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dimanche 28 novembre 2021

142.000 ans : la plus ancienne parure du monde vient d'être découverte

Mis au jour au Maroc, un ornement préhistorique composé de coquillages marins pourrait être la plus ancienne parure rencontrée à ce jour.

S’agissait-il d’un collier ? De bracelets ? De perles cousues sur un support ? D’une ceinture ? La plus ancienne parure de coquillages jamais découverte vient d’être extraite de la grotte de Bizmoune, un gisement archéologique situé dans le Jebel Lahdid, à une vingtaine de kilomètres d’Essaouira, au sud-ouest du Maroc. "Dans des sédiments de 142.000 ans, datés par l’utilisation de la méthode Uranium-Thorium [qui mesure la vitesse de désintégration de l’uranium, NDLR], nous avons en effet mis au jour plus de 32 coquilles façonnées et percées représentant les éléments d’une parure préhistorique", explique Philippe Fernandez (CNRS, Université Aix-Marseille). Chercheur au Laboratoire Méditerranéen de Préhistoire Europe Afrique (LAMPEA,UMR 7269), il cosigne dans la revue Science Advances le détail de cette découverte et les travaux menés en collaboration avec une équipe internationale co-dirigée par Abdeljalil Bouzouggar de l'Institut National des Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine (Insap) de Rabat (Maroc), et de Steven L. Kuhn, de l’Université d’Arizona (Tucson, Etats-Unis).

Des coquilles de gastéropodes marins

"Il s’agit de coquilles d’un gastéropode marin dont les traces de perforations, d’usure par suspension ainsi que de patine ont été mises en évidence grâce à des observations microscopiques à hautes résolutions, poursuit le paléontologue interrogé par Sciences et Avenir. Nous avons trouvé la majorité de ces perles entre 2016 et 2019 ; depuis, d’autres coquilles sont venues compléter cet ensemble de 32 éléments." Certaines portent encore des résidus d’ocre rouge. Elaborés à partir de coquilles de Tritia gibbosula, une espèce de gastéropode marin, ces vestiges sont l’œuvre de populations d’Homo sapiens. Sans doute les ancêtres des groupes atériens, du nom d’une culture présente dans cette région de l’Afrique du Nord dès 130.000 ans.

De longues marches étaient nécessaires pour récolter ces coquillages

Ils repoussent surtout de près de 20.000 ans l’existence des plus vieux ornements corporels connus jusque-là. Parmi ces derniers, citons les coquilles marines de Tritia gibbosula exhumées sur le site côtier marocain d’El Mnasra, près de Rabat (110.000 ans) ; celles des Glycymeris insubrica datées de 120.000 ans rencontrées dans la grotte de Skhul, et les niveaux les plus récents du site de Qafzeh, en Israël ; celles de Nassarius kraussianus exhumées en Afrique du Sud, sur les gisements de Blombos (75.000 ans) et Sibudu (77.000 ans) ; ou encore cet exemplaire du genre Conus coloré d’ocre, retrouvé à proximité d’une sépulture d’enfant à Border Cave, toujours en Afrique du Sud (74.000 ans).

Les personnes porteuses de ces objets cherchaient-elles à seulement parer leurs corps ? Marquer leur appartenance à une communauté ou à un statut social ? Toujours est-il qu’elles n’hésitaient pas à faire de longues marches pour collecter ces précieux coquillages. Ces groupes de chasseurs-cueilleurs qui évoluaient au milieu d’une faune abondante (oryx, chevaux, rhinocéros, phacochères, gazelles, hippotragues ou autres antilopes) ont par exemple parcouru une cinquantaine de kilomètres depuis Bizmoune pour rejoindre le littoral de l'Atlantique, alors plus éloigné que la côte actuelle.

Source : Sciences et Avenir du 26/11/2021

samedi 20 mars 2021

Cueva de los Aviones

La Cueva de los Aviones (grotte de l'avion) est un site archéologique et paléoanthropologique situé dans la commune de Carthagène (Murcie, Espagne), et intégré administrativement à la députation de San Antonio Abad. Il est situé au niveau de la mer, dans les contreforts du promontoire qui ferme la baie de Carthagène à l'ouest. La grotte, auparavant connue pour avoir été habitée par Homo neanderthalensis, est devenue mondialement connue en 2010, lorsqu'il a été trouvé des coquilles d'environ 50 000 ans, la dernière datation des pigments de ces coquilles attribue un âge il y a environ 115 000 ans.

Ceux de Los Aviones sont les plus anciens objets d'ornements personnels connus à ce jour dans le monde et doivent être attribués, par dates, aux Néandertaliens.

Ils sont antérieurs à tout objet similaire à distance connu sur le continent africain entre 20 000 et 40 000 ans.

Les pigments attachés sont orange, noir et rouge. La découverte de pigments a été interprétée comme une preuve que les coquilles avaient été utilisées d'une manière "esthétique et vraisemblablement symbolique".

La grotte

Le substratum rocheux de la tanière est en calcaire, datant du milieu du Trias supérieur (environ 230 Ma), tandis que les parois latérales sont en calcaire gris clair et en dolomite gris foncé. De l'état de la roche à l'extérieur de la grotte, on peut déduire qu'il y a 115 000 ans, elle était probablement plus grande. À l'époque de la colonie de Néandertal, la grotte était située à 2 à 7 kilomètres de la côte, car le niveau de la mer à cette époque était de 50 à 90 mètres plus bas qu'aujourd'hui, mais parce que la zone de Carthagène est située dans une zone d'affaissement, dans laquelle la croûte terrestre descend énormément, la distance jusqu'à la côte aurait pu être encore plus grande. Avec la fin de la glaciation, la montée des marées a atteint la grotte, la submergeant partiellement. À l'abri de cette destruction, il ne restait que 4 mètres carrés de surface sur la paroi nord-ouest de la cavité, où les premières fouilles ont eu lieu en 1985. Ce secteur est constitué de débris rocheux (brèche) d'une dureté similaire au ciment, qui a été enlevé avec un marteau et ciseau découvrant des échantillons de lithiques et d'os d'animaux. Dans la récupération des bivalves et des gastéropodes les procédures ont été jugées plus prudentes.

Résultats

Dans la Cueva de los Aviones, des restes de centaines de bivalves et de gastéropodes ont été trouvés. La plupart sont des gastéropodes comestibles de l'espèce Phorcus turbinatus (427 spécimens), suivis des patelles tout aussi comestibles du genre Patella (236, principalement Patella ferruginea, mais aussi Patella aspera et Patella lusitania), ainsi que des moules (108 spécimens de Mytilus edulis) et coques (14). Sont également inclus 18 échantillons de bivalves Glycymeris insubrica et une douzaine de coquilles d'autres espèces qui aujourd'hui ne sont pas considérées comme comestibles.

Selon différentes enquêtes, 95% des coquilles trouvées appartiennent à des mollusques qui habitaient la zone intertidale. La surface des coquilles n'ayant pas été abrasée par le sable ou le gravier, on peut supposer que les animaux avaient été collectés vivants pour la nourriture.

Au cours des fouilles, la découverte de deux spécimens entièrement préservés de Glycymeris insubrica, montrant des trous dans la zone umbo, a été particulièrement significative. Lorsque le calcaire adhérant aux pièces a été séparé au musée archéologique municipal de Carthagène pour exposition, des traces de pigmentation rouge sont apparues produites par un matériau identifié plus tard comme de l'hématite, et qui a probablement été utilisé comme sanguine. Les techniciens suggèrent donc que les deux bivalves doivent être interprétés comme des «ornements personnels».

À l'intérieur d'un spécimen de Spondylus gaederopus, des restes d'un composé coloré ont été découverts qui consistaient en un mélange de lépidocrocite rougeâtre avec du charbon de bois, de la dolomite, de l'hématite et de la pyrite. Sa coque a peut-être servi à contenir les colorants, comme semble le démontrer l'observation d'autres coques utilisées dans le même but. De plus, plusieurs morceaux de colorants rouges et jaunes sans coquille de référence ont été trouvés dans la grotte, ainsi que des pigments orange attachés au métatarsien d'un cheval. Cet os aurait été utilisé pour mélanger des pigments ou percer des coques déjà colorées.

Les pigments rougeâtres sont originaires en toute sécurité à une distance comprise entre 3 et 5 kilomètres, dans la zone nord-ouest des montagnes minières de Cartagena-La Unión, un colorant qui serait plus tard extrait dans l'Antiquité avec l'or et l'argent. La natrojarosite, l'un des composants du pigment jaune, apparaît à 7 kilomètres à l'est de la grotte.

Source : Wikipedia (es)

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nom :
âge : 115 ka
découverte :
date :
espèce : Homo neanderthalensis

jeudi 14 mai 2020

Et si nous avions appris aux Néandertaliens à fabriquer des bijoux ?

Une étude rendue publique ce 11 mai confirme la présence de l’humain moderne en Europe il y a au moins 45 000 ans, rapporte New Scientist. Alors qu’il cohabitait avec l’homme de Néandertal, il lui aurait transmis son savoir-faire dans la création de colliers avec des dents d’ours.

Lorsque l’Homo sapiens s’est “installé en Europe”, il a rencontré des Néandertaliens et “leur a peut-être donné quelques tuyaux sur l’art de la joaillerie”, rapporte New Scientist.

Selon le magazine scientifique, une étude rendue publique ce lundi 11 mai par l’Institut d’anthropologie évolutionniste Max-Planck de Leipzig (Allemagne) a confirmé pour la première fois que l’homme moderne “se trouvait en Europe il y a au moins 45 000 ans”.

La grotte de Bacho Kiro en Bulgarie

Une équipe de chercheurs dirigée par le Français Jean-Jacques Hublin a réexaminé la grotte de Bacho Kiro en Bulgarie, “qui est étudiée depuis les années 1930”. En utilisant de nouvelles méthodes, les chercheurs ont daté 95 morceaux d’os, qu’ils ont notamment identifiés “par l’analyse de leur ADN”. Six d’entre eux “provenaient d’humains modernes”, et les autres étaient des os d’animaux présentant des marques de coupe ou d’autres signes d’activité humaine.

“Des preuves plus solides”

Les plus anciens os humains trouvés dans la grotte bulgare “avaient entre 43 700 et 45 800 ans”, indique New Scientist. Et une couche de roche plus profonde, “vieille de 46 900 ans”, n’a pas encore donné de restes humains, mais contenait également des os d’animaux marqués, “ce qui suggère la présence d’humains”.

“Cela renforce ce que nous pensions savoir avec des preuves plus solides”, a déclaré au magazine Emma Pomeroy, de l’université de Cambridge (Royaume-Uni). Des signes de la présence d’humains modernes il y a environ 45 000 ans en Europe avaient déjà été détectés sur d’autres sites, dont la grotte de Kents au Royaume-Uni et la grotte del Cavallo en Italie, mais ces os n’avaient été datés “qu’indirectement”.

Avant l’arrivée d’Homo Sapiens en provenance d’Afrique, les Néandertaliens ont vécu en Europe pendant des centaines de milliers d’années. “Lorsque les deux se sont rencontrés, ils se sont croisés”, rappelle New Scientist. Les hommes de Néandertal se sont ensuite éteints : la dernière preuve bien datée de leur présence “est vieille de 40 000 ans”.

Le magazine souligne que l’étude de l’Institut Max-Planck suggère que les Néandertaliens “sont devenus plus créatifs avec leurs outils au cours de leurs derniers millénaires”. Ils auraient notamment appris au contact des humains modernes “à fabriquer des colliers avec des dents d’ours”.

Des pendentifs faits de dents d’ours, qui, selon Jean-Jacques Hublin, “ont été fabriqués par les Néandertaliens” ont déjà été trouvés en France, dans la grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure (Yonne). “Tous ont moins de 45 000 ans”, affirme New Scientist. Or les fouilles de Bacho Kiro ont permis de découvrir 11 pendentifs, eux aussi faits de dents d’ours, qui sont “antérieurs à ceux supposés de Néandertal”.

Selon Hublin, cela signifie que les humains modernes ont “apporté l’idée avec eux”, et que les Néandertaliens “l’ont copiée”. Pour le paléoanthropologue français, la seule alternative serait “que les Néandertaliens aient également inventé les pendentifs juste après l’arrivée des humains”. Une idée que le scientifique juge “ridicule”.

Source : Courrier International du 11/05/2020