vendredi 30 décembre 2016
mercredi 28 décembre 2016
vendredi 23 décembre 2016
Des empreintes découvertes en Tanzanie montrent que certains australopithèques étaient baraqués
Une seconde piste d'australopithèques a été découverte sur le site mythique de Laetoli, en Tanzanie. Ces empreintes auraient été laissées par deux cousins de Lucy possiblement un mâle, une femelle. L'un des deux est l'australopithèque le plus costaud jamais découvert.
GÉANT. C’était un géant pour son espèce. L’australopithèque le plus costaud jamais découvert dans la famille de Lucy l’Australopithecus afarensis chaussait du 42 avec ses pieds de 27 cm! Et il pouvait manger la soupe sur la tête de ses congénères, "puisqu’il les dépassait tous au minimum d’une bonne vingtaine de centimètres, avec ses 1,m 65 pour 44 à 48 kg". Sans parler de Lucy, qui frôlait à peine les 1,06 m et fait désormais figure de naine de la famille. Telles sont les conclusions des chercheurs italiens et éthiopiens qui ont analysé les empreintes que cet hominidé a laissé il y a 3,66 millions d’années sur le site de Laetoli, en Tanzanie aux côtés de celles d'un individu plus petit.
Elles se trouvaient à 150 mètres à peine de l’endroit où la célèbre paléontologue britannique Mary Leakey avait déjà exhumé, il y a 40 ans, une première série d’empreintes, appartenant à trois A. afarensis de taille différente. "Les nouvelles traces ont probablement été laissées par des individus du même groupe", estime Fidelis Masao, de l’université Daar es Salaam, en Tanzanie premier signataire de l’étude. Les deux séries d’empreintes appartiennent à des individus marchant dans la même direction, vers le nord-ouest, et ont été découvertes dans la même couche de tuf datée de 3,66 millions d’années. Du coup, les chercheurs imaginent un clan d’hominidés fuyant une éruption du volcan Sadiman (aujourd'hui éteint), tout comme des dizaines d’autres animaux dont on a retrouvé les pas. La cendre, mêlée à de l’eau, a formé une sorte de ciment, avant d’être recouverte par d’autres couches de cendres.
Surnommé Chewie en hommage à Chewbacca de "Star Wars"
La nouvelle piste, découverte à l’occasion de travaux visant à la création d’un musée et à la préservation du site, fait 32 mètres de long et comporte 12 traces de pas du grand gaillard, surnommé Chewie, (en référence à Chewbacca, le gigantesque personnage velu de la saga Star Wars) mais aussi une empreinte d’un individu plus petit, mesurant 1,46 m pour 39 kg. Pour parvenir à ces estimations, les chercheurs ont utilisé des modèles qui analysent notamment la profondeur des empreintes et la forme des pieds, comparée avec ceux d'autres ossements exhumés dans la région. La famille des Australopithecus afarensis est réputée avoir vécu entre -3,8 millions d'années et -3,2 millions d'années dans ce qui forme aujourd'hui l'Éthiopie et la Tanzanie, en Afrique de l'Est.
Les trois premiers australopithèques analysés par Mary Leakey dans les années 1970 mesurent, eux, entre 1,10 et 1,45 m et pèsent entre 20 et 35 kg. Au total, ce sont donc cinq individus de taille différente dont disposent désormais les scientifiques sur ce site situé non loin du lac Turkana. Conclusions ? "Il existait chez les hominidés des variations de taille plus importantes qu’on ne le pensait", souligne Marco Cherin, de l’université de Pérouse, en Italie, cosignataire de l'article. Ce qui bouscule une idée selon laquelle la corpulence des hominidés s’est développée plus tardivement, au moment de l’accroissement du cerveau, il y a 2,5 millions d’années. Pour les chercheurs, les plus grandes empreintes auraient pu être laissées par des mâles, les plus petites par des femelles ou des juvéniles. Ce qui leur fait penser que "ces australopithèques avaient une structure sociale similaire à celles des gorilles où un mâle dominant — le dos argenté — règne sur un harem de femelles plus petites".
Source : Sciences et Avenir du 21/12/2016
dimanche 18 décembre 2016
Les traces du plus grand Australopithèque connu
De nouvelles empreintes d'Australopithèque découvertes sur le site de Laetoli, en Tanzanie, auraient été laissées par un individu bien plus grand que ses congénères.
Le son ressemblait plus à un « sploutch » qu'à un bruit sourd, alors que le grand Australopithèque mâle traversait la savane d'Afrique de l'Est. Une éruption volcanique avait laissé une patine de cendre grise sur le sol, et les orages qui avaient suivi avaient transformé la terre en ciment humide. Sploutch, sploutch. Quatre individus plus petits marchaient non loin derrière. Sploutch, sploutch, sploutch. Un peu plus tard, la cendre tomberait encore du ciel, couvrant leurs traces durant les 3,66 millions d'années suivantes.
Les premières traces de ce voyage - les empreintes de pas de trois individus, qui sont les plus anciennes connues parmi tous les parents de la famille humaine - ont été découvertes dans les années 1970 au nord de la Tanzanie par l'anthropologue Mary Leakey et son équipe. Quelque 40 ans plus tard, les chercheurs ont mis au jour d’autres d'empreintes d'homininés sur le même site, désormais célèbre, de Laetoli. Elles rassemblent les traces de deux autres individus, dont celles d'un mâle qui aurait pesé environ 48 kilogrammes pour 1,65 mètre de haut, ce qui en fait de loin le plus grand Australopithèque connu dans le registre fossile. Les chercheurs l'ont nommé Chewie, en référence à Chewbacca, le personnage poilu de 2 mètres de haut de la saga Star Wars (le mot swahili signifiant léopard, chui, se prononce de façon similaire).
Les nouvelles empreintes de Laetoli, décrites dans un article publié le 14 décembre dans la revue eLife, suggèrent que les premiers homininés avaient peut-être une structure sociale semblable à celle des gorilles, où un grand mâle domine un groupe de petites femelles. Ces empreintes posent également la question épineuse de leur préservation.
Des empreintes fragiles
Les nouvelles empreintes ont en effet été découvertes lors des travaux entrepris pour préserver la piste d’empreintes originales, de 23 mètres de long. Menacées par l’érosion, l’eau et la végétation, les empreintes ont été recouvertes de terre l’essentiel du temps depuis les années 1990 pour être protégées. Le gouvernement tanzanien a approuvé un projet visant à construire un musée sur le site, comportant notamment un revêtement protecteur pour la première piste d’empreintes. Lors des travaux préparatoires, l'archéologue Fidelis Masao, de l'université de Dar es-Salaam en Tanzanie, a creusé des tranchées pour explorer le site et a découvert à cette occasion, en octobre 2014, une grande empreinte d'homininé. D'autres fouilles dans une zone située à 150 mètres des empreintes originales ont mis au jour 12 traces de pas plus grandes appartenant au même individu, formant une piste de 32 mètres de long, et une empreinte supplémentaire d'un autre individu plus petit.
Les premières empreintes découvertes sur le site de Laetoli ont été attribuées à Australopithecus afarensis – la même espèce que Lucy, qui a vécu il y a 3,2 millions d'années en Éthiopie. L'équipe de Fidelis Masao pense que les nouvelles traces ont probablement été laissées par des individus du même groupe. Les deux séries d'empreintes appartiennent en effet à des individus marchant dans la même direction nord-ouest. Elles ont été trouvées dans la même couche de cendres volcaniques et, par conséquent, ont probablement été créées dans des conditions identiques, durant un seul et même voyage, suggèrent Masao et ses collègues.
« C'est vraiment fascinant d’imaginer ce groupe marchant dans la même direction à la même vitesse », dit Marco Cherin, paléontologue à l'université de Pérouse, en Italie, qui a co-dirigé l'étude. « Vers où ? Nous ne le savons pas. Ils marchaient sans doute simplement comme tous les autres animaux qui ont laissé leurs empreintes à Laetoli. »
Les empreintes de Chewie sont plus grandes que les autres : elles mesurent 27 centimètres de long, l’équivalent d’une pointure 42. Selon Marco Cherin, ces empreintes imposantes signifient qu’il existait chez les premiers homininés des variations de taille beaucoup plus importantes que ce que l'on pensait jusqu'ici. Cela remet aussi en cause l’idée que la corpulence des homininés s’est développée seulement à mesure que leur cerveau devenait plus grand durant les 2,5 derniers millions d'années. L’équipe de paléontologues estime que les autres individus de Laetoli mesuraient entre 1,11 et 1,49 mètre de haut.
Des petits et des grands
La gamme de taille des individus de Laetoli pourrait aussi se rapporter à la structure sociale de ces homininés. Les chercheurs suggèrent que les plus grandes empreintes ont été laissées par un mâle adulte, tandis que les autres appartiennent à deux femelles adultes et deux jeunes ou femelles plus petites. Les groupes de gorilles, dans lesquels un mâle à dos argenté chapeaute un harem de femelles beaucoup plus petites et leur progéniture, montrent un éventail de tailles aussi large, note Marco Cherin, qui pense que les australopithèques ont pu adopter une organisation similaire.
Cependant, pour Neil Roach, paléoanthropologue à l’université Harvard, cette relation entre la structure sociale et les différences de taille entre les sexes n'est pas si claire. Il est néanmoins d'accord pour dire que ces nouvelles empreintes appuient l’idée que Australopithecus afarensis vivait en groupes composés de multiples mâles et femelles, et qu'il y avait des différences de corpulence importantes entre les sexes.
Bruce Latimer, paléoanthropologue à l'Université Case Western Reserve à Cleveland (Ohio), convient que les conclusions sur les groupes sociaux des australopithèques devraient être prises avec prudence. Mais Latimer, qui a travaillé sur les traces de pas originales, juge néanmoins extraordinaire la découverte de cette nouvelle piste d’empreintes, qui apporte en outre des preuves supplémentaires que les individus de Laetoli avaient des pieds qui n'étaient pas si différents de ceux des humains actuels. « Les empreintes de Laetoli ne dépareraient pas sur une plage aujourd'hui », résume-t-il.
Le projet de musée est momentanément suspendu tandis que les chercheurs cherchent d’autres empreintes et examinent l'état des pistes d'origine, explique Charles Musiba, anthropologue à l'université du Colorado à Denver, qui participe aux travaux de conservation. Le projet actuel est de construire des installations de recherche et d'éducation à l'extérieur d'un périmètre de 1,5 kilomètre autour du site, tout en étudiant le meilleur endroit pour bâtir un musée pour protéger et montrer les empreintes, qui ont toutes été ré-enterrées. « Nous allons les laisser en l’état pour l'instant », précise Charles Musiba.
Après avoir découvert les nouvelles empreintes, la première personne à qui Fidelis Masao a téléphoné est Richard Leakey, l'un des fils de Mary Leakey (décédée en 1996). Celui-ci lui aurait dit : « Je vous félicite et je vous plains en même temps. La nature a conservé ces empreintes pendant 4 millions d'années. Comment allez-vous faire en sorte qu'elles restent intactes pendant les millions d'années à venir ? » Fidelis Masao est resté sans réponse…
Source : Pour la Science du 16/12/2016
mardi 6 décembre 2016
mardi 8 novembre 2016
Le remplacement
08/11/2016
https://www.college-de-france.fr/site/jean-jacques-hublin/course-2016-11-08-17h00.htm
mardi 25 octobre 2016
La sortie d'Afrique
25/10/2016
https://www.college-de-france.fr/site/jean-jacques-hublin/course-2016-10-25-17h00.htm
mardi 18 octobre 2016
Les premiers « hommes modernes »
18/10/2016
https://www.college-de-france.fr/site/jean-jacques-hublin/course-2016-10-18-17h00.htm
mardi 11 octobre 2016
Formes archaïques africaines
11/10/2016
https://www.college-de-france.fr/site/jean-jacques-hublin/course-2016-10-11-17h00.htm
mardi 4 octobre 2016
Modèles d'apparition d'Homo sapiens
04/10/2016
https://www.college-de-france.fr/site/jean-jacques-hublin/course-2016-10-04-17h00.htm
lundi 5 septembre 2016
Origine de la vie : les plus vieux fossiles peut-être trouvés au Groenland
Il n’est probablement pas exagéré de dire que toutes les indications de l’existence de formes de vie sur Terre il y a plus de 2,7 milliards d’années sont sujettes à la controverse, à l’exception peut-être maintenant des micro-fossiles associés à des stromatolites fossilisés qui ont été trouvés dans les fameuses ceintures vertes de la région de Pilbara, en Australie, ainsi qu'à Barberton, en Afrique du Sud, et qui sont âgées d’environ 3,4 milliards d'années.
Comme dans le cas des constructeurs des stromatolites que l’on peut observer de nos jours à Hamelin Pool (dans une baie australienne située à l'intérieur du golfe de l'océan Indien que l'on appelle baie Shark), ces micro-fossiles sont les traces de cyanobactéries filamenteuses. Probablement que, comme aujourd’hui, il s’agissait d’organismes photosynthétiques producteurs d’oxygène formant des mattes bactériennes, ou biofilms, à la surface des sédiments déposés dans les bassins peu profonds de la zone littorale.
Une équipe de chercheurs australiens menée par Allen Nutman, de l’université de Wollongong, vient de publier dans Nature un article dans lequel elle annonce avoir trouvé des traces de stromatolites encore plus anciennes. En effet, les âges obtenus, à l’aide de la fameuse méthode de datation isotopique Uranium-Plomb appliquée à des cristaux de zircon, sont de 3,7 milliards d’années.
Des roches déposées en milieu marin peu profond
Ces traces supposées se présentent sous forme de petites ondulations de 1 à 4 cm de hauteur en forme de dômes et de cônes avec un structure fine en couches. Elles rappellent celles que l’on peut observer avec des stromatolites. On les trouve dans des roches sédimentaires qui ont été métamorphisées et qui affleurent dans la célèbre région d’Isua, au Groenland, réputée pour l’ancienneté de ses roches.
L’analyse de la roche contenant les restes supposés de stromatolites a révélé des taux de terres rares et aussi d’yttrium qui sont typiques des sédiments déposés dans un environnement marin peu profond, donc du genre de celui où l’on trouve des stromatolites.
Il n’y a malheureusement pas de traces de micro-organismes fossilisés dans les échantillons découverts par les chercheurs australiens. Plusieurs de leurs collègues sont donc franchement très sceptiques, comme par exemple le géologue groenlandais Minik Rosing. Pour lui, les structures découvertes s’expliquent très bien par les mouvements tectoniques qui ont déformé les roches d’Isua et les carbonates à l’origine de la roche métamorphisée ont pu se déposer de façon abiotique, sans faire intervenir des biofilms.
La problématique difficile des traces de vie pendant l'Archéen
On retrouve là d’ailleurs les raisons qui ont fait que bon nombre de « preuves » directes ou indirectes de l’existence de formes de vie il y a plus de 2,7 milliards d’années ont finalement été mises en doute.
Avant la Grande Oxydation survenue il y a environ 2,5 milliards d’années, la Terre était bien différente. Il n’y avait pas d’oxygène dans l’atmosphère qui nous serait, du coup, apparue comme orangée. Très chargées en fer et plus chaudes, les eaux des océans nous seraient apparues comme vertes et les continents comme noirs car recouverts de laves sans la présence de sol et de plantes.
Le volcanisme et la tectonique des plaques étaient différents, l’hydrothermalisme bien plus actif. Bref, la chimie et les processus géologiques à l’œuvre sont difficiles à interpréter dans le cadre de ceux que l’on peut observer de nos jours.
Surtout, les roches de l’Archéen qui nous sont parvenues ont été, le plus souvent, très métamorphisées, subissant des températures et des pressions importantes qui ont changé leurs structures physiques et chimiques. On s’est ainsi rendu compte, après coup, que plusieurs signatures chimiques de la présence de la vie, et même des structures que l’on pouvait interpréter comme des micro-fossiles, pouvaient en fait résulter de processus abiotiques.
Mais imaginons que les chercheurs australiens aient raison, ce qui est parfaitement compatible avec les indications données par les horloges moléculaires et ce que l'on pense du fameux Luca. L’existence de stromatolites il y a 3,7 milliards d’années indiquerait la présence de formes de vie assez complexes. Il faudrait donc en conclure que la vie existait déjà il y a probablement au moins 4 milliards d’années et que le fameux Grand Bombardement Tardif ne l’a pas éradiquée il y a environ 3,9 milliards d’années, comme on pouvait le craindre. Si la vie est bien apparue très rapidement sur Terre malgré des conditions peu hospitalières, cela renforce notre espoir de trouver aussi des traces, au moins fossilisées, sur Mars.
Source : Futura Sciences du 01/09/2016
vendredi 2 septembre 2016
La vie sur Terre apparue plus tôt qu'on le croyait
« Cette découverte constitue une nouvelle référence » dans la recherche des premières traces de vie sur Terre, a déclaré dans un communiqué Martin Julian Van Kranendonk, expert en géologie de l'Université de Nouvelle-Galles-du-Sud et coauteur d'une étude parue dans la revue britannique Nature.
Ces structures fossilisées - appelées stromatolites - prouvent que la vie était déjà apparue quelque 800 millions d'années après la formation de la Terre, elle-même née il y a 4,5 milliards d'années, selon Allen Nutman de l'Université australienne de Wollongong, auteur principal de l'étude.
Ces formations géologiques ont émergé à la surface du sol après la fonte d'une plaque de glace dans le massif d'Isua, dans le sud-ouest du Groenland.
Les structures et la chimie de ces fossiles laissent penser à une activité microbienne et donc « à une origine biologique », signe « d'une émergence rapide de la vie sur Terre », d'après Allen Nutman.
Les stromatolites, hautes de 1 à 4 centimètres, viennent corroborer d'autres preuves génétiques qui placent l'origine de la vie à cette période.
Selon l'étude, cette découverte pourrait aussi aider à la recherche de la vie sur Mars, considéré comme la planète du système solaire la plus propice à l'existence de formes de vie, car elle est dotée d'une atmosphère contenant de l'eau sous forme de vapeur et de glace.
« Il y a 3700 millions d'années, Mars était probablement encore humide, avec même des océans », a expliqué à l'AFP Allen Nutman. « Si la vie s'est développée si rapidement sur la Terre, permettant la formation de choses comme ces stromatolites, il pourrait être plus facile de détecter des signes de vie sur Mars ».
« Au lieu d'étudier uniquement la signature chimique de la planète, nous pourrions être en mesure de voir sur les images de Mars des choses comme des stromatolites », a-t-il ajouté.
Jusqu'à aujourd'hui, la plus vieille preuve de vie sur Terre avait été découverte par des chercheurs australiens et canadiens dans les roches de Strelley Pool Chert, dans la région de Pilbara en Autralie. Elle avait environ 3,5 milliards d'années.
Source : La Presse du 01/09/2016
vendredi 19 août 2016
L’ancêtre de l’Homme de Florès retrouvé
Des restes vieux de 700 000 ans retrouvés en Indonésie éclairent les origines de l’Homme de Florès, notre mystérieux « petit cousin » d’Asie.
On dit souvent que chaque famille recèle un aïeul excentrique. Parmi les espèces qui composent la grande famille humaine, ce parent est sans aucun doute Homo floresiensis. Surnommé le « hobbit » en référence aux petits personnages aux pieds velus de l’œuvre de Tolkien, cette créature mesurait à peine plus d’un mètre, avait de courtes jambe, de grands pieds et un cerveau de la taille d’un pamplemousse – autant de traits primitifs associés à nos ancêtres d'il y a plusieurs millions d’années. Pourtant, H. floresiensis vivait encore sur l’île de Florès, en Indonésie, il y a à peine 60 000 ans, alors que des espèces humaines avec une anatomie et un cerveau aux proportions modernes (Homo sapiens et Néandertal) étaient déjà établies partout dans le monde.
Comment les Hommes de Florès en sont-ils arrivés à ces caractéristiques anatomiques dépassées ? Les scientifiques se posent la question depuis que les étranges fossiles ont été trouvés en 2004 dans la grotte de Liang Bua, à l’ouest de l’île de Florès. Mais de nouvelles découvertes viennent d'être faites sur un autre site de l’île. Selon leurs auteurs, ces nouveaux fossiles, vieux de 700 000 ans, mettent en lumière les origines mystérieuses de l’Homme de Florès. Tous les chercheurs n’en sont cependant pas convaincus.
Jusqu’à aujourd’hui, les paléoanthropologues se sont principalement concentrés sur deux hypothèses concurrentes à propos de l’évolution de Homo floresiensis. D’après la première, il descendrait de Homo erectus, une espèce plus grande et au cerveau plus volumineux qui fut le premier membre de la famille humaine à quitter l’Afrique pour se répandre de par le monde. Dans ce scénario, le corps et le cerveau plus petits de H. floresiensis sont le résultat d’une adaptation aux ressources limitées disponibles sur l’île de Florès. Un tel rapetissement, qualifié de « nanisme insulaire » est bien connu chez d’autres espèces de mammifères ayant colonisé des îles, comme certains membres de la famille des éléphants, mais n’avait jamais été observé chez les humains.
Selon la seconde hypothèse, H. floresiensis descend d’un ancêtre plus primitif qui était lui même de petite taille et avait aussi un petit cerveau, peut-être Homo habilis ou un membre du genre Australopithecus. Dans ce scénario, H. floresiensis était déjà petit avant son arrivée sur l’île de Flores, ayant conservé ces caractéristiques primitives de ses ancêtres directs (ainsi que d’autres, visibles dans les os du bras, du poignet, de la main et du pied). Mais des formes humaines aussi primitives n’ont jamais été découverts en dehors d’Afrique.
Il existe un troisième scénario, défendu par une petite mais bruyante minorité. Selon celui-ci, les restes découverts ne seraient pas représentatifs d’une espèce distincte, mais appartiendraient à des individus H. sapiens ayant eu des problèmes de développement.
L’absence de tout fossile humain à Florès antérieur à ceux de Liang Bua empêchait de tester ces hypothèses, jusqu’à aujourd’hui. Dans deux publications de parues le 9 juin dans la revue Nature, Gerrit van den Bergh et Adam Brumm, de l’Université de Wollongong en Australie, et leurs collègues, ont annoncé avoir découvert une collection de fossiles humains vieux de 700 000 ans sur un site du centre de Florès, Mata Menge. Les chercheurs ont provisoirement associé ces fossiles (un morceau de petite mâchoire inférieure et six petites dents individuelles provenant d’au moins trois individus différents) à H. floresiensis et suggèrent qu’ils représentent les ancêtres directs des petits hommes de Liang Bua.
L'examen de la nouvelle mâchoire et des dents a montré qu’elles sont similaires à leurs homologues de Liang Bua en termes de taille et de forme, bien que moins spécialisées, ce qui est attendu pour des formes plus anciennes. Les auteurs notent qu’un autre indice appuie le lien étroit entre les deux groupes : les outils de pierre trouvés sur les deux sites de Mata Menge et Liang Bua présentent de grandes similitudes. L’équipe a également comparé la mâchoire et les dents du site de Mata Menge avec celles d’autres espèces humaines, y compris Australopithecus et H. habilis. Ils en ont conclu que leurs restes fossiles ont des caractéristiques plus proches de celles de H. erectus. Ainsi, selon eux, ces résultats appuient l’hypothèse selon laquelle H. floresiensis est un descendant rapetissé de H. erectus plutôt que d’un ancêtre humain plus primitif.
Les restes du site de Mata Menge laissent à penser que ce rapetissement s’est produit étonnamment vite. Les plus vieilles traces connues de présence humaine sur l’île de Flores – une série d’outils en pierre du site de Wolo Sege – datent d’environ un million d’années. Aucun reste humain associé à ces outils n’a été retrouvé, mais s’ils ont été fabriqués par les ancêtres, plus grands, des petits individus de Mata Menge ayant vécu il y a 700 000 ans, cela signifierait que leur taille a évolué en seulement 300 000 ans. Ce rapetissement éclair contraste fortement avec le rythme évolutif observé chez d’autres fossiles humains. « La taille du corps et du cerveau humain a augmenté pendant le Pléistocène (entre -2,6 million et -11 600 ans), mais l’île de Florès nous montre que ça n’a pas été à sens unique», a expliqué Van den Bergh lors d’une conférence de presse le 6 juin dernier.
Des fossiles d’animaux trouvés sur le site montrent que les Hommes de Mata Menge vivaient dans un habitat de type savane formé de prairies et de points d’eau. Des rongeurs, des crocodiles, des stégodons – cousins disparus de l’éléphant – des dragons de Komodo et un éventail d’oiseaux partageaient leur environnement. Les Hommes de Florès mangeaient-il certains de ces animaux ? Les chercheurs l’ignorent : leurs outils en pierre auraient pu servir à découper de la viande, mais aucune trace n’a été décelée sur les ossements animaux.
Des paléoanthropologues extérieurs à l'équipe jugent ces découvertes importantes. « Ils ont mis en évidence de solides preuves » d’un lien entre les fossiles de Mata Menge et ceux de Liang Bua, estime Fred Grine, spécialiste en fossiles de dents humaines à l’université Stony Brook à New York. Ce dernier soutient que la petite taille des nouveaux spécimens suffit à établir la relation ; leurs similitudes morphologiques renforçant d’autant plus cette hypothèse. Fred Grine partage l’avis de l’équipe selon lequel ces restes prouvent que H. floresiensis est un descendant rapetissé de H. erectus. Il ajoute que ces nouveaux fossiles rendent caduque l’hypothèse selon laquelle les « hobbits » seraient simplement des individus H. sapiens ayant souffert d’une pathologie. Pour lui, « il est difficile de soutenir cela, maintenant que nous connaissons un site plus ancien avec le même type de matériel ».
Toutefois, d’autres chercheurs sont plus réservés sur les déclarations de Gerrit van den Bergh et Adam Brumm. Selon Shara Bailey, de l’Université de New York, également spécialiste en fossiles de dents humaines, rien chez les spécimens de Mata Menge ne permet de les lier à H. floresiensis du site de Liang Bua à part, peut-être, la petite taille de la mâchoire inférieure. La forme des dents trouvées à Mata Menge ne démontre pas de lien mais n’en exclut pas non plus. Pour S. Bailey, la découverte d’une troisième prémolaire inférieure (P3 dans le langage des anatomistes) sur le site de Mata Menge aiderait à régler le problème. En effet, chez H. floresiensis de Liang Bua, cette dent avait une forme particulière. « Je ne serai convaincue que s’ils trouvent une P3 inférieure qui ressemble à la P3 de Liang Bua », explique-t-elle.
Adam van Arsdale, du Wellesley College dans le Massachussetts, spécialiste en fossiles de mâchoire humaine, exprime des doutes similaires sur l'attribution des restes de Mata Menge aux ancêtres directs des Hommes de Liang Bua. « Je ne suis pas convaincu que la morphologie des spécimens découverts soit suffisante pour exclure un lien entre les restes de Mata Menge et d’autres lignées humaines. » déclare-t-il. En d’autres termes, les récentes découvertes ne permettent pas d’écarter d’autres possibilités pour placer l' Homme de Florès dans l’arbre généalogique humain.
Des fossiles plus indiscutables seront peut-être bientôt mis au jour. Adam Brumm et ses collègues sont désormais en train de fouiller des sédiments vieux de 900 000 ans à Mata Menge ainsi que sur d’autres sites plus anciens de la région du bassin de Soa, sur l’île de Flores. En haut de sa liste de vœux : « des jambes et des bras, des poignets et des pieds, bref, les os où les étranges caractéristiques de floresiensis se manifestent le plus clairement ».
Source : Pour la Science du 18/06/2016
samedi 13 août 2016
Nouvelle carte du voyage des premiers hommes vers l'Amérique
Comment les premiers hommes sont-ils arrivés en Amérique ? Le débat a été relancé le 10 août 2016 par des chercheurs qui ont redessiné la carte de leur trajet.
RESSOURCES. Anthropologues et archéologues se divisent depuis de nombreuses années sur le peuplement du continent américain. Quand les premiers migrants sont-ils arrivés ? Par où et de quelle façon ? Les opinions divergent. Jusqu'à maintenant, la thèse dominante était celle d'hommes venus d'Asie en empruntant à pied un corridor, qui s'est formé lorsque deux énormes glaciers couvrant le Canada actuel ont reculé. Ce passage d'environ 1.500 km de long, qui reliait la Sibérie et l'Alaska, est aujourd'hui noyé sous le détroit de Béring. Mais tout semble remis en cause par une étude publiée mercredi 10 août 2016 dans la revue scientifique britannique Nature. D'après une équipe de chercheurs internationale , les premiers migrants qui ont foulé le sol du Nouveau Monde il y a plus de 13.000 ans, n'auraient pu survivre sur cette route. D'autant que selon de nombreux archéologues, cette peuplade serait même arrivée plus tôt qu'on ne le pense.
Il y a 13.000 ans, le corridor était certes sorti des glaces, mais il n’hébergeait pas encore les ressources indispensables à ces chasseurs-cueilleurs : animaux, végétaux ou bois nécessaire pour faire du feu et fabriquer des outils, font valoir ces spécialistes. "Même si le couloir s'est ouvert il y a 13.000 ans, il a fallu plusieurs centaines d'années avant qu'il ne soit possible de l'utiliser", explique dans un communiqué Eske Willerslev de l'université de Cambridge, coauteur de l'étude.
Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont analysé l'ADN des éléments conservés au sein des sédiments de l'ancien corridor. Ils ont ainsi recréé le tableau complet de son écosystème, montrant quand et comment la flore et la faune y ont émergé. "Au lieu de chercher l'ADN de certaines espèces spécifiques, nous avons tout séquencé, des bactéries aux animaux", explique Eske Willerslev. "C'est incroyable ce que nous avons sorti de tout cela. Nous avons trouvé des traces de poissons, d'aigles, de mammifères et de plantes", ajoute-t-il.
A pied ou en bateau ?
Selon les chercheurs, la steppe n'a commencé à se former qu'il y a environ 12.600 années, suivie rapidement par l'apparition d'animaux tels que le bison, le mammouth laineux ou le campagnol. Mais avant cette date, rien. Le corridor était donc incompatible avec un si long voyage. "Avant cette date, il n'y avait absolument pas de plantes ou d'animaux", explique à l'AFP Mikkel Pepdersen de l'université de Copenhague, coauteur de l'étude. Cette découverte fait donc pencher la balance vers une autre hypothèse défendue par certains scientifiques : une voie initiale de migration qui longerait le Pacifique depuis l'Alaska. "Cela semble désormais le scénario le plus probable", estime Eske Willerslev. Cette voie était d'ailleurs sans doute la plus rapide et permettait aux premiers hommes de se nourrir aisément en exploitant les ressources de la mer, comme ils savaient très bien le faire.
"Nous savons qu'il n'y avait pas de glace et que cela était donc possible", note Mikkel Pepdersen. "Mais il nous manque encore la preuve". Les indices permettant de corroborer cette théorie sont particulièrement difficiles à trouver car le niveau de l'océan a monté d'environ 66 mètres depuis cette période, immergeant la plupart des premiers lieux côtiers d'habitation. Si les migrants sont bien arrivés par la côte Pacifique, reste une autre question, aujourd'hui sans réponse : ont-ils fait le voyage à pied ou en bateau ?
Source : Sciences et Avenir du 12/08/2016
lundi 18 juillet 2016
Homo erectus marchait comme nous il y a 1,5 million d'années
L’origine de la bipédie chez l’Homme est une question assez complexe. On ne sait pas vraiment quand ni pourquoi elle est apparue chez les hominines, même si l’on peut donner de bons arguments issus de l’anatomie pour estimer à quel point telle espèce était capable d’avoir ce mode de locomotion. Il y a toutefois des débats entre spécialistes, notamment pour déterminer si l’on est en présence d’une bipédie occasionnelle ou pas et, dans cette dernière hypothèse, si elle était vraiment proche ou non de celle de l’Homme moderne.
Pour essayer d’y voir plus clair, on peut espérer tirer des informations relevant de la biomécanique de la marche à partir de traces de pas enregistrées par des sols qui se sont transformés en roche, parfois depuis plus d’un million d’années.
Parmi les traces de pas les plus célèbres, il y a bien sûr celles de Laetoli, découvertes en Tanzanie en 1978 et qui sont datées d’environ 3,5 millions d’années. Leurs caractéristiques, bien que montrant une locomotion de bipède, ne sont pas celles d’un membre du genre Homo et on pense qu’elles ont été laissées par un australopithèque. Elles ne permettent pas de savoir si cette locomotion était exceptionnelle ni si elle se faisait sur une courte distance ou non.
Des empreintes d'individus bipèdes
En 2009, d’autres traces de pas fossilisées ont été découvertes, au Kenya cette fois-ci, visiblement attribuables à des hominines faisant partie du genre Homo. Elles sont âgées de 1,5 million d’années, d’après la datation des couches sédimentaires où elles ont été trouvées, sur le site de Rutgers' Koobi Fora Field, près d'Ileret.
Pour les paléontologues, ce fut de nouveau une découverte heureuse car les restes fossilisés des pieds humains sont assez rares : les os du pied sont petits et donc facilement avalés par les prédateurs. Comme il n’est pas facile non plus de déduire les caractéristiques des parties molles entourant ces os, ces empreintes permettent d’y voir plus clair quant aux êtres qui les ont laissées.
Ainsi, alors que les traces de pas retrouvées à Laetoli montraient un gros orteil écarté des autres, ce qui est le propre des primates essentiellement arboricoles, celles du Kenya montraient des empreintes de pieds où les orteils sont parallèles. Cela indique, sans doutes possibles, qu’elles ont été laissées par des hominines pratiquant une locomotion fondamentalement bipède et que l’on pense être des Homo erectus.
97 empreintes laissées par au moins 20 Homo erectus
Les recherches ont continué autour d'Ileret et une équipe internationale de paléontologues vient de publier à ce sujet un article dans Nature où elle annonce la découverte de 97 empreintes laissées par au moins 20 individus appartenant probablement tous à l’espèce Homo erectus, sur cinq sites différents. Les analyses ont montré qu’au moins un de ces individus a laissé des traces indiscernables de celles qu’aurait laissé un Homo sapiens pieds nus. On peut raisonnablement en déduire qu’Homo erectus disposait de pieds dont l’anatomie et le fonctionnement étaient très similaires à ceux de l’Homme moderne.
Les chercheurs semblent également parvenus à tirer des informations concernant l’éthologie des Homo erectus. Les caractéristiques des traces retrouvées permettent de penser que l’on était parfois en présence d’adultes de sexe masculin se déplaçant en groupe. Cela suggère qu’ils étaient capables de coopérer, ce qui est un comportement à la base de ceux séparant Homo sapiens des autres primates.
C’est la première fois que l’on trouve des indices en ce sens chez des Homo erectus dans un temps aussi reculé que 1,5 million d’années.
Source : Futura Sciences du 15/07/2016
mardi 28 juin 2016
Premières traces d’Homo erectus, il y a 800 000 ans
Des empreintes de pas conservées depuis 800 000 ans
Plusieurs empreintes de pas ont été découvertes dans le désert Danakil (sud-est de l’Érythrée) par une équipe de paléontologistes érythréens et italiens. Les traces de plusieurs individus ont été laissées dans les sables de ce qui devait être les rives d’un lac à l'époque.
L'anthropologue Alfredo Coppa (Université Sapienza de Rome) et ses collègues ont trouvé les empreintes sur une dalle de pierre de 26 mètres carrés environ. Ils ont indiqué que la forme des traces « imprimées » avait été remplie avec de l'eau juste après sa formation, puis s’était asséchée, avant d’être recouverte de sable. "Les empreintes sont conservées sur un sédiment de sable durci qui a été partiellement inondé. Jusqu'à présent, nous avons été en mesure de mettre au jour une partie de 26 mètres carrés," indique Alfredo Coppa.
C’est ce processus naturel qui a permis de conserver ces empreintes pendant plusieurs centaines de milliers d’années et d’apporter un témoignage de l’époque du Pléistocène.
Des traces d’Homo erectus dans son environnement
Dans cette région, les précédentes fouilles ont déjà permis d’exhumer les restes fossilisés de cinq ou six spécimens d' Homo erectus. C’est cette espèce d’hominidé qui vivait dans la région à cette époque. C’est donc logiquement que les empreintes lui sont attribuées.
Si l’on peut considérer Homo erectus comme un ancêtre d’Homo sapiens il est évident que les traces de pas des deux espèces sont pratiquement impossibles à distinguer l’une de l’autre.
"Les empreintes laissent apparaître des détails d'orteil, une voûte plantaire marquée et un gros orteil en abduction, tous les traits distinctifs des pieds humains », a déclaré Alfredo Coppa
Le moulage de sa voûte plantaire et la profondeur des traces montrent que cet Homo erectus avait une belle stature et était à la fois un coureur efficace et un bon marcheur.
Coppa rajoute que des empreintes telles que celles-ci sont «extrêmement rares» et qu'elles peuvent «révéler beaucoup de choses sur l'évolution de l'homm,e et fournir des informations essentielles sur la démarche et le type de locomotion de nos ancêtres."
Sur la même dalle de pierre apparaissent également des traces d’une espèce d’antilope aujourd'hui éteinte. Cette découverte, associée au fait que les empreintes ont été conservées dans un sédiment de sable durci, suggère que la zone était autrefois un grand lac entouré de prairies.
Les empreintes de pas à la préhistoire
Les empreintes de pas datant du Paléolithique sont peu fréquentes car elles supposent un enchainement d’événements et de circonstances rarissime. Toutefois, pour l’Afrique, c’est le quatrième site qui présente des empreintes paléolithiques humaines de ce type...
- le plus connu et le plus ancien est celui de Laetoli en Tanzanie : ce sont probablement des Australopithecus afarensis qui ont marché dans un environnement volcanique il y a 3,8 millions d’années.
- à Lleret au Kenya, à l’est du lac Turkana c’est 22 traces de pas d’un Homo erectus ou d’un Homo ergaster qui ont été découvertes. Elles sont datées de 1,5 millions d’années. Photo Professor Matthew Bennett, Bournemouth University.
- sur le site de Koobi Fora des traces d’hominidé (probablement Homo erectus) ont été également découvertes et datées entre 1,4 et 1,5 millions d’années. Photo: Brian Richmond
« Il est très probable que la zone autour de Ileret et Koobi Fora a été peuplée par H. erectus, mais aussi par Homo habilis et peut-être également des Paranthropes. Au contraire, la région du désert du Danakil, où les empreintes ont été déterrées, était habitée uniquement par H. erectus, d'où l'importance de la conclusion », a déclaré Coppa.
Source : Hominidés.com du 21/06/2016
mardi 21 juin 2016
Les traces du premier feu de camp européen auraient été retrouvées en Espagne
Si la science est d’accord pour affirmer que nos ancêtres préhistoriques ont découvert le moyen de produire des étincelles pour allumer un feu il y a au moins un million d’années, une capacité qui a plus tard été transmise au Proche-Orient et en Europe, des archéologues ont, semble-t-il, retrouvé les traces du premier feu de camp en Europe, un feu qui daterait de 800 000 ans.
C’est dans la grotte espagnole de Cueva Negra del Estrecho del Rio Quipar, au sud-est de l’Espagne, que ces traces ont été découvertes par une équipe d’archéologues, lesquels ont découvert sur le site plus de 165 pierres et autres instruments présentant des traces de brûlure. Ce qui montre qu’il s’agissait d’un feu de camp, à savoir un feu « contrôlé », c’est la présence sur le même site de 2 300 os d’animaux. Leur analyse microscopique et chimique a montré que ceux-ci ont été chauffés entre 400°C et 600°C, signifiant qu’ils sont passés par les flammes.
Les archéologues ne sont cependant pas tous d’accord sur la datation de ce feu de camp, certains estimant qu’il serait 200 000 ans plus jeune. Mais si tel était le cas, il s’agirait tout de même du plus ancien feu de camp découvert en Europe, comme l’affirment ces chercheurs dans la revue Antiquity. À titre de comparaison, les traces du premier feu de camp dans le monde, composé également de fragments d’os d’animaux brûlés et d’outils en pierre, ont été découvertes dans la grotte de Wonderwerk, située dans le nord de l’Afrique du Sud. Celles-ci sont datées à environ un million d’années.
Cette maîtrise du feu, son contrôle, a été une étape essentielle dans l’évolution de l’Homo Erectus, lui permettant non seulement de varier son alimentation, mais aussi de devenir actif la nuit.
Source : Sciencepost du 14/06/2016
jeudi 16 juin 2016
L'Homme de Florès, dit « le Hobbit », est en fait notre cousin
C’est probablement la fin des controverses autour de « l’Homme de Florès », cet hominidé dont plusieurs individus ont été trouvés en 2003 dans une grotte de l’île de Florès, en Indonésie. Datés de 50.000 ans et ne mesurant qu’un petit mètre, pour 25 kg, avec une petite tête, ce qui leur a valu le surnom de « Hobbit » (d’après les personnages imaginés par l'écrivain anglais J. R. R. Tolkien), ces humains-là intriguaient au plus haut point. Certains y voyaient des Homo sapiens difformes, atteints d’une pathologie qui restait à trouver, évoquant une trisomie.
D’autres en faisaient une espèce à part, Homo floresiensis, que l’évolution aurait conduit vers une petite taille après l’arrivée sur cette île, par un processus de nanisme insulaire, connu chez d’autres espèces animales, quand les ressources se font plus rares. Sa position dans la famille humaine reste méconnue, avec deux hypothèses en lice : une filiation avec Homo erectus (un ancêtre d’Homo sapiens), avec Homo habilis ou encore avec des australopithèques, peut-être déjà de petites tailles.
Deux études, parues dans Nature, viennent éclairer l’histoire d’un jour nouveau. En 2014, des restes ont été trouvés dans une autre grotte de la même île, sur le site de Mata Menge : un morceau de mandibule et six dents. Une récolte modeste mais bouleversante. La mandibule s’apparente à celle de l’Homme de Florès mais avec une taille encore plus petite que celle des fossiles de la grotte de Liang Bua (celle de la découverte de 2003). D’après les auteurs, il s’agit bien d’un individu adulte. Elle s’apparenterait davantage, ajoutent-ils, à H. erectus qu’à H. habilis. De plus, les dents semblent intermédiaires entre celles de H. erectus et celles de l’Homme de Florès de la grotte de Liang Bua. Nous partagerions donc un même ancêtre (H. erectus) avec l’Homme de Florès, qui devient un cousin.
Les humains peuvent rapetisser autant que les éléphants...
Voilà pour la première étude. La seconde est une datation, par la méthode des isotopes de l’argon (évaluant le rapport 40Ar/39Ar). Le résultat est lui aussi étonnant : 700.000 ans. Exit, donc la parenté directe avec H. sapiens puisque notre espèce n’existait pas encore. L’hypothèse qui est ainsi consolidée est celle d’une filiation avec H. erectus et un phénomène de nanisme insulaire, qui a par exemple, soulignent les auteurs, abouti à des éléphants mesurant 1 m au garrot, sur des îles de Méditerranée, et à des mammouths nains, retrouvés en Crète.
Parvenu sur ces îles indonésiennes, ce descendant de H. erectus, confronté à des ressources alimentaires plus rares, se serait adapté au fil des générations par une taille plus faible. Les outils les plus anciens retrouvés sur l’île indiquent, selon Gerrit van den Bergh, coauteur des deux études, que H. erectus a dû arriver il y a environ un million d’années. La conclusion en rejoint deux autres. Celle de Matthew Tocheri, du Muséum d’histoire naturelle de Washington, qui, en 2007, sur la base de comparaisons anatomiques, situait à au moins 800.000 ans la séparation entre notre propre lignée et celle ayant conduit à l'Homme de Florès. Et celle de Karen Baab, en 2013, rapprochant le Hobbit avec H. erectus. En quelques centaines de milliers d’années, l’espèce a pu augmenter sa population en réduisant sa taille, comme les éléphants de Sicile ou de Malte…
Source : Futura Sciences du 10/06/2016
vendredi 10 juin 2016
L’ancêtre de l’homme de Florès, dit «le hobbit», a (peut-être) été découvert
Cela pourrait éclaircir le mystère entourant « le hobbit », le vrai. Deux études publiées ce mercredi dans la revue britannique Nature devraient mettre fin à certaines controverses vieilles de plus de dix ans autour des origines de l’homme de Flores, qui vivait sur l’île indonésienne du même nom et qui est surnommé le « hobbit » en raison de sa petite taille.
Plus de dix ans de recherches
Retour en trois temps sur cette découverte scientifique. Acte Un : L’homme de Florès, qui aurait vécu il y a 50.000 ans, a été mis au jour en septembre 2003 dans la grotte de Liang Bua sur l’île éponyme en Indonésie. D’une taille d’environ 1m pour 25 kg, ils étaient dotés d’une tête anormalement petite par rapport à leur corps, abritant un cerveau d’une taille similaire à celui d’un chimpanzé. Ce qui leur vaut le surnom de « hobbits » comme les petits personnages du Seigneur des anneaux de Tolkien.
Acte deux : depuis cette découverte, les scientifiques tentent d’expliquer d’où pourrait venir cet étrange petit être, pourquoi il est si petit et pourquoi on ne le retrouve que sur cette île. Pour certains, l’homme de Florès serait un descendant de petits Homo habilis ou de petits australopithèques venus d’Afrique. Pour d’autres, ce serait un Homo erectus qui aurait progressivement rapetissé pour adapter ses besoins à des ressources peu abondantes.
Nouveau rebondissement ce mercredi pour un troisième acte : Yousuke Kaifu et son équipe annoncent, dans une étude publiée dans la revue britannique Nature, la découverte en 2014, de nouveaux fossiles sur l’île. Ce trésor, qui a été découvert sur le site de Mata Menge à 100 kilomètres à l’est de la grotte de Liang Bua, où les fameux « hobbits » ont été retrouvés, comprend un fragment de mâchoire et six dents, qui provient d’une mandibule plus petite que la plus petite mandibule de l’homme de Florès.
Fin des polémiques
Des ossements qu’Adam Brumm de l’université de Wollongong en Australie et ses collègues, datent d’environ 700.000 ans dans une seconde étude, publiée également ce mercredi dans Nature.
« Ce que nous avons trouvé est une énorme surprise et laisse penser que l’Homo floresiensis est une espèce extrêmement ancienne qui a acquis sa petite taille très tôt, peut-être peu de temps après son arrivée sur l’île il y a environ un million d’années », déclare le chercheur.
« Ces étranges hominidés étaient donc déjà présents sur l’île il y a 700.000 ans », explique Yousuke Kaifu du Musée national de la nature et des sciences d’Ibaraki au Japon. « J’étais stupéfait quand j’ai vu ces nouveaux fossiles », ajoute-t-il.
Cette découverte discrédite une des hypothèses jusqu’ici avancée par certains chercheurs puisque si le petit homme était présent il y a 700.000 ans, il ne peut pas être un Homo sapiens, apparu sur Terre bien plus tard. Fin d’une polémique : l’homme de Florès n’est donc pas un sapiens malade, atteint de microcéphalie ou de trisomie. L’homme de Florès pourrait donc bien être un pur produit de l’évolution locale, qui se serait adapté à l’environnement de l’île où les ressources alimentaires étaient rares.
Source : 20 minutes du 08/06/2016
vendredi 3 juin 2016
Trois choses que nous apprend la grotte de Bruniquel sur l'Homme de Néandertal
Longtemps considéré comme une sous-version de l’Homo Sapiens, l’Homme de Néandertal reprend du galon au fur et à mesure des découvertes scientifiques, perdant l’étiquette d’attardé que certains lui avaient un peu top vite collée sur le dos.
Les récentes analyses réalisées dans la grotte de Bruniquel, dans le Tarn-et-Garonne, montrent que notre vieux cousin était bien plus qu’un simple rustre, simplement bon à chasser.
L’Homme de Néandertal, cet Indiana Jones méconnu
Même pas peur. Bien avant l’Homo Sapiens, descendu il y a 30.000 ans dans les profondeurs de la grotte ardéchoise de Chauvet, l’Homme de Néandertal s’est aventuré sous terre. C’était il y a 176.500 ans, dans une grotte qui surplombe aujourd’hui la vallée de l’Aveyron. Et il ne s’est pas contenté de mettre un pied dans ce lieu froid et noir avant de tourner les talons.
A 336 mètres de l’entrée actuelle, une cavité a été découverte en février 1990 par des membres de la Société de spéléo-archéologique de Caussade. Ils vont rapidement se rendre compte que la disposition des stalagmites n’est pas vraiment naturelle, mais due à une intervention humaine.
Une première datation au carbone 14 fera penser que celle-ci date d’au moins 47.600 ans. Mais des analyses plus récentes ont reculé la période à 176.500 ans. Une surprise pour les chercheurs, parce qu’à cette époque-là, l’Homo Sapiens n’a pas encore mis un seul orteil sur le sol européen. Par contre, ce bon vieil Homme de Néandertal était tout désigné.
L’Homme de Néandertal, ce bâtisseur
Bon, on est encore loin des aqueducs romains. Mais pour un Néandertalien, c’est pas mal du tout. Les six « structures » retrouvées dans la grotte de Bruniquel montrent que ceux qui l’ont fréquentée il y a des milliers d’années n’ont pas chômé. Et ont mis à contribution leurs corps puissants et trapus.
« Ils ont déplacé 400 morceaux de stalagmites, ils les ont tronçonnés, calibrés, agencés. Cela représente presque 2,2 tonnes de matériel. C’est un acte très réfléchi », indique Jacques Jaubert, professeur de Préhistoire à l’Université de Bordeaux, coauteur de l’article paru dans le magazine Nature sur cette découverte.
L’Homme de Néandertal, cet homme sociable
Et pour y arriver, ils ont communiqué entre eux, échangé, peut-être même que l’un d’eux donnait des ordres aux autres. Et oui, les hommes de Néandertal ne faisaient pas que grogner, ils pouvaient aussi parler et étaient aussi bien équipés pour ça que nos chers ancêtres.
« Il y a 170.000 ans, il y avait deux humanités, avec le même niveau technique et cognitif, le même état d’acquisition technique », plaide Jacques Jaubert. La même maîtrise du feu aussi, qui servait à Bruniquel à éclairer les parois sombres. On a d’ailleurs retrouvé 18 traces de feu, notamment d’os d’animaux calcinés.
L’Homme de Néandertal, mystique ou technique ?
Reste à savoir pourquoi ils ont décidé d’aller s’enterrer là-bas. « Je ne crois pas que ce soir un habitat de refuge. Par élimination et recoupements avec d’autres milieux souterrains, on s’y rend pour chercher de la matière, comme de l’argile, ou pour enterrer les morts », poursuit Jacques Jaubert.
Et ces structures servaient à quoi ? A un rite, un culte ? « C’était peut-être une technique pour conserver de l’eau, présente sur place », s’interroge le spécialiste de la Préhistoire. Les futures analyses perceront peut-être ce nouveau mystère.
Source : 20 minutes du 26/05/2016
mercredi 1 juin 2016
L'homme de Néandertal, le premier spéléologue ?
"Cela recule considérablement la date de fréquentation des grottes" par le genre Homo, la plus ancienne preuve formelle datant jusqu'ici de 38.000 ans (grotte Chauvet en Ardèche), a souligné le CNRS dont l'un des scientifiques a participé à l'étude publiée mercredi dans la revue Nature.
"Cela change également notre vision de Néandertal", a-t-il ajouté.
Surplombant la vallée de l'Aveyron, la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne) a été découverte en 1990 par des spéléologues.
Très difficile d'accès, elle est dans un état de conservation exceptionnel. A plus de 330 mètres de l'entrée, on y découvre d'étonnantes structures composées d'environ 400 stalagmites ou tronçons de stalagmites accumulés, empilés et agencés. Deux d'entre elles sont de forme circulaire.
Au même endroit, se trouvent des preuves de l'utilisation du feu (calcite rougie, noircie par la suie) et des vestiges d'os calcinés.
En 1995, une équipe de chercheurs, menée par François Rouzaud, avait estimé, grâce à la datation au carbone 14, qu'un de ces os brûlés avait au moins 47.000 ans.
L'idée que l'homme de Néandertal pouvait avoir réalisé les structures avait été émise. Puis les recherches avaient été mises en sommeil suite au décès de M. Rouzaud.
Sous l'impulsion de Sophie Verheyden, spéléologue et chercheuse à l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, une nouvelle équipe a été formée en 2013.
Les structures ont été cartographiées très précisément grâce à la 3D. L'équipe internationale a daté les stalagmites par la méthode uranium-thorium qui permet de remonter à des périodes très anciennes.
Verdict: les agencements ont environ 176.500 ans. Et un vestige d'os brûlé a lui aussi cet âge vénérable.
"Cela a constitué une surprise incroyable pour nous. Nous avons refait les calculs pour en être certains", raconte à l'AFP Dominique Genty, paléoclimatologue du CNRS.
- Un rite ? -
Les scientifiques ont vérifié que ces structures ne pouvaient pas être d'origine naturelle ou bien être liées à la circulation des ours dans la caverne.
"Nous avons démontré de manière incontestable que ces structures sont bien d'origine humaine", déclare à l'AFP Jacques Jaubert, professeur de préhistoire à l'Université de Bordeaux.
Vu l'âge très ancien de ces structures, "il n'y a probablement que l'homme de Néandertal qui puisse en être l'auteur car il n'y avait pas d'autres groupe humain à cette époque en Europe", souligne l'archéologue Marie Soressi, de l'Université de Leiden (Pays-Bas), dans une commentaire pour Nature. L'homme moderne n'était pas encore arrivé dans ces contrées.
L'une des structures de forme circulaire est large de plus de 6,7 mètres et comprend un "muret" composé de plusieurs couches de fragments de stalagmites superposés, qui fait 30 centimètres de haut.
Les Néandertaliens ont arraché les stalagmites dans la grotte et les ont calibré pour venir les agencer. "Ils ont déplacé 2,3 tonnes de matériel. Cela ne peut être qu'un travail collectif", souligne M. Jaubert.
Pour s'éclairer, ils ont fait du feu en faisant brûler des os, comme le montrent les traces de points de chauffe retrouvées sur les structures.
Pour le chercheur, l'étude fait "bouger les lignes" concernant l'Homme de Néandertal qui a vécu entre - 250.000 ans et - 40.000 ans.
"Nous estimons avoir apporté la preuve de la capacité de l'homme de Néandertal à aller sous terre dans un milieu hostile en s'éclairant avec du feu, pour faire des choses inhabituelles qui ne sont pas du domaine de la subsistance", a-t-il dit.
Cela montre que "ce ne sont pas des sombres brutes qui ne font que tailler du silex ou abattre des bisons pour s'alimenter".
Pourquoi ces Néandertaliens ont-ils édifié ces mystérieuses structures si loin dans la grotte?
Etait-ce lié à des rites, à la célébration d'un culte? Le chercheur reste prudent mais il espère qu'"avec Bruniquel, on va tirer un fil très intéressant".
L'équipe va demander l'autorisation de faire de nouveaux prélèvements.
La grotte, privée et gérée par une société spéléologique, est en cours de classement par le ministère français de la Culture.
Source : La Croix du 26/05/2016
lundi 30 mai 2016
L'homme de Neandertal, un aventurier, explorait déjà les grottes il y a 176 000 ans
"C'est une découverte exceptionnelle." Les chercheurs franco-belges, réunis lors d'une conférence de presse au CNRS, mercredi 24 mai, ont du mal à cacher leur joie. Et pour cause, Jacques Jaubert de l'université de Bordeaux, Dominique Genty du CNRS et Sophie Verheyden de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, ont -avec l'aide d'une équipe internationale- non seulement prouvé que Neandertal a exploré la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne) il y a 176 500 ans, mais qu'il y a aussi érigé des constructions en stalagmites.
Pourquoi est-ce une découverte majeure ?
Ces constructions sont donc parmi les plus anciennes de l'histoire de l'Humanité. Elles sont, surtout, les plus anciennes retrouvées dans une grotte. Autrement dit, elles représentent les plus anciennes preuves formelles de la fréquentation du milieu souterrain par l'Homme. La grotte de Chauvet, occupée il y a 38 000 ans, celle de Cussac (-28 500) ou encore de Lascaux (-22 000) n'ont qu'à bien se tenir.
Salle de la grotte de Bruniquel, comportant des structures aménagées datées d'environ 176 500 ans. Des traces d'arrachement de stalagmites empruntées pour la construction sont observables à proximité.
Mieux, ces structures sont quasi uniques en archéologie, car elles n'ont pas été réalisées par l'Homme moderne (qui n'est arrivée en Europe autour de -40 000), mais bien par Neandertal. Et jusqu'à maintenant, personne ne le soupçonnait d'avoir occupé des grottes ni d'avoir été capable de constructions aussi élaborées.
Plus de deux tonnes de stalagmites déplacées
Dans une salle située à 336 mètres de l'entrée de la grotte, les chercheurs ont dénombré 400 stalagmites agencées en des formes plus ou moins circulaires. Ces structures baptisées "spéléofacts" sont composées d'éléments alignés, juxtaposés et superposés, avec des étais extérieurs, comme pour les consolider, et des éléments de calage. Le tout pour un poids de matériaux déplacés estimé à 2,2 tonnes. Ce qui a nécessité une certaine organisation, mais également du temps, glissent les scientifiques.
Et ce n'est pas tout. Des traces de feu -de la calcite rougie et noircie par la suie et éclatée par l'action de la chaleur- ont aussi été découvertes à proximité des structures. Tout comme des os calcinés ayant appartenu à des ours brun, voire des élans. Autant d'indices qui confirment que les premiers Néandertaliens savaient, bien avant Homo sapiens, utiliser le feu pour s'éclairer et circuler dans un espace contraint. Culte, stockage, cuisine: à quoi servait cette salle?
Sur ce point, les trois chercheurs restent très prudents. L'hypothèse d'un refuge leur paraît "peu probable", compte tenu de la distance -plus de 300 mètres- de l'entrée de la grotte. Ils manquent également de preuves pour déterminer si cette salle permettait aux hommes préhistoriques de trouver des matériaux, ou pour stocker de l'eau, voire pour célébrer un rite ou un culte.
Les os calcinés pourraient laisser penser que les occupants cuisaient leurs viandes dans la grotte. Mais ce serait oublier un peu vite qu'à cette époque l'os servait de combustible, rappellent-ils. Une seule chose est certaine vu l'emplacement réguliers des différents foyers, les Néandertaliens se servaient du feu pour éclairer leur grotte.
Comment les scientifiques ont-ils daté les vestiges ?
La datation au carbone 14 ne permettant que de remonter jusqu'à 47 600 ans dans le passé, les chercheurs ont donc utilisé, avec le concours de collègues des universités de Xi'an (Chine) et du Minnesota (USA), une méthode de datation appelée uranium-thorium, qui peut aller jusqu'à 500 000 ans.
Ils ont ensuite effectué des "carottages" (des prélèvements) sur les stalagmites utilisées pour les constructions et sur les nouvelles stalagmites ayant "repoussé" dessus. Ce qui leur a permis de déterminer l'âge où ces stalagmites ont été cassées et déplacées, soit 176 500 ans (à 2000 ans près). Et pour confirmer totalement leurs résultats, les scientifiques ont effectué une autre analyse, sur un os brûlé.
La grotte de Bruniquel, découverte en février 1990, avait déjà été étudiée en 1995. Une première équipe de chercheurs et de spéléologues y avait trouvé un os brûlé âgé d'un minimum de 47 600 ans, selon une datation au carbone 14. Étonnamment, aucune suite n'avait été donnée à ces premiers travaux. Peut-être parce que cette découverte avait été publiée dans une revue de spéléologie "assez confidentielle", avance Jacques Jaubert.
Peut-on visiter la grotte?
Malheureusement non. Elle se trouve sur un terrain privé et les propriétaires n'ont, pour l'instant, aucune envie "qu'une foule de curieux" s'y précipitent, notent les chercheurs. Son emplacement exact est donc tenu secret et les visites impossible. Tout ce que l'on sait, c'est qu'elle surplombe la vallée de l'Aveyron, près du village de Bruniquel, dans le Tarn-et-Garonne.
Source : L'Express du 25/05/2016
mercredi 27 avril 2016
vendredi 15 avril 2016
La grotte Chauvet était « fréquentée » par l'Homme il y a 37 000 ans
« On a donné un cadre chronologique précis des fréquentations de la grotte du point de vue de l'homme et de l'ours ainsi que de son environnement. C'est la première fois qu'on obtient des dates aussi précises en années calendaires », se réjouit Anita Quiles, expert de l'Institut français d'archéologie orientale au Caire en Égypte qui a dirigé les travaux.
Cette grotte, c'est celle de Chauvet (Ardèche), l'une des plus anciennes ornées et l'une des plus riches de l'art pariétal. Et une équipe de chercheurs français vient donc d'établir pour la première fois une chronologie précise de ses fréquentations par des hommes et des animaux.
250 datations au radio-carbone
Les analyses de 250 datations au radio-carbone (plus précis que le carbone 14) effectuées ces quinze dernières années ont, en effet, révélé que les nombreuses peintures et gravures dataient d’il y a plus de 30 000 ans, soit 10 000 ans de plus que ce qui était estimé par les scientifiques.Les experts, dont les travaux ont été publiés lundi dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS, en anglais), ont analysé des morceaux de charbon de bois trouvés sur le sol de la grotte, les dessins, les marques sur les murs ainsi que sur des ossements d’animaux. À noter qu'aucune datation n’a pu être réalisée sur des restes humains, puisque l’Homme n’habitait pas la grotte Chauvet mais la « fréquentait » occasionnellement.
Des périodes en années calendaires, une première
Bilan : deux périodes d’occupation humaine se sont précisées, pour la première fois en années calendaires. La première a eu lieu il y a 37 000 ans par les Aurignaciens (hommes anatomiquement modernes) et a duré jusqu’à il y a 33 500 ans. La seconde s’est étendue entre il y a 31 000 ans à il y a 28 000 ans.
Avant cela, « nous ne savions pas combien de temps cela représentait par rapport à nous, combien d'années nous séparaient de ces différents événements car le carbone 14 n'est pas assez précis », souligne la chercheuse Anita Quiles.
Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2014
Une scientifique qui précise que la fin de la première occupation de Chauvet par des hommes et des ours a correspondu à un éboulement qui s’est produit il y a environ 34 500 ans, fermant partiellement son accès. La deuxième période durant laquelle des humains se rendaient dans la grotte s’est achevée il y a 29 400 ans, ce qui coïncide avec le second éboulement qui a obturé l’entrée de la caverne.
Découverte en décembre 1994, la grotte de Chauvet-Pont d’Arc, située en Ardèche, a été inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2014. Une réplique a été ouverte au public en 2015.
Source : Ouest France du 12/04/2016
mardi 5 avril 2016
samedi 2 avril 2016
L'homme de Florès a disparu plus tôt que prévu
De nouvelles datations suggèrent que le hobbit préhistorique de l’île indonésienne de Florès s’est éteint il y a 50 000 ans. Soit 38 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait.
EVANOUI. Tout comme l’homme de Neandertal, l’homme de Florès pourrait s’être évanoui de la surface de la terre beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait ! De nouvelles fouilles et datations menées dans la grotte de Liang Bua sur l'île de Flores en Indonésie, suggèrent que l'Homo floresiensis - surnommé le hobbit en raison de sa petite taille et petite tête - occupait cet abri entre -190 000 ans et -50 000 ans et non jusqu'à il y a -12.000 ans comme on le pensait précédemment. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature par des chercheurs de l’Université de Wollongong (Australie), du centre archéologique de Djarkarta (Indonésie) et de l’Université Lakehead (Canada). Les restes fossiles de H. floresiensis, une espèce d'hominidés primitifs distincte d’Homo sapiens, ont été découverts en 2003. L’âge des dépôts, qui comprenaient également des objets en pierre associés et des restes de divers animaux disparus, avait alors été estimé entre – 95 000 et – 12 000 ans. Ces âges étonnamment récents suggéraient alors que H. floresiensis avait survécu longtemps après que les humains modernes ont atteint l'Australie, il y a environ 50.000 ans.
Doutes sur la stratigraphie
Pourtant, dès 2007, l’Australien Mike Morwood, l’un des découvreurs aujourd’hui décédé de Homo floresiensis - confiait à Sciences et Avenir que "la stratigraphie du site était complexe , incertaine, et qu’il faudrait peut-être revoir les datations ". C’est donc chose faite. De 2009 à 2014, Thomas Sutikna, du centre archéologique de Djakarta et ses collègues ont travaillé d’arrache-pied pour caler plus précisément la chronologie et la stratigraphie de Liang Bua: "En mettant à nu des parties encore inconnues de la grotte , nous avons alors constaté que les couches de sédiments dans la grotte n’étaient pas déposées uniformément" explique le premier (voir la vidéo ci dessous). Les nouvelles datations, par les techniques isotopiques uranium/thorium ou argon/argon, situent désormais les restes du squelette de H. floresiensis et les dépôts qui les contiennent entre - 100.000 et - 60.000 ans, alors que des objets en pierre qui peuvent être raisonnablement attribués à cette espèce vont d'environ -190.000 ans à -50.000 ans.
Victime de l'homme moderne ?
Dès lors, Homo floresiensis a-t-il survécu assez longtemps pour rencontrer l'homme moderne ? La question reste ouverte. "La première preuve connue de l'homme moderne sur Flores date d’environ 11.000 ans, souligne Bert Roberts, de l’Université de Wollongong. En revanche, Homo sapiens était sur d'autres îles de la région et a atteint l'Australie il y a 50.000 ans." Sur ce continent, l’homme moderne a joué d'ailleurs un rôle décisif dans l'extinction des animaux endémiques géants (la «mégafaune») qui parcouraient autrefois le continent. "Homo floresiensis est–il une autre victime de la propagation de notre espèce ? C’est une possibilité que nous prenons au sérieux, mais des preuves solides sont nécessaires, précise t-il. Il est impossible de se limiter au site de Florès pour tirer ces chapitres de la préhistoire au clair". Récemment, des outils attribués à l’homme de Florès ou un mystérieux parent ont été trouvés sur l’île proche de Sulawesi. Mais il reste encore beaucoup de confettis rocheux à fouiller sur l’archipel indonésien pour trouver des traces de présence, voire de cohabitation, d’Homo floresiensis et d’Homo sapiens et en savoir plus sur leur destin commun. C’est la tâche à laquelle doit désormais s’atteler Thomas Sutkina.
Source : Sciences et Avenir du 01/04/2016
vendredi 1 avril 2016
L’« homme de Flores », alias le « Hobbit », aurait disparu bien plus tôt qu’on ne le pensait
Ce scénario est aujourd’hui remis en question par de nouvelles datations présentées dans la revue Nature. L’équipe responsable des fouilles initiales dans la grotte de Liang Bua a réétudié la stratigraphie du site, et considère désormais que le « Hobbit », ainsi surnommé en raison de sa petite taille (1,06 mètre), y a vécu entre − 100 000 et − 60 000 ans.
Cette révision modifie sensiblement l’histoire du peuplement humain dans la région, et va relancer les spéculations sur les causes de la disparition de ce petit représentant du genre Homo, dont on suppose qu’il aurait été un descendant d’Homo erectus, présent en Asie depuis un million d’années.
Sa petite stature s’expliquerait par son isolement géographique, un phénomène de « nanisme insulaire », observé chez d’autres espèces – et sa petite boîte crânienne (400 cm3, l’équivalent de celle de Lucy l’australopithèque, un tiers de la nôtre) n’aurait rien à voir avec une forme de microcéphalie pathologique.
Une espèce minuscule
Lors de l’annonce de sa découverte, dans Nature en 2004, le premier squelette d’H. floresiensis était daté à 18 000 ans, mais d’autres restes apparaissaient dans des couches géologiques formées entre 95 000 à 12 000 ans. Ces datations, étonnamment récentes, impliquaient qu’après l’arrivée depuis l’Afrique dans l’archipel indonésien des premiers Homo sapiens, qui ont atteint l’Australie il y a environ 50 000 ans, cette espèce minuscule avait survécu presque quarante millénaires. Le robuste homme de Néandertal, qui a disparu d’Europe peu de temps après sa colonisation par l’homme moderne, ne pouvait pas en dire autant.
Mais de nouvelles fouilles, conduites entre 2007 et 2014 par une équipe internationale, ont montré que la stratigraphie complexe de la grotte avait pu induire les chercheurs en erreur. « Nous n’avions pas réalisé, durant les premières fouilles, que les dépôts sédimentaires où les restes du Hobbit étaient présents, près de la paroi est de la grotte, étaient d’un âge similaire à ceux du centre de la grotte, que nous avions datés à 74 000 ans, indique Thomas Sutikna (université de Wollongong, Australie, centre archéologique de Jakarta). En avançant dans les fouilles, année après année, il est apparu de plus en plus clairement qu’une large part des dépôts anciens avait été érodée. »
Cette surface a ensuite été recouverte par de nouveaux sédiments au cours des derniers 20 000 ans, et malheureusement, ce sont ces strates qui avaient été retenues pour les datations initiales.
« Véritable travail interdisciplinaire »
L’équipe a donc repris le travail à zéro, pour constater que la présence la plus récente d’H. floresiensis dans la grotte remontait à 60 000 ans, tandis que des outils lithiques qui pouvaient « raisonnablement » lui être attribués étaient encore présents il y a 50 000 ans, et remontaient pour les plus anciens, à 190 000 ans.
Les datations, par les techniques isotopiques uranium/thorium ou argon/argon, semblent cette fois solides. Appliquées à un os d’H. sapiens, elles le datent à − 7 500 ans, ce qui correspond à des traces de charbon présentes dans les strates adjacentes. De nouvelles datations par luminescence infrarouge suggèrent que les grains de feldspath analysés en 2003 provenaient en fait de strates d’époques très distantes, et que la moyenne obtenue était erronée.
Le compte est-il bon, cette fois-ci ? Pour Laurent Bruxelles, de l’Institut national de recherches archéologiques préventives, spécialiste de la stratigraphie des grottes, « cette publication résulte d’un véritable travail interdisciplinaire, et c’est cette approche qui réunit le plus de chances que les résultats, notamment lorsqu’il s’agit de datation, soient le plus fiables possible. »
Même s’il n’a pas encore eu l’occasion de se rendre dans cette grotte, M. Bruxelles estime que « les résultats convergents obtenus sont un argument de poids, solide, pour penser que les niveaux stratigraphiques, tels qu’ils sont présentés, sont cohérents. »
Trois autres lignées humaines connues
L’équipe dirigée par Richard Roberts, de l’université de Wollongong, a aussi réanalysé les restes animaux présents dans la grotte, pour constater que plusieurs espèces disparaissaient subitement de la stratigraphie il y a environ 50 000 ans : des vautours, des marabouts géants, des stégodons pygmées (un proche parent de l’éléphant aujourd’hui disparu), ou encore le dragon de Komodo. Au moment même où H. floresiensis s’évanouissait.
« Beaucoup de gens auront des idées intéressantes sur ces disparitions simultanées, mais la vérité est que nous n’en comprenons par la raison précise – et nous ne la connaîtrons pas avant que beaucoup de travail soit accompli à Liang Bua et d’autres sites sur Flores », estime Matt Tocheri, de l’université Lakehead au Canada, l’un des signataires de l’étude de Nature.
Le fait est que ces disparitions coïncident avec l’arrivée d’H. sapiens dans la région, et que de nombreuses espèces animales succomberont aussi, peu après son irruption sur le sol australien. Notre espèce coexistait à l’époque sur la planète avec trois autres lignées humaines connues, qui lui ont cédé la place : l’homme de Neandertal (Europe) et les Dénisoviens (Sibérie, Asie), dont on sait, grâce à l’ADN ancien, qu’ils ont pu se métisser avec H. sapiens. Mais aussi le petit homme de Flores, qui vivait dans une région chaude, malheureusement peu propice à la conservation de l’ADN, et dont le croisement avec nos ancêtres restera hypothétique.
Notre espèce est-elle responsable de la disparition du Hobbit, il y a 50 000 ans ? « Savoir si H. floresiensis a survécu après cette époque, ou s’il a rencontré des hommes modernes, des Dénisoviens ou d’autres espèces d’hominidés à Flores ou ailleurs, sont autant de questions ouvertes, auxquelles seules de futures découvertes pourraient aider à répondre », concluent les chercheurs dans Nature.
Source : Le Monde du 30/03/2016




















