D’après une nouvelle étude des restes fossilisés du « hobbit », il apparaît que ses origines seraient à chercher vers un autre ancêtre africain qu’Homo erectus
L’hominidé découvert sur l’île de Flores, en Indonésie, est certes petit par sa taille (1,1 mètre), mais la multitude d’études qui lui sont consacrées depuis 2003 en font une des plus grandes révolutions dans la compréhension de l’évolution humaine.
Une étude plus complète
La nouvelle étude était diligentée par le Dr Debbie Argue (École d'Archéologie et d'Anthropologie, Australian National University) ; l’équipe était constituée de scientifiques australiens, malgaches et américains. Elle a été publiée dans le Journal of Human Evolution.
Jusqu’à présent, les études allaient dans le sens d’un Homo floresiensis descendant d’un Homo erectus beaucoup plus grand et qui vivait en Asie, à Java. Une autre piste expliquait la morphologie de l’Homme de Flores par une lignée malade d’Homo sapiens.
Alors que les précédentes recherches étaient concentrées principalement sur le crâne et la mâchoire inférieure, l’étude de Debbie Argue a utilisé 133 points de mesures comprenant aussi bien le crâne que la mâchoire et les dents, mais également les bras, les jambes et les épaules. Plusieurs espèces ont pu ainsi être comparées : A. afarensis, A. africanus, A. sediba, H. habilis, H. rudolfensis, H. ergaster, H. erectus (Sangiran and Trinil), H. georgicus, Homo naledi, H. floresiensis, et H. sapiens.
Une remise en cause de la filiation d’Homo floresiensis
En comparant la morphologie et le squelette de l’homme de Flores avec celui d’Homo erectus, l’équipe a complètement invalidé la filiation entre les deux espèces.
"Nous avons examiné si Homo floresiensis pouvait être un descendant d'Homo erectus" indique le professeur Argue.
"Nous avons constaté que si vous essayez de relier ces deux espèces sur l'arbre généalogique, vous obtenez des résultats incompatibles. Tous les tests indiquent que cela ne correspond pas, cette théorie n'est tout simplement pas viable".
Le Dr Argue indique que par de nombreuses caractéristiques, telles que la structure de la mâchoire, Homo floresiensis était plus primitif qu’Homo erectus.
"En toute logique, il est difficile de comprendre comment vous pourriez avoir une régression. Pourquoi et comment la mâchoire d'Homo erectus aurait-elle pu évoluer vers un stade plus primitif comme celui d’Homo floresiensis ?" C’est une constante dans l’évolution des espèces… on ne revient pas en arrière.
Homo habilis en ancêtre probable ?
D’après les chercheurs, il semble que les racines d’Homo floresiensis pourraient être beaucoup plus anciennes qu’initialement prévues. Avec cette nouvelle étude, la « date de naissance » de l’espèce pourrait être repoussée à 1,75 millions d'années en arrière.
"Si c’est le cas, Homo floresiensis aurait évolué avant le premier Homo habilis, ce qui rendrait cette espèce très archaïque", a déclaré le Dr Argue. Les deux espèces sœurs aurait donc un ancêtre en commun.
Le professeur Mike Lee (Université Flinders) et le Musée sud-australien d’Adélaïde ont utilisé la modélisation statistique pour analyser les données.
"Lorsque nous avons fait l'analyse, il y avait des éléments très clairs en faveur d’une relation avec Homo habilis. Homo floresiensis occupait une position très primitive sur l'arbre de l’évolution humaine", a déclaré le professeur Lee.
"Nous sommes sûrs à 99 % qu’Homo floresiensis n'est pas lié à Homo erectus et à presque 100 % qu’il n’est pas non plus un Homo sapiens mal formé", a déclaré le professeur Lee.
Source : Hominidés.com du 27/04/2017
dimanche 30 avril 2017
samedi 29 avril 2017
Les premiers «Américains» prennent un coup de vieux
Des scientifiques ont daté mercredi de 130'000 ans la présence humaine sur le continent américain, «vieillissant» de plus de 100'000 ans les premiers «Américains» et invitant à repenser l'histoire du peuplement du Nouveau monde.
Les traces trouvées en Californie «indiquent qu'une espèce d'hominidés vivait en Amérique du Nord 115'000 ans plus tôt que ce que nous pensions», explique Judy Gradwohl la présidente du Muséum d'histoire naturelle de San Diego. L'établissement a piloté l'étude publiée mercredi dans la revue «Nature».
L'équipe de chercheurs affirme avoir réussi à dater des outils de pierre et des ossements d'un mastodonte, un ancêtre de l'éléphant aujourd'hui disparu, portant selon eux les traces d'une intervention humaine.
«Des os et plusieurs dents prouvent clairement que des humains les ont volontairement cassés en faisant preuve d'habilité et d'expérience», explique Steve Holen, coauteur de l'étude, dans un communiqué du Muséum d'histoire naturelle de San Diego.
Spécialistes divisés
Anthropologues et archéologues sont divisés sur les origines du peuplement du continent américain. Jusqu'à maintenant, la thèse dominante était que les premiers hommes - des Homo sapiens - à avoir foulé le sol du Nouveau monde étaient arrivés d'Asie il y a environ 14'500 ans.
Des scientifiques avancent que la colonisation a pu se faire par l'intérieur des terres en empruntant un corridor de 1500 km de long, qui reliait la Sibérie orientale au continent nord-américain et en partie noyé aujourd'hui sous le détroit de Béring. Mais d'autres suggèrent que les premiers hommes sont arrivés en longeant le Pacifique depuis l'Alaska, à pied ou par la mer.
Mais ces hommes arrivés d'Asie ne seraient donc peut-être pas les premiers «Américains», selon cette nouvelle étude. Pour ses auteurs, une espèce du genre Homo non identifiée serait à l'origine des traces de présence humaine retrouvées sur le site archéologique de la région de San Diego, le Cerutti Mastodon Site, fouillé au début des années 1990.
Jusqu'à aujourd'hui restées muettes, ces reliques ont pu livrer leur secret grâce à la méthode de datation par l'uranium-thorium qui permet de remonter à des périodes très anciennes.
Ces hommes ayant laissé ces traces ne sont probablement pas des Homo Sapiens, l'homme moderne, puisque ce dernier n'est supposé avoir quitté l'Afrique qu'il y a environ 100'000 ans. Pour les chercheurs, il s'agit plutôt d'un de ses cousins disparus, Homo erectus, Néandertaliens ou même des Denisoviens.
Source : 20 minutes.ch du 26/04/2017
Les traces trouvées en Californie «indiquent qu'une espèce d'hominidés vivait en Amérique du Nord 115'000 ans plus tôt que ce que nous pensions», explique Judy Gradwohl la présidente du Muséum d'histoire naturelle de San Diego. L'établissement a piloté l'étude publiée mercredi dans la revue «Nature».
L'équipe de chercheurs affirme avoir réussi à dater des outils de pierre et des ossements d'un mastodonte, un ancêtre de l'éléphant aujourd'hui disparu, portant selon eux les traces d'une intervention humaine.«Des os et plusieurs dents prouvent clairement que des humains les ont volontairement cassés en faisant preuve d'habilité et d'expérience», explique Steve Holen, coauteur de l'étude, dans un communiqué du Muséum d'histoire naturelle de San Diego.
Spécialistes divisés
Anthropologues et archéologues sont divisés sur les origines du peuplement du continent américain. Jusqu'à maintenant, la thèse dominante était que les premiers hommes - des Homo sapiens - à avoir foulé le sol du Nouveau monde étaient arrivés d'Asie il y a environ 14'500 ans.
Des scientifiques avancent que la colonisation a pu se faire par l'intérieur des terres en empruntant un corridor de 1500 km de long, qui reliait la Sibérie orientale au continent nord-américain et en partie noyé aujourd'hui sous le détroit de Béring. Mais d'autres suggèrent que les premiers hommes sont arrivés en longeant le Pacifique depuis l'Alaska, à pied ou par la mer.
Mais ces hommes arrivés d'Asie ne seraient donc peut-être pas les premiers «Américains», selon cette nouvelle étude. Pour ses auteurs, une espèce du genre Homo non identifiée serait à l'origine des traces de présence humaine retrouvées sur le site archéologique de la région de San Diego, le Cerutti Mastodon Site, fouillé au début des années 1990.
Jusqu'à aujourd'hui restées muettes, ces reliques ont pu livrer leur secret grâce à la méthode de datation par l'uranium-thorium qui permet de remonter à des périodes très anciennes.
Ces hommes ayant laissé ces traces ne sont probablement pas des Homo Sapiens, l'homme moderne, puisque ce dernier n'est supposé avoir quitté l'Afrique qu'il y a environ 100'000 ans. Pour les chercheurs, il s'agit plutôt d'un de ses cousins disparus, Homo erectus, Néandertaliens ou même des Denisoviens.
Source : 20 minutes.ch du 26/04/2017
vendredi 28 avril 2017
L'homme de Florès révèle sa véritable identité !
Le surnommé Hobbit ne serait ni un descendant d'erectus, ni un nain crétin, mais un très lointain cousin d'Homo habilis vieux de 1,75 million d'années.
C'est la fin d'une énigme qui tient en haleine les archéologues depuis 14 ans. On sait enfin qui est Homo floresiensis – dit Hobbit en raison de sa taille minuscule –, découvert en 2003 sur l'île indonésienne de Florès. Jusqu'à présent, pour certains, c'était un descendant d'Homo erectus, tout comme nous, mais qui aurait pris une voie parallèle. Pour d'autres encore, c'était un Pygmée microcéphale ou encore un nain crétin souffrant de déficit alimentaire. Ce qui faisait de l'homme de Florès, un Homo sapiens de petite taille.
Oublions toutes ces hypothèses abracadabrantesques comme dirait un autre « ancêtre ». Une étude publiée dans The Journal of Human Evolution affirme à 100 % que le Hobbit appartiendrait à un rameau s'étant séparé du « tronc humain » voilà 1,75 million d'années. Ce qui nous fait remonter à une lointaine époque où notre ancêtre Homo habilis batifolait dans la savane africaine. Bref, Homo floresiensis ne serait pas un descendant d'erectus (lequel succéda plus ou moins à habilis), mais au contraire il serait un « cousin » d'habilis.
Le crâne d'un chimpanzé, mais une mémoire d'éléphant
Les auteurs de l'étude de l'université nationale d'Australie assoient leur certitude sur 133 données anthropomorphiques relevées sur les crânes, les mâchoires, les dents, les bras, les jambes et les épaules de nombreux fossiles appartenant à toutes les espèces d'Homo. « Aucune de ces données ne va dans le sens d'un Homo floresiensis, descendant d'erectus », affirme le Dr Debbie Argue qui a dirigé l'équipe de chercheurs. Où s'est déroulée cette séparation ? En Afrique ? Après la sortie d'Afrique ? Pour l'instant, il n'y a pas de réponse.
C'est en 2003 que l'homme de Floresiensis a été pour la première fois découvert dans une caverne de l'île indonésienne de Florès par l'archéologue australien Mike Morwood et son collège indonésien Radien P. Soejono. Tous deux ont mis au jour les ossements fossiles de neuf individus. Dans un premier temps, ceux-ci ont été datés entre 100 000 et 18 000 ans. Ce qui aurait fait du Hobbit un contemporain de l'homme. Cependant, de nouvelles datations repoussent l'âge des fossiles les plus récents à - 50 000 ans. Donc, pas de cohabitation possible à l'époque. Le Hobbit mesurait environ un mètre pour un poids compris entre 16 et 28 kilos. Il se tenait debout et pouvait compter sur un cerveau de quelque 380 cm3. Le volume de celui d'un chimpanzé, mais doté des lobes nécessaires pour la résolution de problèmes et pour loger une bonne mémoire. Une intelligence suffisante pour qu'il manipule des outils en silex de sa confection. Selon certains archéologues, il aurait pu maîtriser le feu. En 2014, des dents et un morceau de mâchoire ont été trouvés dans une autre caverne de l'île, datés de 700 000 ans et donnés pour appartenir à un ancêtre de floresiensis.
Source : Le Point du 26/04/2017
C'est la fin d'une énigme qui tient en haleine les archéologues depuis 14 ans. On sait enfin qui est Homo floresiensis – dit Hobbit en raison de sa taille minuscule –, découvert en 2003 sur l'île indonésienne de Florès. Jusqu'à présent, pour certains, c'était un descendant d'Homo erectus, tout comme nous, mais qui aurait pris une voie parallèle. Pour d'autres encore, c'était un Pygmée microcéphale ou encore un nain crétin souffrant de déficit alimentaire. Ce qui faisait de l'homme de Florès, un Homo sapiens de petite taille.
Oublions toutes ces hypothèses abracadabrantesques comme dirait un autre « ancêtre ». Une étude publiée dans The Journal of Human Evolution affirme à 100 % que le Hobbit appartiendrait à un rameau s'étant séparé du « tronc humain » voilà 1,75 million d'années. Ce qui nous fait remonter à une lointaine époque où notre ancêtre Homo habilis batifolait dans la savane africaine. Bref, Homo floresiensis ne serait pas un descendant d'erectus (lequel succéda plus ou moins à habilis), mais au contraire il serait un « cousin » d'habilis.
Le crâne d'un chimpanzé, mais une mémoire d'éléphant
Les auteurs de l'étude de l'université nationale d'Australie assoient leur certitude sur 133 données anthropomorphiques relevées sur les crânes, les mâchoires, les dents, les bras, les jambes et les épaules de nombreux fossiles appartenant à toutes les espèces d'Homo. « Aucune de ces données ne va dans le sens d'un Homo floresiensis, descendant d'erectus », affirme le Dr Debbie Argue qui a dirigé l'équipe de chercheurs. Où s'est déroulée cette séparation ? En Afrique ? Après la sortie d'Afrique ? Pour l'instant, il n'y a pas de réponse.
C'est en 2003 que l'homme de Floresiensis a été pour la première fois découvert dans une caverne de l'île indonésienne de Florès par l'archéologue australien Mike Morwood et son collège indonésien Radien P. Soejono. Tous deux ont mis au jour les ossements fossiles de neuf individus. Dans un premier temps, ceux-ci ont été datés entre 100 000 et 18 000 ans. Ce qui aurait fait du Hobbit un contemporain de l'homme. Cependant, de nouvelles datations repoussent l'âge des fossiles les plus récents à - 50 000 ans. Donc, pas de cohabitation possible à l'époque. Le Hobbit mesurait environ un mètre pour un poids compris entre 16 et 28 kilos. Il se tenait debout et pouvait compter sur un cerveau de quelque 380 cm3. Le volume de celui d'un chimpanzé, mais doté des lobes nécessaires pour la résolution de problèmes et pour loger une bonne mémoire. Une intelligence suffisante pour qu'il manipule des outils en silex de sa confection. Selon certains archéologues, il aurait pu maîtriser le feu. En 2014, des dents et un morceau de mâchoire ont été trouvés dans une autre caverne de l'île, datés de 700 000 ans et donnés pour appartenir à un ancêtre de floresiensis.
Source : Le Point du 26/04/2017
mercredi 26 avril 2017
La saga du « Hobbit » continue : quelles sont les origines de l’Homme de Florès ?
De nouvelles recherches suggèrent que l’Homme de Florès (Homo floresiensis), aussi appelé le « Hobbit » en raison de sa petite taille, serait finalement étroitement lié à un ancêtre humain vivant en Afrique il y a quelques millions d’années, Homo habilis (et non Homo erectus comme on il était largement supposé).
En 2003, sur l’île de Florès, en Indonésie, de petits Hominidés furent trouvés et appelés « Hommes de Florès » ou « Hobbits » en raison de leur petite taille. Onze ans plus tard, d’autres restes humains plus anciens ont été découverts sur cette même île. Ils étaient alors considérés comme les ancêtres de ces « Hobbits ». Ces nouveaux fossiles évoquant Homo erectus, notre ancêtre, ces petits hominidés ont alors été considérés comme nos cousins et auraient subi le phénomène évolutif du nanisme insulaire. Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université nationale australienne (ANU) a en revanche révélé que l’Homme de Florès était probablement une espèce sœur d’Homo habilis, l’une des premières espèces d’êtres humains qui vivaient en Afrique il y a 1,75 million d’années.
Ainsi l’Homme de Florès n’aurait aucun lien avec Homo erectus ? Les chercheurs ont en effet examiné plus de cent caractéristiques osseuses de onze espèces d’hominidés, dont Australopithecus afarensis, Homo erectus, Homo habilis et Homo sapiens. En appliquant des outils statistiques, il ont alors conclu qu’il n’y avait aucune preuve étayant l’hypothèse dominante actuelle sur les origines de H. floriensis : « Les résultats permettront de clore un débat depuis la découverte de l’Homo floresiensis », a notamment admis Debbie Argue, de l’École d’archéologie et d’anthropologie de l’ANU. « Les analyses montrent que sur l’arbre généalogique, l’Homme de Florès était probablement une espèce sœur de l’Homo habilis. Cela signifie que les deux ont partagé un ancêtre commun ».
En analysant les restes de H. floriensis (133 points de données sur le crâne, les mâchoires, les dents, les bras, les jambes et les épaules), les chercheurs ont tablé que des structures telles que la forme de la mâchoire étaient trop primitives pour être liées à H. erectus. « Logiquement, il serait difficile de comprendre comment vous pourriez avoir cette régression — pourquoi la mâchoire d’Homo erectus évoluerait-elle vers la condition primitive observée chez Homo floresiensis ? », interroge Debbie Argue. En revanche, les caractéristiques primitives suggèrent une séparation assez précoce d’une espèce d’hominidés plus ancienne, il y a plus de 1,75 million d’années : Homo Habilis. Il est alors possible qu’une population diminuée d’hominidés plus proches de H. habilis que toute autre espèce humaine en provenance d’Afrique ait traversé l’Asie, avant de se retrouver dans les coins les plus éloignés du monde comme l’île de Flores.
Malheureusement, comme beaucoup d’autres espèces, le « hobbit » n’aura laissé derrière lui que quelques os dispersés sur une île et quelques pierres ébréchées, de quoi nous fournir quelques indices de son histoire. Les découvertes futures et les analyses des fossiles pourraient fournir plus de détails sur la nature exacte de cette ramification. Il s’agit là d’une simple branche dans un magnifique buisson d’hominidés, mais quelle branche exactement ? L’Homme de Florès est-il vraiment une espèce sœur d’H. habilis ? Appartient-il à un autre groupe ? La saga du Hobbit a encore de beaux jours devant elle.
Source : Sciencepost du 25/04/2017
En 2003, sur l’île de Florès, en Indonésie, de petits Hominidés furent trouvés et appelés « Hommes de Florès » ou « Hobbits » en raison de leur petite taille. Onze ans plus tard, d’autres restes humains plus anciens ont été découverts sur cette même île. Ils étaient alors considérés comme les ancêtres de ces « Hobbits ». Ces nouveaux fossiles évoquant Homo erectus, notre ancêtre, ces petits hominidés ont alors été considérés comme nos cousins et auraient subi le phénomène évolutif du nanisme insulaire. Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université nationale australienne (ANU) a en revanche révélé que l’Homme de Florès était probablement une espèce sœur d’Homo habilis, l’une des premières espèces d’êtres humains qui vivaient en Afrique il y a 1,75 million d’années.
Ainsi l’Homme de Florès n’aurait aucun lien avec Homo erectus ? Les chercheurs ont en effet examiné plus de cent caractéristiques osseuses de onze espèces d’hominidés, dont Australopithecus afarensis, Homo erectus, Homo habilis et Homo sapiens. En appliquant des outils statistiques, il ont alors conclu qu’il n’y avait aucune preuve étayant l’hypothèse dominante actuelle sur les origines de H. floriensis : « Les résultats permettront de clore un débat depuis la découverte de l’Homo floresiensis », a notamment admis Debbie Argue, de l’École d’archéologie et d’anthropologie de l’ANU. « Les analyses montrent que sur l’arbre généalogique, l’Homme de Florès était probablement une espèce sœur de l’Homo habilis. Cela signifie que les deux ont partagé un ancêtre commun ».
En analysant les restes de H. floriensis (133 points de données sur le crâne, les mâchoires, les dents, les bras, les jambes et les épaules), les chercheurs ont tablé que des structures telles que la forme de la mâchoire étaient trop primitives pour être liées à H. erectus. « Logiquement, il serait difficile de comprendre comment vous pourriez avoir cette régression — pourquoi la mâchoire d’Homo erectus évoluerait-elle vers la condition primitive observée chez Homo floresiensis ? », interroge Debbie Argue. En revanche, les caractéristiques primitives suggèrent une séparation assez précoce d’une espèce d’hominidés plus ancienne, il y a plus de 1,75 million d’années : Homo Habilis. Il est alors possible qu’une population diminuée d’hominidés plus proches de H. habilis que toute autre espèce humaine en provenance d’Afrique ait traversé l’Asie, avant de se retrouver dans les coins les plus éloignés du monde comme l’île de Flores.
Malheureusement, comme beaucoup d’autres espèces, le « hobbit » n’aura laissé derrière lui que quelques os dispersés sur une île et quelques pierres ébréchées, de quoi nous fournir quelques indices de son histoire. Les découvertes futures et les analyses des fossiles pourraient fournir plus de détails sur la nature exacte de cette ramification. Il s’agit là d’une simple branche dans un magnifique buisson d’hominidés, mais quelle branche exactement ? L’Homme de Florès est-il vraiment une espèce sœur d’H. habilis ? Appartient-il à un autre groupe ? La saga du Hobbit a encore de beaux jours devant elle.
Source : Sciencepost du 25/04/2017
lundi 10 avril 2017
Le plus vieux des Portugais a 400 000 ans
Un témoignage rare de la diversité humaine qui existait en Europe avant l'apparition des néandertaliens nous est livré par un crâne tout juste découvert au Portugal.
Il y a deux ans, l’équipe du paléoanthropologue portugais João Zilhão a fait une découverte extraordinaire dans la grotte d’Aroeira au Portugal : un très vieux crâne humain. Comme la roche le contenant – une brèche, c’est-à-dire un conglomérat rocheux consolidé – a pu être extrêmement bien datée, on sait aujourd’hui que le plus vieux des Portugais connu a vécu il y a quelque 400 000 ans.
Il a donc vécu au milieu du Pléistocène moyen (de -781 000 à -126 000 ans), la période pendant laquelle la population européenne antérieure à l’arrivée d’Homo sapiens en Eurasie a évolué. Sur le plan culturel, cette période est caractérisée par le partage en Europe de la culture matérielle acheuléenne, dont le marqueur emblématique est le biface ; elle est aussi celle des premières attestations de l’emploi du feu ; finalement, c’est pendant le Pléistocène moyen que se produit ce que les paléoanthropologues nomment la néandertalisation, c’est-à-dire la sélection des traits néandertaliens. Cette sélection s'est produite sous l'influence des grandes variations climatiques que subissait cette région géographiquement marginale qu'est l'Europe et d'une certaine dérive génétique due à l'isolement des populations prénéandertaliennes. Il y a 120 000 ans, la néandertalisation a abouti aux néandertaliens pleinement évolués, que les paléoanthropologues qualifient curieusement de «néandertaliens classiques».
Que disent le fossile d’Aroeira et son contexte ? Pour commencer, il a été retiré d’une strate couverte par un plancher stalagmitique situé à quelque quatre mètres sous la surface du sol de la grotte. Ce plancher stalagmitique a pu être daté de 417 000 ans avec une incertitude d'environ 30 000 ans. Des outils acheuléens ont été découverts dans la même strate, ce qui atteste de l’appartenance de l’individu à l’Acheuléen européen.
Sur le plan anatomique ensuite, ses traits le rapprochent de plusieurs fossiles de la même époque, mais le distinguent des néandertaliens qui allaient suivre. Pour commencer, les chercheurs ont montré que le volume encéphalique de ce crâne d’adulte est supérieur à 1100 centimètre cube, soit la limite supérieure observée chez Homo erectus, la forme humaine ancestrale de toutes les formes eurasiennes et africaines du Pléistocène. La région supra orbitaire du crâne présente deux fortes arcades sourcilières non fusionnées entre elles comme chez les néandertaliens ; sa cavité nasale diffère aussi de celle des néandertaliens car elle ne contient pas de «marge nasale interne», un trait néandertalien issu de la fusion dans cette lignée de deux structures internes à la cavité nasale : les crêtes turbinale et spinale. La présence d’un torus angulaire sur la tempe, c’est-à-dire d’une épaisseur sur la partie inférieure de l’os pariétale caractéristique d’Homo erectus, mais absente chez Homo neanderthalensis et chez H. sapiens est aussi notable. Au final, l’ensemble des traits du crâne d’Aroeira amène les chercheurs à le rapprocher davantage des crânes de Tautavel (300 000 à 450 000 ans, France) et celui de Ceprano (450 000 ans, Italie), plutôt que d’autres crânes de même époque ou un peu plus récents (les datations sont assez incertaines), qui semblent à inclure dans la lignée néandertalienne.
Que conclure de cela quant à la population européenne de la moitié du Pléistocène moyen ? Selon les découvreurs du crâne d’Aroeira, l’ensemble des crânes européens de cette époque suggère la présence en Europe de trois types humains : un type clairement prénéandertalien, un type présentant une mosaïque de traits, dont certains néandertaliens et un groupe dénué de traits néandertaliens, mais partageant des traits avec H. erectus, voire de son descendant Homo heidelbergensis.
Cette forme humaine grande et robuste a quitté l’Afrique il y a quelque 600 000 ans, pense-t-on, de sorte qu'elle est à l’origine de l’Africain H. sapiens, de l’Européen H. Heidelbergensis et de l’hominidé asiatique de Denisova. La population d’Atapuerca en Espagne, dont l’ADN nucléaire (il a pu être partiellement séquencé) est prénéandertalienn possède cependant un ADN mitochondrial (contenu dans les mitochondries, les organites qui approvisionnent les cellules en énergie) proche de celui de l’hominidé de Denisova. Le crâne d’Aroeira partage un trait archaïque – le torus angulaire – avec l’un des crânes d’Atapuerca (Sima de los Huesos 4), mais semble à rapprocher des crânes de même époque ne portant pas de traits prénéandertaliens, que l’on rapporte aussi à H. heidelbergensis. Bref, il semble bien qu’avant que ne s’enclenche la dérive génétique qui allait produire en Eurasie les néandertaliens et les denisoviens, une certaine diversité humaine a existé, qui était en voie de réduction au moment où il y a quelque 400 000 ans, un individu a laissé son crâne dans la grotte d’Aroeira.
Source : Pour la science du 08/04/2017
Il y a deux ans, l’équipe du paléoanthropologue portugais João Zilhão a fait une découverte extraordinaire dans la grotte d’Aroeira au Portugal : un très vieux crâne humain. Comme la roche le contenant – une brèche, c’est-à-dire un conglomérat rocheux consolidé – a pu être extrêmement bien datée, on sait aujourd’hui que le plus vieux des Portugais connu a vécu il y a quelque 400 000 ans.
Il a donc vécu au milieu du Pléistocène moyen (de -781 000 à -126 000 ans), la période pendant laquelle la population européenne antérieure à l’arrivée d’Homo sapiens en Eurasie a évolué. Sur le plan culturel, cette période est caractérisée par le partage en Europe de la culture matérielle acheuléenne, dont le marqueur emblématique est le biface ; elle est aussi celle des premières attestations de l’emploi du feu ; finalement, c’est pendant le Pléistocène moyen que se produit ce que les paléoanthropologues nomment la néandertalisation, c’est-à-dire la sélection des traits néandertaliens. Cette sélection s'est produite sous l'influence des grandes variations climatiques que subissait cette région géographiquement marginale qu'est l'Europe et d'une certaine dérive génétique due à l'isolement des populations prénéandertaliennes. Il y a 120 000 ans, la néandertalisation a abouti aux néandertaliens pleinement évolués, que les paléoanthropologues qualifient curieusement de «néandertaliens classiques».
Que disent le fossile d’Aroeira et son contexte ? Pour commencer, il a été retiré d’une strate couverte par un plancher stalagmitique situé à quelque quatre mètres sous la surface du sol de la grotte. Ce plancher stalagmitique a pu être daté de 417 000 ans avec une incertitude d'environ 30 000 ans. Des outils acheuléens ont été découverts dans la même strate, ce qui atteste de l’appartenance de l’individu à l’Acheuléen européen.
Sur le plan anatomique ensuite, ses traits le rapprochent de plusieurs fossiles de la même époque, mais le distinguent des néandertaliens qui allaient suivre. Pour commencer, les chercheurs ont montré que le volume encéphalique de ce crâne d’adulte est supérieur à 1100 centimètre cube, soit la limite supérieure observée chez Homo erectus, la forme humaine ancestrale de toutes les formes eurasiennes et africaines du Pléistocène. La région supra orbitaire du crâne présente deux fortes arcades sourcilières non fusionnées entre elles comme chez les néandertaliens ; sa cavité nasale diffère aussi de celle des néandertaliens car elle ne contient pas de «marge nasale interne», un trait néandertalien issu de la fusion dans cette lignée de deux structures internes à la cavité nasale : les crêtes turbinale et spinale. La présence d’un torus angulaire sur la tempe, c’est-à-dire d’une épaisseur sur la partie inférieure de l’os pariétale caractéristique d’Homo erectus, mais absente chez Homo neanderthalensis et chez H. sapiens est aussi notable. Au final, l’ensemble des traits du crâne d’Aroeira amène les chercheurs à le rapprocher davantage des crânes de Tautavel (300 000 à 450 000 ans, France) et celui de Ceprano (450 000 ans, Italie), plutôt que d’autres crânes de même époque ou un peu plus récents (les datations sont assez incertaines), qui semblent à inclure dans la lignée néandertalienne.
Que conclure de cela quant à la population européenne de la moitié du Pléistocène moyen ? Selon les découvreurs du crâne d’Aroeira, l’ensemble des crânes européens de cette époque suggère la présence en Europe de trois types humains : un type clairement prénéandertalien, un type présentant une mosaïque de traits, dont certains néandertaliens et un groupe dénué de traits néandertaliens, mais partageant des traits avec H. erectus, voire de son descendant Homo heidelbergensis.
Cette forme humaine grande et robuste a quitté l’Afrique il y a quelque 600 000 ans, pense-t-on, de sorte qu'elle est à l’origine de l’Africain H. sapiens, de l’Européen H. Heidelbergensis et de l’hominidé asiatique de Denisova. La population d’Atapuerca en Espagne, dont l’ADN nucléaire (il a pu être partiellement séquencé) est prénéandertalienn possède cependant un ADN mitochondrial (contenu dans les mitochondries, les organites qui approvisionnent les cellules en énergie) proche de celui de l’hominidé de Denisova. Le crâne d’Aroeira partage un trait archaïque – le torus angulaire – avec l’un des crânes d’Atapuerca (Sima de los Huesos 4), mais semble à rapprocher des crânes de même époque ne portant pas de traits prénéandertaliens, que l’on rapporte aussi à H. heidelbergensis. Bref, il semble bien qu’avant que ne s’enclenche la dérive génétique qui allait produire en Eurasie les néandertaliens et les denisoviens, une certaine diversité humaine a existé, qui était en voie de réduction au moment où il y a quelque 400 000 ans, un individu a laissé son crâne dans la grotte d’Aroeira.
Source : Pour la science du 08/04/2017
samedi 8 avril 2017
Une nouvelle forme humaine ancienne découverte en Chine
Deux fragments de crânes de plus de 100 000 ans pourraient avoir appartenu à la même énigmatique espèce humaine qui nous a laissé seulement une phalange contenant de l’ADN dans la grotte de Denisova en Sibérie.
En 2010, l’ADN d’une phalange de pied découverte dans une grotte du massif de l’Altaï, en Sibérie – la grotte de Denisova – créait une énorme surprise: il appartenait à une espèce humaine inconnue ! Cette espèce sera nommée temporairement Homo sapiens Altai, c’est-à-dire «Homo sapiens de l’Altaï», mais comme les paléoanthropologues ne savent pas où la placer dans le rameau humain, on parle à propos de ses membres «denisoviens». À ce jour, elle n’est connue que par son seul ADN, la forme d’une phalange et celle d'une dent. D’où l’énorme intérêt des deux crânes partiels découverts dans l’est de la Chine par une équipe sino-américaine dirigée par Zhan-Yang Li, de l’Institut pour la paléontologie des vertébrés de l’université de Pékin. Ces fossiles sont à ce jour notre seul espoir de reconstituer à quoi pouvait ressembler un Denisovien!
Toutefois, sont-ils denisoviens ? Selon l'équipe qui a étudié ces crânes, dont le très respecté paléoanthropologue Erik Trinkaus de l’université Washington à Saint-Louis dans le Missouri, ceux-ci appartiennent à une nouvelle forme humaine eurasienne ou à une variante orientale des néandertaliens. Les chercheurs évitent donc soigneusement d’employer le terme «denisovien», tandis que presque tout les autres spécialistes y pensent… «Ces deux crânes correspondent à ce que l’on imagine d’un denisovien», commente par exemple la paléoanthropologue María Martinón-Torres, de l’université de Londres.
D’où viennent ces crânes et de quand datent-ils? En 2007, Zhan-Yang Li achevait une campagne de fouilles près de la ville de Lingjing dans la province du Henan en Chine, donc à quelque 4 000 kilomètres de la grotte de Denisova. Il étudiait un site consistant de couches sédimentaires horizontales autour d’une source, quand, dans la strate n° 11, il tomba sur du quartz taillé. Deux jours plus tard, son équipe y mettait au jour un premier fragment de crâne. En six mois, elle parvint à mettre au jour pas moins de 45 autres fragments crâniens, pouvant être rassemblés pour constituer des parties de crâne. Ces restes humains étaient associés à de «très beaux» outils de quartz taillé ou d’os (notamment des lames d'os) et à tout un assemblage de restes de gros mammifères riche en chevaux, bovidés, en cervidés géants (Megaloceros) ou pas (Cervus), en gazelles et autres antilopes asiatiques (Procapra) et en rhinocéros laineux. Une série de mesures utilisant la luminescence stimulée optiquement (OSL) de la strate fossilifère a permis de dater les crânes de façon fiable entre 105 000 et 125 000 ans, donc vers la fin du stade isotopique marin 5, une période plus chaude qu’aujourd’hui.
Que traduisent ces crânes ? Leurs mâchoires et leurs faces manquent malheureusement, mais les parties présentes suffisent à indiquer une ressemblance frappante avec Homo neanderthalensis. Le volume endocrânien de l’un des spécimens atteint la valeur considérable de 1 800 centimètres cubes, ce qui est dans le haut de la fourchette des mêmes volumes chez les néandertaliens et les hommes modernes. Il s’avère que l’un des crânes est doté d’une fosse sus-iniaque, c’est-à-dire d’une petite dépression horizontale de forme ovale sur la partie inférieure de la nuque. Or ce trait anatomique est considéré comme un caractère dérivé (un caractère ancestral qui a évolué) propre aux néandertaliens. Les deux crânes chinois étaient en outre dotés de torus sus-orbitaires, en d’autres termes d’arcades sourcilières en visière similaires à celles des néandertaliens ; leurs oreilles internes avait aussi une morphologie proche de celles des néandertaliens.
Pour autant, pour les paléoanthropologues, les fossiles diffèrent par leur gracilité des crânes des néandertaliens européens et levantins : leurs arcades sourcilières sont plus fines que celles des néandertaliens tout en se distinguant nettement de celles de H. sapiens. Pour Erik Trinkaus, les crânes de Lingjing ne peuvent être néandertaliens au sens strict du terme ; ils sont aussi trop graciles et ont contenu un trop gros cerveau pour pouvoir être ceux de représentants tardifs de l’ancêtre commun des néandertaliens et des hommes modernes – H. heildelbergensis– ou encore de leur ancêtre à tous H. erectus.
Il en ressort que le type humain de Lingjing partage nombre de traits anatomiques communs avec les formes humaines anciennes, mais aussi dans une certainbe mesure la gracilité des H. sapiens ; il est aussi doté d’un atypique applatissement au sommet du crâne. De cela résulte qu'il résiste à la tentative de le classer parmi les formes anciennes ; en revanche, il ressemble à une autre forme humaine vieille de quelque 100 000 ans découverte à Xujiayao dans le bassin de Nihevan en Chine, souligne Xiu-Jie Wu l’un des auteurs. Pour lui, les individus de Lingjing appartiennent une forme humaine inconnue, qui, il y a quelque 100 000 ans constituait le type régional en Asie orientale. Ses points communs à la fois avec les néandertaliens et les humains modernes impliqueraient un certain degré de métissage avec les formes humaines qui lui étaient contemporaines. Tsatsyn Ereg 2, un site découvert en Mongolie va dans le sens de l'intuition de Xiu-Jie Wu, car il contenait une industrie lithique qui semble avoir été commune à toute l'Eurasie.
Pour Jean-Jacques Hublin, de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste à Leipzig, ce portrait est exactement celui que l’on dresse lorsqu’on cherche à donner un sens aux découvertes relatives aux denisoviens. D’après l'ADN étudié en 2010, cette forme humaine est restée isolée pendant des centaines de milliers d’années ; on sait en outre qu’elle s’est mélangée tant avec les néandertaliens qu’avec les H. sapiens archaïques. Pour Jean-Jacques Hublin, «ces fossiles chinois sont au bon endroit et au bon moment avec les bonnes caractéristiques» pour pouvoir être attribués aux denisoviens. Oui, mais ces derniers n’étant connus que par leur ADN, il reste difficile d’en faire un portrait physique et donc de leur attribuer les crânes de Lingjing. Restait à comparer les ADN, ce qu'a tenté la paléogénéticienne Qiaomei Fu, connue pour avoir montré qu'un fossile vieux de 43 000 ans apparemment sapiens trouvé dans la grotte Pestera cu Oase en Roumanie avait entre 6 et 9% d’ADN néandertalien. Elle a essayé d’extraire de l’ADN des crânes de Lingjing. En vain.
Source : Pour la Science du 07/04/2017
En 2010, l’ADN d’une phalange de pied découverte dans une grotte du massif de l’Altaï, en Sibérie – la grotte de Denisova – créait une énorme surprise: il appartenait à une espèce humaine inconnue ! Cette espèce sera nommée temporairement Homo sapiens Altai, c’est-à-dire «Homo sapiens de l’Altaï», mais comme les paléoanthropologues ne savent pas où la placer dans le rameau humain, on parle à propos de ses membres «denisoviens». À ce jour, elle n’est connue que par son seul ADN, la forme d’une phalange et celle d'une dent. D’où l’énorme intérêt des deux crânes partiels découverts dans l’est de la Chine par une équipe sino-américaine dirigée par Zhan-Yang Li, de l’Institut pour la paléontologie des vertébrés de l’université de Pékin. Ces fossiles sont à ce jour notre seul espoir de reconstituer à quoi pouvait ressembler un Denisovien!
Toutefois, sont-ils denisoviens ? Selon l'équipe qui a étudié ces crânes, dont le très respecté paléoanthropologue Erik Trinkaus de l’université Washington à Saint-Louis dans le Missouri, ceux-ci appartiennent à une nouvelle forme humaine eurasienne ou à une variante orientale des néandertaliens. Les chercheurs évitent donc soigneusement d’employer le terme «denisovien», tandis que presque tout les autres spécialistes y pensent… «Ces deux crânes correspondent à ce que l’on imagine d’un denisovien», commente par exemple la paléoanthropologue María Martinón-Torres, de l’université de Londres.
D’où viennent ces crânes et de quand datent-ils? En 2007, Zhan-Yang Li achevait une campagne de fouilles près de la ville de Lingjing dans la province du Henan en Chine, donc à quelque 4 000 kilomètres de la grotte de Denisova. Il étudiait un site consistant de couches sédimentaires horizontales autour d’une source, quand, dans la strate n° 11, il tomba sur du quartz taillé. Deux jours plus tard, son équipe y mettait au jour un premier fragment de crâne. En six mois, elle parvint à mettre au jour pas moins de 45 autres fragments crâniens, pouvant être rassemblés pour constituer des parties de crâne. Ces restes humains étaient associés à de «très beaux» outils de quartz taillé ou d’os (notamment des lames d'os) et à tout un assemblage de restes de gros mammifères riche en chevaux, bovidés, en cervidés géants (Megaloceros) ou pas (Cervus), en gazelles et autres antilopes asiatiques (Procapra) et en rhinocéros laineux. Une série de mesures utilisant la luminescence stimulée optiquement (OSL) de la strate fossilifère a permis de dater les crânes de façon fiable entre 105 000 et 125 000 ans, donc vers la fin du stade isotopique marin 5, une période plus chaude qu’aujourd’hui.
Que traduisent ces crânes ? Leurs mâchoires et leurs faces manquent malheureusement, mais les parties présentes suffisent à indiquer une ressemblance frappante avec Homo neanderthalensis. Le volume endocrânien de l’un des spécimens atteint la valeur considérable de 1 800 centimètres cubes, ce qui est dans le haut de la fourchette des mêmes volumes chez les néandertaliens et les hommes modernes. Il s’avère que l’un des crânes est doté d’une fosse sus-iniaque, c’est-à-dire d’une petite dépression horizontale de forme ovale sur la partie inférieure de la nuque. Or ce trait anatomique est considéré comme un caractère dérivé (un caractère ancestral qui a évolué) propre aux néandertaliens. Les deux crânes chinois étaient en outre dotés de torus sus-orbitaires, en d’autres termes d’arcades sourcilières en visière similaires à celles des néandertaliens ; leurs oreilles internes avait aussi une morphologie proche de celles des néandertaliens.
Pour autant, pour les paléoanthropologues, les fossiles diffèrent par leur gracilité des crânes des néandertaliens européens et levantins : leurs arcades sourcilières sont plus fines que celles des néandertaliens tout en se distinguant nettement de celles de H. sapiens. Pour Erik Trinkaus, les crânes de Lingjing ne peuvent être néandertaliens au sens strict du terme ; ils sont aussi trop graciles et ont contenu un trop gros cerveau pour pouvoir être ceux de représentants tardifs de l’ancêtre commun des néandertaliens et des hommes modernes – H. heildelbergensis– ou encore de leur ancêtre à tous H. erectus.
Il en ressort que le type humain de Lingjing partage nombre de traits anatomiques communs avec les formes humaines anciennes, mais aussi dans une certainbe mesure la gracilité des H. sapiens ; il est aussi doté d’un atypique applatissement au sommet du crâne. De cela résulte qu'il résiste à la tentative de le classer parmi les formes anciennes ; en revanche, il ressemble à une autre forme humaine vieille de quelque 100 000 ans découverte à Xujiayao dans le bassin de Nihevan en Chine, souligne Xiu-Jie Wu l’un des auteurs. Pour lui, les individus de Lingjing appartiennent une forme humaine inconnue, qui, il y a quelque 100 000 ans constituait le type régional en Asie orientale. Ses points communs à la fois avec les néandertaliens et les humains modernes impliqueraient un certain degré de métissage avec les formes humaines qui lui étaient contemporaines. Tsatsyn Ereg 2, un site découvert en Mongolie va dans le sens de l'intuition de Xiu-Jie Wu, car il contenait une industrie lithique qui semble avoir été commune à toute l'Eurasie.
Pour Jean-Jacques Hublin, de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste à Leipzig, ce portrait est exactement celui que l’on dresse lorsqu’on cherche à donner un sens aux découvertes relatives aux denisoviens. D’après l'ADN étudié en 2010, cette forme humaine est restée isolée pendant des centaines de milliers d’années ; on sait en outre qu’elle s’est mélangée tant avec les néandertaliens qu’avec les H. sapiens archaïques. Pour Jean-Jacques Hublin, «ces fossiles chinois sont au bon endroit et au bon moment avec les bonnes caractéristiques» pour pouvoir être attribués aux denisoviens. Oui, mais ces derniers n’étant connus que par leur ADN, il reste difficile d’en faire un portrait physique et donc de leur attribuer les crânes de Lingjing. Restait à comparer les ADN, ce qu'a tenté la paléogénéticienne Qiaomei Fu, connue pour avoir montré qu'un fossile vieux de 43 000 ans apparemment sapiens trouvé dans la grotte Pestera cu Oase en Roumanie avait entre 6 et 9% d’ADN néandertalien. Elle a essayé d’extraire de l’ADN des crânes de Lingjing. En vain.
Source : Pour la Science du 07/04/2017
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