Source : http://www.assis.unesp.br/darwinnobrasil/humanev2.htm
vendredi 23 octobre 2009
Le plus vieil hominidé livre une partie de ses secrets
Des ossements fossiles datant de 4,4 millions d'années éclairent d'un jour nouveau l'histoire de nos ancêtres.
Ils ont mis le paquet et ont pris leur temps : 47 chercheurs, américains, éthiopiens, japonais, français, anglais et canadiens, publient aujourd'hui, dans la prestigieuse revue Science, les résultats de quinze années de recherche. Avec pas moins de onze articles consacrés à Ardipithecus ramidus, un hominidé qui vivait il y a 4,4 millions d'années dans ce qui est aujourd'hui le rift de l'Afar, en Éthiopie. Même s'il existe quelques rares fossiles d'hominidés plus anciens, le squelette presque complet que l'équipe a reconstitué est le plus vieux jamais découvert et étudié à ce jour. Et il bouscule quelque peu ce que l'on croyait connaître des ancêtres des primates et de la lignée humaine.
L'histoire commence le 17 décembre 1992. Gen Suwa, étudiant dans l'équipe du paléoanthropologue Tim White, de l'université de Californie, découvre dans le désert, près du village d'Aramis, en Éthiopie, une dent fossilisée. Qui est très rapidement identifiée comme une molaire d'hominidé. L'équipe passe le site au peigne fin, le nez dans la poussière. Et trouve d'autres restes d'hominidés.
1,20 m pour un poids de 50 kg
Mais il faudra attendre 1995 pour qu'un étudiant éthiopien de l'équipe de Tim White, Yohannes Hailé Selassié, découvre deux os appartenant à une main. Qui seront suivis d'os du pelvis, de la jambe, de la cheville, du pied… Finalement, un squelette presque complet est déterré. Qui sera surnommé Ardi, son nom provenant des mots afars signifiant «racine» et «terre».
En tout, moins d'une demi-douzaine de squelettes de plus d'un million d'années ont été retrouvés à ce jour. Le plus ancien (40 % du squelette complet) était jusqu'à présent celui de Lucy (3,2 millions d'années), l'australopithèque découverte en 1974 par Donald Johanson, Maurice Taïeb et Yves Coppens, à 75 kilomètres du lieu où Ardi l'a été vingt ans plus tard. L'histoire se répète puisque Ardi est également de sexe féminin. La belle mesurait 1,20 m pour un poids de 50 kg. Les reconstitutions effectuées, avec beaucoup de difficultés car les os fossiles étaient très fragiles et friables, montrent qu'elle avait un cerveau assez petit, plus encore qu'une australopithèque, de l'ordre de celui d'un singe bonobo. Qu'elle avait un museau prononcé, faisant effectivement penser aux singes, mais qu'elle avait des traits différents d'eux. Ardi était, selon les chercheurs, capable de se balancer de branche en branche avec ses quatre membres, mais également de marcher debout sur ses «jambes».
«Pour la première fois, on voit qu'il y a un nouveau type d'hominidé, qui n'est ni Australopithecus, ni Homo», assure Michel Brunet, du Collège de France. Ardi présente un mélange des traits «primitifs» de ses ancêtres et de traits «dérivés» que l'on retrouve chez les hominidés ultérieurs. On pensait, jusqu'à Ardi, que le chimpanzé et les autres grands singes modernes étaient plus proches que nous de nos ancêtres communs. Il semble qu'il n'en soit rien. Les hominidés et les singes africains ont suivi des chemins évolutifs distincts. Et il faudra remonter encore d'au moins deux millions d'années en arrière pour trouver l'ancêtre commun aux hommes et aux autres primates.
Ardi n'est pas le seul «succès» de ces fouilles. En plus de ce squelette et de 110 os fossiles provenant d'au moins 36 autres individus Ardipithecus, 150 000 spécimens provenant d'animaux et de plantes datant de cette époque ont été exhumés. Dont 29 espèces d'oiseaux, étudiées par des chercheurs français, qui ont trouvé des espèces encore inconnues. Tout comme de petits mammifères, avec une vingtaine de nouvelles espèces de chauves-souris, de rongeurs et d'autres petits carnivores.
Source : Le Figaro du 23/10/2009
Ils ont mis le paquet et ont pris leur temps : 47 chercheurs, américains, éthiopiens, japonais, français, anglais et canadiens, publient aujourd'hui, dans la prestigieuse revue Science, les résultats de quinze années de recherche. Avec pas moins de onze articles consacrés à Ardipithecus ramidus, un hominidé qui vivait il y a 4,4 millions d'années dans ce qui est aujourd'hui le rift de l'Afar, en Éthiopie. Même s'il existe quelques rares fossiles d'hominidés plus anciens, le squelette presque complet que l'équipe a reconstitué est le plus vieux jamais découvert et étudié à ce jour. Et il bouscule quelque peu ce que l'on croyait connaître des ancêtres des primates et de la lignée humaine.
Le squelette de la main de «Ardi».
L'histoire commence le 17 décembre 1992. Gen Suwa, étudiant dans l'équipe du paléoanthropologue Tim White, de l'université de Californie, découvre dans le désert, près du village d'Aramis, en Éthiopie, une dent fossilisée. Qui est très rapidement identifiée comme une molaire d'hominidé. L'équipe passe le site au peigne fin, le nez dans la poussière. Et trouve d'autres restes d'hominidés.
1,20 m pour un poids de 50 kg
Mais il faudra attendre 1995 pour qu'un étudiant éthiopien de l'équipe de Tim White, Yohannes Hailé Selassié, découvre deux os appartenant à une main. Qui seront suivis d'os du pelvis, de la jambe, de la cheville, du pied… Finalement, un squelette presque complet est déterré. Qui sera surnommé Ardi, son nom provenant des mots afars signifiant «racine» et «terre».
En tout, moins d'une demi-douzaine de squelettes de plus d'un million d'années ont été retrouvés à ce jour. Le plus ancien (40 % du squelette complet) était jusqu'à présent celui de Lucy (3,2 millions d'années), l'australopithèque découverte en 1974 par Donald Johanson, Maurice Taïeb et Yves Coppens, à 75 kilomètres du lieu où Ardi l'a été vingt ans plus tard. L'histoire se répète puisque Ardi est également de sexe féminin. La belle mesurait 1,20 m pour un poids de 50 kg. Les reconstitutions effectuées, avec beaucoup de difficultés car les os fossiles étaient très fragiles et friables, montrent qu'elle avait un cerveau assez petit, plus encore qu'une australopithèque, de l'ordre de celui d'un singe bonobo. Qu'elle avait un museau prononcé, faisant effectivement penser aux singes, mais qu'elle avait des traits différents d'eux. Ardi était, selon les chercheurs, capable de se balancer de branche en branche avec ses quatre membres, mais également de marcher debout sur ses «jambes».
«Pour la première fois, on voit qu'il y a un nouveau type d'hominidé, qui n'est ni Australopithecus, ni Homo», assure Michel Brunet, du Collège de France. Ardi présente un mélange des traits «primitifs» de ses ancêtres et de traits «dérivés» que l'on retrouve chez les hominidés ultérieurs. On pensait, jusqu'à Ardi, que le chimpanzé et les autres grands singes modernes étaient plus proches que nous de nos ancêtres communs. Il semble qu'il n'en soit rien. Les hominidés et les singes africains ont suivi des chemins évolutifs distincts. Et il faudra remonter encore d'au moins deux millions d'années en arrière pour trouver l'ancêtre commun aux hommes et aux autres primates.
Ardi n'est pas le seul «succès» de ces fouilles. En plus de ce squelette et de 110 os fossiles provenant d'au moins 36 autres individus Ardipithecus, 150 000 spécimens provenant d'animaux et de plantes datant de cette époque ont été exhumés. Dont 29 espèces d'oiseaux, étudiées par des chercheurs français, qui ont trouvé des espèces encore inconnues. Tout comme de petits mammifères, avec une vingtaine de nouvelles espèces de chauves-souris, de rongeurs et d'autres petits carnivores.
Source : Le Figaro du 23/10/2009
mercredi 21 octobre 2009
vendredi 16 octobre 2009
Ardi, nouvel ancêtre de l'homme
La description de l'ardipithèque vient d'être achevée : elle confirme que ce primate arboricole qui marchait debout, comme un humain, est un ancêtre des australopithèques.
Les grands singes actuels comportent les orangs-outangs, les gorilles, les chimpanzés, et les humains. Ces derniers ont un ancêtre commun avec les chimpanzés, à partir duquel divergent les hominidés, dont Toumaï (7 millions d'années), et les australopithèques (dont Lucy, 3,2 millions d'années), parmi lesquels une lignée gracile aurait donné le genre Homo, auquel appartient notre espèce. Or une équipe internationale d'une cinquantaine de chercheurs (dont cinq Français), coordonnée par Tim White, de l'Université de Berkeley, vient de publier une série d'études sur les caractéristiques et le mode de vie d'un nouvel hominidé, intermédiaire entre Toumaï et les australopithèques.
Des premiers fragments d'un squelette d'Ardipithecus ramidus avait été découverts par le Japonais Gen Suwa en 1992 près du village éthiopien d'Aramis. Puis l'Éthiopien Yohannes Hailé-Sélassié y a mis au jour une main – celle du squelette quasi complet d'«Ardi», une femelle, patiemment dégagé ensuite entre 1994 et 1997. La couche de silt qui contenait ces fossiles s'est déposée il y a 4,4 millions d'années, ce qui a été établi par l'analyse de radio-isotopes contenus dans les couches de tufs et de cendres volcaniques qui l'entourent. Cette découverte clef a été suivie de nombre d'autres ; aujourd'hui, l'équipe internationale qui étudie Ardipithecus ramidus dispose de 110 spécimens issus de 36 individus.
Les chercheurs ont tenté de reconstituer le mieux possible la biologie, l'environnement et le mode de vie d'Ardi. Le portait d'un hominidé parfaitement bipède, mais toujours arboricole, s'est dessiné. Si la partie inférieure du pelvis d'Ardi accueille les insertions des muscles puissants nécessaires pour grimper, sa partie supérieure montre qu'elle pouvait marcher droite sur ses deux jambes. Mais pour marcher, elle devait en quelque sorte faire rouler sur le sol la paume de ses pieds en forme de mains, c'est-à-dire des pieds dotés de pouces opposables. Quant aux mains, elles étaient conformées pour la flexion, ce qui traduit une adaptation à l'escalade et au déplacement dans les arbres ; leur structure suggère cependant qu'Ardi ne pouvait se suspendre à une branche durant plusieurs minutes par un seul bras, ce que font couramment les chimpanzés.
Cette description anatomique fait d'Ardi un animal intermédiaire dans la chaîne alimentaire de son milieu, à savoir des forêts claires. Ce milieu comporte de gros animaux – rhinocéros, bovidés, hyènes, etc. – et des petits – oiseaux, rongeurs, insectes, etc. Manifestement, Ardi et ses congénères pouvaient être chassés par des superprédateurs ou leur servir de charognes : certains des os retrouvés par les chercheurs portaient les traces de dents de tels prédateurs.
La dentition de l'ardipithèque suggère un régime omnivore. Comme tous les arboricoles, Ardi et ses congénères consommaient des fruits, mais ne pas négligeaient probablement pas les insectes, les graines, voire certaines feuilles... Et sans doute tentaient-ils à l'occasion de capturer un paon : Antoine Louchart, de l'École normale supérieure de Lyon, a déterminé que les paons représentaient 15 pour cent des oiseaux présents dans l'environnement d'Ardi, tandis que les perroquets en représentaient plus de 30 pour cent.
On peut aussi imaginer qu'Ardi et ses congénères mangeaient des charognes, mettant en œuvre des stratégies collectives pour repousser les hyènes, voire des prédateurs plus gros, comme le font les babouins aujourd'hui. Du reste, l'absence de canines hyper-développées chez les ardipithèques mâles montre que, contrairement aux gorilles ou aux chimpanzés, ils n'en avaient pas besoin pour affronter leurs concurrents. Cette constatation suggère fortement que l'organisation sociale des groupes d'Ardipithecus ramidus était davantage coopérative que fondée sur la hiérarchie entre mâles dominants.
Source : Pour la Science du 16-10-2009
Cette reconstitution d'une femelle d'Ardipithecus ramidus montre un hominien arboricole aux bras puissants et longs (pour grimper), doté de quatre «mains» (pour s'accrocher aux branches), et qui avait aussi développé la station debout. Mais ce lointain ancêtre primate devait, pour marcher, rouler sur ses «mains» postérieures, pas encore des pieds.
Les grands singes actuels comportent les orangs-outangs, les gorilles, les chimpanzés, et les humains. Ces derniers ont un ancêtre commun avec les chimpanzés, à partir duquel divergent les hominidés, dont Toumaï (7 millions d'années), et les australopithèques (dont Lucy, 3,2 millions d'années), parmi lesquels une lignée gracile aurait donné le genre Homo, auquel appartient notre espèce. Or une équipe internationale d'une cinquantaine de chercheurs (dont cinq Français), coordonnée par Tim White, de l'Université de Berkeley, vient de publier une série d'études sur les caractéristiques et le mode de vie d'un nouvel hominidé, intermédiaire entre Toumaï et les australopithèques.
Des premiers fragments d'un squelette d'Ardipithecus ramidus avait été découverts par le Japonais Gen Suwa en 1992 près du village éthiopien d'Aramis. Puis l'Éthiopien Yohannes Hailé-Sélassié y a mis au jour une main – celle du squelette quasi complet d'«Ardi», une femelle, patiemment dégagé ensuite entre 1994 et 1997. La couche de silt qui contenait ces fossiles s'est déposée il y a 4,4 millions d'années, ce qui a été établi par l'analyse de radio-isotopes contenus dans les couches de tufs et de cendres volcaniques qui l'entourent. Cette découverte clef a été suivie de nombre d'autres ; aujourd'hui, l'équipe internationale qui étudie Ardipithecus ramidus dispose de 110 spécimens issus de 36 individus.
Les chercheurs ont tenté de reconstituer le mieux possible la biologie, l'environnement et le mode de vie d'Ardi. Le portait d'un hominidé parfaitement bipède, mais toujours arboricole, s'est dessiné. Si la partie inférieure du pelvis d'Ardi accueille les insertions des muscles puissants nécessaires pour grimper, sa partie supérieure montre qu'elle pouvait marcher droite sur ses deux jambes. Mais pour marcher, elle devait en quelque sorte faire rouler sur le sol la paume de ses pieds en forme de mains, c'est-à-dire des pieds dotés de pouces opposables. Quant aux mains, elles étaient conformées pour la flexion, ce qui traduit une adaptation à l'escalade et au déplacement dans les arbres ; leur structure suggère cependant qu'Ardi ne pouvait se suspendre à une branche durant plusieurs minutes par un seul bras, ce que font couramment les chimpanzés.
Cette description anatomique fait d'Ardi un animal intermédiaire dans la chaîne alimentaire de son milieu, à savoir des forêts claires. Ce milieu comporte de gros animaux – rhinocéros, bovidés, hyènes, etc. – et des petits – oiseaux, rongeurs, insectes, etc. Manifestement, Ardi et ses congénères pouvaient être chassés par des superprédateurs ou leur servir de charognes : certains des os retrouvés par les chercheurs portaient les traces de dents de tels prédateurs.
La dentition de l'ardipithèque suggère un régime omnivore. Comme tous les arboricoles, Ardi et ses congénères consommaient des fruits, mais ne pas négligeaient probablement pas les insectes, les graines, voire certaines feuilles... Et sans doute tentaient-ils à l'occasion de capturer un paon : Antoine Louchart, de l'École normale supérieure de Lyon, a déterminé que les paons représentaient 15 pour cent des oiseaux présents dans l'environnement d'Ardi, tandis que les perroquets en représentaient plus de 30 pour cent.
On peut aussi imaginer qu'Ardi et ses congénères mangeaient des charognes, mettant en œuvre des stratégies collectives pour repousser les hyènes, voire des prédateurs plus gros, comme le font les babouins aujourd'hui. Du reste, l'absence de canines hyper-développées chez les ardipithèques mâles montre que, contrairement aux gorilles ou aux chimpanzés, ils n'en avaient pas besoin pour affronter leurs concurrents. Cette constatation suggère fortement que l'organisation sociale des groupes d'Ardipithecus ramidus était davantage coopérative que fondée sur la hiérarchie entre mâles dominants.
Source : Pour la Science du 16-10-2009
mardi 6 octobre 2009
Ardi, plus vieille que Lucy, éclaire les origines de l'Homme
Avec ses 4,4 millions d'années, la petite Ardy devient le plus ancien hominidé dont on dispose du squelette complet. Elle nous en apprend beaucoup sur nos ancêtres et sur nos cousins les grands singes.
Dix-sept ans de travail, quarante-sept scientifiques de dix pays différents, plus de cent individus extraits du sable du désert et onze publications dans Science ont fini par permettre la description complète d'un des plus vieux représentants connus de la lignée humaine, Ardipithecus ramidus. La découverte initiale date de 1992 quand une équipe du Middle Awash Project a repéré des ossements dans la vallée du Rift, en Ethiopie. Fragiles et souvent en miettes, ces restes étaient très difficiles à extraire et il a fallu un patient labeur de grattage, puis de reconstruction, parfois sur ordinateur.
Le travail valait cette peine. Le gisement était exceptionnel par la quantité de restes fossilisés et par leur âge. Le premier squelette complet d'une femelle, baptisée Ardi, date de 4,4 millions d'années. C'est elle qui vient de faire l'objet d'une publication exhaustive dans la revue Science, laquelle met également en ligne une galerie de photos et même un site Web dédié à Ardipithecus, où sont compilés les onze articles qui lui sont consacrés (les résumés seuls sont librement accessibles).
Nettement plus vieille que Lucy l'australopithèque, exhumée en 1974 dans la même région, et qui vivait il y a 3,2 millions d'années, Ardy n'est cependant pas le plus ancien hominidé connu (Ardipithecus kadabba est daté de 5,8 à 5,2 millions d'années). Mais son squelette est de loin le plus complet et cette petite femelle, haute de 1,20 mètre pour probablement une cinquantaine de kilogrammes, donne de nouveaux indices pour résoudre une ancienne énigme. La question était de savoir si les ancêtres communs aux hommes et à nos plus proches cousins actuels, les chimpanzés et les bonobos (les panidés), ressemblaient davantage à des singes.
Pas plus près des singes actuels que de nous
Dans l'affirmative, la branche humaine aurait évolué en acquérant des caractères propres tandis que la lignée des grands singes aurait été plus conservatrice. Comme un écho à la vieille idée du chaînon manquant, l'australopithèque, dont Lucy, était vu comme un intermédiaire entre un ancêtre ressemblant beaucoup aux grands singes actuels et l'homme moderne, Homo sapiens. Pour éclairer cette zone de l'histoire de nos ancêtres, il manquait des fossiles, d'humains mais aussi des ancêtres des chimpanzés.
Ardi vient donner un élément de réponse. Elle ne ressemblait pas plus à un chimpanzé qu'à un homme moderne. Avec ses longs bras, elle devait être à l'aise dans les arbres mais son bassin et ses pieds rigides étaient ceux d'un marcheur. Cependant, sa voûte plantaire n'étant pas arquée, Ardi ne devait pas pouvoir courir et les pouces étaient opposables, comme chez les chimpanzés et à la différence de Lucy.
Avec ses mains plus fines que celles des chimpanzés, Ardi devait avoir des gestes plus précis et, les paléontologues en sont sûrs, ne s'appuyait pas sur ses phalanges pour marcher à quatre pattes, comme le font les grands singes. Par ailleurs, ses canines étaient déjà petites alors qu'on pensait ce caractère plus récent dans la lignée humaine. Conclusion des auteurs, les caractères propres aux panidés et qui n'existent pas dans la lignée humaine ne sont pas nécessairement des reliques mais des adaptations apparues après la séparation des deux branches, il y a environ 6 millions d'années, chacune ayant évolué de son côté.
Le tableau final montre un animal moins bien adapté que les chimpanzés à la vie arboricole. Ardi vivait dans mais aussi autour des arbres, qui devaient être pour elle un refuge contre les prédateurs et une chambre à coucher où elle faisait peut-être des nids, à la manière des chimpanzés actuels. Avec une dentition adaptée à un régime varié, Ardy et ses compagnons vivaient dans une région arborée, comme en témoigne l'étude conjointe des sols où ont été retrouvés les fossiles, mais pas une savane.
Ils disposaient de leurs caractères propres (comme les dents moins résistantes que celles des australopithèques) mais avaient déjà les habitudes conservées par la suite chez tous les hominidés, comme la bipédie et une tendance à la grosse tête, avec un cerveau plus volumineux que les chimpanzés (entre 400 et 550 cm3, contre 350 environ).
Source : Futura-Sciences du 06/10/2009
Dix-sept ans de travail, quarante-sept scientifiques de dix pays différents, plus de cent individus extraits du sable du désert et onze publications dans Science ont fini par permettre la description complète d'un des plus vieux représentants connus de la lignée humaine, Ardipithecus ramidus. La découverte initiale date de 1992 quand une équipe du Middle Awash Project a repéré des ossements dans la vallée du Rift, en Ethiopie. Fragiles et souvent en miettes, ces restes étaient très difficiles à extraire et il a fallu un patient labeur de grattage, puis de reconstruction, parfois sur ordinateur.
Le travail valait cette peine. Le gisement était exceptionnel par la quantité de restes fossilisés et par leur âge. Le premier squelette complet d'une femelle, baptisée Ardi, date de 4,4 millions d'années. C'est elle qui vient de faire l'objet d'une publication exhaustive dans la revue Science, laquelle met également en ligne une galerie de photos et même un site Web dédié à Ardipithecus, où sont compilés les onze articles qui lui sont consacrés (les résumés seuls sont librement accessibles).
Nettement plus vieille que Lucy l'australopithèque, exhumée en 1974 dans la même région, et qui vivait il y a 3,2 millions d'années, Ardy n'est cependant pas le plus ancien hominidé connu (Ardipithecus kadabba est daté de 5,8 à 5,2 millions d'années). Mais son squelette est de loin le plus complet et cette petite femelle, haute de 1,20 mètre pour probablement une cinquantaine de kilogrammes, donne de nouveaux indices pour résoudre une ancienne énigme. La question était de savoir si les ancêtres communs aux hommes et à nos plus proches cousins actuels, les chimpanzés et les bonobos (les panidés), ressemblaient davantage à des singes.
Les images de droite montrent le crâne d'un chimpanzé (à droite) et celui d'Ardy. A gauche, comparaison de la capacité crânienne et de la taille des dents des chimpanzés actuels (marques rouges) et des fossiles d'Ar. ramidus (triangles verts). La capacité crânienne, de 400 à 550 cm3, est nettement supérieure à celle des actuels chimpanzés (300 à 350 cm3).
Pas plus près des singes actuels que de nous
Dans l'affirmative, la branche humaine aurait évolué en acquérant des caractères propres tandis que la lignée des grands singes aurait été plus conservatrice. Comme un écho à la vieille idée du chaînon manquant, l'australopithèque, dont Lucy, était vu comme un intermédiaire entre un ancêtre ressemblant beaucoup aux grands singes actuels et l'homme moderne, Homo sapiens. Pour éclairer cette zone de l'histoire de nos ancêtres, il manquait des fossiles, d'humains mais aussi des ancêtres des chimpanzés.
Ardi vient donner un élément de réponse. Elle ne ressemblait pas plus à un chimpanzé qu'à un homme moderne. Avec ses longs bras, elle devait être à l'aise dans les arbres mais son bassin et ses pieds rigides étaient ceux d'un marcheur. Cependant, sa voûte plantaire n'étant pas arquée, Ardi ne devait pas pouvoir courir et les pouces étaient opposables, comme chez les chimpanzés et à la différence de Lucy.
Avec ses mains plus fines que celles des chimpanzés, Ardi devait avoir des gestes plus précis et, les paléontologues en sont sûrs, ne s'appuyait pas sur ses phalanges pour marcher à quatre pattes, comme le font les grands singes. Par ailleurs, ses canines étaient déjà petites alors qu'on pensait ce caractère plus récent dans la lignée humaine. Conclusion des auteurs, les caractères propres aux panidés et qui n'existent pas dans la lignée humaine ne sont pas nécessairement des reliques mais des adaptations apparues après la séparation des deux branches, il y a environ 6 millions d'années, chacune ayant évolué de son côté.
Le tableau final montre un animal moins bien adapté que les chimpanzés à la vie arboricole. Ardi vivait dans mais aussi autour des arbres, qui devaient être pour elle un refuge contre les prédateurs et une chambre à coucher où elle faisait peut-être des nids, à la manière des chimpanzés actuels. Avec une dentition adaptée à un régime varié, Ardy et ses compagnons vivaient dans une région arborée, comme en témoigne l'étude conjointe des sols où ont été retrouvés les fossiles, mais pas une savane.
Ils disposaient de leurs caractères propres (comme les dents moins résistantes que celles des australopithèques) mais avaient déjà les habitudes conservées par la suite chez tous les hominidés, comme la bipédie et une tendance à la grosse tête, avec un cerveau plus volumineux que les chimpanzés (entre 400 et 550 cm3, contre 350 environ).
Source : Futura-Sciences du 06/10/2009
vendredi 2 octobre 2009
Portrait-robot d'un nouvel hominidé
Après Toumaï et avant Lucy, vivait en Afrique Ardipithecus ramidus. Sa description, qui vient d’être publiée, fournit un nombre considérable de données sur les hominidés, en particulier sur leur marche.
« C’est une découverte du même ordre que celle de Lucy en 1974, explique José Braga, de l’université Paul Sabatier à Toulouse, sauf que le squelette est plus complet et qu’il est plus ancien de 1,2 millions d’années. » Et c’est une découverte qui s’est faite attendre : pour décrire les 110 ossements d’Ardipithecus ramidus, un hominidé de 4,4 millions d’années, quinze ans d’un long travail de tri des ossements, de reconstruction minutieuse par ordinateur ont été nécessaires à l’équipe menée par Tim White, de l’université de Berkeley en Californie. Les onze articles publiés aujourd’hui dans la revue Science sont à la mesure de l’ampleur de la tâche.
Pour la première fois, on peut décrire très précisément comment un hominidé ancien se déplaçait, car toutes les parties du corps sont représentées : crâne, bassin, os des jambes et du bras, mains et pieds quasi complets. Première constatation : Ardipithecus ramidus grimpait probablement aux arbres, car son gros orteil est mobile par rapport au reste des doigts de pieds, comme chez les singes. En revanche, il ne se balançait pas de branche en branche comme ces derniers, car, comme nous, sa paume et ses doigts sont trop courts, ses mains et ses poignets trop souples pour cela. Il s’y déplaçait probablement à quatre pattes. L’analyse des os de ses mains montre qu’alors il s’appuyait sur ses paumes comme beaucoup de singes, et non sur les poings comme le chimpanzé ou le gorille.
Était-il bipède ? Le trou où s’encastre la colonne vertébrale d’Ardipithecus ramidus est plutôt orienté vers le bas, ce qui semble indiquer qu’il se tenait debout. À partir des os du bassin, les anthropologues ont aussi montré qu’Ardipithecus avait, comme les hommes, des muscles qui l’empêchaient de se déhancher dangereusement en marchant. Conclusion : il pouvait marcher dans cette position.
La bipédie d’Ardipithecus n’est pas à proprement parler une surprise. Deux des trois fossiles plus anciens que cette espèce, Orrorin tugenensis (6 millions d’années) et Sahelanthropus tchadensis (7 millions d’années), en montraient déjà des signes. Quant à la bipédie des australopithèques, plus récents, elle est assez bien connue. En revanche, les fossiles d’Ardipithecus ramidus semblent sonner le glas d’une hypothèse très en vogue chez les paléoanthropologues : l’existence de grandes différences entre mâles et femelles. Chez les australopithèques, par exemple, certains squelettes nettement plus petits que les autres sont interprétés comme des femelles. On se fonde pour cela sur la situation qui prévaut aujourd’hui chez le gorille par exemple. Les mâles sont en forte compétition pour l’accès aux femelles, et une haute taille leur procure un avantage évolutif.
Or, outre ce squelette d’Ardipithecus très complet, les paléontologues ont retrouvé les restes de 35 individus qui vivaient à peu près la même époque, séparés au plus par 10 000 ans. Autrement dit, fait sans précédent, les chercheurs possèdent un instantané de la diversité au sein d’une même espèce. Et concernant la taille, il n’y a pas de différences significatives, alors qu’il est à peu près sûr que les deux sexes sont représentés. Difficile de croire que des différences importantes n’aient été présentes que chez les australopithèques, alors qu’elles n’existent ni avant ni après. « En d’autres termes, explique José Braga, des australopithèques considérés comme mâle et femelle appartiennent peut-être en fait à des espèces différentes. Il va falloir réanalyser un certain nombre de fossiles.»
Source : La Recherche du 02/10/2009
« C’est une découverte du même ordre que celle de Lucy en 1974, explique José Braga, de l’université Paul Sabatier à Toulouse, sauf que le squelette est plus complet et qu’il est plus ancien de 1,2 millions d’années. » Et c’est une découverte qui s’est faite attendre : pour décrire les 110 ossements d’Ardipithecus ramidus, un hominidé de 4,4 millions d’années, quinze ans d’un long travail de tri des ossements, de reconstruction minutieuse par ordinateur ont été nécessaires à l’équipe menée par Tim White, de l’université de Berkeley en Californie. Les onze articles publiés aujourd’hui dans la revue Science sont à la mesure de l’ampleur de la tâche.
Pour la première fois, on peut décrire très précisément comment un hominidé ancien se déplaçait, car toutes les parties du corps sont représentées : crâne, bassin, os des jambes et du bras, mains et pieds quasi complets. Première constatation : Ardipithecus ramidus grimpait probablement aux arbres, car son gros orteil est mobile par rapport au reste des doigts de pieds, comme chez les singes. En revanche, il ne se balançait pas de branche en branche comme ces derniers, car, comme nous, sa paume et ses doigts sont trop courts, ses mains et ses poignets trop souples pour cela. Il s’y déplaçait probablement à quatre pattes. L’analyse des os de ses mains montre qu’alors il s’appuyait sur ses paumes comme beaucoup de singes, et non sur les poings comme le chimpanzé ou le gorille.
Était-il bipède ? Le trou où s’encastre la colonne vertébrale d’Ardipithecus ramidus est plutôt orienté vers le bas, ce qui semble indiquer qu’il se tenait debout. À partir des os du bassin, les anthropologues ont aussi montré qu’Ardipithecus avait, comme les hommes, des muscles qui l’empêchaient de se déhancher dangereusement en marchant. Conclusion : il pouvait marcher dans cette position.
La bipédie d’Ardipithecus n’est pas à proprement parler une surprise. Deux des trois fossiles plus anciens que cette espèce, Orrorin tugenensis (6 millions d’années) et Sahelanthropus tchadensis (7 millions d’années), en montraient déjà des signes. Quant à la bipédie des australopithèques, plus récents, elle est assez bien connue. En revanche, les fossiles d’Ardipithecus ramidus semblent sonner le glas d’une hypothèse très en vogue chez les paléoanthropologues : l’existence de grandes différences entre mâles et femelles. Chez les australopithèques, par exemple, certains squelettes nettement plus petits que les autres sont interprétés comme des femelles. On se fonde pour cela sur la situation qui prévaut aujourd’hui chez le gorille par exemple. Les mâles sont en forte compétition pour l’accès aux femelles, et une haute taille leur procure un avantage évolutif.
Or, outre ce squelette d’Ardipithecus très complet, les paléontologues ont retrouvé les restes de 35 individus qui vivaient à peu près la même époque, séparés au plus par 10 000 ans. Autrement dit, fait sans précédent, les chercheurs possèdent un instantané de la diversité au sein d’une même espèce. Et concernant la taille, il n’y a pas de différences significatives, alors qu’il est à peu près sûr que les deux sexes sont représentés. Difficile de croire que des différences importantes n’aient été présentes que chez les australopithèques, alors qu’elles n’existent ni avant ni après. « En d’autres termes, explique José Braga, des australopithèques considérés comme mâle et femelle appartiennent peut-être en fait à des espèces différentes. Il va falloir réanalyser un certain nombre de fossiles.»
Source : La Recherche du 02/10/2009
jeudi 1 octobre 2009
Premier portrait en pied d’Ardi, plus âgée que Lucy
Après 17 ans de recherches, la description complète de l’Ardipithecus ramidus est publiée. Cet hominidé vieux de 4 à 5 millions d’années, découvert dans l’Afar éthiopien, nous fait remonter un peu plus loin dans l’histoire de l’homme, vers l’ancêtre commun avec le chimpanzé et les débuts de la bipédie.
Le premier fossile d’Ardipithecus ramidus a été découvert en 1992 en Éthiopie, dans la vallée du Rift, près du village d’Aramis. Les paléoanthropologues Tim White, Gen Suwa et leurs collaborateurs du Middle Awash Project ont gratté le sol désertique de cette région de l’Afar pendant des années pour en sortir finalement plus de 100 spécimens d’Ardipithecus ramidus, dont un squelette quasi complet, baptisé Ardi, une femelle qui vivait il y a 4,4 millions d’années.
Très fragiles, très difficiles à extraire, les os fossilisés d’Ardipithecus ramidus ont demandé des années de travail aux chercheurs, sur le terrain puis dans les laboratoires. Le crâne d’Ardi, par exemple, était en miettes et des centaines d’heures ont été nécessaires pour le reconstituer et le scanner.
Pas moins de 47 chercheurs ont collaboré pour dresser un portrait complet de cet hominidé, le fruit très attendu de 17 ans de recherches publié aujourd’hui par la revue Science.
A la fois bipède et arboricole
Première évidence : Ardi, 50 kilos pour 1,20 mètre, est un être plus primitif que Lucy (3,2 millions d’années) et ses congénères australopithèques. Ardipithecus ramidus est capable de marcher sur ses deux pieds mais il passe plus de temps dans les arbres.
- son bassin est adapté à la marche mais aussi à l’escalade dans les branches;
- le bas de son dos est plus souple que celui des grands singes;
- son pied possède un pouce opposable (comme les chimpanzés), qui permet de bien s’accrocher dans les arbres. En revanche son pied est plus rigide que celui des grands singes, facilitant la bipédie;
- sa main : première certitude, Ardi ne marchait pas sur ses phalanges comme le font les grands singes africains lorsqu’ils se déplacent sur quatre pattes au sol. Le poignet est assez souple, permettant une manipulation plus fine pour que les chimpanzés.
Globalement, Ardipithecus ramidus est moins agile que les grands singes actuels dans les arbres, il ne se balance pas de branche en branche au bout de ses mains. Au sol il est capable de se déplacer sur deux jambes mais pas de parcourir de longues distances ou de courir (il lui manque une voûte plantaire arquée).
Une petite tête
L’étude du site d’Aramis et des ossements d’animaux qui ont été retrouvés suggèrent qu’Ardi vivait non pas dans une savane mais dans une zone arborée, entourée de palmiers, de figuiers, en compagnie de nombreux animaux, oiseaux, mammifères de petite et grande taille (rongeurs, singes, antilopes, éléphants, girafes, ours etc..).
Que mangeait Ardipithecus ramidus? Un peu de tout, y compris des fruits, mais ses dents, dont l’émail n’est pas aussi épais que chez Lucy, ne lui permettaient sans doute pas de mâcher des aliments trop résistants.
Quant à sa tête, elle est petite. Le volume de sa boîte crânienne est de 300 à 350 cm3, taille comparable à celle d’un chimpanzé ou d’un bonobo, plus petite que celle d’un australopithèque (400 à 550 cm3, contre 1500 cm3 pour l’Homo sapiens actuel).
Que nous apprend Ardi sur l’évolution des hominidés ? Les grandes questions restent ouvertes. Ardipithecus ramidus nous rapproche un peu plus de l’ancêtre commun entre notre branche (celle des Homo) et la branche des panidés (chimpanzés et bonobos), qui auraient divergé il y a environ 6 millions d’années.
Le portrait d’Ardi, qui ne ressemble pas plus à un humain qu’à un chimpanzé, suggère que cet ancêtre commun n’est pas forcément proche des grands singes actuels, analysent Tim White et ses collègues. Les particularités des chimpanzés (notamment la marche sur les phalanges) auraient évolué après la séparation des deux branches.
Source : Sciences et Avenir du 01/10/2009
Le premier fossile d’Ardipithecus ramidus a été découvert en 1992 en Éthiopie, dans la vallée du Rift, près du village d’Aramis. Les paléoanthropologues Tim White, Gen Suwa et leurs collaborateurs du Middle Awash Project ont gratté le sol désertique de cette région de l’Afar pendant des années pour en sortir finalement plus de 100 spécimens d’Ardipithecus ramidus, dont un squelette quasi complet, baptisé Ardi, une femelle qui vivait il y a 4,4 millions d’années.
Très fragiles, très difficiles à extraire, les os fossilisés d’Ardipithecus ramidus ont demandé des années de travail aux chercheurs, sur le terrain puis dans les laboratoires. Le crâne d’Ardi, par exemple, était en miettes et des centaines d’heures ont été nécessaires pour le reconstituer et le scanner.
Pas moins de 47 chercheurs ont collaboré pour dresser un portrait complet de cet hominidé, le fruit très attendu de 17 ans de recherches publié aujourd’hui par la revue Science.
A la fois bipède et arboricole
Première évidence : Ardi, 50 kilos pour 1,20 mètre, est un être plus primitif que Lucy (3,2 millions d’années) et ses congénères australopithèques. Ardipithecus ramidus est capable de marcher sur ses deux pieds mais il passe plus de temps dans les arbres.
- son bassin est adapté à la marche mais aussi à l’escalade dans les branches;
- le bas de son dos est plus souple que celui des grands singes;
- son pied possède un pouce opposable (comme les chimpanzés), qui permet de bien s’accrocher dans les arbres. En revanche son pied est plus rigide que celui des grands singes, facilitant la bipédie;
- sa main : première certitude, Ardi ne marchait pas sur ses phalanges comme le font les grands singes africains lorsqu’ils se déplacent sur quatre pattes au sol. Le poignet est assez souple, permettant une manipulation plus fine pour que les chimpanzés.
Globalement, Ardipithecus ramidus est moins agile que les grands singes actuels dans les arbres, il ne se balance pas de branche en branche au bout de ses mains. Au sol il est capable de se déplacer sur deux jambes mais pas de parcourir de longues distances ou de courir (il lui manque une voûte plantaire arquée).
Une petite tête
L’étude du site d’Aramis et des ossements d’animaux qui ont été retrouvés suggèrent qu’Ardi vivait non pas dans une savane mais dans une zone arborée, entourée de palmiers, de figuiers, en compagnie de nombreux animaux, oiseaux, mammifères de petite et grande taille (rongeurs, singes, antilopes, éléphants, girafes, ours etc..).
Que mangeait Ardipithecus ramidus? Un peu de tout, y compris des fruits, mais ses dents, dont l’émail n’est pas aussi épais que chez Lucy, ne lui permettaient sans doute pas de mâcher des aliments trop résistants.
Quant à sa tête, elle est petite. Le volume de sa boîte crânienne est de 300 à 350 cm3, taille comparable à celle d’un chimpanzé ou d’un bonobo, plus petite que celle d’un australopithèque (400 à 550 cm3, contre 1500 cm3 pour l’Homo sapiens actuel).
Que nous apprend Ardi sur l’évolution des hominidés ? Les grandes questions restent ouvertes. Ardipithecus ramidus nous rapproche un peu plus de l’ancêtre commun entre notre branche (celle des Homo) et la branche des panidés (chimpanzés et bonobos), qui auraient divergé il y a environ 6 millions d’années.
Le portrait d’Ardi, qui ne ressemble pas plus à un humain qu’à un chimpanzé, suggère que cet ancêtre commun n’est pas forcément proche des grands singes actuels, analysent Tim White et ses collègues. Les particularités des chimpanzés (notamment la marche sur les phalanges) auraient évolué après la séparation des deux branches.
Source : Sciences et Avenir du 01/10/2009
L'australophithèque souffrait déjà de brucellose
Le plus ancien cas d'infection humaine découvert à ce jour aurait été détecté sur des os d'Australophithecus africanus, des hominidés ayant vécu voici 2 à 5 millions d'années et retrouvés dans les années 1970 sur le site de Sterkfontein, en Afrique du Sud. Des lésions dues à la brucellose, maladie infectieuse d'origine animale transmise par des coccobacilles, auraient été décelées sur des vertèbres lombaires datées de -2,8 millions d'années. Selon Ruggero d'Anastasio, paléoanthropologue de l'université Gabriele d'Annunzio de Chieti, en Italie, la brucellose se transmettant à l'homme notamment par contact avec de la viande infectée, cette découverte apporterait surtout une preuve directe de la consommation de viande par les australopithèques. Une hypothèse que l'on suspectait déjà à travers quelques traces de découpe laissées sur des os par des outils de pierre.
Source : Sciences et Avenir d'octobre 2009
Source : Sciences et Avenir d'octobre 2009
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