Affichage des articles dont le libellé est André Leroi-Gourhan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est André Leroi-Gourhan. Afficher tous les articles

dimanche 18 septembre 2022

“L’espèce humaine pourrait être qualifiée de ‘super invasive’”

Enfant, déjà, le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin cherchait des fossiles dans son quartier. Depuis, ce scientifique, qui a exhumé le plus vieil Homos sapiens, n’est animé que par un désir : mieux comprendre d’où nous venons.

Depuis l’enfance, Jean-Jacques Hublin a la passion des origines. Né en Algérie française, dans la ville de Mostaganem, au bord de la Méditerranée, arrivé à l’âge de 9 ans dans une cité HLM dans le nord de l’Île-de-France, le petit garçon déraciné trouva vite dans la recherche de mondes enfouis une forme de consolation. Au point, dit-il, d’écrire adolescent à des préhistoriens illustres comme André Leroi-Gourhan (1911-1986), pour tenter d’intégrer leurs équipes de fouilles… Il y parviendra en 1969, à 16 ans seulement, sur un site près de Brive, en omettant de dire son âge. Cette expérience fondatrice précisera la vocation d’une vie : explorer les racines de l’espèce humaine. À 68 ans désormais, Jean-Jacques Hublin est titulaire de la chaire de paléoanthropologie du Collège de France, après sept années comme professeur invité. Il y fait connaître les avancées d’une discipline qui permet de saisir notre trajectoire, unique, dans l’histoire de la vie sur Terre. Et ce fondateur du département d’évolution humaine au prestigieux Institut Max-Planck, basé en Allemagne, est aussi mondialement connu pour avoir exhumé en 2017 le plus ancien Homo sapiens, reculant de cent mille ans l’âge de notre espèce. Qui existerait donc depuis, au moins, trois cent quinze mille ans.

Comment est née votre vocation pour la préhistoire ?

D’abord, mon départ d’Algérie suivi de mon installation sur le plateau de Creil, dans l’Oise, fut un choc : moi qui étais fasciné par les beautés de la nature, je me retrouvais subitement dans un environnement laid et déprimant… Et la révélation est arrivée deux ans plus tard, à 11 ans, lorsque ma cousine m’a offert de visiter Paris, et que j’ai voulu aller au Muséum national d’histoire naturelle : soudain je découvrais qu’il y avait eu un nombre infini de natures englouties. Dès le lendemain, je me suis mis à chercher des fossiles derrière mon HLM ! Ma chance extraordinaire a été, en parallèle, de me lier avec mon professeur de sciences naturelles, passionné de paléontologie — avec qui je suis toujours ami. Je me souviens avoir passé avec lui des dimanches sous la neige à chercher des fossiles sur des chantiers d’autoroute. En quatrième, j’ai même monté un club de géologie dans mon collège, et me rendais aux réunions de la société savante archéogéologique de Creil.

“Quand je retrouve des fossiles humains, la sensation de tirer des vies du néant est ce qui me procure la plus profonde émotion.”

Pourquoi votre curiosité s’est-elle finalement posée sur l’Homme ?

Très tôt, j’ai été confronté à la mort violente avec la guerre d’Algérie, mais aussi à la question des origines, en raison d’une histoire familiale troublée. Mon questionnement professionnel sur l’origine humaine s’enracine dans ces traumatismes d’enfance, et s’alimente de mon désir de réparer la mort et l’oubli. Quand je retrouve des fossiles humains, la sensation de tirer des vies du néant est ce qui me procure la plus profonde émotion. L’itinéraire qui m’a conduit à revenir en Afrique du Nord (en l’occurrence au Maroc) pour y rechercher mes origines en tant qu’espèce, n’est pas innocent. C’est la chance de ma vie de pouvoir me poser des questions qui dépassent mon cas personnel, et de transformer ainsi mes tourments d’enfant en une forme de créativité.

En 2004, l’Institut Max-Planck vous a offert de créer un département d’Évolution humaine à Leipzig…

Avec la rencontre de mon professeur de cinquième, c’est le moment le plus important de ma trajectoire ; j’ai eu soudain tous les moyens que je voulais. Mais en confiant ses cartes blanches, l’Institut exige une contrepartie des chercheurs : qu’ils fassent évoluer leur discipline. C’est une pression certaine. J’ai pu en toute liberté recruter mon équipe autour d’un axe : comprendre pourquoi, après des millions d’années d’évolution, Homo sapiens a remplacé toutes les autres espèces d’hominines — catégorie qui regroupe l’espèce humaine et l’ensemble des ancêtres du genre Homo depuis la séparation d’avec les chimpanzés, il y a huit millions d’années. Nous avons rempli le contrat, notamment en trouvant les plus vieux restes d’Homo sapiens au Maroc, en éclairant des mécanismes d’évolution graduels et en soulignant que les mutations décisives sur les derniers trois cent mille ans ont essentiellement concerné notre grand cerveau.

“On ne peut saisir l’évolution de notre espèce qu’en rendant compte de l’interaction entre le biologique et le culturel.”

Qu’est-ce que la paléoanthropologie, dont vous venez de créer la chaire au Collège de France ?

Autrefois, il y avait deux disciplines : la paléontologie, qui consistait à étudier les ossements humains ; et l’archéologie préhistorique, qui fouillait les sites. Dans la seconde moitié du XXe siècle, ces deux champs se sont progressivement rapprochés, tout en croisant biologie et étude des comportements avec des données venant des sciences de l’environnement, comme la paléoclimatologie. C’est cette approche intégrée que l’on nomme « paléoanthropologie ». Cette discipline a récemment connu des bouleversements majeurs, inimaginables au début de ma carrière, comme la paléogénétique et les techniques de bio- et géochimie, permettant notamment de reconstituer l’alimentation et les migrations humaines passées. Cette approche est à mon sens indispensable, car on ne peut saisir l’évolution de notre espèce qu’en rendant compte de l’interaction entre le biologique et le culturel. La chaire du Collège de France est un signe de reconnaissance qui compte beaucoup à mes yeux. J’ai longtemps pensé « Nul n’est prophète en son pays », et peut-être que j’en souffrais secrètement. L’enseignement m’offre l’occasion de présenter ma vision de l’évolution humaine et de restituer ma recherche, financée grâce à l’argent public.

Comment s’est progressivement singularisée l’espèce humaine par rapport à sa lignée ?

Les hominines se caractérisent par une complexification de leur comportement et une utilisation de plus en plus sophistiquée d’outils. À partir de l’apparition d’Homo erectus, il y a deux millions d’années, on observe un « paquet » d’évolutions concomitantes : le développement d’outils en pierre de plus en plus complexes, une prédation accrue (les hominines étant les seuls primates à chasser des proies plus grosses qu’eux) et une croissance de la taille du cerveau, qui s’est avérée décisive. Notre lignée est alors entrée dans une évolution irréversible. Le cerveau est le siège de nos aptitudes cognitives extraordinaires, sociales comme techniques. À titre de comparaison, chez notre cousin chimpanzé, il est proportionnellement deux fois et demie plus petit. Mais sa grande taille chez l’homme induit un coût énergétique : le cerveau représente 2 % de notre corps mais consomme 20 % de notre métabolisme « basal », c’est-à-dire de l’énergie consommée au repos. Cette consommation a nécessité des adaptations anatomiques et physiologiques majeures ; elles ont notamment consisté à rogner sur certaines dépenses énergétiques pour les réallouer au cerveau.

Par exemple ?

Une réduction de notre appareil digestif et masticateur, grâce notamment à des choix alimentaires plus axés vers les graisses, les sucres et la viande, et des préparations qui réduisent l’effort d’ingestion, comme le fait de cuire ou de hacher la nourriture. Cela concerne également la reproduction : les contraintes énergétiques et notre posture bipède rendent impossible l’accouchement d’enfants avec un cerveau trop volumineux. Si nous sommes les primates avec le plus gros cerveau adulte, nous sommes aussi ceux qui ont proportionnellement le plus petit à la naissance — il fait alors un quart de sa taille mature. Son développement se poursuit longtemps après la naissance, mais aussi plusieurs années après le sevrage du nouveau-né. La mère bénéficie de l’aide d’autres adultes pour prendre soin et alimenter le jeune enfant. La reproduction humaine est un acte coopératif, engageant tout le groupe.

Cela nous rend-il plus sociables ?

Le cerveau encore très immature de l’enfant présente une grande plasticité. Son développement, dans un contexte d’interactions sociales permanentes, rend possible des apprentissages complexes, notamment dans les relations entre individus. Contrairement aux chimpanzés, chez qui la femelle se consacre à l’éducation d’un seul petit à la fois, sans participation du groupe, nos enfants grandissent fréquemment au sein de fratries. Et comme ils sont très longtemps dépendants des adultes, ils doivent apprendre à conserver leur attention pour survivre. Notre sociabilité — ou « prosocialité », ainsi que je préfère la désigner —, est une véritable obligation pour parvenir à l’âge adulte. Cette aptitude nous a permis de fonder des sociétés complexes, jusqu’à nous rendre capables de coopérer avec des milliers d’individus dans des réseaux très étendus. Mais cette croissance longue reste un luxe, que l’humain ne peut s’offrir que grâce à sa faculté d’extraire de l’énergie de son environnement.

“Désormais, la technologie joue un rôle dominant dans notre adaptation.”

Votre cours « Traits de vie et contraintes énergétique sau cours de l’évolution humaine », en 2017-2018, semblait faire du genre Homo une sorte de génie pour optimiser l’énergie dont il a besoin…

La particularité de notre espèce tient à sa faculté d’externaliser dans le monde technique un certain nombre de fonctions essentielles : se vêtir pour réchauffer son corps, s’outiller pour chasser, construire un habitat pour s’abriter… Encore une fois encore, ces comportements de plus en plus sophistiqués ont été rendus possibles par l’évolution de notre cerveau. Désormais, la technologie joue un rôle dominant dans notre adaptation. Cela nous dit quelque chose de nos problèmes contemporains, car cette évolution s’est caractérisée par des besoins énergétiques croissants, qui nous ont conduits à modifier l’environnement à une échelle de plus en plus importante, devenue aujourd’hui planétaire. Cette faculté de transformer ce qui nous entoure a permis notre survie dans des milieux de plus en plus hostiles, y compris dans l’espace. Au lieu de s’adapter à l’environnement, l’espèce humaine adapte l’environnement à elle. La paléoanthropologie nous enseigne que la crise écologique s’enracine loin dans notre évolution.

Pourquoi les autres espèces du genre Homo (Neandertal, Denisova, Flores…) ont-elles disparu ?

À presque toutes les époques du passé, les hominines ont compté plusieurs espèces vivant simultanément. On en connaît au total une trentaine. Jusqu’à ce que notre espèce sorte de ses aires historiques, l’Afrique et le Proche-Orient, pour entrer dans celles des autres. Il y a quarante mille à cinquante mille ans, des Sapiens, espèce pourtant tropicale, pénètrent ainsi des endroits comme la Sibérie… C’est aussi à cette époque que s’accélère notre évolution sur le plan comportemental. Et finalement, au cours des derniers cinquante mille ans, notre espèce a remplacé toutes les autres, un fait inédit en huit millions d’années d’évolution des hominines ! Cela tient, je crois, à une complexité sociale moindre chez les autres espèces, et à une aptitude elle aussi moins poussée à extraire de l’énergie de l’environnement.

“Je suis circonspect lorsque certains pensent que nous pourrions cesser de modeler ce qui nous entoure.”

En quoi l’évolution humaine se caractérise-t-elle par ce que vous qualifiez de « construction de niche » ?

Construire une « niche », c’est-à-dire façonner un environnement pour qu’il nous soit adapté, n’est pas une spécificité humaine. Les castors comme les termites construisent leur habitat. Chez ces derniers, il est gigantesque et même climatisé ! Mais notre espèce est celle qui est allée le plus loin dans la sophistication technique et sociale. Nous « anthropisons » des environnements depuis des milliers d’années, et pas seulement depuis la révolution industrielle : dans toutes les régions conquises par Homo sapiens, on observe une disparition de la mégafaune [les animaux de grande taille, comme les mammouths, qui disparaissent en raison de la pression humaine sur les environnements locaux, par la chasse, la déforestation, etc., ndlr]. La faculté d’adapter notre environnement, jusqu’à créer une agriculture et des villes, a fait notre succès. Cette logique est inhérente à notre fonctionnement ; je suis donc circonspect lorsque certains pensent que nous pourrions cesser de modeler ce qui nous entoure. Mais notre gros cerveau nous permet aussi de prendre conscience de la crise écologique que nous avons engendrée, et d’imaginer d’autres façons d’agir sur notre environnement.

Le thème de votre leçon inaugurale au Collège de France était « Homo sapiens, une espèce invasive » : serions-nous des parasites ?

Au sens strict, une espèce est qualifiée d’invasive lorsqu’elle quitte sa niche écogéographique habituelle pour s’installer ailleurs, prolifère et réduit localement la biodiversité. Les espèces invasives que nous connaissons ont généralement été amenées par l’homme [soit délibérément, soit parce qu’elles en ont suivi les déplacements, comme les rats, ndlr]. Dans notre cas, Homo sapiens s’est déplacé tout seul. Nous pourrions même être qualifiés de « super invasifs » au vu de la disparition d’hominines et d’animaux que notre expansion a provoquée. Alors que notre espèce ne représentait rien dans la biomasse (la masse totale formée par un ensemble d’organismes) il y a dix mille ans, les humains et les animaux domestiques destinés à notre nourriture pèsent désormais vingt fois la biomasse totale de tous les mammifères sauvages !

Cette expansion est-elle inéluctable ?

À long terme, une partie de la solution viendra peut-être d’une baisse naturelle de la démographie. Car si les espèces qui consomment très peu d’énergie ont une fécondité importante, l’inverse est également observé : plus une espèce coûte cher en énergie, moins elle fait de petits. Aujourd’hui, la consommation énergétique d’une Américaine moyenne équivaut au métabolisme d’un gorille de trois tonnes et demie, et sa fécondité correspond à ce que prévoit le modèle : avec l’élévation du niveau de vie, on observe une baisse tendancielle de la fécondité dans de nombreuses sociétés. Des mécanismes internes à l’espèce pourraient finalement freiner notre dynamique de croissance sans fin.

JEAN-JACQUES HUBLIN EN SIX DATES30 novembre 1953 Naissance à Mostaganem, en Algérie. 1981 Première publication scientifique sur un fossile (une mandibule d’enfant marocain). 1992 Semestre d’enseignement à Berkeley auprès du paléoanthropologue Francis Clark Howell, qui change de façon décisive sa vision de la discipline. 2004 Création du département d’Évolution humaine à l’Institut Max-Planck de Leipzig. 2014 Professeur invité au Collège de France, où il devient titulaire de la chaire de paléoanthropologie en 2021. 2017 Exhume les restes du plus vieil Homo sapiens connu, à Djebel Irhoud, au Maroc.

Source : Télérama du 18/07/2022

mardi 9 février 2021

"Pour peindre les lions de la grotte de Chauvet, il fallait une maturité sociale et cognitive certaine"

Carole Fritz, Préhistorienne, responsable du Creap (Centre de recherche et d'étude pour l'art préhistorique Émile Cartailhac), directrice de l'équipe scientifique de la grotte Chauvet-Pont d'Arc (Ardèche) depuis 2018

Si l'on attribue à Néandertal la paternité des premiers dessins abstraits, c'est bien Sapiens qui est l'auteur des chefs-d'œuvre de l'art pariétal. Des peintures qui témoignent d'une pensée symbolique élaborée, explique la préhistorienne Carole Fritz, celle d'individus capables de produire - et reproduire - des mythes.

Sciences et Avenir : À partir de quand les Hommes ont-ils orné les parois des grottes ?

Carole Fritz : En Europe occidentale, cela s'est produit aux alentours de 37 000 ans. La plus belle illustration en est, en France, la grotte de Chauvet-Pont d'Arc (Ardèche). D'autres sites contemporains ont été récemment signalés en Asie du Sud, en particulier à Sulawesi, en Indonésie. Ils pourraient être, hors d'Europe, les plus anciens du monde.

Qui serait le premier artiste ?

Il ne fait pour moi aucun doute que les auteurs des œuvres pariétales sont des Homo sapiens. Des controverses existent dans la communauté scientifique pour accorder à l'Homme de Néandertal la paternité de quelques graphismes sur des coquillages, ou une grille gravée sur un rocher… Mais cela n'a absolument rien à voir avec les spectaculaires productions de Sapiens. Pour réaliser des œuvres picturales de la qualité de celle des lions ou des chevaux de la grotte Chauvet, il fallait que celui-ci ait atteint une maturité sociale et cognitive certaine.

C'est-à-dire ?

Homo sapiens a atteint l'Europe il y a environ 45 000 ans. Or, il ne s'est pas mis tout de suite à décorer les parois des grottes. Les premiers témoignages d'art rupestre sont plus récents de quelques milliers d'années. On peut donc penser qu'une certaine maturation a fait émerger des besoins sociaux élaborés, touchant à la projection du soi individuel et collectif vers un aliud (autre). Une projection vers des images animales, pour l'essentiel. Quand Sapiens s'est mis à peindre dans les cavités profondes ou à façonner des sculptures sur ivoire, à l'instar des lions, chevaux, ou mammouths retrouvés à Hohle Fels, un site du Jura souabe en Allemagne, il avait atteint cette maturité.

Est-ce à dire que sans l'émergence d'une société complexe, Homo sapiens ne serait jamais devenu l'artiste que l'on connaît ?

Absolument. Inscrire des figures sur les parois des grottes était à mon avis, pour ces sociétés de chasseurs-cueilleurs-collecteurs, une façon de consigner leurs mythes ! Des histoires qui structuraient leurs relations sociales, expliquaient leur passé, organisaient leur futur. Bien sûr, nous n'en connaîtrons jamais la teneur. Mais il ne fait aucun doute que ces fresques composent une narration, que ce soit sur les parois de la grotte Chauvet ou, vingt mille ans plus tard, sur celles de Lascaux, en Dordogne.

L'art pariétal est donc le vecteur d'une pensée symbolique…

Indubitablement, et l'on peut d'ailleurs tenter d'en suivre le développement. L'art des chasseurs du paléolithique supérieur, qui œuvraient en Europe dans les grottes profondes, est assez différent de celui des premiers agro-pasteurs qui, des milliers d'années plus tard, orneront les parois d'innombrables abris sous roche, en Afrique, Asie ou Amérique. On assiste à un changement flagrant du positionnement de la figure humaine. Entre 40 000 ans et 10 000 ans, celle-ci ne représente que 5 % de l'ensemble du corpus des peintures - c'est l'animal qui est le principal vecteur des mythes. Alors qu'aux périodes beaucoup plus tardives, on constate une explosion de la représentation des humains. Sans doute le témoignage d'autres visions du monde.

Les mythes racontés ne sont plus les mêmes ?

Je dirai que, entre 35 000 et 15 000 ans, les messages véhiculés sont identiques. Mais pas après. L'anthropologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009) a montré qu'au cours des siècles, les mythes américains qui circulaient du nord au sud du continent ont évolué sans que l'histoire change, sinon les protagonistes. Pour l'art pariétal, on peut dire la même chose. Ce qui, par exemple, pouvait être raconté dans les temps anciens à travers une association animale telle que le cheval-bison a pu l'être plus tard via un aurochs et un cheval. Vers 12 000-10 000 ans, tout cela s'est modifié. Avec le changement climatique consécutif à la dernière glaciation, les Hommes du paléolithique supérieur ont perdu leurs références environnementales. Les mammouths et bisons n'étaient plus là. Les rennes non plus. Un monde avait disparu, remplacé par un vaste couvert forestier, avec l'installation d'autres populations. Les chasseurs du paléolithique supérieur, et leurs idéaux formulés à travers les peintures dans les grottes profondes, n'étaient plus.

Leurs narrations se sont-elles éteintes avec eux ?

Oui et non, car les Hommes ont continué à raconter d'autres histoires, en utilisant d'autres supports. À la place des parois des grottes, les habitants du mésolithique - cette période de transition qui succède au paléolithique en Europe - ont utilisé des plaquettes gravées, des fragments de pierre décorés, autant qu'ils ont orné à travers le monde des centaines de milliers d'abris sous roche, rochers, etc.

Ces réalisations étant un acte social, n'importe qui pouvait-il s'exprimer en ornant les parois ?

Paraphrasant Claude Lévi-Strauss, je dirai que si cela avait été le cas, il y aurait eu une dissolution des symboles et donc du message. Alors que ce qui caractérise justement l'art paléolithique, c'est sa stabilité dans le temps. De 37 000 ans jusqu'à 12 000 ans - ce qui en termes de générations est absolument considérable -, sur le continent ouest-européen, on constate que le bestiaire ne change pas. Une telle stabilité symbolique ne peut être maintenue sans une certaine forme de contrôle social. Tout le monde ne pouvait pas exécuter de grandes fresques au cœur des cavernes. Certains ont peut-être bénéficié d’un statut particulier, mais aucune trace archéologique ne peut le prouver à ce jour. Et des femmes autant que des Hommes ont pu exécuter ces œuvres.

Quels sont les axes de recherche dans ce domaine d'étude ?

Depuis les travaux d'André Leroi-Gourhan (1911-1986), qui a été pendant des décennies un véritable "pape" de la préhistoire. Il y a une sorte d'hésitation à explorer le terrain de la signification de l'art préhistorique… Or je pense qu'il faut arrêter de se réfugier dans les études descriptives, statistiques - tuer le père ! - pour s'aventurer dans le champ des interprétations, un domaine certes beaucoup plus complexe ! Un domaine qu'on ne peut investir sans faire appel à d'autres disciplines telles que l'anthropologie, la psychologie des formes ou les sciences cognitives.

Source : Sciences et Avenir du 07/02/2021

lundi 21 janvier 2013

Baume Latrone : la petite sœur de Chauvet

La datation d’un charbon de bois issu de la grotte ornée de Baume Latrone, dans le département du Gard, révèle la grande ancienneté de ses étonnantes peintures. C'est la confirmation que l’art paléolithique a été, dès ses origines, il y a près de 40 000 ans, à la fois varié dans ses formes et dispersé géographiquement.

Un grand félin et des mammouths

Il y a 37 000 ans, les tribus de chasseurs-cueilleurs de la période aurignacienne, installés dans le Sud de la France, n’ont pas seulement orné les parois de la grotte Chauvet-Pont d’Arc, dans l’actuel département de l’Ardèche, de centaines d’animaux d’une beauté à couper le souffle. Ils se sont également rendus plus au sud, eux ou leurs proches descendants, empruntant le couloir rhodanien avant de remonter le cours du Gardon, qui serpente dans des gorges calcaires rappelant celles de l’Ardèche. Là, ils ont pénétré dans les entrailles d’une profonde cavité dont le porche surplombait le cours d’eau, pour y exprimer toute l’étendue de leur art : de cet acte créatif nous sont parvenus, à travers les millénaires, vingt-et-un animaux (félins, chevaux, mammouths), six mains et des signes divers. Tous représentés sur les parois et les plafonds de cette grotte en forme de long conduit sinueux, appelée aujourd’hui Baume Latrone. Pour réaliser leurs dessins, les hommes paléolithiques du Gard ont employé une technique très originale, déposant de l’argile sur les parois en se servant de leurs doigts comme autant de pinceaux.

Un charbon de 37 464 ans

lundi 5 novembre 2012

Néandertal savait faire de très belles parures

Qui a façonné les superbes parures et les outils finement taillés de la grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure, caractéristique de la culture dite châtelperronienne ? Néandertal, comme semblent le montrer les dents associées ? Nos ancêtres, comme pousse à le croire la sophistication de ces créations ? Deux études ont tranché : c’est Néandertal. L’une est toute fraîche et basée sur des datations. L’autre a 1 an et s’appuie sur une analyse statistique. Mais les conclusions diffèrent…

Oui, c’est l’Homme de Néandertal qui a fabriqué les parures et les outils de la grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure dans l’Yonne. C’est bien à Homo neanderthalensis que l’on doit cet art dit châtelperronien, une culture au sens que lui donnent les paléontologues, c’est-à-dire un ensemble de techniques et de styles pour fabriquer des outils, des parures, des pigments ou des peintures pariétales. C’est le résultat de datations effectuées sur 31 objets de cette grotte (dents humaines et outils en os) et sur un fragment de tibia trouvé à Saint-Cézaire (Charente-Maritime). L’équipe internationale réunie autour de Jean-Jacques Hublin, de l’institut Max Planck (Allemagne), où figurent des chercheurs du CNRS et de l’Inrap, a réalisé une filtration poussée du collagène puis une datation au carbone 14 effectuée à Mannheim, par spectrométrie de masse par accélérateur (SMA).

Restes humains et objets façonnés à la façon châtelperronienne datent tous de -35.380 à -40.970 ans : Néandertal était bien l’artisan habile qui a créé ces jolis objets, détaille la publication dans les Pnas. En 2011, une autre équipe, formée par François Caron, Francesco d'Errico, Pierre Del Moral, Frédéric Santos et João Zilhão, travaillant sur cette même grotte, parvenait à la même conclusion grâce à une étude statistique de la répartition de tous ces restes dans les couches de terrain. La messe est dite.

Mais cela n’empêche les paléontologues de se questionner sur les mystérieux rapports qu’entretenaient les deux Homo de l’époque, sapiens et neanderthalensis, qui ont longuement cohabité en Europe jusqu’à la disparition du second, vers -28.000 ans. Aujourd’hui, le résumé de l’article cosigné par Jean-Jacques Hublin parle d’imitation : Néandertal, fasciné par Homo sapiens, fraîchement débarqué en Europe, aurait fait comme lui.

L’explication ne convainc pas du tout Francesco d'Errico, de l'université de Bordeaux-1. Pour lui, comme il l’explique à Futura-Sciences, ces nouvelles datations confirment que Néandertal est bien l’auteur de ces techniques châtelperroniennes mais pas qu’il s’agit d’imitations car cette culture apparaît bien trop tôt. Il n'est pas facile en effet de démêler l'écheveau de la grotte du Renne...

De Néandertal à Cro-Magnon : une stratigraphie difficile à déchiffrer


L’énigme dure depuis que le paléontologue André Leroi-Gourhan a exploré cette grotte, au milieu d’un site riche, dont les falaises calcaires ont été visitées en plusieurs endroits par d’innombrables générations. Entre 1949 et 1963, l’équipe de Leroi-Gourhan a mis en évidence une succession d’occupations entre -45.000 et -28.000 ans. Dents humaines, ossements d’animaux, outils en pierre et en os, parures et peintures pariétales : on trouve une longue série de témoignages de multiples époques.

Les niveaux les plus anciens témoignent du Moustérien, une culture attribuée sans controverse à l’Homme de Néandertal. Les couches les moins anciennes, du temps de l’Aurignacien et du Magdalénien, sont, sans équivoque, celles d’Homo sapiens, c’est-à-dire l’Homme moderne.

Entre les deux, la couche de la controverse : le Châtelperronien. Intermédiaire entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur, la culture châtelperronienne a été décrite pour la première fois par l’abbé Breuil après des fouilles près du village de Châtelperron (Allier).

Néandertal : imitateur ou créateur ?


Dans la grotte du Renne, les parures et les outils finement taillés appartiennent à cette culture mais les dents humaines, elles, sont néandertaliennes. Conclusion des uns : l’Homme de Néandertal a fabriqué ces délicats objets. Conclusion des autres : impossible : durant tout le Moustérien, ces Néandertaliens n’ont pas fait évoluer leurs techniques, restées frustres et n’ont donc pas pu améliorer brutalement son art. Si des dents se trouvent au même niveau, c’est parce que le hasard des mouvements verticaux à l’intérieur du sol a déplacé ces objets jusqu’à les rendre voisins. La réponse réside donc dans les datations précises de tous ces objets. De nombreuses fouilles ont été effectuées depuis une quinzaine d’années mais sans permettre de conclusions définitives car il reste peu de choses.

Les interprétations ont largement divergé. Jean-Jacques Hublin, par exemple, estimait déjà, en 1997, que les objets châtelperroniens découverts avec des restes de Néandertaliens pouvaient avoir été fabriqués par Homo sapiens mais échangés lors de rencontres amicales. Pour Francesco d’Errico, tout cela ne colle pas. « Les dates du début du Protoaurignacien sont trop récentes par rapport au début du Châtelperronien » nous explique-t-il. Autrement dit : Néandertal fabriquait déjà des objets sophistiqués avant d’avoir pu admirer l’art aurignacien de l’Homme moderne. Pour lui, on fait dire à des datations ce qu’elles ne peuvent pas dire. La méthode au carbone 14 n’est pas utilisable avec les outils en pierre et les restes organiques sont bien trop fragiles. « Il suffit d’un peu de matériel contaminant pour vieillir ou rajeunir une pièce de quelques milliers d’années… »

C’est pourquoi l’étude publiée en 2011 et à laquelle il a participé portait sur la répartition de tous les éléments au sein des couches stratigraphiques et analysait les probabilités pour retrouver les associations (outils, ossements, restes d’activités…) constatées sur le terrain. Le résultat étant qu'il est fort peu probable que le hasard ait réuni ces restes de la manière dont on les a trouvés.

Quoi qu'il en soit, les deux méthodes convergent : Néandertal ne s’est pas limité aux frustres silex taillés qu’on lui attribue depuis longtemps. Notre défunt cousin, dont il a longtemps été dit qu’il ne pouvait même pas parler, reste encore mal connu…

Source : Futura Sciences du 02/11/2012

jeudi 1 novembre 2012

Homo sapiens et Neandertal ont coexisté

Selon de nouvelles datations, le second s'est inspiré des techniques plus élaborées du premier.

La manière dont les néanderthaliens européens ont été supplantés par les premiers hommes modernes (Homo sapiens) venus d'Afrique et du Proche-Orient, entre - 50.000 et - 40.000 ans, a toujours suscité un vif débat dans la communauté scientifique. Notamment depuis la découverte il y a une cinquantaine d'années, dans la grotte du Renne à Arcy-sur-Cure (Yonne), par le célèbre préhistorien français André Leroi-Gourhan, d'outils et d'objets de parure en os assez sophistiqués appartenant à la culture dite du châtelperronien. Autrement dit, une «industrie de transition» entre ce que les néanderthaliens fabriquaient depuis des centaines de milliers d'années (des bifaces en silex assez grossiers), et les assemblages très élaborés confectionnés par les nouveaux arrivants. La découverte, au milieu de ces objets hybrides entre deux cultures, de restes d'hommes de Neandertal, aussi bien dans la grotte du Renne que dans celle de Saint-Césaire (Charente-Maritime), suggère fortement que ces derniers en étaient les auteurs. Ont-ils été influencés par les premiers hommes modernes avec qui ils auraient été en contact? Ont-ils, au contraire, réalisé ce saut technologique par eux-mêmes? Ou bien s'agit-il, tout simplement, d'objets façonnés par les premiers Homo sapiens arrivés en Europe?

«La seule façon de résoudre la question était de procéder à une datation la plus précise possible du matériel retrouvé dans les deux grottes», explique Jean-Jacques Hublin, directeur du département d'anthropologie évolutionnaire de l'Institut Max-Planck, à Leipzig (Allemagne), qui vient de s'atteler à la tâche en collaboration avec des chercheurs du CNRS et de l'Inrap*. «Il y a encore cinq ans, cela aurait été techniquement impossible», poursuit M. Hublin. En effet, au-delà de 30.000 ans le peu de carbone 14 qui reste est fréquemment contaminé par des poussières plus récentes. En recourant à la spectrométrie de masse par accélérateur, une technologie très récente, les chercheurs de Leipzig, sont parvenus à contourner cet écueil.

Reconstitution d'une famille d'hommes de Neanderthal en Croatie.

Un processus complexe

Leurs datations très précises, publiées ce lundi dans la revue américaine PNAS, montrent sans ambiguïté que les objets de parures châtelperroniens et les ossements néanderthaliens retrouvés dans les deux grottes sont contemporains, entre - 44.500 ans et - 41.000 ans. «Cela va être difficile maintenant de soutenir que Neandertal ne les a pas fabriqués», souligne M. Hublin qui note qu'au même moment on trouve les traces des premiers hommes modernes, ou aurignaciens, dans le sud de la France, en Italie et en Allemagne.

«On peut en conclure que les derniers néanderthaliens européens ont coexisté géographiquement pendant quelques milliers d'années avec les aurignaciens, sans dire pour autant qu'ils ont cohabité, conclut le chercheur. Peut-être ont-ils seulement vu les objets dont ils se sont inspirés pour produire le châtelperronien, sans jamais voir ceux qui les ont fabriqués. Un peu d'hybridation par endroits, un remplacement pur et simple ailleurs, une acculturation comme dans le cas du châtelperronien: la supplantation de Neandertal par Homo sapiens a été un processus complexe. L'Europe est le seul endroit ou l'on voit les modalités de ce remplacement à l'œuvre.»

*Institut national de recherches archéologiques préventives.

Source : Le Figaro du 30/10/2012

mercredi 10 février 2010

André Leroi-Gourhan

André Leroi-Gourhan (25 août 1911 à Paris - 19 février 1986 à Paris) est un ethnologue, archéologue et historien français, spécialiste de la préhistoire. C'est aussi un penseur de la technologie et de la culture, qui sait allier précision scientifique et concepts philosophiques.

Source : Wikipedia

vendredi 1 mai 2009

«Il y a 800 000 ans, l'homme était cannibale»

Jean Guilaine, préhistorien
«Il y a 800 000 ans, l'homme était cannibale»

Même s'il a montré que nous sommes sur le «sentier de la guerre» depuis le paléolithique, le préhistorien est convaincu que la violence n'est pas une fatalité.

- Au cours de vos longues années d'enseignement au Collège de France, pourquoi vous êtes-vous intéressé à l'émergence de la violence chez l'homme ?

Parce que ce thème me permettait de parler d'archéologie et d'un sujet de société contemporain qui touchait un large public. Il était important pour moi de montrer que cette discipline scientifique pouvait éclairer ce comportement humain.

- Quand l'homme est-il donc parti sur le «sentier de la guerre» ?

Il est difficile de mettre en évidence l'origine de la violence chez l'homme. Surtout pour les périodes préhistoriques les plus anciennes, il y a 2,5 millions années. Mais on pourrait dire qu'on la voit s'exprimer chez Homo antecessor au cours du paléolithique ancien (lire les Repères p. 44). A Atapuerca, par exemple, sur le site espagnol de Gran Dolina, des restes humains vieux de 800 000 ans retrouvés au fond d'un gouffre portent des traces de décarnisation. On a peut-être déjà affaire à du cannibalisme.

- Comment expliquez-vous que cette violence préhistorique soit évoquée depuis si peu de temps ?

Le sujet est longtemps resté tabou. Tuer ses semblables et encore plus les consommer étaient des thèmes difficiles à aborder. Longtemps l'homme ancien a été vu - à travers le prisme de la culture et de la religion - comme un être parfait, évoluant dans un paradis paléolithique et un mythique âge d'or. Un fantasmatique Eden où n'aurait vécu qu'un homme foncièrement pacifiste dans un environnement généreux.

- Pour quelles raisons l'apparition de la violence est-elle généralement associée à l'époque du néolithique, qui voit l'apparition de l'agriculture ?

Principalement à cause de la théorie matérialiste selon laquelle dès que l'homme s'est mis à produire et à capitaliser, donc à créer de la richesse et des surplus, cela a engendré de la convoitise et fait naître les conflits. Mais les motifs d'affrontement ont pu être plus variés.

- C'est-à-dire ?

Dès les époques les plus anciennes, les rapts de femmes, d'enfants, les ruptures d'alliance ou tout simplement la volonté d'en découdre ont pu être à la source des conflits, comme l'ethnologie l'a démontré.

- Quelles sont les plus lointaines traces de combat avérées que l'archéologie a pu mettre en évidence ?

Elles datent de la fin du paléolithique supérieur, il y a 12 000 ans. En 1965, alors qu'il travaillait au Soudan sur le site de Djebel Sahaba, l'Américain Fred Wendorf de l'université du Texas a mis au jour une nécropole contenant une cinquantaine d'individus criblés de flèches. Plus près de nous en Europe, on a retrouvé des dépouilles semblables dans des nécropoles chez des peuples de chasseurs-cueilleurs. Cela dans la vallée du Dniepr, en Ukraine, ou dans la région des Portes de Fer, une gorge du Danube frontalière entre la Serbie et le sud-ouest de la Roumanie.

- Justement, lors du dernier colloque international sur le néolithique qui s'est tenu à la Cité des sciences et de l'industrie, à Paris, il a été dit que c'est à ce moment qu'auraient émergé les inégalités et les processus de subordination...

En effet, c'est à cette période que la plupart des sociétés sont passées de stades au cours desquelles les différences sociales étaient très faibles, à d'autres, où elles se sont accentuées.

- Comment a-t-il été possible de repérer ces écarts ?

Principalement à travers l'étude du mobilier funéraire. Rappelons que venu d'Orient, le néolithique s'est d'abord propagé dans le sud de la France vers 5800 avant notre ère avant de s'étendre vers le bassin parisien aux alentours de 5300 avant J.-C., puis de gagner la Bretagne vers 4800. Prenons l'exemple des très grands tertres de la région de Carnac qu'on s'est mis à bâtir dès 4500 avant J.-C. pour déposer la dépouille de puissants personnages. De nombreuses personnes ont alors été mobilisées pour élever ces énormes tumulus.

- Qu'a-t-on découvert à l'intérieur ?

Les rares individus inhumés dans les tombeaux étaient dotés d'objets de prestige comme des colliers de perles en variscite, peut-être originaires d'Espagne. On a surtout trouvé de très longues haches vertes polies de 40 cm de long dont la pierre était extraite au Piémont, en Italie ! Ces haches cérémonielles ont donc été transportées exprès jusqu'en Bretagne. Tout cela pour y être thésaurisées dans la tombe d'un seul individu !
Autre cas de traitement distinctif indiquant la naissance des élites, le site de Varna, en Bulgarie. Dans cette nécropole des bords de la mer Noire, sur 290 tombes, seul un petit groupe possède de magnifiques objets en or : des parures, des sceptres, des colliers, ainsi que des armes en cuivre. Ce qui signifie qu'en moins de 1000 ans en France, et en un peu plus en Europe du Sud-Est où le néolithique est apparu plus tôt, les premières sociétés villageoises avaient déjà généré en leur sein des différences sociales considérables.

- Ces sociétés ont aussi vu apparaître la roue, l'araire, la traction animale... Mais que sait-on des armes dont disposaient les premiers agriculteurs ?

Au néolithique, on chasse et on se bat essentiellement à l'arc. Les plus anciens de ces instruments connus ont été retrouvés dans des tourbières du nord de l'Europe. Ils remontent aux époques épipaléolithiques, soit 10 000 avant notre ère. L'autre outil typique de l'époque est la hache. Mais si elle sert à déboiser, elle peut aussi être un objet symbolique comme nous venons de l'évoquer. Les poignards apparaîtront en Europe environ 4000 ans avant notre ère : ils seront d'abord en silex, puis en cuivre (depuis 3000 avant J.-C.). Quant à l'épée, elle a surgi vers 3000 avant J.-C. en Orient et seulement vers 1500 avant J.-C. sur notre continent.

- Comment s'est répandu cet usage du métal ?

Il faut avoir à l'esprit que les choses ne se sont pas passées de la même façon partout. L'Orient a longtemps été en avance sur l'Occident. Dès 5000 avant J.-C., plusieurs foyers de diffusion s'allument. On voit la métallurgie apparaître en Iran, en Anatolie et dans les Balkans. Ce n'est que vers 3500 à 4000 ans avant notre ère que le métal se généralise en Europe occidentale et dans les îles Britanniques. En Orient, au IIIe millénaire, on dispose déjà de lances ainsi que de casques pour se protéger. Et dès le IIe millénaire au Danemark ou en Hongrie, on peut constater une excellente maîtrise du matériau avec des épées tout aussi belles et résistantes que celles forgées en Orient. D'ailleurs, après 1200 avant J.-C., l'est de la Méditerranée adopte des épées de type européen !

- Justement, que sait-on des premiers conflits en Europe et en Méditerranée ?

Dans les cités-Etats du Proche Orient, des villes indépendantes possédant une administration et un territoire qu'elles exploitent, les conflits éclatent dès le IVe millénaire avant notre ère. En Mésopotamie, les cités rivales s'entre-déchirent. Elles se disputent des terres, veulent s'emparer de butins, faire des prisonniers. La guerre est un élément du pouvoir royal : elle institutionnalise la fonction.

- Qui dit guerres dit guerriers. Comment s'est construite leur image ?

Au néolithique, il n'y a pas de «guerrier» proprement dit au sein des sociétés paysannes. En revanche, il en existe en Orient dès l'époque sumérienne au sein d'armées ou de protoarmées. Vers 2500 avant J.-C., on trouve dans une tombe royale d'Urun «étendard» sur lequel figurent des scènes de guerre et de captures. On y voit défiler des soldats casqués, armés de piques, pendant que d'autres conduisent des chars de guerre en écrasant leurs victimes...

- Que se passe-t-il alors en Occident ?

Les premières tombes de guerriers n'y datent que de la fin de l'âge du bronze et des débuts de l'âge du fer. Mais il faut rappeler qu'en Europe, dès le néolithique, couvait une idéologie du guerrier matérialisée par les «statues-menhirs». Ces grandes stèles monolithiques que l'on rencontre depuis le bas Danube jusqu'à la péninsule Ibérique. Elles constituent pour moi autant de premières «photographies» des hommes de ces époques.

- Ces «statues-menhirs» ne figuraient-elles pas plutôt des divinités ?

On l'a longtemps dit. Or j'y vois plutôt des personnages héroïsés, des ancêtres avec des attributs du pouvoir, des objets qui donnent du prestige : les armes. Une statue-menhir d'homme se singularise par le port d'armes, ces instruments culturels qui servent à chasser et à tuer : arc, flèche et poignard. Entre 3500 et 2500 avant J.-C., les statues-menhirs sont un reflet de la société. Représenter un homme, c'est déjà le figurer en guerrier. Vers 1200 avant notre ère, soit un millénaire et demi plus tard, nanti d'une pique, d'un poignard et d'une épée, le guerrier deviendra un combattant à «plein temps». Quant aux statues féminines parées de colliers, elles seront dotées de seins. Un caractère anatomique et biologique qui classe la femme dans le naturel.

- Au fil du temps, le guerrier acquiert donc du prestige ?

Oui, il peut même devenir un «héros». Ce nouvel idéal se développera en parallèle à une culture de guerre qui fait l'apologie de la valeur et du courage. Ces vertus seront développées chez les Grecs par Homère et plus tard Hérodote, Thucydide ou Xénophon. On les retrouvera aussi dans les textes des grandes religions monothéistes ou encore dans ceux de l'Inde et de la Chine ancienne.

- De quand datent les conflits à grande échelle qui opposent de très nombreux individus ?

Du IIIe millénaire avant J.-C. au Proche-Orient, avec les conquêtes de Sargon. Aux alentours de 2300 avant notre ère, à partir d'une série de raids, celui-ci va fédérer l'ensemble du monde mésopotamien et créer un véritable empire s'étendant des pays du Golfe à la Méditerranée. Le deuxième millénaire avant J.-C. est aussi jalonné de grandes batailles, telle Qadesh (vers 1275 avant J.-C.), où s'opposent deux grandes puissances de l'époque, les Egyptiens et les Hittites d'Anatolie. Qadesh est sans nul doute une des premières grandes batailles de l'histoire.

- L'homme est-il condamné à perpétuer les guerres ?

Pour le préhistorien André Leroi-Gourhan, le comportement d'agression était inhérent à l'espèce humaine. «La guerre, c'est la chasse à l'homme», disait-il. Or dans les années 1970, l'anthropologue Pierre Clastres a pris le contre-pied de cette affirmation dans son essai Archéologie de la violence, la guerre dans les sociétés primitives. Il rappelait - ce qui me semble fort juste - qu'il ne faut pas rabattre sur le biologique des comportements de nature culturelle et sociologique. Le néolithique nous a livré un message. Après s'être libéré des contraintes de la nature - chasse et cueillette aléatoires -, l'homme a eu, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la possibilité de produire son alimentation en maîtrisant l'agriculture et l'élevage. Or à partir du moment où il est devenu maître de la nature, il a retourné son énergie contre sa propre espèce, en voulant dominer et subjuguer. Le néolithique, qui pouvait être un chemin de liberté, est devenu une voie d'aliénation. J'ai l'espoir de voir l'homme, un jour, parvenir à l'inverse, et maîtriser ses pulsions.

JEAN GUILAINE, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Civilisations de l'Europe au néolithique et à l'âge du bronze, est aussi directeur d'études à l'EHESS et directeur de recherche au CNRS. On lui doit la création du Centre d'anthropologie de Toulouse, en 1978. Auteur de nombreux ouvrages scientifiques, il a également publié Pourquoi j'ai construit une maison carrée (Actes Sud), un roman-document situé au néolithique.

Repères
PALEOLITHIQUE. Période la plus longue et la plus ancienne de la préhistoire humaine elle s'étend de 2,6 millions à 10 000 ans avant notre ère.

NEOLITHIQUE. Entre 10 000 et 5000 avant J.-C, l'homme passe du stade de chasseur-cueilleur à celui d'éleveur et d'agriculteur. Les premières traces du néolithique apparaissent au Moyen-Orient.

AGE DU CUIVRE. Appelé aussi chalcolithique, il fait la transition entre la fin du néolithique et l'âge du bronze. Né au Proche-Orient, il gagne l'Europe vers 3000 ans avant J.-C.

AGE DU BRONZE. Cet âge est marqué par la découverte de l'alliage du cuivre et de l'étain, métal résistant permettant de fabriquer des armes. Connu au Proche-Orient et dans le monde égéen dès le IVe millénaire avant notre ère, il apparaît en Europe vers 2000 ans avant J.-C.

AGE DU FER. Les premiers centres de métallurgie du fer, datés de la fin de IIe millénaire, sont situés en Anatolie et dans la région de la Caspienne. Ils se seraient répandus vers le Proche-Orient et le monde égéen après 1800 avant J.-C.

Pour en savoir plus
- Les Racines de la Méditerranée et de l'Europe, Jean Guilaine, Fayard, 2008. Le Sentier de la guerre. Visages de la violence préhistorique, Jean Guilaine et Jean Zammit, Seuil, 2001.- Otzi, l'homme des glaces et son temps, Jean Guilaine, CD Gallimard-Collège de France, Coll. «A voix haute», 2008.- Podcast du colloque «La révolution néolithique dans le monde», Colloque international organisé par la Cité des sciences et de l'industrie et l'Inrap, octobre 2008. http ://www.inrap.fr/podcast-6-Inrap_podcast_video_colloque_2008_La_revolution_ne.xml

Source : Sciences et Avenir de mai 2009

samedi 1 mai 1993

Grotte de Lascaux

La grotte de Lascaux, située sur la commune de Montignac-Lascaux, dans le département français de la Dordogne en région Nouvelle-Aquitaine, dans la vallée de la Vézère, est l'une des plus importantes grottes ornées du Paléolithique supérieur par le nombre et la qualité esthétique de ses œuvres. Elle est parfois surnommée « la chapelle Sixtine de l'art pariétal », selon une expression attribuée à Henri Breuil, qui la nomme également « Versailles de la Préhistoire » ou « Altamira française ».

Les peintures et les gravures qu'elle renferme n’ont pas pu faire l’objet de datations directes précises : leur âge est estimé entre environ 19 000 et 17 000 ans à partir de datations et d’études réalisées sur les objets découverts dans la grotte. La plupart des préhistoriens les attribuent au Magdalénien ancien, sauf quelques-uns qui penchent plutôt pour le Solutréen qui le précède, voire pour le Gravettien.

Historique

Lascaux avant la découverte de la grotte

Avant la découverte de la grotte, Lascaux (ou « Las Coutz », « La Coux », nom féminin dérivé de l’occitan cous ou cos, qui désigne un endroit pierreux) était le nom d'une seigneurie dont la présence est attestée au début du XVe siècle. Ce petit domaine noble comprenait un logis seigneurial, une métairie, un moulin, un colombier, des terres en labour, des vignes et la colline qui renfermait la grotte. Une description du domaine datée de 1667 indique le couvert paysager de la colline, constitué de vignes, de taillis, de châtaigniers, de genévriers et de bruyères. Le domaine noble changea de mains au fil des siècles, passant de la famille de Lascaux à celle du Cheylard, puis aux de Reilhac, aux Labrousse, puis finalement aux La Rochefoucauld-Monbel, propriétaires du domaine au moment de la découverte de la grotte.

Découverte

Différentes versions de l’invention de la grotte de Lascaux ont été rapportées. Elles sont parfois contradictoires et souvent relatées de façon fantaisiste : découverte fortuite par un chien ou en jouant au ballon, exploration volontaire de la cavité déjà connue. Celle-ci a été effectuée en deux temps, les 8 et 12 septembre 1940.

Selon la version la plus fréquemment racontée, le 8 septembre 1940, Marcel Ravidat découvre l'entrée de la cavité lors d'une promenade sur la commune de Montignac en Dordogne avec ses camarades Jean Clauzel, Maurice Queyroi et Louis Périer. Au cours de cette promenade, son chien Robòt poursuit un lapin qui se réfugie dans un trou situé à l'endroit où un arbre avait été déraciné : un orifice d'environ 20 cm de diamètre s'ouvre au fond de ce trou, impossible à explorer sans un travail de désobstruction. En jetant des pierres pour essayer de faire sortir le lapin, Marcel Ravidat constate que le trou communique avec une vaste cavité. Comme cela se situe à 500 mètres du château de Lascaux, il pense qu'il s'agit de la sortie d'un souterrain.

Quatre jours plus tard, le jeudi 12 septembre (le jeudi est le jour de repos hebdomadaire, mais la rentrée scolaire s'effectue au 1er octobre à cette époque), Marcel Ravidat, muni d'un matériel de fortune (lampe à huile, coutelas) pour s'éclairer et élargir l'orifice découvert précédemment, revient sur les lieux accompagné cette fois de Georges Agniel, Simon Coencas, Jacques Marsal et Georges Estréguil. Les jeunes gens pénètrent ainsi une première fois dans la grotte et y découvrent les premières peintures. Après des visites quotidiennes et une première exploration du Puits, Jacques Marsal dévoile leur découverte à ses parents, qui s'étonnent de le voir revenir couvert de poussière. Ils avertissent Léon Laval, leur ancien instituteur à la retraite, le 16 septembre qui pense à une plaisanterie et préfère ne pas s'aventurer dans le trou mal dégagé. Maurice Thaon qui réside dans un hôtel à Montignac entend parler de cette découverte, descend alors dans la cavité où il prend quelques croquis d'animaux. Il part en Corrèze (à Brive ou Cublac) rencontrer le préhistorien Henri Breuil, réfugié dans la région pour fuir l'occupant, pour lui relater la découverte et lui présenter les croquis. L'abbé Breuil est alors le premier spécialiste à visiter Lascaux, le 21 septembre 1940, en compagnie du chanoine Jean Bouyssonie et du docteur André Cheynier, bientôt suivis des préhistoriens Denis Peyrony et Henri Begouën.

Études et relevés

Henri Breuil est le premier à authentifier la grotte et à la décrire sommairement. Il entreprend quelques relevés dès la fin de l'année 1940 et passe plusieurs semaines sur place pour étudier les œuvres qu’il attribue au Périgordien.

Après plusieurs années passées en Espagne, au Portugal et en Afrique du Sud, il revient en 1949 et entreprend une rapide fouille avec Séverin Blanc et Maurice Bourgon au pied de la scène du puits où il espère trouver une sépulture. Il y met au jour des pointes de sagaies décorées en bois de renne.

De 1952 à 1963, à la demande de Breuil, les relevés des gravures sont réalisés sur 120 m2 de calques par André Glory qui comptabilise 1 433 représentations (aujourd’hui, 1 900 sont répertoriées).

Par la suite, les représentations pariétales et leur environnement sont également étudiées par Annette Laming-Emperaire, André Leroi-Gourhan (et toute son équipe pluridisciplinaire, dont Brigitte et Gilles Delluc et Denis Vialou) de 1975 à nos jours et, de 1989 à 1999, par Norbert Aujoulat.

Datation

La datation de Lascaux est l’objet d'un long débat : selon les auteurs, son art pariétal est situé entre le Gravettien et le Magdalénien.

Pour Henri Breuil, sur la base de comparaisons stylistiques, les œuvres pariétales de Lascaux seraient périgordiennes (gravettien).

Mais en 1951, Lascaux est l’un des tout premiers sites paléolithiques à bénéficier de datations absolues par la méthode du carbone 14, réalisées par W.F. Libby lui-même. Cette méthode a été mise en œuvre sur des charbons de bois provenant de lampes découvertes dans le Puits. Le premier résultat obtenu (autour de 15 500 ans BP) place la fréquentation de Lascaux dans le Magdalénien. Un âge magdalénien fut confirmé par des datations ultérieures, réalisées sur des charbons provenant des fouilles d'André Glory dans le Passage et dans le Puits. Ces datations (17 190 ± 140 et 16 000 ± 500 ans BP) se situent autour du Magdalénien ancien.

Pourtant, André Leroi-Gourhan, par comparaisons stylistiques avec les sites du Fourneau du Diable (Dordogne) et du Roc-de-Sers (Charente), bien datés, conclut pour sa part que les œuvres de Lascaux se placent au Solutréen.

Puis, deux nouvelles dates sont obtenues en 1998, et en 2002. La première date, de 18 600 ± 190 ans BP, est obtenue par la méthode du carbone 14 en SMA sur un fragment de baguette en bois de renne provenant du Puits (ou des déblais de l'Abside). La seconde date, obtenue à partir d'un fragment de sagaie, est plus ancienne : 18 930 ± 230 ans BP. Les solutréens sont-ils simplement passés ponctuellement dans la grotte ou ont-ils réalisé tout ou partie des œuvres ? Un seul niveau archéologique est connu et les vestiges recueillis (objets de silex, d'os et de bois de renne) dans ce niveau, étudiés dans Lascaux inconnu (1979) et par A. Glory (2008), correspondent typologiquement au Magdalénien II.

La datation directe par le carbone 14 de peintures ou de dessins pariétaux a été possible dans certaines grottes ornées, à condition toutefois que ces œuvres aient été réalisées avec du charbon de bois. Ce n’est pas le cas à Lascaux, où la couleur noire a été obtenue en utilisant des oxydes de manganèse. Des pigments tombés au pied des parois ont été mis au jour dans le niveau archéologique : ils ont permis de confirmer la contemporanéité des œuvres avec certains vestiges (lamelles de silex, pointes de sagaie, aiguilles en os, lampes à suif).

Selon Norbert Aujoulat, il existe des arguments stylistiques et thématiques qui permettraient de rapprocher Lascaux du Solutréen plutôt que du Magdalénien : présence de signes géométriques ; représentation des aurochs avec la corne avant en courbe simple et la corne arrière sinueuse ; humain affronté à un grand bovidé (le gisement solutréen du Roc-de-Sers a livré l'image d'un homme faisant face à un bœuf musqué). En fait, l'art du début du Magdalénien est la continuation, sans hiatus, de celui du Solutréen et le style graphique (style III de A. Leroi-Gourhan) est le même. Norbert Aujoulat propose donc de placer l'art de Lascaux à la charnière du Solutréen supérieur et du Badegoulien.

Plus récemment, J. Jaubert et E. Lebrun ont émis l'hypothèse d'un rattachement d'une partie du dispositif pariétal de Lascaux au Gravettien, sur la base d'arguments stylistiques et techniques.

Le programme de recherche archéologique « Lasco » lance une nouvelle campagne de datation. Plusieurs fragments d’os de rennes retrouvés dans différents endroits de la grotte sont datés. Les résultats, publiés en 2019, indiquent que la grotte serait âgée de 21 000 à 21 500 ans.

Source : Wikipedia

- - - - -

nom :
âge : 18 ka
découverte :
date : 1940

mardi 1 mai 1990

Grotte du Pech Merle

La grotte du Pech Merle (ou de Pech Merle) est une grotte ornée préhistorique située dans le département du Lot (région Occitanie, France), sur la commune de Cabrerets. Elle s'ouvre dans une colline (pech en occitan) dominant les vallées de la Sagne et du Célé, dans le Quercy.

Cette grotte, comme d'autres, a été comparée à la chapelle Sixtine ; on attribue cette comparaison à l’abbé Breuil.

Occupation de la grotte

Des traces d'occupations animales y sont encore visibles : bauges et griffades d'ours des cavernes. L'ensemble comporte sept cavités dont deux seulement ont été fréquentées par les hommes préhistoriques. En dehors des peintures, le sol même de la grotte a conservé le témoignage du passage de l'homme : 12 empreintes de pas d'un adolescent dans le fond d'un gour désormais asséché ont été fossilisées par calcification ; 3 outils de silex (burin, lame et galet) ainsi que quelques charbons de bois et des débris d'omoplates de renne y ont été retrouvés. Selon Michel Lorblanchet, la grotte n'a pas servi d'habitat, sa fréquentation devait être épisodique et peu importante.

À la fin de la glaciation de Würm, l'entrée naturelle de la grotte a été comblée par un éboulement. L'entrée actuelle pour la visite s'effectue par une galerie artificielle creusée en 1923.

Historique

L'igue du Pech Merle ou igue David (du nom des propriétaires du terrain où elle était située) était connue des habitants environnants et fut alors prospectée plusieurs fois avant de dévoiler tous ses secrets. La tradition veut qu'un prêtre réfractaire s'y cachait pendant la Révolution française et qu'il y était ravitaillé par les paroissiens de Cabrerets.

Découverte des salles

La première salle dite salle Rouge en raison de ses concrétions rougeâtres, fut découverte en 1915 par Henri Redon, étudiant en médecine à Paris, accompagné de son cousin monsieur Touzery.

Le 15 février 1920, l'abbé Amédée Lemozi, curé de la paroisse, et des enfants - André David (fils du propriétaire de l'igue), Henri Dutrerte, Louis Gineste et Henri Vinel - y font une première exploration mais ne découvrent que des ossements d'animaux contemporains (capridés et bovidés). En avril 1922, André David et Henri Dutertre y retournent, dégagent à la pelle un boyau encombré d'argile et aboutissent dans la salle blanche. Averti par les enfants de cette dernière découverte, Amédée Lemozi et Pierre Colonge entreprennent une deuxième visite au cours de laquelle ils manquent de se perdre faute de moyens d'éclairage adéquats. L'abbé Lemozi interdit alors aux enfants de s'y aventurer. Le 4 septembre 1922, André David, sa sœur Marthe David et Henri Dutertre, après plusieurs heures d'exploration, découvrent les salles préhistoriques et en font part à Amédée Lemozi. Celui-ci 5 y entreprend alors un relevé topographique complet, aidé d'André David.

Dès 1929, Amédée Lemozi émet l'hypothèse qu'un éboulis situé à proximité immédiate de la nouvelle entrée pouvait masquer de nouvelles galeries. En octobre 1949, André David perce cet éboulis après une vingtaine de jours de travail et découvre le réseau du Combel.

Par la suite, la grotte est étudiée en détail par André Leroi-Gourhan et Michel Lorblanchet.

Les œuvres

La grotte comporte 700 motifs peints ou gravés, dont 69 figurations animales, 13 figurations humaines ou para-humaines et 595 signes. Les figurations animales sont constituées de 25 mammouths, 13 bisons, 9 chevaux, 7 aurochs, 4 cervidés dont 1 mégacéros, 2 bouquetins, 2 poissons (dont 1 douteux), 1 félin, 1 ours et 5 animaux imaginaires. Les figurations humaines sont soit réalistes (3 femmes et 1 homme) ou schématiques (9 "femmes-bisons" selon la terminologie de Leroi-Gourhan). S'y ajoutent des mains négatives réalisées selon la technique du pochoir et des "mains essuyées". La très grande majorité des motifs sont de simples signes (543 ponctuations rouges ou noires soufflées ou imprimées du bout des doigts), des motifs géométriques variés, des bâtonnets et des motifs indéterminés (appelés abusivement motifs hiéroglyphiques). L'ensemble compose plusieurs panneaux baptisés selon les principaux motifs qui y sont représentés.

Datation des figurations

Amédée Lemozi, auteur de la première étude de la grotte avait estimé que l'ensemble des figurations datait de l'Aurignacien. L'abbé Breuil classait le panneau des chevaux ponctués à l'Aurignacien ou au Périgordien et la frise noire au début du Magdalénien ou à la fin du Périgordien. Selon André Leroi-Gourhan, le Pech Merle regroupait deux sanctuaires successifs, l'un centré autour des dessins du Combel et l'autre autour de la frise des chevaux ponctués. Le cheval de droite a fait l'objet d'une datation directe par le carbone 14 réalisée par le Centre des faibles radioactivités de Gif-sur-Yvette. Le résultat est 24 640 +- 390 ans BP. Cette date correspond au Gravettien dans le sud-ouest de la France, ce qui est compatible avec d'autres éléments, dont les mains négatives.

Les travaux de Michel Lorblanchet l'ont conduit à distinguer trois phases artistiques :

  1. une phase archaïque, représentée par le Combel, les chevaux ponctués et les premiers tracés digitaux (vers 25 000-24 000 BP)
  2. une phase moyenne, représentée par la frise noire, toutes les figurations noires et les figures humaines ainsi que les autres tracés digitaux (période indéterminée)
  3. une phase moyenne, représentée par la frise noire, toutes les figurations noires et les figures humaines ainsi que les autres tracés digitaux (période indéterminée)

Les analyses des pollens prélevés dans le limon de la grotte ont d'ailleurs confirmé une occupation épisodique en trois passages successifs séparés par de longues périodes d'abandon.

Source : Wikipedia

- - - - -

nom :
âge : 25 ka
découverte :
date : 1922