mardi 30 janvier 2018
L'Homme moderne a précédé de loin l'Homme de Néandertal au Levant
Depuis des années, certains paléoanthropologues y songeaient. La partie supérieure du carré 9 de l’unité stratigraphique 6 de la grotte de Misliya sur le Mont Carmel en Israël vient de leur en apporter la preuve. Désormais, on ne peut plus en douter: Homo sapiens a quitté l’Afrique plus tôt que ce que l’on croyait. Il y a bien plus de 200 000 ans sans doute ! Cette nouvelle, que de petits indices annonçaient depuis longtemps, change radicalement le consensus entre préhistoriens : encore récemment, Homo sapiens était censé avoir quitté l'Afrique pour le Levant une première fois il y a quelque 100 000 ans, y être retourné sous la pression des Néandertaliens (alors présents au Proche-Orient), puis être revenu en Eurasie il y a de 80 000 à 60 000 ans pour bousculer son cousin néandertalien et conquérir la Terre de façon explosive.
La preuve de la présence d'H. sapiens au Levant il y a bien plus de 100 000 ans est Misliya-1, un très ancien demi maxillaire sapiens mis au jour et étudié par une équipe internationale dirigée par Mima Weinstein-Evron, de l’université d’Haïfa, et Israel Hershkovitz, de l’université de Tel Aviv (image ci-dessus). Pour le dater, trois laboratoires ont appliqué différentes techniques : la datation par résonance de spin électronique fossile (une méthode qui révèle le temps qu’un élément minéral a passé enfoui), la datation par thermoluminescence et la radiochronologie (datation par l’uranium-thorium). Les chercheurs ont utilisé ces techniques sur une série de neuf silex trouvés en proche association avec le fossile, à la croûte le recouvrant, à l’émail dentaire et, finalement, pour exclure l’influence d’une intrusion de sédiments récents, à la dentine (la partie interne de la dent). À l’exception inexpliquée d’une date sur la dizaine obtenue, les estimations amènent à placer l’âge de Misliya-1 entre il y a 177 000 et 194 000 ans, avec une probabilité de 97,9%.
Pour prouver qu‘il s’agit bien d’un maxillaire sapiens, les chercheurs se sont livrés à une étude morphométrique, c’est-à-dire qu’ils ont soigneusement mesuré tous les détails visibles de la forme du maxillaire et des dents afin de les comparer à ceux des formes archaïques d'H. sapiens et d'autres espèces. Il en ressort qu’il s’agit d’un maxillaire sapiens «sans aucun trait squelettique ou dentaire néandertalien».
Un point essentiel est le fait que toutes les unités stratigraphiques de la grotte de Misliya, y compris l’unité 6, sont mêlés d’artefacts relevant de ce que les chercheurs nomment le Moustérien levantin précoce, une industrie lithique caractérisée par un débitage d’éclats dit Levallois (notamment des éclats triangulaires pouvant servir de pointe). Or ce type de moustérien est traditionnellement associé en Eurasie aux Néandertaliens, dont il constitue un marqueur. Pour autant, on sait depuis longtemps, qu'au Proche-Orient, il est associé sur certains sites à des fossiles néandertaliens et sur d'autres – les sites de Qafzeh et de Shkul – à des fossiles sapiens. En outre, il se rencontre aussi dans toute l’Afrique du Nord, notamment à Jebel Ihroud au Maroc, où a été récemment identifié le plus ancien H. sapiens archaïque connu (300 000 ans), mais aussi en Afrique de l’est à Kulkuletti en Éthiopie (279 000 ans) à Kapthurin au Kenya (285 000 ans) et même plus anciennement encore – il y a quelque 500 000 ans avant l’apparition d’H. sapiens – à Kathu Pan en Afrique du Sud. Jusqu'à présent on continuait à lier le moustérien avant tout à H. neanderthalensis, mais la date fournie par Misliya 1 suggère que l’apparition du débitage Levallois en Eurasie pourrait être, comme l’écrivent les chercheurs, «associée avec l’apparition des H. sapiens» au Levant. Cette évolution de notre point de vue sur le Moustérien est une nouvelle de grande importance en paléoanthropologie.
L’hypothèse d’une sortie d’Afrique des H. sapiens il y a plus de 200 000 ans, ou plus, apparaît dès lors d’autant plus probable qu’elle rejoint les conclusions d'une autre étude. Une équipe constituée autour de Cosimo Posth, à l’Institut Max-Planck pour l’histoire humaine de Tübingen, en Allemagne, a analysé des gènes mitochondriaux contenus dans le tibia néandertalien HST trouvé dans la grotte de Hohenstein-Stadel, dans le Jura souabe. Comme tous ceux des Néandertaliens, ces gènes sont plus proches de ceux de son cousin sapiens que de ceux de leur ancêtre commun (Homo heidelbergensis). Dès lors, des calculs d’horloge génétique suggèrent que la diversité des gènes mitochondriaux néandertaliens constatée grâce à HST ne peut s’expliquer que si une migration d’H. sapiens archaïques est venu d’Afrique apporter au Néandertaliens leurs gènes mitochondriaux il y a entre 470 000 et 220 000 ans.
La sortie d’Afrique précoce des H. sapiens archaïques suggéré par Misliya 1 et HST a aussi l’avantage de régler nombre de problèmes qu'il était difficile de traiter si H. sapiens n'avait commencé son expansion en Eurasie qu'il y a 80 000 ans au plus tôt : la découverte en 2010 dans une grotte du sud de la Chine d’un bout de mandibule de plus de 100 000 ans et d’autre indices suggèrent une arrivée d’H. sapiens en Chine bien plus tôt que ce que l’on pensait ; la réalisation récente que l’irruption d’H. sapiens en Australie il y a quelque 65 000 ans et donc bien avant en Asie du Sud-Est ; la constatation du fait que les néandertaliens de l'Altaï sibérien étaient déjà métissés avec des H. sapiens il y a plus de 100 000 ans…
Et puis, il y a l’existence au Levant d’une culture matérielle (silex taillés, artefacts divers, etc.) qui semble intermédiaire entre l’Acheuléen (l’industrie lithique caractéristique du Paléolithique inférieur d’Afrique ou d’ailleurs) et l’industrie moustérienne : la culture acheuléo-yabroudienne, qui prospéra il y a entre entre 350 000 et 200 000 ans. Or un crâne partiel fossile, celui de l’«Homme de Galilée» trouvé sur le site de Mugharet el-Zuttiyeh est associé à cette culture. Découvert dans les années 1920, le crâne de l’Homme de Galilée est d’abord passé pour celui d’un Néandertalien. Toutefois, dans les années 1980, après avoir réétudié tous les fossiles du Levant, le paléoanthropologue français Bernard Vandermeersch avait attiré l’attention sur l'impression qu’il partageait avec nombre de collègues : «le crâne de Zuttiyeh se rapproche, en fait, de la morphologie sapiens, mais avec la persistance de traits primitifs – l’importance du relief sus-orbitaire par exemple – qui permet de le placer parmi les Homo sapiens archaïques.» À partir de cela et d’autres observations, notamment le fait qu’aucun fossile néandertalien d’âge comparable à celui de l’homme de Galilée n’est connu au Levant, il proposait qu’une très ancienne population d’H. sapiens archaïque était déjà établie au Proche-Orient, bien avant que le fort réchauffement climatique du Stade isotopique marin 5 (130 000 à 71 000 ans avant le présent) n’ait amené au Proche-Orient une population néandertalienne allochtone, qui s’est ensuite mélangée avec les habitants sapiens du Proche-Orient, initiant le métissage de H. sapiens et de H. neanderthalensis. Parce que d’origine francophone, cette théorie avait été peu considérée par les confrères anglophones de Bernard Vandermeersch. Misliya 1 la confirme.
Source : Pour la Science du 29/01/2018
samedi 27 janvier 2018
Un fossile humain nous éclaire sur les premières migrations de l'histoire de l'humanité
La grotte de Misliya est aujourd'hui en Israël, sur les pentes du Mont Carmel. Ce n'est pas la seule caverne à déboucher sur les flancs de cette montagne riche en sites préhistoriques. C'est d'ailleurs dans l'une d'elles que l'on avait retrouvé des restes humains considérés jusqu'ici comme les plus anciens fossiles connus d'Homo sapiens hors du continent africain, et dont l'âge était estimé entre 80.000 et 120.000 ans.
C'est aujourd'hui un fragment de mâchoire supérieure, avec quelques dents, qui vient repousser la date des premières migrations d'humains modernes en-dehors de l'Afrique d'au moins 50.000 ans, dans l'estimation la plus basse. En utilisant trois différentes méthodes de datation, l'équipe de scientifiques emmenée par le professeur Israel Hershkovitz, de l'université de Tel-Aviv, qui signe une étude dans le magazine "Science", a pu estimer l'âge de ce fossile : entre 177.000 et 194.000 ans.
Nos ancêtres les migrants
Ces dates sont importantes, car elles montrent que nos connaissances sur le début de la dispersion de notre espèce dans le monde sont encore bien fragmentaires. La plupart des spécialistes s'accordent cependant sur le fait que l'Afrique serait bien le berceau de l'humanité, et que celle-ci en est partie en vagues successives pour aller s'installer sur les autres continents.
Les traces de ces premières migrations, enregistrées au Proche-Orient, étaient donc vieilles d'environ 120.000 ans. Avec la découverte de la caverne de Mislya, on se rapproche des 200.000 ans dans le passé. Cela "change notre vision sur la dispersion des humains modernes et est en accord avec des études génétiques récentes qui ont avancé la possibilité d'une dispersion plus précoce d'Homo sapiens aux alentours de 220.000 ans", expliquent les auteurs.
Cette découverte survient quelques mois après une autre remise en question. Jusque-là, les plus anciens restes d'Homo sapiens se trouvaient en Afrique de l'est, que l'on pouvait penser être le berceau de l'humanité. Mais en juin, on a appris la découverte de fossiles d'Homo sapiens vieux de 300.000 ans à Jebel Irhoud, au Maroc. Plus vieux de 100.000 ans que ce que l'on avait pu trouver dans la région de l'Ethiopie, les morceaux de squelette de Jebel Irhoud ont ainsi repoussé les origines de l'humanité moderne. On voit aujourd'hui que ses migrations ont elles aussi débuté bien plus tôt qu'on l'imaginait.
Rencontre avec Néandertal
La grotte de Misliya se situe également dans un territoire qui était à l'époque occupé également par des populations néandertaliennes. On sait que Sapiens et Néandertal se sont croisés, dans tous les sens du terme, et que l'un de ces points de rencontre se situe non loin de là, en Galilée. En 2015, une étude également menée par le professeur Hershkovitz avait mis en évidence les plus anciennes preuves de ces rencontres inter-espèces voici 55.000 ans.
L'anthropologue déclarait alors que cette région est "le seul endroit où les humains anatomiquement modernes et les Néandertaliens ont vécu côte à côte pendant des milliers et des milliers d’années." Si Sapiens était au Mont Carmel il y a près de 200.000 ans, cela a laissé beaucoup de temps aux deux espèces pour apprendre à mieux se connaître... mais aussi aux Homo sapiens pour découvrir d'autres rameaux de l'espèce humaine pas encore éteints.
"Misliya est une découverte excitante," assure aujourd'hui Rolf Quam, professeur d'anthropologie à l'univerité Binghamton (USA) et co-auteur de l'étude publiée jeudi soir. "Cela nous fournit l'évidence la plus claire à ce jour que nos ancêtres ont pour la première fois migré hors d'Afrique bien plus tôt que nous le croyions précédemment. Cela signifie aussi que les humains modernes ont potentiellement rencontré et interagi avec d'autres groupes d'humains archaïques, fournissant davantage d'occasions d'échanges culturels et biologiques."
La méthode Levallois
L'os n'était pas seul dans la caverne. Dans la même couche géologique, les archéologues ont trouvé des outils. Ceux-ci présentent un aspect que les spécialistes n'ont pas eu de mal à identifier : ils ont été taillés avec la méthode Levallois. Cette technologie sophistiquée permet d'obtenir des pointes de flèches et autres racloirs à partir d'un bloc de silex. Leur présence associée au fossile d'Homo sapiens est "la plus ancienne association connue de la méthode Levallois avec des fossiles humains modernes dans la région," expliquent les scientifiques.
La méthode Levallois aurait été à l'époque considérée comme une technologie de pointe. Associée aux Néandertals d'Europe mais aussi à des Homo sapiens d'Afrique, et pour l'équipe d'Israel Hershkovitz, cela "suggère que l'émergence de cette technologie est liée à l'apparition d'Homo sapiens dans la région, comme cela a été documenté en Afrique."
Nos ancêtres migrants, chasseurs de gros gibier, qui possédaient le feu et fabriquaient des outils perfectionnés, étaient donc aussi des innovateurs.
Source : L'Obs du 25/01/2018
Découverte en Israël du plus ancien « Homo sapiens » hors d’Afrique
Quand l’homme moderne, alias Homo sapiens, est-il sorti d’Afrique ? La présence de fossiles appartenant à notre espèce dans les grottes israéliennes de Skhul et Qafzeh, datés respectivement de 90 000 et 120 000 ans, donnait une fourchette assez large. Mais la découverte d’une demi-mâchoire datant d’environ 180 000 ans, dans la grotte toute proche de Misliya, sur le mont Carmel, elle aussi attribuée à un sapiens, montre que les excursions vers le Levant ont été bien plus précoces qu’on ne l’avait envisagé.
« Cela double presque l’ancienneté de ces premières migrations hors d’Afrique, se réjouit l’anthropologue Israël Hershkovitz (université de Tel-Aviv), responsable des fouilles. Et cela signifie aussi que les périodes d’interaction avec les autres représentants du genre Homo qui étaient déjà hors d’Afrique ont été bien plus longues qu’on le croyait. » Avec l’annonce en 2017 de la découverte au Maroc, sur le site de Djebel Irhoud, d’un représentant de notre lignée vieux de 315 000 ans, l’heure est encore une fois à repousser dans le temps et dans l’espace l’emprise de notre espèce sur la planète.
Le fossile de Misliya ne paie pas de mine : un fragment de maxillaire supérieur gauche et les dents associées. Pas de crâne complet ou d’os de membres. L’étude de ces restes a cependant pris un temps considérable : la fouille de cette grotte a débuté en 2001. Le fossile a été trouvé dès la saison suivante. Mais l’équipe internationale constituée pour analyser ces restes, les dater et les replacer dans leur contexte archéologique, a pris toutes les précautions avant de publier ses résultats, vendredi 26 janvier dans la revue Science.
« On a dû retravailler l’article, faire plus d’analyses pour convaincre les personnes chargées de la relecture du manuscrit, indique Israël Hershkovitz. Une de nos réponses faisait 54 pages, pour justifier les conclusions de notre article qui n’en fait que trois… »
La datation a été confiée à trois laboratoires, en France, en Israël et en Australie, qui ont travaillé avec des méthodes différentes. Toutes convergent vers 180 000 ans, hormis la datation directe d’une dent, qui pointe 70 000 ans. « Cette datation à l’uranium-thorium dépend de la capture de l’uranium par les dents, qui sont un peu comme des éponges, mais le problème est qu’on ne peut savoir si elles ont absorbé cet uranium en une seule fois ou de façon progressive, explique Hélène Valadas, du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (Gif-sur-Yvette), qui a participé à ces datations. En revanche, la même méthode est bien plus fiable pour la croûte minérale qui entourait le fossile et qui, elle, est datée de 185 000 ans. »
« Sens du confort »
L’ancienneté de Misliya-1 – le nom officiel du fossile – ne fait donc pas de doute. Son appartenance à une version archaïque de notre espèce non plus : la forme des dents ne permet en aucun cas de le confondre avec un néandertalien « ou d’autres homininés du Pléistocène moyen d’Europe, et elle le place du côté des humains modernes et proche de celui du Djebel Irhoud », écrivent les chercheurs.
Comment vivaient ces hommes, abrités dans ces grottes ? Ils avaient le sens du confort, note l’archéologue Mina Weinstein-Evron (Université d’Haïfa) à propos de traces de végétaux entremêlés qui font penser « à des matelas ». « Ils chassaient les gazelles, les aurochs, les sangliers et on a retrouvé des coquilles d’œufs d’autruche. On peut imaginer des récipients, ou des grosses omelettes, souligne-t-elle. Des outils pointus étaient utilisés pour extraire des tubercules. Il y a aussi des coquillages mais on ignore s’ils n’ont pas été amenés là par des oiseaux. Comme dessert, il y avait des baies. Bref, ils profitaient au maximum de leur environnement. »
Que signifie leur présence précoce dans ces marges africaines ? « Cette découverte apporte de l’eau au moulin d’un modèle qui émerge actuellement sur la sortie d’Afrique de notre espèce, qui s’appuie à la fois sur des données génétiques et climatiques », se réjouit Jean-Jacques Hublin (Institut Max Planck, Leipzig, et Collège de France), codécouvreur des fossiles du Djebel Irhoud. Côté génétique, certaines analyses d’ADN ancien suggèrent que des premiers croisements entre H. sapiens et son cousin Néandertal, présent antérieurement aussi dans la région du Levant, auraient pu intervenir entre 220 000 et 460 000 ans. Dans ce cas, « les fossiles d’Homo sapiens de Misliya, Skuhl et Qafzeh pourraient représenter des excursions relativement tardives de notre espèce hors d’Afrique », estime Chris Stringer et Julia Galway-Witham (Muséum d’histoire naturelle de Londres) dans un commentaire publié dans Science : d’autres sapiens, encore à découvrir, les auraient précédés.
Des périodes de « Sahara vert »
Côté climat, des périodes de « Sahara vert », où la région du Proche-Orient était moins aride, se sont succédé au cours des derniers 500 000 ans. « Peut-être y a-t-il eu une sortie d’Afrique lors d’un de ces épisodes verts il y a 300 000 ans, puis plus récemment, mais que ces sorties n’ont pas été entièrement couronnées de succès jusqu’à une période récente », avance Jean-Jacques Hublin. En effet, Homo sapiens n’est présent en Europe qu’à partir de 50 000 ans, peu avant la disparition de Néandertal.
Pour Israël Hershkovitz, épisodes verts ou pas, « Israël n’a jamais été vide, en tout cas sur la zone côtière, où il y a toujours eu suffisamment de ressources pour subsister ». Si Homo sapiens n’est arrivé que tardivement en Europe, c’est qu’il n’était pas adapté au climat plus froid qui y régnait : « Pourquoi y aller, alors que la route était ouverte vers l’est, où le climat était plus favorable ? » Cela pourrait expliquer la présence de 47 dents humaines vieilles de 120 000 ans dans la grotte de Daoxian, en Chine, annoncée en 2015.
L’étude des pierres taillées retrouvées à Misliya est un autre élément intéressant. Il s’agit d’outils de type Levallois, produits par débitage d’éclats prédéterminés. On en a trouvé au Djebel Irhoud (315 000 ans), dans d’autres sites africains plus anciens, mais aussi en Europe (Arménie) à la même époque. Cette même technologie a-t-elle été inventée spontanément et simultanément dans plusieurs endroits, dans un phénomène de convergence évolutive, ou bien y a-t-il eu des échanges techniques, comportementaux, à la faveur du corridor israélien ? « On n’a pas encore trouvé d’outils Levallois de plus de 250 000 ans en Israël même », rappelle Israël Herchkovitz. Or, des fossiles datés de ces mêmes niveaux temporels ont été découverts à Misliya, révèle-t-il. Mais il est encore trop tôt pour dire à quelle espèce du genre Homo ils appartiennent. A suivre, donc…
Source : Le Monde du 25/01/2018
jeudi 25 janvier 2018
dimanche 7 janvier 2018
Une faune envahissante anéantie Oreopithecus, le dernier primate hominoïde européen
L'extinction d'Oreopithecus bambolii, le dernier primate européen du Miocène, s'est produite en raison de l'irruption de nouvelles espèces continentales qui l'ont concurrencée et l'ont précédée, selon une étude publiée dans le Journal of Human Evolution.
L'étude, menée par le chercheur associé à l'Institut Català de Paleontologia Miquel Crusafont (ICP), Daniel DeMiguel, a également détecté une instabilité du climat, même si les chercheurs écartent qu'elle était suffisante pour provoquer sa disparition.
Oreopithecus bambolii est un primate hominoïde, le groupe auquel appartiennent les grands anthropomorphes actuels tels que les gorilles, les chimpanzés, les orangs-outans et les humains et qui comprend d'autres petites espèces de la famille des hilobatidés (représentés par les gibbons et siamangs d'Asie du Sud-Est).
Oreopithecus a vécu il y a entre 8,2 et 6,7 millions d'années dans une région qui fait actuellement partie de la Toscane et de la Sardaigne (Italie).
Le squelette le plus complet a été découvert en 1958 dans une mine de charbon et correspond à un jeune mâle adulte d'environ 30 kilos connu sous le surnom de "Sandrone".
Extinction d'Oreopithecus, question controversée
L'extinction d'Oreopithecus a été un sujet assez controversé au sein de la communauté scientifique au cours des dernières décennies.
Un aspect de cette espèce qui a toujours surpris les paléontologues est qu'elle s'est éteinte plus tard que le reste des hominoïdes eurasiens, y compris les espèces récupérées dans le bassin Vallès-Penedès (Catalogne) - représentées par des espèces comme Pierolapithecus catalaunicus (Pau) ou Pliobates cataloniae (Laia) - qui a disparu il y a environ 10 millions d'années.
Une explication possible de la survie d'Oreopithecus aurait été sa condition en tant qu'espèce insulaire, puisque pendant le Miocène cette zone n'était pas reliée au continent.
L'article publié par les paléontologues Daniel DeMiguel (Université de Saragosse, ARAID et associé à l'Institut Català de Paleontologia Miquel Crusafont) et Lorenzo Rook (Università degli Studi di Firenze) réfute la théorie selon laquelle l'extinction d'Oreopithecus était due au changement climatique, comme proposé par d'autres auteurs.
«S'il est vrai que nous avons détecté une certaine instabilité du climat à l'époque et dans la région où vivait ce primate, nous pensons que c'était une espèce assez flexible au regard de ses exigences écologiques, ce qui l'a favorisée pour survivre», explique-t-il. DeMiguel.
Oreopithecus avait un régime alimentaire mixte à base de fruits et d'autres éléments et, bien que la disponibilité de ses aliments préférés ait été réduite en raison d'une variation des conditions environnementales, il se serait adapté à la consommation de fruits d'autres espèces végétales, ainsi les chercheurs ils envisagent une hypothèse alternative.
Autre faune
Après avoir étudié la faune des mammifères herbivores qui existait avant et après leur extinction, ils concluent que leur disparition était due à d'autres raisons.
«Nous avons observé qu'il y avait un important renouvellement de la faune au cours de cette période, probablement en raison de nouvelles espèces qui sont arrivées dans cette région lorsque l'île était géologiquement reliée au continent», explique DeMiguel.
Ces nouvelles espèces envahissantes auraient concouru pour les ressources alimentaires avec Oreopithecus et, dans certains cas, ont même précédé. Les nouvelles faunes comprennent une autre espèce de primate (Mesopithecus) et un tigre à dents de sabre (Machairodus).
Tout au long des archives fossiles, il existe de nombreux exemples de situations similaires à celle qu'Oreopithecus a vécue. L'émergence de nouvelles espèces dans un écosystème modifie les relations trophiques à tel point que certaines espèces mieux adaptées remplacent celles existantes.
Dans le cas des espèces insulaires, la sensibilité à ce type de changement est généralement encore plus grande que chez les espèces continentales.
Source : EFE du 06/01/2018

