dimanche 31 mars 2024

Le plateau perse au cœur de la migration humaine comme première escale hors d’Afrique

La découverte du plateau perse comme point d'ancrage de nos ancêtres réécrit notre compréhension de la migration humaine hors d'Afrique. Cette région, riche en biodiversité, a offert un habitat propice à la survie et à la prospérité d’Homo sapiens, façonnant ainsi le cours de notre évolution.

EN BREF

  • Une étude récente menée par des chercheurs de l'Université de Padoue et de l'Université Griffith révèle le rôle crucial du plateau perse dans la migration humaine hors d'Afrique.
  • Le plateau perse a servi de hub vital pour la dispersion d'Homo sapiens en Eurasie, facilitant les interactions avec les Néandertaliens et influençant la diversité génétique.
  • Cette découverte souligne l'importance du plateau perse dans l'histoire de l'humanité, offrant de nouvelles perspectives sur l'adaptation et la diversité humaine.

La migration humaine hors d’Afrique représente un jalon fondamental dans l’histoire de notre espèce, marquant l’expansion d’Homo sapiens sur l’ensemble de la planète. Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université de Padoue en Italie et de l’Australian Research Centre for Human Evolution de l’Université Griffith, publiée dans la revue Nature Communications, révèle le rôle central du plateau perse dans ce processus.

En combinant analyses génétiques, données paléoécologiques et preuves archéologiques, cette recherche éclaire la manière dont cette région a servi de hub crucial pour nos ancêtres, facilitant leur dispersion à travers l’Eurasie et influençant leur interaction avec les populations de Néandertaliens.

Le plateau perse comme première halte hors d’Afrique

L’étude récente met en évidence une période il y a entre 70 000 et 45 000 ans au cours de laquelle les populations humaines ne se sont pas réparties uniformément à travers l’Eurasie. Elles laissent une lacune dans notre compréhension de leur localisation au cours de cette période.

Nichée au cœur des montagnes du Zagros, au sud de l’Iran, la grotte de Pebdeh constitue un témoignage de l’une des premières présences humaines hors d’Afrique. Datant de 42 000 ans avant notre ère, elle dévoile la vie des groupes de chasseurs-cueilleurs y ayant trouvé refuge. Elle révèle des pratiques de subsistance, des traditions culturelles et des innovations technologiques de nos ancêtres.

Mais le rôle du plateau perse va au-delà d’un simple refuge. Il s’est affirmé comme un hub vital pour la migration et la dispersion des populations d’Homo sapiens en Eurasie. Cette région stratégiquement située a servi de tremplin pour l’exploration et la colonisation de vastes territoires.

Elle facilita les interactions entre différents groupes humains et avec les Néandertaliens. Le plateau perse, par sa position géographique et ses ressources, a offert des conditions favorables à la sédentarisation des groupes humains. Le professeur Petraglia explique : « Notre étude multidisciplinaire offre une vision plus cohérente du passé ancien. Elle offre un aperçu de la période critique entre l’expansion hors d’Afrique et la différenciation des populations eurasiennes ».

Ainsi, la grotte de Pebdeh et le plateau perse dans son ensemble incarnent un maillon essentiel dans la compréhension de la dynamique des premières migrations humaines et de l’expansion de notre espèce à travers le globe. Petraglia ajoute : « Le plateau perse apparaît comme une région clé, soulignant la nécessité de poursuivre les explorations archéologiques ».

Un plateau perse propice à l’évolution

Certes, le plateau perse, comme carrefour de l’ancienne migration humaine, a servi de refuge pour les premiers Homo sapiens. Mais il a constitué aussi une zone d’interaction directe avec les Néandertaliens. Ces rencontres entre différentes espèces humaines ont donné lieu à des échanges génétiques.

Les analyses ADN contemporaines le prouvent. Elles ont montré des traces de patrimoine néandertalien dans le génome des populations modernes hors d’Afrique. D’une part, ce phénomène d’hybridation a enrichi le pool génétique d’Homo sapiens. Cela a apporté une plus grande adaptabilité et diversité. D’autre part, cette hybridation a laissé des marques indélébiles sur les aspects de notre biologie. On peut citer le système immunitaire et la pigmentation de la peau.

L’avancée méthodologique combinant les données génétiques avec les modèles paléoécologiques a été essentielle pour retracer et comprendre la dynamique de ces rencontres entre Homo sapiens et Néandertaliens. Les chercheurs ont pu déterminer l’existence de ces échanges génétiques, leur chronologie et leur intensité sur 20 000 ans.

Cette précision dans la reconstruction de notre passé migratoire et génétique offre une fenêtre sur la manière dont nos ancêtres se sont adaptés. On peut appréhender la manière dont ils ont interagi avec leur environnement et les autres espèces humaines.

Signature génétique des pionniers sur le plateau perse

Les analyses génétiques révèlent une signature unique chez les populations anciennes et modernes du plateau perse. Cela témoigne alors d’une histoire évolutive distincte. Elle se distingue de celles observées dans d’autres régions du monde. Cette spécificité génétique témoigne d’une histoire complexe de peuplement.

Cette dernière est caractérisée par une période prolongée d’isolement géographique et culturel. Ce processus d’adaptation localisée est un indicateur puissant de la manière dont les conditions environnementales et les dynamiques de population peuvent influencer l’évolution humaine sur le long terme.

Le rôle du plateau perse dans la préhistoire humaine s’étend au-delà de son statut de lieu de passage. La signature génétique identifiée révèle des millénaires d’interaction continue entre les habitants de cette région et leur environnement. Et bien sûr avec les populations migrantes et voisines.

Ces interactions ont conduit à un riche mélange culturel et biologique. Cela renforce le statut du plateau comme un centre névralgique dans le développement de la diversité humaine. Les techniques d’analyse génétique modernes ouvrent de nouvelles voies de recherche sur les mécanismes d’adaptation et d’évolution de nos ancêtres face aux défis de leur époque.

Portée de la découverte

Le plateau perse est donc identifié comme un hub crucial pour l’expansion humaine hors d’Afrique. Il a profondément influencé le peuplement et la diversité de l’Eurasie. Son rôle dans l’entrelacement culturel et génétique a été essentiel dans le façonnement de l’identité humaine.

Au-delà de l’aspect historique et anthropologique, cette découverte a également des répercussions sur notre compréhension de la résilience humaine face aux changements environnementaux et aux défis de la migration. Le succès de nos ancêtres dans l’adaptation à de nouveaux environnements, illustré par leur établissement durable sur le plateau perse, illustre les capacités d’innovation et de survie de l’espèce humaine.

Cela met en lumière les mécanismes par lesquels les populations humaines ont pu prospérer dans des contextes variés. La diversité génétique et culturelle constituent des atouts dans l’histoire de notre espèce. Finalement, la découverte du rôle du plateau perse dans notre préhistoire invite à une réflexion plus large sur la manière dont l’histoire humaine est intrinsèquement liée à la géographie, aux échanges interculturels et à la capacité d’adaptation.

Source : Science et Vie du 31/03/2024

lundi 25 mars 2024

La superéruption de Toba pourrait avoir facilité la dispersion des humains modernes hors d’Afrique

Il y a environ 74 000 ans, l'éruption du supervolcan Toba en Sumatra a failli marquer la fin de l'humanité. Contre toute attente, des preuves récentes démontrent la survie et l'ingéniosité humaines dans des conditions extrêmes, notamment dans le nord-ouest de l'Éthiopie.

EN BREF

  • L'éruption du supervolcano Toba il y a 74 000 ans a eu des répercussions globales, étudiées par des chercheurs des Universités du Texas, de l'Arizona State et du CNRS.
  • Des découvertes à Shinfa-Metema 1, Éthiopie, montrent l'adaptation humaine post-éruption, incluant l'usage d'arcs et de flèches, et des changements alimentaires.
  • L'étude révèle l'importance des "autoroutes bleues" pour la migration humaine et l'impact de l'éruption sur les stratégies de survie et de dispersion.

L’éruption du supervolcano Toba, survenue il y a 74 000 ans, représente un des événements volcaniques les plus cataclysmiques de l’histoire de la Terre, avec des répercussions globales potentiellement dévastatrices pour les populations humaines de l’époque. Récemment, une équipe de chercheurs des Universités du Texas à Austin, de l’Arizona State University et du Centre National de la Recherche Scientifique en France a mis en lumière comment nos ancêtres ont non seulement survécu à cet événement, mais comment il a pu influencer les trajectoires de migration humaine hors d’Afrique.

Publiée dans la revue Nature, cette étude s’appuie sur des découvertes archéologiques au site de Shinfa-Metema 1, dans le nord-ouest de l’Éthiopie, révélant des stratégies d’adaptation inédites face à des conditions climatiques extrêmes induites par l’éruption.

Survire dans l’adversité : la preuve à Shinfa-Metema 1 face à Toba

Les fouilles au site de Shinfa-Metema 1 ont révélé l’existence d’une communauté ayant survécu à l’éruption cataclysmique du supervolcan Toba. Cette dernière survenait il y a environ 74 000 ans. La communauté humaine découverte a su s’adapter de manière remarquable à ses conséquences.

Les conditions environnementales devinrent nettement plus sèches et défavorables. Effectivement, l’analyse isotopique de dents de mammifères et de fragments de coquilles d’œufs d’autruche récupérés sur le site a révélé des modifications dans le régime alimentaire de ces animaux.

Parmi les découvertes les plus significatives figurent des outils de pierre spécifiquement conçus pour être utilisés comme pointes de flèches. Ils constituent la plus ancienne preuve connue à ce jour de l’utilisation de l’arc et de la flèche par les humains. Cette innovation technologique marque un tournant dans l’histoire de l’humanité, révélant une capacité d’adaptation et une ingéniosité exceptionnelle face à des conditions de vie difficiles.

L’utilisation de l’arc et de la flèche a permis à ces communautés d’élargir leur spectre alimentaire grâce à une chasse plus efficace. Elle a également pu jouer un rôle déterminant dans leur capacité à se disperser et à explorer de nouveaux territoires.

Des « autoroutes bleues » vers l’inconnu, mais loin de Toba

L’hypothèse des « autoroutes bleues » révèle comment nos ancêtres ont navigué dans des environnements arides en mutation. Elle offre de nouvelles perspectives sur la migration humaine. De fait, les migrations antérieures auraient pu se produire le long de « corridors verts » luxuriants.

Ils se trouvaient favorisés par des périodes humides offrant une abondance de nourriture et d’eau. À l’inverse, les « autoroutes bleues » représentent des voies de migration dictées par la nécessité de trouver des ressources en eau durant des saisons sèches prolongées. Ces routes longent les rivières saisonnières et les points d’eau persistant même en période de sécheresse.

John Kappelman, de l’Université du Texas et auteur principal de l’étude, explique dans un communiqué : « À mesure que les gens manquaient de nourriture dans et autour d’un point d’eau donné pendant la saison sèche, ils étaient probablement obligés de se déplacer vers de nouveaux points d’eau ». Il ajoute : « Les rivières saisonnières ont donc fonctionné comme des ‘pompes’. Elles siphonnaient les populations le long des canaux d’un point d’eau à un autre, entraînant potentiellement la plus récente dispersion hors d’Afrique ».

Cette approche de la migration souligne la capacité des premiers humains à exploiter de manière proactive les ressources de leur environnement. Ils utilisent les caractéristiques géographiques naturelles comme guides pour leur dispersion à travers le continent et au-delà. Cette théorie des « autoroutes bleues » remet en question les modèles établis de migration humaine. Elle permet de mieux appréhender les dynamiques complexes façonnant les mouvements et l’expansion de l’humanité à travers le globe. Elle invite également à réévaluer l’impact des événements climatiques et environnementaux majeurs. Que ce soit sur le développement social, technologique ou culturel des premières communautés humaines.

La révolution du cryptotéphra

La découverte et l’analyse de cryptotephra au site de Shinfa-Metema 1 ont représenté un jalon crucial ici. Les cryptotephra mesurent de 80 à 20 microns, moins larges qu’un cheveu humain. En dépit de leur taille infime, ils portent en eux des informations géochimiques précieuses. Une fois analysées, elles révèlent leur origine volcanique spécifique. Les chercheurs ont pu isoler des signatures uniques les liant indubitablement à l’éruption de Toba.

Cette technique, connue sous le nom de téphrochronologie, a permis de dater précisément les artefacts et les écofacts associés. Elle offre un cadre temporel clair pour l’impact de l’éruption sur les populations locales. L’équipe de recherche a alors pu tracer un tableau vivant de la survie humaine dans des conditions post-éruptives difficiles. Elle a également établi les stratégies d’adaptation et de migration qui en ont découlé.

Concrètement, l’augmentation de la consommation de poisson, suggérée par l’abondance de reste ichthyologique dans les couches post-éruption, indique un changement significatif dans les habitudes alimentaires, probablement en réponse à la raréfaction d’autres ressources. De même, la présence de pointes de projectiles associées aux couches contenant du cryptotephra témoigne de l’innovation technologique en matière d’outillage et de chasse. Les découvertes de Shinfa-Metema 1 et d’autres sites similaires ouvrent un nouveau chapitre dans notre compréhension de l’histoire humaine, soulignant notre capacité à surmonter les catastrophes.

Source : Science et Vie du 25/03/2024

vendredi 22 mars 2024

Comment les derniers chasseurs-cueilleurs de France évitaient la consanguinité

Des analyses ADN et de la composition des os de restes humains retrouvés au sud de la Bretagne montrent que ces groupes de chasseurs-cueilleurs accueillaient des membres d’autres groupes pour se reproduire.

Se mélanger pour survivre. Une pratique ancienne, nommée exogamie, qui permet aux petits groupes humains d’éviter la consanguinité et les problèmes de santé qu’elle peut engendrer. Un risque que les chasseurs-cueilleurs de la préhistoire ont dû affronter à cause du nombre réduit des membres dans ces groupes nomades, qui offrait donc peu de possibilités pour se reproduire en dehors de sa propre lignée.

Des études précédentes montraient déjà que ces groupes utilisaient souvent une forme d’exogamie connue comme patrilocalité (où les femmes allaient vivre dans le clan de l’homme) pour échapper à la consanguinité. Une pratique utilisée aussi en France par les derniers chasseurs-cueilleurs de l’Hexagone, selon une étude publiée le 26 février 2024 dans la revue Pnas grâce à une collaboration entre l’Université d’Uppsala (Suède), le Muséum national d’Histoire naturelle et les universités de Rennes et de Nantes.

Ces chasseurs-cueilleurs n’avaient pas un niveau élevé de consanguinité

Il y a environ 10.000 ans, toute la France était peuplée par des groupes de chasseurs-cueilleurs. Ils ont été absorbés quelques millénaires plus tard par des agriculteurs du Néolithique provenant d’Anatolie (dans l’actuelle Turquie) et des bergers nomades en provenance des steppes au nord de la mer Noire. Mais certains groupes de chasseurs-cueilleurs ont tenu plus longtemps que les autres. Particulièrement en Bretagne, une région aux confins de l’Europe, tout à l’ouest, où cette rencontre a sans doute été plus tardive que dans le reste du pays.

Cette étude se focalise sur les sites de Hoedic et Téviec, au sud de la Bretagne, où un grand nombre de restes humains datant du Mésolithique a été retrouvé. "C’est l'un des sites mésolithiques les plus tardifs de France, et sans doute d’Europe occidentale", précise Christian Dina, spécialiste en épidémiologie génétique à l’institut du Thorax à Nantes et co-auteur de l’étude. Ces chasseurs-cueilleurs seraient vieux de près de 7.000 ans, et auraient côtoyé les premiers agriculteurs arrivés dans la région.

Comme d’autres groupes de chasseurs-cueilleurs étudiés, ceux-ci comptaient probablement peu de membres, à cause des contraintes de leur vie nomade. "Les groupes devaient rester assez petits pour pouvoir exploiter une zone géographique et bien se nourrir, comme cela est encore le cas dans les populations modernes de chasseurs-cueilleurs, explique Christian Dina. Puis, avec l’avènement de l’agriculture au néolithique, il y a sans doute eu un développement plus grand de population, donc un ‘marché matrimonial’ plus large, et moins de possibilités de consanguinité. Mais chez ces chasseurs-cueilleurs, la taille de la population globale était plus petite, et en plus, ils vivaient par petits groupes. Donc, il y avait des risques accrus de consanguinité."

Les chercheurs ont analysé l’ADN (le matériel génétique) des individus enterrés dans ces sites, afin d’étudier leurs liens de parenté. Mais malgré la petite taille de leurs groupes, ils ne présentaient pas de hauts niveaux de consanguinité.

Mélanger les groupes pour mixer le génome

En effet, les individus enterrés dans un même site étaient faiblement liés entre eux génétiquement, avec quelques similarités génétiques dues à la petite taille de la population, mais pas de consanguinité. C’est-à-dire que ces chasseurs-cueilleurs évitaient de faire des enfants avec des membres de leur famille proche. Il est probable qu'ils sortaient de leurs groupes pour trouver des partenaires plus appropriés. "C’était peut-être une stratégie d’échange, une tradition de ‘mariage’ entre ces petits groupes de chasseurs-cueilleurs, pour éviter la consanguinité", abonde Christian Dina.

Une pratique qui aurait été facilitée par la géographie bretonne, qui permettait la mobilité et le contact (et donc l’échange) entre ces groupes. Et cette étude met en évidence aussi que ces échanges se faisaient probablement dans un sens spécifique, la femme quittant son groupe pour rejoindre celui de l’homme, comme cela a déjà été observé chez d’autres chasseurs-cueilleurs du Paléolithique et du Mésolithique.

Ce mode d’exogamie a été confirmé en analysant les habitudes alimentaires d’individus retrouvés dans ces deux sites bretons. Entourés d’eau, ils mangeaient principalement du poisson, ce qui a été déterminé en étudiant la composition du collagène de leurs os (la datation au carbone 14 du collagène permet de déterminer si les protéines consommées pour sa fabrication provenaient d’une source animale aquatique ou terrestre).

Selon ces estimations, environ 70 % de l’alimentation animale des chasseurs-cueilleurs à l’île de Hoedic venait de la mer. Avec une proportion plus basse à Téviec (environ 50 %), qui à l’époque n’était pas une île et donc permettait un meilleur accès à des animaux terrestres (le niveau de la mer y était environ 10 mètres plus bas qu’actuellement). Dans le premier site, les deux femmes retrouvées montraient une proportion de protéines d’origine marine d’environ 56 %, bien plus basse que la moyenne de 70 % sur le site et plus proche de celle à Téviec. Ce qui suggère que leur alimentation durant leur vie avait contenu plus de protéines issues d’animaux terrestres que les autres membres de leur groupe, et donc qu’elles viendraient d’un autre site où l’on mangeait moins de poissons et de fruits de mer qu’à Hoedic.

Les chasseurs-cueilleurs ont fini par rejoindre les agriculteurs

Cette pratique de patrilocalité avait déjà été mise en évidence précédemment pour d’autres groupes de chasseurs-cueilleurs. Et il avait été proposé que ces femmes qui rejoignaient ces groupes pouvaient venir des groupes d’agriculteurs qui commençaient à s’installer dans leur territoire. Mais cette étude montre que les femmes analysées ne présentent pas de traces génétiques de ces populations néolithiques, tout comme les autres individus de ces sites. Elles seraient donc plutôt originaires d’autres groupes de chasseurs-cueilleurs.

En revanche, des agriculteurs du Néolithique en France avaient bien de traces génétiques de chasseurs-cueilleurs, donc il y a eu mélange, mais, apparemment, seulement dans un sens, jusqu’à l’intégration complète des chasseurs-cueilleurs chez les agriculteurs. "Cela a été finalement un mélange, sans doute causé par l’augmentation de la taille des populations des individus néolithiques, suppose Christian Dina. J’aurais sans doute tendance à dire par absorption, petit à petit, dans le sens de rejoindre ces communautés néolithiques. Mais ce n’est vraiment que des hypothèses, uniquement basées sur les observations."

Des hypothèses, donc, qui nous permettent cependant d’imaginer comment vivaient les derniers chasseurs-cueilleurs du Mésolithique, jusqu’à la disparition de ce mode de vie en Europe au Néolithique.

Source : Sciences et Avenir du 22/03/2024

jeudi 14 mars 2024

Les plus anciennes traces de labour en Europe se trouvent dans les Alpes suisses

La découverte en Suisse des plus anciens sillons tracés pour cultiver des céréales montre à quel point les humains ont compté sur la force des animaux pour réaliser la révolution agricole dès le début du néolithique.

Si la "révolution néolithique" se caractérise essentiellement par le passage d’une économie de subsistance fondée sur la chasse et la cueillette à un mode plus sédentaire reposant sur l’agriculture, il est en général admis que l’utilisation de la force animale pour cultiver la terre n’est intervenue que vers la fin de la séquence néolithique. Mais ce modèle, contesté et infirmé par nombre de données archéologiques, est une nouvelle fois remis en question.

Une équipe suisse annonce en effet dans la revue Humanities and Social Science Communications avoir découvert les plus anciennes marques de charrue tirée par des animaux en Europe. Datant de la fin du 6e et du début du 5e millénaire avant notre ère, elles semblent indiquer que la traction animale aurait été employée dans le cadre agricole dès le début du néolithique européen.

Les plus anciennes traces de labour en Europe se trouvent dans les Alpes suisses

Pour cultiver la terre, il n’est pas forcément besoin de recourir à des animaux. Les humains peuvent se fier à leurs propres forces pour fendre le sol en s’aidant d’un outil rudimentaire. Mais la puissance animale est plus efficace, alors la question se pose de savoir à partir de quelle date cette pratique s’est imposée en Europe. Les archéologues en ont trouvé de multiples indices : "des gravures pariétales représentant des araires (charrue primitive, ndlr) et des charrettes harnachés, des pathologies osseuses liées au harnachement ou à la traction répétée, et la découverte d'objets tels que des roues, des travois (traîneau sommaire tiré par un animal, ndlr), des jougs, des araires, ou bien des caractéristiques archéologiques qui, comme les marques de charrue, présupposent l'utilisation de la traction animale", énumère l’étude.

Les trois premiers types d’indices n’étant que d’ordre secondaire, c’est le quatrième type le plus probant et donc le plus recherché pour fournir la preuve de la traction animale. Les chercheurs décrivent en outre la forme que ces marques doivent prendre pour être suffisamment convaincantes : "Elles consistent en des dépressions linéaires remplies de sédiments d'une texture et d'une couleur différentes de celles des dépôts environnants. Ces marques peuvent être suivies sur des dizaines de mètres pour former des réseaux parallèles ou entrecroisés. Elles impliquent l'utilisation d'un outil spécifique, la charrue, et sa traction par un animal puissant comme le bœuf."

Trouver une aiguille dans une botte de foin

Trouver des marques de labours préhistoriques dans le sol, voilà qui n’est pas évident ! Ce type de découverte se heurte en effet à deux obstacles majeurs : leur effacement rapide (par l’érosion ou la pratique agricole intensive) et la difficulté à les dater. Ce qui implique inversement deux conditions nécessaires pour les identifier : qu’ils soient rapidement recouverts par des sédiments et que leur position stratigraphique soit clairement lisible au sein de ces sédiments. On comprend combien ce type de découverte peut être difficile à mettre au jour.

Source : Sciences et Avenir du 14/03/2024</p>

Ces humains préhistoriques ont utilisé certains outils avec 300 000 ans d'avance sur les autres !

Certains groupes préhistoriques d’Asie de l’Est possédaient déjà les techniques de tailles complexes de la période Acheuléene il y a 1,1 millions d’années, soit 300 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait ! Ces étonnants résultats sont le fruit de l’analyse d’outils en pierre taillée retrouvés en Chine.

L'évolution humaine est étroitement liée à l'acquisition et au développement de nouvelles techniques. Australopithèque aurait ainsi peut-être été le premier à fabriquer des outils, certes très rudimentaires, il y a 3,3 millions d’années. C'est ensuite les différentes espèces du genre Homo qui ont affiné la technique de taille, passant ainsi de l'industrie lithique de mode 1 (Oldowayen) développé par Homo habilis il y a environ 2,5 millions d'années, à l'industrie lithique de mode 2 (Acheuléen), qui apparait il y a environ 1,7 millions d’années.

Culture acheuléenne : une complexification de la pensée

La culture de mode 2 est associée à l'élaboration de techniques de taille d'une grande finesse, avec notamment la production de bifaces, de hachereaux ou de polyèdres, dont les formes, bien définies et pensées à l'avance, permettaient d'avoir des outils spécifiques pour une multitude de tâches. Le passage au mode 2 est donc un signe fort d'évolution, associé à une complexification de la pensée. Les premiers outils acheuléens semblent être apparus au Kenya et dans le sud de l'Afrique, avant que cette industrie lithique ne se disperse au Moyen-Orient, en Inde, puis en Europe, où elle ne succède au mode 1 qu'à partir de 760 000 ans. Dans l'Est de l'Asie, cette transition se serait effectuée il y a environ 800 000 ans.

Outils en pierre taillée appartenant au mode 2 (Acheuléen)

Une technique apparue en Chine 300 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait

Cependant, une nouvelle étude révèle que la culture acheuléenne aurait cependant existé bien plus tôt dans cette région du monde. Dans le bassin de Nihewan, en Chine, des chercheurs ont en effet découvert de nombreux outils en pierre impliquant la mise en œuvre de techniques de mode 2 il y a déjà 1,1 millions d'années. L'analyse des outils indique qu'ils ont été produits suivant des techniques standardisées visant à les fabriquer en série : une caractéristique de l'Acheuléen.

Ces résultats, publiés dans la revue PNAS, révèlent que l'industrie lithique n'était donc pas marquée de façon homogène par le mode 1 il y a 1,1 millions d'années comme on le pensait auparavant, mais que coexistait déjà des groupes ayant acquis le mode 2. Cette découverte pourrait aider à mieux comprendre la dispersion des industries lithiques et les connections culturelles qui ont pu être établies entre l'Asie de l'Est et les autres régions du monde à cette époque.

Source : Futura du 14/03/2024