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vendredi 19 mars 2021

Dans la grotte de Tautavel, les paléontologues tombent sur un os rare

Vieux de 450 000 ans, un fragment de 6 centimètres, mis au jour dans la caune préhistorique des Pyrénées-Orientales, a été identifié par les archéologues comme un bout de péroné humain. Un indice supplémentaire pour dessiner le portrait-robot de l’homme de Tautavel.

Tautavel, aux confins du massif des Corbières, ravive pour beaucoup le souvenir des cours de sciences et vie de la terre. Le village, au nord-ouest de Perpignan (Pyrénées-Orientales) abrite un site préhistorique d’une importance majeure en Europe en raison des nombreuses découvertes paléoanthropologiques qui y ont été faites. Et ce, sans discontinuer depuis les fouilles concluantes de l’équipe d’Henry de Lumley dans les années 60 et 70.

Longtemps, les fossiles dudit homme de Tautavel (des dents, des crânes quasi complets, outils en pierre taillée, etc.), d’un âge canonique de 450 000 ans, ont ainsi été considérés comme les plus anciens du continent. C’était avant d’être détrônés, vingt-cinq ans plus tard, par les restes d’Homo antecessor (environ 800 000 ans) de Sima de los Huesos, dans la sierra d’Atapuerca, en Espagne. Mais la caune de l’Arago – c’est le nom de la cavité de Tautavel – fait toujours et régulièrement parler d’elle pour ses recherches archéologiques.

En 2015, par exemple, les scientifiques y ont exhumé une incisive inférieure humaine de 560 000 ans lors des fouilles estivales annuelles. Aujourd’hui, c’est un autre fragment qui est mis en lumière. Mercredi, le Centre européen de recherches préhistoriques de Tautavel (CERPT) a en effet annoncé l’identification, dans les réserves archéologiques du musée du site, d’un nouvel os ayant appartenu à un individu du genre Homo. Un micro-bout de fibula (ou péroné), l’os de la partie inférieure de la jambe articulé avec le tibia.

A quoi ressemble ce nouveau fossile humain, le 152e mis au jour à la caune de l’Arago, il y a une vingtaine d’années, à environ 7 ou 8 mètres de profondeur ? Déjà, «Arago 152» mesure 5 à 6 centimètres, présente des dentelures à son extrémité et, après comparaison, est identique aux six autres fragments de péronés découverts sur le site ces cinquante dernières années.

«Reconstituer le puzzle»

«C’est une pièce osseuse assez rare. Il n’en existe que trois en Afrique, même pas en Asie pour d’aussi vieux fossiles humains, commente auprès de Libération le géorarchéologue du musée de l’Homme, Christian Perrenoud, directeur des fouilles de Tautavel depuis 2016. Mais on est sûr que c’est de l’homme. Il nous manque un petit morceau pour le raccorder à un autre élément humain trouvé sur le même mètre carré, “Arago 104”, un fragment de péroné gauche ayant probablement appartenu au même individu.»

Les scientifiques le datent indirectement à partir de la datation de restes d’animaux sur la même couche stratigraphique. Néanmoins, il leur a fallu réexaminer de près ce fossile pour déterminer son origine, en l’occurrence humaine, compte tenu de la diversité et du très grand nombre de restes de faune (chevaux, mouflons, cerfs, etc.) préhistorique exhumés dans la cavité.

«Notre paléontologue Agnès Testu s’est tout de suite aperçue qu’il ne s’agissait ni d’un os d’herbivore ni d’un os de carnivore, et notre paléoanthropologue Tony Chevalier, en comparant son anatomie avec d’autres restes, a été catégorique, même si c’est plus difficile de rattacher un os à une espèce sans surface articulaire, poursuit Christian Perrenoud. Mais il en faut plus pour reconstituer le puzzle et avoir des informations sur la mobilité de ces hommes.»

1,65 mètre, trapu et la mâchoire fuyante

Car l’identité, disons le portrait-robot, de l’homme de Tautavel est encore très fragmentaire. «C’était un homme assez trapu, pas très grand d’après l’étude des péronés, 1,65 mètre environ, mais costaud, très large de bassin. Il avait le front et la mâchoire fuyantes, pas de menton et un grand bourrelet au-dessus des yeux. Sa capacité crânienne était faible mais rentre dans la variabilité actuelle pour le genre Homo», décrit le géoarchéologue. En l’absence d’ADN fossile, impossible, enfin, de le rattacher catégoriquement à une espèce à part entière, bien que les restes de Tautavel aient longtemps été attribués à Homo heidelbergensis, du nom de fossiles découverts dans une carrière de Mauer, en 1907, dans le Bade-Wurtemberg (Allemagne).

D’ailleurs, les classifications ont été bouleversées et complexifiées ces vingt dernières années, au fil des découvertes. «Des cinq mandibules de la caune, aucune n’est proche de la morphologie de celle d’Homo heidelbergensis, conclut Christian Perrenoud. [La paléoanthropologue] Marie-Antoinette de Lumley parle d’un Homo erectus évolué. On peut dire que c’est du prénéandertalien. Mais est-ce qu’il s’agit d’un ancêtre des Néandertaliens, c’est un autre débat…» La grotte de Tautavel, elle, a semble-t-il encore de nombreux secrets à livrer.

Source : Libération du 18/03/2021

jeudi 11 juillet 2019

Le premier «Homo sapiens» d’Europe était-il grec ?

Un fragment de crâne daté de 210 000 ans trouvé dans une grotte du Péloponnèse en 1976 aurait appartenu à un représentant de notre espèce. Mais cette interprétation est controversée

Plus de quarante ans après sa découverte, un bout de crâne humain trouvé dans une grotte du Péloponnèse parle enfin. Mais ses «traducteurs», les paléoanthropologues, rapportent des propos contradictoires. Pour l’équipe de Katerina Harvati (universités de Tübingen et d’Athènes), qui le décrit dans la revue Nature du 11 juillet, il s’agirait du premier représentant en Europe de notre espèce, un Homo sapiens daté de 210 000 ans. Henry de Lumley (Institut de paléontologie humaine), coauteur d’une monographie sur le fossile publiée début juin par CNRS Editions, y voit quant à lui «un prénéandertalien jeune». Comme souvent en paléoanthropologie, le temps finira par imposer une vérité. Mais pour l’heure, chaque camp semble sûr de son fait.

Revenons-en donc au fossile lui-même. Ou plutôt aux fossiles, car la grotte a livré deux crânes. Du premier, baptisé Apidima 1, ne subsiste qu’une partie de la calotte postérieure gauche, mais rien de la face avant. L’autre, Apidima 2, offre une mosaïque assez complète mais très déformée du visage, tandis que la partie postérieure fait défaut.

Apidima 1 a été repéré en 1976 par un archéologue amateur, Andreas Andreikos, qui a deviné sur la paroi d’une grotte uniquement accessible par la mer, à 4 mètres au-dessus des flots, ce qui évoquait la coupe d’un crâne humain tronqué par l’érosion. En 1978, Theodoros Pitsios, professeur de l’Université d’Athènes, confirme sur place cette intuition. L’année suivante, Andreas Andreikos repère à 15 cm seulement à droite du premier crâne un second fossile, Apidima 2, lui aussi pris en masse dans la roche. Theodoros Pitsios procède à l’extraction du bloc contenant les deux fossiles, qui en seront patiemment extraits et donneront lieu à une série de publications plus ou moins confidentielles.

Chikayas académiques

Pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps pour aboutir à des descriptions plus complètes? Lors d’une conférence de presse téléphonique organisée par Nature, lundi 8 juillet, Katerina Harvati a indiqué «qu’il n’était pas facile de nettoyer ces spécimens de la roche qui les entourait et qu’étant donné les déformations qu’ils ont subies, ils étaient difficiles à interpréter».

De fait, dès 1999, la paléoanthropologue avait suggéré qu’il pouvait s’agir d’Homo heidelbergensis, puis dix ans plus tard, une nouvelle analyse la faisait hésiter avec Néandertal. A partir de 2012, l’équipe de Henry de Lumley a été conviée par Theodoros Pitsios à étudier les deux crânes. Une double expertise parallèle due à ces chikayas académiques dont la paléontologie a le secret, laisse entendre Henry de Lumley.

A droite, crâne partiel du fossile grec Apidima 1, et sa reconstitution vue de derrière (milieu) et de côté (à droite), montrant une forme arrondie typique de notre espèce, «Homo sapiens»

La première datation directe à l’uranium/thorium, effectuée en 2010, a porté sur un fragment d’os d’Apidima 2, et a abouti à la proposition d’une date minimum de 160 000 ans. A cette époque plus froide, le niveau de la mer était bien inférieur et la cavité accessible depuis la plaine en contrebas.

L’article de Nature fait état de nouvelles datations, réalisées par le même spécialiste, Rainer Grün (Griffith University, Australie). En moyenne, elles donnent une date centrée sur 210 000 ans pour Apidima 1 et 170 000 ans pour Apidima 2. Pour le premier crâne cependant, les datations présentent une très large dispersion, entre 50 000 et 350 000 ans. «Mon interprétation pour les dates bien plus récentes est qu’elles proviennent d’un apport ultérieur d’uranium dans la roche», indique le chercheur allemand, qui se défend d’«avoir rien laissé sous le tapis» à ce sujet.

Coïncidence extraordinaire

Nous voici donc face à deux crânes qui, coïncidence extraordinaire, se seraient retrouvés dans la même anfractuosité d’une grotte à 40 000 ans d’intervalle, puis fossilisés dans des sédiments. Autre conclusion inattendue, ils correspondraient à deux espèces distinctes, le plus ancien, Apidima 1, appartenant en outre à celle qui est apparue le plus récemment, Homo sapiens, quand Apidima 2 est attribué à un néandertalien.

Le distingo entre les deux crânes repose sur l’analyse de la courbure de l’arrière d’Apidima 1. Il est globulaire, alors que celui des néandertaliens présente généralement une sorte de chignon osseux. Pour Katerina Harvati, «Apidima 1 ne présente aucune des caractéristiques typiques des néandertaliens, ou de celles associées à des prénéandertaliens. Mais il montre un profil très arrondi à l’arrière du crâne, un caractère qui apparaît avec les humains modernes.»

Henry de Lumley ne partage pas cette analyse. Dans la monographie qu’il cosigne, les deux crânes sont présentés comme étant deux individus d’une même espèce: «Nous les considérons comme des Homo erectus évolués en voie de néandertalisation.» L’équipe franco-grecque y publie même un dessin où l’on voit un humain archaïque ceint d’une peau de bête déposer au fond d’une grotte deux crânes accompagnés de trois galets, le tout évoquant «un dépôt rituel».

C’est peu dire que cette version de l’histoire n’impressionne guère Katerina Harvati. «L’équipe de Lumley s’est concentrée sur Apidima 2 et a présumé qu’Apidima 1 était de la même espèce car ils avaient été trouvés ensemble. Notre étude plus complète montre qu’ils n’étaient ni du même âge ni de la même espèce. Concernant le comportement rituel, leur interprétation me paraît datée. Il faudrait d’abord exclure des processus naturels qui auraient pu réunir les deux crânes. Le fait que 40 000 ans les séparent interdit qu’ils aient pu être enterrés ensemble.» Henry de Lumley reste imperturbable: «Les datations, vous savez, il faut en prendre et en laisser…»

Vraiment, un sapiens ?

Dans l’hypothèse où Apidima 1 serait bien un sapiens de 210 000 ans, cela en ferait le plus ancien représentant de notre espèce en Europe, arrivé là 160 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait jusqu’alors. Un scénario pas totalement incongru. Le fossile le plus ancien d’un sapiens a été retrouvé au Maroc à Djebel Irhoud et daté de 315 000 ans, et on a aussi découvert un sapiens d’au moins 177 000 ans en Israël à Misliya (Mont Carmel).

Avant cela, il y a eu plusieurs sorties d’Afrique, rappelle Eric Delson (Muséum national d’histoire naturelle, New York) dans un commentaire publié dans Nature: Homo erectus il y a environ 2 millions d’années, puis les ancêtres des néandertaliens il y a 800 000 ans. Plus récemment, écrit-il, le Levant a vu passer puis refluer des populations évoquant néandertaliens et hommes modernes: «Ces anciens fossiles eurasiens semblent représenter ce qu’on pourrait appeler des dispersions ratées hors d’Afrique: ils ont rejoint le Proche-Orient ou le sud-est de l’Europe, mais n’y ont pas persisté.»

Cette vision est séduisante, «peut-être même juste», convient le paléoanthropologue Antoine Balzeau, du Museum national français d’histoire naturelle à Paris, mais elle lui semble prématurée: «Avant d’évoquer ces migrations, assurons-nous qu’Apidima 1 est bien un sapiens.»

Pour lui, la démonstration est incomplète. L’article de Nature, «contrairement à son titre, très affirmatif, évoque une ressemblance avec sapiens, fondée sur un seul caractère morphologique. Seules les vues qui supportent cette hypothèse sont montrées, la documentation présentée est insuffisante pour se faire une idée.» Même s’il qualifie l’étude de «solide», son collègue Florent Détroit note qu’Apidima 1 est «tout de même extrêmement reconstruit» pour être intégré aux analyses, «sa morphologie H. sapiens est donc peut-être un peu surinterprétée». Au final, regrette Antoine Balzeau, «il est dommageable pour notre discipline que les critères scientifiques de ce journal [Nature] soient ainsi revus à la baisse.»

Source : Le Temps du 10/07/2019

vendredi 31 juillet 2015

Une dent trouvée à Tautavel devient «le plus vieux reste humain de France»

DÉCOUVERTE Ce vestige humain, âgé de 550 000 ans, est bien plus vieux que les os et crânes humains déjà découverts dans cette grotte des Pyrénées-Orientales.


C’est par un tweet que le musée de Tautavel a annoncé la nouvelle hier : «Découverte. Une dent de 550 000 ans, le plus vieux reste humain trouvé en France.» Ce vestige absolument exceptionnel a été mis au jour dans la Caune de l’Arago, site archéologique situé aux environs de Perpignan (Pyrénées-Orientales).

Les fouilles ont commencé dans les années 1960 à la grotte de Tautavel, qui surplombe les gorges du Verdouble. Juste au-dessus de la rivière, proche d’un gué où passaient de délicieux herbivores, c’était un abri de rêve pour les chasseurs-cueilleurs du Pléistocène moyen, période de la préhistoire courant entre -781 000 ans et -126 000 ans.

Plus spécifiquement, l’homme préhistorique qui habitait la grotte il y a 300 000 à 450 000 ans a été nommé «homme de Tautavel» après la découverte par l’archéologue Henry de Lumley et son équipe de dizaines de fragments fossiles, provenant notamment de crânes. La star des restes humains porte le surnom d’Arago 21 : c’est un crâne remarquablement complet, sorti en 1971 et complété en 1979 par un os pariétal qui s’y emboîtait à la perfection, comme dans un puzzle. A l’époque de leur découverte, ils marquaient à -450 000 ans les plus anciennes preuves d’une présence d’hominidés en France.



La Caune de l’Arago est toujours fouillée chaque été. Outre des kilos de restes d’animaux des climats froids et des outils en pierre, les travaux de ces dernières années ont permis de mettre au jour des mandibules humaines (os de la mâchoire inférieure), un humérus, un fémur et un péroné, puis une incisive l’an dernier… Les trouvailles dépendent de la strate fouillée. Principe de base en archéologie : plus c’est profond, plus c’est vieux.

«Cette année, les niveaux les plus anciens en cours de fouille correspondent à une période froide, sèche, ventée, d’environ 560 000 ans», explique le site de Tautavel dans un communiqué. A cette époque, «les chasseurs acheuléens ont abandonné dans la grotte les restes de leurs repas : chevaux, rennes, bisons, rhinocéros, mouflons… Ces niveaux d’occupation sont jonchés d’ossements d’animaux désarticulés, fracturés et de pierres taillées utilisées sur place. Or, jeudi, c’est une dent humaine qui est apparue parmi ces vestiges.»

D’un âge estimé à 560 000 ans, elle est donc 100 000 ans plus vieille que les premières traces de l’homme de Tautavel dont on disposait. D’où le caractère exceptionnel de sa découverte. C’est une incisive inférieure centrale, provenant d’un corps d’adulte, bien usée. «Cette dent permettra aux chercheurs, via l’étude des caractères internes par imagerie 3D entre autres, de mieux caractériser la morphologie des premiers européens», précise-t-on à Tautavel. Sur place, les fouilleurs bénévoles espèrent bien dégager d’autres fossiles du même type cachés derrière la dent. L’excitation est à son comble.

Source : Libération du 28/07/2015

mardi 28 juillet 2015

Une dent humaine de 550.000 ans à Tautavel

Sur le site préhistorique de la Caune de l'Arago, près de Perpignan, on a trouvé une dent humaine 100.000 ans plus vieille que l'Homme de Tautavel !

TAUTAVEL. Une dent humaine vieille de 550.000 ans a été découverte sur le célèbre site préhistorique de Tautavel, une grotte perchée au-dessus des gorges du Verdouble, non loin de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales. Si son âge était confirmé, elle deviendrait un des plus vieux fossiles humains trouvé en France avec une canine du même âge, seul autre vestige de même époque retrouvé dans l’aven de Vergranne, dans le Doubs.

La Caune (grotte en Catalan) de l’Arago où a été trouvée cette précieuse "incisive centrale inférieure", est un gisement exceptionnel, puisque depuis près d’un demi-siècle y ont été mis au jour des milliers de vestiges datés de 80.000 à 550.000 ans. Cette dent constitue d’ailleurs le 149e reste d’hominidé découvert dans la cavité occupée pendant plus de 600 000 ans, soit une grande partie du Pleistocène moyen (781.000 à 126.000 ans). Parmi la centaine de vestiges humains exhumés depuis 1971 par le préhistorien Henry de Lumley et son équipe, se trouvait surtout un crâne. Celui de l’Homme de Tautavel (450.000 ans), témoins des plus anciennes présences d’hominidés en France (Prénéandertaliens ou Homo heidelbergensis). Cette dent humaine d’adulte (plus vieille de 100.000 ans que l’illustre crâne), se trouvait dans des niveaux riches en restes fossiles d’espèces adaptées aux périodes froides (bison, bœuf musqué, ou cheval etc.). La campagne de fouilles bat actuellement son plein et pourrait bien réserver d’autres surprises.

Source : Sciences et Avenir du 28/07/2015

mercredi 28 janvier 2015

La longue marche de Sapiens: ce que nous apprend la génétique

Depuis deux décennies, la génétique a bouleversé nos connaissances sur l'apparition et le peuplement de l'espèce Homo. En cinq questions clefs, voici ce qu'elle nous apprend.

1. Le scénario des origines


Jusqu'à présent, deux théories à propos de l'apparition de l'homme moderne s'opposaient. La première, dite "multirégionaliste", soutient que les populations ancestrales auraient quitté l'Afrique voilà 2 millions d'années, engendrant simultanément diverses espèces locales comme Homo neanderthalensis en Europe ou Homo erectus. Toutes auraient évolué de façons différentes avant de donner naissance à Homo sapiens sapiens. La seconde, dite "Out of Africa", se situant il y a environ 200 000 ans, affirme qu'une seule et même espèce (la nôtre) serait apparue en Afrique, avant de migrer dans le reste du monde en supplantant toutes les autres sans se mélanger.

"Le modèle multirégionaliste a été abandonné, tranche Henry de Lumley, directeur de l'Institut de paléontologie humain de Paris, car il souffrait d'une faiblesse originelle. Comment voulez-vous que des êtres aussi différents que Neandertal et Homo heidelbergensis, que nous avons trouvé à Tautavel, aient abouti à une seule espèce, Homo sapiens?"

Pour autant, la théorie "Out of Africa" ne l'a pas définitivement emporté. Disons que la génétique l'a d'abord amendée, puis complexifiée. En 1987, des travaux sur l'ADN mitochondrial (transmis par les femmes) confirment effectivement l'origine africaine de l'homme, et laisse entendre qu'il existe un berceau géographique commun à l'humanité (on parle alors de jardin d'Eden) ainsi qu'un ancêtre commun.

Mais d'autres études (portant notamment sur le chromosome Y) ont, depuis, montré qu'un "Sapiens archaïque" a vraisemblablement essaimé un peu partout sur le continent africain avant de partir à la conquête du monde. "Il n'y a pas eu une sortie d'Afrique, mais plusieurs, et à des époques différentes", précise Gaspard Guipert, chercheur associé au Centre européen de recherche et d'enseignement de géosciences de l'environnement (Cerege), à Aix-en-Provence.

Des résultats confirmés par le séquençage du génome humain, achevé en 2003, qui a montré que toutes les "lignées se branchent bien sur le rameau africain", ajoute Jean-Jacques Hublin, directeur du département de l'évolution humaine de l'Insti tut Max-Planck, à Leipzig (Allemagne). Avant de préciser que la biologie moléculaire conforte aussi le mouvement migratoire: "Les chercheurs ont clairement montré que plus les populations se trouvent géographiquement loin de l'Afrique et moins elles ont de diversité génétique." D'où des phénomènes extrêmes dans les contrées les plus reculées, comme le nanisme insulaire, dont a été victime l'homme de Flores, découvert en 2003, et dont les restes, datés autour de -18000 ans, en faisaient un descendant direct d'Homo erectus.

2. La longue migration

Depuis l'Afrique, quelles routes nos ancêtres ont-ils pu emprunter ? Le couloir du Levant reste le plus souvent évoqué, avec la Turquie et le contournement de la mer Noire en direction de l'Europe et de l'Asie. "Chez nous, les premières traces du genre Homo remontent à entre -1,6 et -1,8 million d'années dans le bassin de Nihewan (nord-est de la Chine), où une dizaine de sites fossilifères ont été identifiés", explique Shen Guanjun, de l'université de Nankin. D'autres ossements exhumés ces dernières années, notamment à Damnisi (Géorgie), où a été découvert le plus ancien Européen, vont aussi dans ce sens.

Mais, si l'on se positionne autour de -2 millions d'années (période de glaciation, avec un niveau des mers plus bas), différentes voies ont pu être utilisées : celle qui va de la Tunisie au sud de l'Italie, celle qui passe par le Bosphore ou bien le détroit de Gibraltar. Des déplacements de populations liés non pas simplement à l'esprit aven tureux des premiers hommes modernes, mais à la contrainte climatique et à l'abondance du gibier.

Les mouvements de migration plus tardifs, qui amènent Homo sapiens à conquérir le monde entre -150 000 et -45 000 ans, sont mieux connus. La géné tique a même permis de trancher un débat ancien : le peuplement de l'Amérique. Celui-ci semble bien d'origine asiatique (nombre de gènes sont communs avec ceux des Sibériens) et se déroule via le détroit de Béring (par voie terrestre ou maritime). En Europe, cette expansion ne se fait pas sans difficulté. L'équipe de l'Institut Max-Planck, à Leipzig, a publié au mois d'octobre 2014, dans la revue Nature, les résultats d'une étude du génome d'un fémur trouvé près d'Ust'-Ichim, en Sibérie occidentale.

Contrairement aux premières investigations, la datation au carbone 14 révèle qu'il s'agit bien d'un individu Homo sapiens et non d'un néandertalien dont le décès date d'il y a 45000 ans, ce qui en fait le plus ancien représentant de notre espèce jamais trouvé hors de l'Afrique et du Proche-Orient. Surtout, en comparant ce génome avec ceux qu'ils avaient à leur disposition, les chercheurs font de l'homme d'Ust'-Ichim un gaillard plus proche des non-Africains que des Africains et plus lié aux Européens anciens qu'aux Asiatiques. Pour les paléontologues, cette découverte apporte la preuve irréfutable que la lignée de Sapiens non-africains provient d'un groupe qui a quitté son continent il y a 60 000 ans, donc plus tôt que ce qu'ils croyaient jusque-là. Des individus modernes qui ont trouvé en face d'eux une espèce plus ancienne et plus forte, Homo neanderthalensis.

3. Neandertal réhabilité

S'il en est un dont l'image a totalement été révisée grâce à la biologie moléculaire, c'est bien l'homme de Neandertal, qui doit son nom à la vallée de Neander, près de Düsseldorf (Allemagne), où fut découvert le premier individu, en 1856. A l'époque, vu ses caractéristiques -arrière-crâne développé, bourrelets suborbitaux protubérants et silhouette robuste-, les chercheurs le prennent pour... un ours. D'où l'image de balourd qu'il se traîne au XIXe, puis au XXe siècle. "Trapu, petit, sans menton, avec une visière de casque au-dessus des yeux, il a longtemps été considéré comme un être inférieur", regrette Marylène Patou-Mathis, chercheuse au CNRS, qui connaît Neandertalmieux que personne et oeuvre à sa réhabilitation.

Cette réputation ne s'arrange guère avec la découverte, plus tard, de l'homme de Cro-Magnon, cet être gracile au port altier. Un Sapiens qui en impose, avec ses manières, puisqu'il invente le principe des sépultures et pratique l'art et la chasse. Pourtant, en un peu plus d'une décennie, notre cousin Neandertal a regagné un à un ses galons de "moderne". D'abord, lui aussi travaille avec des outils élaborés. Mieux, il a inventé une technique de coupe dite "Levallois", qui réclame certaines capacités cognitives. Lui aussi enterre ses morts, et ce, dès -80000 ans, démontrant ainsi son sens de l'empathie et le développement de pensées métaphysiques. Lui aussi utilise certaines plantes médicinales, comme le prouvent des restes de pollen trouvés dans ses tombes. Lui aussi chasse, jusqu'à élaborer des stratégies d'encerclement du gibier. Lui aussi a développé l'art de la parure (bijoux, tatouages, coiffure). Lui aussi, à l'instar d'un Kandinsky ou d'un Kupka, au XXe siècle, était maître en art abstrait, comme l'a révélé une gravure découverte en septembre 2014 dans la grotte de Gorham (Gibraltar), située à flanc de falaise, devant la mer Méditerranée.

Pour les spécialistes anglais, espagnols et français (CNRS-université de Bordeaux), auteurs de l'article publié dans la revue PNAS, ces lignes horizontales et verticales creusées dans la paroi, voilà 39 000 ans, servaient à marquer l'espace d'habitation. Elles caractérisent un geste technique sans lien avec un but matériel immédiat que l'on croyait être l'apanage de l'homme moderne. Enfin, les généticiens ont montré qu'Homo neanderthalensis utilisait une forme de langage (gène FOXP-2). Et que sa peau était moins basanée que ce que l'on croyait jusqu'ici. "Difficile, à la lumière des découvertes récentes, de ne pas faire de Neandertal l'égal de Sapiens, conclut Marylène Patou-Mathis. Je pense même qu'il a aidé ce dernier à découvrir le territoire européen qui était pour lui une terra incognita."

4. Y a-t-il eu hybridation entre Homo sapiens et d'autres espèces ?

La question est longtemps restée une des énigmes majeures de la paléontologie : en comparant crânes et ossements, les chercheurs n'ont jamais pu conclure à l'existence d'une espèce intermédiaire. Souvent trompés par une prétendue supériorité de l'homme moderne, nombre d'entre eux estimaient que Sapiens n'aurait pas pu fricoter avec son cousin.

Et l'absence de gisement fossilifère où l'on aurait pu trouver les deux espèces a longtemps entretenu l'idée d'une impossible hybridation. Mais ce serait oublier un peu vite que ces deux populations cohabitèrent durant près de 12 000 ans ! Aujourd'hui, la science prouve qu'il y a bien eu métis sage, puisque le génome de Neandertal, décrypté en 2010 par l'Institut Max-Planck, montre que nous avons tous en nous quelque chose de lui : Européens et Asiatiques possèdent de 1 à 4% de ses gènes ! Toutefois, ces croisements sont restés plus que restreints.

Et pour cause ! Nombre de clans de Sapiens et de Neanderthalensis ont tout à fait pu ne jamais se rencontrer, notamment en Europe. D'autant qu'ils ne représentaient que quelques dizaines de milliers d'individus éparpillés sur de grands espaces. D'autres ont pu s'apercevoir, tout en restant à distance, selon une technique d'évitement somme toute compréhensible. Enfin, une poignée d'entre eux ont fini par se mêler, il y a 70 000 ou 80 000 ans.

5. Pourquoi Sapiens s'est-il retrouvé seul sur Terre ?

D'abord parce qu'à son époque il avait peu de concurrents : le genre Homo comptait un nombre infime de branches. Outre Sapiens, il y a donc Neandertal et l'homme de Flores, disparu de la surface de son île, peut-être à la suite d'une éruption volcanique. A moins que celui que les médias ont affectueusement surnommé le "Hobbit", en référence au Seigneur des anneaux, ne fût né avec le syndrome de Down (trisomie 21) comme le suggèrent les Drs Henneberg et Eckhardt dans une étude scientifique parue au mois d'août 2014. Reste, enfin, une espèce inédite, les dénisoviens, définie en mars 2010 par les généticiens. Cette fois, non grâce à un crâne, mais à partir d'une étude d'ADN, puisque l'individu se résume à un seul... fragment d'auriculaire, trouvé par les Russes dans la région de l'Altaï.

Les paléogénéticiens de l'Institut Max-Planck, toujours eux, ont révélé que cet Homo, vieux de 40000 ans, ne ressemblait à aucun autre. Mais, faute d'ossements supplémentaires, l'homme de Denisova reste bien mystérieux. Difficile, donc, de lancer des hypothèses sur les causes de sa disparition, alors que l'affaire semble un peu plus simple en ce qui concerne Neandertal.

Du moins sur le papier, car paléo-anthropologues et généticiens ont apporté des explications pas toujours convaincantes. La plus ancienne voudrait que le gros balourd eût été trop stupide pour s'habituer aux changements climatiques. Un argument qui manque indubitablement de fond, d'autant que lui vécut plus de 300000 ans, soit, à l'heure actuelle, au moins 100 000 de plus que nous... Pas sûr, donc, que nous ayons des leçons d'adaptabilité à lui donner ! L'idée d'une pandémie a aussi été avancée dans la revue Current Biology à la fin de l'année 2013 montrant notamment que notre ADN contient des virus qui étaient communs à nos espèces.

"L'une des deux n'y aurait pas survécu", explique Marylène Patou-Mathis. Sans y croire vraiment : "Cela peut s'entendre sur des aires géographiques limitées, mais pas à grande échelle." Restent les thèses, assez hasardeuses, d'un régime insuffisamment diversifié et d'une extermination massive par des hordes d' "Attila-Sapiens" -sauf qu'il n'existe aucune trace de massacre. Ou encore l'idée selon laquelle une dilution génétique aurait conduit notre lointain cousin à se fondre avec la branche Homo sapiens.

La réponse pourrait être plus prosaïque et se réduire à un problème démographique : les dernières études génétiques montrent un goulet d'étranglement autour de - 60 000 ans, avec une forte baisse de la natalité et une mortalité féminine importante. D'ailleurs, à ce jour, peu de squelettes de néandertaliennes âgées ont été exhumés. La lignée se serait donc éteinte progressivement, ses dernières traces datant d'entre -40000 ans et -28000.

"Peut-être était-il trop conservateur, suggère aussi la chercheuse. Et, lorsqu'il a fallu s'adapter, il a pu manquer de sens de l'innovation et ne pas savoir se projeter dans l'avenir." La leçon vaut pour toutes les espèces humaines, d'hier et d'aujourd'hui.

Source : L'Express du 18/01/2015

mardi 24 juin 2014

Préhistoire : le trésor de Tautavel

Objet de fouilles systématiques depuis cinquante ans, la grotte de Tautavel, dans le Roussillon, éclaire plus d’un demi-million d’années d’évolution du genre humain.

Une horde de savants a envahi ce week-end le paisible village de Tautavel­, dans le Roussillon. Quelque 80 paléontologues, parmi les plus éminents de leur discipline, ont afflué de toute la planète à l’invitation des époux Henry et Marie-Antoinette de Lumley pour y débattre, à partir d’aujourd’hui et durant cinq jours, des « hominidés du Pliocène et du Pléistocène inférieur et moyen dans le monde ». Tel est l’intitulé officiel du colloque organisé pour célébrer le cinquantième anniversaire de l’ouverture du chantier de la Caune de l’Arago, cette grotte escarpée située sur le territoire de la petite commune et qui n’a pas cessé d’être fouillée par les paléontologues depuis 1964. « Ce colloque exceptionnel sera l’occasion de repenser l’arbre généalogique de l’humanité depuis Toumaï à la lumière des plus récentes découvertes », se réjouit d’avance Henry de Lumley, professeur au Muséum d’histoire naturelle et directeur de l’Institut de paléontologie humaine de Paris.En cinq décennies de fouilles systématiques, la Caune de l’Arago, dont les strates de sédiments superposées s’étalent dans le temps de 700.000 ans à 100.000 ans avant le présent, a livré aux spécialistes de la lignée humaine de nombreux trésors. A commencer par le fameux crâne de l’Homme de Tautavel, datant de 450.000 ans et découvert par les époux de Lumley le 22 juillet 1971, sept ans après le début des fouilles. En tout, celles-ci ont permis de mettre au jour 147 restes humains fossiles, mais aussi plus de 60.000 objets tels que des ossements de faune et des outils lithiques, dont de très nombreux bifaces. Le plus beau du lot, surnommé « Durandal », est un véritable couteau de pierre long de 36 centimètres et taillé dans de la cornéenne (une variété de schiste argenté), à la symétrie parfaite.

Sens de l’harmonie

Outils caractéristiques de la culture dite « acheuléenne », les premiers bifaces remontent à 1,7 million d’années en Afrique mais seulement 600.000 ans en Europe. Leur apparition marque le moment charnière où l’homme, de charognard qu’il était, devient chasseur. Il cesse de disputer les carcasses aux hyènes géantes et se met à organiser de grandes chasses communes au cours desquelles sont abattues des bêtes aussi puissantes que le bison ou (pendant les périodes froides) le renne. « C’est parce que l’homme est devenu chasseur qu’il s’est mis à fabriquer des bifaces, note Henry de Lumley. Les grossiers “choppers” utilisés jusque-là étaient tout juste bons à désarticuler les carcasses, et les petits éclats de silex à racler les lambeaux de viande attachés à l’os. Le biface, lui, permet de tuer, dépecer et mettre en quartiers les animaux. » Un changement de mode de vie qui va donner un formidable coup d’accélérateur à l’évolution anatomique de l’homme. « L’accès aux entrailles et aux viscères de leurs proies, rendu possible par le biface, fournit aux hommes un apport accru de vitamines qui va se traduire par une ossature plus robuste », précise Marie-Antoinette de Lumley, médecin de formation.Mais surtout, par la belle couleur de leur pierre, et plus encore par la double symétrie à la fois bifaciale et bilatérale qui les caractérise, ces outils témoignent du sens de l’harmonie et du souci esthétique qui étaient déjà ceux des hommes il y a 600.000 ans. Il est vrai que, si l’on sort de la Caune de l’Arago pour s’aventurer sur d’autres sites, en Afrique par exemple, on trouve des témoignages encore plus anciens d’un tel ordre de préoccupations. Ainsi de ces « bolas », des boules de pierre parfaitement rondes, datant pour certaines de 2 millions d’années. « Ce sont les plus anciens symboles connus que se soit donnés l’humanité, explique Henry de Lumley. On ignore à quoi ils correspondaient. Ce qui est sûr, c’est que le façonnage de sphères aussi parfaites dans des roches aussi dures que le quartzite devait nécessiter des centaines d’heures de travail », souligne Henry de Lumley. Autre étape majeure dans la marche de l’humanité : la domestication du feu. Là encore, ce moment crucial de notre lointain passé se lit dans la Caune de l’Arago comme dans un livre. « Dans les couches de sédiments plus anciennes que 400.000 ans, on ne voit nulle trace de foyers, tandis qu’elles sont présentes dans les couches supérieures », poursuit Henry de Lumley. Cette date coïncide d’ailleurs avec celle du campement de chasseurs de Terra Amata que ce même paléontologue a mis au jour en 1966 à Nice et qui présentait des traces de foyers.

Hominisation sociale et culturelle

La domestication du feu va entraîner son lot de bouleversements. Le recul des para­sitoses que les hommes contractaient en mangeant de la viande crue fait progresser l’espérance de vie : avant 400.000 ans, il était rare qu’un être humain dépasse l’âge de 25-30 ans ; après, on voit apparaître de plus en plus de fossiles de « vieillards » de 40, voire 50 ans ! Mais la maîtrise du feu, comme le biface qui l’a précédée, se traduit aussi en termes morphologiques. « Le puissant appareil masticateur nécessaire à ceux qui ne consom­maient que de la viande crue va peu à peu s’alléger, les dents devenir moins robustes, et la forme du crâne s’en trouver modifiée », relève Marie-Antoinette de Lumley. Dernière conséquence, mais non la moindre : le feu va constituer un formidable facteur d’hominisation – sur le plan social et culturel – de l’homme. C’est autour des foyers que s’affermissent les liens familiaux, que s’élaborent les premiers mythes, que se constituent les premières identités culturelles. Des mythes à la religion, il n’y a qu’un pas. L’Homme de Tautavel n’enterrait pas ses morts : il faudra attendre pour cela son successeur plus évolué (car doté d’une capacité crânienne supérieure, comparable à celle de l’homme moderne), Néandertal. Mais on a retrouvé à la sierra d’Atapuerca, en Espagne, un aven (gouffre naturel) dans lequel furent précipités une trentaine de défunts datant de 300.000 ans. Un beau biface avait été même jeté parmi les morts – c’est la plus ancienne offrande funéraire connue.Et notre Homme de Tautavel d’il y a 450.000 ans ? L’étude de ses restes a permis aux époux de Lumley de prouver qu’il avait fait l’objet de cannibalisme rituel, dans lequel n’étaient dévorées que certaines parties bien précises du cadavre, comme la cervelle. « Le cannibalisme rituel, qui a succédé au cannibalisme alimentaire, visait à s’approprier les forces physiques et psychiques du défunt », précise Henry de Lumley. Ce qui, à défaut de la croyance en un au-delà, témoigne déjà d’« un début de questionnement d’ordre non strictement matériel ou utilitaire ».

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0203583593141-prehistoire-le-tresor-de-tautavel-1015506.php?vTojQ3QUugsHSti7.99

Source : Les Echos du 20/06/2014

lundi 21 avril 2014

Au Centre européen de la Préhistoire, Interview d'Henry de Lumley pour le 50ème anniversaire du site de Tautavel

Qu’est-ce qui vous a amené à venir fouiller à Tautavel en 1964 ?

La Caune de l’Arago, autrefois appelée « Caverne à ossements d’Argou », a été explorée dès 1828 par Marcel de Serres, Professeur de Minéralogie à l’Université de Montpellier, et Joseph Farines, Pharmacien à Perpignan. Ils y avaient découvert des ossements de faunes disparues, appelées alors antédiluviennes, associées à de gros galets.

La Préhistoire en étant à ses débuts, la Caune de l’Arago fut alors oubliée jusqu’à ce que des amateurs dans les années 1950, y récoltent en surface quelques outils lithiques.

C’est au mois de mars 1964, dans le cadre d’une étude systématique des sites paléolithiques au Sud-Est de la France, qu’alors jeune chercheur au CNRS, je vins visiter la grotte. J’ai constaté que cette caverne contenait un important dépôt de sédiments quaternaires et que le sol était jonché d’ossements fossiles et d’outils lithiques archaïques mis au jour par l’érosion. J'ai décidé alors d’y ouvrir un grand chantier de fouilles, celui-ci débuta le 1er avril 1964, il y a aujourd’hui 50 ans.

Quelles sont les principales découvertes faites à Tautavel depuis 50 ans ?

Au cours des 50 années de fouilles, conduites sous ma direction avec le concours des chercheurs , venus de nombreux pays, plus de 600 000 pièces archéologiques ont été mises au jour : des ossements de grandes faunes quaternaires, des outils lithiques paléolithiques et 147 restes humains fossiles.

Les 147 restes humains fossiles d’Homo erectus européens découverts sont parmi les plus anciens restes d’hommes fossiles mis au jour en Eurasie, et de loin les plus anciens français. Avec le crâne de l’Homme de Tautavel, découvert en 1971, nous disposons de la seule face complète, d’un Homo erectus européen, plus ancien que 400 000 ans.

Le bilan des recherches multidisciplinaires consacrées à la Caune de l’Arago, placées au Carrefour des sciences de la terre, des sciences de la vie et des sciences de l’Homme, permet de suivre l’évolution de l’Homme pendant 600 000 années: l’histoire de son comportement, de son mode de vie, et son environnement.

Il met en évidence que l’Homme s’est toujours parfaitement adapté à son milieu naturel.

Au bout de 50 ans, avez-vous fait le tour de ce qui peut être appris sur les « Hommes de Tautavel » ?

Seule une partie infime du site a été fouillée jusqu’à présent. Des prospections ont mises en évidence, que cette caverne comprend plusieurs galeries qui sont entièrement comblées.

Dans la zone située à l’entrée de la caverne, qui seule a fait l’objet de fouilles, ce sont les dépôts dont l’âge est compris entre 100 000 et 600 000 ans qui ont été explorés. Nous ne connaissons rien encore sur les plus anciens habitants de la caverne, qui ont occupé le site entre 600 000 et 700 000 ans dont les dépôts sédimentaires n’ont été reconnus que par carottage.

La poursuite des fouilles devrait permettre de découvrir d’autres restes humains plus anciens que ceux connus actuellement et de mieux connaitre leur évolution.

Après avoir passé tant d’années à étudier le passé, comment voyez-vous l’avenir de l’homme, est-ce que la préhistoire donne des clefs pour appréhender le présent et peut être l’avenir ?

Les études préhistoriques mettent bien en évidence que l’Homme fait partie intégrante du milieu naturel et qu’il a su toujours s’adapter parfaitement à son milieu naturel malgré les changements incessants des environnements, des climats et des variations de biodiversité.

Il doit prendre en compte qu’il ne pourra jamais s’affranchir de son milieu naturel dans lequel il est intégré, qu’il ne pourra jamais couper les liens qui le rattachent à son environnement et qu’il doit impérativement mettre en place une éthique planétaire capable de protéger son environnement, et d’assurer son avenir.

Quels sont les éléments phare de la célébration du 50ème anniversaire de fouilles de Tautavel ?

Les évènements destinés au grand public:


Conférence d'Hubert REEVES, samedi 26 avril 15H.

« L'Homme au sein de l'Histoire de l'Univers et de la vie ». L’astrophysicien franco-canadien mondialement connu va tenter de répondre, aux grandes questions que l’on peut se poser sur l’univers. Il va notamment décortiquer les grandes découvertes d’hier et d’aujourd’hui.

Présentation de l’ouvrage : « Mémoires de préhistoriens. L’extraordinaire aventure de la Préhistoire. Les Hommes, les outils, les cultures », par Henry et Marie-Antoinette de Lumley, Éditions Odile Jacob.
Exposition de photographies, "450000 ans à Tautavel", 21 juin au 14 août.

Du 21 juin au 14 août, dans l'espace Moretti du Palais des Congrès de Tautavel, présentation d'une exposition de photographies artistiques de Claire ARTEMYZ inspirées par la préhistoire à Tautavel.

L'été à Tautavel, la Préhistoire en Fêtes.

Tout au long de l’été le village autour du musée vit au rythme de la préhistoire. Tous les après-midis, des animations préhistoriques sont proposées aux visiteurs sans supplément de prix.

50ème anniversaire des fouilles, les archéologues du centre de recherches proposent les 23èmes «Conférences de Tautavel» du 21 au 26 juillet, « Les Grands sujets de notre Temps ». Tous les soirs à 21 H en plein air au "Théâtre du millénaire", des scientifiques reconnus mondialement viennent partager leur savoir auprès du public. Gratuit.

L’apothéose du 22 au 23 juillet, "Fêtes de l'Homme de Tautavel", et du 5 au 6 août avec les 23èmes Fêtes de la Préhistoire, les visiteurs peuvent s’initier à différentes techniques préhistoriques (faire du feu, tailler des outils en pierre, faire de la musique, découvrir la cuisine préhistorique…), découvrir des stands scientifiques, des exposants,… Une journée en famille inoubliable !
Si vous le souhaitez obtenir des informations complémentaires sur les événements qui sont organisées dans le cadre de la célébration du cinquantième anniversaire de l’ouverture du grand chantier de fouilles préhistoriques de la Caune de l’Arago vous pouvez prendre contact : Centre Européen de Recherches Préhistoriques de Tautavel, avec Monsieur David ANGELATS - tél : 04 68 38 31 10 et 04 68 29 07 76

Source : Newspress du 16/04/2014

mercredi 31 juillet 2013

Grotte de Tautavel : découverte de nouveaux trésors laissés par nos ancêtres cannibales

9 nouveaux ossements ont été découverts en quelques semaines dans cette grotte des Pyrénées-Orientales.

TRÉSORS. Sept dents isolées, une partie de mandibule, un sacrum et un fémur complet: en l'espace de quelques semaines, la grotte de Tautavel dans les Pyrénées-Orientales a encore livré de précieux trésors archéologiques, synonyme d'un cru 2013 exceptionnel pour les paléontologues.

Ces récentes découvertes portent désormais à 141 le nombre de restes humains découverts dans cette grotte creusée à flanc de montagne, depuis les premiers grattements de spatules des paléontologues Henry et Marie-Antoinette de Lumley en 1964.

"C'est une année extraordinaire. On n'en avait jamais trouvé autant en si peu de temps", s'émerveille le préhistorien, âgé aujourd'hui de 78 ans.

"CAUNE DE L'ARAGO". La richesse de Tautavel est liée en partie à des bouleversements géologiques. En se colmatant pour ne se rouvrir qu'entre 30.000 et 15.000 ans avant notre ère, la cavité a piégé les vestiges et la culture des hommes de -700.000 à -100.000 ans.

En près de 50 ans de fouilles, quelque 360.000 objets ont été exhumés, des outils, fragments d'os humains ou d'animaux. Parmi les plus belles pépites de la grotte, appelée Caune de l'Arago, figure la face d'un crâne vieux de 450.000 ans immortalisé dans les manuels scolaires sous le nom de l'Homme de Tautavel.

Ce 21e fossile humain sorti de cette mine de vestiges en 1971, également nommé Arago XXI, a permis de donner pour la première fois un visage aux plus lointains de nos ancêtres.

Cannibalisme rituel

Bien avant l'homme de Néandertal (135.000 ans), puis notre ancêtre direct Cro-Magnon (35.000 ans), l'Homme de Tautavel ne maîtrisait pas encore le feu mais il taillait ses outils dans la pierre et chassait de grands mammifères dans un périmètre de 30 kilomètres. La grotte lui donnait une vue imprenable sur la vallée, la source d'eau en contrebas et vraisemblablement les animaux qui s'y déplaçaient.

Il pratiquait également un cannibalisme rituel. "Ils ne mangeaient que certaines parties du corps humain car ils avaient de quoi manger. Ils cassaient ensuite les os en morceaux, qu'ils laissaient ici. La caune de l'Arago, c'était en quelque sorte leur table de pique-nique", raconte avec humour la paléo-anthropologue Marie-Antoinette de Lumley.

Pour les chercheurs, la présence d'un fémur quasi entier, sans ses épiphyses (extrémités), au milieu de ce gisement de déchets culinaires, est un butin miraculeux. "Il a fallu attendre 50 ans de recherches pour trouver un os humain qui n'ait pas été fracturé pour en manger la moelle", souligne, encore ébahi, le directeur du chantier de fouilles, Christian Perrenoud.
Galeries non explorées

L'étude de ce nouveau joyau permettra déjà d'en savoir un peu plus sur le sexe, la morphologie et la robustesse de ces individus dévorés par leurs congénères.

Ainsi, l'homo erectus au fémur devait "mesurer près d'1m 70, ce qui est déjà grand pour un homme préhistorique!", révèle Mme de Lumley, directrice de recherche émérite au CNRS.

Encore partiellement en terre, sous un immense échafaudage de planches en bois et de barres métalliques, le précieux fémur sera prochainement photographié, scanné en trois dimensions puis moulé, avant de rejoindre ensuite le coffre-fort du Centre européen de recherche préhistorique.

TRÉSORS. Pour l'heure, l'os préhistorique est jalousement gardé par une armada de fouilleurs bénévoles, principalement des étudiants rattachés à l'université de Perpignan venus d'Europe, du Maghreb et des États-Unis pour racler et épousseter les parcelles encore à déchiffrer.

Et la tâche est encore grande. Aux dires d'Henry de Lumley, le filon n'est pas prêt de s'épuiser. "Nous n'avons fouillé qu'une partie de la grotte et il y a des galeries qui n'ont pas encore été explorées".

Que les futurs fouilleurs se rassurent, "les recherches devraient encore se poursuivre sur plusieurs générations", ajoute le célèbre paléontologue.

Source : Sciences et Avenir du 24/07/2013

samedi 21 juillet 2012

Une mandibule d’homo erectus extraite d’une grotte

La mandibule d’homo erectus européen vieille de 450 000 ans découverte le 6 juillet dans la grotte de Tautavel a été extraite vendredi après-midi du sol après deux semaines d’un travail méticuleux.

« C’est très rare de découvrir des restes dans un tel état de conservation », observe Tony Chevalier, paléoanthropologue à Tautavel, une heure après l’exhumation de cette mâchoire inférieure, comptant encore deux dents et des alvéoles témoignant de la dentition de l’individu.

« Une mandibule ça parle »

Il s’agit d’ossements d’un adulte de 30 à 35 ans, mais il est encore impossible de déterminer son sexe. « La mandibule semble robuste donc on pourrait plutôt tendre vers un homme, mais il va falloir enlever les sédiments pour le déterminer », explique le scientifique à propos du vestige encore enveloppé de terre qui tient dans la paume d’une main.

Cette partie de mâchoire d’homo erectus européen ou homo heidelbergensis est la cinquième découverte sur le site. « C’est fabuleux de trouver une mandibule, parce qu’une mandibule, ça parle », s’est réjoui le scientifique.

80 spectateurs

Selon le Centre européen de recherches préhistoriques de Tautavel, l’étude de ces restes permet de mieux comprendre les variations au sein des populations.

Curieux, scientifiques, touristes… Le dégagement a attiré plus de 80 personnes à l’entrée de la grotte de La Caune de l’Arago, où les chercheurs extraient depuis 1964 des fossiles humains préhistoriques, dont le crâne du premier homme de Tautavel, découvert le 22 juillet 1971 par Henry de Lumley.

Les précédentes mandibules découvertes entre 1969 et 2008 ont appartenu à des hommes et des femmes, adolescents et adultes, dont une femme d’environ 45 ans, un âge avancé pour l’époque. La richesse de Tautavel est liée en partie à des bouleversements géologiques. En se colmatant pour ne se rouvrir qu’entre 30 000 et 15 000 ans avant notre ère, la cavité a piégé les vestiges et la culture des hommes de -700 000 à -100 000 ans.

lundi 16 juillet 2012

Une cinquième mandibule d'homme préhistorique extraite de la grotte de Tautavel

Les chercheurs qui extraient depuis 1964 des fossiles humains préhistoriques de la grotte de Tautavel (Pyrénées-orientales) viennent de mettre au jour une cinquième mandibule d'homo erectus européen vivant il y a environ 450.000 ans sur ce site exceptionnellement riche en vestiges.

Le Centre européen de recherches préhistoriques de Tautavel (CERP) a annoncé vendredi cette découverte, 41 ans après celle du crâne du premier homme de Tautavel, le 22 juillet 1971, par Henry de Lumley, dans cette grotte de La Caune de l'Arago.

La nouvelle mandibule d'homo erectus européen ou homo heidelbergensis est répertoriée Arago 131 car c'est le 131e reste humain découvert dans ce site.

Elle peut être datée de 450.000 ans comme le crâne découvert en 1971, qui fut baptisé Arago XXI.

La mandibule a été mise au jour le 6 juillet à 11h30 et est encore en cours de dégagement de la couche au sein de laquelle elle a été découverte. Elle devrait être enlevée vendredi 20 juillet, précise le CERP.

La cinquième mandibule appartient à un adulte dont le sexe reste à déterminer, indiquent les chercheurs. Les précédentes ont appartenu à des hommes et des femmes, adolescents et adultes, dont une femme d'environ 45 ans, un âge avancé pour l'époque.

Ces mâchoires ont des caractéristiques anatomiques proches: une branche horizontale basse et très épaisse, des dents robustes.

Ces lointains ancêtres, il y a 20.000 générations, bien avant l'homme de Néandertal (135.000 ans), puis notre ancêtre direct Cro-Magnon, étaient des chasseurs de grands mammifères (chevaux, bisons, cerfs) parcourant un paysage de steppe d'environ 30 km autour de leur caverne. Ils vivaient dans un climat assez froid et extrêmement sec.

Ils taillaient leurs outils dans la pierre et le bois, mais ne maîtrisaient pas le feu avant -400.000 ans.

L'étude de ces fossiles permet d'imaginer un homme au crâne bas, face très large et plate, dénuée des pommettes de l'homme moderne, front fuyant souligné d'un épais bourrelet au-dessus des orbites, nez très large, prognathisme (saillie de la mâchoire vers l'avant) marqué, une capacité crânienne de 1.150 centimètres cubes (1.400 centimètres cubes en moyenne chez l'homme moderne).

Outre le crâne découvert en 1971, les mandibules découvertes sur le site ont été extraites en 1969, 1970, 2001 et 2008. Selon le CERP de Tautavel, l'étude de ces mandibules doit permettre de mieux comprendre les variations au sein de ces populations et de les comparer aux rares autres vestiges anteneandertaliens, la mandibule de Mauer près d'Heidelberg (Allemagne) ou celle de la Sima de los Huesos dans la sierra d'Atapuerca, près de Burgos (Espagne).

L'exceptionnelle richesse de Tautavel est liée en partie à des bouleversements géologiques. En se remplissant sous l'effet des ruissellements et des éboulements, puis en se colmatant pour ne se rouvrir qu'entre 30.000 et 15.000 ans avant notre ère, la cavité a piégé les vestiges et la culture des hommes de -700.000 à -100.000 ans. Elle a aussi figé une chronique de la biodiversité et du climat.

La Caune de l'Arago, "c'est un véritable livre qui nous raconte 600.000 années d'histoire du paysage et d'histoire de l'Homme en Languedoc-Roussillon", déclarait récemment Henry de Lumley. Ses collaborateurs estimaient alors qu'il restait encore pour un siècle de fouilles à réaliser.

Source : Libération du 13/07/2012

lundi 22 août 2011

Découverte exceptionnelle de l’os frontal d’un homme de 170 000 ans dans la grotte du Lazaret

L’os frontal d’un jeune homme de 170 000 ans a été retrouvé dans le sol de la grotte du Lazaret à Nice. Une découverte préhistorique majeure, attendue par les paléontologues français qui fouillent le site depuis 50 ans.

Les restes d’un jeune homme de moins de 25 ans, vieux de 170 000 ans, ont été retrouvés dans la terre de la grotte maritime du Lazaret à Nice. La paléontologue Marie Antoinette de Lumley estime qu’il s’agit d’un chasseur nomade de la Côte d’Azur.

Si aucun squelette entier n’existe de l’Homo Erectus – cet hominidé n’enterrait pas ses morts – cette découverte préhistorique demeure majeure. Car, l’os frontal appartenait à l’un des tout derniers Homo Erectus.

Déterré par des étudiants participants aux fouilles estivales, ce morceau de calcium pourrait dévoiler d’importantes précisions permettant de comprendre l’évolution d’Homo Erectus vers son successeur, l’homme de néandertal.

Pour le moment, l’os frontal s’accroche encore, à l’envers, au sol de la grotte. Il faudra que la terre sèche autour de l’os, avant que celui-ci puisse être délicatement dégagé. “Nous dégageons actuellement un sol extraordinaire”, annonce Henry Lumley, préhistorien qui dirige les fouilles depuis le commencement au 1er septembre 1961. Il devra attendre quelques jours de plus avant de découvrir le haut du visage de cet inconnu.

Source : National Geographic du 19/08/2011

vendredi 19 août 2011

Le front d’un homme de 170.000 ans découvert dans la grotte de Lazaret

C’est dans la grotte du Lazaret, à Nice, qu’émerge peu à peu l’os frontal d’un homme de 170.000 ans. Cette découverte préhistorique est majeure sur ce site fouillé patiemment depuis 50 ans, estiment les spécialistes scientifiques.

Aucun squelette complet de l'Homo erectus n’existe aujourd'hui et n’a pu être retrouvé car à son époque, les sépultures n'étaient pas encore d'actualité, explique TV5monde. C’est donc avec une grande fébrilité que les archéologues ont découvert l’os frontal d’un jeune homme de potentiellement moins de 25 ans, mais datant d’il y a 170.000 ans, dans la grotte du Lazaret, à Nice.

Ce chasseur nomade de la Côte d'Azur "avait moins de 25 ans au moment de sa mort car les sutures dentelées de l'os frontal ne sont pas encore soudées", analyse la paléontologue Marie-Antoinette de Lumley. Toutefois, cela ne peut pas être affirmé avec certitude puisqu’à l’heure actuelle encore, 30 % de la population possède toute sa vie un défaut d’ossification de cette suture, dite métopique.

Déjà près de 40.000 découvertes dans la grotte de Lazaret

Selon les archéologues, il s'agit de l'un des tout derniers Homo erectus et il pourrait bien révéler des informations importantes pour comprendre l'évolution vers son successeur, l'homme de Néandertal. "Avec ce front, assez bas et assez plat, vous voyez le sommet du visage", s'émerveille la paléontologue qui souligne surtout "la rareté" de la découverte mise à jour samedi par des étudiants participant aux fouilles estivales.

Pour l'instant, l'os frontal est encore accroché à l'envers sur le sol de la grotte. La précieuse découverte doit sécher quelques jours avant d'être délicatement dégagée pour atteindre sa face antérieure. "Nous dégageons actuellement un sol extraordinaire", précise Henry de Lumley, éminent préhistorien qui dirige les fouilles depuis leur commencement, le 1er septembre 1961. En cinquante ans, 2,40 mètres de terre ont été patiemment grattés et tamisés et 40.000 découvertes ont été étiquetées et analysées scientifiquement sur place.

Source : MaxiSciences du 18/08/2011

mercredi 20 juillet 2011

L'homme de vieux de 450 000 ans : "Un Catalan bavard !"

L'homme dont le crâne vieux de 450 000 ans reposait dans la caune de l'Arago, dans un campement nomade de longue durée (2 à 3 ans), n'avait pas 25 ans à sa mort. Comment le sait-on ? "On peut voir que ses dents de 6 ans sont très usées, que ses dents de 11 ans le sont moyennement et que la dent de sagesse de 18 ans ne l'est pas du tout. De plus, la suture fronto-pariétale qui commence à se souder à l'âge de 25 ans ne l'est pas encore, donc il avait moins de 25 ans à sa mort", explique Henry de Lumley.

Son crâne est également révélateur de son physique et, plus étonnant encore, de ses capacités intellectuelles : "On sait que c'est un homme car le dimorphisme sexuel était important à cette époque-là, et on voit que ses os sont trapus, pas graciles. Il a un crâne bas, un front fuyant, un gros bourrelet en visière au-dessus des yeux, la face projetée en avant et il présente un rétrécissement post-orbitaire".

Un moulage du cerveau de l'Homme de Tautavel a été effectué. Il est moins volumineux (1 150 cm3) que les cerveaux modernes (1400 m3). "Ses lobes frontaux sont peu développés, ce qui indique que ses possibilités de cognition et d'associations de pensées sont peu importantes, mais les aires de Broca de son cerveau, qui sont les zones responsables du langage, sont larges.

Il devait être aussi bavard qu'un Catalan d'aujourd'hui !", conclut M. de Lumley. Quant à l'ancienneté du crâne, elle a été calculée en le plaçant dans un compteur gamma, qui mesure le rapport entre l'uranium 234 et le thorium 230, et confirmée par la résonance Spin : résultat 450 000 ans !

Source : Midi Libre du 19/07/2011

mardi 19 juillet 2011

L'Homme de Tautavel a 450.000 et quarante ans

Il y a quarante ans, le 22 juillet 1971, des fouilleurs extrayaient d'une grotte de Tautavel le crâne du plus vieil Européen alors connu, un jeune homme mort 450.000 années auparavant et peut-être mangé par ses congénères.

L'Homme de Tautavel, alias Homo erectus européen ou Homo heidelbergensis, a aussi été nommé Arago XXI, car 21e fossile humain sorti de l'extraordinaire mine de vestiges que constitue encore aujourd'hui la cavité appelée Caune de l'Arago. Il donnait un visage, en tout cas une face, aux plus lointains de nos ancêtres.

Le préhistorien Henry de Lumley, aujourd'hui âgé de 76 ans, avait entrepris en 1964 la fouille systématique de cette grotte creusée par les éléments dans les Corbières et connue depuis au moins le XIXe siècle comme gisement de fossiles.

Il se rappelle précisément la découverte faite sous la vaste voûte, en surplomb des vignobles de muscat et rivesaltes.

"Nous l'avons trouvé le 22 juillet à 15h00. J'étais dans la grotte. Un des fouilleurs -ils sont deux par carré- m'appelle en me disant qu'il voit une dent. Qu'est-ce que c'est, cette dent?"

"On constate que c'est une dent humaine. On gratte un peu plus et on voit une deuxième dent humaine, en connexion. Je leur ai dit de chercher un peu à gauche (...) et on a trouvé la troisième et la deuxième molaires droites. Après, on a eu le palais."

Ce n'est pas la première trouvaille dans cette cavité. Mais Henry de Lumley a immédiatement conscience de son caractère exceptionnel.

Sa première estimation: 200.000 ans. C'est plus tard que les méthodes de datation absolue restitueront l'état civil d'Arago XXI.

"C'est un choc émotionnel, bien évidemment." Mais "d'abord il faut se calmer", prendre le temps de la photographie, du moulage et du relevé sur plan.

Vingt jours de travail au poinçon et à la fraise de dentiste sont nécessaires pour dégager le crâne qui reposait sur son sommet, les maxillaires en l'air; un crâne bas, au front fuyant et souligné par un puissant bourrelet au-dessus des orbites, les mâchoires saillantes.

Guy Ilary, devenu maire de Tautavel en 1978, avait alors l'âge d'Arago XXI au moment de sa mort. Il se souvient de l'allégresse de l'équipe de Lumley de retour au café à Tautavel: "Quand ils (les fouilleurs) retrouvaient un reste humain, le professeur de Lumley leur payait des glaces. C'est comme ça qu'on l'avait appris dès le premier jour".

L'information fait les titres des journaux. Les télévisions arrivent.

Cela "a été une grande surprise. Les Tautavellois n'étaient pas prêts à ce grand bouleversement dans leurs habitudes de vie", raconte Guy Ilary.

Ils ont tôt fait de comprendre qu'Arago XXI pointe sur la carte du monde leur localité un peu assoupie de quelques centaines d'âmes. Aujourd'hui, Tautavel a son musée, un centre de recherches qui attire les plus grands préhistoriens et même une cité universitaire.

Les chercheurs continuent de faire parler Arago XXI et 127 autres fragments humains sortis d'un gisement où les fouilles se poursuivent.

En 1979, on extirpe le pariétal droit complétant le crâne d'Arago XXI. Pour Henry de Lumley, le crâne a pu être fracturé pour prélever le cerveau et se livrer à un cannibalisme plus rituel qu'alimentaire.

Dans la généalogie européenne, l'Homme de Tautavel a pris un sacré coup de jeune quand des fragments de 1,8 million ou de 1,3 million d'années ont été mis au jour en Géorgie ou en Espagne.

Mais il "reste la seule face d'une époque très ancienne", dit Henry de Lumley. En privé, "il dit d'Arago XXI que c'est son cinquième enfant", confie un collaborateur.

L'éminent préhistorien ne sort que très exceptionnellement cette relique et les autres de la chambre forte dans laquelle elles sont conservées à Tautavel. Il le fera avec son épouse pour le public lors des célébrations du quarantième anniversaire de cette découverte, de jeudi à samedi.

Source : Le NouvelObs du 17/07/2011

lundi 18 juillet 2011

Tautavel : La grotte de Tautavel n'a pas livré tous ses secrets

Quarante ans après la découverte de l'Homme de Tautavel, la Caune de l'Arago reste une mine pour les chercheurs qui y ont encore découvert en 2011 une dent de lait laissant supposer que l'Homo heidelbergensis fréquentait la grotte en famille.

Depuis le début des fouilles systématiques en 1964 sous la conduite d'Henry de Lumley, plus de 500.000 objets (outils et ossements ou fragments d'os humains et d'animaux) ont été référencés. Pourtant, il y en a encore pour un siècle de fouilles, disent les collaborateurs du préhistorien.

"La Caune de l'Arago, c'est un véritable livre qui nous raconte 600.000 années d'histoire du paysage et d'histoire de l'Homme en Languedoc- Roussillon", s'émerveille Henry de Lumley. En se remplissant sous l'effet des ruissellements et des éboulements, puis en se colmatant pour ne se rouvrir qu'entre 30.000 et 15.000 ans avant notre ère, la cavité n'a pas seulement piégé les vestiges et la culture des hommes qui ont profité (quelques heures pour les uns, quelques années pour les autres) de ce poste d'observation exceptionnel de -700.000 à -100.000 ans.

Elle a aussi figé une chronique de la biodiversité et du climat. En 2011, 250 fouilleurs se succéderont dans la grotte où l'on est en train de mettre au jour le "sol Q" (-570.000 ans) et où partout affleurent les bifaces et les ossements d'animaux préhistoriques, longtemps interprétés comme les traces du Déluge. Tautavel draine les étudiants venus inscrire une ligne inappréciable à leur curriculum vitae. Son Centre européen de recherches préhistoriques, qui a généré un lexique international de paléontologie, attire les thésards et les spécialistes du monde entier.

Ils consultent ses réserves exceptionnelles et tiennent colloque. Pour autant, l'avenir du Centre reste aléatoire. Il demeure géré par une association. Henry de Lumley se bat pour en faire un établissement public de coopération culturelle, dont le sort ne serait plus suspendu, bon an mal an, au bon vouloir de l'Etat et des collectivités.

Source : L'Indépendant du 17/07/2011

mercredi 6 juillet 2011

Henry de Lumley : itinéraire d'un préhistorien

Directeur de l'Institut de paléontologie humaine, Henry de Lumley a ouvert les fouilles de sites préhistoriques majeurs, comme Terra Amata à Nice, ou Tautavel. Entretien avec un chercheur dont la passion est intacte.

Le Figaro Magazine : Quelles ont été les étapes de votre carrière de préhistorien ?

Henry de Lumley Je suis un Provençal né à Marseille en 1934, ville où j'ai d'ailleurs fait mes études. Je me suis passionné pour la préhistoire dès l'âge de 10 ans après avoir lu La Guerre du feu de Rosny Aîné. Je me souviens, d'ailleurs, que j'ai découvert cet ouvrage le 27 mai 1944 alors que les écoles et les collèges avaient été fermés suite au bombardement de la ville. Lorsque j'avais un moment, j'allais également visiter des musées ; l'été, je me rendais sur des sites.

Comme il m'a paru intéressant de relier l'homme à son milieu naturel et à son environnement, j'ai voulu devenir préhistorien mais dans une optique de naturaliste. J'ai donc étudié les sciences naturelles à la faculté des sciences de Marseille et c'est la soutenance d'un mémoire universitaire qui m'a permis d'entrer au CNRS à l'âge de 20 ans. Je me suis particulièrement intéressé aux industries anciennes et aux premiers peuplements préhistoriques du Midi méditerranéen, dans le cadre d'une thèse de doctorat que j'ai soutenue à la Sorbonne en 1965. Mes premières fouilles se situaient quant à elles dans le Luberon où j'ai étudié un site moustérien - dont l'âge est donc compris entre 60 000 et 35 000 ans - extrêmement riche.

J'ai ensuite publié de nombreux articles, j'ai effectué des fouilles sur des sites préhistoriques dans le monde entier et, sur un plan plus institutionnel, j'ai exercé diverses fonctions au CNRS, au Muséum national d'histoire naturelle. Je dirige, depuis 1981, l'Institut de paléontologie humaine.

Dans L'Atelier du préhistorien, vous évoquez trois stades de l'hominisation : esthétique, mythique, symbolique.

Il y a 2,5 millions d'années apparut en Afrique de l'Est l'Homo habilis, lequel marche debout parfaitement, commence à acquérir un langage articulé et se met à fabriquer les premiers outils. C'est alors que commence vraiment la fabuleuse aventure culturelle de l'homme et qu'émerge la pensée conceptuelle. Les outils sont d'abord très archaïques puis, vers 1,5 million d'années en Afrique et 600 000 ans en Europe, l'homme devient chasseur et fabrique de grands couteaux, les bifaces, à partir de grands éclats de pierres. Parfaitement symétriques et réguliers, ils sont parfois très beaux - certains sont même élaborés à partir de roches de couleur. Or, ce n'est pas parce qu'un outil est beau qu'il est plus fonctionnel : les hommes cherchent donc l'harmonie et la beauté pour elles-mêmes.

La domestication du feu, entre 400 000 et 380 000 ans, à la limite nord des zones tempérées chaudes de la planète - nous le constatons, par exemple, sur le site de Terra Amata dans les Alpes-Maritimes -, constitua un formidable moteur de l'hominisation. L'homme a pu ainsi pénétrer dans le fond des grottes mais également découvrir de nouveaux territoires dans les zones tempérées froides, améliorer la fabrication de ses outils. La cuisson de la viande a aussi permis de détruire des parasitoses et, donc, d'accroître l'espérance de vie. Mais, surtout, le feu a été un facteur de convivialité : autour du foyer, on raconte et on embellit des histoires de chasseurs - lesquels se transforment peu à peu en héros. La pensée mythique fait son apparition et, avec elle, les identités culturelles régionales.

Quant à la pensée symbolique, vous affirmez qu'elle se développe en trois temps. Quels sont-ils ?

Tout d'abord, vers 300 000 ans, l'homme acquiert la conscience de la mort comme en atteste un aven spécifiquement sépulcral, le plus ancien de l'histoire de l'humanité, qui a été découvert près de Burgos. Un biface très bien taillé, en quartz rouge, qui ne comporte aucune trace d'usure et qui n'a donc jamais été utilisé - mes collègues espagnols l'ont appelé Excalibur ! - y avait été déposé en offrande funéraire. Ensuite, vers 100 000 ans, les hommes enterrent véritablement leurs morts en creusant des fosses pour y déposer le défunt ainsi que des offrandes afin que ce dernier puisse poursuivre sa route au-delà de la mort. L'angoisse métaphysique vient de surgir : l'homme ne veut pas mourir. Vers 30 000 ans, enfin, les hommes inventent l'art pariétal et mobilier ainsi que la parure. Ils perforent de petites coquilles ou des dents d'animaux pour fabriquer des pendentifs ou des colliers. C'est également à ce moment-là qu'apparaissent des figurines féminines aux formes avantageuses symbolisant la fécondité.

Croyant, vous faites référence à la notion de «noosphère» chère à Teilhard de Chardin, éminent jésuite et paléontologue. Sommes-nous à la veille d'une nouvelle étape de l'hominisation ?

En effet : le développement planétaire du multimédia et la fulgurance avec laquelle les hommes peuvent être mis en relation les uns avec les autres constituent cette « noosphère ». Teilhard a bien montré que l'histoire de l'univers, de la vie, de l'homme, évolue vers une complexité de plus en plus grande.

Sur un plan physique, dites-vous, «on peut imaginer l'homme du futur avec une grosse tête ronde, des membres très courts et des pouces très longs».

A chacun des stades dont nous avons parlé, la capacité crânienne de l'homme a augmenté, la forme du crâne évoluant en quelque sorte du ballon de rugby au ballon de football. Il n'y a pas de raison que cela s'arrête même s'il faut plus de 100 000 ans pour qu'une différence significative soit constatable. Par ailleurs, comme l'on ne se sert pas de nos membres antérieurs pour nous déplacer, ils deviennent de plus en plus courts et grêles. Enfin, l'allongement notable du pouce a contribué à améliorer notre prise : un australopithèque ne serait sans doute pas parvenu à manipuler un transistor !

Source : Le Figaro Magazine du 04/07/2011

vendredi 24 juin 2011

Qui sont les premiers hommes ? 1/2

Par Caroline Lachowsky

Henri de Lumley, préhistorien, est notre invité pour tenter de répondre à la question : « Qui sont les premiers hommes ? »


Contrairement à une idée reçue, l'homme ne descend pas du singe. Les hommes et les singes actuels ont un ancêtre commun datant de 7 à 10 millions d'années. Et celui-ci n’a toujours pas été trouvé. Alors comment faire pour remonter aux origines de l’Homme ? L’homo sapiens, est le dernier hominidé de la longue lignée qui constitue l'histoire de notre évolution. Australopithèque, homme de Cro-Magnon, hominidé, nous entendons souvent ces noms qualifier nos ancêtres, mais sans trop savoir à quoi ils réfèrent exactement. La préhistoire commence avec l’apparition des premiers ancêtres de l’homme en Afrique il y a 3 millions d’années. L’humanité a sans doute vu le jour il y a 2.5 millions d’années, à l’ère du Paléolithique, avec l’apparition de l’homo habilis. Il vivait en Afrique de l’est, mesurait un mètre cinquante et a inventé le premier outil avec un galet. Mais que sait-on d’autre ? Représentait-il la première espèce humaine ? Peut-on affirmer aujourd’hui que l’on connaît les premiers hommes qui ont peuplé cette Terre ?
Pour tenter de répondre à la question, nous recevons Henry de Lumley, un des plus grands préhistoriens de France et auteur du livre « L’atelier du préhistorien » paru aux éditions du CNRS.

Source : RFI du 22/06/2011

mardi 7 juin 2011

L'Homme de Tautavel, découvert en 1971, a 40 ans

Vieux de 450.000 ans, l'anciennement nommé "Le plus vieil européen" garde une certaine aura. Mais cet Homme de Tautavel, analysé comme un homo erectus, ne serait en réalité qu'un prénéandertalien. Cette année, cette célébrité du Pays Catalan fête les 40 ans de sa découverte.

Le 22 juillet prochain, Arago XXI célébrera le quarantième anniversaire de sa découverte par le professeur Henry de Lumley, en 1971. Depuis, une centaine d’autres fragments fossiles a été mise au jour du côté de la Caune de l’Arago et l’Homme de Tautavel, pourtant vieux de 450.000 ans, a perdu son titre de plus vieil européen. Il passerait presque pour un jeunot, à cause notamment d’un fragment de mandibule humaine daté de 1,1 à 1,2 million d’années, retrouvé en 1994 à la Sima del Elefante, "grotte de l'Éléphant", sur le site d’Atapuerca, dans la province espagnole de Burgos. Même son nom ne semble plus être une certitude, car celui que ses inventeurs baptisèrent Homo erectus tautavelensis pourrait, selon de récentes recherches, être en réalité un pré-néandertalien.
Crâne de l'homme de Tautavel

Bien que très bien mis en valeur dans son musée de Tautavel, sans cesse aménagé et modernisé, la crise de la quarantaine a rattrapé le plus vieux des Catalans, qui a dû se résoudre à aller surfer sur Internet. Depuis quelques jours, le Musée de Tautavel s’est offert une nouvelle vitrine numérique. Dans les semaines à venir, ce site sera également disponible en allemand, anglais, catalan et espagnol, mais permet d'ores-et-déjà de communiquer au public les multiples évènements et animations que le musée met en place. Pour l’édition 2011 des Fêtes de la Préhistoire, Tautavel vivra, comme tous les ans, au rythme d’activités aussi diverses que surprenantes, comme les banquets préhistoriques ou le championnat de tir aux armes préhistoriques.

Source : La Clau du 03/06/2011

lundi 16 août 2010

Vol et dégradations à la grotte de Tautavel, haut lieu de la préhistoire

TOULOUSE — La grotte de Tautavel (Pyrénées-Orientales), haut lieu de la préhistoire, a été le théâtre d'un vol et de dégradations commises par des individus qui ont emporté un moulage de la face de l'homme de Tautavel et brisé un crâne d'ours vieux de 560.000 ans, a-t-on appris jeudi auprès du site.

Le ou les auteurs semblent s'être introduits dans la grotte mardi après le départ, vers 19H30, des derniers fouilleurs qui y travaillaient, a indiqué Tony Chevalier, paléoanthropologue actuellement chef des fouilles. Ils seraient tout simplement passés par-dessus les grilles qui ferment la grotte.

Les fouilleurs ont découvert consternés à la reprise du travail mercredi que le moulage en silicone de la face de l'homme de Tautavel, placé dans une niche à flanc de paroi, avait disparu, a rapporté M. Chevalier.

Ils se sont aussi rendu compte que les voleurs avaient apparemment essayé d'extraire du sol un crâne d'ours fossilisé. Le vestige, que les fouilleurs avaient seulement partiellement dégagé des sédiments, s'est brisé à hauteur des naseaux et un peu à l'arrière du crâne, et les voleurs ne sont parvenus à repartir qu'avec une canine.

Tautavel, formidable gisement de fossiles humains et animaux, occupe une place toute particulière sur la carte mondiale de la préhistoire. C'est là qu'en 1971 l'équipe de Henry de Lumley a découvert un crâne vieux de 450.000 ans, restes d'un jeune homme d'une vingtaine d'années. Il a longtemps été le plus ancien vestige d'homo erectus européen jusqu'à de nouvelles découvertes plus récentes ailleurs. Mais, selon Tony Chevalier, l'homme de Tautavel reste le plus vieux visage d'homo erectus européen.

Si de l'aveu même de M. Chevalier, le vol et les dégradations ne vont "pas bouleverser nos recherches" parce que plus de 100.000 objets et d'autres ours ont été trouvés dans la grotte, "ça fait mal au coeur de mettre autant de soin à dégager des vestiges et de voir ça fracturé" en si peu de temps.

Il aurait fallu au minimum deux semaines, estime-t-il, pour dégager l'ours et le matériel alentour en veillant à ce que les os ne se brisent pas et à préserver l'environnement.

Ces actes posent aussi la question de la sécurité du site et du rapport entre les chercheurs et le public.

La grotte n'est pas gardée. Le centre de recherches créé sur les lieux est seulement protégé par une alarme. C'est là, dans une armoire forte, qu'est conservé le crâne original de l'homme de Tautavel.

Quant au public, c'est précisément pour lui qu'un moulage avait été exposé. Et c'est le crâne d'ours que les chercheurs montraient aux visiteurs quand ils voulaient rendre visible leur travail.

Ce qui reste du crâne de l'ours, "on va le cacher, tant pis, les gens ne le verront plus", dit M. Chevalier.

C'est d'autant plus "rageant" qu'en dehors de groupes accueillis une fois par semaine, la grotte ne se visite pas facilement. Mais les chercheurs et les fouilleurs consentent néanmoins à recevoir les touristes qui, après avoir profité des gorges en contrebas, montent jusque-là en escaladant.

M. Chevalier soupçonne que le vol ait été commis par un ou plusieurs de ces visiteurs ayant profité des explications fournies dans la journée par les chercheurs. Car, s'il ne s'agissait à l'évidence pas d'un professionnel et qu'il était dépourvu de matériel, le crâne de l'ours n'était pas évident à repérer, mais "la personne savait où elle allait".

Source : Dépèche AFP du 12/08/2010

samedi 14 août 2010

Il était une fois... l'homme de Tautavel

Les bénévoles viennent des Etats-Unis, de Turquie, de Corée ou d'Espagne pour explorer les artères d'un passé où vécut le plus ancien Européen.

En suivant Henri de Lumley sur ce chemin escarpé qui grimpe vers la Caune de l'Arago où, un 22 juillet 1971 à 15 h, avec une trentaine de passionnés, il découvrit l'H omme de Tautavel, on peut se demander ce que cet éminent scientifique peut encore chercher dans ce creux de falaise quand, depuis un demi-siècle, la terre y restitue par le menu toute la préhistoire des vivants. Peut-être que ce dernier a tout simplement rendez-vous avec cet autre pays où, voilà 550 000 ans, rennes, rhinocéros, chevaux, tahrs et autres bisons peuplaient la vallée alors qu'une paléo-tramontane glaciale s'abattait sur la steppe à plus de 130 kilomètres heures. Alors que le boeuf musqué, avant de s'éloigner pour toujours vers le cercle polaire, côtoyait le lemming à collier et son prédateur naturel la chouette blanche. Comme Henry de Lumley, ils sont des dizaines de chercheurs à creuser, à leur tour, méticuleusement les parois et le sol d'une grotte rendue au ciel avec une propreté jalouse. Quand ici, dans cet impressionnant chantier de fouilles où se succèdent, sept jours sur sept, pendant cinq mois - d'avril à août - des bénévoles venus du monde entier, il est avant tout question d'humilité et de patience.

Plus de 600 000 objets mis au jour

Sous l'oeil bienveillant d'une copie de l'Homo erectus heidelbergensis découvert à cet endroit précis, les jeunes chercheurs équipés de pinceaux, de burins, de marteaux et d'outils de dentistes quadrillent l'espace, grattent la roche et prélèvent parfois jusqu'à 100 objets par mètre carré et par jour. Tony Chevalier, responsable du chantier et paléoanthropologue nous explique le déroulement de ces opérations : "Environ 40 seaux de sédiments sont extraits quotidiennement de la grotte. Ils sont ensuite tamisés avec des mailles de 0,6 mm, ce qui permet même de prélever des incisives d'insectivores. Les objets que l'on y découvre sont soigneusement lavés avant d'être marqués avec des identifications numérotées portant, entre autres, sur le carré de fouille et la couche sédimentaire. Les opérations sont effectuées en fonction de la stratigraphie, en tenant compte des mouvements de sols qui sont de différentes duretés". Plus de 600 000 objets ont ainsi été prélevés en 50 ans dont 128 restes humains, crânes et mandibules qui ont permis de reconstituer la morphologie du premier habitant européen.

Le disque dur de la préhistoire

Pour Henri de Lumley, l'exploration de ces galeries avec des moyens en perpétuelle évolution comme le sondage sismique, électrique ou radar va concerner plusieurs générations : "En 2014 nous fêterons le cinquantenaire du chantier de fouille. C'est un livre d'histoire enfoui dans la grotte qui nous raconte l'existence des plus vieux Catalans. C'est un disque dur qu'il faut savoir interroger et qui nous renseigne sur les modes de vie, sur la culture de nos ancêtres comme sur les évolutions climatiques. Avec des périodes froides qui duraient 80 000 ans suivies de périodes chaudes qui s'étalaient sur 200 siècles supplémentaires. Tout cela ouvre sur une approche interdisciplinaire où nous étudions et consignons l'ensemble des données. Après nous, plusieurs générations pourront encore se succéder dans la Caune car de nombreuses galeries restent à explorer. Le seul problème, c'est qu'à chaque découverte nous déchirons peu à peu les pages du livre".

Source : L'Indépendant du 11/08/2010