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vendredi 26 mars 2021

Ils ont vécu en même temps que Sapiens

Homo neanderthalensis

Âge : entre 430.000 et 30.000 ans
Résidence : Europe, Proche-Orient et Asie centrale
Famille : Ce cousin éloigné de Sapiens a de nombreux pères putatifs, comme Homo heidelbergensis ou Homo antecessor
Caractéristiques : Après Sapiens, c'est le plus connu des hominiens. Mais son physique trapu a longtemps nui à la reconnaissance de sa culture complexe, à la fois technique, artistique et symbolique.

Homo denisovensis

Âge : entre 195.000 et 53.000 ans
Résidence : Asie orientale (estimée de la Sibérie à l'Asie du Sud-Est)
Famille : Cousin de Néandertal, il s'est hybridé avec celui-ci et a également eu une descendance avec Sapiens
Caractéristiques : En génétique, il n'est représenté que par le génome d'un individu, une femme, dont le matériel génétique a pu être extrait d'une phalange.

Homo naledi

Âge : entre 335.000 et 236.000 ans
Résidence : Afrique du Sud
Famille : Il pourrait s'agir d'un cul-de-sac de l'évolution, une espèce n'ayant pas de descendance
Caractéristiques : Sa morphologie primitive suggérait une histoire plus ancienne, estimée à plus de 2 millions d'années. Plusieurs analyses poussées des fossiles lui ont donné un coup de jeune.

Homo luzonensis

Âge : plus de 30.000 ans
Résidence : Île de Luçon (Philippines)
Famille : Inconnue
Caractéristiques : Il n'a été découvert qu'en 2011 : c'est la dernière espèce en date à avoir été classée dans le genre Homo (en 2019).

Homo floresiensis

Âge : entre 190.000 et 50.000 ans
Résidence : Île de Flores (Indonésie)
Famille : Très discutées, les dernières études phylogénétiques suggèrent qu'il serait un cousin d'Homo habilis et donc issu d'une branche bien antérieure à celle qui a donné naissance à Homo Sapiens.
Caractéristiques : Il est surnommé le Hobbit à cause de sa très petite taille (de 1 mètre à 1,20 m), et sa boîte crânienne, de seulement 380 centimètres cubes quand la nôtre représente environ 1200 centimètres cubes, intrigue toujours.

Source : Science et Avenir janvier 2021

samedi 30 mai 2020

Un seul berceau... et tant d'origines

Leur destin fut différent : Homo floresiensis (à g.) s'est éteint, Neandertal (à dr. ) s'est fondu en nous. Et Homo naledi ? On n'en sait rien. Peut-être en subsiste-t-il des traces dans notre génome.

La quête des origines ne se résume pas à un berceau. Car dès que les humains modernes en sont sortis, ils se sont hybridés avec des populations aujourd'hui disparues, dont notre ADN conserve la trace. Nous descendons aussi de ces fantômes…

La croisée des chemins, le point de convergence inéluctable de tous les cours d'eau, le tronc qui unifie chaque racine, chaque rameau… Voilà ce que représente le Makgadikgadi pour l'humanité. Mais la richesse de notre histoire ne se résume pas à la découverte de ce berceau. Notre identité ne saurait s'éclairer à la lumière d'un unique zoom, aussi lumineux soit-il. Nous ne sommes pas seulement les héritiers de cette première population d'humains modernes, qui émergea il y a quelque 200 000 ans, puis qui envahit le monde. Même si vous, moi, et tous ceux qui peuplent aujourd'hui la Terre lui devons l'immense majorité de notre génome, l'histoire de notre origine est beaucoup plus complexe.

Car dans la longue marche imposée par l'évolution, les routes sont nombreuses, sinueuses et entrecroisées. Prenez Neandertal. Ce lointain cousin, qui a pris exil de notre lignée bien avant la naissance de l'humain moderne, n'est pas passé par notre berceau. Mais nous savons depuis une dizaine d'années - et la découverte en fut retentissante - qu'Européens et Asiatiques en sont les héritiers directs pour quelques pourcents de leur génome : il y a près de 40 000 ans, quelque part en Eurasie, sa lignée s'est fondue avec la nôtre, comme si elle ne nous avait jamais quittés.

"Les croisements entre les espèces humaines ont été bien plus nombreux que tout ce que nous pensions, témoigne Alan Rogers, généticien à l'université d'Utah, aux États-Unis.

Et les humains actuels en sont l'ultime résultat." Certes, nous avons un berceau, mais nous sommes aussi une chimère, une somme, la fusion de toutes les humanités qui nous ont précédés. Et les recherches actuelles ne font qu'accentuer ce fait poignant.

Sur notre alliance génétique avec Neandertal, pour commencer. Alors que nous pensions que celle-ci s'était nouée seulement en Eurasie, excluant de fait la présence d'ADN néandertalien au sein des populations africaines, voilà qu'une étude publiée à la fin du mois de février dernier prouve le contraire : tous les peuples africains étudiés porteraient jusqu'à 30 % des séquences génétiques néandertaliennes retrouvées dans les populations européennes actuelles !

UNE LIGNÉE HANTÉE

Cela implique plusieurs choses, commente Joshua Akey, généticien à l'université de Princeton, aux États-Unis, et auteur de l'étude : "Il semble qu'après la sortie d'Afrique des humains modernes, il y a 60 000 ans environ, et l'épisode d'hybridation avec Neandertal qui s'en est suivi, il y ait eu une migration retour vers l'Afrique de ces humains modernes portant en eux l'ADN néandertalien, qui s'est ensuite propagé. Tous les 2 054 individus que nous avons testés à travers le monde présentent des séquences néandertaliennes. Il faut encore des études pour le confirmer, mais on peut dire que Neandertal survit sûrement dans chaque humain vivant aujourd'hui." Nous sommes donc encore plus néandertaliens que nous ne le pensions…

Remontons encore dans le temps : cette même histoire, Neandertal l'aurait lui aussi vécue ! C'est ce qu'affirme Alan Rogers en pointant une portion d'ADN suspecte. Au temps où Neandertal et Denisova n'étaient encore qu'une seule et même lignée, il y a près de 600 000 ans, lors de leur propre sortie d'Afrique, eux aussi auraient bibliquement rencontré un prédécesseur. Qui ? Probablement le tout premier des explorateurs, celui qui, pour la première fois, aurait posé un pied conquérant, et non une patte, sur l'immense Eurasie, il y a de cela 2 millions d'années : Homo erectus lui-même. "Les dates concordent, confirme Alan Rogers, même s'il faudrait plutôt parler de rencontre avec les descendants d' Erectus. Toujours est-il que, puisque nous avons hérité de gènes néandertaliens et denisoviens, il est très possible que nous ayons aussi hérité de cet ADN lointain." Et voilà que nous devenons tous, peut-être, un peu Homoerectus .

Il est pourtant impossible de le savoir avec certitude : l'ADN d' Erectus n'a jamais pu être analysé, car celui contenu dans ses fossiles est trop vieux, trop détérioré. La portion d'ADN suspecte pourrait donc tout aussi bien être l'héritage d'une autre espèce humaine d'un même âge, et dont les fossiles n'ont jamais été retrouvés. Mais la dynamique actuelle de la recherche en paléoanthropologie est là : créer des méthodes statistiques permettant de comparer nos génomes avec ceux des néandertaliens et des denisoviens afin d'identifier justement les séquences qui échappent à leur parenté. Des séquences qui ne peuvent avoir été héritées de leur même ancêtre commun. Des séquences forcément venues d'ailleurs…

Les "fantômes". C'est ainsi qu'ont été baptisées ces populations inconnues, détentrices originelles de ces traces d'ADN découvertes au cœur de nos génomes. Des populations qui ont disparu de la surface de la Terre, mais qui continuent d'exister à travers nous. Les paléoanthropologues parlent même de "fantômes modernes", de "fantômes archaïques", voire de "fantômes super-archaïques", selon qu'ils apparaissent dans notre lignée comme des cousins plus ou moins éloignés. Et notre ADN s'avère plus hanté qu'un château écossais !

UNE HYBRIDATION OPPORTUNISTE

Plusieurs peuples d'Afrique de l'Ouest porteraient ainsi entre 2 et 19 % d'ADN d'un de ces fantômes… Celui-ci aurait quitté notre lignée avant même que Neandertal et Denisova ne le fassent, puis serait revenu s'hybrider il y a près de 50 000 ans avec certaines des premières populations d'humains modernes. Un autre signal similaire, mais qui n'a pu être daté cette fois, a aussi été découvert fin 2019 dans les populations d'Afrique sub-saharienne. "Et il y en aura sûrement beaucoup d'autres" , prévient Alan Rogers.

Qui étaient ces populations que l'humain moderne a totalement englouties dès l'aube de son histoire ? Les candidats ne manquent pas : l'Afrique, au même titre que l'Europe et l'Asie, fourmillait alors de lignées. Homo naledi, par exemple, cet humain fossile présentant une mosaïque de caractères modernes et ancestraux, dont un tout petit cerveau de la taille d'un pamplemousse, vivait encore il y a un peu plus de 200 000 ans en Afrique du Sud. Et un fossile attribué à Homo heidelbergensis, découvert en Zambie il y a un siècle, vient d'être redaté : âgé de 300 000 ans, il aurait pu sans conteste être absorbé par nous.

Bien sûr, certaines lignées humaines ont bel et bien disparu, sans rejoindre notre route. Comme Homo floresiensis , cette espèce naine qui habitait l'île de Florès, en Indonésie, qui s'est éteinte il y a près de 50 000 ans : nulle trace de fantôme n'a été retrouvée chez les populations actuelles de l'île, par rapport aux autres populations d'Asie. Mais contrairement à ce que l'on pensait, c'est l'exception qui confirme la règle. Car la norme, elle, était plutôt l'hybridation. "D'autant qu'on sait aujourd'hui que des espèces humaines séparées depuis plus d'un million d'années pouvaient encore s'hybrider, comme ce fut le cas entre les denisoviens et les possibles descendants d' Erectus " , renchérit Alan Rogers.

Ce qui n'étonne pas Nicolas Bierne, biologiste spécialiste du phénomène de spéciation à l'université de Montpellier : "Un million d'années, c'est extrêmement court dans l'évolution des espèces. Les populations séparées par ce laps de temps n'en sont finalement qu'au début de leur différentiation, dans ce qu'on appelle la 'zone grise de la spéciation'. Neandertal et les humains modernes étaient ainsi, d'un point de vue génétique, plus proches entre eux que certains animaux que l'on classerait pourtant comme étant de la même espèce. Longtemps on a cru que l'hybridation entre les humains modernes et les néandertaliens ne fonctionnait pas bien, car des portions entières du génome n'étaient jamais néandertaliennes, ou encore parce que nous n'en avons gardé que quelques pour-cents. Mais cela peut s'expliquer facilement : les humains modernes étaient simplement bien plus nombreux, et seuls les gènes particulièrement utiles ont été conservés. Avec la dérive génétique, au fil des générations, des portions entières du génome, moins efficaces, ont donc été effacées."

Et voilà une belle leçon de cette histoire : les portions d'ADN héritées de ces nombreux humains ancestraux ne sont certainement pas silencieuses. Nous n'avons pas seulement assimilé Neandertal et les autres, nous en avons surtout tiré le meilleur. "Les études montrent en effet que les séquences génétiques néandertaliennes jouent un rôle sur le système immunitaire ou la pigmentation de la peau, et ont donc une utilité, souligne Alan Rogers.

De la même manière, les Tibétains ont hérité un gène denisovien facilitant la vie en haute altitude, qui semble provenir originellement d'une population encore plus archaïque." Pour s'adapter à un nouveau milieu, un nouvel en vironnement, l'hybridation est plus efficace que la longue évolution. "Et c'est logique , renchérit Nicolas Bierne.

Les populations ancestrales étaient déjà sur place depuis des centaines de milliers d'années, ou plus : elles ont eu le temps de s'adapter. En un sens, elles nous ont préparé le terrain."

NOTRE MÉTISSAGE CONTINUE…

À côté de tout ce que nous devons à la population souche issue du berceau, les autres populations humaines, chacune à sa manière, nous ont aussi enrichis. Et quand bien même, en tant qu'individus, nous ne posséderions pas toutes ces ancestralités - en Europe, il nous manque celle de Denisova -, ce n'est sûrement que pour un temps. "Projetons-nous dans le futur lointain, imagine Nicolas Bierne. Les métissages vont continuer, au point qu'il n'y aura sûrement plus de populations dites 'pures', tels les Indiens d'Amériques, mais tout le monde, au contraire, en portera l'ADN. Est-ce que, parce que ce pourcentage sera faible, je ne voudrai pas me rattacher à leur histoire ? Bien sûr que si ! De la même manière, je veux me rappeler Denisova."

Alors, rendons hommage à Neandertal et Denisova, à Naledi et Heidelber-gensis , à Erectus et Habilis , à Floresiensis et Luzonensis, et à tous les fantômes qui continuent d'exister à travers nous. Car nous n'avons qu'un berceau, mais de multiples origines.

Source : Science et Vie du 28/05/2020

mercredi 12 février 2020

Homo luzonensis (Homme de Callao ou de Luçon)

L'Homme de Callao ou Homme de Luçon est le nom donné à un ensemble de fossiles correspondant à au moins trois individus, découverts à partir de 2007 dans la grotte de Callao, aux Philippines. Selon les découvreurs, il s’agit d’une espèce à part entière, Homo luzonensis, une espèce éteinte du genre Homo qui vivait il y a au moins 50 000 ans sur l'ile de Luçon.

Ces fossiles étaient les plus anciennes traces d'une présence humaine aux Philippines, jusqu'à la découverte de marques de boucherie datées de 709 000 ans indiquant une activité humaine sur le site de Kalinga, voisin d'une trentaine de kilomètres de la grotte de Callao.

Analyse

L'ile de Luçon est toujours restée isolée du continent par la mer durant toutes les périodes glaciaires du Pléistocène. Elle ne pouvait donc être atteinte que par la navigation, que l'on suppose exceptionnelle chez les espèces humaines archaïques. Les chercheurs en déduisent que l'Homme de Callao aurait évolué séparément, à partir d'une espèce continentale ancestrale, par endémisme insulaire, à l'image d'Homo floresiensis sur l'île indonésienne de Florès.

Sa fiche sur Wikipedia

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Zone géographique : île de Luçon

Période : Plus de 50.000 ans

Découverte :
En 2018, dans la grotte de Callao, aux Philippines.

Caractéristiques : C'est le dernier arrivant dans ce portrait de famille. Identifié par seulement quelques ossements, des phalanges, une demi-douzaine de dents et un bout de fémur, il présente d'étranges caractéristiques, à la fois modernes et archaïques. A l'instar de l'homme de Florès, il n'était sans doute pas très grand, peut-être lui aussi victime de nanisme insulaire.

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Age : - 67 000 à - 50 000 ans
Taille : petite stature
Poids : ?
Localisation : Asie du Sud-Est
Habitat : Tropical
Feux : pas de traces de combustion
Outils : Pas d'outil associé

Sa fiche sur Hominidés.com

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Homme de Callao
50 - 67 ka
2007
Grotte de Callao, Philippines
Armand Salvador Mijares et Florent Détroit

dimanche 12 mai 2019

Origine des hommes : l'enjeu des découvertes, par J.-J. Hublin

On n'arrête pas de découvrir de nouvelles espèces humaines : homo luzonensis, de Denisova, de Florès, hybridations avec Néandertal... inimaginables il y a peu, ces découvertes bouleversent nos connaissances sur l'homme actuel. Le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin en explique les enjeux.



"Depuis que j'ai passé ma thèse, on a trouvé plus d'hommes fossiles que dans le siècle qui s'est écoulé auparavant." Pour le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin, aujourd'hui professeur au Collège de France et chercheur à l'Institut Max-Planck, penser, comme il le croyait quand il était jeune étudiant, que tout avait déjà été découvert était une monumentale erreur.

Les découvertes sur les espèces humaines se développent à un rythme effréné ces dernières années - voire ces derniers mois : Homme de Luzonensis découvert en avril 2019 dans une grotte aux Philippines, homme de Denisova découvert en Sibérie en 2010, dont la présence vient d'être confirmée par Jean-Jacques Hublin lui-même ce mois de mai au Tibet il y a "seulement" 160 000 ans et à 3 300 mètres d'altitude, hybridations génétiques entre homo sapiens et Néandertal avérées à plusieurs reprises en 2014 et 2017, homme de Florès découvert en 2003...

L'histoire de l'espèce humaine ne suit pas un déroulé linéaire, contrairement à une idée reçue communément admise. Elle est le fruit du buissonnement de plusieurs branches, et d'hybridations avec homo sapiens au moment du remplacement hégémonique par homo sapiens.

Qu'est-ce que ce buissonnement dit de nous ? Peut être que la leçon à en tirer est que notre espèce, aujourd'hui homogène et hégémonique, aurait déjà commencé son oeuvre d'extinction de masse qui nous préoccupe tant aujourd'hui, il y a plus de 200 000 ans.

Source : France Culture du 06/05/2019

vendredi 10 mai 2019

Origines de l'homme : de nouvelles pièces au puzzle

La découverte en Asie de plusieurs espèces du genre Homo rebat les cartes de nos origines.

Si l'Afrique est le berceau de l'humanité, l'Asie peut-elle avoir été sa pouponnière ? La découverte d'une nouvelle espèce d'hominiens sur l'île de Luçon, au nord des Philippines, vient apporter un nouveau crédit à cette thèse. « Tous les continents ont potentiellement joué ce rôle à un moment ou un autre au cours de notre évolution, mais cette partie du monde a longtemps été sous-estimée. Avec ce nouvel Homo luzonensis, nous sommes amenés à revoir la vision de l'évolution de notre lignée », explique le paléoanthropologue Clément Zanolli, qui a contribué à cette découverte publiée dans « Nature » .

Le premier fossile de cet individu a été trouvé dans une couche datée d'environ 70.000 ans d'une grotte fouillée en 2007. « Ce métatarse [un ensemble d'os longs du pied, NDLR] avait été identifié comme humain mais il ne ressemblait pas complètement à celui d'Homo sapiens », poursuit le chercheur.

Pendant des années, la petite communauté de préhistoriens s'est demandé s'il s'agissait d'une difformité, jusqu'à la découverte d'autres restes il y a quatre ans : 7 dents, des phalanges et un bout de fémur. Bien que succinct (13 fragments au total), ce matériel a suffi à éliminer l'hypothèse selon laquelle ces restes auraient pu appartenir aux ancêtres d'une population du Sud-Est asiatique, les Négritos. A l'aide de scanners à rayons X, les chercheurs du laboratoire CNRS « De la préhistoire à l'actuel : culture, environnement et anthropologie » ont reconstitué en 3D la structure interne des dents et analysé son tissu minéral, la dentine. « L'étude de cette dentine a révélé des composantes similaires à celles observées chez les derniers Homo erectus. Mais celle des phalanges et du fémur a révélé un caractère plus archaïque proche des australopithèques », résume Clément Zanolli.

A part que la combinaison de ces traits fait de cet individu une nouvelle espèce, on sait peu de chose d'elle. La taille des dents et de la phalange suggère un être de petite taille (1,20 m) qui pourrait être arrivé sur cette île du Pacifique de façon accidentelle, par exemple à cause d'un tsunami qui aurait emporté avec lui un bout de terre comme les chercheurs l'ont observé à propos de la migration de macaques à des centaines de kilomètres de leur aire de répartition.

L'environnement tropical n'a malheureusement pas permis de préserver l'ADN et aucun élément culturel ne permet d'imaginer leur organisation. Dans l'attente des études biomécaniques qui devraient dire comment ils se déplaçaient, les chercheurs en sont donc réduits à des hypothèses : vivant dans les grottes, ils maîtrisaient sans doute le feu ; ils ont évolué à l'écart en s'adaptant à leur insularité dans un environnement sans prédateurs riche en nourriture, et ils descendaient sans doute de Homo erectus, une espèce humaine dominante de cette partie du monde, présente depuis 1,5 million d'années de la Chine actuelle à la Malaisie, et aux Philippines depuis 700.000 ans.

Album de famille

Homo luzonensis aurait vécu entre - 100.000 et - 70.000 ans, et c'est là le plus intéressant : à la même époque, plusieurs autres représentants du genre Homo peuplent la région. « C'était un buisson-ardent », résume Clément Zanolli. On découvre, en effet, que l'album de famille de ces bipèdes agiles maîtrisant la taille d'outils était particulièrement fourni en Asie. Ce coin de paradis accueillait déjà Homo sapiens - notre ancêtre - débarqué du berceau africain il y a 100.000 ans, mais aussi Homo erectus, Homo fiorensiensis (mis au jour en 2003 et 2016 en Indonésie), Néandertal et une espèce cousine déconcertante dont on apprend de plus en plus, les Dénisoviens.

Une étude publiée dans la revue « Cell » le 10 avril dernier a fourni de nouveaux éléments de connaissance de cette espèce dont les premiers restes ont été découverts dans une grotte de l'Altaï en Sibérie. Selon ces travaux, ce groupe aurait vécu aux côtés d'Homo sapiens pendant des millénaires et se serait mêlé à l'homme moderne, notamment en Nouvelle-Guinée, jusqu'à disparaître il y a peut-être seulement 15.000 ans. Ce qui signifierait qu'ils auraient été les derniers concurrents de notre humanité. « Tout à coup, il apparaît comme évident que le centre de la diversité des espèces anciennes se trouve dans les îles d'Asie du Sud-Est », déclarait l'un des coauteurs de l'étude, Murray Cox de l'université Massey en Nouvelle-Zélande, lors de la présentation de ces travaux.

Rendue publique dans la revue « Nature » la semaine passée , la découverte d'une mandibule très loin de la grotte sibérienne de Denisova, qui avait livré jusqu'alors les seuls fossiles connus de ce groupe humain, confirme qu'il s'est largement répandu en Asie, jusqu'à gagner les hauts plateaux tibétains, à une altitude de 3.280 mètres. « On a la preuve que l'espèce s'est adaptée à un environnement pauvre en oxygène, et qu'elle s'est brassée avec Homo sapiens : c'est grâce à cette part dans leur génome que certaines populations d'Asie, dont les Sherpas et les Tibétains, peuvent vivre en haute altitude », explique le paléoanthropologue au Collège de France, Jean-Jacques Hublin.

Aux yeux de plus en plus de chercheurs, la thèse monocentrée dite « Out of Africa », encore majoritaire et qui veut que tous les humains modernes descendent des mêmes ancêtres communs africains, nécessite d'être révisée, et avec elle l'arbre phylogénique du genre Homo. « Les dernières découvertes montrent très clairement que l'évolution de l'espèce humaine n'est pas linéaire et est bien plus complexe qu'on ne le pensait jusqu'alors », indiquait récemment le principal auteur de l'étude des restes d'Homo luzonensis, Florent Détroit, paléoanthropologue au musée de l'Homme à Paris.

En juillet dernier, dans la revue « Trends in Ecology and Evolution » , un consortium composé de spécialistes de l'évolution humaine, de la génétique et des climats du passé suggérait que nos ancêtres auraient été présents assez tôt sur tous les continents, évoluant dans des environnements très différents, et qu'au cours des 300.000 dernières années, « c'est une dynamique complexe de connexions, de séparations et de métissages entre les différentes lignées et cultures qui aurait engendré, à la manière d'un puzzle, la diversité de notre espèce ». En comptant Homo luzonensis, six représentants différents du genre Homo ont pu croiser la route de sapiens.

Source : Les Echos du 04/05/2019


Humanités plurielles

Les Homo qui ont pu croiser sapiens en Asie :

Homo erectus - A peuplé l'Asie entre 1,6 million d'années et 140.000 ans. Il mesurait entre 150 et 165 cm et avait un volume crânien compris entre 900 et 1.200 cm3.
Homo neanderthalensis - Cette espèce robuste a survécu à plusieurs glaciations et côtoyé sapiens à plusieurs reprises en Asie et en Europe.
Homo floresiensis - Originaire de l'île indonésienne de Florès, ce petit homme (1 m) au faible volume crânien (380 cm3) n'en maîtrisait pas moins le feu et la taille d'outils.
Homo luzonensis - Le dernier venu de la famille Homo a peuplé l'île philippine de Luçon il y a 50.000 ans et a évolué séparément du reste du groupe.
Homo denisovensis - On retrouve jusqu'à 5 % d'ADN de cette espèce découverte au sud de la Sibérie chez des aborigènes d'Australie. Elle a disparu il y a 50.000 ans.
Homo heiderlbergensis - L'espèce est considérée comme l'ancêtre probable de Néandertal et des Dénisoviens.

vendredi 12 avril 2019

La chute d'Homo luzonensis

L'Homo luzonensis, un humain isolé sur une île

Homo luzonensis : comment se déplaçait-il ?

Des archéologues découvrent les fossiles d'une espèce humaine jusqu'ici inconnue


Une équipe de paléontologues vient de faire une incroyable découverte : dans une grotte aux Philippines, ils ont identifié les ossements d'une nouvelle espèce humaine. Homo luzonensis aurait vécu il y a 50.000 à 70.000 ans... et n'a pas fini de nous révéler ses nombreux secrets.

Vous connaissez forcément Homo sapiens, Homo erectus, peut-être même Homo Floresiensis et les Dénisoviens... ces nombreuses familles composent l'arbre généalogique de l'Humanité. Grâce à une récente découverte, nous apprenons maintenant qu'il est incomplet : l'équipe du paléontologue français Florent Détroit vient en effet d'identifier une nouvelle espèce humaine, jusqu'ici inconnue.

Son nom : Homo luzonensis, qui aurait vécu il y a 50.000 à 70.000 ans. L'histoire de sa découverte, elle, est très récente : c'est en 2007 que tout a commencé. Dans la grotte de Callao, sur l'île de Luzon au nord des Philippines, les scientifiques ont fait une trouvaille décisive. Celle d'un métatarse, un petit os du pied.

"L'os avait été identifié comme humain, mais il ne ressemblait pas complètement à celui d'Homo sapiens", relate auprès du CNRS le paléoanthropologue Clément Zanolli, qui a contribué à cette découverte majeure. "La question était alors de savoir s'il s'agissait d'un individu anormal ou si l'on avait affaire à une autre espèce humaine."

Des différences morphologiques

En 2015, la découverte de nouveaux fossiles ont permis d'avancer vers cette seconde hypothèse. Les chercheurs ont distingué sept dents, des phalanges et un bout de fémur ayant appartenu à trois individus.

Grâce à des analyses 3D, les chercheurs ont obtenu "des informations sur la structure interne bien préservée des fossiles, malgré une structure externe parfois endommagée". En étudiant la dentine et l'émail de ces sept dents, les scientifiques ont pu se rendre compte de différences morphologiques : elles ne ressemblaient ni à celles d'Homo sapiens, ni Homo erectus, ni Homo floresiensis.

"Plus généralement, les dents présentaient des composantes dites "modernes" similaires à des caractéristiques observées chez les derniers Homo erectus. Cependant, les os montraient un signal un peu différent", se souvient Dr. Zanolli.

"La combinaison de traits qui semblent archaïques sur les os et un peu plus modernes sur les dents nous a permis de définir qu'on avait affaire à une nouvelle espèce", avance le chercheur.

Le mystère Homo luzonensis

Alors, que sait-on aujourd'hui de cette espèce ? D'après les chercheurs, Homo luzonesis aurait vécu il y a 50.000 à 70.000 ans. Il serait donc fortement probable qu'il ait croisé les autres espèces connues d'hominines.

"On sait que les Philippines, contrairement à l'Indonésie, étaient séparées par des kilomètres de bras de mer du continent, au cours des deux derniers millions d'années. Donc, comment Homo luzonensis a-t-il pu arriver sur l'île de Luzon ? Cela aurait pu survenir de manière accidentelle, sur des radeaux de fortune par exemple, à cause d'un tsunami ayant emporté un bout de terre et les déplacer depuis le continent."

Prochain défi qui attend les scientifiques : déterminer qui étaient ses ancêtres. "Les origines biologiques et géographiques sont pour le moment deux questions essentielles qui restent ouvertes et auxquelles on va devoir répondre", conclut Clément Zanolli.


Source : MaxiSciences du 11/04/2019

jeudi 11 avril 2019

Une nouvelle espèce humaine découverte aux Philippines

C'est dans la grotte de Callao sur l'île de Luzon au nord des Philippines, qu'une nouvelle espèce d'hominine a été mise au jour par une équipe internationale: Homo luzonensis, identifié grâce à des fossiles datés de 50 à 67 000 ans. Entretien avec le paléoanthropologue Clément Zanolli, qui a contribué à cette découverte majeure.

Comment a commencé l'histoire de la découverte de cette nouvelle espèce humaine ?

Clément Zanolli: L'histoire remonte à 2007 avec la découverte, d'un métatarse, un petit os du pied, trouvé dans un niveau ancien d'une grotte et daté d'environ 70 000 ans. L'os avait été identifié comme humain mais il ne ressemblait pas complètement à celui d'Homo sapiens. La question était alors de savoir s'il s'agissait d'un individu anormal ou si l'on avait affaire à une autre espèce humaine. Finalement, les recherches sur le terrain se sont poursuivies jusqu'à la découverte d'autres restes humains en 2015: 7 dents, des phalanges et un bout de fémur ayant appartenu à trois individus. Ensuite, il nous a fallu identifier qu'il s'agissait bien d'une nouvelle espèce. Sachant que les fossiles auraient pu correspondre aux ancêtres d'une population des Philippines - les Négritos.

Comment avez-vous identifié que les fossiles provenaient d'une nouvelle espèce ?

C. Z.: Cela a été le fruit d'un travail pluridisciplinaire. Techniquement, des analyses 3D nous ont apporté des informations sur la structure interne bien préservée des fossiles, malgré une structure externe parfois endommagée. J'ai travaillé en particulier sur l'étude des dents. À l'aide de scanners à rayons X, nous avons pu observer la dentine, tissu minéral de la dent, en retirant virtuellement la capsule d'émail qui se trouvait au-dessus. Les analyses morphologiques montrent notamment des différences dans les positions des cornes de dentine et de leur hauteur en comparaison à d'autres espèces comme Homo sapiens, Homo erectus et Homo floresiensis. Plus généralement, les dents présentaient des composantes dites "modernes" similaires à des caractéristiques observées chez les derniers Homo erectus. Cependant, les os montraient un signal un peu différent. Mes collègues ont observé des crêtes d'insertion des muscles qui sont très développées ainsi qu'une certaine courbure des phalanges qui correspondent à une morphologie proche de celle observée chez les australopithèques. Finalement, cette combinaison de traits qui semblent archaïques sur les os et un peu plus modernes sur les dents nous a permis de définir qu'on avait affaire à une nouvelle espèce.

Rendu virtuel (à gauche) de la phalange proximale de pied CCH4 de l'espèce Homo luzonensis et en semi-transparences (à droite) des tissus dentaires des prémolaires et molaires maximales du spécimen CCH6

À quelle époque auraient vécu ces individus ?

C. Z.: On sait que l'espèce aurait vécu au minimum il y a 50 000 ans et probablement entre 70 000 et 100 000 ans. Sur cette période, on connaît au moins trois autres taxons humains dans cette zone de l'Asie du sud-est. Il y a Homo sapiens qui est arrivé en Chine il y a plus de 100 000 ans, Homo erectus qui a survécu à Java jusqu'à il y a 70 000 ans, et Homo floresiensis. Il faudrait peut-être même ajouter un mystérieux groupe humain, les Dénisoviens, pour lequel on n'a encore très peu de fossiles et dont l'analyse ADN a démontré qu'il s'agissait d'un groupe proche des Néandertaliens mais ayant vécu en Asie. Cela fait donc désormais quatre à cinq espèces homininesFermerQui regroupe le genre Homo et les australopithèques. qui ont vécu à la même époque et se sont potentiellement rencontrées.

Que sait-on des origines d'Homo luzonensis et de la façon dont ces individus seraient arrivés aux Philippines ?

C. Z.: On sait que les Philippines, contrairement à l'Indonésie, étaient séparées par des kilomètres de bras de mer du continent, au cours des deux derniers millions d'années. Donc, comment Homo luzonensis a-t-il pu arriver sur l'île de Luzon ? Cela aurait pu survenir de manière accidentelle, sur des radeaux de fortune par exemple, à cause d'un tsunami ayant emporté un bout de terre et les déplacer depuis le continent. Connaître les potentiels ancêtres d'Homo luzonensis est une question qui nous intéresse beaucoup également. Était-ce Homo erectus ? À moins que la nouvelle espèce ne dérive d'une branche plus ancienne d'Homo floresiensis. Les origines biologiques et géographiques sont pour le moment deux questions essentielles qui restent ouvertes et auxquelles on va devoir répondre.

Quelles analyses permettraient d'en apprendre davantage sur ces individus ?

C. Z.: Pour l'instant les données comportementales ou biologiques sont encore assez limitées. Nous avons déjà réalisé tous les tests non destructifs possibles. Des analyses isotopiques nous donneraient plus d'informations sur le contexte paléo-écologique et alimentaire. D'autres études sur la biomécanique des petits os, les phalanges et les métatarses, nous permettraient d'avoir des informations sur les habitudes et les comportements locomoteurs de ces individus.

Qu'apporte, plus généralement, cette découverte à la recherche ?

C. Z.: Avec cette découverte, nous augmentons encore une fois nos connaissances de la diversité des hominidésFermerQui regroupe les homininés (Hominines et chimpanzés et bonobos) et les gorilles.. Si on regarde quelques décennies en arrière, on se rend compte qu'on ne connaissait pas plus d'une dizaine d'espèces humaines fossiles. Aujourd'hui, on a quasiment triplé ce panel. Dans nos recherches, c'est fascinant de se dire que l'on ne connaît pas toute la diversité et que quelque chose nous échappe encore. Car qu'est-ce que cent mille ans par rapport à l'ensemble de l'histoire de l'évolution humaine ?

Source : Techno-Science.net du 11/04/2019

INFOGRAPHIE - Une nouvelle espèce, contemporaine d’Homo sapiens, a vécu aux Philippines

Une équipe internationale codirigée par Florent Détroit, du Muséum national d’histoire naturelle, a découvert une nouvelle espèce humaine, l’Homo luzonensis, datée de 50 à 67 000 ans. Elle s’inscrit dans l’histoire évolutive de la lignée humaine dont certaines dates sont encore discutées.


Source : La Croix du 10/04/2019

Aux Philippines, découverte d’une nouvelle espèce humaine

Une équipe internationale codirigée par Florent Détroit, du Muséum national d’histoire naturelle, a découvert une nouvelle espèce humaine, l’Homo luzonensis, datée de 50 à 67 000 ans et possédant à la fois des caractères anatomiques « anciens » et « modernes ».

Au-dessus de la rivière Pinacanauan, qui serpente entre les rizières verdoyantes, une immense grotte à plusieurs chambres – dont une transformée en chapelle catholique – est creusée dans un massif calcaire recouvert de palmiers et de ficus. Nous sommes dans le nord-est de l’archipel des Philippines, sur l’île de Luçon, dans la grotte de Callao, haute de 20 mètres et couvrant 100 m2.

Là, depuis vingt ans, cohabitent touristes avides de stalagmites et paléontologues du Musée national des Philippines et du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Dès les années 1970, des fouilles menées par les Philippins n’avaient rien donné, excepté quelques outils dans une couche à 25 000 ans. « On pensait alors qu’il n’y avait pas de traces de la préhistoire aux Philippines », observe Florent Détroit, paléoanthropologue au Muséum-CNRS. Mais Armand Salvador Mijares, directeur de la fouille, n’en était pas convaincu.

« Truelles, balayettes et tiges de bambou »

En collaboration avec des Français et des Australiens, il entame de nouvelles excavations en 2007, 2011 puis 2015. Plus profondes, elles se révéleront fructueuses, comme indiqué dans la revue Nature du 11 avril 2019. « À genoux à même le sol légèrement rougi par l’argile qui s’est infiltré par le plafond à chaque typhon, paléontologues confirmés et jeunes étudiants français et philippins, nous grattons le sol au moyen de truelles, balayettes et tiges de bambou, rapporte Florent Détroit. Très attentifs au moindre objet, nous mettons au jour, en 2011, sur une petite surface de quatre mètres carrés, des dents et des phalanges, plus tard un fragment de fémur d’une jeune personne ». Soit au moins trois personnes différentes.

Deux de ces fossiles ont été datés directement à 50 000 et 67 000 ans par la méthode des isotopes de l’uranium. « Il s’agit des plus anciens restes humains connus aux Philippines, précédant les premiers Homo sapiens datés de 30 à 40 000 ans mis au jour sur l’île de Palawan, au sud-ouest de l’archipel », insiste Florent Détroit. Les 13 pièces originelles ont été moulées avec une résine très fine puis analysées à Paris par imagerie et morphométrie 3D. Ces analyses high-tech ont permis de mettre en évidence des caractères anatomiques très instructifs.

Les prémolaires se rapprochent de celles des Australopithèques

Côté dents, les prémolaires sont dotées de deux à trois racines, alors que chez Homo sapiens il n’y en a qu’une, parfois deux. Par ce caractère et par la morphologie de l’émail et de la dentine (tissu situé sous l’émail), les prémolaires du petit nouveau se rapprochent de celles des Australopithèques et espèces anciennes du genre Homo, telles Homo habilis et Homo erectus. En revanche, les molaires, très petites, ont une morphologie très simple, plus proche de celles d’Homo sapiens. « Un individu possédant ces caractéristiques combinées ne peut donc être classé dans aucune des espèces connues aujourd’hui », conclut Florent Détroit.


Côté pieds, « la phalange proximale, la plus proche du pouce, présente une courbure très marquée et des insertions très développées pour les muscles assurant la flexion du pied », indique Guillaume Daver, paléontologue du CNRS-Université de Poitiers. Ces caractéristiques n’existent pas chez Homo sapiens. Cependant, cette phalange ressemble fortement à celles des Australopithèques, un genre éteint d’hominine ayant vécu en Afrique entre 2 et 3,5 millions d’années.
L’espèce a évolué isolée des autres humains

« Cette combinaison de caractères tout à fait singulière la différencie nettement des autres représentants du genre Homo, notamment les espèces contemporaines connues en Asie du Sud-Est, tels Homo sapiens et Homo floresiensis, un Homo de très petite taille (1 à 1,10 m) qui a vécu sur l’île de Florès entre 100 000 et 60 000 ans », observe Florent Détroit. D’où la décision d’en faire une nouvelle espèce : Homo luzonensis.

Pour l’heure, Homo luzonensis, qui présente une réapparition de caractères primitifs, est une espèce qui a évolué isolée des autres humains, à la manière d’Homo floresiensis en Indonésie. Ce qu’on appelle l’endémisme insulaire. L’hypothèse s’accorde avec l’absence de continuité géographique avec le continent durant le Quaternaire, ainsi qu’une certaine pauvreté de la flore et de la faune locales. Et la façon dont Homo luzonensis est arrivé là ? Cela demeure un mystère.

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Repères    : la lignée humaine en dates

• Sahelanthropus tchadensis, dit Toumaï, – 7 millions d’années (Ma), découvert par Michel Brunet au Tchad
• Australopithecus bahrelghazali, ou Abel, - 3,5 Ma, découvert par Michel Brunet au Tchad.
• Australopithecus afarensis, dont Lucy, - 4,1 à - 3 Ma, codécouverte par Yves Coppens en Éthiopie.
• Homo erectus, - 1,5 Ma à - 140 000 ans, Eurasie.
• Homo neanderthalensis, - 450 000 à - 30 000 ans, Eurasie, croisé avec Homo sapiens.
• Homo sapiens, - 300 000 ans en Afrique, - 45 000 ans en Europe.
• Homo floresensis, - 100 000 à - 60 000, île de Florès (Indonésie) en 2003
• Homo luzonensis, - 67 000 à - 50 000, ile de Luzon (Philippines), publié en 2019.
• Homo denisova, - 41 000, Sibérie (sud Russie) en 2010.

Source : La Croix du 10/04/2019

Quand plusieurs humanités peuplaient la Terre

La découverte aux Philippines d’une nouvelle espèce du genre « Homo » agrandit encore notre album de famille. Portraits de cousins parfois très proches, aujourd’hui disparus.

L’île de Luçon, aux Philippines, était habitée, il y a plus de 50 000 ans, par une espèce dont quelques restes fossiles découverts dans la grotte de Callao sont décrits dans la revue Nature, publiée mercredi 10 avril. Homo luzonensis s’ajoute ainsi à la liste déjà fournie de représentants du genre Homo, défini par trois critères : la bipédie permanente, l’augmentation du volume cérébral et l’utilisation d’outils – même si des pierres taillées vieilles de 3,3 millions d’années récemment découvertes au Kenya laissent penser qu’Homo n’a pas été la première lignée de bipèdes « technologiques ». Plusieurs de ces espèces d’Homo ont été contemporaines de la nôtre, à des époques où l’humanité ne se réduisait pas au seul Homo sapiens et pouvait se conjuguer au pluriel. Album d’une famille en constante recomposition.

Homo erectus


Aiguillonné par la découverte de Néandertal (1856) et par l’évolution selon Darwin (1859), Charles Dubois, un anatomiste néerlandais, s’était mis en tête de découvrir le maillon intermédiaire entre l’homme et les grands singes. Ses fouilles à Java mirent au jour, à partir de 1890, le pithécanthrope. L’Homme de Pékin, découvert en 1921, conduisit au rapprochement des deux fossiles, sous la même appellation d’Homo erectus. Des fossiles proches retrouvés en Afrique ont depuis été réattribués à une autre espèce, Homo ergaster, généralement considérée comme l’ancêtre d’Homo antecessor en Europe, tandis qu’erectus est désormais cantonné à l’Asie. Chasseur et cueilleur, il maîtrisait le feu et fabriquait des outils de pierre taillée. Peut-être était-il aussi navigateur, s’il est bien l’ancêtre d’Homo floresiensis en Indonésie et d’H. luzonensis aux Philippines ?

Homo naledi


Lorsque la découverte d’Homo naledi dans une grotte proche de Johannesburg (Afrique du Sud) a été annoncée en 2015, Lee Berger (université de Witwatersrand), responsable des fouilles, en aurait volontiers fait l’« ancêtre de l’humanité ». Son petit crâne poussait certains, dont Yves Coppens, à préférer voir en lui un australopithèque, plus archaïque. Depuis, la datation des quinze individus entassés au fond d’un boyau quasi inaccessible s’est affinée : environ 300 000 ans. Ses doigts de main recourbés en auraient fait un bon grimpeur, capable de se servir d’outils, tandis que ses pieds et ses jambes sont parfaitement adaptés à la marche. Lee Berger estime que la présence des fossiles au fond de la grotte pourrait témoigner de pratiques funéraires, mais l’hypothèse d’une mort accidentelle ne peut être écartée. Pour l’heure, aucun outil associé à Homo naledi n’a été retrouvé.

Homo floresiensis


Découvert en 2003 dans une grotte de l’île indonésienne de Florès, le « Hobbit », ainsi surnommé en référence au héros de Tolkien, a longtemps eu un statut incertain. Sa taille minuscule et la datation initiale très récente (12 000 ans seulement) ont conduit certains à le considérer comme un Homo sapiens nain ou atteint de microcéphalie. Ces vifs débats sont terminés : en 2016, de nouvelles datations ont été proposées. La grotte où il a été retrouvé aurait été occupée entre – 100 000 et – 60 000 ans. En 2017, la description de fossiles assez similaires, trouvés dans un site proche et datés de 700 000 ans, a enfoncé le clou : Homo floresiensis était présent en Indonésie bien avant l’arrivée de notre espèce. Quant au petit crâne du Hobbit, il ne semble pas l’avoir empêché d’être astucieux : les sites archéologiques sont jonchés de ses outils, et il maîtrisait le feu…

Homo neanderthalensis


On ne le présente plus, avec son front fuyant et sa réputation de brute. Pourtant, il a fait preuve d’une ingéniosité certaine pour s’adapter à de rudes périodes de glaciation. Bien des questions demeurent sur ses pratiques culturelles et funéraires, sa maîtrise de la parole. Certains soulignent sa production propre et veulent le réhabiliter, quand d’autres voient plutôt en lui un imitateur d’Homo sapiens, moins doué que l’original. Ce qui est certain, c’est que les deux espèces probablement issues d’un ancêtre commun qui vivait il y a 700 000 ans étaient toujours interfécondes 600 000 ans plus tard, comme l’analyse du génome de Neandertal l’a prouvé : les populations non africaines actuelles comptent en moyenne 2 % d’ADN néandertalien. La paléogénomique tente désormais de démêler cet écheveau familial, et de mieux nous définir par rapport à cet héritage néandertalien.

Denisova


C’est une entité humaine en pointillé, définie d’abord par son ADN – une première ! –, plutôt que par les caractéristiques anatomiques d’un fossile : ses découvreurs ne lui ont pas encore donné de dénomination latine binomiale, car ce qui a permis de l’identifier était une minuscule phalange, vieille de plus de 50 000 ans, trouvée en 2008 dans la grotte de Denisova, dans l’Altaï, et attribuée à une jeune fille. Des vestiges plus anciens (200 000 ans) ont depuis été trouvés ainsi qu’un fragment osseux dont on a pu aussi tirer de l’ADN : nouvelle surprise, il s’agissait d’une métisse datant de 100 000 ans, dont la mère était une néandertalienne et le père, un dénisovien. Homo sapiens n’est pas non plus resté insensible au charme dénisovien: on a retrouvé de 3 à 5 % d’ADN dénisovien chez des Papous et des aborigènes d’Australie, lointains descendants de ces amours antédiluviennes.

Homo luzonensis


C’est le dernier venu dans la famille Homo, décrit dans la revue Nature le 10 avril, à partir de treize fossiles appartenant à au moins trois individus : des dents, des os de pieds et de main et un fémur partiel. Le mélange de caractères archaïques et dérivés (modernes) a conduit leurs découvreurs à proposer une nouvelle espèce, qui peuplait cette île des Philippines il y a plus de 50 000 ans. Comme pour Homo floresiensis, l’isolement aurait conduit à une évolution séparée à partir d’un ancêtre qui pourrait être le responsable de marques de boucherie trouvées sur des restes de rhinocéros vieux de 700 000 ans, trouvés eux aussi à Luçon, à quelques kilomètres à vol d’oiseau.

Homo sapiens


Notre espèce réserve encore des surprises aux paléontologues. On a longtemps cru qu’elle était née il y a 100 000 ans en Afrique de l’Est, et qu’elle avait entamé sa conquête de la planète il y a environ 60 000 ans. Deux études récentes ont chamboulé ces scénarios. La découverte au Maroc de fossiles de sapiens vieux de 315 000 ans, annoncée en juin 2017, vieillissait de 100 000 ans le registre fossile pour notre espèce. Et plaidait pour son origine « panafricaine », d’autant que les outils retrouvés sur place en évoquent d’autres trouvés ailleurs en Afrique, parfois plus anciens encore. Autre surprise : la découverte sur le mont Carmel, en Israël, d’une demi-mâchoire vieille de 180 000 ans, annoncée début 2018, montre que notre espèce était déjà dans les starting-blocks pour conquérir la planète bien plus tôt qu’on ne l’avait imaginé.


Source : Le Monde du 10/04/2019

Une nouvelle espèce humaine découverte aux Philippines

Des restes de dents et d’un pied découverts dans la grotte de Callao suggèrent l’existence d’une nouvelle espèce d’hominidé de petite taille, baptisée Homo luzonensis, qui vivait il y a plus de 50 000 ans.

Cette phalange d’un orteil découverte dans la grotte de Callao, aux Philippines, appartiendrait à une nouvelle espèce d’hominidés, Homo luzonensis

Une nouvelle branche vient s’ajouter sur l’arbre généalogique humain : l’équipe de Florent Détroit, du Muséum national d’histoire naturelle, à Paris, a mis au jour les restes d’une espèce d’hominidé inconnue dans une grotte aux Philippines. Ce nouveau membre de la famille humaine, qui était probablement de petite taille, a été nommé Homo luzonensis.

Cette découverte, rapportée dans le journal Nature du 10 avril, devrait relancer le débat sur la date à laquelle les ancêtres des lignées humaines ont quitté l’Afrique. Et l’âge de ces restes – supérieur à 50 000 ans – suggère que plusieurs espèces humaines différentes coexistaient autrefois en Asie du Sud-Est.

Les premières traces de cette nouvelle espèce sont apparues il y a plus d’une décennie, lorsque des chercheurs ont découvert un os de pied datant d’au moins 67 000 ans dans la grotte de Callao, sur l’île de Luzon, aux Philippines. Ils ne savaient pas de quelle espèce provenait cet os, mais ils ont rapporté qu’il ressemblait à celui d’un petit Homo sapiens.

D’autres fouilles de la grotte de Callao ont mis au jour sept dents, deux os du pied et deux de la main. Selon Florent Détroit et ses collègues, ces os ont des caractéristiques différentes de celles d’autres parents humains. Les restes proviennent d’au moins deux adultes et un enfant.

Sept dents d’hominidés, dont ces molaires et prémolaires, ont été trouvées dans la grotte de Callao

Homo luzonensis est la deuxième nouvelle espèce humaine à être découverte en Asie du Sud-Est ces dernières années. En 2004, une autre équipe avait annoncé la découverte d’Homo floresiensis – le « Hobbit » – une espèce qui mesurait un peu plus d’un mètre, sur l’île indonésienne de Florès.

Mais Florent Détroit et ses collègues soutiennent que les restes de la grotte de Callao sont distincts de ceux d’Homo floresiensis et d’autres hominidés – y compris Homo erectus, le premier parent humain ayant quitté l’Afrique, il y a environ 2 millions d’années.

Les molaires découvertes sont extrêmement petites comparées à celles d’autres parents humains. Comme chez Homo sapiens, les cuspides des molaires (les petites pointes sur la face supérieure de la dent), ne sont pas aussi prononcées que chez les hominidés plus anciens. La forme de l’émail sur la face intérieure des molaires ressemble à celle des spécimens d’Homo sapiens et d’Homo erectus découverts en Asie. Les prémolaires sont petites, mais encore dans la gamme de celles d’H. sapiens et H. floresiensis. Mais les auteurs rapportent que la taille globale des dents ainsi que le rapport entre la taille des molaires et des prémolaires sont différents de ceux des autres membres du genre Homo.

Comparaison des dents d’Homo luzonensis (à gauche), d’Homo erectus (au centre) et d’Homo sapiens (à droite)

La forme des os du pied d’H. luzonensis diffère également. Ils ressemblent plus à ceux d’un Australopithèque – des hominidés plus anciens, dont le plus célèbre représentant est Lucy, qui est supposé n’avoir jamais quitté l’Afrique. La courbure des os des orteils et l’os d’un doigt suggèrent qu’H. luzonensis était adapté pour grimper dans les arbres.

Comparaison de la phalange proximale CCH4 d’Australopithecus afarensis, d’Homo floresiensis, d’H. luzonensis et d’Homo sapiens, de gauche à droite

Florent Détroit et ses collègues sont prudents quant à l’estimation de la taille d’H. luzonensis, car il n’y a que peu de vestiges. Mais compte tenu de ses petites dents et de la taille de l’os du pied découvert en 2010, ils estiment que sa taille se situait dans la fourchette des petits H. sapiens, comme les membres de certains groupes ethniques indigènes vivant aujourd’hui sur l’île Luzon et ailleurs aux Philippines, collectivement désignés sous le nom de Négritos. Les hommes de ces groupes vivant sur l’île de Luzon ont une taille moyenne d’environ 151 centimètres et les femmes d’environ 142 centimètres.

Les chercheurs sont divisés sur la façon dont H. luzonensis s’intègre dans l’arbre généalogique humain. Florent Détroit privilégie l’idée que la nouvelle espèce descend d’un groupe d’Homo erectus ayant progressivement évolué vers une forme différente.

« Les îles présentent souvent différentes voies d’évolution, explique Gerrit van den Bergh, paléontologue à l’université de Wollongong, en Australie. On peut imaginer qu’en arrivant sur des îles comme Luzon ou Florès, Homo erectus n’avait plus besoin d’être taillé pour la course de fond, mais plutôt de s’adapter pour passer la nuit dans les arbres. »

Mais, étant donné les similitudes de l’espèce avec Australopithecus, Matthew Tocheri, de l’université Lakehead, à Thunder Bay, au Canada, se demande si les habitants de la grotte de Callao ne descendent pas d’une lignée qui aurait migré hors d’Afrique avant Homo erectus.

Le matériel génétique pourrait aider les scientifiques à identifier la relation de cette nouvelle espèce avec d’autres hominidés, mais les efforts pour extraire l’ADN d’H. luzonensis ont échoué jusqu’ici. Cependant, les os et les dents ont été datés d’au moins 50 000 ans. Cela suggère que l’espèce a pu vivre en Asie du Sud-Est en même temps qu’H. sapiens, H. floresiensis et même des Dénisoviens, un groupe dont l’ADN a été trouvé chez des hommes contemporains en Asie du Sud-Est.

« L’Asie du Sud-Est insulaire semble être pleine de surprises paléontologiques qui compliquent le tableau de l’évolution humaine », conclut William Jungers, paléoanthropologue à l’université de Stony Brook, à New York.

Source : Pour la Science du 11/04/2019

Découverte de l’Homo luzonensis : «Notre arbre généalogique a mille bras»

Gilles Berillon, paléoanthropologue au CNRS, nous décrypte ce qu’implique la découverte d’Homo luzonensis, ce nouveau cousin de l’Homo sapiens.

Une équipe de scientifiques menée par un Français a découvert des fossiles d’une nouvelle espèce humaine aux Philippines. L’Homo luzonensis vivait il y a plus de 50 000 ans, était petit et grimpait aux arbres. Pour Gilles Berillon, paléoanthropologue au CNRS, « on est en train de comprendre que l’homme est un animal comme les autres », qui « a connu de multiples tentatives d’évolutions ».

Pourquoi la découverte de ce nouvel « homo » est importante ?

GILLES BERILLON. Cela montre que nous ne connaissons pas tous nos cousins. Jusque-là, on pensait qu’il n’y avait que trois espèces qui peuplaient en même temps, la Terre, il y a environ 40 000 ans. On sait maintenant qu’elles sont au moins quatre : l’Homo sapiens, l’Homo neanderthalensis, l’Homo floresiensis et maintenant l’Homo luzonensis. Notre arbre généalogique ne cesse de s’enrichir…

Doit-on s’attendre à d’autres surprises ?

Bien sûr, l’odyssée de l’espèce humaine depuis sa bifurcation d’avec les grands singes, est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. L’histoire racontée à l’école qui fait dériver l’homme en droite ligne de l’australopithèque, c’est du cinéma. C’est beaucoup plus complexe que cela. Il serait beaucoup plus pertinent de voir notre arbre généalogique comme un arbre aux mille bras, avec des rameaux qui ont avorté, d’autres qui ont survécu et donné eux-mêmes lieu à un buissonnement d’espèces au cours des 200 000 dernières années. Et même si une seule espèce a perduré – nous, Homo sapiens – la marche de l’évolution va continuer.

En clair, il faut cesser avec notre vision linéaire ?

Oui. On est en train de comprendre que l’homme est un animal comme les autres. Et que tout comme les éléphants, les lézards ou les oiseaux, l’homme a connu de multiples tentatives d’évolutions. Au fil des peuplements d’Est en Ouest, du Sud vers le nord, des groupes se sont isolés comme l’Homo luzonensis. Et si une seule espèce a fini par perdurer, – l’Homo sapiens –, il y a eu beaucoup de dégâts entre-temps…

Quel est notre plus lointain ancêtre connu à ce jour ?

Aujourd’hui, rien ne vient contredire l’idée que le berceau de l’espèce humaine est africain. Quant à savoir quel est le premier « homines », c’est une autre histoire… Pour l’instant, cela reste Toumaï découvert au Tchad en 2001 et dont on estime qu’il a environ 7 millions d’années. Mais on peut envisager de trouver un fossile encore plus ancien que Toumaï, car il apparaît assez probable que l’émergence à partir des grands singes remonte à plus de 8 millions d’années. Avant Toumaï, il y avait eu Orrorin trouvé en 2000 au Kenya, âgé d’environ 6 millions d’années, et bien sûr Lucy vieille de 3, 2 millions d’années et découverte en Éthiopie en 1974. Elle a pourtant vécu 600 000 ans, deux fois plus longtemps qu’Homo sapiens, cela ne l’a pas empêchée d’être détrônée.

Source : Le Parisien du 10/04/2019

mercredi 10 avril 2019

Découverte de l’Homo luzonensis, nouvelle espèce humaine cousine de l’Homo sapiens

Une équipe de scientifiques menée par un Français a découvert des fossiles d’une nouvelle espèce humaine aux Philippines. L’Homo luzonensis vivait il y a plus de 50 000 ans, était petit et grimpait aux arbres.


Sept dents, deux os de mains, un fémur, trois os de pieds dont une phalange étonnante… Au total, treize fossiles appartenant à au moins deux adultes et un enfant, et une certitude : Homo sapiens a un nouveau cousin, Homo luzonensis. Et comme ce n’est pas tous les jours qu’on découvre une nouvelle espèce du genre Homo, cette découverte d’une équipe de paléontologues franco philippine fait la une de la prestigieuse revue Nature.

Homo luzonensis ne vient pas d’une région inaccessible. Sa dernière adresse connue figure même dans le guide Lonely Planet, il s’agit de la grotte de Callao, « un site situé au Nord de l’île de Luzon, la plus grande île des Philippines, celle sur laquelle se trouve Manille, la capitale », explique Florent Détroit, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle, qui a codirigé les fouilles.

Des prémolaires et molaires appartenant à un seul et même individu

Des os vieux de 50 000 à 67 000 ans

C’est là qu’en 2007, au sommet de 184 marches glissantes, juste près de l’entrée principale, qu’un premier petit os de pied est trouvé. Le fossile, aux proportions curieuses, intrigue ; après analyse, il s’avère qu’il n’est pas celui d’un primate. Mais bizarre, ce métatarse est du genre Homo sapiens (le nôtre !) mais sans coller parfaitement à cette espèce. En 2009, les fouilles reprennent plus profond, puis en 2011, bingo ! « En deux jours, on a trouvé tout un ensemble de phalanges, de dents, ainsi qu’un fémur d’enfant », raconte le paléontologue. Reste aux archéologues à comprendre de quoi il retourne.

Première trouvaille : la datation de deux des fossiles exhumés révèle qu’ils sont en présence d’os vieux de 50 000 à 67 000 ans, datant d’avant les premiers Homo sapiens dont on a retrouvé la trace dans l’archipel. Une autre énigme surgit : en examinant notamment les dents et certains os des pieds, les chercheurs s’aperçoivent qu’il est impossible de relier ces fossiles à une espèce connue.


Des ancêtres chinois ?

Certains détails les font pencher du côté de l’Homo sapiens et d’autres du côté de l’Australopithèque, vieux lui d’environ 2 à 3 millions d’années. L’analyse des dents particulièrement les plonge dans un abîme de perplexité : sur le chantier, ils ont mis au jour un ensemble de prémolaires et molaires appartenant à un seul et même individu, mais « les premières très petites faisaient penser à un Homo sapiens quand les secondes se rapprochaient de la denture d’un Australopithèque », précise Florent Détroit.

Pour les chercheurs, il y a une solution à ce capharnaüm : les ossements trouvés à Callao correspondent en fait à une nouvelle espèce d’hominidés, comme en son temps l’Homo florensiensis trouvé en 2004, en Indonésie. Mais alors à quoi ressemblait cet Homo luzonensis ?

Les ossements trouvés correspondent en fait à une nouvelle espèce d’hominidés, l’Homo luzonensis


Sans être nain comme son cousin l’homme de Florès – les os de ses pieds disent l’inverse – il n’était pas très grand et très probablement bipède quoique prêt pour la grimpe, « il est probable qu’il descendait d’un Homo erectus chinois », estime le scientifique. Comment est-il arrivé sur cette île ? Comme le remarquent les auteurs de l’article publié dans Nature, « celle-ci n’a jamais été accessible à pied sec au quaternaire ». Homo luzonensis avait-il le pied marin ?

Source : Le Parisien du 10/04/2019