dimanche 31 octobre 2021

Une nouvelle espèce humaine vient d'être définie

Une nouvelle espèce d'hominine vient d'être définie pour caractériser les humains du Pléistocène moyen en Afrique. Homo heidelbergensis et Homo rhodesiensis sont des espèces mal définies, que des auteurs suggèrent de supprimer.

La définition d'une espèce fossile fait l'objet de perpétuels débats. La définition communément admise afin de définir une espèce biologique est celle énoncée par Ernst Mayr en 1942, qui stipule que deux individus appartiennent à une même espèce s'ils sont potentiellement interféconds et s'ils sont « reproductivement isolés des autres groupes ayant les mêmes propriétés ». Cette définition ne résout bien sûr pas toutes les questions d'attribution d'espèces, notamment lorsqu'il est impossible de vérifier en pratique si deux individus morphologiquement proches mais géographiquement très éloignés peuvent se reproduire entre eux et donner une descendance fertile.

S'ils suivent cette définition de l'espèce biologique, les paléontologues et paléoanthropologues font face à un problème majeur car ils ne peuvent bien évidemment pas vérifier si des individus fossiles étaient interféconds. Ils utilisent donc les ressemblances morphologiques entre ces spécimens afin de les classer ou non au sein d'une même espèce. Il faut pourtant garder à l'esprit que les espèces sont définies par l'Homme pour une évidente raison de praticité, afin de les étudier. Dans la réalité biologique, les variations intraspécifique et interspécifique peuvent se chevaucher et les espèces font en réalité partie d'un continuum biologique. La limite morphologique entre des espèces fossiles est pour cette raison source de nombreux débats, notamment lorsqu'il s'agit de l'évolution de la lignée humaine.

En 2019, l'une des sessions de la conférence de l'American Association of Biological Anthropology a été consacrée à la définition de l'espèce Homo heidelbergensis. Dans une étude récemment parue dans le journal Evolutionary Anthropology Issues News and Reviews, les auteurs rappellent qu'à l'issue de cette session, aucun intervenant n'était satisfait par la définition de ce taxon, que la définition de cette espèce dépendait des personnes qui l'utilisaient et qui y incluaient donc différents fossiles, et qu'il était nécessaire de réévaluer la validité de H. heidelbergensis.

Un groupe ancestral à H. sapiens

Dans cette étude, le groupe de recherche propose d'abandonner les taxons H. heidelbergensis et H. rhodesiensis. Le premier devrait être assigné à H. neanderthalensis en raison de récentes données morphologiques et moléculaires et le second n'a jamais été très utilisé et est lié à Cecil Rhodes et au colonialisme anglais, des références que les paléoanthropologues ne souhaitent plus utiliser.

Les auteurs de l'étude proposent ensuite de définir l'espèce H. bodoensis, qui vivait au Pléistocène moyen ou Chibanien (-774.000 à -129.000 ans). Sa distribution géographique s'étendait à l'ensemble de l'Afrique mais également à l'est de la Méditerranée. Les auteurs expliquent que depuis cette zone, H. bodoensis a pu contribuer au repeuplement de l'Europe et peut-être de l'Asie centrale et de l'Est après les chutes démographiques liées aux glaciations.

L'espèce H. bodoensis a été définie d'après le crâne nommé Bodo 1, trouvé à Bodo D'ar, en Éthiopie et datant d'il y a 600.000 ans. Cette espèce ressemble à H. erectus ; elle a par exemple un centre de visage robuste et un prognathisme facial. Elle partage aussi des caractères avec H. sapiens qui sont une importante capacité crânienne et une voûte frontale large. Le volume crânien d'H. bodoensis est d'environ 1.250 cm3 et est compris entre ceux d'H. erectus et d'H. sapiens.

La définition d'H. bodoensis permet donc de reconnaître la variabilité morphologique et la distribution géographique des hominines du Chibanien et de décrire la morphologie unique d'un groupe distinct de Néandertal et ancestral à H. sapiens.

Source : Futura du 29/10/2021

samedi 30 octobre 2021

Pléistocène inférieur - Calabrien

Sur l'échelle des temps géologiques, le Calabrien est le second étage du Pléistocène. Il forme, avec le Gélasien qui le précède, le Pléistocène inférieur.

Historique

Le Calabrien a été défini pour la première fois par le français Maurice Gignoux en 1910.

Chronologie

Le Calabrien succède au Gélasien et précède le Pléistocène moyen. Il s'étend de 1,806 million d'années à 781 000 ans avant le présent.

Le début du Calabrien est défini par une strate de foraminifères planctoniques, et sa fin par la dernière inversion du champ magnétique terrestre de l'histoire géologique, dite inversion Brunhes-Matuyama.

À noter que le début de la période coïncide presque avec la fin de l'épisode magnétique d'Olduvaï, datée de 1,78 million d'années.

Source : Wikipedia

Pléistocène inférieur - Gélasien

Sur l'échelle des temps géologiques, le Gélasien est le premier étage du Pléistocène. Il forme, avec le Calabrien qui lui succède, le Pléistocène inférieur.

Dénomination

Son nom provient de la ville de Gela, en Sicile, en Italie.

Chronologie

Le Gélasien succède au Plaisancien et précède le Calabrien. Il s'étend de 2,588 à 1,806 millions d'années avant le présent.

Le début du Calabrien et du Pléistocène est défini par une inversion du champ magnétique terrestre, dite inversion Gauss-Matuyama, et sa fin par une strate de foraminifères planctoniques.

Source : Wikipedia

Pléistocène supérieur - Tarentien

Le Pléistocène supérieur est le dernier étage du Pléistocène. Il succède au Pléistocène moyen et précède l'Holocène.

Dénomination

Le terme de Tarentien est proposé pour cet étage. Son approbation formelle et celle du Point stratotypique mondial (PSM) marquant sa limite inférieure sont en cours d'évaluation à la Commission internationale de stratigraphie et à l'Union internationale des sciences géologiques (UISG). Le terme de Tarentien vient du nom latin Tarentum de la ville de Tarente, située dans le sud de l'Italie.

Chronologie

Le Pléistocène supérieur débute il y a environ 126 000 ans et s'achève il y a environ 11 700 ans. Le Greenlandien, premier étage de l'Holocène lui succède.

Les deux bornes du Pléistocène supérieur sont des bornes climatiques, mais de nature différente. Son début est défini par le maximum thermique de l'Éémien (une pointe de température), et sa fin par la remontée brutale des températures à l'issue du Dryas récent (une transition thermique).

Le Pléistocène supérieur commence au cours de la période tempérée de l'Éémien, durant quelque 11 000 ans, puis bascule il y a environ 115 000 ans dans la glaciation de Würm, dernière période glaciaire du Pléistocène.

Source : Wikipedia

Pléistocène moyen - Chibanien

Le Pléistocène moyen, renommé Chibanien en 2020, est le troisième étage du Pléistocène. Il est précédé des étages Gélasien et Calabrien et suivi du Pléistocène supérieur (ou « Tarentien »), quatrième et dernier étage de l'époque du Pléistocène. Le Pléistocène moyen a une durée d'environ 650 000 ans, entre −781 000 et −126 000 ans.

Le terme « Ionien », faisant référence à des affleurements sur la côte de la mer Ionienne, est proposé comme nom pour cet étage, mais le Point Stratotypique Mondial (PSM) qui définirait la base de cet étage n'est pas encore approuvé par les instances géologiques internationales (Commission stratigraphique internationale et Union internationale des sciences géologiques (UISG)).

Source : Wikipedia

mardi 26 octobre 2021

Les Négritos des Philippines, héritiers des Dénisoviens

Les Négritos des Philippines sont les populations qui ont le plus d’ADN hérité des Dénisoviens : jusqu’à 5 %.

Les Dénisoviens sont une forme humaine mise en évidence en 2010 par le séquençage de l’ADN préservé dans une phalange fossile découverte dans la grotte de Denisova, en Sibérie du sud. Entre 300000 et 50000 avant notre ère, tandis que les Néandertaliens évoluaient à l’ouest de l’Eurasie, les Dénisoviens en occupaient l’est, depuis la Sibérie jusqu’à l’Asie du Sud-Est. Quand la première vague d’Homo sapiens hors d’Afrique est arrivée en Asie, à partir de 80000, elle y a rencontré des groupes dénisoviens et s’est métissée. On pensait jusqu’ici que les Papous et les Aborigènes étaient les populations contemporaines possédant la plus grande proportion d’ADN hérité des Dénisoviens. L’équipe de Maximilian Larena, de l’université d’Uppsala, vient de montrer que ce sont en fait les Négritos des Philippines.

En Asie du Sud-Est, la première vague sapiens métissée avec les Dénisoviens est à l’origine des Négritos. Témoignage de la colonisation espagnole des Philippines – Négritos signifie « petits noirs » en espagnol –, ce terme désigne une multitude d’ethnies noires vivant dans les îles Andaman, dans la péninsule malaise et aux Philippines. Ils se sont pour partie fondus dans les vagues suivantes d’immigration sapiens, peu métissées avec les Dénisoviens, ce qui a « dilué » leur proportion d’ADN dénisovien. Aux Philippines, c’est surtout aux Austranésiens – des paysans-navigateurs arrivés d’Asie orientale vers 2000 avant notre ère –, que les Négritos se sont mêlés.

Les travaux de Maximilian Larena et de ses collègues précisent ce scénario et aident à reconstituer l’histoire démographique des Philippines. De grande ampleur, leur projet repose sur une alliance entre l’université suédoise d’Uppsala, la Commission nationale pour la culture et les arts des Philippines (NCCA), les communautés culturelles indigènes, les universités locales, les représentations locales du gouvernement philippin, les bureaux régionaux de la Commission nationale pour les peuples indigènes et nombre d’ONG. Grâce à ce réseau, les chercheurs ont pu analyser 2,3 millions de génotypes provenant de 118 groupes ethniques des Philippines, notamment de groupes négritos (du moins se considérant comme tels).

Il ressort de ces analyses que le degré d’hybridation avec les Dénisoviens varie d’une population négrito à l’autre, mais qu’il est inversement proportionnel au niveau de métissage avec les populations venues d’Asie du Sud-Est. C’est l’ethnie aeta magbukon, occupant la péninsule de Bataan, sur l’île de Luçon, qui possède à la fois le plus faible taux d’ADN provenant des populations d’Asie orientale – seulement de 10 à 20 % – et le plus haut taux d’ADN dénisovien du monde : près de 5 %. Ils possèdent ainsi 30 à 40 % d’ADN dénisovien en plus que les Papous, ou les Aborigènes australiens, dont on pensait jusqu’ici qu’ils étaient plus métissés avec les Dénisoviens.

Pour préciser encore plus l’histoire démographique philippine, les chercheurs ont modélisé les métissages successifs susceptibles d’avoir engendré la diversité génétique observée. Ils sont ainsi parvenus à la conclusion que les Négritos des Philippines ont bénéficié d’un premier flux génique en provenance de groupes dénisoviens il y a quelque 50 000 ans, puis une deuxième fois il y a environ 23 000 ans.

Ces résultats coïncident avec ceux obtenus par l’équipe de Lluis Quintana-Murci, de l’institut Pasteur et du Collègue de France, qui a étudié les gènes des Océaniens, une population originaire d’Asie orientale passée par l’Asie du Sud-Est. La population ancestrale des Océaniens aurait d’abord reçu un premier flux de gènes dénisoviens en Asie de l’est il y a quelque 46 000 ans ; puis, passant par l’Asie du Sud-Est, un second il y a quelque 25 000 ans.

Les Dénisoviens ont manifestement disparu en Extrême-Orient bien plus tard que les Néandertaliens en Occident : hier, à l’échelle de l’évolution.

Source : Pour la Science du 25/10/2021

lundi 18 octobre 2021

Ces empreintes de pas de préhumains auraient 6 millions d'années !

Les chercheurs n'en finissent pas de tenter de démêler l'histoire de nos origines. À partir de quelques ossements. Mais aussi d'empreintes de pas. Et de nouveaux travaux de datation pourraient une fois de plus venir bousculer les choses. Des traces de pas qui pourraient être les plus anciennes empreintes laissées par des hominidés.

En 2017, une équipe internationale de chercheurs découvrait, près du village de Trachilos, en Crète, des empreintes fossilisées qui ne tarderaient pas à faire parler d'elles. Pas moins d'une cinquantaine de traces de pas qui proviendraient de bipèdes. Plus encore, de mammifères dont les pieds seraient ceux d'hominines. Une première datation leur donnait alors au moins l'âge des empreintes attribuées à Australopithecus afarensis -- les pré-humains de la famille de Lucy -- découvertes en Tanzanie. Au moins 3,5 millions d'années.

Aujourd'hui, les chercheurs annoncent que des méthodes géophysiques et micropaléontologiques leur ont permis de préciser un peu plus l'âge des traces de pas retrouvées en Crète. Elles n'auraient finalement pas moins de... 6,05 millions d'années ! Ce qui en ferait les plus anciennes preuves directes de la présence d'hominidés. Et même si des interprétations différentes ont été proposées, les chercheurs maintiennent qu'aucun argument n'exclut aujourd'hui la possibilité que ces traces aient été laissées par des humains primitifs.

Cette trace de pas dans le sable est vieille de plus de six millions d’années. Elle pourrait être la plus ancienne empreinte d’hominidé jamais découverte.

À qui appartiennent ces empreintes ?

Ces empreintes de pas présentent une « boule » sous l'avant-pied et révèlent un gros orteil puissant et des orteils latéraux de plus en plus courts. Une plante de pied plus courte que celle de l'Australopithèque. Une cambrure pas encore prononcée. Et un talon étroit. Des caractéristiques considérées comme uniques aux hominidés combinées avec des traits génériques de primates. Les chercheurs n'excluent pas un lien avec Graecopithecus freybergi, un genre de primates de la famille des hominidés. Une équipe l'ayant localisé auparavant dans des gisements fossiles vieux de 7,2 millions d'années à seulement 250 kilomètres d'Athènes. Or la Grèce continentale était, à cette époque, reliée à la Crète via le Péloponnèse.

Les chercheurs montrent aussi les traces d'une désertification qui, à cette époque lointaine, aurait pu motiver une migration de mammifères européens vers l'Afrique. Y compris de primates. Puis, celui que les chercheurs connaissent sous le nom d'Orrorin tugenensis, considéré comme originaire du Kenya et le plus ancien pré-humain d'Afrique, se serait développé en parallèle d'un pré-humain européen. De quoi remettre une fois de plus en doute la théorie qui situe l'origine des hommes du côté de l'Afrique.

Source : Futura Sciences du 17/10/2021

samedi 16 octobre 2021

Une analyse de dents bouscule une théorie répandue sur l'origine des premiers Américains

Des scientifiques ont mené des analyses sur des dents d'Américains autochtones remontant jusqu'à 10.000 ans. Les résultats contredisent la théorie répandue selon laquelle les premiers habitants du continent américain provenaient du Japon et étaient apparentés au peuple Jōmon.

Les premiers humains sont arrivés bien plus tôt qu'on ne pensait sur le continent américain. C'est ce qu'a récemment démontré une étude menée sur des empreintes humaines identifiées au Nouveau-Mexique. Les analyses ont révélé que les traces de pas dataient de 23.000 ans, soit plus de 5.000 ans plus tôt que les scientifiques ne l'estimaient.

Aujourd'hui, c'est une nouvelle étude qui vient bousculer les théories sur l'histoire américaine. Ces recherches publiées ce mois-ci dans la revue PaleoAmerica se sont intéressées à l'origine des Américains autochtones (en anglais "Native Americans") . Et elles viennent contredire une hypothèse répandue sur les ancêtres des premiers habitants du continent.

Contrairement à ce que certains suggéraient, les premiers Américains ne proviendraient pas du Japon et ne serait pas apparentés au peuple Jōmon qui vivaient dans la région il y a 15.000 ans. A la même période où, selon le scénario jusqu'ici supposé, des humains auraient cheminé de l'Asie en Amérique en passant par le pont terrestre qui existait au niveau du détroit de Béring.

Des observations ont mis en évidence plusieurs similarités entre des outils en pierre, notamment des pointes de flèche, découverts sur des sites amérindiens et jōmon. Des chercheurs avaient ainsi émis l'hypothèse que les ancêtres des Américains autochtones pouvaient être des populations japonaises de chasseurs-cueilleurs, comme le peuple Jōmon, ayant gagné l'Amérique.

Etudier les dents pour explorer l'origine des populations

Cette théorie était toutefois loin de convaincre G. Richard Scott, anthropologue de la University of Nevada, et ses collègues. "Les parallèles culturels ne sont pas rares", a expliqué le scientifique à Live Science. "Les peuples peuvent s'emprunter des idées ou aboutir indépendamment à des solutions similaires face aux mêmes problèmes".

Restait à en trouver des preuves. Pour y parvenir, les scientifiques ont étudié des dents datant de jusqu'à 10.000 ans attribuées à des Américains autochtones, des individus Jōmon et d'autres peuples anciens originaires d'Asie de l'Est, du Sud-est ou du Pacifique. Ils se sont tout particulièrement intéressés à la morphologie des dents et de leurs racines.

L'équipe de Scott n'a pas choisi ses traits par hasard. La morphologie dentaire est en effet connue pour être influencée par une combinaison de gènes différents mais elle est aussi très peu affectée par les facteurs environnementaux. Ce qui en fait un élément précieux pour étudier l'origine des individus.

En comparant les centaines de dentitions, ils ont mis en évidence des différences importantes entre les premiers Américains et le peuple Jōmon. Trop importantes pour que les premiers descendent des seconds. "Les Jōmon sont très différents d'un point de vue dentaire de tous les Américains natifs", a résumé dans un communiqué G. Richard Scott.

Ces observations ont été complétées par des analyses génétiques qui n'ont montré aucune relation directe entre les deux groupes. "Nous utilisons des preuves biologiques pour dire qu'il est très improbable que [les premiers Américains] proviennent du Japon", a-t-il poursuivi. Les résultats ont en revanche révélé des affinités entre leurs dents et celles d'anciennes populations de Sibérie.

Installés en Béringie pendant des millénaires ?

"Notre travail s'aligne assez bien avec l'hypothèse Beringian Standstill", a précisé l'anthropologue. Cette théorie avance qu'un groupe d'humain originaire de Sibérie orientale serait arrivé dans la région du fameux pont terrestre de Béringie il y a environ 25.000 ans. Il y serait alors resté pendant quelques millénaires avant de faire la traversée et gagner l'Amérique.

"Les ancêtres des Américains natifs ont probablement été retenus en Béringie durant le Pléistocène supérieur jusqu'à ce que les conditions s'améliorent suffisamment pour permettre le voyage jusqu'à la côte ouest de l'Amérique du Nord", a-t-il décrypté pour Live Science. "Et durant cette période d'isolement, ils se sont différenciés des populations ancestrales d'Asie de l'Est".

La migration humaine vers l'Amérique s'est faite via la Béringie, le pont terrestre qui existait entre la Sibérie et l'Amérique du Nord (à gauche), avant la période de déglaciation et la montée du niveau des eaux (à droite).

Si les Américains autochtones ne descendraient pas du peuple Jōmon, ils partageraient ainsi un ancêtre commun qui pourrait remonter jusqu'à 30.000 ans. Tandis que l'ancêtre commun entre les premiers Américains et les populations d'Asie de l'Est serait plus récent, remontant à moins de 30.000 ans.

Le scénario de l'hypothèse Beringian Standstill reste toutefois là encore à confirmer avec certitude. Et de nouvelles recherches viennent régulièrement bousculer les parcours supposés des premières migrations humaines vers l'Amérique. Outre la découverte au Nouveau-Mexique, des dents exhumées en Sibérie ont récemment révélé une population humaine inconnue.

Leur étude laisse penser que la Sibérie était occupée depuis au moins 30.000 ans par une population qui serait le fruit de la rencontre entre des Sibériens du Nord et un autre groupe venu d'Asie de l'Est. Autant de conclusions qui poussent à réécrire une partie de l'histoire et confirment que le puzzle des origines des premiers Américains est loin d'être complet.

Source : Geo du 15/10/2021

vendredi 15 octobre 2021

Origines de l'Homme : comment la génétique réécrit notre histoire

A partir de fragments d'ADN anciens, les scientifiques retracent le peuplement de l'Europe. Et font des découvertes surprenantes.

Lorsque le roman national aborde la question de nos ancêtres, il aime à remonter aux Gaulois et leur cortège d'images d'Epinal : celles de fiers guerriers aux moustaches blondes et à la peau claire. Et avant ? C'est-à-dire sur la grande échelle du temps, avant ces deux minuscules derniers millénaires ? La réponse est plus complexe : nous, Français, Homo sapiens modernes, "avons dans notre ADN 2% de séquences génétiques issues de l'homme de Neandertal, 8% des chasseurs-cueilleurs du paléolithique, environ 60% des fermiers venus du Croissant fertile caractéristiques du néolithique et près de 30% d'un peuple méconnu, les Yamnayas, en provenance directe des steppes du nord de la mer Noire", résume Christian Dina, ingénieur de recherche à l'Institut du thorax (université de Nantes), qui a publié avec Aude Saint Pierre, de l'université de Bretagne occidentale (Brest), une étude sur la structure génétique d'une cohorte de la population hexagonale actuelle. Sans oublier qu'il y a encore 10 000 ans nous étions noirs avec des yeux clairs.

"La génétique est une discipline relativement jeune qui nous a permis de réécrire en grande partie le livre de l'histoire du peuplement de l'Europe. Il y a peu de temps, les préhistoriens ne pouvaient pas distinguer si l'homme moderne avait pu se mélanger avec celui de Neandertal, son cousin éloigné qui n'a pas totalement disparu puisqu'une partie de lui est en nous", rappelle Lluis Quintana-Murci, de l'Institut Pasteur, qui occupe aussi la chaire de génomique humaine et évolution au Collège de France. Cette jeune discipline a pris son essor dans les années 2000 avec le décryptage complet du génome humain. Ensuite, il a fallu adapter la technologie et la méthodologie aux restes anciens exhumés par les archéologues. Aujourd'hui, les paléogénéticiens peuvent comparer les génomes. Ils ont, par exemple, appris que, contrairement à l'idée admise de la "sortie d'Afrique" d'Homo sapiens il y a environ 60 000 ans, une première migration a eu lieu il y a 200 000 ans, puisque des néandertaliens ont des traces de génomes de Sapiens primitifs. "Cela ne change pas radicalement notre vision, car cette première migration a avorté, et qu'une seconde a réussi il y a de 60 000 à 40 000 ans. Homo sapiens est passé par le Moyen-Orient, d'abord en direction de l'est - il a même atteint l'Australie -, puis du nord, vers le Caucase et la mer Noire, enfin vers l'ouest : sa présence est avérée en Europe depuis environ 40 000 ans, détaille Jean-Paul Demoule, professeur émérite de protohistoire européenne à l'université Paris I. Et je ne crois pas à un mouvement massif, cette colonisation s'est déroulée sur plusieurs millénaires. A chaque génération, quelques individus ont voulu aller plus loin."

Un dernier épisode glaciaire dévastateur

Partout où il va, notre lointain ancêtre semble s'adapter durablement, comme en témoigne la culture gravettienne. Mais, peu à peu, il va regretter son voyage : il y a 28 000 ans, notre continent connaît un maximum glaciaire. Siècle après siècle, le climat se refroidit, et les glaciers avancent jusqu'au nord de la France, qui se peuple de rennes et de mammouths. "Sans doute y a-t-il eu une forte mortalité, parce que le nombre de sites archéologiques est réduit. Une partie de ces individus ont pu descendre vers le sud, notamment dans la péninsule Ibérique, en Italie ou dans les Balkans", poursuit Jean-Paul Demoule. C'est à cette période d'ailleurs que disparaît l'homme de Neandertal. Ce "goulet d'étranglement", comme l'appellent les démographes, peut expliquer que nous ayons si peu d'ADN de ces chasseurs-cueilleurs du paléolithique. Il faut attendre un début de réchauffement climatique pour assister à un timide mouvement de recolonisation. Sans doute s'est-il déroulé avec une certaine homogénéité du nord de l'Allemagne au sud de l'Europe dans la région franco-cantabrique ? Sur le terrain de la connaissance, avantage aux archéologues : ce sont eux qui ont trouvé, par exemple, dans le domaine de la statuaire, des Vénus caractéristiques de cette période, répondant à des canons esthétiques répandus sur l'ensemble du continent.

Le plus gros bouleversement se joue en quelques siècles, il y a un peu plus de 6000 ans. Le climat étant plus clément, le paysage évolue - moins de steppes, plus de forêts, plus de prairie. Les populations européennes de chasseurs-cueilleurs vivent de façon fractionnée sur le territoire. Mais la révolution se passe ailleurs, du côté du Croissant fertile, où des hommes développent un nouvel art de vivre fondé sur l'agriculture, l'élevage et surtout la sédentarisation. "L'archéologie a montré que cette culture fermière émerge ailleurs aussi, en Afrique et en Amérique", rappelle Lluis Quintana-Murci. Mais, avec un boom démographique qui les caractérise, ces paysans venus d'Anatolie (Turquie) vont s'installer définitivement. Ils essaiment en Europe en privilégiant différentes voies : vers les actuelles Hongrie, Autriche, Allemagne et jusqu'au Bassin parisien (il y a 7000 ans) ; en passant par les îles, vers le midi de l'Hexagone, puis la péninsule Ibérique. "Le mélange avec les autochtones produit un changement radical : de chasseur-cueilleur, l'Européen moderne devient producteur", indique Eva-Maria Geigl, de l'Institut Jacques-Monod (Paris), qui a publié en 2020 une étude sur 243 fossiles retrouvés en France.

Dans notre ADN, 40% de séquences des premiers fermiers d'Anatolie

Comment alors une telle révolution a-t-elle pu s'opérer ? Nos hommes de Cro-Magnon ont-ils appris les techniques de culture et de domestication apportées par les Anatoliens, ou ces derniers les ont-ils totalement remplacés ? "C'est encore la génétique qui a permis de répondre à cette question : chez ces migrants, elle montre la présence de chromosomes Y (masculin) et d'ADN mitochondrial (transmis par les femmes), ce qui laisse entendre qu'il y avait parmi eux des hommes et des femmes. Ils se déplaçaient donc en famille, et le phénomène fut massif", détaille Eva-Maria Geigl. Ce qui n'a pas obéré un métissage dans le temps qui explique que les Français affichent 50% de séquences héritées de ces ancêtres fermiers anatoliens.

Il existe un dernier mouvement migratoire d'envergure qui n'a pas été appréhendé à sa juste mesure par les archéologues et que la génétique a confirmé depuis 2015, c'est l'arrivée des Yamnayas, peuple venu en masse du pourtour nord de la mer Noire (Ukraine et Russie) il y a entre 5000 et 2500 ans. "Ce changement-là fut assez abrupt, puisqu'une récente étude du Max Planck Institute d'Iéna montre que 75% des Allemands ont une ascendance parmi les représentants de la culture yamna", rapporte Eva-Maria Geigl. Outre-Manche ce chiffre monte à 80%, tout comme en... Bretagne. Et, dans l'ensemble de l'Hexagone, il oscille aux environs de 40%. "De telles proportions en si peu de temps plaident pour une invasion éclair. Mais cela reste une hypothèse largement débattue", signale Evelyne Heyer, professeur en anthropologie génétique au Muséum national d'histoire naturelle.

Parmi les arguments, une étude américano-suédoise de 2017 portant sur le chromosome sexuel Y des nouveaux arrivants soutient que leur migration était essentiellement le fait d'hommes. Certains spécialistes ont vu en eux des guerriers, plus grands que la moyenne, à la peau et aux yeux clairs, qui, ayant domestiqué le cheval, auraient pu se répandre rapidement au sein d'une population européenne affaiblie. D'autres pensent que leur régime alimentaire à base de viande et de lait a pu jouer en leur faveur, ou que notre continent fût frappé par un premier épisode de peste, ou encore que d'éventuels changements climatiques ont avantagé les nomades. "Toutes ces explications ne convainquent pas, et il faudra de nouvelles études pour trancher", estime Evelyne Heyer. La seule certitude est que nous sommes en grande partie des yamnayas issus de la steppe pontique-caspienne. La paléogénétique promet encore de belles découvertes. Et Lluis Quintana-Murci de conclure : "L'apport majeur de notre discipline est d'avoir montré combien le métissage a été de tout temps un facilitateur de l'adaptation des homininés. C'est un message fort : sans diversité, nous sommes condamnés."

Source : L'Express du 14/10/2021