lundi 10 novembre 2014

L'homme de Kostenki précise le métissage Sapiens-Néandertal

WASHINGTON s7 (Reuters) - L'étude de l'ADN de l'homme de Kostenki, qui vivait en Russie il y a 37.000 ans environ, a permis à des scientifiques de préciser le moment du métissage entre l'Homo sapiens et l'homme de Néandertal il y a plus de 50.000 ans, selon un article publié jeudi dans la revue Science.

Le séquençage du génome de l'homme de Kostenki, appelé ainsi d'après le village où son squelette a été découvert il y a 60 ans, a été effectué à partir d'ADN prélevé sur son tibia gauche. Il s'agit du deuxième génome le plus ancien de notre espèce jamais séquencé.

Les scientifiques ont découvert que l'homme de Kostenki avait un petit pourcentage des gènes de Néandertal, confirmant ainsi que le croisement entre Sapiens et Néandertal s'était déjà produit à l'époque où vivait cet homme il y a 36.200 à 38.700 ans.

Quand les ancêtres des Européens actuels sont sortis d'Afrique pour se diriger vers l'Eurasie il y a 50.000 à 60.000 ans, ils ont rencontré les Néandertaliens, qui se trouvaient déjà en Europe et en Asie.

Les scientifiques ont utilisé les données génétiques pour déterminer que le croisement s'est produit il y a à peu près 54.000 ans.

Résultat de cette hybridation : toute personne ayant un ancêtre eurasien - des Chinois aux Scandinaves en passant par les indigènes d'Amérique - a un peu d'ADN de Néandertal.

HISTOIRE EXTRAORDINAIRE

"Nous montrons que cet individu (Kostenki) est lié aux Européens modernes. Nous montrons aussi que l'essentiel de la structure génétique présente dans l'Europe actuelle date d'au moins de l'époque à laquelle cet individu est mort", déclare Rasmus Nielsen, professeur de biologie informatique à l'Université de Californie, Berkeley et l'université de Copenhague.

"Nous pensions que ces composantes (génétiques) étaient survenues à des époques différentes de l'histoire européenne après l'arrivée en Europe des premiers humains modernes. Et maintenant, nous voyons qu'elle étaient déjà là dès le début", ajoute Eske Willerslev, directeur du Centre de géogénétique de l'université de Copenhague.

Les chercheurs se retrouvent désormais face à une nouvelle énigme. Ils n'ont pas trouvé de preuve d'une poursuite du métissage alors même qu'il y a eu cohabitation entre les groupes pendant encore des milliers d'années.

Le Néandertal aux arcades sourcilières marquées a vécu en Europe et en Asie il y a 350.000 ans et jusqu'à il y a 40.000 ans. Il a disparu après l'arrivée de l'Homo sapiens.

"Les populations de Néandertal ont-elles diminué très rapidement ? Est-ce que les humains modernes les ont encore rencontrées ? Au début, nous avions été surpris de découvrir qu'il y avait eu croisement. Désormais, la question est : pourquoi si peu ?", commente le professeur Robert Foley, spécialiste de l'évolution humaine à l'université de Cambridge. "C'est une découverte extraordinaire que nous ne comprenons pas encore."

Source : Yahoo Actu du 07/11/2014

samedi 8 novembre 2014

L’ADN de l’homme d’Ust’-Ishim date le métissage Néandertal-Sapiens

e séquençage du génome de l’homme d’Ust’-Ishim, un Homo sapiens mort il y a 45 000 ans en Sibérie, révèle qu'à cette date, le métissage Néandertal-Sapiens avait déjà eu lieu, mais sans doute pas la séparation entre les populations européennes et asiatiques.

Le plus ancien homme moderne d’Eurasie a vécu en Sibérie occidentale. Près du village d’Ust’-Ishim, les berges de la rivière Irtysh ont livré en 2008 la partie centrale d'un fémur relativement complète. Son étude poussée par une équipe rassemblant des chercheurs de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig, en Allemagne, et de l’Académie des sciences russes nous apporte plusieurs informations majeures sur l’évolution humaine.

« L’individu d’Ust’-Ishim est l’un des plus anciens humains modernes trouvé hors du Proche-Orient et de l’Afrique », explique Bence Viola, l’un des paléoanthropologues qui a étudié ce fémur. De fait, les datations par le radiocarbone du collagène extrait de l’os indiquent de façon fiable un âge d’environ 45 000 ans.

Pour Svante Pääbo, spécialiste de l’Institut Max-Planck sur les croisements entre néandertal et sapiens, « la population dont l’individu d’Ust’-Ishim était membre pourrait s’être séparée des ancêtres des Eurasiens avant la divergence qui a distingué les Eurasiens occidentaux des Eurasiens orientaux. Les paléogénéticiens de l’Institut Max-Planck ont en effet séquencé le génome de l’individu de Ust’-Ishim avec une grande fiabilité, puisque l’emplacement de chaque paire de base a été identifié pas moins de 22 fois dans les bibliothèques de fragments d’ADN constituées à partir de neuf échantillons prélevés dans le fémur.

Il est ainsi apparu que le propriétaire du fémur était un homme. En comparant son génome avec celui d’individus de 50 populations actuelles réparties sur toute la planète, les chercheurs ont constaté que l’homme d’Ust’-Ishim est plus proches de tous les Eurasiens qu’il ne l’est des Africains. Ceci montre qu’il s’agit de l’un des plus anciens représentants connus de la première grande vague d’Homo sapiens en Eurasie, qu'on situe généralement il y a 60 000 ans.

En comparant plus spécifiquement le génome de l’homme d’Ust’-Ishim avec celui des Eurasiens actuels, les chercheurs ont mis en évidence que l’homme d’Ust’-Ishim est autant apparenté aux Eurasiens occidentaux, qu’aux Eurasiens orientaux. En d’autres termes, il semble avoir vécu avant la séparation du groupe eurasien en Europoïdes et Mongoloïdes. Prudence, toutefois. Pour Jean-Jacques Hublin, qui dirige le département d’évolution humaine à l’Institut Max Planck, « il se pourrait que l’homme d’Ust’-Ishim soit issu d’une population ayant migré très tôt en Europe et en Asie centrale, mais qui n’aurait pas de descendants dans les populations modernes actuelles. »

Puisque l’homme d’Ust’-Ishim a vécu en même temps que les néandertaliens en Eurasie, ses ancêtres s’étaient-ils déjà métissés avec Néandertal ? Il s’avère que oui : environ deux pour cent de l’ADN de l’homme d’Ust’-Ishim provient d’Homo neanderthalensis, une proportion d’ADN néandertalien comparable à celle du génome des Eurasiens contemporains. Toutefois, la longueur de ces séquences d’ADN néandertalien est bien plus grande que celles que l’on trouve dans le génome des Eurasiens actuels. Logique, puisque que des mécanismes d’érosion et de dérive génétique réduisent au cours des générations les séquences d'ADN directement héritées du croisement, et que l’homme d’Ust’-Ishim a vécu plus près du métissage Néandertal-Sapiens que nous.

À quel point ? « la longeur des séquences nous a permis d’estimer que les ancêtres de l’homme d’Ust’-Ishim se sont mélangés avec les néandertaliens 7 000 à 13 000 ans avant cet individu, ce qui signifie que le métissage se serait produit il y a entre 60 000 et 50 000 ans, soit à peu près au moment de la grande vague d’expansion de sapiens hors d’Afrique et du Proche-Orient », révèle Janet Kelso, bioinformaticienne à l’Institut Max-Planck. Ainsi, nous avons désormais une certitude s’agissant du métissage Néandertal-Sapiens : la plupart de nos gènes néandertaliens ont été acquis avant 50 000 ans ! Étant donné la découverte à Kébara en Israël d’une sépulture contenant un squelette authentiquement néandertalien vieux de 60 000 ans accompagné d’outils moustériens (une industrie lithique), cela suggère que l'essentiel du métissage Néandertal-Sapiens a eu lieu après 60 000 ans au Levant. Une information clé.

La fiabilité du séquençage de ce génome de 45 000 ans a aussi permis aux chercheurs d’estimer le taux d’accumulation des mutations :une à deux mutations se seraient ajoutées à notre génome chaque année depuis l’homme d’Ust’-Ishim. Ce résultat recoupe les estimations récentes obtenues en comptant les différences génétiques entre parents et enfants, mais il est plus bas que les estimations traditionnelles fondées sur la divergence entre espèces fossiles. L’horloge génétique devient plus précise et commence à jalonner l’histoire de notre espèce de dates fiables...

Source : Pour la Science du 07/11/2014