse pourrait se trouver dans la découverte de restes de squelettes découverts récemment sur le plateau tibétain et qui appartiendraient à des Homo denisovensis.

Source : Radio Canada du 15/09/2021