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lundi 15 juillet 2019

Le plus vieil Homo sapiens d’Europe serait arrivé en Grèce il y a 210.000 ans

Selon une étude publiée dans Nature, le plus vieil Homo sapiens « non africain » serait grec et vieux de 210.000 ans. Les derniers travaux avancent ainsi de plus de 150.000 ans l'arrivée de notre espèce en Europe.

« Plus tôt, plus loin » : le plus vieil Homo sapiens « non africain » mis au jour serait grec et vieux de 210.000 ans selon des travaux publiés mercredi qui avancent de plus de 150.000 ans l'arrivée de notre espèce en Europe. Apidima 1, comme l'ont baptisé les scientifiques, est « plus vieux que tous les autres spécimens d'Homo sapiens retrouvés hors d'Afrique », explique à l'AFP Katerina Harvati de l'université de Tübingen en Allemagne, coauteure de l'étude publiée dans la revue Nature.

Un fragment de mâchoire d'un Homo sapiens retrouvé dans une grotte en Israël remonterait à une période allant de 177.000 à 194.000 ans. Les autres « plus anciens » des Hommes modernes trouvés hors d'Afrique avoisineraient plutôt les 90.000 à 120.000 ans. En Europe, 70.000 ans.

C'est une reconnaissance tardive pour Apidima 1, trouvé à la fin des années 1970. Découvert par le Musée d'anthropologie de l'université d'Athènes dans une cavité du massif d'Apidima dans le Péloponnèse, il avait été, à l'époque, catalogué comme pré-néandertalien. Mais les techniques modernes de datation et d'imagerie ont permis à Katerina Harvati et son équipe de mettre en évidence « un mélange de caractéristiques humaines modernes et archaïques » qui en font « un Homo sapiens précoce ».

La dispersion de l'Homme moderne hors d'Afrique s'est étendue jusqu'en Europe

Petit bémol, les archéologues n'ont retrouvé que la partie arrière de son crâne, et « certains pourraient soutenir que le spécimen est trop incomplet pour que son statut d'Homo sapiens soit sans équivoque », explique Éric Delson du Lehman College de New York dans un commentaire publié avec l'étude. « Apidima 1 prouve que la dispersion de l'Homo sapiens hors d'Afrique a non seulement eu lieu plus tôt qu'on ne le pensait, il y a plus de 200.000 ans, mais aussi qu'elle s'est étendue jusqu'en Europe », explique Katerina Harvati.

L'Homo sapiens, également appelé l'Homme moderne, est apparu en Afrique. Les plus anciens représentants connus de notre espèce sont vieux de 300.000 ans et ont été mis au jour au Maroc, sur le site de Jbel Irhoud. On a longtemps estimé qu'ils n'avaient quitté leur « berceau » que bien plus tard, il y a environ 70.000 ans, en une vague majeure.
Homo sapiens présent en Europe avant l'Homme de Néandertal ?

Mais depuis quelques années, les découvertes ne cessent de remettre en cause cette théorie, avançant toujours plus la date de leurs premières migrations et étendant la zone de leur dispersion. Apidima 1 avait été découvert face à un autre crâne, baptisé Apidima 2. Selon l'étude - et la présence sur l'os occipital d'un bourrelet osseux horizontal -, il s'agirait d'un Néandertalien âgé de 170.000 ans.


« Nos résultats suggèrent qu'au moins deux groupes de personnes vivaient au Pléistocène moyen dans ce qui est aujourd'hui le sud de la Grèce : une population précoce d'Homo sapiens et, plus tard, un groupe de Néandertaliens », avance la spécialiste suggérant que les deuxièmes avaient remplacé les premiers, avant d'être à leur tour remplacés par d'autres Homo sapiens, nouvellement arrivés, il y a environ 40.000 ans quand les Hommes de Néandertal ont définitivement disparu. « Peut-être une ou plusieurs fois, les deux espèces se sont remplacées l'une l'autre », explique Éric Delson.

Cette nouvelle découverte renforce l'idée que de multiples dispersions d'êtres humains hors d'Afrique se sont produites. Le mouvement migratoire et la colonisation de l'Eurasie étant sûrement beaucoup plus complexes qu'on ne le pensait. « Plutôt qu'une seule sortie d'hominines d'Afrique pour peupler l'Europe et l'Asie, il doit y avoir eu plusieurs dispersions, certaines ne donnant pas lieu à des installations permanentes », juge Éric Delson. Même si tous les groupes qui se sont développés hors d'Afrique il y a plus de 60.000 ans ont totalement disparu, ne laissant aucune trace dans notre génome actuel.

Source : Futura Sciences du 14/07/2019

vendredi 12 juillet 2019

Bienvenue à Apidima 1 ! Le plus vieil Homo sapiens non africain a été retrouvé

Le plus vieil Homo sapiens non africain serait grec et vieux de 210.000 ans selon une étude publiée dans la revue Nature, mercredi 10 juillet 2019.

« Plus tôt, plus loin » : le plus vieil Homo sapiens « non africain » mis au jour serait grec et vieux de 210 000 ans selon des travaux publiés mercredi 10 juillet 2019 qui avancent de plus de 150 000 ans l’arrivée de notre espèce en Europe.

Apidima 1, comme l’ont baptisé les scientifiques, est « plus vieux que tous les autres spécimens d’Homo sapiens retrouvés hors d’Afrique », explique à l’AFP Katerina Harvati de l’université de Tübingen en Allemagne, coauteure de l’étude publiée mercredi dans la revue Nature.

Un fragment de mâchoire d’un Homo sapiens retrouvé dans une grotte en Israël remonterait à une période allant de 177 000 à 194 000 ans. Les autres « plus anciens » des hommes modernes trouvés hors d’Afrique avoisineraient plutôt les 90 000 à 120 000 ans. En Europe, 70 000 ans.

C’est une reconnaissance tardive pour Apidima 1, trouvé à la fin des années 70. Découvert par le Musée d’anthropologie de l’Université d’Athènes dans une cavité du massif d’Apidima dans le Péloponnèse, il avait été, à l’époque, catalogué comme pré-néandertalien.

Mais les techniques modernes de datation et d’imagerie ont permis à Katerina Harvati et son équipe de mettre en évidence « un mélange de caractéristiques humaines modernes et archaïques » qui en font « un Homo sapiens précoce ».

Petit bémol, les archéologues n’ont retrouvé que la partie arrière de son crâne, et « certains pourraient soutenir que le spécimen est trop incomplet pour que son statut d’Homo sapiens soit sans équivoque », explique Eric Delson du Lehman College de New York dans un commentaire publié avec l’étude.

« Apidima 1 prouve que la dispersion de l’Homo sapiens hors d’Afrique a non seulement eu lieu plus tôt qu’on ne le pensait, il y a plus de 200 000 ans, mais aussi qu’elle s’est étendue jusqu’en Europe », explique Katerina Harvati.

L’Homo sapiens, également appelé l’homme moderne, est apparu en Afrique. Les plus anciens représentants connus de notre espèce sont vieux de 300 000 ans et ont été mis au jour au Maroc, sur le site de Jbel Irhoud.

On a longtemps estimé qu’ils n’avaient quitté leur « berceau » que bien plus tard, il y a environ 70 000 ans, en une vague majeure.

Présent avant l’Homme de Néandertal

Mais depuis quelques années, les découvertes ne cessent de remettre en cause cette théorie, avançant toujours plus la date de leurs premières migrations et étendant la zone de leur dispersion.

Apidima 1 avait été découvert face à un autre crâne, baptisé Apidima 2. Selon l’étude (et la présence sur l’os occipital d’un bourrelet osseux horizontal), il s’agirait d’un Néandertalien âgé de 170 000 ans.

« Nos résultats suggèrent qu’au moins deux groupes de personnes vivaient au Pléistocène moyen dans ce qui est aujourd’hui le sud de la Grèce », avance la spécialiste suggérant que les deuxièmes avaient remplacé les premiers :

Une population précoce d’Homo sapiens et, plus tard, un groupe de Néandertaliens.

Avant d’être à leur tour remplacés par d’autres Homo sapiens, nouvellement arrivés, il y a environ 40 000 ans quand les hommes de Néandertal ont définitivement disparu.

« Peut-être une ou plusieurs fois, les deux espèces se sont remplacées l’une l’autre », explique Eric Delson.

Cette nouvelle découverte renforce l’idée que de multiples dispersions d’êtres humains hors d’Afrique se sont produites. Le mouvement migratoire et la colonisation de l’Eurasie étant sûrement beaucoup plus complexes qu’on ne le pensait.

Plutôt qu’une seule sortie d’hominines d’Afrique pour peupler l’Europe et l’Asie, il doit y avoir eu plusieurs dispersions, certaines ne donnant pas lieu à des installations permanentes.

Même si tous les groupes qui se sont développés hors d’Afrique il y a plus de 60 000 ans ont totalement disparu, ne laissant aucune trace dans notre génome actuel.

Source : Actu.fr du 11/07/2019

Homo Sapiens est arrivé en Europe quatre fois plus tôt qu'on ne le pensait

Un crane d'Homo sapiens qui daterait de 210.000 ans a été retrouvé en Grèce. Mais cette lignée n'a pas réussi à survivre, peut-être à cause de l'homme de Néandertal.

SCIENCE - Dans la vulgate archéologique, on dit souvent qu’Homo Sapiens, notre espèce, a remplacé un peu partout l’homme de Néandertal. Et si avant cela, l’inverse s’était produit? C’est l’une des interprétations possibles d’une étude publiée ce mercredi 10 juillet dans Nature.

Une équipe internationale de paléontologues affirme avoir trouvé un morceau de crâne d’un Homo Sapiens, dans la grotte d’Apidima en Grèce, datant de 210.000 ans. C’est la plus ancienne preuve d’une présence en Europe de notre espère. C’est même quatre fois plus ancien que ce que l’on pensait (environ 48.000 ans).

Évidemment, comme tous les travaux d’archéologie, cette découverte est sujette à débat et demandera confirmation, mais l’équipe est plutôt sûre de ses résultats. Si la date et l’appartenance à notre espèce de ce fossile sont confirmées, cela changera radicalement notre connaissance de cette période.

Deux fossiles très différents

La grotte d’Apidima a été découverte dans les années 70. On avait alors excavé deux crânes, baptisés Apidima 1 et 2. Mais ils ont été peu étudiés. Les auteurs de l’étude se sont intéressés à nouveau à ces fragments. Ils ont reconstitué en 3D le reste du crâne pour caractériser l’espèce et ont utilisé une méthode de datation à l’uranium pour découvrir à quand remonte l’existence de ces hominidés.

Le résultat: Apidima 2 est un homme de Néandertal qui a vécu en Grèce il y a 170.000 ans et Apidima 1 un Homo sapiens qui a foulé le sol il y a approximativement 210.000 ans. Il n’est pas si illogique que deux crânes différents soient retrouvés côte à côte: la forme même de ces grottes et les processus sédimentaires peuvent ainsi faire s’accumuler des restes humains et animaux. “Tous nos résultats pointent vers la même conclusion”, a affirmé dans une conférence de presse Katerina Harvati, coautrice de l’étude.

Dispersion et extinction anticipée pour l’Homo sapiens européen

Cela voudrait donc dire que des Homo sapiens ont cohabité avec l’homme de Néandertal en Europe, avant de finalement s’éteindre. En effet, “nous savons, grâce à des preuves génétiques, que l’humanité actuelle est issue d’une dispersion massive hors d’Afrique qui a eu lieu il y a environ 40.000 ans”, précise Katerina Harvati.

Cela veut dire que le fossile découvert dans la grotte d’Apidima n’a aucun lien de descendance avec l’homme moderne. Cela pose plusieurs questions, pour l’autrice de l’étude: “Qu’est-ce qui a permis cette dispersion anticipée, une avancée technologique, de langage? Et pourquoi se sont-ils éteints?”

Une possibilité, c’est qu’ils n’aient pas été adaptés au climat de l’époque. Ou encore que l’homme de Néandertal ait pris le dessus. Voire que les deux espèces se sont mélangées avant de s’éteindre, des dizaines de milliers d’années plus tard, avec l’arrivée de l’ancêtre de l’homme moderne.

Car ici aussi, il faut rappeler qu’il y a plusieurs différences entre Homo Sapiens et l’homme moderne, même si nous sommes de la même espèce, comme nous le précisions lors de la découverte des plus vieux Homo sapiens au Maroc, en 2017.

L’évolution des premières formes d’Homo sapiens vers celle que nous connaissons aujourd’hui a été graduelle, avec des mutations qui ont notamment affecté le développement du cerveau. Cela, c’est ce qu’affirment déjà les récents travaux de paléogénétique publiés ces dernières années. Selon ces analyses, l’homme moderne n’a pas émergé d’un coup, il y a 200.000 ans en Afrique de l’Est. L’éloignement avec les autres espèces cousines de l’homme aurait commencé il y a plus de 500.000 ans.

Faisceaux d’indices

Cette étude sera certainement critiquée. D’ailleurs, les auteurs notent à la fin de leur article que, quelques mois avant la publication, une étude de Marie-Antoinette de Lumley, célèbre paléontologue française, affirme que ces crânes étaient ceux d’hominidés situés entre Erectus et Néandertal. Pour les auteurs de l’étude, leurs multiples analyses sont plus complètes et ne vont pas du tout dans ce sens.

Mais, quels que soient les critiques, le fait est que des faisceaux d’indices s’accumulent depuis des années du côté de la théorie de plusieurs dispersions hors d’Afrique avant celle que nous connaissons bien.

En avril 2018, un doigt découvert en Arabie Saoudite datant de 85.000 ans montrait qu’Homo sapiens avait quitté l’Afrique et le Levant (la côte méditerranéenne du Proche-Orient) plus tôt qu’on ne le pensait. Quelques mois plus tôt, un fossile d’Homo sapiens vieux de 194.000 ans a été découvert en Israël, dans la grotte de Mislya.

Il faudra tout de même d’autres découvertes ou de nouvelles analyses pour mieux comprendre l’histoire de notre espèce. Justement, une technique récente, la paléoprotéomique, permet dans certaines conditions d’analyse un ADN ancien, chose que l’on pensait impossible il y a encore quelques années.

Les auteurs de l’étude affirment qu’une telle analyse d’Apidima 1 va avoir lieu, de même que de nouvelles fouilles dans cette grotte. La quête de notre préhistoire ne fait que commencer.

Source : Huffington Post du 11/07/2019

jeudi 11 juillet 2019

Le premier «Homo sapiens» d’Europe était-il grec ?

Un fragment de crâne daté de 210 000 ans trouvé dans une grotte du Péloponnèse en 1976 aurait appartenu à un représentant de notre espèce. Mais cette interprétation est controversée

Plus de quarante ans après sa découverte, un bout de crâne humain trouvé dans une grotte du Péloponnèse parle enfin. Mais ses «traducteurs», les paléoanthropologues, rapportent des propos contradictoires. Pour l’équipe de Katerina Harvati (universités de Tübingen et d’Athènes), qui le décrit dans la revue Nature du 11 juillet, il s’agirait du premier représentant en Europe de notre espèce, un Homo sapiens daté de 210 000 ans. Henry de Lumley (Institut de paléontologie humaine), coauteur d’une monographie sur le fossile publiée début juin par CNRS Editions, y voit quant à lui «un prénéandertalien jeune». Comme souvent en paléoanthropologie, le temps finira par imposer une vérité. Mais pour l’heure, chaque camp semble sûr de son fait.

Revenons-en donc au fossile lui-même. Ou plutôt aux fossiles, car la grotte a livré deux crânes. Du premier, baptisé Apidima 1, ne subsiste qu’une partie de la calotte postérieure gauche, mais rien de la face avant. L’autre, Apidima 2, offre une mosaïque assez complète mais très déformée du visage, tandis que la partie postérieure fait défaut.

Apidima 1 a été repéré en 1976 par un archéologue amateur, Andreas Andreikos, qui a deviné sur la paroi d’une grotte uniquement accessible par la mer, à 4 mètres au-dessus des flots, ce qui évoquait la coupe d’un crâne humain tronqué par l’érosion. En 1978, Theodoros Pitsios, professeur de l’Université d’Athènes, confirme sur place cette intuition. L’année suivante, Andreas Andreikos repère à 15 cm seulement à droite du premier crâne un second fossile, Apidima 2, lui aussi pris en masse dans la roche. Theodoros Pitsios procède à l’extraction du bloc contenant les deux fossiles, qui en seront patiemment extraits et donneront lieu à une série de publications plus ou moins confidentielles.

Chikayas académiques

Pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps pour aboutir à des descriptions plus complètes? Lors d’une conférence de presse téléphonique organisée par Nature, lundi 8 juillet, Katerina Harvati a indiqué «qu’il n’était pas facile de nettoyer ces spécimens de la roche qui les entourait et qu’étant donné les déformations qu’ils ont subies, ils étaient difficiles à interpréter».

De fait, dès 1999, la paléoanthropologue avait suggéré qu’il pouvait s’agir d’Homo heidelbergensis, puis dix ans plus tard, une nouvelle analyse la faisait hésiter avec Néandertal. A partir de 2012, l’équipe de Henry de Lumley a été conviée par Theodoros Pitsios à étudier les deux crânes. Une double expertise parallèle due à ces chikayas académiques dont la paléontologie a le secret, laisse entendre Henry de Lumley.

A droite, crâne partiel du fossile grec Apidima 1, et sa reconstitution vue de derrière (milieu) et de côté (à droite), montrant une forme arrondie typique de notre espèce, «Homo sapiens»

La première datation directe à l’uranium/thorium, effectuée en 2010, a porté sur un fragment d’os d’Apidima 2, et a abouti à la proposition d’une date minimum de 160 000 ans. A cette époque plus froide, le niveau de la mer était bien inférieur et la cavité accessible depuis la plaine en contrebas.

L’article de Nature fait état de nouvelles datations, réalisées par le même spécialiste, Rainer Grün (Griffith University, Australie). En moyenne, elles donnent une date centrée sur 210 000 ans pour Apidima 1 et 170 000 ans pour Apidima 2. Pour le premier crâne cependant, les datations présentent une très large dispersion, entre 50 000 et 350 000 ans. «Mon interprétation pour les dates bien plus récentes est qu’elles proviennent d’un apport ultérieur d’uranium dans la roche», indique le chercheur allemand, qui se défend d’«avoir rien laissé sous le tapis» à ce sujet.

Coïncidence extraordinaire

Nous voici donc face à deux crânes qui, coïncidence extraordinaire, se seraient retrouvés dans la même anfractuosité d’une grotte à 40 000 ans d’intervalle, puis fossilisés dans des sédiments. Autre conclusion inattendue, ils correspondraient à deux espèces distinctes, le plus ancien, Apidima 1, appartenant en outre à celle qui est apparue le plus récemment, Homo sapiens, quand Apidima 2 est attribué à un néandertalien.

Le distingo entre les deux crânes repose sur l’analyse de la courbure de l’arrière d’Apidima 1. Il est globulaire, alors que celui des néandertaliens présente généralement une sorte de chignon osseux. Pour Katerina Harvati, «Apidima 1 ne présente aucune des caractéristiques typiques des néandertaliens, ou de celles associées à des prénéandertaliens. Mais il montre un profil très arrondi à l’arrière du crâne, un caractère qui apparaît avec les humains modernes.»

Henry de Lumley ne partage pas cette analyse. Dans la monographie qu’il cosigne, les deux crânes sont présentés comme étant deux individus d’une même espèce: «Nous les considérons comme des Homo erectus évolués en voie de néandertalisation.» L’équipe franco-grecque y publie même un dessin où l’on voit un humain archaïque ceint d’une peau de bête déposer au fond d’une grotte deux crânes accompagnés de trois galets, le tout évoquant «un dépôt rituel».

C’est peu dire que cette version de l’histoire n’impressionne guère Katerina Harvati. «L’équipe de Lumley s’est concentrée sur Apidima 2 et a présumé qu’Apidima 1 était de la même espèce car ils avaient été trouvés ensemble. Notre étude plus complète montre qu’ils n’étaient ni du même âge ni de la même espèce. Concernant le comportement rituel, leur interprétation me paraît datée. Il faudrait d’abord exclure des processus naturels qui auraient pu réunir les deux crânes. Le fait que 40 000 ans les séparent interdit qu’ils aient pu être enterrés ensemble.» Henry de Lumley reste imperturbable: «Les datations, vous savez, il faut en prendre et en laisser…»

Vraiment, un sapiens ?

Dans l’hypothèse où Apidima 1 serait bien un sapiens de 210 000 ans, cela en ferait le plus ancien représentant de notre espèce en Europe, arrivé là 160 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait jusqu’alors. Un scénario pas totalement incongru. Le fossile le plus ancien d’un sapiens a été retrouvé au Maroc à Djebel Irhoud et daté de 315 000 ans, et on a aussi découvert un sapiens d’au moins 177 000 ans en Israël à Misliya (Mont Carmel).

Avant cela, il y a eu plusieurs sorties d’Afrique, rappelle Eric Delson (Muséum national d’histoire naturelle, New York) dans un commentaire publié dans Nature: Homo erectus il y a environ 2 millions d’années, puis les ancêtres des néandertaliens il y a 800 000 ans. Plus récemment, écrit-il, le Levant a vu passer puis refluer des populations évoquant néandertaliens et hommes modernes: «Ces anciens fossiles eurasiens semblent représenter ce qu’on pourrait appeler des dispersions ratées hors d’Afrique: ils ont rejoint le Proche-Orient ou le sud-est de l’Europe, mais n’y ont pas persisté.»

Cette vision est séduisante, «peut-être même juste», convient le paléoanthropologue Antoine Balzeau, du Museum national français d’histoire naturelle à Paris, mais elle lui semble prématurée: «Avant d’évoquer ces migrations, assurons-nous qu’Apidima 1 est bien un sapiens.»

Pour lui, la démonstration est incomplète. L’article de Nature, «contrairement à son titre, très affirmatif, évoque une ressemblance avec sapiens, fondée sur un seul caractère morphologique. Seules les vues qui supportent cette hypothèse sont montrées, la documentation présentée est insuffisante pour se faire une idée.» Même s’il qualifie l’étude de «solide», son collègue Florent Détroit note qu’Apidima 1 est «tout de même extrêmement reconstruit» pour être intégré aux analyses, «sa morphologie H. sapiens est donc peut-être un peu surinterprétée». Au final, regrette Antoine Balzeau, «il est dommageable pour notre discipline que les critères scientifiques de ce journal [Nature] soient ainsi revus à la baisse.»

Source : Le Temps du 10/07/2019

mercredi 10 juillet 2019

Le plus vieil Homo sapiens non africain serait grec et vieux de 210.000 ans

DECOUVERTE Des travaux publiés mercredi avancent de plus de 150.000 ans l'arrivée de notre espèce en Europe

Il serait grec et un peu âgé : 210.000 ans, rien que ça ! Lui ? C’est Apidima 1, le plus vieil Homo sapiens non africain qui a été retrouvé grâce à des travaux publiés mercredi, qui avancent de plus de 150.000 ans l'arrivée de notre espèce en Europe.

Apidima 1 est « plus vieux que tous les autres spécimens d’Homo sapiens retrouvés hors d’Afrique », explique à l’AFP Katerina Harvati de l’université de Tübingen en Allemagne, coauteure de l’étude publiée mercredi dans la revue Nature. Un fragment de mâchoire d’un Homo sapiens retrouvé dans une grotte en Israël remonterait à une période allant de 177.000 à 194 000 ans. Les autres « plus anciens » des hommes modernes trouvés hors d’Afrique avoisineraient plutôt les 90.000 à 120.000 ans. En Europe, 70.000 ans.
Une reconnaissance tardive

C’est une reconnaissance tardive pour Apidima 1, lui qui avait été trouvé à la fin des années 1970. Découvert par le Musée d’anthropologie de l’Université d’Athènes dans une cavité du massif d’Apidima dans le Péloponnèse, il avait été, à l’époque, catalogué comme prénéandertalien.

Mais les techniques modernes de datation et d’imagerie ont permis à Katerina Harvati et son équipe de mettre en évidence « un mélange de caractéristiques humaines modernes et archaïques » qui en font « un Homo sapiens précoce ».
Un spécimen trop incomplet ?

Petit bémol : les archéologues n’ont retrouvé que la partie arrière de son crâne, et « certains pourraient soutenir que le spécimen est trop incomplet pour que son statut d’Homo sapiens soit sans équivoque », explique Eric Delson du Lehman College de New York dans un commentaire publié avec l’étude.

Pour Katerina Harvati, « Apidima 1 prouve que la dispersion de l’Homo sapiens hors d’Afrique a non seulement eu lieu plus tôt qu’on ne le pensait, il y a plus de 200.000 ans, mais aussi qu’elle s’est étendue jusqu’en Europe ».

L’Homo sapiens, également appelé l’homme moderne, est apparu en Afrique. Les plus anciens représentants connus de notre espèce sont vieux de 300.000 ans et ont été mis au jour au Maroc, sur le site de Jbel Irhoud. On a longtemps estimé qu’ils n’avaient quitté leur « berceau » que bien plus tard, il y a environ 70.000 ans, en une vague majeure. Mais depuis quelques années, les découvertes ne cessent de remettre en cause cette théorie, avançant toujours plus la date de leurs premières migrations et étendant la zone de leur dispersion.
Un Homme de Néandertal à ses côtés

Apidima 1 avait été découvert face à un autre crâne, baptisé Apidima 2. Selon l’étude (et la présence sur l’os occipital d’un bourrelet osseux horizontal), il s’agirait d’un Néandertalien âgé de 170.000 ans.

« Nos résultats suggèrent qu’au moins deux groupes de personnes vivaient au Pléistocène moyen dans ce qui est aujourd’hui le sud de la Grèce : une population précoce d’Homo sapiens et, plus tard, un groupe de Néandertaliens », avance la spécialiste suggérant que les deuxièmes avaient remplacé les premiers.

Source : 20 minutes du 10/07/2019

samedi 1 mai 1999

Apidima 1

Les chercheurs ont découvert deux fossiles importants dans la grotte d'Apidima «A» en 1978. Les deux fossiles sont maintenant appelés Apidima 1 et Apidima 2. Des outils en pierre ont été trouvés dans les quatre grottes. Une recherche publiée en juillet 2019 indique que le fragment de crâne d'Apidima 2 (désigné LAO 1/S2 a une morphologie néandertalienne, et en utilisant la datation uranium-thorium, a été trouvé à plus de 170 000 ans. Le fossile du crâne d'Apidima 1 (désigné LAO 1/S1) s'est avéré plus ancien, daté - en utilisant la même méthode - de plus de 210 000 ans, et présente un mélange de caractéristiques humaines modernes et primitives. Cela fait d'Apidima 1 la plus ancienne preuve d'Homo sapiens en dehors de l'Afrique, plus de 150 000 ans de plus que les précédentes découvertes de H. sapiens en Europe.

La chercheuse principale, Katerina Harvati, a résumé : «Nos résultats suggèrent qu'au moins deux groupes de personnes vivaient au Pléistocène moyen dans ce qui est maintenant le sud de la Grèce : une population d'Homo sapiens précoce, suivie d'une population de Néandertal.» Harvati a déclaré que l'équipe tenterait d'extraire de l'ADN ancien des fossiles, mais qu'elle n'était pas optimiste quant à en trouver. Si des échantillons suffisants peuvent être obtenus, une analyse paléoprotéomique des protéines anciennes peut également être effectuée sur les fossiles.

Source : Wikipedia (en)

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nom : Apidima 1 - LAO 1/S1
âge : 210 ka
découverte :
date : 1978
espèce : Homo sapiens

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Des migrations encore plus précoces sont possibles ; certains pensent qu'il existe des preuves d'humains atteignant l'Europe il y a aussi longtemps que 210 000 ans. Alors que la plupart des premières découvertes humaines suscitent un débat scientifique, peu atteignent le niveau du fragment de crâne d'Apidima, dans le sud de la Grèce, qui peut avoir plus de 200000 ans et pourrait probablement représenter le premier fossile humain moderne découvert en dehors de l'Afrique. Le site est cependant profondément controversé , certains érudits estimant que les restes mal conservés ressemblent moins à ceux de notre propre espèce et plus à ceux de Néandertal, dont les restes se trouvent à quelques mètres de là dans la même grotte. D'autres remettent en question l'exactitude de l'analyse de datation entreprise sur le site, ce qui est délicat car les fossiles sont depuis longtemps tombés des couches géologiques dans lesquelles ils ont été déposés.

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En 2019 une étude parue dans la revue Nature date de 210 000 ans un crâne d'Homo sapiens précoce découvert dans le sud de la Grèce, dans la grotte d'Apidima, appelé Apidima 1, en utilisant une méthode de datation par l'uranium-thorium100. Ce crâne avait été découvert à la fin des années 1970, avec un autre nommé Apidima 2 (Homme de Néandertal, 170 000 ans), mais ces deux fossiles humains fragmentaires n'avaient pas pu jusqu'à présent être attribués à une espèce ni datés de manière certaine. Les scientifiques supposent que les Homo sapiens ont entrepris plusieurs migrations hors d'Afrique, «certaines ne donnant pas lieu à une installation permanente». Toutefois cette étude demeure contestée ; selon Henry de Lumley (Institut de paléontologie humaine) Apidima 1 est, comme Apidima 2, le crâne d'un prénéandertalien.

Source : Wikipedia