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samedi 24 juin 2023

Pourquoi la datation des premières inhumations fait-elle autant débat ?

En annonçant que les premières sépultures du genre Homo seraient plus vieilles d'au moins 100 000 ans par rapport à la datation officielle, c'est une nouvelle question houleuse qui est soulevée dans la communauté scientifique. Pourquoi la datation des premières sépultures est-elle une question aussi complexe ? Qu'est-ce que cela change par rapport à la considération des individus du passé ? Un point sur une actualité controversée concernant Homo naledi.

En annonçant avoir découvert que l'espèce Homo naledi inhumait ses morts volontairement 100 000 ans avant les datations arrêtées actuelles, le paléo-anthropologue américain Lee Berger ouvre un grand débat entre les spécialistes de l'histoire de l'Humanité. C'est en Afrique du Sud que le site considéré comme un lieu de sépulture a été repéré par Lee Berger et son équipe. Homo naledi a été, quant à lui, découvert par le même chercheur en 2013 et annoncé officiellement en 2015. Il s'agit d'un petit homininé dont les restes osseux ont été repérés dans les grottes de Rising Star.

Petit gabarit et datation complexe

Le premier débat concernant Homo naledi s'est concentré sur le fait de déterminer s'il s'agissait davantage d'un Australopithèque, ou bien d'un des premiers représentants du genre Homo. Mesurant probablement 1,50 mètre avec un petit crâne, tout reste pourtant à déterminer le concernant bien que la datation arrêtée se situe entre -335 000 et -241 000 ans. Au regard de squelettes aussi anciens, il est malgré tout difficile de se faire une idée exacte du type de vie menée par ces petits individus. Ils restent mystérieux en de nombreux points, en particulier à propos de leurs capacités cérébrales et cognitives.

Des ossements et un toboggan naturel

En 2015 déjà, Lee Berger et son équipe avançaient l'idée, appuyée à nouveau en 2023, de pratiques d'inhumation volontaires de la part de Homo naledi. En effet, diverses chambres très difficilement accessibles du site de Rising Star, ont permis de découvrir de très nombreux fragments osseux et des dépouilles d'individus de tous âges. L'une des chambres souterraines étant accessible uniquement par le biais d'un boyau minuscule pour les chercheurs. Mais, à quoi pouvaient bien ressembler les chambres de ces grottes à l'époque d'Homo naledi ? Pour les chercheurs sur le site, il ne s'agit pas de squelettes qui auraient été jetés par dans les cheminées naturelles et dont les ossements se seraient retrouvés éparpillés au sol des chambres mais bien des corps déposés soigneusement en position fœtale dans un lieu choisi par Homo naledi. C'est là où la communauté scientifique se divise.

Des annonces mais pas encore d'articles scientifiques

Dans le monde scientifique, les annonces de découvertes et d'études se font par le biais d'articles scientifiques normés qui permettent à l'ensemble de la communauté de connaître les méthodes et les raisons des conclusions. Cela permet d'ouvrir également un dialogue officiel entre scientifiques. Or, l'annonce de Lee Berger et son équipe n'a pas fait l'objet pour le moment d'une publication critiquée par les pairs bien qu'un article non validé existe. De plus, l'aspect médiatique de la découverte par le biais de National Geographic interpelle les chercheurs quant à la fiabilité et aux méthodes de l'équipe sur place.

En faisant cela, l'équipe de Lee Berger pourra expliquer pourquoi elle estime que les trous creusés au sol de la tombe étaient potentiellement des sépultures, pourquoi les gravures sur les parois de la grotte leur semblent être contemporaines d'Homo naledi ou si cela est postérieur, et comprendre la signification des charbons retrouvés brûlés sur place. En effet, inhumer un mort ne veut pas nécessairement dire qu'il y a forcément une fonction rituelle autour de cet acte, et c'est cela qu'il est parfois difficile d'attester en archéologie, mais encore plus en paléo-anthropologie.

Qu'est-ce que cela change si Homo naledi inhumait ses morts ?

Au regard de la chronologie officielle, c'est un bond immense qui est fait dans le temps par rapport aux datations officielles au Paléolithique. Cela suggèrerait que les individus du genre Homo nalendi auraient eu la capacité cérébrale d'envisager un traitement pour leurs morts, voire une possible ritualisation de cela. Ce qui fait voler en éclat l'idée des individus préhistoriques incapables de réflexions et de se transposer eux-mêmes dans d'autres dimensions que la leur au jour le jour. Cela ne serait alors plus un fait concernant uniquement les genres Homo les plus récents. Si certains scientifiques ne rejettent pas la découverte, ils attendent en revanche des preuves solides et des arguments pointus pour pouvoir envisager la possibilité de tels traitements funéraires.

Source : Futura du 24/06/2023

mercredi 23 février 2022

Au Synchrotron européen, des chercheurs tentent de faire parler deux énigmatiques hominidés

Depuis le 20 février 2022 au Synchrotron européen de Grenoble (ESRF), les fossiles de deux hominidés, Australopithecus sediba et Homo naledi, recensés au cours de la dernière décennie, sont scannés à un niveau de définition inédit. L'objectif principal : leur fournir enfin des datations qui feront consensus. Sur place, leur découvreur, le paléoanthropologue star Lee Berger, live-tweete toutes les opérations.

Ce n’est pas un, mais deux invités de marque que reçoit actuellement l'Installation européenne de rayonnement synchrotron (ESRF), à Grenoble. L’un se nomme Australopithecus sediba, dit aussi "Karabo" ou l’Homme de Malapa, du nom de la célèbre grotte sud-africaine dans laquelle il a été trouvé. Il aurait vécu il y a un peu moins de 2 millions d’années, au même moment que le plus ancien représentant du genre Homo, Homo Habilis. L’autre a pour patronyme Homo naledi, l'"homme étoile" en langue sesotho, et ne cesse d’intriguer les paléontologues depuis sa découverte en 2013 dans les grottes souterraines de Rising Star, elles aussi en Afrique du Sud et toutes proches voisines de Malapa (ces sites ne sont pas surnommés le "berceau de l’humanité" pour rien). D’abord estimé entre 1 et 2 millions d’années, l’âge de Naledi avait été revu spectaculairement à la baisse en 2017 : il n’aurait que 236.000 ans, tout au plus 335.000 ans, faisant de lui un contemporain de l’humain moderne. Naledi a pourtant une toute petite tête, un cerveau de la taille d’une orange et des doigts courbes idéaux pour s’accrocher aux branches, des caractéristiques extrêmement archaïques pour son jeune âge.

Le crâne d'Australopithecus sediba lors de son scan à l'ESRF en 2010

Un outil très attendu

Durant un peu plus d’une semaine, ces deux humains primitifs qui n’ont cessé d’alimenter les débats depuis leur découverte par le paléoanthropologue américain Lee Rogers Berger vont être observés sous toutes les coutures, en haute résolution, grâce aux puissants rayons X de la ligne de tomographie BM18, inaugurée en septembre 2021. Le tout sous l’œil attentif de Lee Berger lui-même, venu spécialement d’Afrique du Sud où il réside et dirige le département de paléoanthropologie de l’Université du Witwaterstrand. "C’est un moment que l’on attendait tous depuis plusieurs années. Aucun autre synchrotron au monde n’est capable de nous fournir une telle résolution", s’enthousiasme le chercheur.

Le synchrotron le plus puissant au monde. Depuis sa mise à jour et son passage à la "quatrième génération", l’ESRF-EBS (pour Extremely Brilliant Source, son nouveau nom complet) est devenu le synchrotron le plus puissant au monde. Cet engin colossal – 900 mètres de circonférence et plus de 2.000 tonnes –, est une sorte de microscope géant qui, pour fonctionner, accélère des électrons à la vitesse de la lumière (300.000 km/s) dans un anneau. Les électrons accélérés génèrent ainsi une onde électromagnétique, les rayons X. Très pénétrants et sans dommage pour la matière, ce sont eux qui permettent aux chercheurs de plonger dans l'infiniment petit et d'étudier des objets, organiques ou non, avec une incroyable précision. Prévue pour être ouverte officiellement en septembre 2022, la ligne BM18 permettra aux scientifiques d'étudier de grands fossiles en 3D à l'échelle microscopique sans les endommager.

Une dent pour trancher sur l'âge d'Homo sediba

Australopithecus sediba n’en est pas à sa première visite à l’ESRF. Pour lui, l'aventure avait commencé il y a 12 ans, avec le scan de son crâne, qui avait donné lieu à de nombreuses publications. Le voici donc de retour en Isère, prêt à se soumettre docilement au faisceau de lumière quatrième génération de l’accélérateur de particules européen, cent fois plus brillant que dans sa version précédente. Cette fois, ce n’est plus son crâne mais l’une des ses molaires qui sera scannée. Avec, pour objectif, "de faire apparaître les perturbations dans les lignes de croissance progressive des dents et, en les faisant correspondre entre elles, de déterminer l'âge exact de la mort de Karabo", explique Lee Berger. Nous savons déjà que le petit Australopithèque avait entre 9 et 12 ans au moment de son décès, survenu à une période où les primates du genre Homo, nos ancêtres directs, ont succédé aux australopithèques primitifs. "Nous espérons pouvoir dater cette dent au jour près et enfin pouvoir lever les incertitudes sur la datation de ce fossile."

Naledi, un hominidé ancestral qui enterrait ses défunts ?

Ce sera ensuite au tour d’Homo naledi de passer sous les rayons X. Là encore, il s’agit d’un jeune enfant, dont l'âge est encore indéterminé. Plus de 1,6 million d’années le sépare de Sediba, peut-être davantage. Ses restes à lui – ici, son petit squelette complet - ont la particularité d’être encore enfermés dans un bloc de pierre que Lee Berger a tenu à ne jamais ouvrir : "Il fallait garder son contexte intact, car il pourrait nous livrer de précieuses informations", justifie-t-il. Pour l’anecdote, il s’agit du fils du chercheur, âgé de 9 ans à l’époque, qui a découvert le squelette dans la chambre aux fossiles Dinaledi, extrêmement difficile d’accès.

Entre novembre 2013 et mai 2014, plus de 1.150 ossements fossiles provenant d’au moins 15 individus – de jeunes enfants, des adolescents, des adultes et des vieillards – ont été mis au jour par l’équipe de Berger, soit un gigantesque assemblage fossile pour une seule espèce encore jamais observée ailleurs. Au cours des semaines d’exhumation, deux détails ont frappé les chercheurs : celui qu’ils finissent par appeler Homo naledi présente un étrange mélange de caractères archaïques et modernes, et ses restes ne sont accompagnés d’aucun ossement animal, des vestiges de repas que l’on retrouve habituellement en nombre dans les grottes souterraines. S’agissait-il alors d’une sépulture ? C’est l’hypothèse avancée par certains chercheurs. Dans deux articles publiés en novembre 2021 dans la revue PaleoAnthropology, deux équipes distinctes soutiennent l’hypothèse selon laquelle le crâne d’un autre bambin Naledi, appartenant lui aussi à l’immense ensemble de la chambre, pourrait avoir été déposé intentionnellement sur une étagère naturelle de calcaire. "Il n’y a pas d’autres ossements, pourtant plus résistants que ceux de la tête", indique Lee Berger. "Ce qui exclut l’hypothèse que l’enfant ait rampé jusque-là avant d’y mourir ; par ailleurs, le crâne ne porte aucune marque de blessure montrant qu’un prédateur l’y aurait traîné." Il pourrait donc s’agir de la première sépulture enfantine au monde, celle de l’enfant Homo sapiens de Mtoto, au Kenya, publiée début 2021, n’ayant que 78.000 ans.

Les clés attendues d'une énigme

L’autre petit Naledi – celui en prisonnier de la roche – pourrait enfin permettre de mieux comprendre qui étaient ces hominidés "hybrides" qui enterraient peut-être leurs morts. Parce que sa prison de pierre pèse pas moins de 22 kilogrammes et mesure 77 centimètres sur 45, ce fossile précis n’avait jamais pu être sondé jusqu'ici. "Ce n’est pas franchement le genre d’objet que l’on s’attend à voir étudié sous le faisceau d’un synchrotron", s’amuse Lee Berger. "Surtout lorsque l’on sait qu’une simple dent est déjà considérée comme un gros objet pour la microtopographie à rayons X. Aujourd’hui, la ligne BM18 nous permet l’exploit de voir à travers cet énorme bloc et de découvrir ce qu’il renferme."

Les analyses sur les deux spécimens devraient se poursuivre jusqu'à dimanche prochain. D'ici là, nous devrions sans doute en savoir plus grâce aux tweets de Lee Berger, habitués à abreuver en temps réel le public de ses découvertes. En 2013, lors de l'exploration de la grotte de Rising Star, le chercheur avait convié les caméras de National Geographic, qui, en contrepartie, avait financé une partie de la campagne de fouilles. Une fois de plus, Lee Berger joue le jeu de la communication, précisant même au passage qu'à ses côtés, à l'ESRF, Netflix est au rendez-vous pour tourner un documentaire. En attendant d'en savoir plus sur nos ancêtres qui, d'années en années, ne cessent de nous surprendre, nous pouvons donc sortir les popcorns.

Source : Sciences et Avenir du 22/02/2022

vendredi 5 novembre 2021

Afrique du Sud : des fossiles relancent l’énigme sur de lointains cousins de l’humain

La découverte de fossiles d'un crâne d'enfant dans une grotte en Afrique du Sud, annoncée jeudi par des anthropologues, relance l'énigme autour de lointains cousins de l'humain, baptisés Homo naledi, dont les premières preuves d'existence avaient remis en cause certaines théories sur l'évolution.

Vingt-huit fragments d'un crâne minuscule et six petites dents ont été trouvés à Maropeng, près de Johannesburg. Depuis des années, le très riche site archéologique du "berceau de l'humanité", truffé de grottes et de fossiles de préhumains et classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, est un trésor d'informations pour les anthropologues.

Les restes ont été retrouvés dans une alcôve quasi inaccessible, au bout de passages mesurant parfois seulement 10 cm de large. Mais pour l'Homo naledi, se déplacer dans la grotte était sans doute plus facile, selon un des scientifiques qui a participé à la découverte: plus petits, ils étaient aussi "de meilleurs grimpeurs", a expliqué à l'AFP Tebogo Makhubela.

"Le véritable mystère au sujet de cette enfant est de savoir pourquoi elle s'est retrouvée là", a déclaré Lee Berger, le scientifique à la tête des recherches. "Quelque chose d'étonnant s'est passé dans cette grotte il y a 200 000 à 300 000 ans". Bien que les scientifiques désignent l'enfant au féminin, son sexe n'a pas été déterminé.

Des ossements de quinze individus de cette ancienne espèce humaine avaient déjà été retrouvés dans un autre endroit du site en 2015. L'espèce surnommée "étoile" en sotho, une langue locale sud-africaine, avait été classée dans le genre Homo auquel appartient l'Homo sapiens.

Leur examen avait révélé le portrait d'un petit hominidé étonnant, doté à la fois des caractéristiques d'espèces vieilles de plusieurs millions d'années, comme un tout petit cerveau, et d'autres, bien plus récentes, tel que des pieds de marcheur contemporain et des mains capables de tenir des outils.

Leur examen avait révélé le portrait d'un petit hominidé étonnant, doté à la fois des caractéristiques d'espèces vieilles de plusieurs millions d'années, comme un tout petit cerveau, et d'autres, bien plus récentes, tel que des pieds de marcheur contemporain et des mains capables de tenir des outils.

Une datation avait déterminé qu'il aurait vécu au début de ce que est considéré comme le début de l'ère de l'humain moderne et aurait donc pu être contemporain des premiers Homo sapiens. Cette théorie remettant en cause les lectures linéaires de l'évolution de l'humanité avait suscité la controverse dans la communauté scientifique.

Les restes de l'enfant, surnommée Leti d'après un mot setswana qui signifie "le perdu", ont été découverts à distance des précédents ossements. Les scientifiques pensent qu'ils ont pu être volontairement laissés là par ses congénères, peut-être au cours d'un rite funéraire.

Si cette théorie était confirmée, cela ferait remonter les preuves de pratiques de rites et sans doute aussi de croyances, à un quart de millions d'années. Jusqu'à présent, les plus anciens rituels connus d'hominidés associés à la mort remontent à entre 50 000 et 100 000 ans.

Aucun autre os n'a été trouvé. Le crâne ne présentait aucune marque, comme ceux qu'aurait pu laisser une attaque par un carnivore. Les chercheurs trouvent rarement des restes fossilisés d'enfants, car leurs os sont trop fins et trop fragiles pour résister au temps.

L'enfant était probablement âgé de quatre à six ans lorsqu'il est mort. Ses dents de lait étaient encore intactes, les dents adultes commençant seulement à apparaître.

Cette découverte pourrait permettre d'en apprendre davantage sur la transition, il y a environ 2 millions d'années, entre l'australopithèque primitif et le primate du genre Homo, ancêtre direct de l'humain. Elle a été publiée dans la revue PaleoAnthropology.

Source : Radio Canada du 04/11/2021

vendredi 21 mai 2021

Homo naledi, le grimpeur qui n’était plus un singe

L’anatomie de grimpeur d’Homo naledi semble aberrante étant donné la rareté des arbres dans la région où vivait cette espèce. Mais elle pourrait être une adaptation aux falaises et aux grottes, habitats qui étaient aussi ceux des prédécesseurs australopithèques.

En 2015, les paléoanthropologues, incrédules, ont dû admettre dans la famille humaine une forme aberrante : Homo naledi. Découverte au plus profond d’une caverne, cette sorte de gnome archaïque semble avoir retenu les capacités arboricoles des australopithèques. Pourtant, il s’agit clairement d’un humain, qui vivait il y a environ 300 000 ans dans une Afrique australe dénuée de forêts.

L’étude d’H. naledi ne fait que débuter et, pour l’instant, je suis l’un des seuls chercheurs français à avoir eu l’occasion d’y participer. Tout a commencé pour moi au début de l’année 2014 lorsque je reçus un courriel d’Elen Feuerriegel, alors étudiante à l’université nationale australienne, à Canberra. Elen me consultait pour ses recherches, ce qui m’amena à participer à son jury de thèse. Nous nous connaissions donc bien quand, en 2017, depuis l’université de l’État de Washington à Seattle, où elle était en poste, elle me proposa d’aider à étudier le membre supérieur d’H. naledi. L’analyse anatomique de l’épaule de cet Homo que j’eus alors le privilège de pouvoir faire et mon expérience personnelle de l’escalade m’ont amené à émettre une hypothèse surprenante : et si Homo naledi était une forme humaine sélectionnée par l’escalade ?

A priori, cette idée n’a rien de plausible : le passé arboricole des homininés, c’est-à-dire la lignée d’hominidés qui a conduit à Homo, remonte aux australopithèques, donc à plus de 1 million d’années – soit une époque très antérieure à celle d’H. naledi. Mais tout dans H. naledi, depuis les conditions de sa découverte jusqu’à chacune de ses caractéristiques, surprend et trouble au point de rendre cette forme humaine quasi irréelle. Et pourtant, elle existe, ou plutôt elle a existé, il n’y a pas si longtemps à l’échelle de l’évolution.

La publication en 2015 de la découverte d’H. naledi par Lee Berger, de l’université du Witwatersrand, en Afrique du Sud, et son équipe fit la une des journaux à travers le monde, mais surtout elle troubla profondément les préhistoriens. Le rameau humain était en effet déjà touffu. On connaissait alors entre six et neuf espèces d’australopithèques (trois espèces ne font pas consensus), trois espèces d’australopithèques robustes (paranthropes) et plus de dix espèces humaines (toutes ne faisant pas consensus non plus). C’est dans ce cadre complexe que s’inscrivait H. naledi, qui ajoutait au chaos ambiant.

Naledi signifie « étoile » en sésotho, l’une des onze langues officielles de l’Afrique du Sud. Lee Berger a choisi ce nom parce que ses partenaires spéléologues ont découvert les premiers ossements d’H. naledi en 2013 dans le complexe de grottes de Rising Star (« étoile montante »), au sein du karst dolomitique de la province de Gauteng, en Afrique du Sud. La grotte se trouve à moins de 3 kilomètres de Sterkfontein et à moins de 800 mètres de Swartkrans, deux des sites à australopithèques les plus importants d’Afrique australe. Les vestiges osseux de cette nouvelle espèce proviennent des cavités Lesedi et Dinaledi.

À Dinaledi, plus de 1 550 os, dont 137 dents isolées et 58 dents encore portées par les os mandibulaires et maxillaires, furent mis au jour – ou plutôt à la nuit absolue régnant dans la grotte. Les variations entre ces os sont moindres que celles constatées au sein de chacune des autres espèces humaines, ce qui prouve que l’on a bien affaire à une seule forme humaine. Lesedi, fouillée en 2013 sur une petite surface seulement, a livré 118 restes attribués à deux adultes et à un très jeune enfant. Les os déposés au sein des cavités Lesedi et Dinaledi l’ont été en un intervalle de temps très court et représentent un minimum de 15 individus comprenant des adultes, des adolescents et des enfants. Autrement dit, on a découvert, en une fois, tout un échantillon de population, ce qui est rarissime pour le Paléolithique.

Tout aussi spectaculaire, pour un paléoanthropologue, est le fait que tous les os du squelette, ou presque, sont représentés en plusieurs exemplaires et souvent en connexion. Par exemple, une main droite comprend tous les os du carpe (poignet), du métacarpe (paume) et des phalanges, à l’exception du pisiforme (l’un des petits os du carpe) ; pas moins de 110 autres os de la main l’accompagnent.

La découverte d’une population fossile du Paléolithique est déjà, en soi, un événement remarquable. Mais ses circonstances la rendent à peine croyable. Aucune industrie lithique, aucun charbon, aucun reste de faune, bref aucune trace de culture matérielle entourant les fossiles ne livre le moindre renseignement sur le mode de vie « nalédien ».

L’accès extrêmement difficile à la cavité Dinaledi constitue une énigme. Il implique en effet un éclairage, donc le contrôle du feu ; il oblige ensuite à franchir le « Superman’s Crawl », un boyau si étroit que seuls des spéléologues petits et minces peuvent prétendre y ramper sans rester bloqués ; arrivés ensuite dans une première chambre, ils doivent effectuer une escalade d’une quinzaine de mètres sur le « dos du dragon » afin d’accéder à l’entrée d’une goulotte très étroite et presque verticale d’une douzaine de mètres qui porte bien son nom – The Chute – et qui donne accès à Dinaledi.

Source : Pour la Science du 21/05/2021

mardi 20 avril 2021

U.W. 101–1322

Plus précisément, U.W. 101–1322, ou calcanéum d'Homo Naledi. Ce fossile est révélateur du lent voyage vers la locomotion bipède. Ce fossile a des facteurs similaires à ceux des grands singes et des humains modernes !

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nom : U.W. 101–1322
âge : 335-236 ka
découverte :
date :
espèce : Homo naledi

vendredi 26 mars 2021

Ils ont vécu en même temps que Sapiens

Homo neanderthalensis

Âge : entre 430.000 et 30.000 ans
Résidence : Europe, Proche-Orient et Asie centrale
Famille : Ce cousin éloigné de Sapiens a de nombreux pères putatifs, comme Homo heidelbergensis ou Homo antecessor
Caractéristiques : Après Sapiens, c'est le plus connu des hominiens. Mais son physique trapu a longtemps nui à la reconnaissance de sa culture complexe, à la fois technique, artistique et symbolique.

Homo denisovensis

Âge : entre 195.000 et 53.000 ans
Résidence : Asie orientale (estimée de la Sibérie à l'Asie du Sud-Est)
Famille : Cousin de Néandertal, il s'est hybridé avec celui-ci et a également eu une descendance avec Sapiens
Caractéristiques : En génétique, il n'est représenté que par le génome d'un individu, une femme, dont le matériel génétique a pu être extrait d'une phalange.

Homo naledi

Âge : entre 335.000 et 236.000 ans
Résidence : Afrique du Sud
Famille : Il pourrait s'agir d'un cul-de-sac de l'évolution, une espèce n'ayant pas de descendance
Caractéristiques : Sa morphologie primitive suggérait une histoire plus ancienne, estimée à plus de 2 millions d'années. Plusieurs analyses poussées des fossiles lui ont donné un coup de jeune.

Homo luzonensis

Âge : plus de 30.000 ans
Résidence : Île de Luçon (Philippines)
Famille : Inconnue
Caractéristiques : Il n'a été découvert qu'en 2011 : c'est la dernière espèce en date à avoir été classée dans le genre Homo (en 2019).

Homo floresiensis

Âge : entre 190.000 et 50.000 ans
Résidence : Île de Flores (Indonésie)
Famille : Très discutées, les dernières études phylogénétiques suggèrent qu'il serait un cousin d'Homo habilis et donc issu d'une branche bien antérieure à celle qui a donné naissance à Homo Sapiens.
Caractéristiques : Il est surnommé le Hobbit à cause de sa très petite taille (de 1 mètre à 1,20 m), et sa boîte crânienne, de seulement 380 centimètres cubes quand la nôtre représente environ 1200 centimètres cubes, intrigue toujours.

Source : Science et Avenir janvier 2021

mardi 15 décembre 2020

Homo naledi

Reconstruction de John Gurche :

samedi 30 mai 2020

Un seul berceau... et tant d'origines

Leur destin fut différent : Homo floresiensis (à g.) s'est éteint, Neandertal (à dr. ) s'est fondu en nous. Et Homo naledi ? On n'en sait rien. Peut-être en subsiste-t-il des traces dans notre génome.

La quête des origines ne se résume pas à un berceau. Car dès que les humains modernes en sont sortis, ils se sont hybridés avec des populations aujourd'hui disparues, dont notre ADN conserve la trace. Nous descendons aussi de ces fantômes…

La croisée des chemins, le point de convergence inéluctable de tous les cours d'eau, le tronc qui unifie chaque racine, chaque rameau… Voilà ce que représente le Makgadikgadi pour l'humanité. Mais la richesse de notre histoire ne se résume pas à la découverte de ce berceau. Notre identité ne saurait s'éclairer à la lumière d'un unique zoom, aussi lumineux soit-il. Nous ne sommes pas seulement les héritiers de cette première population d'humains modernes, qui émergea il y a quelque 200 000 ans, puis qui envahit le monde. Même si vous, moi, et tous ceux qui peuplent aujourd'hui la Terre lui devons l'immense majorité de notre génome, l'histoire de notre origine est beaucoup plus complexe.

Car dans la longue marche imposée par l'évolution, les routes sont nombreuses, sinueuses et entrecroisées. Prenez Neandertal. Ce lointain cousin, qui a pris exil de notre lignée bien avant la naissance de l'humain moderne, n'est pas passé par notre berceau. Mais nous savons depuis une dizaine d'années - et la découverte en fut retentissante - qu'Européens et Asiatiques en sont les héritiers directs pour quelques pourcents de leur génome : il y a près de 40 000 ans, quelque part en Eurasie, sa lignée s'est fondue avec la nôtre, comme si elle ne nous avait jamais quittés.

"Les croisements entre les espèces humaines ont été bien plus nombreux que tout ce que nous pensions, témoigne Alan Rogers, généticien à l'université d'Utah, aux États-Unis.

Et les humains actuels en sont l'ultime résultat." Certes, nous avons un berceau, mais nous sommes aussi une chimère, une somme, la fusion de toutes les humanités qui nous ont précédés. Et les recherches actuelles ne font qu'accentuer ce fait poignant.

Sur notre alliance génétique avec Neandertal, pour commencer. Alors que nous pensions que celle-ci s'était nouée seulement en Eurasie, excluant de fait la présence d'ADN néandertalien au sein des populations africaines, voilà qu'une étude publiée à la fin du mois de février dernier prouve le contraire : tous les peuples africains étudiés porteraient jusqu'à 30 % des séquences génétiques néandertaliennes retrouvées dans les populations européennes actuelles !

UNE LIGNÉE HANTÉE

Cela implique plusieurs choses, commente Joshua Akey, généticien à l'université de Princeton, aux États-Unis, et auteur de l'étude : "Il semble qu'après la sortie d'Afrique des humains modernes, il y a 60 000 ans environ, et l'épisode d'hybridation avec Neandertal qui s'en est suivi, il y ait eu une migration retour vers l'Afrique de ces humains modernes portant en eux l'ADN néandertalien, qui s'est ensuite propagé. Tous les 2 054 individus que nous avons testés à travers le monde présentent des séquences néandertaliennes. Il faut encore des études pour le confirmer, mais on peut dire que Neandertal survit sûrement dans chaque humain vivant aujourd'hui." Nous sommes donc encore plus néandertaliens que nous ne le pensions…

Remontons encore dans le temps : cette même histoire, Neandertal l'aurait lui aussi vécue ! C'est ce qu'affirme Alan Rogers en pointant une portion d'ADN suspecte. Au temps où Neandertal et Denisova n'étaient encore qu'une seule et même lignée, il y a près de 600 000 ans, lors de leur propre sortie d'Afrique, eux aussi auraient bibliquement rencontré un prédécesseur. Qui ? Probablement le tout premier des explorateurs, celui qui, pour la première fois, aurait posé un pied conquérant, et non une patte, sur l'immense Eurasie, il y a de cela 2 millions d'années : Homo erectus lui-même. "Les dates concordent, confirme Alan Rogers, même s'il faudrait plutôt parler de rencontre avec les descendants d' Erectus. Toujours est-il que, puisque nous avons hérité de gènes néandertaliens et denisoviens, il est très possible que nous ayons aussi hérité de cet ADN lointain." Et voilà que nous devenons tous, peut-être, un peu Homoerectus .

Il est pourtant impossible de le savoir avec certitude : l'ADN d' Erectus n'a jamais pu être analysé, car celui contenu dans ses fossiles est trop vieux, trop détérioré. La portion d'ADN suspecte pourrait donc tout aussi bien être l'héritage d'une autre espèce humaine d'un même âge, et dont les fossiles n'ont jamais été retrouvés. Mais la dynamique actuelle de la recherche en paléoanthropologie est là : créer des méthodes statistiques permettant de comparer nos génomes avec ceux des néandertaliens et des denisoviens afin d'identifier justement les séquences qui échappent à leur parenté. Des séquences qui ne peuvent avoir été héritées de leur même ancêtre commun. Des séquences forcément venues d'ailleurs…

Les "fantômes". C'est ainsi qu'ont été baptisées ces populations inconnues, détentrices originelles de ces traces d'ADN découvertes au cœur de nos génomes. Des populations qui ont disparu de la surface de la Terre, mais qui continuent d'exister à travers nous. Les paléoanthropologues parlent même de "fantômes modernes", de "fantômes archaïques", voire de "fantômes super-archaïques", selon qu'ils apparaissent dans notre lignée comme des cousins plus ou moins éloignés. Et notre ADN s'avère plus hanté qu'un château écossais !

UNE HYBRIDATION OPPORTUNISTE

Plusieurs peuples d'Afrique de l'Ouest porteraient ainsi entre 2 et 19 % d'ADN d'un de ces fantômes… Celui-ci aurait quitté notre lignée avant même que Neandertal et Denisova ne le fassent, puis serait revenu s'hybrider il y a près de 50 000 ans avec certaines des premières populations d'humains modernes. Un autre signal similaire, mais qui n'a pu être daté cette fois, a aussi été découvert fin 2019 dans les populations d'Afrique sub-saharienne. "Et il y en aura sûrement beaucoup d'autres" , prévient Alan Rogers.

Qui étaient ces populations que l'humain moderne a totalement englouties dès l'aube de son histoire ? Les candidats ne manquent pas : l'Afrique, au même titre que l'Europe et l'Asie, fourmillait alors de lignées. Homo naledi, par exemple, cet humain fossile présentant une mosaïque de caractères modernes et ancestraux, dont un tout petit cerveau de la taille d'un pamplemousse, vivait encore il y a un peu plus de 200 000 ans en Afrique du Sud. Et un fossile attribué à Homo heidelbergensis, découvert en Zambie il y a un siècle, vient d'être redaté : âgé de 300 000 ans, il aurait pu sans conteste être absorbé par nous.

Bien sûr, certaines lignées humaines ont bel et bien disparu, sans rejoindre notre route. Comme Homo floresiensis , cette espèce naine qui habitait l'île de Florès, en Indonésie, qui s'est éteinte il y a près de 50 000 ans : nulle trace de fantôme n'a été retrouvée chez les populations actuelles de l'île, par rapport aux autres populations d'Asie. Mais contrairement à ce que l'on pensait, c'est l'exception qui confirme la règle. Car la norme, elle, était plutôt l'hybridation. "D'autant qu'on sait aujourd'hui que des espèces humaines séparées depuis plus d'un million d'années pouvaient encore s'hybrider, comme ce fut le cas entre les denisoviens et les possibles descendants d' Erectus " , renchérit Alan Rogers.

Ce qui n'étonne pas Nicolas Bierne, biologiste spécialiste du phénomène de spéciation à l'université de Montpellier : "Un million d'années, c'est extrêmement court dans l'évolution des espèces. Les populations séparées par ce laps de temps n'en sont finalement qu'au début de leur différentiation, dans ce qu'on appelle la 'zone grise de la spéciation'. Neandertal et les humains modernes étaient ainsi, d'un point de vue génétique, plus proches entre eux que certains animaux que l'on classerait pourtant comme étant de la même espèce. Longtemps on a cru que l'hybridation entre les humains modernes et les néandertaliens ne fonctionnait pas bien, car des portions entières du génome n'étaient jamais néandertaliennes, ou encore parce que nous n'en avons gardé que quelques pour-cents. Mais cela peut s'expliquer facilement : les humains modernes étaient simplement bien plus nombreux, et seuls les gènes particulièrement utiles ont été conservés. Avec la dérive génétique, au fil des générations, des portions entières du génome, moins efficaces, ont donc été effacées."

Et voilà une belle leçon de cette histoire : les portions d'ADN héritées de ces nombreux humains ancestraux ne sont certainement pas silencieuses. Nous n'avons pas seulement assimilé Neandertal et les autres, nous en avons surtout tiré le meilleur. "Les études montrent en effet que les séquences génétiques néandertaliennes jouent un rôle sur le système immunitaire ou la pigmentation de la peau, et ont donc une utilité, souligne Alan Rogers.

De la même manière, les Tibétains ont hérité un gène denisovien facilitant la vie en haute altitude, qui semble provenir originellement d'une population encore plus archaïque." Pour s'adapter à un nouveau milieu, un nouvel en vironnement, l'hybridation est plus efficace que la longue évolution. "Et c'est logique , renchérit Nicolas Bierne.

Les populations ancestrales étaient déjà sur place depuis des centaines de milliers d'années, ou plus : elles ont eu le temps de s'adapter. En un sens, elles nous ont préparé le terrain."

NOTRE MÉTISSAGE CONTINUE…

À côté de tout ce que nous devons à la population souche issue du berceau, les autres populations humaines, chacune à sa manière, nous ont aussi enrichis. Et quand bien même, en tant qu'individus, nous ne posséderions pas toutes ces ancestralités - en Europe, il nous manque celle de Denisova -, ce n'est sûrement que pour un temps. "Projetons-nous dans le futur lointain, imagine Nicolas Bierne. Les métissages vont continuer, au point qu'il n'y aura sûrement plus de populations dites 'pures', tels les Indiens d'Amériques, mais tout le monde, au contraire, en portera l'ADN. Est-ce que, parce que ce pourcentage sera faible, je ne voudrai pas me rattacher à leur histoire ? Bien sûr que si ! De la même manière, je veux me rappeler Denisova."

Alors, rendons hommage à Neandertal et Denisova, à Naledi et Heidelber-gensis , à Erectus et Habilis , à Floresiensis et Luzonensis, et à tous les fantômes qui continuent d'exister à travers nous. Car nous n'avons qu'un berceau, mais de multiples origines.

Source : Science et Vie du 28/05/2020

dimanche 5 avril 2020

Trois types humains vivaient côte à côte dans l'ancienne Afrique

Il y a deux millions d'années, trois espèces différentes de type humain vivaient côte à côte en Afrique du Sud, comme le montre une étude.

Les résultats soulignent une prise de conscience croissante du fait que la situation actuelle, où une seule espèce humaine domine le globe, peut être inhabituelle par rapport au passé évolutif.

Les nouvelles preuves proviennent des efforts déployés pour dater les os découverts dans un complexe de grottes près de Johannesburg.

Ces recherches ont été publiées dans la revue Science.

Les nouveaux travaux ont également révélé le plus ancien exemple connu d'Homo erectus, une espèce que l'on pense être un ancêtre direct de l'homme moderne (Homo sapiens).

Les trois groupes d'hominines (créatures ressemblant à des humains) appartenaient à l'Australopithèque (le groupe rendu célèbre par le fossile "Lucy" d'Ethiopie), au Paranthropus et à l'Homo - plus connu sous le nom d'humain.

Andy Herries, de l'université LaTrobe de Melbourne, en Australie, et ses collègues ont évalué les restes trouvés dans le complexe de la grotte de Drimolen en utilisant trois techniques de datation scientifique différentes : la résonance de spin électronique, le paléomagnétisme et la datation uranium-plomb.

"Nous avons rassemblé toutes les dates de chacune de ces techniques et, ensemble, elles ont montré que nous avions un âge très précis. Nous savons maintenant que la carrière principale de Drimolen et tous les fossiles qu'elle contient sont datés de 2,04 à 1,95 millions d'années", a déclaré la co-auteure Stephanie Baker, de l'Université de Johannesburg.

Le complexe de Drimolen a produit de nombreux fossiles anciens au fil des ans, y compris ceux d'hominidés anciens.

Mais il y a quelques années, les chercheurs ont découvert deux nouvelles calottes. L'une d'entre elles appartenait à l'espèce relativement primitive Paranthropus robustus. L'autre était d'apparence plus moderne et a été identifiée comme Homo erectus. Ils ont nommé la calotte crânienne H. erectus DNH 134.

L'Homo erectus est l'un de nos ancêtres humains directs et a peut-être été la première espèce humaine à migrer d'Afrique vers le reste du monde. Non seulement c'est le plus ancien exemple de l'espèce dans le monde, mais c'est aussi le seul spécimen connu d'Afrique du Sud.

"Jusqu'à cette découverte, nous avons toujours supposé que l'Homo erectus était originaire d'Afrique de l'Est. Mais la DNH 134 montre que l'Homo erectus, un de nos ancêtres directs, vient peut-être plutôt d'Afrique australe", a déclaré Stephanie Baker.

"Cela voudrait dire qu'ils se sont ensuite déplacés vers le nord, en Afrique de l'Est. De là, ils sont passés par l'Afrique du Nord pour peupler le reste du monde".

Nous pensions autrefois à l'évolution humaine comme à une progression linéaire, l'homme moderne émergeant à la fin comme le sommet du développement évolutif. Mais partout où nous regardons, il est de plus en plus clair que le tableau réel était beaucoup plus désordonné.

À titre d'exemple, une autre étude publiée cette semaine dans la revue Nature a utilisé des techniques modernes pour dater un crâne bien préservé trouvé dans une carrière à Kabwe, en Zambie, en 1921. Le crâne, qui est plus primitif que ceux des humains modernes, mais plus avancé que l'Homo erectus, était considéré comme ayant environ 500 000 ans d'après son anatomie.

Le crâne archaïque de Kabwe, ou Broken Hill, en Zambie, est plus jeune que ce que les scientifiques soupçonnaient auparavant

Il est considéré par de nombreux chercheurs comme appartenant à une espèce appelée Homo heidelbergensis - un ancêtre commun des humains modernes et des Néandertaliens.

Mais les scientifiques qui ont daté de petits échantillons d'os et de dents du crâne, ainsi que d'autres matériaux associés au spécimen, ont montré qu'il est beaucoup plus jeune - entre 324 000 et 276 000 ans.

L'auteur principal, le professeur Chris Stringer, du Musée d'histoire naturelle de Londres, au Royaume-Uni, a déclaré "C'est étonnamment jeune, car un fossile d'environ 300 000 ans devrait présenter des caractéristiques intermédiaires entre H. heidelbergensis et H. sapiens. Mais Broken Hill ne montre aucune caractéristique significative de notre espèce".

Cette découverte implique qu'au moins trois espèces différentes d'Homo coexistaient à cette époque en Afrique.

Le professeur Stringer a ajouté : "Auparavant, le crâne de Broken Hill était considéré comme faisant partie d'une séquence évolutive progressive et étendue en Afrique, de l'homme archaïque à l'homme moderne. Mais maintenant, il semble que l'espèce primitive Homo naledi ait survécu en Afrique australe, que H. heidelbergensis se trouvait en Afrique centrale du sud, et que les premières formes de notre espèce aient existé dans des régions comme le Maroc et l'Ethiopie".

Dans le cadre d'une autre étude importante sur l'évolution humaine, les chercheurs ont analysé cette semaine d'anciennes protéines provenant de fossiles d'Homo erectus vieux de 1,9 million d'années trouvés à Dmanisi en Géorgie et d'une espèce connue sous le nom d'Homo antecessor, qui serait présente en Espagne depuis 1,2 million d'années jusqu'à il y a 800 000 ans.

L'analyse des protéines a permis d'établir des relations entre les deux espèces et d'autres hominines pour lesquels nous disposons de données ADN. L'utilisation des protéines contribue à étendre notre connaissance des relations évolutives au-delà des âges où il devient difficile d'obtenir des preuves d'ADN, en raison de la dégradation de la molécule au fil du temps.

L'étude a montré que H. antecessor, dont la validité en tant qu'espèce distincte a été remise en question dans le passé, est une proche lignée sœur de l'homme moderne et d'autres espèces récentes d'Homo, comme les Néandertaliens et les Denisoviens.

Source : BBC News du 03/04/2020

L’analyse (inédite) d’un jeune représentant de l’espèce Homo naledi

L’analyse d’un jeune représentant de l’espèce Homo naledi met en lumière la manière dont ce cousin disparu passait de l’enfance à l’âge adulte.

De nombreuses recherches ont été faites sur l’évolution des anciens homininés, mais on en sait encore très peu sur leur croissance et leur développement. La plupart des fossiles retrouvés et analysés représentent en effet des individus matures, dont les os, plus durs et moins poreux, sont plus susceptibles de survivre à l’épreuve du temps.

Ce manque de données a donc limité notre compréhension de la façon dont nos anciens parents sont passés de l’enfance à l’âge adulte. D’où l’importance de cette nouvelle étude, publiée dans la revue Plos One.

L’analyse d’un juvénile

Il y a plus de 200 000 ans, dans le système de grottes Rising Star, en Afrique du Sud, un enfant d’environ 90 centimètres de haut est décédé. Son corps est ensuite resté tapis dans l’ombre aux côtés de 16 autres individus. En 2013, des spéléologues explorant les environs sont finalement tombés sur les restes de ces homininés. L’analyse des fragments d’os et de dents retrouvés sur place ont alors permis de comprendre que ces individus représentaient une toute nouvelle espèce, nommée Homo naledi.

Jusqu’à présent, nous n’avions eu l’occasion d’analyser que des spécimens adultes, mais il y a quelques mois, des anthropologues ont finalement réussi à reconstituer le squelette partiel de cet enfant. Bien que les restes de ce jeune individu – nommé DH7 – soient incomplets, ils présentent un mélange de modèles de maturité – notamment des os bien développés mais non fusionnés – suggérant qu’il s’agissait d’un juvénile tardif.

Entre 8 et 15 ans

Pourvoir déterminer son âge exact reste en revanche aujourd’hui très compliqué dans la mesure où la vitesse de maturation de l’espèce est inconnue.

Si Homo Naledi mûrissait à la vitesse des homininés, plus primitifs et qui ressemblaient davantage à des singes, alors les modèles de maturité suggèrent que DH7 est mort à l’âge de 8 ou 9 ans. En revanche, il est également possible que DH7 ait mûri à un rythme plus lent, à la manière d’Homo sapiens et de Neandertal, présents à la même époque. Si tel était le cas, alors ce juvénile est décédé un peu plus tard, vers l’âge de 15 ans.

Difficile de se prononcer pour le moment donc. Mesurer le taux de développement de cette espèce nécessite pourtant que l’on détermine l’âge de ce juvénile au moment de sa mort. Mais tout n’est pas perdu. L’équipe de recherche dispose en effet de tout ce qu’elle a besoin pour pouvoir le faire : les dents de DH7.

Au fur et à mesure qu’elles se développent, les dents forment en effet des lignes minuscules au niveau de l’émail, qui ressemblent à des anneaux d’arbre. En comptant ces lignes, les chercheurs pourraient potentiellement déterminer, quasiment au jour près, l’âge de DH7.

Le problème est que, pour le faire, les chercheurs doivent soit entailler et détruire l’une des dents du spécimen, soit la soumettre à de puissants rayons X, ce qui pourrait détruire toutes les protéines préservées à l’intérieur. Et nous savons que ces protéines pourraient nous en apprendre davantage sur la relation de Homo naledi avec d’autres homininés, dont Homo Sapiens.

Les chercheurs vont devoir être très méticuleux et choisir la bonne pièce, afin de pouvoir se donner les moyens à la fois de déterminer l’âge de DH7, mais aussi de s’autoriser d’autres recherches à l’avenir à partir de ces échantillons dentaires.

Source : Sciencepost du 03/04/2020

lundi 3 février 2020

Homo naledi

Homo naledi est une espèce éteinte d'hominines découverte en 2013 en Afrique du Sud par le paléoanthropologue américain Lee Rogers Berger. La découverte fut annoncée en septembre 2015. Les fossiles ont été trouvés dans les Grottes de Rising Star, près de Johannesbourg, en Afrique du Sud. La découverte et l'analyse de nouveaux restes trouvés dans une seconde chambre a été faite en mai 2017 par John Hawks.

Homo naledi présente des traits le rapprochant du genre Australopithecus, avec notamment une petite taille et un faible volume crânien, mais aussi des premiers représentants du genre Homo, avec lesquels il partage d'autres caractéristiques. La combinaison de caractères ancestraux et dérivés traduit une évolution en mosaïque.

D'abord estimé âgé d'un à deux millions d'années au vu de sa morphologie, il a été daté en 2017 entre 335 et 236 000 ans seulement, ce qui relance les débats concernant la position phylogénétique et l'interprétation d'Homo naledi.

Controverses scientifiques

Le paléoanthropologue Yves Coppens a déclaré qu'il pensait que ce n'était « bien sûr, pas un Homo, avec la petite tête qu’il a, mais un Australopithèque de plus ». Ian Tattersall, du Musée américain d'histoire naturelle, pense également que les fossiles présentent « des caractères que l'on associe plutôt aux australopithèques qu'au genre Homo ».

Jeffrey Schwartz, anthropologue à l'université de Pittsburgh, a indiqué à Mediapart que les fossiles recueillis appartiennent vraisemblablement à deux espèces distinctes. Il émet également des doutes concernant l'hypothèse d'une accumulation de squelettes résultant d'un rite funéraire.

Interrogé sur France Inter, Laurent Bruxelles, géologue à l'Inrap, émet des doutes sur la possibilité de faire passer des corps de défunts à travers l'accès utilisé aujourd'hui par l'équipe et envisage qu'une autre entrée ait existé anciennement.

Sa fiche sur Wikipedia

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Zone géographique : Afrique du sud

Période : 300.000 à environ 225.000 ans

Découverte : En 2015, en Afrique du Sud

Caractéristiques : Plus petit qu'Homo sapiens, Homo naledi atteignait 1,50 m. Son cerveaune dépassait pas la taille d'un pamplemousse. Des centaines d'ossements ont été mis à jour mais seulement dans deux grottes très proches en Afrique du Sud, sans outil ni ornement. Sa découverte a néanmoins ouvert des perspectives, le genre Homo était peut-être bien plus foisonnant que supposé jusqu'ici.
Plusieurs espèces ont peut-être peuplé l'Afrique il y a 300.000 ans, avec des populations très localisées.

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autour de 0,3 MA.
DH1 un crâne fragmentaire ; plus de 1500 restes de nombreux individus, et il semblerait que ce ne soit pas fini.
Un tout petit trou en Afrique du Sud.
Découverte importante, mais l'anatomie des fossiles n'est pas encore suffisamment étudiée pour valider cette nouvelle espèce, les caractères dérivés semblent faire défaut. Ressemble beaucoup aux premiers Homo ou Homo erectus anciens. Fait unique, les découvreurs ont mis en ligne les modèles 3D des principaux fossiles, permettant ainsi aux autres chercheurs de les étudier. 

jeudi 11 avril 2019

Quand plusieurs humanités peuplaient la Terre

La découverte aux Philippines d’une nouvelle espèce du genre « Homo » agrandit encore notre album de famille. Portraits de cousins parfois très proches, aujourd’hui disparus.

L’île de Luçon, aux Philippines, était habitée, il y a plus de 50 000 ans, par une espèce dont quelques restes fossiles découverts dans la grotte de Callao sont décrits dans la revue Nature, publiée mercredi 10 avril. Homo luzonensis s’ajoute ainsi à la liste déjà fournie de représentants du genre Homo, défini par trois critères : la bipédie permanente, l’augmentation du volume cérébral et l’utilisation d’outils – même si des pierres taillées vieilles de 3,3 millions d’années récemment découvertes au Kenya laissent penser qu’Homo n’a pas été la première lignée de bipèdes « technologiques ». Plusieurs de ces espèces d’Homo ont été contemporaines de la nôtre, à des époques où l’humanité ne se réduisait pas au seul Homo sapiens et pouvait se conjuguer au pluriel. Album d’une famille en constante recomposition.

Homo erectus


Aiguillonné par la découverte de Néandertal (1856) et par l’évolution selon Darwin (1859), Charles Dubois, un anatomiste néerlandais, s’était mis en tête de découvrir le maillon intermédiaire entre l’homme et les grands singes. Ses fouilles à Java mirent au jour, à partir de 1890, le pithécanthrope. L’Homme de Pékin, découvert en 1921, conduisit au rapprochement des deux fossiles, sous la même appellation d’Homo erectus. Des fossiles proches retrouvés en Afrique ont depuis été réattribués à une autre espèce, Homo ergaster, généralement considérée comme l’ancêtre d’Homo antecessor en Europe, tandis qu’erectus est désormais cantonné à l’Asie. Chasseur et cueilleur, il maîtrisait le feu et fabriquait des outils de pierre taillée. Peut-être était-il aussi navigateur, s’il est bien l’ancêtre d’Homo floresiensis en Indonésie et d’H. luzonensis aux Philippines ?

Homo naledi


Lorsque la découverte d’Homo naledi dans une grotte proche de Johannesburg (Afrique du Sud) a été annoncée en 2015, Lee Berger (université de Witwatersrand), responsable des fouilles, en aurait volontiers fait l’« ancêtre de l’humanité ». Son petit crâne poussait certains, dont Yves Coppens, à préférer voir en lui un australopithèque, plus archaïque. Depuis, la datation des quinze individus entassés au fond d’un boyau quasi inaccessible s’est affinée : environ 300 000 ans. Ses doigts de main recourbés en auraient fait un bon grimpeur, capable de se servir d’outils, tandis que ses pieds et ses jambes sont parfaitement adaptés à la marche. Lee Berger estime que la présence des fossiles au fond de la grotte pourrait témoigner de pratiques funéraires, mais l’hypothèse d’une mort accidentelle ne peut être écartée. Pour l’heure, aucun outil associé à Homo naledi n’a été retrouvé.

Homo floresiensis


Découvert en 2003 dans une grotte de l’île indonésienne de Florès, le « Hobbit », ainsi surnommé en référence au héros de Tolkien, a longtemps eu un statut incertain. Sa taille minuscule et la datation initiale très récente (12 000 ans seulement) ont conduit certains à le considérer comme un Homo sapiens nain ou atteint de microcéphalie. Ces vifs débats sont terminés : en 2016, de nouvelles datations ont été proposées. La grotte où il a été retrouvé aurait été occupée entre – 100 000 et – 60 000 ans. En 2017, la description de fossiles assez similaires, trouvés dans un site proche et datés de 700 000 ans, a enfoncé le clou : Homo floresiensis était présent en Indonésie bien avant l’arrivée de notre espèce. Quant au petit crâne du Hobbit, il ne semble pas l’avoir empêché d’être astucieux : les sites archéologiques sont jonchés de ses outils, et il maîtrisait le feu…

Homo neanderthalensis


On ne le présente plus, avec son front fuyant et sa réputation de brute. Pourtant, il a fait preuve d’une ingéniosité certaine pour s’adapter à de rudes périodes de glaciation. Bien des questions demeurent sur ses pratiques culturelles et funéraires, sa maîtrise de la parole. Certains soulignent sa production propre et veulent le réhabiliter, quand d’autres voient plutôt en lui un imitateur d’Homo sapiens, moins doué que l’original. Ce qui est certain, c’est que les deux espèces probablement issues d’un ancêtre commun qui vivait il y a 700 000 ans étaient toujours interfécondes 600 000 ans plus tard, comme l’analyse du génome de Neandertal l’a prouvé : les populations non africaines actuelles comptent en moyenne 2 % d’ADN néandertalien. La paléogénomique tente désormais de démêler cet écheveau familial, et de mieux nous définir par rapport à cet héritage néandertalien.

Denisova


C’est une entité humaine en pointillé, définie d’abord par son ADN – une première ! –, plutôt que par les caractéristiques anatomiques d’un fossile : ses découvreurs ne lui ont pas encore donné de dénomination latine binomiale, car ce qui a permis de l’identifier était une minuscule phalange, vieille de plus de 50 000 ans, trouvée en 2008 dans la grotte de Denisova, dans l’Altaï, et attribuée à une jeune fille. Des vestiges plus anciens (200 000 ans) ont depuis été trouvés ainsi qu’un fragment osseux dont on a pu aussi tirer de l’ADN : nouvelle surprise, il s’agissait d’une métisse datant de 100 000 ans, dont la mère était une néandertalienne et le père, un dénisovien. Homo sapiens n’est pas non plus resté insensible au charme dénisovien: on a retrouvé de 3 à 5 % d’ADN dénisovien chez des Papous et des aborigènes d’Australie, lointains descendants de ces amours antédiluviennes.

Homo luzonensis


C’est le dernier venu dans la famille Homo, décrit dans la revue Nature le 10 avril, à partir de treize fossiles appartenant à au moins trois individus : des dents, des os de pieds et de main et un fémur partiel. Le mélange de caractères archaïques et dérivés (modernes) a conduit leurs découvreurs à proposer une nouvelle espèce, qui peuplait cette île des Philippines il y a plus de 50 000 ans. Comme pour Homo floresiensis, l’isolement aurait conduit à une évolution séparée à partir d’un ancêtre qui pourrait être le responsable de marques de boucherie trouvées sur des restes de rhinocéros vieux de 700 000 ans, trouvés eux aussi à Luçon, à quelques kilomètres à vol d’oiseau.

Homo sapiens


Notre espèce réserve encore des surprises aux paléontologues. On a longtemps cru qu’elle était née il y a 100 000 ans en Afrique de l’Est, et qu’elle avait entamé sa conquête de la planète il y a environ 60 000 ans. Deux études récentes ont chamboulé ces scénarios. La découverte au Maroc de fossiles de sapiens vieux de 315 000 ans, annoncée en juin 2017, vieillissait de 100 000 ans le registre fossile pour notre espèce. Et plaidait pour son origine « panafricaine », d’autant que les outils retrouvés sur place en évoquent d’autres trouvés ailleurs en Afrique, parfois plus anciens encore. Autre surprise : la découverte sur le mont Carmel, en Israël, d’une demi-mâchoire vieille de 180 000 ans, annoncée début 2018, montre que notre espèce était déjà dans les starting-blocks pour conquérir la planète bien plus tôt qu’on ne l’avait imaginé.


Source : Le Monde du 10/04/2019

jeudi 18 mai 2017

Comment ce cousin de l’Homme pourrait transformer notre compréhension de l’évolution humaine

Une étude récente confirme que Homo naledi était bien présent en Afrique du Sud il y a entre 236 000 et 335 000 ans. Il pourrait donc avoir côtoyé l’Homme moderne qui serait apparu il y a 200 000 ans.

La découverte d’Homo naledi il y a quelques années avait été énormément médiatisée. La publication d’une nouvelle espèce d’hominidé est toujours un événement, certes, mais Homo naledi n’avait pourtant pas été daté à l’époque, engendrant alors des commentaires lapidaires sur le bien-fondé de cette étude. La datation est en effet primordiale pour connaître la place de cette nouvelle espèce dans l’arbre généalogique de la lignée humaine. C’est désormais chose faite. De nouveaux travaux suggèrent que ces cousins très éloignés ont vécu en Afrique il y a 200 000 à 300 000 ans, en même temps que les premiers hommes modernes.

Certains aspects d’Homo naledi semblaient en effet modernes, presque humains, mais leur cerveau était aussi petit que celui d’un gorille, suggérant que Homo naledi était incroyablement primitif. Les chercheurs estimaient alors son âge à environ un million d’années, mais ce n’étaient que des suppositions. L’espèce restait une énigme, mais ce n’est désormais plus le cas, au point de transformer notre compréhension de l’évolution humaine en Afrique. Des cas de cohabitation entre espèces ont déjà été identifiés. En Europe par exemple, l’homme de Neandertal a croisé la route des Homo sapiens que nous sommes avant de s’éteindre il y a 30 000 ans. Mais ce scénario n’avait jamais été avancé pour l’Afrique.

« Nous pensions que l’histoire était simple : que vous aviez une lignée qui progressivement devenait de plus en plus humaine avec un cerveau de plus en plus gros et un comportement de plus en plus sophistiqué », explique le paléontologue John Hawks, membre de l’équipe. « Maintenant il faut se poser de sérieuses questions : quels sont les hominidés responsables des sites archéologiques de cette époque que nous avons découverts ? Nous devons nous demander si ces différentes populations d’hominidés ont pu interagir et quel a été leur rôle dans nos origines ? », se demande le chercheur.

Nos ancêtres étaient beaucoup plus résilients et beaucoup plus variés que ce que nous pensions. L’évolution humaine buissonnante serait donc encore plus fournie. « Nous ne sommes pas le summum de tout ce qui s’est passé dans le passé. Nous sommes tout simplement ce qui a survécu », a déclaré Susan Anton, paléoanthropologue à l’Université de New York qui n’était pas impliquée dans la recherche.

Rappelons que les squelettes d’Homo naledi originaux (1 500 os appartenant à au moins 15 individus) ont été découverts en 2013 dans le système des grottes Rising Star, des cavernes de calcaires tordues et ramifiées classées au Patrimoine mondial et également connues comme « le berceau de l’humanité ». Il s’agit également du plus grand échantillon de fossiles hominidés jamais exhumés en Afrique.

Source : Sciencepost u 16/04/2017

vendredi 12 mai 2017

Homo naledi : sa surprenante jeunesse est confirmée

Homo naledi est peut-être la plus ancienne espèce du genre Homo capable d'enterrer ses morts. Aujourd'hui, c'est officiel : il était bien présent en Afrique du Sud il y a entre 236.000 et 335.000 ans. Ses représentants pourraient donc avoir côtoyé l'Homme moderne, qui serait apparu il y a 200.000 ans.

Homo naledi est une nouvelle espèce d’hominine présentant des caractéristiques primitives et modernes. Celle-ci a été découverte il y a quelques années en Afrique du Sud.
Doué d’un petit cerveau, Homo naledi n’en était pas moins capable d’enterrer ses morts dans une grotte pour les protéger des charognards, ce qui est très étonnant.
L’âge des fossiles retrouvés vient d'être précisé : entre 236.000 et 335.000 ans, et pas quelques millions d’années comme on pouvait le penser.


Il y a presque deux semaines, Futura relayait la nouvelle : le paléontologue Lee Berger avait annoncé dans une interview accordée à National Geographic que les restes fossilisés de Homo naledi avaient finalement pu être datés. L'âge obtenu était compris entre 200.000 et 300.000 ans, ce qui, bien que moins révolutionnaire que s'il avait été compris entre un et deux millions d'années, n'en restait pas moins étonnant pour ce représentant du genre Homo.

Ses caractéristiques anatomiques sont en effet un étrange mélange :
  • Un cerveau minuscule, de la taille d'une orange.
  • Haut d'environ 1,5 mètre, il pesait environ 45 kilogrammes.
  • Les dents et le crâne de Homo naledi sont semblables à ceux des premiers membres connus du genre Homo, à savoir Homo rudolfensis et Homo habilis, qui sont apparus il y a environ deux millions d'années.
  • Les épaules sont cependant plus semblables à celles des singes et les doigts, extrêmement courbés, suggèrent une capacité d'escalade.
  • Les pieds sont pourtant semblables à ceux des humains modernes ; les jambes, relativement longues, suggèrent qu'il était bien adapté à la marche sur de longues distances.



Les caractéristiques anatomiques de Homo naledi sont donc archaïques par bien des aspects, ce qui aurait tendance à le placer proche de Homo habilis sur l'arbre phylogénétique des hominines. Toutefois, ses caractéristiques sont bien plus évoluées par d'autres aspects. Ainsi, malgré son petit cerveau, Homo naledi semblait bien avoir délibérément enterré ses morts, un comportement sophistiqué que l'on ne connaissait jusqu'ici qu'avec l'Homme de Néandertal et l'Homme de Cro-Magnon. Lee Berger, chef des équipes ayant découvert et étudié les fossiles de Homo naledi, envisageait donc que celui-ci pouvait bien être à l'origine de certains outils en pierre taillée assez avancés, retrouvés dans la région d'Afrique du Sud où avait vécu Homo naledi.

Cependant, ces hypothèses dataient de 2015 et on ne savait toujours pas par quels moyens les chercheurs étaient finalement parvenus à dater les fossiles ni quel âge exact ils avaient obtenu. On n'en savait pas plus non plus sur la découverte annoncée d'une deuxième grotte.

Six méthodes de datation convergentes pour Homo naledi

Ce n'est plus le cas désormais, comme le montre une publication dans le journal eLife et plusieurs communiqués (voir ci-dessous) en provenance des universités à la pointe des recherches sur Homo naledi ainsi que la mise en ligne d'une vidéo dans laquelle Lee Berger fait un point rapide sur les dernières découvertes.

Young Homo naledi surprises ;
JCU team says hominid lived alongside modern humans.

Les fossiles retrouvés dans les grottes de Rising Star, en Afrique du Sud, ont un âge compris entre 236.000 et 335.000 ans, donc pendant le Pléistocène moyen, ce qui confirme que Homo naledi a très probablement côtoyé Homo sapiens. La détermination de cet âge n'a pas été une mince affaire. En effet, 10 laboratoires et 19 chercheurs ont été mis a contribution et 6 méthodes différentes ont été utilisées sous l'égide du professeur Paul Dirks de la James Cook University, en Australie.

Futura avait interrogé deux des collègues de Paul Dirks au sujet de la découverte de Homo naledi, à savoir Eric Roberts et Cassian Pirard. Ceux-ci avaient répondu à nos questions (voir l'interview ci-dessous) avec l'aval de Paul Dirks. Voici celle qui nous intéresse le plus aujourd'hui.

Futura : Quelles méthodes de datation ont été tentées ? Y a-t-il de l'espoir dans un avenir proche d'obtenir une datation et si oui comment ?

Eric Roberts : Nous avons essayé plusieurs techniques, dont la datation par l'uranium-plomb. Nous avons eu des problèmes pour obtenir un âge jusqu'à présent. Mais nous progressons et nous emploierons tout ce qui est possible pour obtenir un âge précis et fiable pour les fossiles. Nous pensons réussir, mais ça va prendre du temps.

Cassian Pirard : Les datations U-Th-He sur les encroûtements carbonatés n'ont rien donné jusqu'à présent, faute d'une technique adéquate. Mais Jan Kramers, un célèbre géochronologiste présent parmi les auteurs de l'article de eLife, est en train de développer une méthode appropriée pour dater de manière plus adéquate les spéleothemes, appelés plus couramment concrétions, de Rising Star. Des échantillons de sédiments carbonatés sont d'ailleurs en cours d'analyse dans notre université et devraient donner des résultats plausibles d'ici quelques mois, en utilisant les séries de désintégration de l'uranium. Cela nous donnera un âge minimum pour les fossiles.

Une datation des sédiments par OSL (Optically Stimulated Luminescence) va être tentée également ainsi qu'une datation directe des dents de Homo naledi par ESR (Résonance de spin électronique). Elle pourrait finalement nous donner un âge, même si c'est avec des barres d'erreurs assez importantes.

Avec le recul, on ne peut que saluer la clairvoyance des chercheurs de la James Cook University. Les datations directes ont bien été effectuées sur des dents de Homo naledi en utilisant la méthode ESR ainsi que celle des déséquilibres des familles de l'uranium dans le cadre des tests en double aveugle. Les datations indirectes, quant à elles, ont bien été effectuées avec la méthode OSL pour les sédiments, jointe à la méthode par l'uranium-thorium, complétée par l'étude du magnétisme rémanent dans les spéléothèmes.

Comme l'explique Lee Berger dans la vidéo ci-dessus, les recherches continuent et d'autres fossiles de Homo naledi ont été découverts dans une nouvelle grotte appelée Lesedi.

Source : Futura Sciences du 10/05/2017

jeudi 11 mai 2017

Homo sapiens et Homo Naledi auraient cohabité en Afrique il y a 300 000 ans

Lignée humaine. Des hominidés primitifs, de l'espèce Homo naledi, ont peut-être cohabité en Afrique avec les premiers Homo sapiens, ont avancé mardi pour la première fois des scientifiques, un scénario qui complique encore un peu plus l'arbre généalogique de l'espèce humaine. Selon leurs travaux, la datation de fossiles exhumés en 2013 d'une grotte du site de Maropeng, près de Johannesburg, suggère que ces cousins très éloignés y ont vécu il y a 200 000 à 300 000 ans, en même temps que les premiers hommes modernes. Ces ancêtres sont une nouvelle espèce dont la découverte a fait couler beaucoup d'encre.

En 2015, le très controversé paléontologue américain Lee Berger avait fait la une des médias en annonçant avoir mis au jour à Maropeng une très riche collection de 1 500 ossements appartenant à une quinzaine d'hominidés d'un type inédit. Leur examen a révélé le portrait d'un humanoïde étonnant, doté à la fois des caractéristiques d'espèces vieilles de plusieurs millions d'années, comme un tout petit cerveau, et d'autres bien plus récentes, telles que des pieds de marcheur contemporain et des mains capables de tenir des outils. Lee Berger avait aussitôt rangé sa trouvaille dans le genre Homo, celui de l'homme moderne. Mais faute d'avoir pu dater ses fossiles, il s'était attiré les foudres de nombreux collègues qui leur avaient dénié toute nouveauté. Mardi, le professeur de l'université du Witwatersrand et son équipe ont dévoilé l'âge de ces ossements. Des cas de cohabitation entre espèces ont déjà été identifiés. En Europe par exemple, l'homme de Neandertal a croisé la route des Homo sapiens que nous sommes avant de s'éteindre il y a 30 000 ans. Mais ce scénario n'avait jamais été avancé pour l'Afrique.

Source : Libération du 09/05/2017

vendredi 18 septembre 2015

Lee Berger, père controversé de l'Homo naledi

Le "chasseur de fossiles" de National Geographic, Lee Berger, a baptisé sa nouvelle trouvaille, l'Homo naledi, dont l'existence a été révélée ce jeudi. Mais ses méthodes peu orthodoxes divisent la communauté scientifique.

Lee Berger "adore raconter des histoires. Des histoires aussi belles que possible", lâche William Jungers, président de la faculté de sciences anatomiques à la Stony Brook University (New York) à PBS. Après la découverte en Afrique du Sud de l'Homo naledi, notre hypothétique ancêtre, nombreux sont les chercheurs qui, comme William Jungers, restent prudents en raison du profil controversé de "trouveur" des ossements.



Le paléoanthropologue américain de 49 ans irrite la communauté scientifique. C'est peu dire. Il serait trop médiatique, trop léger... "J'adore le processus de la découverte, le processus de l'exploration. J'adore voir de nouvelles choses", confie Lee Berger à PBS, avec son enthousiasme habituel. Est-ce le directeur de l'unité de paléoanthropologie à l'Institut de paléontologie de l'université du Witwatersrand (Afrique du Sud) qui parle, ou bien le gamin de Géorgie devenu le "chasseur de fossiles" attitré de National Geographic?

"Papa, j'ai trouvé un fossile!"

Lee Berger a d'ailleurs transmis le virus à ses proches... C'est même lors de vacances en famille ou en balade avec son fils qu'il a déjà fait quelques découvertes. "Papa, j'ai trouvé un fossile", dit ainsi le jeune Matthew Berger, 9 ans, alors qu'il grattait le sol à 15 mètres de son père, en Afrique du Sud, en 2008. [Voir la vidéo ci-dessous, à 14'] Le fossile en question était une clavicule appartenant à un enfant qui a vécu il y a environ 2 millions d'années, raconte Bloomberg. Des recherches supplémentaires ont mis au jour d'autres ossements de l'Australopithecus sediba et donné lieu à deux articles publiés dans la revue Science.



Cette fois, c'est sur les réseaux sociaux qu'il a trouvé ses associés, plus professionnels. "Chers collègues, j'ai besoin de l'aide de la communauté entière", a-t-il lancé sur Facebook en octobre 2013. Deux ans plus tard, ils sont une cinquantaine de chercheurs associés à signer l'article révélant l'existence de l'Homo naledi au monde. Et à le remercier pour cette invitation qui secoue les pratiques habituelles du milieu scientifique.

"Il y a plein de fossiles que personne n'a jamais vus, sauf quelques personnes sélectionnées. La paléoanthropologie est un milieu assez pourri à ce niveau-là", souligne l'une d'entre eux, Tracy Kivell, de l'Université du Kent, à Canterbury, cité par la revue Nature. Son confrère Denné Reed, de l'Université du Texas, à Austin, renchérit: "Nous voulons partager les données. Les avantages de la collaboration pèsent bien plus que les risques..." En clair, Lee Berger parle à cette génération de chercheurs qui utilisent le hashtag #icanhazpdf sur Twitter pour obtenir des documents inaccessibles par les canaux classiques.



Pure jalousie ou prudence légitime ?

Mais cette démarche "rafraîchissante" pour certains incite aussi à la prudence. Tout le monde n'a pas oublié l'affaire de Palau en 2006. Face caméra, dans un documentaire de National Geographic, Lee Berger s'enflamme au sujet de fossiles retrouvés sur l'île de Micronésie. Il en est sûr, ces os ont appartenu à une espèce encore inconnue de Pygmées, des humains dont la taille est réduite en raison, suppose-t-il, des maigres ressources nutritionnelles de cette île. Il le baptise, comme à son habitude: c'est "l'homme de Palau".

Problème: la tribu naine n'en était pas une, les os appartenaient sans doute à des jeunes habitants de l'île, où la nourriture abonde par ailleurs. L'affaire "illustre combien la science peut se retrouver prise dans les filets de l'entertainment", conclue Nature. L'émission dont Lee Berger est la star sur National Geographic a même pour slogan "entertainment first, science second", faisant explicitement passer le sérieux scientifique au second plan. L'Homo naledi ne serait-il qu'un nouveau moyen de s'offrir un "coup de pub", au moment même où la Fox met la main sur National Geographic ?

Lee Berger se fiche ouvertement des gardiens du temple qui l'attaquent notamment sur la datation trop imprécise des ossements. Une question pourtant centrale: "Cela peut devenir une découverte très importante, mais c'est l'âge géologique qu'on pourra attribuer à ces spécimens qui le dira", commente pour Le Monde Michel Brunet, découvreur de Toumaï (7 millions d'années), au Tchad. "Peu importe leur âge, cela va transformer notre métier", répond Lee Berger, toujours optimiste. Et malgré ses méthodes orthodoxes ou non, comme le rappelle son confrère William Jungers, "c'est lui qui a les fossiles".

Source : L'Express du 11/09/2015

Homo naledi, le nouvel hominine qui divise les paléontologues

La découverte d'Homo naledi est unanimement saluée comme celle d'une nouvelle espèce d'hominine depuis que des restes fossilisés d'au moins 15 individus ont été retrouvés rassemblés dans une grotte d'Afrique du Sud. Cette découverte est toutefois l'objet de différentes interprétations et soulève des questions de la part de paléoanthropologues aussi réputés que Michel Brunet et Yves Coppens : les rites funéraires dans la lignée humaine existaient-ils déjà il y a plusieurs millions d'années ?

Ce 10 septembre 2015, l’annonce de la découverte d’un nouvel hominine dans le « berceau de l'humanité » (Cradle of Humankind), une région d’Afrique du Sud située à environ 50 km au nord-ouest de Johannesburg, a fait l’effet d’une bombe. Homo naledi (naledi signifie « étoile » en langage sesotho et fait référence au nom du site où les restes ont été trouvés, dans les grottes de Rising Star) est rapidement devenu la coqueluche des médias.

Une telle fascination n’avait pas opéré en mars 2015, lors de l’annonce de la découverte en Éthiopie d’un reste fossilisé d’un membre de la famille Homo – une découverte qui repoussait de 400.000 ans dans le passé l’origine de l’humanité et qui fut suivie quelques mois plus tard par celle d’une nouvelle espèce d’Australopithecus, toujours en Éthiopie. L'écho de la découverte de Homo naledi surpasse même celle, pourtant retentissante, des plus vieux outils attribuables à un hominine connus à ce jour faite par l’archéologue française du CNRS, Sonia Harmand, et ses collègues.

Homo naledi inhumait-il ses morts il y a des millions d'années ?

Pourquoi un tel engouement ? Tout d’abord parce qu’il est rare en paléontologie humaine de trouver en un seul lieu les restes fossilisés de près d’une dizaine d’hominines et, qui plus est, en excellent état de conservation. Mais un autre élément intrigue particulièrement les paléontologues. Tout semble en effet indiquer que les individus retrouvés ont été volontairement placés par leurs semblables dans une grotte très difficile d’accès, un comportement qui fait penser à une inhumation.

Il n’est pas encore possible de dater les restes de Homo naledi. Cependant, les caractéristiques anatomiques laissent penser que cette nouvelle espèce existait peut-être il y a un, voire trois millions d’années. Elle était donc peut-être contemporaine des australopithèques, voire antérieure à l’apparition de Homo habilis. Dans cette dernière hypothèse, il s’agirait d’une révolution bousculant notre regard sur l’Homme. Jusqu’à présent, les premières traces probables d’inhumation étaient en effet attribuées à l’Homme de Néandertal, apparu il y a environ 250.000 ans.

Les arguments en faveur de l'inhumation chez Homo naledi

Les paléontologues semblent confiants dans leur interprétation mais comment affirmer que se trouvent là les plus anciennes traces d’un rituel d’inhumation attribuable à un hominine ? Lorsque des groupements inhabituels de fossiles sont retrouvés, il s’agit soit d’une hécatombe rapide – par exemple par manque d’oxygène dans l’eau ou par une libération importante de gaz carbonique – soit parce que les corps ont été accumulés au fil du temps dans un piège naturel – par exemple par des courants ou encore des fosses à goudron comme dans le cas du célèbre Rancho La Brea Tar Pits.

Les chercheurs excluent l’hypothèse d’une catastrophe soudaine. Ils ont en effet réalisé une étude stratigraphique des sédiments où se trouvaient les différents fossiles qui montre que ces hominines sont arrivés sur une période étalée dans le temps. Ils excluent aussi une accumulation au fil des âges de corps apportés par de l’eau ou des courants de boues. Les grottes de Rising Star appartiennent à un système karstique, donc un réseau hydrographique essentiellement souterrain de rivières avec un sous-sol creusé de nombreuses cavités. Là encore, l’étude des sédiments ne montre aucune trace d’un apport de boue extérieure. Par ailleurs, certaines parties de squelettes retrouvées sont quasiment en connexion anatomique, ce qui, là non plus, n’est guère compatible avec l’hypothèse de restes apportés par des courants d’eau et de boue.

Quid de l’hypothèse de corps accumulés par des prédateurs dans leur antre ? Elle ne tient pas non plus. D’abord parce que l’on aurait trouvé des traces de morsures sur les os découverts et aussi parce qu’il n’existe pas de restes fossilisés d’autres proies comme ce devrait être le cas. À part quelques rares fossiles d’oiseaux et de souris, on ne trouve que ceux de Homo naledi. Enfin, la grotte où ces restes ont été trouvés est particulièrement difficile d’accès et ,surtout, on est obligé de se déplacer dans l’obscurité complète avant de l’atteindre, ce qui n’est à nouveau guère compatible avec l’idée d’une antre. Il n’y a pas de traces d’un autre accès aujourd’hui disparu, ce qui veut dire qu’il semble probable que Homo naledi ait utilisé le feu pour s’éclairer et entrer dans la grotte.

Reste que l’âge des fossiles est, pour toutes ces raisons, encore très mal déterminé. Il n'y a dans ces grottes d'autres fossiles d’animaux ou de végétaux, ce qui permettraient au moins une datation relative. Les sédiments ne sont pas non plus propices à une datation absolue évidente pour le moment. On ne peut de ce fait éliminer l’hypothèse que ces corps ne soient âgés que de quelques centaines de milliers d’années.

Le « berceau de l'humanité » (Cradle of Humankind) est un paysage vallonné d’Afrique du Sud composé de crêtes de calcaire dolomitiques associées à des prairies dans les vallées, des cours d’eau et de nombreuses sources naturelles. Les grottes de calcaire de cette région renferment près du tiers des fossiles d'hominine découverts. Parmi les sites les plus connus il y a Sterkfontein, Swartkrans et le site du crâne fossile de Taung un spécimen de l’espèce Australopithecus Africanus découvert en 1924. Les fossiles mis au jour ont permis l’identification de plusieurs spécimens des premiers hominines, vieux de 2,5 à 4,5 millions d’années, ainsi que des preuves de la domestication du feu il y a de 1,8 à 1 million d’années

Un hominine d'âge indéterminé

La datation, c’est bien ce qui pose problème à un paléontologue du calibre de Michel Brunet, le célèbre découvreur au Tchad de Toumaï (le Sahelanthropus tchadensis, que certains paléoanthropologues considèrent comme l'une des premières espèces de la lignée humaine, les hominines, et dont l’âge est estimé à environ 7 millions d'années) comme il l’a expliqué au journal Le Monde. Le chercheur s’étonne que l’on fasse tant de bruit autour de cette découverte en l’absence de toute datation car, bien évidemment, s’il s’avère que Homo naledi est vieux de moins d’un million d’années, sa découverte, bien qu’importante, ne serait pas révolutionnaire. Toujours dans Le Monde, son collègue Yves Coppens, le codécouvreur de Lucy, va plus loin, et il n’est pas le seul. Il met en doute l’appartenance des fossiles retrouvés au genre Homo ainsi que l’interprétation de leur concentration comme une preuve d'une inhumation.

Il faut dire que les caractéristiques de l’hominine baptisé Homo naledi sont troublantes, bien que pas du tout exceptionnelles. Il présente un mélange de traits modernes et archaïques. Avec une taille d’environ 1,50 mètre à l’âge adulte pour un poids moyen estimé à 45 kg, Homo nadeli possédait des pieds et des jambes plutôt modernes et qui en font un incontestable bipède. Pourtant, ses mains gardent des traces d’adaptation à la vie arboricole avec des doigts encore courbés. Les dents et les os semblent le rattacher aux plus vieux représentants du genre Homo comme Homo habilis ou Homo erectus, ce qui est compatible avec l’idée qu’il soit plus âgé qu’un million d’années. Mais son petit crâne abritant un cerveau de la taille d’une orange ainsi que son âge ancien envisagé par les auteurs peuvent laisser penser qu’il s’agit encore d’un australopithèque.

En tout état de cause, la taille du cerveau et un âge ancien semblent bien peu compatibles avec des traces de rites funéraires. Il faudrait alors admettre l’apparition précoce de capacités cognitives que l’on croyait tardives et propres à des cerveaux bien plus évolués.

Où se place Homo naledi dans l'arbre généalogique des hominines ? L'absence de datation empêche pour le moment de la savoir. Des contaminations dans la grotte rendent cette datation difficile et trois méthodes ont échoué. On attend les résultats d'une quatrième

Des astronautes souterrains recrutés sur Facebook

L’hypothèse est ahurissante. Bien que la découverte soit importante, c’est peut-être ce qui explique pourquoi le paléontologue Lee Berger, connu pour la découverte d'Australopithecus sediba, et qui a dirigé les fouilles et rassemblé autour de lui des dizaines de chercheurs en 2014 lors d’un colloque marathon pour interpréter les résultats de ces fouilles, ne semble pas être parvenu à publier ces résultats dans un journal aussi prestigieux que Nature ou Science, comme c’est l’usage. Lui et ses collègues se sont tournés vers un périodique peu connu des paléoanthropologues : elife.

De plus, ces fouilles sont parfois qualifiées de « show » médiatique depuis 2013 puisque, convaincu de l’importance potentielle de la découverte des fossiles par deux spéléologues, Steve Tucker et Rick Hunter, Lee Berger a demandé de l’aide à National Geographic. En très peu de temps, un blog et des vidéos postées régulièrement sur YouTube ont accompagné les travaux des chercheurs.

Comme l’accès à la chambre où se trouvaient les fossiles est très étroit et n’est possible que pour des personnes plutôt maigres qui doivent ramper dans un boyau, Berger a demandé de l’aide… sur Facebook ! Une annonce a été publiée demandant des paléontologues ou archéologues filiformes ayant une expérience en spéléologie. Parmi les candidats, six femmes ont été sélectionnées et ce sont finalement ces « astronautes souterrains » qui vont fouiller, Berger assistant aux opérations en surface à l’aide de caméra.

En résumé, il s’agit incontestablement d'une nouvelle espèce et, comme ces restes fossilisés sont très bien conservés et appartiennent à des individus de tous âges, l'espèce sera bien connue. Il s’agit donc d’une découverte importante de ce point de vue. Voilà une nouvelle preuve d'une évolution en mosaïque des hominines et surtout d’une évolution buissonnante de la lignée humaine avec plusieurs espèces qui cohabitent. L'absence de datation rend difficile l'évaluation du poids de l'hypothèse de traces de rites funéraires car Homo naledi, s’il est bien un membre de la famille Homo, pourrait être une espèce jeune mais avec des traits archaïques.

De nombreuses informations supplémentaires sont à découvrir, y compris des images et des vidéos, sur les sites des principales universités ayant conduit les fouilles et les recherches et également sur le site de National Geographic :

Wits University ;

University of Wisconsin ;

National Geographic.

Les deux articles scientifiques publiés dans elife sont disponibles en accès libre :

Homo naledi, a new species of the genus Homo from the Dinaledi Chamber, South Africa ;
Geological and taphonomic context for the new hominin species Homo naledi from the Dinaledi Chamber, South Africa.

Source : Futura Sciences du 11/09/2015